‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme]Chapitre 15 sur 155 · TR · texte numérisé non relu

TR

La commission de Bedford ne se bornait point à assister au baptême du prince. Il était chargé par ses instructions de faire une ouverture qui aurait absolument éteint les jalousies qui subsistaient depuis si long-temps entre les deux reines. Le traité d'Édimbourg, dont il a été parlé tant de fois, était la principale cause de ces démélés. Élisabeth , alarmée de l'esprit qui avait paru dominer dans le dernier parlement, du grand crédit de ceux qui favorisaient le titre de la reine d'Écosse, du nombre et de l’activité des agents de cette princesse dans les différentes garties du royaume, se détermina à renoncer à tous les avantages qu’elle pouvait retirer des termes ambigus et captieux de ce traité. On ne demandait plus à Marie que de renoncer à tout droit à la couronne d’Angleterre pendant la vie d'Élisabeth, et tant que sa postérité subsisterait; et Élisabeth, de son côté, s'engageait à ne faire aucune démarche qui pût préjudicier aux prétentions de Marie à la succession &Angleterrei,

Marie ne pouvait pas avec bienséance rejeter une proposition aussi raisonnable ; cependant elle insista toujours pour que le droit qu'elle réclamait fût, par les ordres d’'Élisabeth, légalement examiné et publiquement reconnu. Elle demandait aussi que le testament d'Henri VI, par lequel il excluait les descendans de la reine d'Écosse, sa sœur aînée, du rang qui leur appartenait dans l'ordre de succession, fût produit et soumis à l'examen de la noblesse anglaise. Les ministres de Marie aÿaient adopté avec trop de crédulité une opinion qui s'était répandue sur ce testament qu'on regardait comme supposé, et ils avaient en plusieurs occasions pressé Élisabeth de le produire. Marie aurait perdu cansidérablement, si elle avait obtenu ce qu’elle demandait. Le testament existe encore en original , et il n’est pas possible de former le moindre doute sur son authenticité. Mais l’intention d'Élisabeth n’était pas d’affaiblir ni de

été son plus intime confident. (1bid.) 5° Comme le roi ne fut point présent au baptême, il paraît qu'il n’eut aucune part à toute la conduite de cette affaire. On trouve dans Keith, 562, deux actes du conseil privé, l'un du 20 , l’autre du 21 décembre: tous les deux sont au nom de la reine seule. Il ne paraît point que le roi y fût présent, Cela ne peut point étre attribué aux instructions données par Élisabeth à Bedford, son ambassadeur. ! Keith, 356.

détruire le titre de !a maison de Stuart. Elle ne voulait que laisser le droit de succession dans l'incertitude et l'indécision, et elle rendit alors un service réel à Marie en éludant la demande indiscrète que cette princesse lui faisait !.

Quelques jours après le baptème du prince, Morton et les autres seigneurs qui avaient eu part à la conjuration contre Rizio obtinrent leur pardon, et la permission de revenir en Écosse. Marie, jusqu'alors inexorable à toutes les instances qu’on lui avait faites en leur faveur, se rendit à la fin aux sollicitations de Bothwell?. Cet homme, qui ne mettait point de bornes à son ambition, ne pouvait espérer de réussir dans le projet audacieux qu'il avait formé, qu’en se procurant de tous côtés des secours assurés. Après avoir fait obtenir à Morton et à ses associés une grâce dont ils devaient, par tant de raisons, avoir perdu l'espérance, Bothwell croyait pouvoir trouver en eux des partisans fidèles et déterminés.

Le roi était resté à Stirling, toujours dans la même solitude, et toujours également méprisé. L’ennui de cette position, et l'alarme qu’il prit d’un bruit qui se répandait qu’on voulait se saisir de sa personne et le reléguer dans une prison 3, le déterminèrent à quitter précipitamment cette ville et à se retirer chez son père, à Glasgow.

Le clergé s’assembla deux fois pendant le cours de cette année. On y fit, et avec de justes raisons, de nouvelles représentations sur le peu d'égards qu'on avait pour le clergé protestant, et sur la pauvreté dans laquelle on le laissait languir. On avait assigné une somme très modique pour sa subsistance, et il n'avait encore rien reçu de ce qui lui était dû pour l’année précédente 4. Il n’y avait qu'un zèle persévérant et prêt à tout souffrir pour une bonne cause, qui pôt engager des hommes à rester attachés à une église aussi pauvre et aussi négligée. Les dépenses extraordinaires occasionées par le baptème du prince, avaient épuisé le trésor de la reine, et les sommes destinées à l'entretien du clergé avaient été diverties à d’autres usages. La reine était obligée de prévenir les justes remontrances de l'assemblée, en cherchant quel:

1Keith, 361, 358, note c. Murdin, 368. — ? Good, vol. 1, 140. Melv., 154. — 5 Keith, Præf., VIII. — 4 Jbid. , 562.

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qe nouveau moyen de secourir l'église. Dans une occasion où il s'agissait de calmer le clergé et de l'empêcher de publier ses griefs, on devait s'attendre à quelques marques distinguées de libéralité, même à une sorte de prodigalité.

| action de la reine doit particulièrement être | attribuée au crédit de Bothwell, qui agissait par des motifs bien plus criminels 1, Son ambition démesurée lui avait déjà fait enfanter ce projet | audacieux, qu'il mit bientôt après à exécution.

Cependant la reine et les nobles qui s'étaient | L'usage qu'il fit dans la suite de cette autorité

emparés des richesses de l'église, et qui ne voulaient point s'en dessaisir, assignérent une somme qui pouvait tout au plus se monter à la valeur de neuf mille livres sterling !, et ces hommes qui avaient vu, peu de temps auparavant, un seul monastère posséder des revenus bien plus considérables , jugèrent que cette somme était suffisante pour l'entretien d’une église nationale.

Les ecclésiastiques de ce siècle souffraient avec une patience merveilleuse les peines qui leur étaient personnelles ; mais lorsqu'ils apercevaient le moindre danger pour la religion réformée, ils prenaient aussitôt l'alarme et publiaient hautement leurscraintes. Quelquetemps avant l'ouverture de l'assemblée, il se présenta une occasion de cette espèce. La juridiction usurpée et tyrannique des cours ecclésiastiques avait été abolie dans le parlement de l'année 1560, et On avait nommé des commissaires pour instruire et juger les causes qui étaient auparavant portées devant ces tribunaux 2. Marie, qui avait eu peu d'égards pour les actes de ce parlement, parut donner quelque attention à celui-ci. Elle confirma l'autorité des commissaires nommés, et elle leur donna des instructions Pour l’ordre de la procédure 5, qui est toujours d’un grand poids dans la juridiction ecclésiastique. Ces juges avaient toujours depuis continué l'exercice de leur fonction sans aucune Opposition, lorsque tout d'un coup la reine publia un édit qui rétablissait l'archevêque de Saint-André dans son ancienne juridiction, et qui Ôtait aux commissaires toute leur autorité 4,

Un motif inexcusable avait porté la reine à hasarder cette démarche téméraire, Elle cherchait depuis quelque temps les moyens de faire revivre la religion papiste, et le rétablissement de l’ancienne juridiction des ecciésiastiques romains était un Pas qui paraissait très important pour l'accomplissement de ce dessein, Mais cette

Keith, 562, — 3 bid,, 152, — 5 Jbid., 251. — *Kuox, 403

rendue aux ecclésiastiques papistes, fait apercevoir les raisons qu'il eut alors de contribuer de tout son pouvoir à leur procurer cet avantage, Cependant le clergé protestant n'était pas spectateur tranquille d’une démarche qui tendait à la ruine totale et inévitable de la religion réformée. Mais comme il désespérait d'obtenir de la* reine les remèdes convenables au mal dont il était menacé, il adressa ses représentations à tout le corps de la noblesse protestante. On connaissait le zèle ardent des nobles pour la religion nouvelle, et on avait lieu de croire qu'ils seraient émus à l'aspect du danger auquel elle se trouvait exposée 2, Nous ignorons quel fut le succès de ces exhortations pathétiques du clergé protestant. La scène.changea tout d'un coup, et £résenta des événemens d’une espèce bien différente. Un spectacle d'horreur attira tous les re gards, et la nation ne fut plus occupée que de cette sanglante tragédie.

Le roi, aprés avoir quitté Stirling et avant que d'être arrivé à Glasgow, tomba dans un état très dangereux. La violence de la maladie et ses Symptômes extraordinaires firent naître aussitôt des soupçons assez communs dans ce siècle ; on jugea que le roi avait été empoisonné 5, Les historiens sont tellement en contradiction sur ce fait, qu'on ne peut rien décider avec certitude ; ni sur la nature ni sur les causes de la maladie du roi, Sa vie fut dans le plus grand danger.

