‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme]Chapitre 19 sur 155 · SAnders · texte numérisé non relu

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mémoire encore toute récente des fameuses querelles entre les maisons d'Yorck et de Lancastre, et des guerres civiles qui avaient désolé l'Angleterre pendant. plus d'un siècle, Toute la noblesse ancienne de l'Angleterre avait péri dans ces malheureuses contestations , et la nation entière s'était vue au moment de sa destruction, Le droit de la reine d'Écosse au trône de l’An- £gleterre était regardé comme indubitable; cependant on prévoyait qu’elle pourrait avoir des Concurrens formidables. Elle pouvait épouser un prince étranger, un papiste, et mettre ainsi en danger la liberté et la religion. On croyait prévenir ces malheurs en lui donnant pour mari un Anglais, le plus puissant de tous les nobles, le plus généralement aimé, le plus zélé pour la religion protestante. Presque tous les pairs du royaume approuvaient ouvertement ou dans le secret cet établissement, et regardaient ce projet comme une chose utile et salutaire. Les comtes d’Arundel , de Pembroke, de Leicester et le lord Lumley, adressèrent une lettre à ja reine d'Écosse, écrite de la propre main du comte de Leicester, et dans laquelle ils lui recommandaient ce mariage avec beaucoup d'empressement, mais ils exigeaient préalablement de Marie qu'elle Promettrait de ne former, en conséquence de ses prétentions à la couronne d'Angleterre | aucune entreprise préjudiciable à Élisabeth ou à sa postérité ; de donner son consentement à une ligue offensive entre les deux royaumes ; de confirmer la religion actuellement établie en Écosse, et de rendreses bonnes grâces à ceux de ses sujets qui avaient pris les armes contre elle. Si elle agréait ce mariage, et si elle voulait signer et ratifier ces articles, ces sei- &neurs lui promettaient le concours des nobles d'Angleterre non-seulement pour la rétablir

daient si visiblement à sauver la réputation et ; augmenter la puissance de sa rivale, Mais dan. une affaire de cette importance pour la nation . quelques démarches faites sans sa participation ne pouvaient pas être regardées comme criminelles ; et comme toutes les personnes intéressées, Marie même et Norfolk , avaient déclaré que rien ne serait conclu sans avoir précédem ment obtenu le consentement de la reine d'An. gleterre, les sujets ne sortaient point des bornes de leur devoir, et ne Manquaient point à leur

serment de fidélité.

La plupart des nobles d'Angleterre pensaient ainsi, mais ceux qui avaient tramé l'intrigue avaient des vues plus éloignées et bien plus

dangereuses. Ils apercevaient dans Je traité des avantages présens et certains pour Marie, et l'exécution des points qu’elle avait été obligée de souscrire était éloignée et incertaine, Ils avaient de bonne heure communiqué leur plan aux rois de France et d’Espagne, et ils avaient obtenu leur approbationt. Un traité sur lequel ils consultaient des princes étrangers, pendant qu’ils en faisaient mystère à leur souveraine, pouvait-il être regardé comme exempt de tout reproche ? Mais ils espéraient que le concours de tant de nobles mettrait Élisabeth dans la nécessité de donner son consentement ; ils se flattaient que rien ne serait jamais capable de ré-

Sister à une ligue aussi forte; et ils se croyaient tellement assurés du succès, que lorsqu'on eut formé le complot dans le nord de l'Angleterre

Pour enlever Marie à ceux qui la gardaient,

Norfolk craignant que la reine, se voyant en li-

berté, ne Changeât de sentimens à son égard,

employa tout son crédit pour détourner les con jurés de cette entreprise 2,

incessamment sur le trône d'Écosse, mais même pour lui assurer son droit de réversion au trône d'Angleterre. Marie accepta sans hésiter toutes ces propositions, à l'exception du second article, sur lequel elle demanda quelque temps pour consulter le roi de France ; SON ancien allié 1,

