Bacon, Essay pag
La forme régulière que commençait à prendre la colonie détermina le roi à lui donner une nouvelle charte pour l’encouragement des entrepreneurs, par laquelle non-seulement il confirma tous leurs anciens priviléges et prolongea l'exemption des droits sur les marchandises qu'ils exporteraient, mais il leur donna la propriété d’un plus grand territoire aussi bien qu'une juridiction plus étendue. Toutes les les situées à moins de trois cents lieues de ta côte furent.annexées à la Virginie. Autorisée par cette clause, la compagnie prit possession des Bermudes et des autres petites Îles découvertes par Gates et Summers, et se prépara en même temps à envoyer un renfort considérable à l'établissement de James-Town. Les frais extraordinaires faits dans cette vue furent fournis par les profits d’une loterie, qui montèrent à trente mille livres sterling. La nouvelle charte autorisait la compagnie à employer ce moyen!; et, ce qui est remarquable, c'est le premier exemple dans l'histoire d'Angleterre d’un encouragement donné par le gouvernement à cette manière pernicieuse etimmorale de lever de l'argent ; mais la chambre des communes qui, vers la fin de ce règne, commençait à porter un regard inquiet et jaloux sur toutes les mesures du gouvernement, ayant fait au roi des remontrances contre cette institution qu'elle regardait comme impolitique et inconstitutionnelle, Jacques révoqua la patente par laquelle il l'avait sanctionnée 2,
La police sévère établie par la loi martiale força l’activité des colons à prendre une bonne direction et à se porter vers les travaux les plus utiles. Aidés de la fertilité du sol et de la bonté du climat, ils vinrent bientôt à bout d'obtenir de leurs récoltes un fonds de provisions suffisant pour les dispenser d’avoir plus long-temps besoin des secours précaires qu'ils obtenaient ou extorquaient des Indiens. À mesure que les Anglais devinrent plus indépendans de leurs voisins, les sauvages recherchèrent leur amitié, et les traitèrent avec plus d'égards. La colonie ressentit bientôt les effets heureux de ce changement. Sir Thomas Dale fit un traité avec une des tribus les plus nombreuses et les plus puissantes des sauvages, située sur la rivière de Chicahominy, par lequel ils consentirent à se reconnaître
% Stith, p. 191. Append., p. 23, etc.
? Chalmer’s 4nnals, 1, 32,
sujets du roi de la Grande-Bretagne, à s'appeler | désormais cux-mèmes Anglais, à envoyer un corps de leurs guerriers au secours de la colonie toutes les fois qu’elle serait en guerre avec ses ennemis, et à fournir annuellement aux Anglais une quantité stipulée de maïs {, Un événement, que les premiers historiens de la Virginie rapportent avec une grande satisfaction avait préparé la voie à cette union des deux nations.
Pocahuntas, cette fille bien-aimée du grand-chef Powhatan, à l'intercession de laquelle le capitaine Smith avait dû la vie, avait conservé son attachement pour les Anglais; et, comme elle les allait visiter souvent, et qu'elle en était toujours reçue avec une tendre et respectueuse hos- Pitalité, son admiration pour leurs arts et leurs mœurs continuait de s’accroitre. Pendant ce commerce, sa beauté, qu’on nous donne comme fort supérieure à celle de ses compagnes, fit une telle impression sur le cœur d’un jeune Anglais appelé M. Rolfe, et considéré dans la colonie, qu’il sollicita sa main avec beaucoup de chaleur. Avec des mœurs simples, un amoureux n’est pas obligé de faire sa cour long-temps; l'art ne détourne point, et des formes cérémonieuses n'empêchent pas le cœur de déclarer ses sentimens. Pocahuntas donna son consentement tout de suite; Dale encouragea cette union, et Powhatan ne la désapprouva pas. Le mariage fut célébré avec une pompe extraordinaire; et depuis cette époque une liaison étroite et amicale subsista entre la colonie et toutes les tribus soumises à Powhatan, ou qui redoutaient son pouvoir.
Rolfe et sa princesse, car « st le nom que les historiens du dernier siècle lui donnent toujours, se rendirent en Angleterre, où Pocahuntas fut reçue par Jacques et par la reine avec le respect dù à sa naissance. Après avoir été instruite avec soin dans la religion chrétienne, elle fut baptisée publiquement ; et, retournée en Amérique, elle y mourut quelques années après, laissant un fils, auquel beaucoup de familles respectables de Virginie reportent leur origine en se glorifiant de descendre de la race des anciens chefs du pays2. Mais, quoique les heureux effets de cette alliance pour la colonie fussent sensibles, aucun des
* Hamer, Solida narratio, ap. de Bry, pars x, p. 23. Stith , p. 130.