1 Knox, 403. — ? Keith, 567. — 5 Melvil, 154 Knox

# 1° Buchanan et Knox disent positivement que le roi avait été empoisonné, et qu’il avait le Corps tout couvert de pustules noires et putrides. Buchanan ajoute qu’Abernethy, médecin du roi, déclara publiquement que ces symptômes étaient les effets du poison, et que la reine avait refusé d'envoyer son médecin pour visiter le roi, (Buch, , 349. Knox, 40.) 2° Blackwood, Çausin , ete. Jebb., vol, 11, 24, 59, assurent que la maladie du roi était la petite-vérole, La reine, dans une de ses lettres F l'appelle Pockisch man. (Good., vol. IL, 15, ) Cette opinion paraît encore autorisée par ce que dit François Paris, que le roi fut logé à Kirk of Field , parce que s’il était resté dans le palais, le jeune prince aurait pu Bagner la maladie contagieuse, (Anders., vol, 1, 193.) Carte rapporte comme une preuve de l'attachement de

écrite de sa propre main, immédiatement avant son départ pour Glasgow, à son ambassadeur en France, et on n'y aperçoit aucun indice d'une prochaine réconciliation. La reine y parle au contraire avec aigreur de l'ingratitude du roi, de la jalousie avec laquelle il épiait toutes ses actions, du désir qu'il marquait de la troubler dans son administration, et elle paraissait en même temps regarder toutes ses entreprises avec le dernier mépris !.

Cependant, après avoir langui pendant quelques semaines, la force de sa constitution prit enfin le dessus et le tira des portes de la mort.

Marie traita le roi dans cette occasion avec la même indifférence qu'il lui avait marquée lorsqu'elle était malade à Jedbourg. Elle ne ressentait plus ces charmes de l'amour conjugal, cette heureuse sympathie, cette tendresse qui rend ingénieux à soulager les maux d’une personne qu'on aime, et qui fait trouver du plaisir à les partager. Dans une conjoncture aussi critique, elle ne laissa apercevoir aucune trace de cette passion si douce et si légitime. Pendant le plus fort de la maladie du roi, elle ne s’occupait que de voyages d'amusement en différens endroits du pays, et elle laissa passer près d'un mois avant que de songer à l'aller voir à Glasgow. Cependant la violence du mal se dissipa, et, lorsqu'elle y fut, ce prince était encore faible et languissant, mais hors de tout danger.

La mésintelligence entre la reine et son mari n'était point occasionée par ces légères altercations, par ces petites querelles passagères qui jettent quelquefois du froid entre un mari et une femme, mais qui ne détruisent pas entièrement leur union. Cette querelle fatale était fomentée par le concours de toutes les passions qui agissent avec le plus de violence sur le cœur d’une femme, et qui peuvent la porter aux dernières extrémités. Le roi payait d’ingratitude

les faveurs dont elle l'avait comblé ; il la traitait avec mépris, il avait violé la foi conjugale, il empiétait sur son autorité, il conspirait contre ses favoris; on ne voyait en lui que jalousie, insolence et opiniâtreté. Marie se plaignait, et avec juste raison, de tant d’injures; elle les ressentait vivement : la douleur de voir son amour outragé et méprisé la transportait hors d’elle-mème, et la porta à ces marques de désespoir dont nous avons déjà fait le récit. Son animosité contre le roi ne s'était point ralentie depuis que ce prince était sorti de Stirling. On voit encore une lettre

ja reine pour son mari, que celte princesse, qui n'avait point eu la petite vérole, risqua de l'aller vuir. (Vol. hi, 446.) Si cela était vrai, la reine aurait eu un prétexte pour être long-temps sans le voir ; mais Marie avait eu la petite vérole dans son enfance. (Sadler's Letters.) 3° L’évêque Lesly assure que la maladie du roi était la vérole. (Keith, 364, not. b.) Cette maladie était alors regardée comme tellement contagieuse, que ceux qui en étaient attaqués étaient séquestrés hors des remparts des villes.

Après avoir reconnu ces sentimens dans le

cœur de Marie ,on ne s’attendrait point à la voir

partir pour se rendre auprès du roi; on jugerait au moins que, dans une telle entrevue, il 2 pouvait y avoir que beaucoup de réserve, de méfiance et de soupçons. Cependant les choses se passèrent bien différemment ; non-seulement la reine ella voir Henri à Glasgow, mais elle s'efforça cans toutes ses paroles et par toutes ses actions de lui donner des marques d’une affection extraordinaire. Ces démonstrations d'amitié firent tout leur effet sur l'esprit du roi aussi souple et 'anssi crédule dans certains momens qu'il était entêté et inflexible dans d'autres occasions. Mais ce changement subit dans la conduite de la reine paraîtra suspect à ceux qui connaissent le cœur humain, qui savent combien les maux qui viennent troubler la tranquillité domestique sont difficiles à guérir, et combien les remèdes qu'on veut y apporter agissent lentement. On y reconnaitra l'artifice, et on jugera que cette démarche extraordinaire et imprévue de la reine ne pouvait être que le prélude de quelque noir complot,

Mais ce ne fut pas sur de simples soupçons que Marie futalors taxée de dissimulation. Deux lettres qu’elle écrivit à Bothwell pendant le séjour qu’elle fit à Glasgow , et qui sont devenues fameuses, développent entièrement toute celte scène d'iniquité. Bothwell avait eu un succès prodigieux dans toutes ses entreprises ambitieuses et criminelles, et il était venu au point de gagner un empire absolu sur l'esprit de la reine. Dans les circonstances où Marie se trouvait, on pouvait présumer qu’un homme d'un mérite moins distingué que Bothwell, moins adroit et moins insinuant que lui, et qui aurait rendu des services bien moins importans,

1 Keitb, Præf., VIIL

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serait venu à bout de gagner imperceptiblement le cœur d’une femme, et de le subjuguer entièrement. La foi conjugale est rarement observée parmi les personnes du plus haut rang. Ce vœu sacré pour les gens du commun n'excite malheureusement dans l'âme des grands que des scrupules très faibles et très rares. Les mœurs de la cour où Marie avait été élevée avaient contribué à établir et à fortifier ce vice dans son

cœur. Le ton de galanterie de la cour de France, |

sous les règnes de François I" et Henri II, la

grossièreté du génie militaire dans ce siècle; la |

permission d'aller dans toutes les compagnies , qu'on commençait alors à donner aux femmes, avant qu'elles eussent acquis cette délicatesse de sentimens, cette politesse réservée, si nécessaires pour y conserver la pureté des mœurs, avaient introduit parmi les Français une dissolution et une licence qui étaient portées à un point excessif. De tels exemples dévenus familiers à Marie dès son enfance ne pouvaient pas manquer d'éteindre en elle cette horreur du vice si nàturelle aux âmes vertueuses. La conduite singulière du roi et ses débordemens diminuaient sans doute la répugnance que Marie pouvait avoir à ouvrir son cœur à des sentimens criminels; les chagrins de la reine et le dépit de voir son amour méprisé pouvaient justifier à ses yeux tout ce qui lui annonçait le plaisir de la vengeance; toutes ces causes réunies contribuèrent peut-être à allumer dans son cœur une passion nouvelle.

Mais sans avoir recours aux conjectures qu'on peut fürmer sur l'origine et les progrès de cette passion, les lettres mêmes de la reine ne respirent que la tendresse, et sont dictées par l’amour le plus ardent. Les termes dans lesquels Marie exprime son affection pour Bothwell ne laissent aucun doute surles motifs de la conduite que la reine tint dans la suite, et donnent l’explication de plusieurs faits qui, sans cette passion pour Bothwell, ne seraient que mystères, inconséquences et absurdités. Si l'on veut croire que celte réconciliation avec son mari fut sincère , il est impossible d’en rendre raison d’une manière satisfaisante: mais écoutons la reine elle-même, et nous verrons que, de son propre aveu, ce prétendu raccommodement n’était qu’artifice et tromperie, Comme tout le monde était instruit de son aversion Pour son mari,

| des soupçons qu'elle avait sur sa conduite, de

l'attention avec laquelle elle observait toutes ses démarches , des gens officieux , toujours prêts à saisir de pareilles occasions, l’entretenaient continuellement des actions du roi , et leurs récits étaient toujours Chargés'de circonstances absur-des, ou tout au moins exagérées. Les uns lui disaient que le roi voulait se saisir de la personne du prince son fils, et s'emparer du gouvernement sous lenom du jeune prince; d’autres assuraient que le roi était déterminé à sortir sans délai du royaume, et qu'il y avait déjà sur la rivière de Clyde un vaisseau frété à cet effet, et prèt à le transporter !; cette dernière chose était ce que Marie redoutait le plus. La retraite d'Henri dans les pays étrangers aurait été infi-

niment déshonorante pour la reine, et aurait entièrement déconcerté les mesures de Bothwell. Le roi étant à Glascow , dans la partie du

royaume où sa famille avait le plus de crédit, et à une distance éloignée de la résidence de la reine, pouvait trouver bien plus de facilité à l'exécution de ses desseins ; il fallait donc, pour l'empêcher de réussir dans des projets bizarres de cette espèce, l'attirer en quelque endroit où il fût plus immédiatement sous les yeux de la

| reine, A cet effet Marie employa tout son art

pour regagner la confiance du roi, et lorsqu'elle y fut parvenue, elle lui proposa de se rapprocher du voisinage d'Édimbourg, sous le prétexte qu'il y serait plus commodément pour y recevoir les avis des médecins, et qu’elle-même serait plus à portée de le venir voir sans être trop long-temps éloignée de son fils 2 Le roi eut la faiblesse de se rendre à ces représentations , et comme il n'était pas en état de supporter la fatigue du voyage, on le mit dans une litière, et on lui fit prendre le chemin d'Édimbourg.

