‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme]Chapitre 14 sur 155 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Les approches du jour marqué pour l’assemblée du parlement occasionèrent la tenue de pulsieurs conseils. Marie délibéra avec ses minis-

Murray s'était rabaissé jusqu'à faire sa cour à Rizio; et ce favori, qui cherchait à s'assurer une protection contre le roi, dont il avait encouru depuis peu la disgrâce, appuya de tout son crédit les sollicitations des amis de Murray !, Le chevalier Nicolas Throgmorton , qui avait été en dernier lieu ambassadeur d'Élisabeth en Écosse, employa ses bons offices en faveur des exilés ; ses démarches furent d’un bien plus grand poids, et eurent bien plus de succès. Throgmorton était ennemi de Cecil, et il était entré fort avant dans toutes les intrigues qui s'étaient formées à la cour d'Angleterre pour détruire Je pouvoir et le crédit de ce ministre, 11 avait en conséquence épousé le parti de la reine d'Écosse, pour con-

plus puissans par leurs entours, et par le grand uombre de leurs adhérens. Ils étaient actuellement à sa merci, ils étaient devenus un objet de compassion, ils demandaient leur pardon dans les termes les plus humbles et les plus soumis.

Dans ces circonstances, un acte de clémence de la part de la reine aurait fait l'éloge de son Caractère, aurait causé autant d'admiration aux étrangers que de satisfaction à ses propres suiets. Marie, quoique fortement offensée , n'était point par elle-même inexorable, mais la colère du roi était implacable, et rien ne pouvait calmer ses fureurs. Leurs majestés reçurent de différens endroits des recommandations très fortes 2n faveur des nobles fugitifs. Morton, Ruthven, Mäitland, et tous ceux qui avaient été membres de la Congrégation, n'avaient point oublié leur ancienne union avec Murray et avec les compa- &uons de ses malheurs, et ils étaient occupés de leur Conservation, qu'ils regardaient comme une chose très importante pour le bien du royaume, Ils étaient secondés par Melvil, qui possédait alors toute la confiance de la reine.

trecarrer Cecil, qu’on connaissait peu disposé à favoriser les titres et les prétentions de cette princesse à la couronne d'Angleterre. Dans ces

| conjonctures critiques , Throgmorton se hasarda

d'écrire une lettre à Marie » €t de lui donner des avis très salutaires sur la conduite qu’elle devait tenir. Il l’exhortait à pardonner au comte de Murraÿ et à ses associés, en lui représentant cette démarche Comme également prudente et populaire. «Une action de cette espèce, lui disait-il , qui sera un pur effet de votre générosité, répandra partout le bruit de la douceur et de la modération de votre majesté, et portera les Anglais à voir son futur avénement à leur trône non-seulement sans préventions, mais même

avec désir, Votre majesté verra par ce moyen

une parfaite union rétablie entre ses sujets ; et

en cas de rupture avec l'Angleterre, ils la servi-

ront avec tout le zèle et la reconnaissance qu'un acte de clémence aussi remarquable ne pourra pas manquer de leur inspirer 2. »

Ces représentations judicieuses, avxqueiles le, grande réputation de T hrogmorton et son at.

tachement connu pour la reine donnèrent un grand poids, firent beaucoup d'impression svr l'esprit de Marie. Ses courtisans cultivèrent ces

1 Melvil, 125. —? Zhid., 119,

ueureuses dispositions, et ils obtinrent, malgré le caractère inflexible du roi, qu’elle sacrifierait ses ressentimens particuliers aux instances de ses sujets, ct aux vœux de ses amis !. A cet effet , le parlement, qui avait été convoqué pour le 4 de février, fut prorogé au 7 d'avril ?, et cependant la reine fut occupée de la forme qu'on donnerait à l’amnistie, et à déterminer de quelle manière elle étendrait les effets de sa bienveillance aux lords qui étaient dans la disgrâce.

Marie avait montré dans cette occasion toute la bonté de son naturel, une âme généreuse et capable d'oublier les injures; mais elle manqua de fermeté pour résister aux efforts qui furent malheureusement employés pour détruire les effets de ses bonnes dispositions. Vers ce mème temps, deux envoyés de France arrivèrent en Écosse, et se suivirent à peu de distance, Le premier n'était chargé que de complimenter la reine sur son mariage, et il apportait au roi le cordon de l’ordre de Saint-Michel. Les instructions du second roulaient sur des matières plus importantes , et elles produisirent de bien plus grands effets 3,

On avait plusieurs fois proposé une entrevue entre Charles IX et la reine d'Espagne sa sœur. Un concoursd'intérèts politiques y avait toujours apporté des obstacles. Elle fut à la fin indiquée à Bayonne. Catherine de Médicis y accompagna son fils; le duc d’Albe y suivit sa maîtresse. La cour, dans un pompeux appareil, n’y paraissait occupée que de fêtes et de plaisirs : cependant, au milieu de ces réjouissances publiques, on y formait en secret le plan de la destruction des huguenots en France, des protestans dans les Pays-Bas, et de la suppression de la réformation dans toute l'Europe; et on y concertait toutes les mesures pour l’exécuter 4. La politique et les intrigues du pape Pie IV, et le zèle ardent du cardinal de Lorraine, fomentaient et encourageaient ces dispositions si conformes au génie de la religion romaine , et si avantageuses pour tout l’ordre du clergé papiste.

Le ministre de France était chargé de communiquer à la reine le projet de cette ligue sainte, et de la conjurer en même temps, au nom du roi de France et du cardinal de Lor-

1 Melvil, 105. — ? Good., vol. 1, 224. — 5 Keith, AD: pend., 167, — # DeThou, liv. xxxvr.

HISTAIRE D'ECOSSE.

raine , de ne point relever le crédit et la puissance des protestans dans son royaume , surtout dans un moment où les princes catholiques se réunissaient pour détruire cette secte dans tous les pays de l'Europe.

Le papisme est une espèce de religion remarquable pour l’'empirequ’elle prend sur les âmes. Forgée par des hommes qui avaient une parfaite connaissance du cœur humain, et améliorée par l’expérience et des observations continuées pendant plusieurs siècles, elle est à la fin parvenue à un degré de perfection qu'aucun des systèmes précédens de superstition n’avait jamais pu atteindre. Elle sait présenter avec art les objets les plus capables de remuer toutes les facultés de l'âme, d'intéresser toutes les passions du cœur, Ni l'amour du plaisir qui possédait alors la cour de France , ni l'ambition qui dévorait la cour d'Espagne, n'avaient pu soustraire ces puissances au joug de la superstition romaine. Les hommes de tous les états, laïques, courtisans, se livraient à ce zèle furieux et implacable qu'on regardait auparavant comme un apanage particulier aux ecclésiastiques; les rois et les ministres se croyaient obligés en conscience d’extirper la religion protestante, Marie elle-même était fortement imbue de ces préventions en faveur du papisme. Tout dans son caractère annonçait un attachement passionné à sa religion ; on en voyait des traces dans toutes les circonstances de sa vie. Accoutumée dès l'enfance 4 recevoir les avis des princes lorrains ses oncles avec un respect filial, elle leur avait voué une soumission sans bornes. La vue du rétablissement de l'exercice public de sa religion, le désir de plaire à les oncies;' l'espérance de se rendre agréable au monarque français , dont l'assistance lui était nécessaire dans la situation présente de ses affaires en Angleterre , l'emportèrent sur ces sages observations , qui avaient d’abord eu tant de pouvoir sur son esprit. Elle se joignit aussitôt à cette confédération formée pour la destruction des protestans , et elle changea tout le plan de sa conduite par rapport à Murray et ses adhé rens ?.

\1 Qu'on se rappelle ce que voulaient et ce que firent eu France les princes lorrains , et la Saint-Barthélemy, qui eut lieu si peu d'années après l’époque mentionnée ici, et on concevra le zèle passionné montré par Marie,

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peut être regardée comme le présage de tous ses malheurs. La fortune avait plutôt été favorable que contraire à la reine depuis son retour en Écosse; et si elle ne s'était pas trouvée au comble de la prospérité, elle n'avait pas au moins essuyé des traverses bien considérables, Mais depuis ce moment un nuage sombre et épais se fixa sur sa tête, un torrent d'adversités inonda le reste de ses jours ; elle eut à la vérité dans quelques instans des lueurs d'espérance, Mais jamais de satisfaction réelle.

On ne fut pas long-temps sans apercevoir les effets du nouveau système que Marie avait adopté. Le temps de la prorogation du parlement fut abrégé , et le jour de l'assemblée fut fixé au 12 de mars par une nouvelle proclamation !, Marie résolut de procéder, sans autre délai, à la proscription des lords rebelles, et elle se détermina à prendre des mesures pour le rétablissement de la religion romaine en Écosse 2, On procéda suivant l'usage, à l'élection des lords des articles, pour préparer les affaires qui devaient être portées au parlement, Tous ceux qui furent choisis étaient des personnes affidées à la reine, et qu'elle savait disposées à favoriser l'accomplissement de ses desseins. La perte de Murray et la ruine entière de son parti parurent alors inévitables , et l'église réformée se trouvait exposée au danger le plus pressant , lorsqu'un événement imprévu les re-

UKeith, 326.

+ Knox affirme que les autels qui devaient être dressés dans l'église de Saint-Gilles étaient déjà préparés (394 ). Mais ce n’est pas sur son autorité seule qu'on impute à la reine le dessein de rétablir la religion catholique romaine | en Écosse. 1° Marie elle-même, dans une lettre à l'arche- | vêque de Glasgow, son ambassadeur en France, avoue | “que son intention est de faire dans ce parlement quel- ; «que bien par rapport au rétablissement de l’ancienne «religion. »(Keith 331.) 2° Les lords spirituels, c’est-à-dire les ecclésiastiques papistes reprirent, Par l'autorité de la reine, leur ancienne place danse parlement. (/bid.) 3° La reine était entrée dans la confédération formée à Bayonne, (Keith, 4ppend., 167.) 4° Elle avait permis de célébrer la messe en divers endroits du royaume, (Zbid.) Et elle avait déclaré qu'elle voulait que la messe fût libre pour tous ceux qui voudraient l'entendre. (Good., vol, I, 274.) 5° Blackwood , à qui l'archevêque de Glasgow avait fourni les matériaux pour écrire /e martyre de Marie, assure que la reine avait intention de procurer , dans ce parlement, sinon l'entier rétablissement de la religion catholique, au moins quelque adoucissement pour les catho-

liques. Jeeb, vol. 11, 204,

Cette fatale résolution de la reine d'Écosse

tira tous de cet état violent. Ane considérer que la barbarie de ce siècle, où les actes de violence

| étaient ordinaires, ou bien la vile condition du Personnage qui en fut alors la victime, le fait que nous allons rapporter paraîtrait en luimême peu intéressant : Mais en faisant réfiexion sur toutes les circonstances , et sur les suites de cette catastrophe. elle paraît digne de la plus grande attention, et je crois qw'il est à propos d'entrer dans tout le détail de son origine et de ses progrès.