On avait caché avec soin toute cette négociation à Élisabeth. On connaissait sa jalousie

tontre la reine d'Écosse. On n'espérait pas qu'elle voulût se prêter

1 Anders., vol, Ill, 57, Camd., 42.

Telle était la situation des affaires lorsque le lord Boyd arriva d'Angleterre, chargé des lettres des deux reines, qu'il remit publiquement, et de quelques autres en chiffres, qu’il apportait au régent et à Maitland de la part di | Norfolk et de Throgmorton. Dans ces dernières ceux du parti de Norfolk prenaient le ton de } plus forte présomption : «Nous avons, disaient «ils, pour nous le concours de toute la noblesse «d'Angleterre qui favorise notre dessein. Tous «les préliminaires sont réglés. II n’est pas pos-

‘Anders. vol. Ill, 63, — * Camd., 420.

esible qu'un projet appuyé sur des fondemens «aussi solides, conduit avec tant d'art, sou- «tenu par le pouvoir et par le nombre, puisse

«ôtre déconcerté ni traversé dans son exécu-

«tion, Il ne nous reste plus que de procéder «à la célébration du mariage. Il ne dépend «que du régent d'en hâter le moment en fai- «sant prononcer la sentence de divorce, et leavant ainsi le seul obstacle que nous puissions «rencontrer. On attend de lui cet office, en con- «séquence de la parole qu'il a donnée à Norfolk. «Si le régent a soin de ses intérêts, de son hon- «neur, et même de sa propre sûreté, il ne peut «ni de doit manquer à ses engagemens!, »

Cependant le régent se trouvait dans des circonstances bien différentes. Les raisons qui l'avaient engagé à consentir en apparence aux projets de Norfolk ne subsistaient plus. Il voyait sa chute assurée si le duc venait à bout de son entreprise. Si la reine, qui regardait le régent comme le principal auteur de tous ses malheurs, recouvrait son ancienne autorité, Murray ne pouvait pas espérer de rentrer dans toutes les bonnes grâces de sa majesté, à peine pouvait-il se flatter de l'impunité. I devait donc naturellement éviter une démarche qui lui aurait été aussi fatale, qui aurait renversé toute sa grandeur, et qui en aurait élevé un autre sur ces ruines. Le refus du régent occasiona un délai. Mais, comme d'ailleurs tout était arrangé, l'évèque de Ross, au nom de sa maîtresse, et le duc, en personne, déclarèrent en présence de l'ambassadeur de France leur consentement mutuel au mariage projeté, et le contrat signé fut remis en dépôt entre les mains de l’ambassadeur?,

Trop de gens se mélaient alors de cette intrigue pour qu'elle pôt rester long-temps secrête. Elle commença à transpirer À la cour.

Élisabeth manda le duc de Norfolk , lui reprocha sa conduite avec des termes remplis d’indignation , et lui ordonna d'abandonner ces idées, et de cesser de suivre un projet aussi dangereux. Immédiatement après, Leicester vint révéler à la reine toutes les circonstances du complot , et

peut-être avait-il médité cette trahison lorsqu'il .

avait paru favoriser l'entreprise; Pembroke ,

* Haynes, 520. Spots., 230. 4ppend., n° XXIX, 181 el suiv.— * Carte, vol. 11, 483.

Arundel, Lumly et Throgmorton furent arrétés et interrogés. Marie fut resserrée plus étroitement ; Hastings, qui prétendait lui disputer le droit de succession au trône d'Angleterre, fut associé à Shrewsbury pour la garder, et il lui rendit sa prison plus insupportable par un excès de rigueur et de vigilance {. Le régent, menacé de la disgrâce d'Élisabeth, se détermina à trahir le duc; il remit à la reine les lettres de Norfolk et il donna à sa majesté toutes les connaissances qu'il pouvait avoir du complot 2. Le duclui-même abandonna la partie, et se retira d'abord à Howard-House. Ensuite, sans égard pour la somma tion qui lui avait été faite de comparaître devant le conseil privé, il s'enfuit dans son château de Norfolk. Cependant, intimidé par la détention de ses associés, reçu froidement dans ce comté par ses amis, n'ayant fait aucun préparatif pour une rébellion , et n'étant peut-être point dansle dessein de se révolter, après être resté pendant quelques jours dans l'incertitude du parti qu'il prendrait, il obéit à la fin à la seconde sommation, et se rendit à Windsor. 11 fut d’abord renfermé dans une maison particulière , ensuite envoyé à la Tour. Après y avoir été retenu pendant plus de neuf mois, il obtint sa liberté par les plus humbles sonmissions, et en promettant à la reine, sous la foi du serment de fidélité qu'il lui avait prêté, qu'il n'entretiendrait plus à l'avenir aucune correspondance avec la reine d'Écosse 3%, Pendant le cours des négociations de Norfolk , les partisans de la reine d'Écosse, qui ne doutaient point de leur succès, du rétablissement de la reine sur son trône, de l’accroïssement de son autorité, ne mettaient point de bornes à leur joie et à leurs espérances, Maitland était l'âme de ce parti. fl était aussi celui dont le régent redoutait le plusle pouvoir et l'activité.

