LIVRE SIXIÈME
Le coup fatal et imprévu qui avait tranché:
les jours et les espérances du régent jeta les. partisans du roi dans la plus grande consterna-
gent., ces hommes n'auraient point formé une entreprise aussi téméraire, et ils ne s’y seraient point hasardés immédiatement après sa mort,
Murray comme un des plus grands malheurs | qui pût arriver à son royaume. Elle exprimapu- | bliquement ses regrets, elle se livra à une douleur immodérée et peu convenable à la dignité | du trône. Les partisans de Marie triomphaient; | ils se croyaient désormais assurés du rétablissement de la reine, ils l’apercevaient mème comme | très prochain. L’horreur d'un crime tombe na- | turellement sur ceux qui paraissent l'avouer par | des transports de joie indécens. L'assassin s'était | sauvé sur un cheval qui appartenait au lord Claude Hamilton; il s’était réfugié directement | à Hamilton; il y avait été reçu comme en triom- | plie. Ces circonstances firent juger que le régent avait plutôt été sacrifié au ressentiment du parti de la reine qu’à la vengeance d’un particulier. Le lendemain de l'assassinat du régent, Scott de Buccleugh et Ker de Ferniherst, l’un et l’autre passionnés pour la cause de la reine, firent une irruption en Angleterre, surprirent les habitans, qui ne s’attendaient point à cette insulte, pillè- -rent et brûlèrent tout le pays. Du vivant du ré- |
tion. Élisabeth regarda la mort du comte de | s'ils n'avaient pas été complices du crime.
Ce procédé injuste et barbare ne fut pas le seul de cette espèce. L'anarchie, qui suivit la
| mort du régent, ouvrit la porte à une licence
effrénée. Le désordre et la confusion , répandus dans tout le royaume, inspiraient de l'audace ; on se croyait sûr de l'impunité, on se portait à toutes sortes d’excès. Il était impossible de les réprimer sans régler la forme du gouvernement. On convoqua une assemblée extraordinaire des nobles pour pracéder à l’élection d’un régent. Les partisans dela reine refusèrent de s’y rendre , et protestèrent d'avance contre tout ce qui y serait décidé. Le parti du roi flottait dans l’incertitude, et les sentimens y étaient partagés. Maitland , qui avait obtenu sa liberté par les soins de Kirkaldy, et qui venait d’être déchargé par les nobles alors assemblés de laccusation qu'on avait portée contre lui, travaillait à réunir les deux partis, et proposait que la reine fût admise à l'administration du gouvernement , conjointement avec le roi son fils. Élisabeth, toujours attachée à son ancien système par rapport
aux 4 tation multi] rajent nouve Écosse pareils tré les les aut qu'il n tenir le sans av pour le partis { Cepe naïissaie naient t bonne i engagè à se tre termine uns den comme | publique roi comr vait ni k Chacun « vouloir s sans auc Des espé rent plus voyé de F roi sonm:
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1 Appeni, Calderw, 1, 1
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aux affaires de l'Écosse, insensible aux sobici- [ ne point différer à
tations des amis de Marie 1, ne songeait qu’à
multiplier et à perpétuer les factions qui déchi:
raient ce royaume. Aussitôt qu'elle eut reçu la nouvelle de la mort du régent ; elle dépécha en
Écosse Randolph, son agent ordinaire pour de
pareils messages, Il y trouva tant d’aigreur en:
tré les partis, les nobles animés les uns contre les autres d'une hainé tellement irréconciliable, qu’il n’eut pas besoin de ses taléns pour ÿ entre: tenir le feu de la discorde, L'assemblée sé sépara sans avoir rien fait, et on en indiqué üné autre pour le 1° mai, où tous les nobles des déux
partis furent invités 2.
Cependant Maitland et Kirkaldy, qui recon:
naissaient encore alors l'autorité da roi ; Se doñnaient tous les soins imaginables pour rétablir la bonne intelligence entre leurs concitoyens. Is engagèrent à cet effet les chefs dés deux partis à se trouver à une conférence, et à tâcher d'y terminer leurs différends à Famiable. Mais Jes uns demandaient le rétablissement dé la reine comme le seul moyen de ramener Ja tranquillité publique ; les autres regardaïent l'autorité du roi comme sacrée, et Prétendaient qu'on ne des vait ni là révoquer en doute ni la restreindre. Chacun demeurant ferme dans son opinion sans vouloir se relâcher sur aucun point ; on se sépart
sans aucune apparence de Pouvoir se réunit.
Des espérances de secours du dehors éloigné.
rent plus que jamais toute réconciliation, Un: en voyé de France arriva, annonçant de là part du roi son maître aux partisans de la reine une forte assis{anee; et comme les guerres civiles de France étaient sur le point d'être terminées par un träîté, on jugeait que Charles serait bientôt en état de tenir ses promesses. D'un autre côté, le comte de Sussex rassemblait sur les frontières une are mée formidable, et ses Opérations ne pouvaient Pas manquer de donner du courage'et de la force aw parti du roi 8,
Cependant les démarches inutiles qu’on avait faites pour une réunion servirent au moins à mo: dérer ou à suspendre la fureur des factions : elles recommencèrent bientôt aveë leur’ violénce ordinaire, Morton, le chef le plus habile et le plus actif du côté du roi, pressait Élisabeth dé’
! Appenu, , n° ], 1 et suiv. — *Grawf., Mém., 131. Calderw, 11, 167, — & Grawf, Mém:, 134,
s'intéresser pour un parti si | dévoué à ses intérêts, et qui avait un besoin si | réel de son assistance. Les chefs du parti de la | r'éine, assemblés à Linlithgow , marchérent à | Édimbourg , et Kirkaldy, gouverneur du ch4: (eau, et en même temps prévôt de la ville, per: suada, quoique avec peine; aux habitans de leur ouvrir les portes, Kirkaldy se déclara alors ouvertement pour là reine, ainsi que le comte -d’Atholle et Maitland, Le duc de Chatellerauit et le lord Herreis, qui étaient redevables de leur liberté à Kirkaldy, se joignirent à eux » t r'eprirent les places qu'ils avaient anciennement occupées dans ce parti, Les chefs, encouragés par l'acquisition de Personnages également recommandables par l'éclat de leur naissance et par leurs grands talens, publièrent une proclamation dans laquelle ils proclamaient leur intention de soutenir l'antorité de la reine; ils y paraïssaient aussi déterminés à ne point quitter la ville d'Édimbourg Jusqu'à l'ouverture de la prochaine assemblée, dans laquelle ils se flattaient d'avoir pour eux , par leur nombre et par leur crédit, la pluralité des voix 1.