Les grâces extérieures de Darnly avaient allumé cette passion subite et violente qui l'avait porté sur le trône. Mais il s’en fallait bien que les qualités de son âme répondissent à la beauté de sa personne. La petitesse de son génie et son peu d'expérience étaient accompagnées d’une présomption ordinaire aux gens bornés, d'une confiance entière dans sa propre capacité, et d'une persuasion intime qu'il ne devait une fortune si extraordinaire qu'au mérite le plus

! distingué. Toutes les faveurs de la reine ne pou- | vaient faire aucune impression sur un carac- | tère de cette trempe; elle n'avait pu, avec toute sa douceur, dompter cet esprit impérieux et intraitable, Elle avait eu l'attention de placer auprès de lui des personnes capables dele conduire ; mais cette précaution devint inutile, et ne l'empêcha pas de tomber deas une infinité de fautes

d’imprudence et de témérité !. Darnl ÿ, passionné pour tous les amusemens de la jeunesse, et mème enclin à tous les vices de cet âge, s'éloignait de la personne de la reine, et lui marquait beaucoup d'indifférence. Marie, comme femme et comme reine , fut indignée de ces procédés, Plus elle s'était rabaissée pour élever Darnly, plus elle fut touchée de ce manque de générosité et de cette ingratitude criminelle. Elle ressentit toutes les fureurs d’une passion méprisée; elles agirent sur elle avec une violence proportionnée

| à la force de ses premières affections. Quelques

mois après le mariage, On avait déjà aperçu entre le roi et la reine des semences de querelles domestiques. L'ambition et l'extravagance de Darnlÿy y avaient donné lieu. Marie partageait avec lui son autorité; elle avait excédé les bornes de son pouvoir en lui donnant, de sa propre autorité, le titre de roi, Cependant Darnly n'é

1Good , vol, 1, 172

: tions, de l’abandonner. Morton était proche pa-

{ait point encore satisfait ; il voulait la couronne matrimoniale, et il la demandait avec insolence et importunité !. Marie lui représenta inutilement qu'elle ne pouv'it lui donner cette couronne sans le concours de l'autorité du parlement ; elle ne put jamais lui faire agréer une excuse aussi légitime, soit qu'il manquât d'intelligence pour la comprendre, soit que son mauvais naturel ne lui permit pas d'entendre raison. Darnly renouvela ses instances, et ne voulut jamais se départir de cette singulière prétention.

Rizio, qui avait d’abord eu beaucoup de part à la confiance du roi, ne se trouva point d’humeur à se prêter à ses extravagances, et encourut sa disgrâce. Il était impossible que la reine eût conservé pour son mari cette même affection qui avait répandu tant de sérénité sur les premiers et les plus heureux jours de leur union. Henri? , touché de ce changement, mais trop présomptueux pour lattribuer à l'irrégularité de ses procédés, se prit à Rizio de cette froideur de la reine; et il est certain que Marie donnait lieu à ces soupçons, et qu'elle les justifiait par la manière dont elle traitait cet indigne favori. Il était reçu chez elle dans la plus grande familiarité, et elle lui accordait une confiance qui n'était due ni à son premier état, ni à la place qu'il occupait alors. Il ne quittait pas la reine un seul moment, et il s'entremettait dans toutes les affaires. Admis dans la plus grande intimité , il partageait avec un petit nombre de favoris tous les amusemens de la reine. Le roi ne pouvait soutenir la vue de cet intrus, de ce gueux revêtu. Entraîné par sa férocité naturelle, sans vouloir souffrir aucun délai, il se livre à tout son ressentiment, il étouffe tous les remords, et il prend sur-le-champ la résolution de se défaire de Rizio.

Il se tramait dans le même temps un autre complot contre la vie de Rizio, et qui était fondé sur des motifs bien différens. Morton, Ruthven, Lindsay et Maitland en étaient les auteurs. Ces seigneurs avaient été étroitement unis avec Murray dans le commencement des troubles; mais lors du dernier soulèvement, ils avaient jugé à propos, par diverses considéra-

1Keith, 329. Knox, 404.

? C'était le nom que Darniy avait pris sur le trône.

rent de la famille d’Angus, et pendant la minorité du comte d’Angus actuel, il avait agi comme chef du nom de Douglas. Ruthven avait épousi la tante du roi. La femme de Lindsay était aussi Douglas en son nom. Ils s'étaient tous portés avec chaleur à favoriser les desseins de la reine pour un mariage qui répandait un si grand lustre sur la maison de Douglas, et ils se flattaient que sous un roi de leur sang, la principale direction des affaires leur serait confiée, Maitland, avec sa sagacité ordinaire, avait prévu que l'opposition de Murray au mariage serait dangereuse et inutile; mais il avait en mème temps espéré que qui que ce fût qui dominât à la cour, il pourrait y jouer un rôle et se rendre nécessaire par son adresse et par ses talens. Ils furent tous trompés dans leur attente. L'opiniâtreté du roi le rendait incapable de recevoir des avis. Il était impossible à la reine de ne pas se méfier de gens qui avaient été si longtemps et si intimement liés avec Murray, et elle se livra entièrement aux conseillers qui se prètaient à toutes ses volontés. Le retour de Murray et de ses adhérens était ainsi le seul événement qui pôt réhabiliter Morton, Maitland et leurs associés auprès de la reine, et leur rendre leur ancien ascendant dans ses conseils. Rien n'était plus affligeant pour eux que la résolution que la reine avait prise de traiter les exilés avec la plus grande rigueur. Ils imputaient les malheurs de Murray à Rizio, qui après s'être engagé à favoriser ce seigneur de tout son crédit, était devenu l'instrument le plus actif de toutes les mesures qu'on prenait pour le perdre. Ce zèle ardent de Rizio mit le comble à la haine que Maitland et ses amis avaient conçue contre cet aventurier, et leur inspira des projets de vengeance éloignés de toute justice, de toute humanité, et bien in. dignes de seigneurs de cette qualité.

Pendant qu'ils étaient occupés à former le plan de cet horrible complot, le roi communiqua au lord Ruthven la résolution qu'il avait prise de se venger de Rizio, et il lui demanda son assistance et celle de ses amis pour l’exécution de ce dessein. Le roi, en faisant cette ouverture à Ruthven, combla de joie les lords, ennemis de Rizio. Ils sentirent tout l'avantage d'un associé de cette importance. Leur vengeance particulière pouvait alors être regardée

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comme un acte de soumission et d'obéissance envers le roi; et pour prix de leur complaisance, ils ne désespéraient pas d'obtenir le rappel de leurs amis exilés, et l'affermissement de la religion protestante.

Mais comme Henri n'avait pas moins d’inconstance que de témérité, ils hésitèrent pendant quelque temps, et ils se déterminèrent à ne pas aller plus loin sans avoir auparavant pris toutes les précautions possibles pour leur propre sûreté. Cependant ils ne voulurent point laisser refroidir la colère du roi. Morton, qui dans ce siècle d’intrigues était l'homme de son temps le plus adroit et le plus insinuant, se chargea de manœuvrer auprès de ce jeune prince. Il le prit d’abord par sa passion dominante, par ce 2 désir immodéré qu’il avoit d'obtenir la couronne matrimoniale, Il lui représenta que le crédit de Rizio auprès de la reine était le principal et mème le seul obstacle au succès de sa demande ; que ce favori possédait seul toute la confiance de lareine, qui, par complaisance pour lui, avait exclu de son conseil secret ses sujets, sa noblesse, et même son mari. Il lui donnait à entendre , avec un air de confidence et de mystère, et peut-être le roi n'en était-il que trop persuadé, que cette intimité de Rizio avec la reine pouvait servir de voile à des familiarités d'une espèce fort différente et bien plus criminelles 1,

De tous les historiens, Buchanan est le seul qui accuse ouvertement Marie d’un commerce criminel avec Rizio (340, 344). Knox insinue légèrement que le bruit s’en répandait (391 ). Melvil, dans une Conversation avec la reine, lui avoue qu’il est à craindre qu'elles ne soient mal interprétées (110). 11 paraît aussi, suivant le rapport de Melvil, et par les reproches qu'il fit à la reine, que le roi lui-même avait accrédité ces soupçons. (Melvil, 127. Keith, dppend., 123, 124.) On voit encore, par le papier inséré dans l’#ppend. n° XV, p. 100 et suiv., que les soupçons du roi étaient très forts, Mais, d'un autre côté, pour répondre à ces Soupçons, qui n'étaiént fondés que sur des bruits, il est à propos d'observer que Raulet ; secrétaire francais de la reine, avait été renvoyé, et que Rizio avait été pourvu de cet office au mois de décembre 1564 (Keith, 268); et que ce fut cette place qui donna beaucoup de crédit à Rizio auprès de la reine. (Melv., 197.) Darnly arriva en Écosse environ deux mois après, ( Keith, 269.) La reine conçut aussitat pour lui une passion qui portait le caractère d'un amour véritable et sincère, Rizio encouragea cette passion, et cmploya tout son crédit pour faire réussir le mariage. (Melv., 111.) La passion de la reine se soutint quelques mois après Je mariage. Sa grossesse en donna bientôt des preuves. Par le détail de ces circonstances, il parait presque impossible que la reine pût en même temps entretenir un