C'était Maitland qui avait tracé le plan de cette intrigue, qui avait mis toute l'Angleterre en

combustion. Il continuait à fomenter l'esprit de

mécontentementen Écosse, et il avait débauchi

au régent le lord Home, Kirkaldy , et plusieurs

autres de ses anciens associés. Le régent ne por

vait pas se flatter de conserver son autorité :i

Maitland restait en liberté. Pour se délivrer de

cet emnemi dangereux, il se sert du capitai::

1 Haynes, 525, 526, 530,532. — * Append. n° XX\, 186, 199. — 5 Haynes, 520, 597.

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(1669] orton furent arrétés serrée plus étroiteidait lui disputer Le e d'Angleterre, fut

la garder, et il lui table par un excès Le régent, menacé * détermina à trahir lettres de Norfolk es les connaissances t2, Le duclui-mème tira d'abord à Hoard pour la somma.

comparaître devant ans son château de lé par la détention nent dans ce comté un préparatif pour t-être point dansle être resté pendant tude du parti qu'il la seconde sommaor. 11 fut d'abord articulière , ensuite avoir été retenu il obtint sa liberté ons, et en prometserment de fidélité ntretiendrait plus ance avec la reine les négociations de ‘eine d'Écosse, qui iccès , du rétablis.

me, de l’accroisserttaient point de pérances. Maitland it aussi celui dont ouvoir et l’activité, cé le plan de cette e l'Angleterre e menter l'esprit de Lil avait débauché aldy , et plusieurs Lerégent ne pour son autorité si our se délivrer de sert du capita!::

Append. n° XY\,

(1569) LIVRE Crawfurd, une de ses créatures, qui par son ordre accuse Maitland d'avoir participé au meurtre du roi, et sous ce prétexte il le fait conduire dans les prisons d'Édimbourg, On voulait procéder tout de suite au jugement de Maitland, et il ne dut sa délivrance qu'aux soins et à l'amitié de Kirkaldy , gouverneur du chàteau d'Édimbourg, Le #ouverneur, sur un ordre supposé du régent, le tira des mains de celui à qui on en avait confié la garde, et il le conduisit dans le château qui depuis resta entièrement au pouvoir de Maiiland. La perte d’une place de cette importance, la défection d’un mMilitaireaussi renommé que Kirkaldy , firent quelque tort au crédit et à la réputation du régent, mais cet échec fut abondamment compensé par les succès de la reine d'Angleterre son alliée.

L'intrigue formée pour mettre en liberté Ja reine d'Écosse ayant ainsi été découverte et dé-

"Écosse n'était pas le seul

liberté de la reine d objet de leurs désirs ;

ils méditaient un change.

ment dans la religion

ne plus de zèle pour celle religion, Rien n’était Plus analogue à l'es

prit inquiet de Philippe, ni plus propre à faciliter l'exécution de ses pro;

d'Albe fut Chargé par le roi d'Esp rager les deux comtes

argent et un concertée , on forma une entreprise pour exécu- gros corps de troupes, La Motte, Gouverneur de ter le même dessein par la force des armes unkerque, vint

; Mais le véritait d'assurer les r'eté, aussitôt qu'ils se dre les armes 1,

entrevues et messages entr lisabeth en fut informée ;

Vait aucun soupçon de leurs véritables desseins,

pisme, l'opposition à la cou Qu'on ne peut refuser aux malheurs des persOnnes illustres , les avaient entraînés dans différens Complots pour Ja délivrance de la reine d'Écosse, Malgré toute la vigilance des gardiens de Marie, ils entretenaient avec elle une étroite

Correspondance, et ils Jui Communiquaient tous leurs desseins 1, Ils étaient ini

Couverts, leur firent

empêchèrent d'obéir.