HS avaient , dans Je même temps, formé le dessein d'allumer la guerre entre les deux royaumes d'Angleterre et d'Écosse, et de réveiller l'ancienne antipathie des deux nations, Ils espéraient non - seulement d'enlever au parti du roi une alliance très avantageuse, mais même de réconcilier avec la nation lareine d'Écosse; rivale naturelle d'Élisabeth, et la plus dangereuse qu’elle pût avoir. Immédiatement après l’assas- Sinat du régent, ils commencèrent leurs menées pour l'exécution de leurs projets. Ce fut à leur instigation que Scott et Ker commirent les prémières hostilités * Et Continuèrent dans la suite à étendre leurs déprédations. Élisabeth apercevait d’un côté les Conséquences dangereuses de
ces premiers Mouvemens ; si on les laissait dévenir querelles nationales; d'un autre côté, elle était déterminée à ne point souffris que sous son règne des insultes de cette espèce restassent impunies 2, Elle publia en conséquence, par une proclamation, qu'elle d'imputait point àla nation écossaise les outrages' que ses sujets avaient reus; qu’ils ne pouvaient provenir que de per:
sommes malintentionnées, gens réduits au déses-
1Grawf, Mém., 137 CatB EF. I, 176 — * bi.
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poir ; qu'elle était dans la ferme résolution d'entretenir inviolabiement la bonne amitié et la bonne intelligence avec la nation écossaise;
mais que ses devoirs envers ses propres sujets
la mettaient dans l'obligation de châtier l'inso-
lence de ces malfaiteurs 1. Sussex et Scroop mar-
chérent en conséquence vers les frontières, l'un
au levant, l'autre du côté du couchant, entrèrent
en Écosse et portèrent le fer et le feu dans tous
les pays des environs 2. La renommée enfla le
nombre et les succès de leurs armées, et les
adhérens de Marie se retirèrent à Linlithgow,
ne se croyant pas en sûreté dans Édimbourg,
dont ils savaient que les habitans étaient malin-
tentionnés pour le parti de la reine. Îls publiè-
rent ensuite une proclamation dans laquelle ils
avançaient qu'on ne devait point reconnaître d'autre autorité que celle de lareine , faisant dé-
fense d'obéir à d'autres qu'au duc d’Argyll ou
au comte de Huntly, que Marie avait nommés ses lieutenans dans le royaume.
La défection de tant de nobles avait affaibli considérablement le parti du roi. Cependant ceux qui lui étaient restés fidèles s'assemblèrent à Édimbourg, et par une contre-proclamation déclarérent ennemis de la patrie tous ceux qui étaient attachés à la reine, les accusant en mème temps et du meurtre du roi et de celui du régent. Cependant ils ne comptaient pas encore assez sur leurs propres forces pour hasarder l'élection d’un régent, ni pour oser tenir la campagne contre le parti de la reine, mais les secours qu'ils reçurent d'Élisabeth les mirent bientôt en état de tout entreprendre. Élisabeth fit marcher er Écossele chevalier Guillaume Drury, à la tête de mille fantassins et de trois cents chevaux; les partisans du roi le joignirent avec un corps de troupes considérable; et ils s’avancèrent vers Glasgow, où les adhérens de la reine avaient commencé les hostilités par l'attaque du château. Ils les forcèrent de se retirer, pillèrent tous les pays des environs qui appartenaient aux Hamilton ; et après s'être emparés de quelques-uns de leurs châteaux et en avoir rasé quelques autres, ils s'en retournèrent à Édimbourg.
Le comte de Lennox revint er Écosse sous la
protection de Drury. Il était naturel de confier au comte le gouvernement du royaume pendant
1 Cald., 11, 181. — * Cabala, 174
la minorité de son petit-fils. La naissance illustre de Lennox, son alliance avec les familles royales d'Angleterre et d'Écosse, le rendaient digne de cet honneur. Ses ressentimens et sa haine implacable contre Marie, ses biens situés en Angleterre, sa famille qui y faisait sa résidence, le faisaient regarder par Élisabeth comme un homme qui, par inclination et par intérêt, devait agir de concert avec elle, et elle désirait ardemment de le voir succéder au comte de Murray dans l'office de régent. Mais par bien des considérations, Élisabeth jugea qu'elle ferait une imprudence si elle découvrait ses sentimens sur ce point, et si elle favorisait trop ouvertement les prétentions de Lennox à la régence.
Les guerres civiles de France, excitées par un faux zèle de religion et poursuivies avec une barbarie capable de déshonorer des chrétiens, paraissaient viser à leur fin ; et après avoir versé le sang le plus pur, après avoir dévasté les plus riches provinces du royaume, les deux partis paraissaient désirer la paix avec une égale ardeur, et se prêter mutuellement à faciliter les négociations qu’on avait entamées. On connäissait les sentimens de Charles IX pour Marie.
On savait qu'il était passionnément épris de sa beauté. Il ne pouvait pas non plus par honneur laisser languir dans une situation aussi cruelle une reine douairière de France, la plus ancienne alliée de cette couronne, sans essayer de lui procurer quelque soulagement. Charles avait jusqu'alors été obligé de s’en tenir à faire des représentations par ses ambassadeurs au sujet du traitement indigne qu'on faisait à la reine d'Écosse. Mais s'il se trouvait un jour en pleine liberté de suivre son inclination, Élisabeth avait tout à craindre de l'impétuosité de Charles et de la force de ses armes. Elle était donc obligée d'agir avec beaucoup de réserve, et de ne point appuyer ouvertement l'élection d’un régent au mépris de l'autorité de Marie. La jalousie et les préjugés des Écossais ne demandaient pas moins de ménagemens de la part de la reine d’Angleterre. Si elle avait soutenu ouvertement les prétentions de Lennox, si elle l'avait recommandé à la convention comme le candidat à qui elle donnait son suffrage, elle aurait pu soulever l'esprit d'indépendance des nobles; et en déclarant trop ouvertement ses inte ‘us, elle pouvait gâter les affaires de Lenne. ie prit donc
contr l'auto respel ses pr l'églis quepr démar elle p:
soupe.
faveur doutes royaur crédit à lefo protect ragea à hasard nox co plus ce semblé.