L'endroit préparé Pour recevoir le roi était une maison appartenant au prevôt d’une église collégiale , appelée Xirk of Field , l'église des champs ; elle était presque sur le même terrain où est actuellement la maison du principal de l’université 8. Sa situation dans une place isolée sur un terrain élevé, lui donnait tous les avantages de la salubrité de l'air; mais en même temps la solitude de ce lieu le rendait très pro-

? Keith, Pref. II. —2 Good., vol. 11, 8. = 5 M. Robertson occupa plus tad cette maison fameuse comme principal de l’Université d'Édimbourg.

pre à faire un mauvais coup; et il paraissait manifestement qu'on l'avait choisi à dessein pour l'exécution du crime qu'on méditait.

Cependant Marie continuait ses soins et ses assiduités auprès du roi, et elle était rarement

un jour sans le voir. Elle coucha même plusieurs .

nuits dans une chambre qui était sous son appartement ; elle lui prodiguait tant de marques de tendresse et de confiance qu’elle vint enfin à bout de calmer presque entièrement les soupçons et les craintes qui avaient troublé le roi pendant si long-temps. Mais pendant que le roi se livrait follement aux illusions d'un beau rêve, pendant qu'il croyait apercevoir le retour de son ancienne prospérité, il touchait au moment de sa perte. Le dimanche 9 février, la reine partit à onze heures du soir de Xtrk of Field pour se trouver à un bal qui se donnait au palais d'Édimbourg. Le lendemain , à deux heures du matin, la maison où était le roi sauta par l'effet d’une mine. L'ébranlement et le fracas occasionnés par cette explosion subite jetèrent l'alarme dans toute la ville; les habitans coururent à l'endroit d’où venait le bruit. On trouva le corps du roi et celui d'un domestique couché dans la même chambre, étendus morts dans un jardin voisin, qui était en dehors des remparts de la ville. Les corps n'étaient point endommagés par le feu, ils n'avaient pas la moindre contusion; on n'y apercevait même aucune marque dé violence.

Tel fut le malheureux sort d'Henri Stuart, lord Darnly, lorsqu'il n'était encore que dans la vingt et unième année de son âge. Un extérieur avantageux , qui n'était soutenu d'aucun mérite personnel, mais qui fut secondé par les caprices de la fortune, le porta à un degré d'élévation dont il était fort indigne. Ses extravagances et son ingratitude lui firent perdre le cœur d'une femme qui avait tout sacrifié à la passion déréglée qu'elle avait conçue pour lui; son insolence et sa légèreté avaient éloigné de lui tous les nobles qui avaient contribué avec le plus de tèle à son agrandissement ; ses caprices l'avaient exposé au mépris du peuple, qui le regardait autrefois avec vénération comme le descendant de ses anciens rois, et de ces fameux héros de ‘Écosse. Si une mort naturelle ayait terminé ses jours il aurait emporté peu de regrets, et il serait bientôt tombé dans l'oubli; mais la cruauté de sa destinée le peu d'empressement avec le-

quel on poursuivit la vengeance de ce meurtre ont rendu son nom mémorable, et le présentent à la postérité comme l'objet d'une commisération qu'il n'aurait jamais excitée, si sa mort avait été moins extraordinaire,

Tous les esprits étaient en suspens. On cherchait à pénétrer quels pouvaient être les auteurs de ce forfait. Presque tous les soupçons tombaient sur Bothwell !, et on jetait quelques propos qui chargeaient la reine d'avoir eu connaissance de ce complot détestable, Les preuves qui nous sont restées contre Bothwell mettent son exécrable crime dans toute l'évidence dont une action ae cette éspèce peut être susceptible, Les sentimens si connus de la reine pour son mari justifient les soupçons qu'on forma alors contre elle ou les rendent au moins probables,

Deux jours après l'assassinat du roi, la reine fit publier une déclaration par laquelle elle promettait une forte récompense à quiconque découvrirait les auteurs de ce crime affreux ?, Bothwell était alors un des sujets les plus puissans du royaume, au comble de la faveur auprès de la reine qui le protégeait ouvertement, et devenu formidable par son autorité personnelle; cependant le peuple ne put ni dissimuler ses sentimens ni contenir l’indignation qu'il avait conçue contre lui. On vit aussitôt , dans presque toutes les places publiques, des placards dans lesquels on l’accusait du meurtre, et où ses complices étaient nommés; des peintures faites dans la même vue, et qui représentaient le crime et les auteurs; on entendait dans le silence de la nuit, des voix qui lui attribuaient cette action barbare, et ceux qui faisaient courir ces bruits ne s’en tenaient pas seulement à accuser Bothwell, ils faisaient entendre que la reine elle. mème avait participé au crime ?, Cette accus:tion hardie, qui attaquait si directement {a réputation de Marie, attira toute l'attention di son conseil; et en s’attachant à la recherche de: auteurs de ces libelles, on se ralentit sur eelle des meurtriers du roi #. On ne pouvait pas nou plus s'attendre que Marie fût fort empressée de découvrir ceux qui l'avaient délivrée d’un mari pour lequel elle avait une haine si envenimée. Bothwell, qui avait la suprème direction

1 Melvil, 155. Anders. , vol. 1, 156. — ? Anders. , voi. 36. --5 Zbid., vol. I, 156. — ! Zbid., vol. 1, 38.

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- ? Anders. , voi.

, Vol. 1, 38.

de cette affaire ainsi que de toutes celles du royaume , avait un intérêt marqué à étouffer et supprimer tout ce qui pouvait tendre à l'éclaireir et à tâcher de l'ensevelir, s’il était possible , dans l'ombre et le silence. Cependant on fit quelques perquisitions ; quelques personnes furent appelées devant le conseil; mais les informations se firent avec une négligence portée jusqu'à l'indé-

cence , et de manière à répandre un voile épais |

sur cette scène d'horreur !,

Ce ne fut pas seulement en Écosse que Marie fut soupçonnée d’avoir trempé dans ce crime si opposé à tous les sentimens de la nature ; un bruit aussi déshonorant pour une reine n'avait point pris naissance au milieu des troubles et des factions, et ne devait point son orizine aux ressentimens et à l'animosité des nobles d'Écosse et de ses propres sujets. Le récit de l'assassinat du roi, le détail de toutes ses cir- Constances se répandirent en un instant dans toute l’Europe ; et dans ce siècle où les actions de violence et les forfaits étaient si communs, ce crime nouveau fut généralement détesté. Les malheureuses contestations de la reine avec son mari avaient fait pendant si long-temps la matière de toutes les conversations , que les premières conjectures qu'on forma sur la mort extraordinaire du roi étaient toutes au désavantage de Marie. Ses amis, après avoir fait d'inutiles efforts pour justifier sa conduite, la supplièrent de faire poursuivre vivement les meurtriers , persuadés que la sévérité dont elle userait dans cette occasion ferait plus que toute autre chose l'apologie de la reine , et se-

rait la preuve la plus assurée de son inno: |

cence ?, * Cependant Lennox pressait fortement la reine de poursuivre la vengeance du crime, et il 1a fatiguait par ses importunités. Ce seigneur avait

partagé la disgrâce de son fils ; la reine le trai- |

tait avec beaucoup d'indifférence, et il se tenait ie plus qu'il pouvait éloigné de la cour, Un évé- Bement aussi douloureux pour le cœur d'un père, et qui détruisait en un moment tous les projets d'ambition de Lennox, ralluma son in- ‘ignation, et lui fit prendre le parti d'écrire à k reine, Il se hasarda à lui donner des avis sur les moyens les plus sûrs de découvrir et de con-

1 Anders, vol. LV, 167, 168. — 2 Keith, Præf.,ZX.

vaincre les auteurs d’un crime qui lui enlevait un fils, et qui faisait perdre un mari à la reine. 11 la pressait fortement de poursuivre avec vivacité les criminels; et de les mettre promptement en- | tre les mains de la justice : il lui déclarait les soupçons qu’il avait de Bothwell et de ceux qu'on | accusait d'être ses complices : il Jui représentait | qu'il était de la bienséance de faire arrêter ceux | qui étaient chargés d’un crime aussi atroce, ou du | moins de les bannir de sa présence et de sa cour; et que ces moyens seraient les plus efficaces pour démasquer les criminels, et mettre leurs forfaits en évidence t,

Marie était alors à Seaton, où elle s'était retirée après les obsèques du roi, Le corps fut déposé avec ceux des monarques d'Écosse, La cérémonie se fit sans beaucoup d'appareil , mais avec décence ?. La première partie de la demande du comte de Lennox ne pouvait être éludée sous aucun prétexte, I fut résolu qu'on traduirait Bothwell en justice réglée. Mais au lieu de le jeter dans une prison, Marie l’admettait dans tous ses conseils, et laissait un homme regardé généralement comme le meurtrier de son mari, jouir de toute la sécurité, de toute la dignité et de toute la puissance d'un favori 5. Les offices dont Bothwell était déjà pourvu lui donnaient le commandement sur toute Ja partie méridionale de l'Écosse, Le château d'Édimbourg était une place trop considérable pour ne pas être l'objet des désirs de Bothwell. La reine, pour engager le comte de Mar à remettre le gouvernement de cette place , consentit que la personne du jeune prince fût remise entre les mains de ce comte , et elle donna aussitôt le gouvernement de cette forteresse importante à Bothwellf. Tant dedémarches inconsidérées dans la conduite de la reine, des sctions aussi opposées à toutes les règles de la sagesse et de la bienséance , ne pouvaient être attribuées qu’au comble de l'extravagance , ou aux transports de l'amour. On connaissait l'esprit et les talens de Mairie ; elle était , sur le premier point, hors de tout soupçon ; quant au second, on en eut bientôt des preuves frappantes et indubitables.