Ces insinuations portèrent tout leur venin dans le cœur du roi, L'Ame en proie à un concours de passions compliquées, sa fureur l'entraîna aux plus grands excès. Impatient plus que jamais de se venger, il ne veut plus différer, il promet même de frapper le Coup de sa propre main, Ii traite aussitôt avec les lords, on convient des préliminaires, on dresse des articles, chacun y stipule ses intérèts et sa sûreté. Le roi s'engage à empécher la proscription des nobles exilés, à consentir à leur retour en Écosse, à obtenir Pour eux la rémission et le pardon absolu de tous leurs crimes, et à soutenir de toute son autorité la religion actuellement établie dans le | royaume. Les lords, de leur côté, promirent de faire tous leurs efforts Pour procurer à Henri Ja couronne matrimoniale, et pour lui assurer le droit de succession dans le cas où la reine viendrait à mourir avant lui , et de défendre ce droit jusqu’à la dernière extrémité, contre tous ceux qui voudraient le lui disputer. D'un autre côté, il était dit que si, dans la Poursuite de cette entreprise, Rizio, ou quelqu'autre, venait à être tué, leroi se reconnattrait lui-mèmeauteur du forfait, et protégerait tous ceux quiy auraient participé!, Î ne restait plus qu'à concerter le plan de l'exécution de ce crime, à choisir les acteurs et à leur distribuer les roles qu'ils devaient jouer dans cette détestable tragédie. On est saisi d'horreur au récit de toutes les circonstances de cet événement, qui peignent au vrai, et qui caractérisent les mœurs des hommes de ce siècle. La place choisie Pour commettre ce forfait fut la Chambre même de la reine. Marie était dans le sixième mois de sa grossesse ; Rizio pouvait être pris partout ailleurs, et sans nulle difficulté; mais le roi fit choix de cet endroit pour jouir du plaisir barbare de reprocher à Rizio tous ses crimes en présence de la reine. Le comte de Morton, et le lord grand-chancelier se chargèrent de la direction d'une entreprise formée au mépris de toutes les lois dont ils étaient eux-

commerce criminel avec Rizio, À moins qu'on ne veuille la regarder comme une femme absolument abandonnée. Mais la preuve la plus assurée de l'innocence de la reine, c’est le silence de Randolph, résident d'Angleterre, homme très disposé à relever toutes les fautes de Marie, et méme à les aggraver, et qui cependant ne donne pas une seule fois à entendre que la con fiance qu’elle avait en Rizio cachât rien de criminel, 1 Good., vol. 1, 266.

mêmes les dépositaires. Le lord Ruthven, retenu au lit depuis trois mois par une maladie très dangereuse, et qui était encore si faible qu'il avait peine à marcher et à porter le poids de ses armes, fut choisi pour frapper le premier coup; | et pendant qu’il ne pouvait se trainer qu'à l'aide | de deux hommes qui le soutenaient, il se mit en marche pour aller commettre un meurtre en la | présence de sa souveraine.

Le 9 de mars, Morton entra dans la cour du palais avec cent soixante hommes, et sans bruit, sans trouver aucune résistance, il se saisit de toutes les portes. La reine était à souper avec la comtesse d'Argyll, Rizio, et un petit nombre de domestiques. Le roi entre tout d’an coup dans l'appartement: par un passage détourné. Après lui, venait Ruthven, armé de pied en cap, encore pâle et défait de sa longue maladie, le regard farouche et terrible, suivi de trois ou quatre de ses complices les plas affidés. Cette apparition subite et imprévue alarma tous ceux qui étaient présens. Rizio aperçut bientôt qu'il était la victime qu'on voulait immoler, Saisi d’effroi, il court se jeter derrière le fauteuil de la reine , et il s'y tient fortement attaché, espérant que le respect dû à la majesté royale pourrait le garantir de la mort qu'on lui préparait. Mais les conjurés avaient été trop loin pour ètre arrêtés par aucune considération de cette espèce. Une troupe de gens armés se précipitent dans la chambre. Ruthven tire son poignard, et d’un air ‘\enaçant, d'un ton de voix furieux, il lui or-

vue de quitter une place dont il était indigne, et qu'il occupait depuis trop long-temps. Marie eut recours aux larmes, aux menaces, pour sauver son favori ; tout fut inutile : le malheureux Rizio fut arraché d’auprès d'elle avec violence ; et sans se donner le temps de le trainer dans l'appartement voisin, ses ennemis assouvirent leur rage, et il tomba mort, percé de cinquantesix coups,

Athol, Huntly, Bothwell, et d’autres confidens de la reine , qui entendirent la rumeur, furent alarmés et craignirent le même sort; mais il n'y avait point eu apparemment de projet formé contre eux, ou bien les conjurés n’osèrent point répandre le plus noble sang du royaume, jar ces voies illégitimes qu’ils avaient hasardées

+ sppend., n° XV p. {03 et suiv.

contre un étranger.Quelques-unsdeces seigneurs furent renvoyés , d’autres prirent la fuite.

Cependant les conjurés se rendirent maîtres du palais, et gardèrent la reine à vue, et avec le plus grand soin. Le roi fit publier une proclamation qui défendait an parlement de s'assembler au jour qui avait été indiqué , et il prit des mesures pour empêcher les séditions dans la ville'. Murray, Rothes, et leurs adhérens, informés de la manière dont on s'était défait de Rizio, arrivèrent le lendemain au soir à Édimbourg. Murray fat très bien reçu du roi et de la reine. Le bon accueil du roi était fondé sur les conventions qu'ils avaient faites entre eux, et la reine espérait, par ses manières engageantes , de gagner Murray, et de l'empêcher de se liguer avec les meurtriers de Rizio. Elle connaissait leur pouvoir, et elles les craignait. L’insulte qu'on venait de faire à son autorité, et même à sa personne, était si éloignée du caractère de Murray , qu'elle désirait infiniment de se réconcilier avec lui, dans l'espérance qu'il la servirait dans les projets de vengeance qu'elle méditait. Cependant Murray se trouvait obligé, par reconnaissance, de travailler à sauver des gens qui avaient hasardé leur vie pour lui; la reine, qui d'ailleurs n'avait pas la liberté du choix, voulut bien admettre en sa présence Morton et Ruthven, et elle leur promit de leur accorder leur pardon dans les termes qu'ils jugeraient nécessaires pour leur plus grande sûreté.

Cependant le roi était lui-même étonné de la hardiesse et du succès de son entreprise, et il était incertain du parti qu'il devait prendre. La reinc observait son irrésulution, et elle savait en tirer avantage. Elle employait tout son art pour faire rompre les engagemens qu'il avait pris avec ses nouveaux associés, Le roi, de son côté, tourmenté de remords, cherchait par toutes sortes de complaisances à réparer l’'insulte qu'il avait faite à une femme illastre, et qui l'a vait comblé de tant de bienfaits. Malgré les avis qu'il recevait de tous côtés, de se méfier des ai tifices de la reine, il consentit à renvoyer la garde que les conjurés avaïent mise autour de sa personne. La même nuit il partit précipitamment avec la reine, accompagné seulement de trois personnes, et se retira à Dumbar. Le pre

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Cette fuite précipitée du roi et de la reine jeta les meurtriers de Rizio dans la plus grande consternation. Ils avaient obtenu la promesse de

Ce . nm . | leur pardon, mais il paraissait par la conduite de

la reine qu’elle n'avait eu intention que de ga-

gner du temps et de les amuser, Cependant ils | hasardèrent d'en demander l'exécution: mais | celui qu’ils avaient chargé de ce message fut ar-

rêté prisonnier; la reine s’avança vers Édim-

bourg à la tête d’un corps de huit mille hommes, | et prit aussitôt le ton du ressentiment et de la | vengeance. Elle avait eu en même temps l'adresse

de détacher Murray et ses amis de leur union

avec les assassins de Rizio. Elle avait aperçu que |

la réunion de ces deux partis pouvait former une confédération qui deviendrait formidable à la couronne; elle marqua beaucoup de disposition à rendre ses bonnes grâces au premier, et elle

se montra, pour l’autre, inexorable. Murray et | ses adhérens n'étaient pas moins empressés d’ac- | cepter leur pardon aux conditions que la reine | leur proposait. Les meurtriers de Rizio, sans |

aucune ressource et hors d'état de faire Ja moindre résistance, s’enfuirent promptement en Angleterre, et, se trouvant dans la même position où étaient auparavant Murray et ses partisans, ils allèrent occuper le même asile que ces derniers avaient abandonné depuis peu de jours.

Jamais un homme aussi distingué que le comte

de Morton, par sa rare prudence et même par son |

adresse et sa dextérité, ne s'était trouvé dans des circonstances plus malheureuses. Après avoir perdu la bienveillance du roi, qui avait eu la bassesse de nier hautement qu’il eût eu connaissance de la conspiration, et qui l'avait même fait publier par des proclamations; lâchement abandonné par Murray et par tous ceux de son parti !, Morton, fugitif, exilé du pays de sa naissance, était obligé de se démettre de la charge du royaume la plus importante, de quitter de

4 Melvil, 130.

| brillante,

Marie, à son retour à Édimbourg, commenca à procéder dans toute la rigueur des lois contre tous ceux qui avaient eu part au meurtre de Rizio. Cependant on doit remarquer, à la louange de la reine, qu'elle donna en cette occasion des marques de sa clémence. 11 n’y eut pour ce crime | Que deux personnes condamnées au supplice, et qui n'étaient pas même d'un rang fort distingué !, | On aperçoit dans cette conspiration une circonstance, qui à la vérité ne tient pas absolument à l'action, mais qui mérite d'être observée, Le but principal de la confédération entre le roi et les conjurés était un assassinat. Cependant ils prirent soin de la conservation de l'église réformée, et cet article fut un de ceux dont ils parurent le plus occupés. Ces mêmes hommes, qui se préparaient à violer un des principes les plus essentiels de la morale, affectaient néanmoins le plus grand respect pour la religion. Un historien rapporte ces inconséquences de l'esprit | humain, sans prétendre ni les justifier ni même en rendre raison. Content de régler ses propres | Sentimens sur les lois éternelles et immuables de la justice et de la vert, il remarque ces extravagances comme autant d'ombres au tableau du siècle qu’il décrit, et il les présente pour servir d'instruction aux siècles à venir.