12 juill comte « Le p l'assemi roi avai ensuite Marie d: il força rendre ; de plusi succès € les fron dépossé, taire, et
1 Spots
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des partisans du roi. Cependant on obtint à la fin une déclaration plus précise de ses sentimens, et un événement d’une espèce fort extraordipaire y donna occasion, Le pape Pie V fulmina une bulle d’excommunication contre Élisabeth, dans laquelle il la privait de son royaume, et déliait ses sujets du serment de fidélité. Un An- Blais, nommé Felton, eut la hardiesse d'afficher
cétte bulle aux portes du palais de l'évêque de :
Londres. Dans les siècles précédens , un pape, remué par son ambition, par son orgueil ou par un faux zèle, rendait de ces sentences fatales contre les plus grands monarques; mais comme l'autorité de la cour deRome étaitalors bien moins respectée, ellemettait plus de circonspection dans
ses procédés, et ne faisait gronder les foudres de :
l’église que lorsqu'elle était appuyée par quelqueprince puissant. Élisabeth attribua donc cette démarche du pape à une ligue formée contre elle par les princes catholiques romains, et elle SOupÇonna en même temps quelque complot en faveur de la reine d'Écosse. Elle sentit que, si ses doutes étaient fondés, la sûreté de son propre royaume dépendait de la conservation de son crédit en Écosse, Elle s'attacha en Conséquence à lefortifier, Elle renouvela les assurances de sa protection aux partisans du roi , elle les encouragea à procéder à l'élection d’un régent, elle se hasarda même à leur désigner le comte de Lennox comme celui dont les droits étaient les plus certains. Sur cette recommandation , l’assemblée des nobles du parti du roi qui se tint le 12 juillet, accorda tout d’une voix la régence au comte de Lennox 1.
Le premier soin du régent fut d'empêcher l'assemblée du parlement, que les partisans du roi avaient convoqué à Linlithgow. 11 marcha ensuite contre le comte de Huntly, lieutenant de Marie dans la partie septentrionale du royaume, il força la garnison placée dans Brechin de se | rendre à discrétion, et il s'empara aussitôt après | de plusieurs autres châteaux. Encouragé par ces succès et par l'arrivée du comte de Sussex sur les frontières avec une armée formidable , il déposséda Maitland de son office de secrétaire, et il déclara parune proclamation le duc |
© Spots. 240. Cald., 11, 186. Append., n° XXX VI. |
le parti de dissimuler, et elle ne rendit que des réponses ambiguës aux messages qu’elle reçut
de Chatellerauit , Huntly et les autres chefs du parti de la reine, traîtres et ennemis de Ja patrie t,
Les partisans de la reine , dans cet état désespéré de leurs affaires , eurent recours au roi d'Espagne 2? , avec qui Marie avait toujours entretenu une étroite Correspondance depuis qu’elle était prisonnière en Angleterre. Le duc d’Albe , à leur sollicitation, envoya deux de ses officiers pour prendre Connaissance du pays ;
Pour examiner les côtes et les ports, et il leur accorda quelques secours d'armes et d'argent , qui furent envoyés au comte de Huntly 3. Mais cette assistance, si disproportionnée à leurs be
soins, aurait été pour eux d’une faible ressource.
Ils durent leur salut à un traité qu'Élisabeth né-
gociait pour rétablir, disait-elle, la reine captive
sur le trône d'Écosse. Cette négociation avait été entamée dans le mois de mai, mais depuis ce temps elle avait fait peu de progrès. La paix conclue en France entre les catholiques romains et les huguenots, la crainte de voir Charles IX prendre avec chaleur les intérêts de la reine sa belle-sœur, redoublèrent les intrigues d’Élisabeth. Elle affecta de traiter sa prisonnière avec plus d'humanité, elle donnait des audiences plus favorables aux ambassadeurs étrangers qui la sollicitaient en faveur de la reine d'Écosse, et elle paraissait absolument déterminée à la rétablir sur letrône de ses ancètres. Élisabeth, pour achever de donner à ses démarches un air de sincérité , travailla à procurer une suspension d'armes en Écosse entre les deux partis. Lennox, toujours heureux depuis qu'il avait pris le timon des affaires, se flattait de triompher sans peine de tous ses ennemis, dont les biens étaient dévastés et les troupes découragées. Il refusa par cette raison, pendant quelque temps, de se préter aux vues d’Élisabeth. Mais il aperçut bientôt le danger et les inconvéniens de vouloir s'opposer aux volontés de sa protectrice. On convint d'une cessation de toutes hostilités pendant deux mois , à commencer du 3 septembre ; elle fut depuis renouvelée de temps en temps et continuée jusqu'au 1% avril de l'anrée suivante 4,
Élisabeth dépécha aussitôt vers la reine d'É-
‘ Append., n° 111,—* Grawf., Mém. , 159. Cald., 11, 198. — 5 Anders., 11, 123. Grawf, Mém, 153. — ‘Anders. , 123, Grawf. » Mém., 153.