L’attentat de Bothwell n'était point encore

dans toute son évidence. Ses accusateurs ne pro-

1 Keith, 369, — ? Anderson, voi. Ï, 23.

5 Zd., ibid. , 40, etc. — 474, ibid, Præf., 64. Keith,

duisaient que des raisonnemens vagues et des conjectures incertaines. On craignait que le temps ne dévoilàt le erime, et ne répandit trop de lumière sur toutes les circonstances d’un forfait dans lequel tant de personnes étaient impliquées, Ce fat par ces considérations que , dans une assemblée du conseil privé, qui se tint le 28 mars, on assigna le jugement de cette affaire au 12 avril. La loi permettait un délai bien plus long , et la manière dont les affaires criminelles setraitaient dans ce siècle paraissait mème l'exiger ; cependant , par le détail des circonstances, on voit que ce délai, quoique très court , fut encore considérablement abrégé, et que l'assiguation envoyée à Lennox, ne lui donnait qu'onze jours pour se préparer à former son accusation contre un homme qui avait sur lui tant de supériorité, soit pour la puissance, soit pour la faveur !. Personne en Écosse n'était moins en état que Lennox d'entrer en lice contreun adversaire aussi puissamment soutenu. On avait rendu à Lennox les biens de ses pères lorsqu'il avait été rappelé en Écosse, mais pendant son bannissement il était bien déchu de son ancien état. Ses vassaux avaient profité de son séjour en Angleterre pour s'arroger une sorte d'indépendance, et Lennox n'avait point pris cet ascendant, ce pouvoir absolu, qu'un chef féodal avait ordinairement sur ses vassaux. Ïl ne pouvait attendre aucun secours de la part des diverses factions

1 L'acte du conseil privé qui détermine le jour où Bothwell devait étre jugé est daté du 28 mars, qui était un jeudi. (Anders. , vol. 1, 50.) L'ordre de la reine, donné aux huissiers ou sergents, et qui les autorisait à sommer Lennox de se trouver au jugement, est daté du 29, (Anders., vol. 11, 97.) ILfut sommé, par eri public, à la croix d'Édimbourg, le même jour 29 mars. (ibid. , 100); à ses domiciles de Glasgow et de Dumbarton, les 30 mars, 1er et 2avril). Ibid. , 191; et à Perth, le 1°" avril. (ibid. , 102.) Quoique Lennox fit alors sa résidence à quarante milles d'Édimbourg, on aurait pu lui donner plus tôt la citation. Ce délai inutile donna lieu à bien des soupçons. ll est vrai que, par une lettre du 24 mars, Marie invite Lennox à venir la semaine suivante à Édimbourg. Elle l'avertit qu'elle est dans l'intention de poursuivre le jugement sans délai, et cet avis n’est donné à Lennox que peu de jours auparavant. Mais Lennox ne put savoir précisément le temps où l’on devait procéder au jugemem#, ni en être instruit légalement et avec certitude, que onze ou douze jours avant celui auquel il fut sommé de comparaitre. Suivant les lois et les usages de l'Écosse de ce temps-là, les parties devaient, dans le cas de crime de trahison, être assignées quarante jours avant le jugement.

qui divisaient les nobles, Pendant la courte durée de la prospérité de son fils, il avait fait des démarches qui avaient indisposé contre lui le comte de Murray. Ce seigneur et tous ses adhérens avaient rompu ouvertement avec le comte de Lennox, Les partisans de la maison d'Hamilton étaient ses ennemis jurés, et cette haine était devenue héréditaire. Huntly était entré dans la plus étroite confédération avec Bothwell, et il avait ainsi encouru la disgrâce de la nation. Lennox était seul , et il n'avait pour lui que la justice de sa cause qui appelait si hautement ses concitoyens à son secours, et qui réclamait les droits de l'honneur et de l'humanité.

Une chose qui est encore très remarquable, c'est que Bothwell assistait lui-même à ce conseil privé où l'on réglait le temps et la forme de son jugement, et qu'il y siégeait comme un des membres ; qu'il jouissait non-seulement d'une pleine liberté, mais qu'il était mème admis en la présence de la reine, qui lui faisait toujours un accueil également distingué, et qui le traitait comme auparavant avec la plus grande familiarité !,

La précipitation du jugement des meurtriers du roi portait la douleur dans l'âme de Lennox, ct mettait le comble à ses ressentimens. Rien n'était plus cruel pour un père que de voir toutes ses démarches pour découvrir les meurtriers de son fils dirigées par la personne même qui était accusée, et concertées de manière à cacher plutôt le crime qu’à le découvrir. Lennox voyait que cette procédure n'était qu'un jeu, il apercevait quel en serait le succès, et voyait qu’en se hasardant de comparaître au jour marqué , il risquait la sûreté de sa personne sans en retirer aucun avantage pour le bien de sa cause. Les premières lettres qu'il avait écrites à ce sujet étaient conçues dans les termes les plus respectueux, mais on y trouvait quelques traces de la méfiance qu’il avait de la reine. Il prit alors un autre ton, et il parla sans voile ni déguisement: il se plaignit hautement de l'injustice qu’on lui faisait en mettant dans ce jugement une précipitation si contraire aux lois : il fit de nouvelles représentations sur l’indécence qu’il y avait à laisser Bothwell jouir d'une pleine liberté, et à lui conserver mème toute son influence dans les

1 Anders. , vol. 1, 50, 62

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conseils de la reine, Il faisait encore sentir à la reine combien l'honneur de sa majesté était intéressé à donner quelques preuves de sa sincérité dans la poursuite des meurtriers du roi, en exilant un homme qu'on regardait comme l'auteur du crime , et contre lequel il y avait des soupçons aussi forts et aussi bien fondés. Il finissait par déclarer qu'ilétait déterminé à ne se point trouver À un jugement dont la forme et les circonstances étaient si irrégulières et si peu satisfaisantes pour lui t,

Il paraît néanmoins que Lennox comptait peu sur le succès de ses démarches auprès de Marie, car dans le même temps il suppliait Élisabeth de lui accorder son entremise pour obtenir le délai qu'il demandait ?, Lennox ne pouvait pas donner une plus forte preuve des soupçons qu'il avait conçus contre la reine, qu'en se rabaissant ainsi à implorer l'assistance d'une reine étranzère, qui avait donné à son fils tant de marques

de mépris, et qui l'avait traité lui-même et toute sa famille avec la plus grande rigueur. Élisabeth, disposée à saisir toutes les occasions qui se présentaient de se mêler des affaires de l'Écosse, écrivit sur-le-champ à Marie. Elle lui conscillait de différer pour quelque temps le jugement :

elle lui répétait les mêmes argumens dont Lennox s'était servi, ct elle lui faisait sentir dans les termes les plus forts et les plus capables de la convaincre, les interprétations peu favorables auxquelles sa conduite serait exposée si elle persistait dans la forme de procédure qu’elle avait jusqu'alors adoptée ?,

ordinaires. On présenta l'accusation formée contre Bothwell, et Lennox, demandeur, fut ap pelé pour la soutenir, Robert Cunningham , attaché à Lennox, comparut au nom de son maitre. IL fit à l'assemblée des excuses de l'absence de Lennox qui, attendu la brièveté des délais, n'avait pas eu le temps d’assembler ses amis et ses VasSaux, sans le secours desquels il ne pouvait pas risquer de se rendre partie contre un adversaire aussi puissant, 11 demandait en conséquence à la cour de suspendre la procédure, et il protesta contre toute sentence qui serait rendue dans le moment présent, déclarant qu’elle devait être regardée comme nulle et illégitime, Bothwell, de son côté, insistait pour que la Cour procédât dans l'instant même au jugement. On produisit une lettre de Lennox ; par laquelle il demandait lui-même à la reine de poursuivre les meurtriers sans aucun délai. Les objections de Cunningham ne furent point écoutées, et les commissaires, composés de pairs et de barons du premier ordre , prononcèrent que Both- Well n'était point coupable du crime qu'on lui imputait.