Comme le meurtre de Rizio est dans le cours de cette histoire le second exemple d'un assassiuat commis de dessein prémédité, et que dans la suite il s’en présentera encore quelques autres d’un pareil crime, nous croyons qu'il est à pro- | pos de rechercher avec soin les premières causes d’un usage si déshonorant pour l'humanité, Le | ressentiment des injures est de toutes les pas-

| sions celle qui agit le plus fortement sur l'âme : | la raison en est simple, et elle se présente d'ellemème. Une conséquence naturelle de cette passion était de rendre l’offensé arbitre de la réparation ; mais on aurait par-Jà sapé les fondemens de la société. L'offensé n’avrait point mis de bornes à sa vengeance, à la durée , à la sévérité des peines. Ce fut par cette raison que, dans les premiers temps de la formation des sociétés, on Ôta le glaive des mains du particulier pour le remettre entre celles du magistrat. Mais quoique

‘Keith, 4ppend. , 130, 334

le but des lois fût de réprimer la passion de la vengeance, elles ne firent d'abord que la fortifier réellement. La première peine et la plus simple qui fut prononcée pour la punition des crimes,

fut la peine du talion. L'agresseur était condamné à perdre membre pour membre, vie pour vie. Le paiement fait par forme de compensation à la personne offensée succéda à la rigueur de cette première institution. Dans ces premiers établissemens, la loi n'avait en cela pour objet que la satisfaction de la vengeance particulière ;

l'offensé était le seul qui avait le droit de poursuivre, d'exiger ou de remettre la punition.

Mais pendant que les lois accordaient ainsi une pleine satisfaction à l’une des parties, les intérêts de l’autre partie ne furent point négligés. Lors-

que le crime n'était pas mis en évidence par des preuves incontestables, ou bien si celui à qui le crime était imputé prétendait avoir été injustement accusé, il avait le droit de faire un défi à son adversaire et de l'appeler en duel; et, s’il avait la victoire, ilrecouvrait son honneur, Dans toutes les affaires importantes, civiles ou criminelles, on se servait aussi de la voie des armes pour défendre l'innocence ou les biens des parties. La justice se trouvait rarement dans le cas de faire usage de ses balances ; l'épée seule décidait toutes les contestations. Tous ces moyens, et l'indulgence dont on usait tous les jours, ne servaient qu'à entretenir la passion de la vengeance, et la portèrent à un point incroyable. Les hommes s’accoutumèrent au sang non-seulement en temps de guerre, mais même dans le sein de la paix, et par cette raison combinée avec plusieurs autres ils contractèrent une férocité singulière de mœurs et de caractère. Cependant ce fut cette férocité qui mit dans l'obligation d’abolir l'épreuve par le combat, de supprimer les paiemens en compensation dans les causes criminelles, et de chercher quelques moyens plus doux pour terminer les contestations dans les affaires civiles. Les punitions des crimes devinrent plus sévères, et les règlemens au sujet de la propriété des biens plus fixes et plus déterminés. Mais les princes, à qui il appartenait d’infliger les peines et de soutenir les réglemens, avaient peu de pouvoir. Un grand en contravention méprisait leur autorité; les petits se mettaient sous la juridiction de ceux dont ils espéraient que la protection leur procurerait

Fe

l'impunité. L'administration de la justice était très faible et prolongée par des délais. Une action intentée pour punir les crimes d'un chef, ou même ceux de ses vassaux, excitait souvent des rébellions et des guerres civiles. Les procédures étaient trop lentes pour ces nobles altiers et indépendans, qui avaient souvent entre eux des querelles inévitables; qui étaient prompts à apercevoir une injure. et toujours impatiens d'en tirer vengeance; qui regardaient comme une infamie de céder à un ennemi, et comme une lâcheté de lui pardonner; qui croyaient que le droit de punir ceux qui les avaient offensés était un privilége de l'ordre de la noblesse et une marque de son indépendance. Le sang d’un adversaire était, suivant leurs idées, la seule chose qui pôt laver un affront; jorsqu'il ne coulait point , ils croyaient leur vengeance manquée et qu'il restait une tache à leur honneur. Ils prenaient aisément de leur propre main cette vengeance, que l'autorité trop faible du magistrat ne pouvait pas leur procurer. Sous un pareil gouvernement, les hommes s'arrogeaient , ainsi que sous la loi de nature, le droit de juger et de se venger. Ce fut ainsi que l'assassinat, le crime, de tous le plus destructif de la société, devint non-seulement permis, mais fut même regardé comme honorable.

L'histoire de l'Europe, pendant les quatorzième et quinzième siècles, fournit une infinité d’exemples de ce crime détestable. Il régnait principalement chez les Français et les Écossais ; ces deux nations entretenaient alors une correspondance fort étroite, et l’on aperçoit dansle génie de ces peuples une ressemblance frappante. En l'année 1407, le frère unique du roi fut assassiné publiquement dans les rues de Paris. Au lieu de procéder à la punition de cette action qui fait horreur, on permit à un avocat fameux de plaider pour la défense du meurtrier, devant les pairs de France, et de soutenir publiquement la justice de l'assassinat. En l'année 1417, il fallut toute l'autorité du fameux Gerson pour faire condamner, dans le concile de Constance, cette proposition : « qu'il y avait de certains cas « où l'assassinat était une vertu, plus méritoire « sur un chevalier que sur un écuyer, plus mé- « ritoire sur un roi que sur un chevalier !. » Le

1 Lenfant, Histoire du concile de Constance.

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le rôle prin Rizio, en éa

1 Buchan., 2 # Anders. , Il

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es quatorzième nfinité d’exemnait principa-

Écossais ; ces une Corresponit dans le génie frappante, En oi fut assassiné ris. Au lieu de action qui fait at fameux de rier, devant les publiquement innée 1417, il x Gerson pour de Constance ,

de certains cas plus méritoire uyer, plus méhevalier !. » Le

Constance.

mr.

PE D Ross rapporte le meurtre du conte de Murray

à d'une manière indécente

nombre des personnes de marque qui furent assassinées en France et en Écosse , dans les quinzième et seizième siècles, pour des querelles particulières, politiques ou de religion, est presque incroyable. Lorsque les causes qui avaient d'abord donné naissance à cette coutume barbare eurent cessé; lorsque la juridiction des magistrats et l'autorité des lois furent mieux établies et devinrent plus générales ; lorsque les progrès des sciences et de la philosophie eurent policé les mœurs, et que les hommes commencèrent à s’humaniser, ce crime ne laissa pas encore de se soutenir à un certain degré. Ce ne

fut que vers la fin du dix-septiéme siècle qu'il disparut en France. La vigueur que l'avénement de Jacques VI au trône d'Angleterre donna à

l'autorité royale, mit ce prince en état de le réprimer en Écosse,

sa mort; et dans tout ce récit très détaillé , On ne trouve pas un seul mot de regret, pas une seule marque de repentir d'un crime aussi déshonorant que barbare 1, Morton, également coupable du même crime , était dans les mêmes sentimens à ce sujet et jusqu'aux derniers momens de sa vie, ni lui ni les ministres qui l'assistèrent à la mort ne Parurent considérer ce Meurtre comme une action qui fût sujette au repentir. Morton parle au contraire du meurtre de David Rizio aussi froidement que si C'était une action indifférente , ou même re- Commandable 2, Les vices des siècles passés nous étonnent et nous en sommes offensés ; nous nous familiarisons avec ceux qui se passent sous no$ Yeux et ils paraissent nous causer moins d'horreur, Je n'ai pu me refuser cette digres-

sion ; je reprends le fil de mon histoire.

Cependant il est à observer que les influences Marie n'avait plus pour Darnly cet ancien

des coutumes nationales ont toujours agi forte- | attachement qui avait répandu tant de douceurs ment sur l'esprit et sur le cœur, et qu’elles ont | sur jes premiers momens de leur union. Le dominé au point de pervertir et même d'éteindre | charme était dissipé , l'amour ne couvrait plus entièrement les principes les plus sacrés de la de son voile favorable les vices et les extrayamorale. Les auteurs qui vivaient dans ces siècles | gances du roi. Marie les apercevait tous et dans pervers paraissent imbus des Opinions de leurs | toute leur difformité 8, Henri avait publié une Contemporains au sujet de l'assassinat. Ces his- | proclamation dans laquelle il désavouait d’avoir toriens avaient le temps de réfléchir et de ju- | eu aucune Connaissance de la conspiration contre ger ; Cependant on leur voit aussi peu d'horreur Rizio , mais la reine était toujours fortement pour ce crime qu'aux personnes mêmes qui | persuadée qu'il avait participé non-seulement s'étaient portées à le commettre dans la chaleur | au complot, mais même à l'exécution de ce et dans l’impétuosité de Ja passion. Buchanan | crime odieux 4, La passion, la générosité, la fait le récit du meurtre du cardinal Beatoun et | candeur de la reine ne lui avaient point permis de celui de Rizio, sans donner Ja moindre | de concevoir des soupçons. Elle avait donné limarque de l'émotion que de pareils forfaits | béralement au roi une grande portion d’autodoivent causer à un homme, ni de l'indignation rité, et ce prince s’en était servi pour insulter qu'un historien doit en concevoir 1, Knox, plus | sa bienfaitrice , Pour entreprendre sur ses préféroce et moins civilisé, parle de l'assassinat de rogatives, pour mettre en danger sa propre Beatoun et de celui du duc de Guise non - seu- personne, Aucune femme n'aurait pu Supporter lement sans aucun blâme, mais même avec une un tel outrage et n’en aurait perdu le souvenir. espèce le joie 2, D'un autre côté l’évêque de | Un extérieur de politesse, mais froid et réservé,

un fond de méfiance, des querelles fréquentes, prirent la place de ces premiers transports de confiance et d'affection, On s’aperçut bientôt que les grâces de la reine ne passaient plus par le même canal, Les Courtisans cessèrent de rechercher la protection du roi, dont ils sentaient toute l'inutilité, Également décrédité parmi les

avec quelques éloges 3, Blackwood triomphe en parlant de ce fait, et il ose l'appeler ouvertement un coup de Ia à Providence #, Le lord Ruthven , qui avait joué le rôle principal dans Ja conspiration contre Rizio, en écrivit Ja relation peu de temps avant