cosse, Cecil et le chevalier Walter Mildmay, l'un premier ministre, l'autre chancelier de l’échiquier, et le plus habile homme qu’elle eût alors dans son conseil, L'importance et la dignité de ces ambassadeurs persuadèrent à toutes les par- * ties que la négociation était sérieuse; on crut voir approcher le moment dela liberté de Marie. Les propositions dont ils étaient chargés étaient avantageuses à Élisabeth , mais telles que Marie pouvait les espérer dans la situation où elle se trouvait. On demandait à la reine d'Écosse qu'elle ratifiât le traité d'Édimbourg; qu'elle renoncât à toutes prétentions à la couronne d'Angleterre, du vivant d'Élisabeth, et tant que sa postérité subsisterait ; qu'elle adhérât à l'alliance formée entre les deux royaumes; qu’elle pardonnât à ses sujets qui avaient pris les armes contre elle, et qu'elle s'engageat à n'entretenir aucune corres-
pondance, et à ne soutenir aucune entreprise
qui pôt troubler le gouvernement d’Élisabeth. Ces articles étaient les principaux; on exigeait, pour la sûreté de l'exécution , que quelques personnes de rang fussent données en otages, que Je prince d'Écosse fit sa résidence en Angleterre, et que quelques châteaux sur les frontières fussent remis entre les mains d’Élisabeth. Marie accepta une partie de ces propositions ; elle essaya d'obtenir des adoucissemens sur quelques points; elle aurait bien voulu en éluder quelques autres. Cependant elle envoya des copies au pape, aux rois de France et d'Espagne, et au duc d’Albe, en leur faisant observer que sans un secours prompt ct efficace elle se trouverait obligée de souscrire à des conditions aussi dures, et d'acheter sa liberté à quelque prix que ce fût. Mais le pape était un allié faible et éloigné, et les efforts qu'il avait faits contre les Turcs avaient totalement épuisé ses trésors, Charles roulait déjà dans sa tête cette fameuse conspiration contre les huguenots, ce projet exécrable qui imprima sur son règne une note d'infamie et d'horreur. Il avait besoin de repos et d’une parfaite tranquillité paur laisser mûrir ses desseins et en assurer l’exécution. Le roi d'Espagne était occupé des préparatifs de cette flotte qui fit un si grand renom aux armes des chrétiens, par la victoire signalée qu'ils remportèrent à Lépante sur les infidèles. Ce prince était d’ailleurs menacé d’un soulèvement des Mores en Espagne, et sessujets des Pays-Bas, poussés à
bout par les indignités qu'on leur faisait souffrir et par la tyrannie du joug espagnol , avaient enfin levé l'étendard de la rébellion. Tous ces princes, par ces différens motifs, déclarèrent à Marie qu'ils ne nouvaient lui donner aucun secours, et qu'ils lui conseillaient de conclure son traité aux meilleures conditions qu’elle pourrait se procurer !.
Marie, en conséquence, accorda presquetoutes les demandes d'Élisabeth, et montra de la disposition à avoir encore sur les autres points beaucoup de complaisance. Mais à quelqrs degré que Marie edt porté la condescendance, elle n'aurait jamais pu satisfaire Élisaseth. Malgré les protestations que la reine d'Angleterre faisait aux ambassadeurs étrangers de la pureté des ses intentions , malgré tout l'appareil qu’elle mettait dans ces négociations , son seul objet était d'amuser les alliés de Marie et de gagner du temps?. Et en effet Élisabeth pouvait-elle avec sûreté relâcher une reine qui était venue lui demander un asile, et qu'elle avait, contre le droit des gens, traitée depuis si long-temps avec tant d'inhumanité? Marie, dans les rigueurs de la captivité, était venue à bout d'exciter en Angleterre des soulèvemens formidables; que n’avaiton point à craindre des effets de son désespoir et de son ressentiment lorsqu'elle serait en liberté et en possession de son ancienne autorité? Quels engagemens assez forts pouvait-on lui faire contracter pour l'empêcher de tirer vengeance des maux qu’elle avait soufferts, et de saisir les occasions favorables qui pouvaient très naturellement se présenter ? Quelles sûretés pouvait-elle donner, quelles assurances de sa conduite à venir qui fussent capables de calmer ces soupçons et ces craintes? N'avait-on donc pas raison de conclure que tous les bienfaits dont on pourrait la combler ne lui feraient jamais perdre le souvenir des injures passées? Tels étaient les raisonnemens d'Élisabeth , qui néanmoins continuait à dissimuler et à agir comme si ses vues avaient été tout-à-fait différentes. Elle nomma sept de ses conseillers privés commissaires à l'effet de rédiger les articles du traité : et comme Marie avait déjà désigné pour ses am bassadeurs les évêques de Ross et de Galloway,
1 Anders., vol. 111, 109, 120. — * Digges, Comp, Amb., 78.
parti traite cèren pouv sujet:
les ac volon autre royale Quan sédait d'insti qu'ils autori:
ment à même n'était nemen à-vis d roi étai sabeth.
vait s’y britapr “cer les ton, el leur pi à prenc Élisabe ment u regarde insurmc
‘ Cald.
faisait souffrir gnol , avaient lion. Tous ces , déclarèrent à nner aucun scle conclure son qu’elle pourrait
\presquetoutes ntra de la disautres points à quelqre descendance, elle saveth. Malgré ngleterre faisait a pureté des ses l qu’elle mettait objet était d'agner du temps?.
lle avec sûreté 1e lui demander tre le droit des emps avec tant rigueurs de la citer en Anglees; que n'avait le son désespoir elle serait en liienne autorité?
pouvait-on lui r de tirer vensoufferts, et de ii pouvaient très Iles sûretés pouances de sa conles de calmer ces ait-on donc pas s bienfaits dont feraient jamais s passées? Tels ibeth, qui néanà agir commeii différentes. Elle privés commis:
rticles du traité:
gné pour ses amet de Galloway,
- “Digges, Comp,
cer les commissaires du roi à parler sur un autre
el le lord Levingston, Élisabeth demanda au régent d'autoriser de son côté des personnes pour comparaître au nom du roi et plaider sa cause, Le comte de Morton, Pitcairn, abbé de Dunfermling, et le chevalier Jacques Macgill, furent choisis par le régent pour cette commission. Ils furent si long-temps à faire les préparatifs de leur voyage qu'Élisabeth elle -même n'aurait pas pu désirer un plus long délai. À la fin ils arrivèrent à Londres, et ils s’assemblèrent avec les commissaires des deux reines. Les am: bassadeurs de Marie parurent très disposés à consentir à tout, et à lever tous les obstacles qui pourraient se rencontrer à la délivrance de leur maîtresse, Mais lorsque Morton et ses collègues furent appelés pour rendre raison de leur conduite, et pour exposer les sentimens de leur parti, ils entreprirent d'abord de justifier le traitement qu'ils avaient fait à ja reine. Ils avancèrent à ce sujet des maximes si fortes sur le pouvoir limité des princes, sur le droit que des sujets devaient naturellement avoir de censurer les actions du prince, et même de s'opposer à ses volontés, qu'Élisabeth, plus entètée qu'aucun autre souverain des prérogatives de l'autorité royale, fut extrémement choquée de leur audace. Quant à l'autorité que le jeune roi d'Écosse possédait alors, ils déclarèrent qu'ils n'avaient point d'instructions à ce sujet, et que toutes celles qu’ils pourraient recevoir dans la suite ne les autoriseraient jamais à donner leur consentement à aucun traité qui tendrait à la détruire ou même à lui donner la moindre atteinte 1. Rien n'était plus trivial et plus ridicule que ce raisonnement des commissaires du roi d'Écosse visà-vis de la reine d'Angleterre. Le parti du jeune roi était absolument dans la dépendance d'Élisabeth. Elle l'avait placé sur le trône, il ne pouvait s’ymaintenir que par l'autorité de sa majesté britannique. Élisabeth pouvait trèsaisément for-