Personne ne comparut pour se rendre accusateur de Bothwell, on n’entendit pas un seul témoin, onne produisit contre lui aucune preuve évidente. Les juges ne purent ainsi se dispenser de le décharger de l'accusation. Cependant cette sentence ne répondit point aux vœux du peuple, et n’apaisa point ses murmures. Toutes les cir- Constances du procès donnaient lieu à des soupçons qui paraissaient fondés, et qui excitaient

Ni les sollicitations d'Élisabeth , ni les supplications de Lennox ne purent rien gagner sur l'esprit de Marie. Le jugement ne fut point différé. Au jour marqué, Bothwell se présenta , ais avec une suite formidable, capable d’en imposer à ceux qui auraient voulu le condamner, et qui mettait dans l'impossibilité de le punir. Les amis ct les vassaux de Bothwell, qui s'étaient rassemblés des différentes parties du royaume pour l’assister au jugemi nt, formaient un corps très nombreux, et il était encore suivi par une troupe de soldats soudoyés qui marchaient , enseignes déployées, dans les rues d'Édimbourg 4, La cour de justice se tint suivant les formalités

Anders, vol. 1, 52, — 2 Good., vol. Il, 352,

* Anders, Preaf. 60, Append. , n° XIX, p. 118, 119, ‘Auders., vol. 1, 135,

l'indignation ; et le jugement qui fut prononcé, fut plutôt regardé comme un indice du crime de Bothwell que comme une preuve de son innocence. On afficha en différens endroits , des écrits injurieux, des satires envenimées, qui exprimaient dans les termes les plus forts tout le ressentiment du peuple.

Il parut même que les juges avaient prévu les reproches que leur manière de procéder pouvait leur attirer , et qu'ils crurent devoir les prévenir. Dans le même temps qu'ils firent le rapport de leur sentence, qui déchargeait Bothwell, le comte de Caithness protesta en leur nom qu’on ne pouvait dans cette occasion les taxer d'aucun crime puisqu'il n’ayait point paru d’accusateur, et qu'on n'avait fourni aucune preuve de l'accusation. 11 observa aussi que dans la dénonciation

on avait donné le 9 février au lieu du 10, pour le jour auquel le meurtre avait été commis , circonstance qui prouvait que le projet d'accusation avait été dressé avec la plus grande négligence, et dans un temps où les esprits étaient disposés, et avec raison, à prendre ombrage de tout. Cette remarque minutieuse fortifia et confirma les soupçons !.

Bothwell lui-même ne se fiait point au jugemeut qui avait été rendu en sa faveur, et il ne le regardait point comme une entière justification. Aussitôt après qu’il eut été déchargé de l'accusation, il profita d'un usage qui n’était point encore abrogé, et il publia un écrit dans lequel il offrait le combat singulier à tout noble de bonne renommée qui oserait l’accuser d'avoir eu part au meurtre du roi.

Cependant Marie continuait à traiter Bothwell comme s'il cût été pleinement justifié. L’ascendant qu'il avait pris sur son cœur, et le crédit prédominant qu'il avait dans ses conseils, se manifestaient tous les jours de plus en plus. Len-

nox, qui ne pouvait pas se croire en sûreté dans |

un pays où le meurtrier de son fils avait été absous contre toute justice, où le criminel était comblé d'honneurs, contre toutes les règles de la bienséance, prit le parti de la fuite, et se retira précipitamment en Angleterre ?.

Deux jours après le jugement, le parlement s'assembia , et à l'ouverture des séances, la reine donna à Bothwell v * marque de distinction, en le chargeant de porter le sceptre devant elle $. La plupart des actes qui furent passés avaient pour but de fortifier le parti de Bothwell et de favoriser l'avancement de ses projets. Il y obtint la confirmation de toutes les possessions et de tous les honneurs qu’il tenait de l'affection de la reine; et dans l'acte qui fut passé à cet effet , on faisait les plus grands éloges des fidèles services qu'il avait rendus dans tous les temps à la couronne. On y confirmait aussi la démission que ie comte de Mar avait donnée de son gouvernement du château d'Édimbourg. La sentence de proscription contre Huntly fut révoquée, lui et ses partisans furent rétablis dans tous les honneurs et biens de leurs ancêtres. La plupart des membres de la commission qui avait absous

* Jugement de Bothwell, etc. And., vol. 1, 97. * Keith, 372, note a, — # Zd., ibid,

Bothwell obtinrent la ratification des concessions faites en leur faveur; et comme les esprits satiriques se multipliaient de jour en jour, on fit une loi par laquelle il était ordonné à tous ceux entre les mains de qui des papiers de cette espèce pourraient tomber, de les supprimer à l'instant; et s’il arrivait que par leur négligence de pareils papiers fussent distribués, ils étaient déclarés atteints de crime capital, comme s’ils en avaient eux-mêmes été les auteurs.

Mais le consentement que la reine donna à un acte du parlement qui fut alors rendu en faveur de la religion protestante, prouva invinciblement l'empire absolu que Bothwell avait pris sur l'esprit de Marie. L'attachement que la reine avait pour la religion romaine était toujours le mème, et toujours également superstitieux. Elle n'avait jamais abandonné le projet de la rétablir, ni perdu l'espérance d'y réussir. Elle avait encore pris depuis peu, à cet effet, de nouveaux engagemens , elle avait hasardé publiquement des démarches plus hardies qu'aucune de celles qui les avaient précédées. Mais des motifs très puissans encourageaient Bothwell à favoriser cette loi si avantageuse à la réformation. Cet homme avait commis des crimes qui le rendaient, et avec juste raison, l’objet de l’exécration publique. Il roulait dans sa tête d’autres projets, et il prévoyait que ces nouvelles entreprises exciteraient plus que jamais contre lui une indignation générale, Il espérait que cette loi, agréable au peuple, pourrait faire une diver: sion, et éloigner les ressentimens de la nation. Il se flattait d’expier tous ses forfaits, en procurant à la religiun protestante une sécurité à laquelle on n'avait pas lieu de s'attendre; d'a paiser pur ce moyen les clameurs du clergé, et d'amener le peuple à soutenir ses entreprises criminelles, ou du moins à les tolérer. En effet, ce nouvel acte était si favorable à la doctrine des réformés , que le parlement, qui s’assembla l'an. née suivante sous des chefs disposés bien plus ‘avorablement pour la réforme, ne put y rien ajouter de plus fort ni de plus clair, et juge qu'il suffisait de le ratifier de point en point !. L'approbation d’un acte de cette espèce était de la plus grande inconséquence par rapport À toutes les maximes que la reine avait adopté

1 Par! 1, Jac. VI, C, 81,

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dans toutes les époques de sa vie; mais le crédit prédominant de Bothwell triompha de la résistance de Marie, et il obtint d'elle une chose qu’elle avait constamment refusée aux sollicitations des assemblées de l'église, et aux supplications de ses peuples 1.

Jusqu’alors Bothwell avait eu dans ses entreprises tout le succès que l'audace la plus téméraire pouvait lui faire espérer. Il avait gagné entièrement le cœur de la reine ; le meurtre du roi n’avait excité aucun soulèvement parmi le peuple; les pairs l'avaient renvoyé absous, avaient déclaré qu’il n'avait aucune part à ce crime, et le parlement avait en quelque sorte ratifié cette décision. Mais dans un royaume où l'autorité royale était extrémement limitée, où la puissance des nobles était formidable, il n’osa pas, sans leur approbation, risquer une démarche qui était le terme de tous ses désirs, et le but où tendaient tous ses projets ambitieux. IL voulut donc commencer par s'assurer de la noblesse; et à cet effet, il prit le moment où le parlement se séparait pour inviter tous les nobles qui y avaient assisté, à se rendre chez lui. Sa maison était remplie de ses amis et vassaux qu'il Y avait rassemblés, et il avait eu soin de Ia faire

entourer de gens armés ?, Il déclara alors aux nobles le dessein qu'il avait formé d'épouser la reine, dont il avait déjà, disait-il, obtenu le consentement, et il leur demanda leur approbation sur un mariage qui, selon lui, n'était pas moins agréable à la reine qu'honorable pour luimême %, Huntly et Seaton, confidens et complices de tous les projets de Bothwell, et qui travaillaient avec zèle à en assurer la réussite,

? Buchanan, Æist., 355, ne fait aucune mention de cette loi : il assure au contraire que la reine, Malgré les promesses qu'elle avait faites en faveur de la religion réformée, ne voulut laisser passer aucun acte à l'avantage de cette religion, et qu’elle congédia même avec mépris les députés du clergé. Spolswood, 202, et Calderwwood, vol. LIL, 41, affirment les mêmes choses, J'aurais pu me dispenser de remarquer le peu d’exactitude de Buchanan, mais il est étonnant qu'un auteur aussi versé dans l1 connaissance de nos lois que SpotsWwood, qu'un homme aussi savant que Calderwood, aient pu tomber dans une Pareille erreur, pendant que le statut en original est encore existant dans les registres du parlement de Marie, el qu'ils avaient même sous leurs yeux les actes imprimés du parlement de Murray. On voit aussi que Buchanan lui-même avait eu Connaissance de cet acte,

*Good., vol. 11, 141, — 5 Anders. , vol. 1, 69.

applaudirent aussitôt à la proposition de Bothwell, et ils fürent secondés par les ecclésiastiques papistes, gens entièrement dévoués à la reine, et toujours disposés à flatter ses passions. Les autres, intimidés par le crédit immense de Bothwell, et qui apercevaient dans toutes les démarches de la reine les progrès étonnans de l'affection qu'elle avait pour lui, se déterminèrent à souffrir ce qu'ils ne pouvaient empécher; et sentant qu'ils chercheraient inutilement à s'y opposer, ils voulurent se faire un mérite de leur approbation. D'autres, mais en petit nombre, paraissaient déconcertés et furieux.