1 Buchan., 296, 345. — 2 Knox » 334. 1 Keith, 4ppend. 119. — ? Grawf., Mém. À (4 “Anders. 111, 84. — 4 Jebb,, I], 263 bn XV re

5 éppend., n° XVE, p. 109 et suiv, — 4 Keith, 350.

nobles, les uns craignaient ses fureurs , d'autres se plaignaient de sa perfidie, tous méprisaient la faiblesse de son esprit et ses inconstances. Le peuple mème remarquait qu'en bien des choses sa conduite était peu convenable à la dignité d'un roi. Adonné à l'ivrognerie, vice qui n'était pas fort commun dans ce siècle, plongé dans les débauches les plus outrées, et que toute la licence de la jeunesse ne peut excuser, ses excès portèrent l'amertume et l'aigreur dans le cœur de la reine, L'âme agitée des passions les plus vives, elle versa souvent en public et dans le particulier des larmes de dépit !. Sa haine pour Darnly prenait de jour en jour de nouvelles forces, et elle ne pouvait plus la dissimuler, Darnly venait rarement à la cour, il y paraissait avec peu d'éclat, et it n'y avait aucun crédit, Ceux qui cherchaient à plaire à la reine, les partisans de Morton et de ses associés, et les adhérens de la maison d'Hamilton, évitaient également de se rencontrer avec lui; il restait ainsi presque seul et cet abandon n'excitait la compassion de personne.

Vers ce même temps un nouveau favori s'insinua dans les bonnes grâces de la reine, et prit bientôt beaucoup de crédit sur son esprit, et mème un grand ascendant sur son cœur. Ce fut Jacques Hepburn, comte de Bothwell, chef d’une ancienne famille, l'un des plus puissans seigneurs du royaume par ses grands biens et par le nombre de ses vassaux , homme d'un génie entreprenant, et qui, encouragé par la rapidité de ses premiers succès, suivit un plan qui lui fut fatal et qui devint la source de tous les malheurs de Marie. Dans ce siècle fécond en révolutions, où les circonstances présentaient aux esprits remuans tant de projets vastes à former,

tant d'occasions pour les exécuter, aucun homme |

ambitieux ne montra plus d’audace que Both-

well, et n'eut recours à des expédiens plus sin- |

guliers et plus téméraires pour s'emparer de l'autorité. Lorsque les personnes de distinction dans le royaume, papistés ou protestans , se furent presque tous réunis à la congrégation

pour défendre la liberté de la nation contre les |

entreprises dangereuses de la France, Bothwell, quoique protestant déclaré, s’attacha à la reine régente et la servit avec beaucoup de

‘ Keith, 329,

zèle Le succès des armes de la congrégation l'obligea de se retirer en France ; il entra alors au service de la reine , et il y resta jusqu'au re. tour de Marie en Écosse !, On le vit toujours depuis donner à la reine des marques de soumission et de déférence, et dans toutes les factions qui se formèrent,, il ne prit jamais de mesures qui pussent être désagréables àsa majesté, Lorsque les procédés de Murray, à l'occasion du mariage de la reine, donnèrent de l'ombrage à

| cette princesse , elle rappela Bothwell de l'exil

où elle ne l'avait envoyé qu'à regret, et elie regarda son habileté et son zèle comme les plus fermes appui de son autorité, Lorsque ceux qui

avaient conspiré contre Rizio se saisirent de la

personne de la reine, elle fut principalement redevable de sa liberté à Bothwell, qui la servit dans cette occasion avec autant de bonheur que de fidélité, Un bon office de cette importance laissa de fortes impressions dans l'esprit de la reine , et augmenta beaucoup la confiance qu'elle lui avait jusqu'alors accordée ?, Eile fit éclater sa reconnaissance par des marques de bonté particulières. Elle l'éleva aux offices les plus avantageux pour les émolumens et pour le crédit, et elle ne traitait aucune matière intéressante sans le consulter 3. Bothwell, par ses complaisances et ses assiduités, confirma et fortifia ces heureuses dispositions de la reine en sa faveur, etilse fraya insensiblement le

| chemin à ce projet extraordinaire qu'une ambi-

tion démesurée lui avait peut-être déjà fait concevoir, et qu'il exécuta à la fin, au travers d'un nombre infini de difficultés, et au prix de tant de crimes.

Cependant la reine était dans le neuvième mois de sa grossesse et elle n’attendait que le moment de sa délivrance. Comme son palais n'était défendu que par une garde peu nombreuse on jugea qu'il serait imprudent de laisser la reine exposée aux insultes qu’elle pourrait re: cevoir dans un royaume déchiré de factions et de la paït d'un peuple toujours prêt à se mutiner. Le conseil privé crut, par cette raison, qu'il était à propos que la reine fixât sa résidence dans le château d'Édimbourg, la place la plus

| forte du royaume et la plus convenable pour à

1 Anders., 1, 90. — * Zbid., 1, 92, 93.

s Melvil, 133. Knox, 396.

sûreté de traite plu les querel

‘a plupart

et Argyll well, et injures réc par ses ins de les récc ensevelira oubli, Ma la bonne i ne rendit s condition ?

Le 19 de acques , 80 peur de to et ne fut :

avait donn.

au trône d' subsistaient en une seu pouvoir de mens très 8 sa malheur séparée de livrer aux ti passion si l'âme d'une Melvil fut porter la no en fut frap] dans les pr trouble de s et toute la s:

donnait sur que de donn repris sur 84 le reçut hon

… des démons

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T Keith, 335.

% Ibid, , 336.

° Melvil, 138.

la congrégation » ; il entra alors sta jusqu'au re.

le vit toujours narques de sous toutes les facit jamais de meles àsa majesté, 7, à l’occasion du de l'ombrage à othwell de l'exil | regret, et elle : comme les plus 40rsque ceux qui e saisirent de la principalement vell, qui la servit de bonheur que tte importance is l'esprit de la up la confiance cordée ?. Eile fit les marques de a aux offices les imens et pour le ie matière intéthwell, par ses és, confirma et ions de la reine asensiblement le ire qu’une ambiêtre déjà fait fin, au travers s, et au prix de

ans le neuvième attendait que le ne son palais né peu nombreuse ent de laisser la elle pourrait re:

hiré de factions urs prêt à se mujar cette raison, fixât sa résidence , la place la plus nvenable pour là

sûreté de sa personne !, Pour rendre cette re-

traite plus assurée, Marie travailla à éteindre |

les querelles domestiques qui subsistaient entre ‘a plupart des nobles les plus distingués, Marray et Argyll étaient animés contre Huntly et Bothwell, et ces démôlés étaient fomentés par des injures réciproques et souvent répétées, La reine, par ses instances et par son autorité, vint à bout de les réconcilier, et elle leur fit promettre qu'ils enseveliraient leurs animosités dans un éternel oubli, Marie avait tellement à cœur de rétablir la bonne intelligence entre ces seigneurs, qu'elle ne rendit ses bonnes grâces à Murray qu'à cette condition ?,

Le 19 de juin, la reine mit au monde le prince

icques , son fils unique; sa naissance fit le bon-

eur de tout le royaume de la Grande-Bretagne etne fut malheureuse que pour celle qui lui avait donné le jour, L'avénement de ce prince au trône d'Angleterre fit cesser les divisions qui subsistaient entre les deux royaumes, les réunit en une seule monarchie puissante et établit le pouvoir de la Grande-Bretagne sur des fondemens très solides. Mais la reine, persécutée par sa malheureuse destinée, fut de bonne heure séparée de ce fils chéri, et ne put jamais se livrer aux transports de cette joie pure, de cette passion si légitime qui pénètre et qui remplit l'âme d'une mère tendre,

Melvil fut aussitôt dépèché à Londres pour y porter la nouvelle de cet événement. Élisabeth en fut frappée au dernier point et laissa même dans les premiers instans apercevoir tout le trouble de son âme; elle sentait tout l'avantage et toute la supériorité que la naissance de ce fils donnait sur elle à sa rivale, Cependant, avant que de donner audience à Melvit , elle avait déjà repris sur ses sens son empire accoutumé; elle

le reçut honorablement , et mème avec de gran-

des démonstrations de joie, et elle accepta de bonne grâce l'invitation que Marie lui faisait

: d’être la marraine de son fils 3,

Marie, qui aimait l'éclat et la magnificence, voulut que le baptême du jeune prince se fit en grande pompe, et à cet effet, elle envoya pareillement inviter le roi de France et le duc de Sa= |

* Keith, 335,

* Jbid., 336, Append., 184 ° Melvil, 138.

voie, oncle de son prémier mari, à tenir son fils sur les fonts de baptême,

La reine, après ses couches, ne parut point avoir changé de sentimens à l'égard du roi !, La mort de Rizio et une action aussi insolente et aussi inexcusable, soutenue par le roi, se représentaient toujours à sa mémoire, Elle tombait souvent dans la rêverie et dans l'abattement 2. Henri venait quelquefois à la cour, il accompagnait même la reine dans les voyages de plaisir qu'elle: faisait dans les différentes parties du royaume, mais les nobles lui portaient peu de respeet ; Marie le traitait avec beaucoup de froideur et ne lui donnait pas la moindre autorité 3, La rupture entre le roi et la reine se manifestait de jour en jour #; on essaya plusieurs fois de les réconcilier ; Castelnau, ambassadeur de France, y donna particulièrement ses soins; mais après des querelles qui avaient éclaté avec tant de violence, il était difficile de resserrer les liens de l'amour conjugal, Castelnau vint à bout d'engager le roi et la reine à passer deux nuits ensemble 5, et il comptait beaueoup sur cette apparence de réunion; mais il y a lieu de présumer qu'elle ne fut pas sincère, et nous poûvons dire avec certitude qu'elle ne fut pas de longue durée,