craindre de la part du roi de France , qui n'avait pas montré pour les intérêts de Marie autant d’ardeur qu’on l'avait présumé. La réponse de Morton fournissait à la reine d'Angleterre un prétexte de suspendre la négociation jusqu'à ce que le régent eût envoyé de plus amples instructions à ses ambassadeurs. Marie se vit ainsi frustrée de toute espérance de recouvrer sa liberté, après avoir été amusée pendant dix mois; et cette reine infortunée fut resserrée plus étroitement que jamais, Cependant ceux de ses sujets qui lui étaient restés attachés se trouvaient sans alliés, sans protecteur, exposés à toute la rage de leurs ennemis, devenus encore plus insolens par les avantages qu'ils avaient remportés dans cette négociation 1,
Le lendemain de l'expiration de la trève , qui de part et d'autre avait été peu exactement observée, le capitaine Crawford de Jordanhill, brave officier, homme entreprenant, surprit le château de Dunbarton, et rendit, par cette expédition , un service signalé au régent, Ce chteau était la seule place fortifiée qui fût restée en la possession de la reine depuis le commencement des guerres civiles. Sa situation, au milieu d'une plaine, sur la cime d'un roc d’une hauteur prodigieuse et presque inaccessible, le rendait extrêmement fort, et dans ce siècle il passait pour imprenable. 11 commandait sur la rivière de Clyde, et il était par cette raison regardé comme une place très importante et la plus propre à l'abord des troupes étrangères qui pouvaient venir au secours de Marie. Le lord Fleming, gouverneur de ce château, se reposant trop sur les avantages de sa situation, y vivait avec plus de sécurité qu’il ne convenait dans une place de cette importance, Un soldat, qui avait servi dans sa garnison, et qu'il avait dégoûté par quelque mauvais traitement, proposa au régent le plan de l'entreprise, s’efforça de lui prouver qu’elle était praticable, et offrit même de marcher au premier rang avec ceux qui seraient commandés pour l'expédition. On Jugea qu’il était à propos de risquer quelque chose pour une prise de cette importance. On se munit d'échelles pour escalader, ainsi que de toutes les autres choses nécessaires; et ces préparatifs se firent avec promptitude et dans
ton, et quelques conditions qu’elle eût voulu leur prescrire, ils n'avaient point d’autre parti à prendre que celui de la soumission. Cependant Élisabeth jugea à propos de faire de cet événement une affaire d'importance, et d’affecter de regarder cette déclaration comme une difficulté insurmontable. Elle voyait qu’elle n'avait rien à
Cald., 11, 234, Digges, 51, Haynes, 523, 624, ! Anders. , Ill, 91, etc,
le plus grand secret. On avait eu soin de s’emparer de touies les avenues du château pour empêcher que le gouverneur né pôt avoir vent du projet. Sur le soir, Crawford sort de Glasgow âvec une faible escorte, mais composée de gens d'élite et déte:minés. A minuit, ils arrivent au pied du rocher. La lune était retirée, et le ciel, jusqu’à ce moment très serein, était alors obscurci par un brouillard fort épais. Les assaillans dirigèrent leur attaque par l'endroit du roc le plus élevé, persuadés qu'il y aurait moins de monde , et que les sentinelles y seraient moins sur leurs gardes. À peine la première échelle était attachée, quele poids et la vivacité de ceux qui montaient la renversèrent. Aucun des assail- Jans ne fut blessé par la chute; personne de la garnison ne fut éveillé par le bruit. Le guide et Crawford gravirent le roc, et attachèrent l'éshelle aux racines d’un arbre qui avait crû dans une fente. Ils ne gagnèrent cet endroit qu'avec des difficultés incroyables, et ils étaient encore à une grande distance du pied du rempart.
Enfin ils vinrent à bout de placer leurs échelles pour la seconde fois, mais comme ils y montaient et qu’ils avaient déjà fait la moitié du chemin , un accident imprévu les jeta dans un nouvel embarras. Un soldat se trouva mal et resta eomme sans vie, couché sur l'échelle. Toute la “te fut obligée de s'arrêter; il était impossible de lui passer sur le corps, il y aurait eu de la barbarie à le précipiter, et cela aurait pu d’ailleurs les faire découvrir. La présence d'esprit de Crawford les tira de ce mauvais pas. Il fit attacher le soldat fortement à l'échelle, et de manière qu'il ne pût pas tomber s’il revenait de son évanouissement ; il fit ensuite retourner l’échelle et on monta aisément par-dessus le ventre du soldat. Le jour commençait à paraître, et il leur restait encore un rempart à franchir; mais ce dernier obstacle n’était rien au prix de ceux qu'ils avaient déjà surmontés : en un moment le rempart fut escaladé ; une sentinelle aperçut le premier homme qui parut sur le parapet, et elle n'eut que letempsde donner l'alarme avant que de tomber morte d’un coup qu’ellerreçut sur la tête. Les officiers et les soldats de la garnison couraient tout nus et sans armes, plus occupés
à chercher leur salut dans la fuite que capables |
de faire aucune résistance. Les assaillans, jetant de grands cris, s’élancèrent dans la place, pri-
rent possession du magasin, s'emparèrent du canon, et le pointèrent contre l'ennemi. Le lord Fleming monta dans une petite barque, et s'enfuit tout seul dans la province d’Argyll. Crawford, par sa valeur et sa bonne conduite, resta maître du château sans avoir perdu un seul homme, et avec la joie pure et sans mélange de son heureux succès. Parmi les prisonniers qu'on fit dans cette wcasion, les plus distingués étaient lady Fleming; Vérac, ambassadeur de France, et Hamilton, archevèque de Saint- Andrét,
Le respect dù au caractère d’ambassadeur empécha qu'on ne fit subir à Vérac le traitement qu'il méritait par son caractère à susciter des ennemis au roi. Le régent traita lady Fleming avec beaucoup de politesse et d'humanité, Mais on préparait à l’archevèque un sort bien différent. Il fut conduit sous bonne garde à Stirling, et comme il avait été anciennement proscrit par un acte de parlement, il fut, sans autre forme de procès, condamné à être pendu, et quatre jours après la sentence fut exécutée. On voulait essayer de le convainer d'avoir participé au meurtre du roi et à alu du régent, mais on ne put produire aucune preuve de ces accusations. Nos historiens observent que l'archevèque de Saint-André fut le premier dans l'ordre de l'épiscopat qui périt en Écosse par la maia du bourreau. Les places distinguées qu'il avait occupées tant dans l'église que dans l'état auraient dù le garantir d'un supplice qui n’est ordinairement destiné qu'aux plus vils criminels. Mais son zèle pour la reine, ses talens et sa profession, le rendaient également odieux et formidable au parti du roi. Lennox, en particulier, le haïssait comme un homme qui, par ses conseils, soutenait la réputation et le pouvoir de la maison d'Hamilton. On voit ainsi que cette sentence indécente et barbare fut dictée par la rage de parti, et par des inimitiés personnelles, et qu’on avait voulu lui donner quelque apparence de justice en imputant des crimes atroces à cet infortuné prélat.