Mais à la fin Bothwell sut employer si à propos les caresses, les menaces, les espérances, la terreur et la force, qu’il vint enfin à bout de faire signer à tous ceux qui étaient présens un écrit déshonorant pour la nation, et qui répandit sur le génie et sur l'honneur des Écossais une note d’opprobre dont on n'avait point eu d'exemple dans tout le cours de ce siècle,

Ce papier contenait jes déclarations les plus précises de l'innocence de Bothwell, les expressions de reconnaissance les plus fortes, pour les bons services qu'il avait rendus au royaume, Si dans la suite on venait à former quelque accusation contre lui pour raison du meurtre du roi, les nobles qui avaient donné leurs signatures s'engageaient à se réunir comme un seul homme, à se tenir fortement attachés à lui, et à risquer leurs biens et leurs vies pour sa défense, Ils le recommandaient à la reine comme celui qu'elle devait choisir pour mari préférablement à tout auire, et ils ajoutaient que si elle se déterminait à lui donner cette marque distinguée de son affection, ils se Chargeraient de faire réussir le mariage, et de se joindre à Bothwell avec toutes leurs’forces pour s'opposer à tous ceux qui voudraient y apporter quelque empêchement t, Parmi ceux qui signèrent ce papier, les uns étaient les principaux confidens de la reine, les autres n'avaient point entrée dans ses conseils, et avaient mème encouru sa disgrâce : quelquesuns lui restèrent fidèlement attachés dans tous

les revers de sa fortune, d’autres furent les

principaux instrumens de ses malheurs : on y

voyait un mélange des personnes qui étaient

les plus attachées aux superstitions romaines, et

1 Anders, vol. I, 177.

des plus zélés défenseurs de la religion protestaute {, On ue peut pas supposer que l'intérêt commun eût porté des hommes engagés dans des partis si opposés et de sentimens si différens, à se réunir pour encourager la reine à une démarche aussi déshonorante, et qui fut si fatale à sa tranquillité. Ce bizarre assemblage fut l'effet des artifices de Bothwell. Il fit dans cette occasion ün coup de maître, et qui peut être regardé comme un trait de la politique la plus adroite et la plus audacieuse. Une chose remarquable, c'est que dans tous les démêlés qui s’élevérent dans la suite entre les deux partis, dans tous les reproches qu'ils se firent, il ne fut jamais parlé de cette indigne convention. Forcés par le témoignage de leur propre conscience à condamner eux-mêmes la conduite qu'ils avaient tenue dans cette occasion, ils sentaient qu'à l'examen elle serait toujours susceptible de mauvaises interprétations, et qu’elle ferait le plus grand tort à leur réputation. Ils évitaient toujours avec soin d’en faire mention, ils voulaient sans doute la laisser dans l'obscurité et l’ensevelir dans un éternel oubli. Cependant comme ce papier avait été signé par un si grand nombre de personnes alors en faveur auprès de la reine, et qui s'y maintinrent encore dans la suite, les soupçons qu'on avait conçus contre Marie se fortifièrent ; on jugea qu’elle avait eu connaissance des projets ambitieux de Bothwell, et qu'elle ne les avait point désapprouvés ?.

1 Keith, 382.

? Parmi tous les raisonnemens qu’on a formés sur cet événement, ceux de Camden paraissent les moins exacts et les plus mal fondés. 11 prétend que Bothwell avait encouru la haine de Murray, de Morton et autres qui avaient été ses complices et ses associés dans le meurtre du roi, et qui cherchaient alors à perdre Bothwell. Il affirme en même temps qne Murray et ses associés ohtinrent les signatures de cet écrit, sans croire que Bothwel pût remplir toutes ses espérances, ni révéler le secret du complot (404). Mais outre qu'il est absurde de supposer que les ennemis d'un homme veuillent l'élever à un si haut point de grandeur sur des espérances incertaines de le détruire dans la suite; outre l'impossibilité ue faire un tel mariage si la reine n'en avait pas eu connaissance, ou s’il lui avait été désagréable, il est à propos d'observer que cette supposition est détruite par le témoignage même de la reine, qui attribue le consentement des nobles aux artifices de Bothwell, qui l’obtint, dit-elle, en leur donnant à entendre que nous en étions contens. (Auders., vol. 1,91.) Ce n'aurait pas été un pelit avantage pour Marie si elle avait pureprésenter

Ces soupçons sont confirmés par les preuves les plus évidentes. Meivil était alors en grande faveur auprès de la reine. Il avait conservé, ainsi que son frère, des correspondances secrètes en Angleterre, avec ceux qui favorisaient les prétentions de Marie à cette couronne. Le bruit qui s'était déjà répandu dans ce royaume du mariage projeté de la reine avec Bothwell, ÿ avait excité une indignation générale. Melvi! en avait reçu des lettres qui lui annoncaient, dans les termes les plus forts, les funestes effets de cette démarche imprudente. Il les remit entre les mains de la reine, et il les appuya avec force. Non-seulement la reine n’eut aucun égard à ces vives remontrances, mais elle communiqua même le tout à Bothwell; et Melvil,

pour mettre sa vie en sûreté, fut obligé de s’en. , £

fuir de la cour, où il n’osa plus revenir jusqu'à ce que la colère du comte fût apaisée !. Dans le

le consentement des nobles comme ayant élé de leur propre mouvement. Il est encore plus surprenant de voir Lesly, évêque de Ross, attribuer cet écrit à Murray et à sa faction. (Anders., vol, 1, 26.) Cet évêque était luimême un de ceux qui l'avaient signé. (Keith, 383.) Dans la conférence qui se tint à Yorck, en 1568, les commissaires du roi avancèrent qu'aucun des nobles, excepté le comte de Huntly, n'avait voulu signer le papier jusqu'i ce qu'on eût montré un ordre de la reine par lequel il leur serait permis de le faire ; et les commissaires qui étaient porteurs de cet ordre le produisirent aussitôt. (Anders., vol. IV, part. 11, 59.) Ce récit diffère de celui de Buchanan, qui prétend que tous les nobles qui étaient présens signèrent l'écrit le 19 avril, et que le lendemain ils obtinrent l'approbation de ce qu’ils avait fait, comme pour leur servir de décharge et sûreté (555).

1 Melvil, 156, Suivant le rapport de Melvil, le lord Herreis ft aussi de très sages remontrances contre le mariage. Îl se jeta, dit cet historien, aux genoux de la reine, et il la supplia d'abandonner ces idées d’une al-

liance aussi déshonorante (156). On répond à cela: À

1° Que Herreis fut un des nobles qui signèrent l’écrit le 19 avril. (Keith, 383.) 2° Que le 14 mai il fut un des témoins lorsqu'on dressa les articles du mariage entre la reine et Bothwel. (Good, vol. II, 61.) 3° Que le 17 mai il était dans le conseil avec Bothwell, (Keith, 386.) Mais ces remontrances du lord Herreis contre le mariage avaient précédé celles de Melvil ( 157 ). Les remontrances de Melvil peuvent avoir été faits avant l'assemblée du parlement ; car après avdir offensé Bothwell, il se retira de la cour, il laissa à la colère de Bothwell le temps de se calmer, et il ne revipt auprés de la reine qu'après le mariage accompli le 2 avril (158). Suivant ce détail, il put s'écouler un temps suffisant pour gagner Herreis, pour le détacher de ses oppositions au mariage, et le faire devenir partisan Zélé des desseins de Bothwell. Melvil, dans le récit de c°

même t famie € par lin core m les avis Trois Marie v le prin Bothwe avait pri pouvoir et qui d impétuo bérer pli sous le p gands qi dimbour vers Lin pour rev écarte sa lâcha pi la persor sonnière même te On n'ape ni terreu sa persol rité : elle et sans r' l'officier fait sans doit ajout de Marie, communi( réussir $ par ses av La rein tirer avan reine cro prétexte | qu’en pub elle sauve ou qu’elle auxquels

nit, peut é concerne le point s'être ment,

1 Anders.

“ Good., :

par les preuves alors en grande avait conservé, espondances sequi favorisaient te couronne. Le ans ce royaume avec Bothwell, générale. Melvil lui annoncaient, ts, les funestes dente. Il les reet il les appuya eine n’euf aucun , mais elle comwell; et Melvil,

it obligé de s’en- , Le

revenir jusqu'à paisée !. Dans le

ayant élé de leur plus surprenant de cet écrit à Murray Cet évèque était Iui- . (Keith, 383.) Dans 1 1568, les commiss nobles, excepté le er le papier jusqu'à \ reine par lequel il 8 commissaires qui oduisirent aussitôt.

it diffère de celui de s nobles qui étaient et que le lendemain Is avait fait, comme té (555).

t de Melvil, le lord ontrances contre le

1, aux genoux dela À ces idées d’une al- )n répond à cela:

qui signèrent lé- 1e le 14 mai il fut articles du mariage vol. 11, 61.) 3° Que c Bothwell. (Keith, »d Herreis contre de Melvil (157) nt avoir été faites ar après avüir ofur, il laissa à la comer, et il ne revipt age accompli le 24 | s’écouler un temps le détacher de es evenir partisan Z6lé duus le récit de ce

même temps Élis, ve‘h avertissait Marie de l'infamie et des dange:. nuxquels elle s’exposait par l’indécence de son choix. Mais Marie eut encore moins d'égar.is pour les représentations et les avis de la reine d'Angleterre 1.