Ils reçurent une seconde sommation et dans des

termes plus précis. Ils ne pouvaient plus alors éluder les ordres de la rei

serment de fidélité; et « i

le temps de délibérer, ils prirent aussitôt le parti de lever l’étendard de la rébellion contre leur souveraine. Le rétablissement de la religion catholique, le règlement de l’ordre de succession au trône d'Angleterre, et la défense de l'an-

! Carte, vol. I, 489, 490. Camd., 421,

cienne noblesse, furent les motifs qu'ils publiérent pour justifier leur rébellion !. La popujace en foule, armée de tout ce qu’elle avait pu rencontrer, venait les joindre ; et si la capacité des chefs avait été en quelque sorte proportionnée à l'entreprise, le complot devenait formidable. Élisabeth se conduisit avec prudence et avec vigueur, ses sujets la servirent avec ardeur et fidélité. An premier bruit du soulèvement, Marie fut transférée à Coventry, place forte, et qui ne pouvait être prise que par un siége en règle. Un détachement des rebelles, qui vint pour s'en emparer, s'en retourna Sans avoir remporté aucun avantage. On assembla des troupes dans les différentes parties du royaume, on les fit marcher aux rebelles, qui se retirèrent aux approches de l'armée de la reine. La consternation fut générale dans l'armée des mécontenus: plusieurs se débandèrent dans la retraite. Quelques-uns réduits au désespoir, et ne sachant où se retirer, se tinrent encore réunis dans les montagnes de Northumberland. Mais ils furent à la fin obligés de se disperser, et leurs chefs allèrent se réfugier vers les frontières de l'Écosse. Les deux comtes ct la comtesse de Northumberland, après avoir erré pendant quelques jours dans les landes de Liddisdale, furent attaqués par des bandits qui les dépouillèrent de tout , et qui les laissèrent exposés aux rigueurs de la saison, manquant de toutes les choses nécessaires à la vie. Scott de Buccleugh et Ker de Ferniherst donnèrent asile au comte de Westmorland , qui, après être resté caché chez eux pendant quelque t:mps, fut conduit dans les Pays-Bas. Northumberland fut pris par le régent, qui s'était avancé vers les frontières avec quelques troupes, pour empêcher que les rebelles ne fissent soulever les peuples remuans de ces provinces 2.

Au milieu de ces événemens extraordinaires, j'ai perdu de vue depuis deu. ans les affaires de l'église. Le clergé tenait régulièrement ses assemblées; mais on n'y traitait aucune affaire d'importance. Le clergé protestant augmentait tous les jours, et on apercevait ainsi de plus en plus l'insuffisance des fonds destinés pour son entretien, On fit quelques efforts pour recouvrer l'ancien patrimoine de l'église, ou tout au

* Strype, vol. 1, 647. — * Cabbala, 171. Camd. 422.

moins ce qui avait été possédé par les papistes, gens désormais devenus inutiles et même à charge à la nation. Le régent recevait avec bonté les adresses et les plaintes des protestans; traitement bien différent de celui qu'ils avaient éprouvé jusqu'alors; mais on n’apportait point au mal les remèdes convenables. Le clergé pro-, testant , opprimé à l'excès, réduit à la derniére misère, n'obtenait pour toute consolation dans ses malheurs que des paroles honnêtes et des

promesses vagues et sans effet 1.