La perte du château de Dunbarton et le cruel traitement fait à l'archevêque de Saint-André portérent la rage dans le cœur des partisans de
1 Buchan., 394.
la reine plexités toute la peuvent trève, « desærp pour ur tion par nox illég habitan:
d'Édimt suite les clocher ( rempart:
malgré | geois, il capitale, Herreis, se rendir munis d’ qu'ils rec ces remp priser, I Leith!,, Joindre a mité des ches cont nativeme reine n’ét pagne co point une prendre l( Le rég Édimbour mis s’en f objection ( les membr rent dans Canongate et qui en léges et in pre cette a bonne gar On y pass Jand et qu 28 août 3, L'autre | 1 Bourg sit chure de la ri 3 Cald., 1},
parèrent du
emi. Le lord
barque, et ce d'Argyil.
ne conduite, erdu un seul ans mélange prisonniers plus distinambassadeur ue de Saint-
‘ambassadeur rac le traitetère à susci- 1t traita lady sse et d’'hu- ‘chevèque un t sous bonne it été ancienparlement, il , condamné à és la sentence le eut roi et à celu Jduire aucune historiens obt-André fut le pat qui périt au. Les places tant dans l’élù le garantir ement destiné on zèle pour la , le rendaient au parti du roi.
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rton et le cruel de Saint-André les partisans de
la reine et les jetèrent dans de grandes per- | pareil air de régularité à ses procédés, tint ausplexités. Les hostilités recommencèrent avec | sitôt après un parlement. On produisit dans toute la fureur que les malheurs et l’indignation | cette assemblée un acte par lequel la reine dépeuvent inspirer. Kirkaldy, qui, pendant la | clarait l'invalidité de la résignation qu'elle avait trève, avait eu soin de renforcer sa garnison et | faite de la Couronne, et du consentement qu’elle de se pourvoir de toutes les choses nécessaires | avait donné au couronnement de son fils. En pour une bonne défense, publia une proclama- | conséquence de cette déclaration , le parlement tion par laquelle il déclarait l'autorité de Len- | rendit un statut, portant que la résignation nox illégitime et usurpée, et ordonnait à tousles | avait été extorquée par la crainte ; qu'elle était habitans qui favorisaient sa cause de sortir | nulle en elle-même et dans toutes ses conséd'Édimbourg dans six heures. Il désarma en- | quences, et par lequel il était enjoint à tous les suite les habitans, il plaça une batterie sur le | bons sujets de reconnaître la reine seule comme clocher de l'église de Saint-Gilles, il répara les | leur légitime souveraine, et de soutenir tous remparts, il fortifia les portes de la ville; et | ceux qui agissaient en son nom. On confirmait malgré les affections contraires des Édimbour- | par un autre statut l'établissement actuel de la geois, il tint ferme contre le régent dans cette | religion protestante, et à limitation du parti capitale. Le duc de Chatellerault, Huntly, Home, | contraire, on indiqua un autre parlement pour Herreis, et les autres chefs du parti de la reine, | le 26 août 1, se rendirent à Édimbourg avec toute leur suite, Cependant le royaume restait en proie à munis d’un léger subside et quelques munitions | toutes les calamités, à toutes les horreurs de la qu'ils reçurent de France; ils formérent dans | guerre civile. Des compatriotes, des amis, des ces remparts une armée qui n'était point à mé- | frères attachés à des factions différentes, allaient priser. D'un autre côté, Morton s'empara de | d'eux-mêmes se ranger sous les étendards des Leith !, et le fit fortifier, et le régent vint l'y | divers partis, Dans chaque comté, dans presque joindre avec un gros corps de troupes. La proxi- | toutes les villes ou villages, l’xomme du roë, mité des armées donnait lieu à des escarmou- | l'omme de la reine , étaient des noms distincches continuelles, où la fortune favorisait alter- | tifs. La haine politique avait rompu tous les nativement l’un et l’autre parti. Celui de la | liens de la nature, avait éteint cette bienveilreine n’était point assez fort pour tenir la cam- | lance réciproque, cette confiance, qui entretienpagne contre le régent, et ce dernier n'avait | nent l'union parmi les hommes, qui sont l'âme point une assez grande supériorité pour entre- | de la société. Le zèle de religion se mélait à la prendre le siége du château ou de la ville 2. fureur des factions, nourrissait le feu de la dis- Le régent avait convoqué un parlement à corde, et formait un embrasement général, Édimbourg quelque temps avant que les enne- Il n’y avait en apparence que deux partis mis s'en fussent emparés. Pour prévenir toute | dans le royaume. Mais les personnes qui les objection contre la légitimité de cette assemblée, | composaient avaient entre elles des vues et des les membres qui devaient la composer se rendi- | principes si différens, qu’elles formaient encore rent dans une maison à l'entrée du faubourg de | des subdivisions. Les uns , principalement occu- Canongate, situé hors des remparts de la ville, | pés de l'objet de la religion, étaient partagés et qui en faisait partie par rapport aux privi- | en deux classes; l’une de ceux qui étaient attaléges et immunités, Kirkady entreprit de rom- | chés au parti de la reine, dans l'espérance qu'ils pre cette assemblée ; mais on y avait mis une si | pourraient par son moyen rétablir le papisme. bonne garde que tous ses efforts furent inutiles. | et l’autre de ceux qui soutenaient l'autorité du On y passa un acte de proscription contre Mait- | roi, comme le plus fort appui de la religion land et quelques autres qui furent ajournés au | protestante: l'opposition entre eux était si forte 28 août 3, qu’elle ne laissait aucune apparence de concilia- L'autre parti, pour donner de son côté un | tion. Les autres ne regardaient les affaires que 1 Bourg situé à mille pas d'É dimbourg , à l'embou- du côté politique, ou n'étaient entratnés que chure de la rivière de Leith.