Trois jours apré: ? : séparation du parlement,

Marie vint d'Édimboarg à Stirling, pour y voir le prince son fils. Cependant les projets de Bothwell étaient parvenus à leur maturité. Il avait pris toutes les précautions nécessaires pour pouvoir en toute sûreté hasarder le coup décisif, et qui devait mettre fin à ses entreprises. Son impétuosité naturelle ne lui permit pas de délibérer plus long-temps. Il rassemble ses vassaux sous le prétexte d’une expédition contre des brigands qui infestaient les frontières : il sort d'Édimbourg avec mille chevaux, tourne tout court vers Linlithgow, rencontre la reine en chemin pour revenir, et à peu de distance de son palais, écarte sa suite, qui était peu nombreuse, et qui lâächa pied sans faire de résistance, se saisit de la personne de la reine, la conduit comme prisonnière dans son château de Dumbar, et fait en même temps arrêter quelques gens de sa cour.

On r’aperçut de la part de la reine ni surprise, ni terreur, ni indignation d’un tel outrage fait à sa personne, de cette insulte faite à son autorité : elle parut au contraire céder sans efforts et sans regrets 2, Melvil était alors à sa suite, et l'officier qui l’arrêta lui dit que rien ne s'était fait sans le consentement de la reine 8, Si l’on doit ajouter foi aux lettres publiées sous le nom de Marie, le plan decette entreprise lui avait été communiqué, et toutes les démarches pour y réussir s'étaient faites avec sa participation et par ses avis 4,

La reine ét Bothwell espéraient l'un et l’autre tirer avantage de cette violence apparente. La reine croyait qu'elle pourrait lui servir d'un prétexte honnète pour excuser sa conduite, et qu’en publiant qu’elle s'était rendue à la force, elle sauverait sa réputation chez les étrangers, ou qu’elle diminuersit au moins les reproches auxquels elle s'était exposée. Bothwell n'avait

Ait, peut être tombé dans quelque erreur pour ce qui concerne le lord Herreis; mais cet historien ne peut point s'être trompé dans ce qui le concerne personnelle ment,

1 Anders., vol. 1, 106, — 2Keith, 383, — SMelvil, 158. # Good., vol, 11, 37.

| pas une entière confiance dans les moyens qu'il avait jusqu'alors employés pour se justifier d'avoir eu part à l'assassinat du roi. Tourmenté par ses remords, par cette terreur inséparable du crime, il ne se croyait point en streté s’il n'obtenait des lettres de rémission scellées du grand sceau. Suivant les lois d'Écosse, le crime le plus atroce doit ètre nommé dans les lettres de grâce, et alors toutes les fautes légères que le coupable a pu commettre sont censées comprises dans cette clause générale, ef tous autres crimes quelconques. Se saisir de la personne du prince est un crime de haute trahison. Bothwell espérait que le pardon qu'il obtiendrait pour ce crime entrainerait la rémission de l’assassinat dont il était accusé 1,

Bothwell ayant ainsi la reine en sa possession, ne pouvait, sans manquer à toutes les règles de la politique et à celles de la galanterie, différer plus long-temps l'exécution de ses projets. À cet effet il présenta aussitôt une requête pour obtenir une sentence de séparation d'avec sa femme, lady Jeanne Gordon, sœur du comte de Huntly. Ce procès fut suivi en même temps devant des juges protestans et devant des juges catholiques : les premiers formant une cour de commissaires, les autres la cour ecclésiastique ou officialité de l’archevèque de Saint-André, dont la reine venait de rétablir la juridiction. Les moyens qui furent plaidés n'étaient que des trivialités et des prétextes scandaleux. L'affaire ne fut point pesée au poids du sanctuaire de la justice, l’autorité de Bothwell fit pencher la balance. La sentence de divorce fut prononcée dans les deux tribunaux avec la même indécence, la même précipitation, et elle donna lieu aux mêmes soupçons 2.

Pendant le cours de cette infâme négociation, la reine se tenait à Dumbar, où elle était gardée comme prisonnière , mais toujours traitée avec les plus grandes marques de respect. Aussitôt que la sentence fut prononcée, Bothwell, suivi d’une troupe nombreuse de gens dans sa dépendance, vint prendre la reine et la conduisit à Édimbourg. Mais au lieu de la loger dans le palais d'Holyroodhouse, il la plaça dans le

château dont il était gouverneur, Le méconten-

tement de la nation rendait cette précaution

1 Anders. , vol. IV, part. 11, 61. — * /bid. , vol, 1, 132.

nécessaire. Le palais n'avait point de fortifications ; on aurait pu facilement enlever la reine et la tirer des mains de Bothwell. Dans une place fortifiée, il était à couvert de toutes les entreprises de ses ennemis.

Ilrestait encore un obstacle à surmonter. Bothwell tenait la reine dans une sorte de captivité. Un mariage qu'elle aurait contracté dans ces circonstances aurait eu l'air d'avoir été extorqué par la force, et aurait pu être taxé de nullité. Pour remédier à cet inconvénient, Marie se rendit à la cour de session, et là en présence du chancelier, des autres juges, et de plusieurs membres de la noblesse : « Je suis, dit-elle, « actuellement en pleine liberté : la violence «que Bothwell avait exercée contre moi en se « Saisissant de ma personne, avait dans les pre- « miers momens excité mon indignation, mais « depuis il s’est comporté à mon égard d’une « manière si respectueuse, qu’il a non-seule- « ment calmé tous mes ressentimens, mais que « je suis même déterminée à l'élever aux plus « grands honneurs !. » :

Le public apprit bientôt quels étaient ces honneurs que Marie préparait à Bothwell. 11 obtint d’abord le titre de duc d'Orkney , et le 15 mai son mariage avec la reine fut célébré , ce mariage qui avait été si long-‘emps l’objet de tous ses désirs, la source et le motif de tous ses crimes. Adam Bothwell, évêque d'Orkney, un des prélats qui, en petit nombre, avaient embrassé le parti de la réformation , fit la cérémonie en public suivant les rits de l'église protestante ; et le même jour elle fut faite en particulier, conformément aux usages de l’église romaine 2. Tout annonça manifestement à la reine les vives impressions que son mariage faisait sur tous les esprits , le mécontentement général de ses propres sujets. Craig, ministre protestant, chargé de la publication des bans, déclama avec véhémence contre le dessein de la reine; on vit très peu de nobles à la cérémonie, Lorsque la reine se montra en public, un silence morne et méprisant lui fit apercevoir les sentimens du peuple; elle connut ceux de ses alliés par le refus que fit du Croc, ambassadetr de France, de se trouver à la célébration du mariage et au festin des noces, et elle vit clairement ce qu'ils pen-

‘Anders. , vol, 11,87. —* /bid., 136,2, 276.

saient de la conduite qu'elle avait tenue dans cette occasion. En effet , Marie pouvait justifier toutes ses autres démarches ; ses actions, pendant tout le cours de sa vie, paraissaient dirigées avec prudence, fondées sur les principes de la vertu; mais ce mariage fatal, qui portait le caractère du crime , laissa au moins des preuves incontestables de son peu de jugement.

Le premier soin de la reine fut de faire distribuer dans les cours de France et d'Angleterre une apologie de sa conduite, On a encore les instructions qu'elle donna à cet effet à ses ambassadeurs. On voit qu'elles avaient été dressées par une main habile. Cependant malgré tout l'art qui y est employé, au travers des fausses couleurs qu'on cherche à y donner à cet événement, il est aisé d'apercevoir que toutes les démarches de la reine , en cette occasion, étaient inexcusables, et qu'elle était elle-même intérieurement convaincue de l'irrégularité de sa conduite f,

Tout fut accordé à Bothwell, à l'exception du titre de roi. Marie l'avait donné à Darnly, mais elle avait senti les inconvéniens de cette démarche imprudente. Malgré la violence desa passion pour Bothwell, ellene put se déterminer à lui déférer cet honneur; mais elle permit que tousles actes qui seraient publiés en son nom fussent munis de la signature de Bothwell, par forme de consentement ?, Au reste, cette réservede la reine n'était qu’une simple formalité; elle abandonnait réellement à Rothwell toute l'autorité d’un roi. Il était plus que jamais entouré d’un cortége nombreux de gens qui lui étaient dévoués. Maître absolu de la personne de la reine, aucun sujet ne pouvait obtenir d'audience sans la permission de Bothwell; ses confidens avaient seuls la permission de converser avec la reine. On était accoutumé à voir les rois d'Écosse vivre en pères avec leurs sujets, sur un ton d'é palité, sans grande pompe ni appareil, et sans donner aucune marque de méfiance. Une garde armée toujours aux portes du palais , un accès difficile , l'éloignement et la retraite du souverain étaient des choses nouvelles et désagréables au peuple.