Cependant Bothwell était toujours le prin-

, Cipal confident de la reine. Elle ne décidait au-

cune affaire, elle n’accordait aucune grâce sans sa participation; et si nous devons ajouter foi aux historiens contemporains, pendant que Bothwell prenait cette autorité dans les conseils de la reine, il acquérait un empire absolu sur son cœur. Savoir précisément dans quel temps ce lord ambitieux entreprit de jouer le rôle d'a-

. mant, et de substituer la galanterie à la soumis-

sion et au respect qu'un sujet doit à sa souveraine ; ou bien dans quel moment Marie, au lieu de la reconnaissance qu'elle devait à Bothwell

| pour ses bons et fidèles services, donna entrée

dans son âme à des sentimens d'une autre nature, c’est une chose qu'il n'est point aisé de

| déterminer. Ce progrès des passions ne peut être aperçu que par ceux qui ont un libre accès

auprès des personnes intéressées , et qui réunis-

* Appénd. , n° XVII, p. 111 et suir, * Melv., 148. — 5 Keith, 350. Melvil, 132, “Keith, 4ppend. 169. —-5 bid.

sent la tranquillité d’Ame et la sagacité nécessaires .

pour observer de sang-froid les mouvemens du cœur. Knox et Buchanan n'avaient aucun de ces avantages. Ilsn'étaient point d'une condition assez relevée pour approcher de la personne de la reine et de son favori ; de plus, l'ardeur de leur zèle, la violence de leurs préjugés, décréditent leurs opinions, qui sont souvent téméraires, précipitées et peu exactes. On ne peut donc tirer de ces historiens aucun secours pour décider si cet amour était réciproque entre Bothwell et la reine; on ne peut en juger que par les effets que cette passion produisit, et par les événemens que l’histoire va nous présenter.

On est frappé de la témérité de Bothwell d’avoir osé aspirer à la main de la reine; cependant on aperçoit que ce projet fut formé et suivi dans des circonstances très favorables. Marie était jeune, elle avait de la douceur et de l’enjouement. Naturellement sensible , elle était portée à la tendresse et capable de s’attacher fortement. L'objet de ses premières affections en était devenu tout-à-fait indigne; il la payait d'ingratitude, il la négligeait , il la traitait avec insolence, ave: brutalité. Elle était piquée et irritée au dernier point de ces procédés de Darnly. Dans cztte situation, les attentions et les compiaisances d’un homme qui avait soutenu son autorité, qui avait veillé à la sûreté de sa personne , qui était entré dans toutes ses vues, qui avait flatté toutes ses passions, qui épiait les momens de l’entretenir de son amour !, et qui savait en profiter, ne pouvaient pas manquer de laisser de fortes impressions dans ‘a cœur aussi tendre que celui de Marie.

L'esprit altier de Darnly nourri dans la flatterie, accoutumé à commander, ne pouvait supporter le méps dans lequel il était tombé, et l'état d’inutilité où il se voyaitréduit. Mais dans un pays où il était généralement haï et décrié, il ne pouvait point espérer de former un parti qui voulût seconder les entreprises qu'il formerail pour recouvrer son autorité. Il prit le parti de s'adresser au pape et aux rois de France et d'Espagne ; à leur fit des protestations de son zèle pour la religion catholique, et de grandes plaintes du peu de soin que la reine avait de soutenir les intérêts de cette religion 2, Aussitôt

1 Anders., 1,93, 94. — *Knox, 398.

après, il forma un projet également extravagant | et dangereux, d'aller s'embarquer sur un vais-

seau qu'il avait retenu, et de s'enfuir dans les | pays étrangers. Il est presque impossible de for. | mer aucune conjecture satisfaisante sur les mctifs qui purent déterminer cet esprit bizarre e inconséquent à une démarche aussi extraor-!

dinaire, Il espérait peut-être de captiver la bien. veillance des princes catholiques du continent par son zèle pour la religion, et qu’ils emploie. raient lenr entremise pour le remettre en possession de l'autorité qu'il avait perdue. Peut-être aussi n’avait-il en vue que de cacher sa disgrâce en se retirant chez des étrangers qui n'avaient point été témoins de sa prospérité.

Le roi communiqua son dessein à son père , le comte de Lennox , et à de Croc , ambassadeur de France. L'un et l’autre essayérent, mais inutilement, de le dissuader. Lennox, qui paraissait avoir perdu , ainsi que son fils, la bienveillance de la reine, et qui alors venait rarement à la cour, écrivit promptement à la reine pour lui faire part du dessein de Darnly. Henri, qui avait refusé d'accompagner la reine de Stirling à Édimbourg, était dans ce même temps absent

de la cour. Cependant il se mit en chemin, et il 1

y arriva le mème jour que la lettre qui annonçait sa fuite préméditée; il y parut plus fantasque et plus chagrin qu'à son ordinaire; il ne voulut point entrer dans le palais jusqu'à ce qu'on eût renvoyé certains lords qui étaient auprès de la reine. Marie fut obligée d'aller. audevant de lui hors des portes de la ville. Il se laissa à la fin conduire à son appartement. La

reine essaya de tirer de lui les raisons de cette,

étrange résolution qu'il avait prise, et de l'en détourner. Il ne voulut point écouter ses sollicitations, il resta inflexible à ses prières, et il garda toujours un morne silence. Le lendemain, le conseil privé fit, par les ordres de la reine, les mêmes instances auprès du roi. Il persista dans sa mauvaise humeur et dans son opiniâtreté, il ne daigna entrer dans aucune explication sur les motifs de sa conduite, ni marquer la moindre disposition à changer de résolution. Lorsqu'il sortit de son appartement, il se retourna vers la reine, et lui dit que, de long-temps, elle ne le verrait. Quelques jours après il écrivit à la reine, et il lui exposait deux raisons principales de son mécontentement: qu’elle-mème depuis

iong-tem dans sa aucune a ple, lab paraissail et l'éclat Rien n rie que c dait par t domestiq que qui | l'abandon devait na ter des so et entrete avantagel convénien pour mett les imputs cir, le co reine-mèr tout cet é:

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emettre en poserdue. Peut-être cher sa disgrâce rs qui n'avaient 'ité.

in à son père, le ambassadeur de nt, mais inutile- , qui paraissait la bienveillance t rarement à la a reine pour lui aly. Henri, qui ‘eine de Stirling me temps absent en chemin, et il a lettre qui anil y parut plus \ son ordinaire; le palais jusqu'à lords qui étaient ligée d'aller, aude la ville. Il se appartement. La raisons de cette, prise, et de l'en outer ses sollicies prières, et il e. Le lendemain, res de la reine, \ roi. Il persista s son opiniâtreté, e explication sur rquer la moindre lution. Lorsqu'il se retourna vers g-temps , elle ne ès il écrivit à la isons principales lle-mème depuis

iong-temps ne lui donnait plus aucune part dans sa confiance ; qu'elle ne lui laissait plus aucune autorité , et que les nobles, à son exemple, l’abandonnaient si ouvertement, qu'il ne paraissait plus en aucun endroit avec la dignité et l'éclat convenables à un roi.

Rien ne pouvait être plus affligeant pour Marie que cette fuite projetée du roi. Elle répandait par toute l’Europe le bruit deleurs querelles domestiques et de leur déshonneur. Un monarque qui paraissait forcé à s’exiler lui-même par l'abandon et les mauvais traitemens de sa femme devait naturellement exciter la compassion, jeter des soupçons sur les causes de ces démélés, et entretenir dans les esprits des sentimens peu avantageux à {a reine. Pour remédier à ces incouvéniens , prévenir ses alliés en sa faveur, et pour mettre sa réputation à couvert de toutes les imputations dont Darnly cherchait à la noircir, le conseil-privé fit passer au roi et à la reine-mère de France un détail circonstancié de tout cet événement. Le narré était fait avec art, et mettait la conduite de Marie dans le jour le plus favorable 1,

Vers ce même temps, la licence des habitans des frontières demandait à être réprimée. Marie ayant résolu de tenir sa cour de justice à Jedbourg, on donna ordre, suivant l'usage, aux habitans de quelques comtés adjacens de prendre les armes et d'accompagner leur souveraine 2. Bothwell était alors lieutenant ou gardien de toutes les marches, l’un des offices les plus importans du royaume, ordinairement partagé en trois gouvernemens, mais que la reine avait réunis pour former à son favori une place dis-

de l'amour, et qui étaient peu convenables à la dignité d’une reine 1. Lorsqu'elle vit que les blessures de Bothwell n'avaient aucun symptôme dangereux, elle retourna le même jour à Jedbourg. Accablée de la fatigue de cette journée , encore émue de l'extrême douleur qu’elle avait ressentie de l'accident de Bothwell , elle se réveilla le lendemain avec une fièvre ardente 2, La maladie fit de tels progrès, qu'on désespérait de sa vie. Mais sa jeunesse et la bonté de son tempérament surmontèrent à la fin la force du mal. Pendant tout le cours de la maladie de la reine, le roi, qui résidait à Stirling, n’appro- Cha pas de Jedbourg 3 ; et lorsque, dans la convalescence, il jugea à propos d'y paraître, il y fut reçu si froidement qu'il ne fut pas encouragé à y faire un long séjour 4, Marie reprit ses forces en peu de temps, se mit en chemin le long des frontières orientales et se rendit à Dunbar.

Marie , pendant son séjour à Dunbar, s’oc- Cupa des affaires relatives à l'Angleterre. Élisabeth, malgré ses promesses et les proclamations qu’elle avait faites, non-seulement permettait à Morton et à ses associés de rester en Angleterre, mais même elle les y engageait 5, Marie, de son côté, accordait sa protection à plusieurs Anglais réfugiés dans ses états. Les deux reines observaient réciproquement leurs démarches avec la plus grande attention, et chacune d'elles favorisait secrètement les intrigues qui se tramaient pour troubler l'administration de sa rivale.