2 Cald., 11, 233, etc, — 5 Crawf, » Mém. , 177.
1Crawf., Mém., 177.
par des vues d'intérêt, Le but du régent était de réunir ces derniers ; il ne désespérait pas d'en gagner plusieurs par de bons traitemens, et de les porter à reconnaltre l'autorité du roi. Maitlaod et Kirkaldy formaient le même plan de réunion; mais ils voulaient qu'on donnât à la reine une portion d'autorité dans le gouvernement, et que le royaume fût délivré du joug de l'Angleterre. Morton, le plus habile, le plus ambitieux et le plus puissant de ceux qui tepaient le parti du roi, suivait une route particulière, Uniquement conduit par les impulsions de la cour d'Angleterre , il ne songeait qu'à rompre toutes les mesures qui tendaient à la réconciliation des partis; et comme il servait Élisabeth avec la plus grande fidélité, tout son crédit et son autorité étaient uniquement appuyés sur la protection déclarée que cette princesse lui accordait,
Cependant le temps où les deux partis devaient tenir leurs parlemens s’'approchait. Il ne se trouva que trois pairs et deux évêques à celui
ui avait été convoqué au nom de la reine à
dimbourg ; et cette assemblée, si peu recommandable par le nombre, osa passer un acte qui proscrivait plus de deux cents personnes du parti contraire. L'assemblée, à Stirling, était brillante et plus nombreuse. Le régent avait gagné les comtes d’Argyll, d'Eglinton, de Cassils, et le lord Boyd; et ces seigneurs avaient reconnu l'autorité du roi. Les trois comtes étaient les seigneurs du royaume les plus puissans, et ils avaient jusqu'alors été partisans zélés de la reine. Le lord Boyd était un des commissaires de la reine aux assemblées d'Yorck et de Westminster, et il avait toujours depuis été admis dans les conseils les plus secrets de sa majesté, Mais, dans ces temps d’agitations et de troubles, la conduite des particuliers et le système des factions variait si souvent, qu’on ne connaissait plus les sentimens d'honneur, partie la plus essentielle pour entretenir la consistance et l'égalité dans le caractère. Sans égard pour les bienséances, des hommes abandonnaient tout d’un coup un parti, passaient dans un autre, et en adoptaient toutes les passions. La défection d’un si grand nombre de personnes de la première distinction affaiblit considérablement le parti de la reine, et donna beaucoup de réputation à celui de ses adversaires.
Le parlement de Stirling, à l'exemple de celui d'Édimbourg, commença à prononcer des sentences de proscription contre la faction opposée, Les seigneurs qui le composaient, se confiant en leur nombre, et croyant le danger fort éloigné, vivaient dans la plus grande sécurité, lorsqu'un jour, de grand matin, ils furent éveillés par les acclamations des ennemis qui avaient pénétré dans le cœur de la ville. En un moment toutes les maisons des personnes les plus distinguées furent investies, et avant qu'on pôt savoir ce que c'était que cet étrange événement, lerégent, les comtes d’Argyll, de Morton, de Glencairn, de Cassils, d'Eglinton, de Montrose et de Buchan, et les lords Sempil, Cathcart et Ogilvie, furent faits prisonniers, et mis en croupe derrière des cavaliers tout prêts à les conduire à Édimbourg. Kirkaldy était J'auteur de cette entreprise hardie; et s’il ne s'était pas rendu aux sollicitations de ses amis, qui, par des inquiétudes déplacées, l'empèchèrent de marcher en personne à l'expédition, ce jour aurait peutêtre terminé toutes les querelles entre les deux factions, et rétabli la paix dans le royaume. Par ses ordres quatre cents hommes étaient sortis d'Édimbourg, sous le commandement de Huntly, du lord Claude Hamilton, et de Scott de Buccleugh. Pour mieux cacher leur dessein ils marchèrent d'abord vers le midi, puis tournant tout court sur la droite, et ayant fait monter l'infanterie sur des chevaux dont on avait eu soin de se pourvoir, ils prirent en diligence la route de Stirling. Ils y arrivèrent à quatre heures du
matin. La garnison, les habitans étaient tous ensevelis dans un profond sommeil; pas une sentinelle sur les remparts. Ils firent presque tous leurs prisonniers sans aucune résistance. Morton seul défendit sa maison avec un courage intrépide. Ils y mirent le feu; Morton, gagné par les flammes, fut à la fin obligé de se rendre. Cet incident les retarda pendant quelque temps. Leurs soldats, peu accoutumés à la discipline militaire, se débandèrent et se mirent à piller les maisons des particuliers et les boutiques des marchands. Les cris et la rumeur donnèrent l'a lerte au château. Le comte de Mar sortit avec trente soldats et fit feu brusquement sur l’ennemi, réduit aux seuls officiers qui tenaient ferme , rassemblés en un peloton. Les habitans prirent les armes pour secourir leur gouverneur.
Une te quest à ceu) niers; mandé d'emm n'en 84 perte consid régent soldats guet, } et ils il fortuné rendu, crut gél l'ordre l'avant:
une pri secret. | dela re favorise gloire d de mai faits de plus d’a Les n procédè Argyll, paruren| Mar fut cruelles temps di sa modé téressem gyll, iln et par « redouté partie so pait der du plus £ Penda le cours « moins in son parti.