Cependant Élisabeth commençait à apercevoir les inconvéniens de la détention de la reine d'Écosse. Un prisonnier de cette importance lui paraissait un poids dangereux. Elle avait vu les premières années de son règne troublées par des conspirations secrètes de quelques nobles; d'autres avaient leve i'ctendard de la rébellion, et elle accusait avec quelque fondement Marie d'être le mobile caché de ces événemens. Élisabeth savait que parmi ses propres sujets, les uns favorisaient la reine captive; les autres étaient touchés de compassion de ses malheurs, et que les princes étrangers s’intéressaient fortement pour elle; elle prévoyait que si vou lait retenir plus long-temps la reine d'Étusse en Angleterre, elle fournirait des prétextes à des cabales et à des soulèvemens dans l’intérieur, et qu'elle s'exposerait à des entreprises et à des hostilités du dehors. Elle se détermina, par ces considérations, à remettre la reine d'Écosse entre

les mains du régent, qui, pour sa propre sûreté, À

n'étaii pas moins intéressé qu'Élisabeth à emptcher Marie de remonter sur le trône. On entama la négociation à cet effet; elle fut suivie pendant quelque temps dans le plus grand secret, mais on ne put la dérober à la vigilance de l’évèque de Ross. L'évèque se joignit aux ambassadeurs de France et d'Espagne. Ils firent de concert les remontrances les plus vives sur l'infamie de ce procédé. Ils représentèrent qu'Élisabetk,, livrant la reine à ses sujets rebelles, voulait apparemment de sa propre autorité la condamner à mort, Ces démarches occasionèrent un déki, et l'assassinat du régent fit perdre les idées de cet indigne projet ?.

Hamilton de Bothwellhaugh fut l'instrument

1 Cald., vol, 11, 90, etc. — * Carte, vol. dl, 401. Anders., vol. IL, 84.

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[1569] par les papistes, iles et même à cevait avec bonté protestans; traiui qu’ils avaient n'apportait point s. Le clergé prouit à la derniére consolation dans honnêtes ‘et des

nçait à apercevoir tion de la reine te importance lui . Elle avait vu les ne troublées par quelques-nobles; d de la rébellion, fondement Marie syénemens. Élisaropres sujets, les ptive; les autres de ses malheurs, ’intéressaient forait que sir:!2 Vou reine d’Étusse en s prétextes à des Jans l’intérieur, et treprises et à des étermina, par ces sine d'Écosse entre sa propre sûreté, ‘Élisabeth à empêtrône. On entama fut suivie pendant grand secret, mais ilance de l’évèque aux ambassadeurs rent de concert les sur l'infamie de ct Élisabeth, livrant , Voulait apparemla condamner à k onèrent un délai, erdre les idées de

h fut l'instrument

Carte, vol. Il, 40!

l'avons déjà dit, condamné à mort aussitôt après la bataille de Lan Sside, et il ne devait la vie qu’à la clémence du régent, qui cexendant avait donné à un de ses favoris une parie des biens Cet homme s'était emparé de la Maison où résidait ordinairement Hamilton , en avait chassé sa femme après l'avoir fait dépouiller et l'avoir laissée ainsi exposée toute nue en pleine Campagne pendant une nuit très froide : ce cruel traitement lui fit perdre l'esprit, et on la trouva: le lendemain matin attaquée d’un accès de folie et de fureur. Hamilton vivement touché de cette qu'il avait reçus du régent, et il jura dès ce moment qu'il se venferait de cet affront sur la personne même du répent. La rage de parti se mêla au ressentiment l'enflamma et lui donna de nouvelles forces. Les Hamilton, ses Parens, applaudirent à son projet. Les mœurs de ce siècle autorisaient La fureur et le désespoir question de se venger. Hamilton suivit le régent pendant quelque temps, épiant une occasion favorable pour frapper le Coup. À la fin il se détermina à l’attendre à Linlithgow, par où le régent devait Passer en aflant de Stirling à Édimbourg. 11 prend son poste dans une galerie de bois qui avait une fenêtre sur la rue,

il répand la plume d’un lit sur le-plancher pour pourrait faire en mar- Chant, il tend derrière lui un morceau de drap noir pour empêcher que du dehors on ne pôt apercevoir le reflet de son ombre, et après tous ces préparatifs, il attend tranquillement le pas-