Robert Melvil, ambassadeur de Marie ,etses autres émissaires, agissaient er: conséquence

tinguée. Bothwell, pour répondre à cette marque de confiance, et pour faire parade de sa valeur et de son activité, entreprit d'aller attaquer une troupe de bandits qui se tenaient cachés aux environs des marches de Liddesdale set qui de là infestaient tous les pays d’alentour, Dans une rencontre où il s'abandonna sur un de ces brigands, qui se battait en désespéré, il reçut tant de blessures qu'il resta sur la place, et que ses gens furent obligés de le transporter au château de l'Ermitage. Marie y Courut surle-champ avec une impatience et une précipitation qui marquaient le trouble et les inquiétudes

! Keith, 345, 347, — ?bid., 353. Good., vol. 1, 302,

? L'Ermitage est à dix-huit milles de Jedbourg, et les chemins sont impraticables. La saison élait fort avancée: il paraît que Bothwell ne fut point blessé dans un soulèvement général des habitans des frontières ,; Mais dans un combat particulier, occasioné par le désespoir d’un seul homme. On ne voit point que la reine eût une grande suite lorsqu'elle fit cette course à l’'Ermitage. Aucune opéraiion militaire ne l'y appelait, comme on a voulu le supposer, (Good., vol. I, p. 304.) Il aurait d’ailleurs été fort imprudent de risquer la personne de la reine dans une expédition contre des brigands. Lorsque la reine vit que Bothwell n'était point en danger, elle retourna sur-le-champ à Jedbourg. On r’entendit plus

après parler de soulèvement, et on n’a aucune preuve que les mutins se fussent retirés en Angleterre. Le motif que nous donnons à la conduite de la reine est donc le seul qui puisse être proposé raisonnablement,

+ Keith, 357, 352. — 5 Append., 133.

# Knox, 400. — 5 Zbid. , Cald., vol. 1, 15.

avec beaucoup d'activité et de succès; et c’est ! qu’elle professait. La faction des courtisans, jaloux

principalement à leurs menées qu'on doit attribuer cet esprit qui prévalut dans le parlement , cette tempête, plus dangereuse pour la tranquillité d'Élisabeth qu'aucun autre éyénement de son règne, et qui pour être calmée demanda toute l'adresse et toute l’habileté de cette princesse.

I y avait huit ans qu'Élisabeth était sur le trône, sans marquer la moindre intention de se marier. Une maladie violente qu'elle venait d’avoir, et qui avait mis sa vie en danger, alarmait la mation, qui prévoyait les malheurs qu'une succession douteuse et disputée pouvait oecasioner, On avait proposé dans le parlement de présenter une adresse à la veine, pour la supplier de prévenir le danger dont on était menacé , soit en déclarant sa volonté de se marier, ou bien en donnant son consentement à un acte qui établirait l'ordre de suecession à la couronne; et cette proposition avait été agitée dans les deux chambres avec beaucoup de vivacité !. On prétendait que l'amour de la reine pour ses sujets , ses devoirs envers ses peuples, ses attentions pour la postérité non-seulement devaient l'engager à prendre un de ces deux partis, mais inème qu'ils lui en imposaient l'obligation. L’aversion insurmontable qu'Élisabeth avait toujours montrée pour le mariage lui faisait rejeter le premier ; et si elle acceptait le second , il n'y avait point de droit à la couronne qu'on pôt, sous aucune apparence de justice, mettre en opposition à celui de la reine d'Écosse. Élisabeth avait assez de pénétration pour apercevoir toutes les conséquences de cette proposition, et elle les observait avec beaucoup d'inquiétude. Marie, par ses refus tant de fois réitérés de ratifier le traité d'Édimbourg , avait clairement fait apercevoir l'intention où elle était de saisir la première occasion qui se présenterait de faire valoir ses droits à la couronne d'Angleterre , et par des négociations secrètes elle s'était fait un grand nombre de partisans qui favorisaient ses prétentions ?, Tous les catholiques romains désiraient avec ardeur que son droit de succession fût établi. La douceur de son caractère et son humanité avaient beaucoup diminué les appréhensions que les protestans avaient par rapport à la religion

1 D'Ewes., Jotrn. of Part, 104, —* Melvi!, 136.

du pouvoir de Cecil, et qui travaillaient à lui faire

| ôter l'administration des affaires , appuyait les

prétentions de la reine d'Écosse pour contre. carrer ce ministre. Tous les gens sages des deux nations désiraient l'union des deux royaumes : la naissance du jeune prince était une assurance de la continuation du bonheur de cette réunion, et donnait même des espérances de le voir perpétuer.

Dans ces circonstances, et pendant que les es- | prits étaient dans cette fermentation, une déclaration du pärlement qui aurait assuré le droit de Marie aurait fait à Élisabeth un tort considérable. L'état incertain de la succession ajoutait beaucoup à son pouvoir, Son ressentiment seul pouvait aller jusqu’à donner l'exclusion à tous ceux qui prétendaient à la couronne, et cette considération avait jusqu'alors retenu et réprimé l'ambition de la reine d'Écosse. Mais ce frein étant rompu par une reconnaissance légale du titre de Marie, elle aurait été en pleine liberté de suivre ses desseins dangereux et d'agir sans ; crainte et sans réserve. Ses partisans formaient déjà des projets de soulèvemens en différens endroits du royaume !. Un acte du parlement qui aurait constaté les droits de la princesse dont ils favorisaient les prétentions, aurait été le signal pour prendre les armes, aurait pu ébranler Élisabeth sur son trône, et même la mettre dans le plus grand danger, malgré les justes raisons que cette princesse ayait de prétendre à l'affection de ses sujets.

Pendant qu'on était à délibérer sur cette affaire dans les deux chambres du parlement, Marie en reçut avis par Melvil, son ambassadeur. Comme elle ne manquait pas de partisans qui soutenaient son droit, même parmi ceux qui approchaïient de plus près de la personne d’Élisabeth, elle s'attacha à cultiver la disposition où l'on paraissait être de prononcer en sa faveur sur le droit de succession, et elle écrivit à cet effet aux conseillers du conseil privé d'Angleterre. Elle y témoignait sa reconnaissance des marque) d'amitié qu'elle recevait d'Élisabeth, et dont| elle disait qu’elle était principalement redevable

| aux bons offices qu'ils lui rendaient auprès de | leur souveraine. Elle déclarait qu'elle était dans |

1 Melvi, 147.

la résolu tuelle av Suivre se empresse beth. Mai la succes:

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‘Keith, 354.

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la résolution de vivre dans une amitié perpétuelle avec l'Angleterre, sans solliciter ni poursuivre ses prétections à la couronne, avec un empressement qui pôt être désagréable à Élisabeth. Mais elle ajoutait que, comme son droit à la succession n’était pas douteux, elle espérait qu'il serait examiné avec équité, et jugé sans partialité, Les nobles qui étaient à sa cour écrivirent dans les mêmes termes au conseil privé d'Angleterre 1, Marie avait fait écrire ces lettres avec tant d'art, qu'elles ne Paraissaient contenir que l'expression de sa reconnaissance et de celle de ses sujets envers Élisabeth. Mais comme la reine d'Écosse ne pouvait pas ignorer les craintes et les jalousies qu'Élisabeth avait conçues des procédés du parlement, elle devait bien sentir qu'une démarche aussi extraordinaire que celle d'entretenir une Correspondance publique avec le conseil privé d’un autre prince, ne pouvait être interprétée que comme un dessein formé d'encourager les opinions qui commen- Gaient à prévaloir parmi les Anglais. Il paraît aussi que les menées de la reine d'Écosse firent cette impression sur l'esprit d'Élisabeth ; mais comme la disposition qu’elle apercevait dans ses peuples en faveur de Marie la mettait dans l’obligation de garder de grands ménagemens avec cette princesse et de paraître faire beaucoup d'attention à ses droits, elle s’expliqua à ce sujet dans les termes les plus doux et Jes plus honnêtes.

Cependant les sentimens qui s'étaient manifestés dans les deux chambres du parlement étaient bien capables d'affiger à l'excès une princesse du caractère d'Élisabeth, Elle fit jouer tous les ressorts de sa politique pour les détruire, où du moins pour les éluder. Après avoir laissé évaporer la chaleur de leur zèle, elle manda un certain nombre de membres de chaque chambre; elle leur parla d'abord dans les termes les plus flatteurs et les plus propres à les calmer ; elle employa ensuite successivement les promesses et les menaces ; elle fit la remise des us, elle refusa ceux qui lui étaient offerts; enfin elle vint à bout de faire renvoyer à une autre session cette proposition qui était pour elle un objet de terreur, La fortune acheva ce que la politique d'Élisabeth

Keith, 354. Append. , 136.

avait commencé avec tant de succès, La Conduite singulière de Marie et la suite de ses malheurs empêchèrent qu'on ne remit sur le tapis, dans aucun autre parlement, cette affaire importante de la succession au trône d'Angleterre !,

Cependant Élisabeth voulut toujours se con-

server, sur ce point, la réputation d'impartialité, et éviter en mêne temps de porter Marie à quelques mesures de désespoir. Elle envoya à la Tour un nommé Thornton » Qui avait publié quelques écrits tendant à détruire les droits de la branche d'Écosse ?, et elle marqua son mé- Contentement à un membre de la Chambre des Communes, qui, dans une Conversation, avait tenu quelques propos qui paraissaient regarder indirectement la reine d'Écosse ?,

Marie, occupée de ces affaires importantes ; ne perdait point de vue l'avancement de la religion qu’elle professait. On voit dans tout le cours de son règne, que le rétablissement de la religion romaine fut toujours sa passion favorite. Elle cachait avec soin ce projet, elle le conduisait avec précaution, mais elle le suivait avec zèle et persévérance. Elle hasarda alors de ne plus agir avec sa prudence et sa circonspectiori ordinaires, Encouragée par les secours qu'elle attendait des princes papistes engagés dans la ligue de Bayonne, elle fit une démarche qui, Par rapport au génie de Ja nation, était une entreprise téméraire. Elle commença par établir une correspondance secrète avec la cour de Rome, et elle se détermina ensuite à recevoir publiquement dans ses états un nonce du pape. Le cardinal Laurea, évêque de Mondovi, fut nommé à cette nonciature par le pape Pie V, qui envoyait en même temps à la reine un présent de vingt mille couronnes 4. La cour de Rome n'est point dans l'usage de dissiper ses trésors sur des espérances vagues et éloignées. La commission du nonce se réduisait cependant à entreprendre la réconciliation du royaume avec Le siége de Rome, Marie se Chargea elle-même du succès de l’entreprise, et dans la réponse qu’elle fit à la lettre qu’elle avait reçue du pape, après

lui avoir exprimé sa reconpaissance de ses soins Paternels et de sa libéralité, elle promettait d'employer toutes ses forces pour le rétablisse-

1D'Ewes., Journ. » 104, 130, Camd, 399, Mel. » 119. Haynes, 446, — Camden, 401, — 5 Haynes, 449.