Cependant Bothweil était obligé de prendre toutes ces précautions pour maintenir et assurer

1 Anders., vol. I, 80, — 2 Good., 2, 60,

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qu'il avait obtenu jusqu'alors , s'il ne se rendait

pas maître de la personne du jeune prince, La reine avait confié son fils aux soins du comte de Mar. La probité et la fidélité de ce seigneur étaient trop connues pour espérer qu'il voulût consentir à remettre le prince entre les mains de celui qui était si vulemment soupçonné d’avoir été le meurtrier du roi. Bothwell travaillait néanmoins avec tant d’empressement et d’inquiétude à se faire remettre le jeune prince, qu'il donnait lieu aux plus noirs soupçons. Il employa toute son adresse et toute son autorité pour venir à bout de son dessein, et pour y faire consentir le comte de Mar, par la force où par les voies de la persuasion t, Le comte résista à toutes les sollicitations , et sa généreuse résistance fit bien l'éloge de son courage et de sa dextérité. Il parvint à empêcher qu’une vie aussi intéressante pour la nation que celle du jeune prince, fût livrée à la merci d’un homme que la terreur ou l'ambition pouvaient porter aux dernières extrémités, et aux entreprises les plus violentes.

Toutes les nations voisines portaient des regards attentifs sur ces étranges révolutions arrivées en Écosse dans le cours de trois mois. Un roi assassiné cruellement à la fleur de son âge, dans sa ville capitale ; celui qui était soupçonné de ce crime odieux non-seulement se montrant en public avec assurance, mais même admis en la présence de la reine, honoré des marques

Suite rapide d'événemens aussi atroces et aussi singuliers. Les étrangers les regardérent comme une note d’infamie imprimée sur la nation. Les

Cossais n'étaient vus qu'avec horreur dans toute l'Europe ; ils n’osaient se’ montrer dans aucun lieu public, après avoir laissé commettre avec impunité des actions aussi détestables; on les accusait généralement d’être des gens sans courage, Sans humanité, et également indifférens pour la réputation de leur reine et pour l'honneur de leur pays t,

Ce cri général de toutes les nations réveilla les nobles écossais de teur assoupissement. Bethwell les avait jusqu'alors séduits par ses artifices, ou intimidés par l'étendue de son pouvoir. La mauière impérieuse avec laquelle il exerçait l'autorité qu’il avait acquise, ses entreprises répétées pour se rendre maître de la personne du jeune

prince, quelques paroles indiscrètes et menaçantes qui lui échappérent, et qui laissaient apercevoir qu'entre ses mains la vie du prince serait en danger 2, firent prendre aux nobles des résolutions violentes. Ils s’assemblérent en grand nombre à Stirling, et ils y formèrent une association pour la défense de la personne du prince.

Argyll, Athol, Mar, Morton, Glencairn , Home,

Lindsay, Boid, Murray de Tullibardin , Kirkaldi

de la Grange et le secrétaire Maitland furent

les chefs de cette confédération 3, Stuart, comte d’Athol, s'était toujours distingué par son attachement constant et Superstitieux pour le papisme; mais l'indignation qu'il avait conçue du

particulières de sa bienveillance, et Chargé de la principale direction de ses affaires ; traduit devant un tribunal qui le juge avec une partialité honteuse, et qui l'absout par une sentence qui ne sert qu’à confirmer les soupçons et à Consater son crime; séparé d'avec sa femme sous des prétextes frivoles et inaocens ; ensuite, eu lieu d’être couvert de l'ignominie due à tant de forfaits, au lieu de subir les peines qu'il avait méritées par tant de crimes, on lui permet ouvertement, et sans aucune Opposition, d’épouser la reine, la femme de ce prince qu'il avait assassiné, de ce monarque gardien de ces mêmes

lois que Bothwell avait si indignement violées,

On ne trouve dans aucune autre histoire cette

Melvil, 160. Buchan., 361.

meurtre du roi dont il était proche parent, son zèle pour la conservation des jours du prince, l'emportérent en ce moment sur toute autre considération, et l'engagèrent à se réunir avec les protestans les plus zélés. Quelques-uns des autres nobles agirent avec franchise, par des motifs louables, pour la sûreté qu prince et l’'honneur de leur patrie. Mais, pendant le cours. de ces révolutions, quelques autres se conduisirent de manière à faire apercevoir qu'ils n’agissaient réellement que par des motifs d'ambition et de ressentiment, et qu’en soutenant une cause juste el nécessaire, ils étaient souvent agités de pas-

sions et conduits par des principes absolument inexcusables.

! Anders, vol. 1, 134, Melv. » 163. Append,, n° XX,

P. 121,122. —3 Mes 161. — 5 Keith : 394

PR re

Les premières nouvelles que la reine et Bothwell reçurent de cette ligue les jetèrent dans la plus grande consternation. Îls n'ignoraient point ce que la nation pensait de leur conduite; on ne s'était point à la vérité opposé publiquement à leur mariage, mais ils savaient qu’il avait excité le mécontentement et les murmures des personnes de tous les états. Ils prévoyaient que ces sentimens d'indignation, renfermés pendant si bng-temps, éclateraient bientôt avec violence. Marie, pour prévenir cet orage, fit publier une déclaration par laquelle elle demandait à ses sujets de prendre les armes et de se rendre à jour nommé auprès de son mari. Dans le même temps, elle fit répandre une espèce de manifeste où elle faisait l'apologie de sa conduite et de son gouvernement, et où elle exposait dans les termes les plus pathétiques ses soins et ses attentions pour la sûreté et prospérité du prince son fils. Ces démarches ne produisirent pas de grands effets : on obéit mal à sa proclamation, et on ajouta peu de foi à son manifeste !,

Les lords confédérés faisaient de leur côté leurs préparatifs avec autant d'activité et avec bien plus de succès. Des hommes puissans et agréables à la nation ne trouvèrent pasde grandes difficultés à appeler aux armes un peuple guerrier, et ils eurent bientôt mis une armée sur pied; ils étaient prèts à se mettre en marche avant que la reine et Bothwell fussent en état de leur résister. Le château d'Édimbourg était la place la plus sûre pour la personne de la reine, et dans laquelle elle devait naturellement se retirer. Mais les confédérés avaient trouvé le moyen d’ébranler ou de corrompre la fidélité du lieutenant du roi, le chevalier Jacques Balfour, et Bothwell n'osa pas lui confier un dépôt de cette importance. Il conduisit la reine au château de Borthwick, et le lord Home s'étant montré devant cette place à la tête de ses vassaux, Bothwell s'enfuit avec précipitation à Dumbar, et la reine l’y suivit déguisée en homme. Les confédérés s’avancèrent vers Édimbourg. Huntly essaya inutilement d'encourager les habitans à défendre leur ville;-les lords associés y entrèrent sans aucune opposition; plusieurs citoyens vinrent se joindre aux confédérés, et devinrent par leur zèle le plus ferme appui du parti 2,

* Keith, 387, 395, 396. — * /bid. , 398,

Les nobles associés travaillèrent ensuite à justifier leur conduite, à la mettre dans le jour le plus favorable, et à exciter l'indignation publique contre Bothweli. Ils publièrent à cet effe: une déclaration, où ils exposaient les motifs qui les avaient engagés à prendre les armes. Tous les crimes passés de Bothwell y étaient rapportés dans le plus grand détail : toutes ses intentions perverses y étaient développées et même exagérées, et ils y exhortaient tout fidèle Écossais à se joindre à eux pour tirer vengeance du passé, et pour prévenir les noirs desseins de Bothwell t,

Cependant Bothwell rassemblait ses forces à Dumbar ; et comme il avait dans ce canton beaucoup de gens dans sa dépendance, il eut bientôt formé un corps de troupes assez considérable pour hasarder de se mettre en campagne, et de marcher aux confédérés : leurs troupes étaient peu nombreuses. Leur entreprise avait été si prompte et si secrète, que ceux de leurs amis qui étaient éloignés n'avaient pas eu le temps de les joindre, Comme ils n'avaient point reçu de subsides d'Angleterre, et qu'il ne paraît pas même qu'Élisabeth les eût, sur cela, entretenus d'aucune espérance, ils n'auraient pas pu se tenir long-temps rassemblés en corps d'armée.

Bothwell n'osait pas risquer un délai ?; son armée ne le suivait qu'avec répugnance, et ne le servait point dans cette querelle avec affection. La seule espérance de succès qui lui restait était de surprendre l'ennemi, et de frapper le coup avant que ses troupes eussent le temps de se reconnaître, avant qu’elles fussent imbues des opinions désavantageuses qu'on avait de ses actions, et qui étaient répandues dans tout le reste de la nation. Ces raisons déterminèrent la reine à marcher en avant avec une précipitation imprudente et qui lui fut fatale.

Aussitôt que les confédérés eurent nouvelles que la reine approchait, ils s’avancèrent pour aller à sa rencontre : ils trouvèrent ses troupes campées sur le même terrain que les Anglais avaient occupé en l'année 1547 à la bataille de Pinkey. Les deux armées étaient à peu près égales pour le nombre, mais elles étaient bien différentes pour l'ordre et la discipline. L'armée de la reine était composée d'une multitude ras-

1 Anders , vol. 1, 128. — 3 Keith, 401.

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