indignité oublia les bienfaits

de ses injures personnelles,

lorsqu'il était

tmpêcher le bruit qu'il

sage du régent, qui, cette même nuit, avait couché dans une maison Peu éloignée de cet endroit. Le régent avait eu quelque vent du danger qui le menaçait, et il Y avait fait assez d'attention pour se déterminer à se détourner de son chemin, à sortir par la même porte par laquelle il était arrivé, et à faire en dehors le tour de la Ville. Cependant comme il ÿ avait un grand con- Cours de peuple aux environs de cette porte, et que Murray était d'ailleurs inaccessible à la peur, il prit le chemin droit le long de la rue. La foule l'obligeait de marcher si lentement que l’assassin eut tout le temps d'ajuster son Coup, et de le viser si bien » Que d’une seule balle il lui perça le bas-ventre, et tua le cheval d'un gentilhomme qui était auprès de lui du côté opposé, Toute la COR

foncer la porte de ja maison d'où l'on avait vu partir le coup, mais ils la trouvèrent tellement barricadée, qu'avant qu'ils eussent pu la forcer, Hamilton avait eu le temps de monter sur un cheval de course qu'on lui tenait prêt à une porte de derrière, et de s'enfuir avec tant de vitesse qu’en peu d'heures il fut à l'abri de leurs

poursuites. Le régent mourut le même jour de sa blessure,

Aucun les suffrages et les récits des hi

variées. Personne

la science militaire, la Sagacité et la vigueur dans l’administration même conviennent qu’il possédait ces qualités dans le plus haut degré. Quant à ses vertus morales , elles ne se présentent pas avec la même évidence. On ne peut, sur ce point, le louer ou le blâmer qu'avec beaucoup de :éserve et de discernement. Dans un siècle barbare, il savait user de la victoire avec humanité, traiter les vaincus avec modération. Il osa se déclarer protecteur des lettres parmi des nobles guerriers qui n’en avaient aucune Connaissance ou qui les méprisaient. Il parvint à se distinguer par son zèle pour la religion, dans un temps où tout le monde se piquait de cette vertu, La confiance qu’il avait en ses amis était portée à l'excès, mais Sa libéralité envers eux était encore supérieure, et sur cet article, il ne connaissait point de bornes. Plein d'amour Pour la liberté de son Pays, sans égard pour ses propres intérêts, il s’Opposa avec Courage au système pernicieux que la reine-mère avait adonté à l'instigation des princes lorrains. Lorsque Marie revint en Écosse, le régent la servit avec zèle et avec affection, et il reronça pour elle à l'amitié de ceux sur qui il pouvait le plus compter, et qui lui avaient donné les plus grandes marques d'attachement. Mais d'un autre côté, dévoré d’une ambition immodérée, il saisit toutes les occasions qui donnaient carrière à ses vastes projets, qui flattaient son genie entreprenant, et il se Jaissa entraîner à des démarches incompatibles avec les devoirs d’un sujet. Les traitemens qu’il fit à la reine sa sœur, à qui il avait les plus grandes obligations, déshonorent un frère, et ke rendent coupablesde

la plus noire ingratitude. Il mit l'Écosse dans la dépendance d'Élisabeth, et ikdevint par-là odieux à la nation. Il trompa et trahit Norfolk avee une bassesse indigne d’un homme d'honneur. Porté à un degré d’élévation bien supérieur à tout ce qu'il pouvait espérer, il se livra à des passions nouvelles, il devint. haut et réservé, il quitta son. air brusque, son caractère de franchise, et ik força son naturel pour affecter les talens de la finesse et de la dissimulation. Vers la fin de ses jours , follement entêté.des flatteurs, i! écoutait impatiemment ceux qui lui. donnaient des avis. Ses créatures, en nourrissant sa vanité, l’entrainèrent à sa perte pendant. que ses véritables amis , se tenant à l'écart, apercevaient avec. dou-

leur sa chute prochaine. Cependant au milieu des troubles et des factions, pendant que toute l'Écosse était encombustion, le comte de Murray donnait des soins particuliers à l'administration de la justice : illa rendait sans partialité ; il vint à bout par son courage de réprimer la licence des habitans des frontières; il établit dans son pays un ordre et une tranquillité qui n’y étaient point ordinaires. Cette sagesse dans son gouvernement, ces bienfaits envers sa patrie, lui concilièrent l'affection des peuples; sa mémoire fut long-temps en vénération dans toute l'Écosse ; on sezappelait avec satisfaction le souvenir du bon régent, titre honorableque le peuple lui donna, tribut de la reconnaissance de ses concitoyens,

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