# Vita Card, Laur,, 4ppend,, Burn. , vol. ll, 325.

ment et la propagation de la foi catholique, de | recevoir le nonce avec toutes sortes de marques de respect, et d'appuyer de toute son autorité les entreprises qu’il formerait pour la gloire de Dieu et pour le rétablissement de la paix dans | le royaume; de faire célébrer le baptème du | prince avec les cérémonies prescrites dans le

rituel romain, exemple qui pourrait ramener ses |

sujets au respect dû aux sacremens de l’église,

qu'ils avaient regardés pendant si long-temps |

avec tant de mépris; de donner tous ses soins pour inspirer de bonne heure à son fils les principes d’un amour et d'un attachement sincère pour la foi catholique !. Cependant le nonce s'était mis en chemin et était déjà arrivé à Paris;

il avait même envoyé devant lui quelques gens de sa suite avec une partie de l’argent dont le pape faisait présent à la reine; mais Marie ne jugea point les conjonctures favorables pour la réception du nonce. Élisabeth se préparait à envoyer en Écosse une magnifique ambassade, vers le même temps où le prince devait être baptisé, et comme il aurait été imprudent d’offenser la reine d'Angleterre, Marie fit sagement de retenir à Paris le cardinal Laurea, sous différens prétextes ?. Le royaume fut ensuite agité de convulsions si violentes, qu’il fut impossible au nonce de continuer sa route et de risquer de paraître en Écosse.

Dans le temps même que Marie négociait ainsi en secret le renversement de l’église réformée , elle ne se faisait point de scrupule d’employer publiquement son autorité pour procurer aux ministres protestans une subsistance plus forte et plus assurée 5. Pendant le cours de cette

* année elle fit publier plusieurs édits et arrêts de son conseil par rapport à cet objet, et elle approuva sans hésiter tous les plans qui lui furent proposes pour fixer le paiement de leurs honoraires. Cette époque du règne de Marie ne fait pas l'éloge de sa probité. Quoique sa conduite paraisse justifiée par l'exemple de quelques princes qui ont regardé la fausseté et la supercherie comme des qualités nécessaires dans l’art de gouverner ; quoiqu'’elle soit même autorisée par la morale pernicieuse de quelques casuistes romains qui ont Ôté le manquement de foi, en-

Conœi vitæ Mariæ, Append. Jeb., vol. I, 51.

?Keith .{ppend., 135, — 5 Keith, 561, 562,

vers les hérétiques, de la liste des crimes pour (1566 le mettre sur celle des devoirs, cependant la dis- son raf simulation portée à ce point doit être regardée Rizio. I comme une de ces taches qui ne doivent point # principe ternir une âme véritablement grande et géné. furent e reuse. : nirent p Les ambassadeurs de France et de Piémont et ils ap n'étaient point encore arrivés, et le baptème du loquenc prince se différait de jour en jour. Cependant ment de Marie avait fixé sa résidence à Craigmillar #, La Darnlv: situation actuelle de son âme lui avait peut-être sant ri fait choisir cette retraite par préférence à son très fort palais d'Holyroodhouse. Son aversion pour son lui prop mari augmentait tous les jours , et était portée à naissance un tel point qu’il n’était plus possible &’y ap- cession a porter de remède. Une sombre mélancolie avait M hardiesse pris la place de cette gaîté d'esprit qui lui était agir avec naturelle ; l'imprudence et la légèreté de son mari pou choix la couvraient de confusion; l’ingratitude & vantageu: et l’indocilité du roi la jetaient dans le déses à vait fourr poir. Un assemblage confus de passions de toute son droit espèce dévorait son âme, agitait tous ses sens ses minis! avec violence, portait dans son cœur le trouble légitimité et la désolatien , et lui arrachait souvent ce der. D cette ques nier vœu des hommes infortunés, le désir in DS examen j: sensé de voir terminer ses jours 2. niens agit Murray et Maitland observaient avec soin le qu’elle se | combat et les progrès de toutes ces passion destinée, dans le cœur de la reine, et ils espéraient d’e dient don retirer de grands avantages pour eux-mêmes, reuses. et pour Morton et les autres meurtriers de R: Cepend: zio, leurs anciens amis. Ces derniers étaient tou- d'Angleter jours en exil, et la haine que la reine avait con deur de Fr çue contre eux se soutenait avec la même force. chemin po: Murray et Maitland espéraient que le désir que de son fils.

la reine aurait d’être séparée de Darnly sur: monterait à la fin cette aversion si profondé. à ment enracinée, et que l'espérance de cet événe BR ment l’amènerait à se réconcilier avec tous ceur qui avaient trem,,é dans la conspiration. La con duite extraordinaire du roi fournissait assez de moyens pour asseoir la sentence de divorce € ils avaient assez de crédit pour l'obtenir et pour la faire confirmer dans le parlement. Ils se pro posaient de demander à la reine, pour prix de ce service important, le pardon de Morton tt de ses complices. Ce projet fut d'abord commi niqué à d’Argyll qui devait, ainsi que Murray,

un train su lisabeth de | de cette re lequel elle cosse, Mari paratifs po } étalé, dans = bien supéri à qu'alors dar se fit suivar ford et les sion de la re dans la cha minait dan:

t Keith, 355. — *Keith, Præf. VZ4.

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f. ViL.

son rappel en Écosse à la conspiration contre

Rizio. Huntly et Bothwell, qui avaient alors la

principale influence dans les conseils de Marie,

furent ensuite admis dans le complot. Ils se réunirent pour faire part à la reine de ce dessein,

et ils appuyèrent cette proposition de toute l'é-

loquence de Maitland !. Marie désirait ardemment de n'être plus assujettie aux caprices de Darnly; l'attrait qu'on lui présentait était séduisant, mais elle avait en même temps des raisons très fortes pour ne point accepter la voie qu’on lui proposait pour lui procurer sa délivrance. La naissance de son fils fortifiait son droit à la succession au trône d'Angleterre, donnait plus de hardiesse à ses partisans , et les encourageait à agir avec plus de vigueur. Le divorce avec son mari pouvait donner lieu à des soupçons désavantageux sur la naissance de cet enfant. 11 pouvait fournir matitre à de nouvelles disputes sur son droit de succession, et mettre Élisabeth et ses ministres en état de révoquer en doute la légitimité du prince, ou bien au moins de livrer cette question aux lenteurs et aux subtilités d’un examen juridique. La crainte de ces inconvéniens agit si fortement sur l'esprit de la reine, qu'elle se détermina à s'abandonner à sa cruelle destinée, plutôt que d’avoir recours à un expédient dont les suites pouvaient être si dangereuses.

Cependant le comte de Bedford, ambassadeur d'Angleterre, et le comte de Brienne , ambassadeur de France, étant arrivés, Marie se mit en chemin pour aller à Stirling célébrer le baptême de son fils. Bedford avait une suite nombreuse, un train superbe, et il apportait de la part d'Élisabeth des présens dignes de 1a Maguificence de cette reine, et convenables au respect avec lequel elle affectait alors de traiter la reine d'Écosse, Marie avait fait faire les plus grands préparatifs pour la cérémonie du baptême, et avait étalé, dans cette occasion, une magnificence bien supérieure à tout ce qu'on avait vu jusqu'alors dans ce genre en Écosse. Le baptème se fit suivant les rits de l'église romaine, Bedford et les nobles d'Écosse qui faisaient profession de la religion protestante n’entrèrent point dans la chapelle. L'esprit d’inflexibilité qui dominait dans ce siècle ne leur permit point de

se rendre à aucune sollicitation; et ils ne voulurent jamais avoir la complaisance d'assister à une cérémonie qu'ils regardaient comme un acte d'idolâtrie.

La conduite d'Henri dans cette circonstance donna de nouvelles preuves de l'excès de ses caprices et de son extravagance, 11 avait établi sa résidence à Stirling, mais il se tint toujours enférmé dans son appartement ; et comme Ja reine prenait de la méfiance contre tous les nobles qui risquaient de le fréquenter, il y resta dans une entière solitude, Tout le monde fut surpris de la conduite singulière du roi, qui rendait le public” témoin du mépris dans lequel il était tombé, et qui exposait aux yeux de tant d'étrangers les malheurs domestiques de la reine : on crüt même

qu'il n'avait fait cette démarche

que pour Ja:

mortifier et l'offenser. Marie sentit vivement

cette insulte, Elle fit effort sur elle-même pour paraître avec la gaîté qui convenait dans cette occasion, et qui lui était nécessaire pour bien recevoir les étrangers; mais elle était Souvent obligée de se retirer pour se livrer à sa douleur, et pour donner un libre cours à ses larmes1, Cependant le roi persistait dans son dessein de passer dans les pays étransers, et il menaçait tous les jours de le mettre à exécution *,

! Keith, Præf., FIL.

? Camden assure, 401, que Bedford avait ordre d’Élisabeth de ne point donr reine et son mari fu

r réconcilier Marie avec 80n mari, ce que Bedford entreprit inutilement, ( Digges's

Compl. Ambass., p. 13.) Un papier publié dans l'4pp., n. XVII, p. 115, 116, prouve la même chose. 3° De Croc, ambassadeur de France, parle de l'absence du roi, mais sans en donner la raison qu'on a voulu alléguer d’après le passage de Camden. Cependant, si cette raison avait cu quelque réalité, il n'aurait pas manqué d'en faire mention. J'ai suivi pour ce fait le détail qu’en donne cet ambassadeur. (Keith, Præf. JV31.) 411 mande à sa cour, que sur ce qu'il a appris des démélés entre le

roi et la reine, il n’a plus voulu avoir de correspondance VArders., vol. IV, part. 1r, 188. avec le roi; et il parait qu’en plusieurs occasions il avait

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