* Hamer, Solida narratio, apud de Bry, pars x, p. 25. Stith, p. 129, 146. Smith's Travels, pag. 113, 121
compatriotes de Rolfe n'imita son exemple en se marfant avec des femmes indicnnes. De tous les Européens établis en Amérique, les Anglais sont ceux qui Ont le moins émployé ce moyen facile et naturel de se concilier les habitans; et soit par cêtte réserve si marquée dans leur caractère national, soit défaut de cette facilité pliante des mœurs qui s'accommode à chaque situation, ils ont eu plus d'éloignement que les Français, les Portugais, et même que les Espagnols, pour s’allier et s'incorporer avec les nations américaines. Les naturels, désirant de telles unions, offraient inutilement leurs filles en mariage à leurs nouveaux hôtes, et imputaient le refus à l'orgueil des Anglais et au mépris que
. cœux-ci faisaient des fndiens, comme d'êtres d'une espèce inférieure f,
Pendant que dura la tranquillité procurée à la colonie par le traité de Powhatan, un changement important y eut lieu. Jusque-là aucun des colons n'avait eu la propriété individuelle d'une portion de terrain. Les terrains, nettoyés des bois qui les couvraient, avaient été cultivés par les travaux réunis de tous les colons, et les récoltes portées dans des magasins communs, d'où l'on distribuait à chaque famille ce qu'il lui fallait pour sa subsistance, selon le nombre de personnes et leurs divers besoins. Une société ainsi privée du premier avantage résuitant de l'union sociale, la propriété individuelle du sol, ne pouvait prospérer. L'industrie qui n’est pas excitée par l'intérêt de la propriété sur ce que ses efforts pourront obtenir, ne déploie aucune vigueur ; l'esprit, destitué de ce motif, ne se porte à aucun projet, ni la main à aucun travail. Le paresseux et l'imprévoyant comptent uniquement sur ce que fournira le fonds coinmun , et l'homme raisonnable et laborieux lui-même se relâche dans un travail dont il voit que d’autres recueilleront le fruit. On a calculé que le travail:commun de toute la colonie n'exécutait pas autant d'ouvrage en une semaine qu'il en eût résulté en un jour du travail des mêmes individus occupés chacun pour leur propre compte. Pour faire cesser ce
mal, sir Thomas Dale partagea une grande |
é' endue de terres en portions, qui furent don-
hées à chaque individu en pleine et entière pro-
priété. De cé moment l'industrie, ayant la pers-
pective d'une récompense sûre de son travail, 1 Beverley’s Æist. of Virg., pag. 26.
| prit une grande activité et fit de rapides progrès. | Les productions de première nécessité furent cultivées avec tant d'ardeur, que la subsistance de la colonie fut dès lors assurée, et qu'on y forma des projéts d'amélioration ultérieure qui ont amené depuis son opulence et sa prospérité !,
L'industrie, qui commençait à s'animer parmi les planteurs, se porta bientôt dans une route nouvelle, dans laquelle îls marchèrent quelque temps avec une ardeur si inconsidérée qu’elle produisit de funestes conséquences. La culture du tabac , qui est devenue depuis le grand objet du commerce de la Virginie et la source de-sa richesse , y fut introduite vers ce temps-là. Comme la passion pour l'usage de cette plante continuait de se répandre en Angleterre, malgré les déclamations violentes de Jacques I€”, le tabac importé de Virginie devint. une marchandise d’un débit sûr, et donnant un grand profit, quoiqu'il fût assez inférieur en qualité à celui que les Espagnols tiraient de leurs îles des Indes occidentales, pour ne se vendre que trois schellings la livre, tandis que le tabac espagnol se vendait dix-huit. Séduits par la perspective d’un profit prompt et certain, les colons négligérent bientôt tous les autres genres d'industrie. La terre qu’il eût fallu réserver pour s'assurer des vivres, et jusqu'aux rues de James-Town , furent plantées en tabac. On fit quelques règlemens contre cet abus, mais les planteurs entrainés par l'appât d'un profit présent furent sourds à tous les conseils, et se jouèrent de toutes les défenses. Les subsistances commencèrent à leur manquer tellement qu'ils furent forcés de recourir de nouveau à celles des Indiens. Ceux-ci, voyant recommencer les exactions reprirent leur première aversion pour les Anglais avec un surcroît d'animosité, et commencèrent à former des projets de: vengeance avec le secret que les Américains savent si bien | garder 2.
Cependant la colonie, nonobstant cette faute dans la conduite de sa culture, et pendant qu'un | orage se formait sur sa tête, continuait de pré- | senter l'aspect le plus prospère. Elle voyait augmenter le nombre de ses habitans par des émigrations nouvelles de la métropole. Ta
1 Smith's Travels, p. 114, Stith, p. 131.
*Stith, pag. 140, 147, 164, 168. Smith, pag. : 0. Purchas, 1V, 1787.
quan pée | teurs mais!
arrivé buëre l'indu s'étaic peine:
s'étab inconi ne se terre ; de fa les po pagni la colc rable milles encou d'autr compa et plu:
bien é suivre turière citoyel soigne nouvel Le :
dela c tendre l'arrive côte de James.
nègres étant I porter nombr por'ati sentiel partie ( des ma Mais nie croi mdépei FOMmmMA !Smit *Stith “Bevel
de rapides progrès.
re nécessité furent que la subsistance ssurée, et qu'on y tion ultérieure qui 2e et sa prospérité !, it à s'animer parmi Ôt dans une route narchèrent quelque nconsidérée qu’elle quences. La culture puis le grand objet e et la source de sa vers ce temps-là.
ge de cette plante \ Angleterre, mals de Jacques er, le vint. une marchannt un grand profit, en qualité à celui leurs îles des Indes lre que trois scheltabac espagnol se la perspective d'un colons négligèrent es d'industrie, La pour s'assurer des James-Town , fuit quelques règleles planteurs enfit présent furent et se jouèrent de istances commenment qu'ils furent ù à celles des Inimencer les exac- ‘aversion pour les 1imosité, et comets de’ vengeance ins savent si bien
bstant cette faute , et pendant qu'un continuait de prépère. Elle voyait
habitans par des a métropole. Fa