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1 Melvil,
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Une terreur panique saisit les assaillans ; quelques-uns prirent la fuite, d'autres se rendirent à ceux même qu'ils venaient de faire prisonniers; et si les habitans des frontières, commandés par Scott, n'avaient pas eu la précaution d'emmener tous les chevaux hors de la ville, il n'en serait pas réchappé un seul homme, La perte du côté du parti du roi aurait été aussi peu considérable que l'alarme avait été forte, si le régent n'avait pas malheureusement été tué. Les soldats de la reine avaient pris pour mot du guet, pense à l'archevêque de Saint-André, et ils immolèrent Lennox aux mânes de cet infortuné prélat. L'officier à qui Lennox s'était rendu , perdit la vie en voulant le défendre. On crut généralement que le régent avait été tué par l'ordre du lord Claude Hamilton. Kirkaldy eut l'avantage d'avoir concerté cette entreprise avec une prudence consommée et dans le plus grand secret. Le défaut de discipline dans les troupes de la reine, la fortune qui ne se lassait point de favoriser Morton, dérobèrent à Kirkaldy la gloire du succès, Cela seul manquait à ce coup de main, pour mériter d'être placé parmi les
faits de gucrre de cette espèce qui ont reçu le |
plus d’applaudissemens t,
Les nobles, assemblés en si grand nombre, procédèrent aussitôt à l'élection d'un régent, Argyll, Morton et Mar furent les candidats qui parurent sur les rangs pour remplir cet office. Mar fut choisi à la pluralité des voix. Parmi les cruelles dissensions qui avaient pendant si longtemps déchiré l'Écosse, il s'était distingué par
sa modération, par son humanité et son désin- |
téressement. Il était bien moins Puissant qu'Ar- 8yll, il n'avait pas ces grands talens de Morton,
redouté des autres nobles. Mais il dut aussi en partie son élévation au service signalé qu'il ve-
du plus grand péril.
Pendant que ces choses se passaient en Écosse, le cours des événemens en Angleterre n'était ni moins intéressant pour Marie ni moins fatal à Son parti. Le parlement , qui s’assembla dans le mois d'avril, passa un acte par lequel on déclarait crime de haute trahison de prétendre aucun droit à la couronne du vivant d'Élisaheth : de
1 Melvil, 226. Craw f., Mém., 204,
soutenir que le droit d'aucun autre ft meilleur que le sien ; ou d'avancer que le parlement n'avaft pas le pouvoir de régler ou de limiter l’ordre de succession, Ce statut remarquable fut fatt pour la sûreté d'Élisabeth et pour tenir en bride les esprits inquiets et intrigans de la reine d'Écosse et de ses adhérens 1,
Dans ce même temps on négociait le mariage de la reine d'Angleterre avec le duc d'Anjou, frère du roi de France, et l'affaire était déjà fort
. avancée. Les deux cours paraissaient la souhaiter
avec un égal empressement , et elles étaient en apparence assurées que ce mariage ne pouvait pas manquer de réussir. Cependant ni l’une ni l'autre n'en désirait le succès, et elles ne sui-
| valent cette négociation que pour la faire servir
à cacher et à favoriser leurs desseins particuliers. Toute la politique de Catherine de Médicis se portait vers l'accomplissement de ce projet détestable du massacre des chefs du parti hu-
| guenot. En traitant du mariage de son fils avec
‘une princesse qui était avec raison regardée | Comme la protectrice de ce parti; en cédant
| quelques points sur le fait de la religion, et
marquant de l'indifférence pour les autres, elle espérait d'amuser tous les protestans de l'Europe, et d'endormir les huguenots dans une fausse sécurité. Élisabeth se flattait de retirer de cette négociation des avantages d’une espèce différente, Pendant que ce ma: jage se traitait, les Français ne pouvaient pas avec bienséance donner ouvertement des secours à la reine d’Écosse; ils devaient même ne s'intéresser pour elle que faiblement, s'ils avaient quelque espérance de voir réussir cette négociation, Marie
| | devait de son côté être consternée de la perte et par ces considérations il était bien moins |
d’un allié qu’elle avait regardé jusqu'alors comme
| son plus puissant protecteur, En interrompant
| la correspondance de la reine d'Écosse avec la nait de rendre aux chefs du parti, en les retirant |
France, on pouvait au moins tarir la source des Cabales et des intrigues qui agitaient le royaume, Les deux reines parvinrent à leurs fins. Les arti
| fices de Catherine en imposérent à Élisabeth et
aveuglérent les huguenots. Les Français montrèrent la plus grande indifférence pour les in-
| térêts de la reine d'Écosse, qui, croyant déjà la | Cour de France dans une étroite union avec sa rivale, tourna ses vues du côté de l'Espagne et
1 Camd , 43.
or
=. nn oo one
rechercha la protection de Philippe !. Ce prince, naturellement sombre et mélancolique, avait un goût particulier pour les intrigues, se plaisait aux mystères de la politique. Ïl avait pendant : quelque temps entretenu avec Marie une correspondance secrète par l'entremise de l'évêque de Ross, et il avait donné quelques subsides en argent à la reine et à ses adhérens en Écosse. Ridolphi, gentilhomme florentin, qui faisait à Londres le métier de banquier, et qui y était agent secret du pape, fut chargé par l’évêque de cette négociation avec l'Espagne. Marie jugea à propos de mettre aussi dans le secret le duc de Norfolk, à qui Élisabeth venait de rendre la liberté, sous la promesse solennelle de n'avoir plus aucune correspondance avec la reine d'Écosse. Mais ce seigneur avait été si peu fidèle à ses engagemens, que Marie ne faisait rien saus prendre ses avis. Elle lui écrivit une lettre fort longue en chiffres, dans laquelle elle se plaignait amèrement de la cour de l'rance, qui l'avait, disait-elle, lâchement abandonnée; elle y déclarait l'intention où elle était d'implorer l'assistance du roi d'Espagne, qui était actuellement son unique ressource, et elle y recommandait Ridolphi comme un homme en qui le duc devait mettre sa confiance, et qui était le plus capable de développer le projet et d’en avancer l'exécution. Le duc ordonna à Hickford, son secrétaire, de déchiffrer la lettre et de la brûler tout de suite. Soit que ce secrétaire eût déjà été gagné par la cour, soit qu'il fût déjà déterminé à trahir son maître, il n’exécuta que la première partie de l'ordre qu'il avait reçu, il désobéit à la seconde, et il cacha la lettre sous le lit même du duc, avec quelques autres papiers relatifs à sa trahison.
Ridolphi, dans une conférence qu'il eut avec le due, s'étendit sur les lieux communs, prodigua toutes les belles promesses qu'on ne manque jamais d'employer, et souvent avec succès, lorsqu'on veut allumer le feu de la rébellion. «Le
«pape, lui disait-il, a mis à part une somme «considérable pour le soutien de la bonne cause. « Le duc d'il oriat le projet de veuir abor-
«der à queique distance de Londres avec mille «hommes de débarquement : tous les catholi- «ques courront aux armes : la plupart des nobles
1 Digges, 144, 148, Camd. , 234.
ee
«sont prêts à se révolter, il ne leur manque «qu'un chef. La moitié de la nation a les yeux «sur vous : On vous exhorte à vous venger de «tant d’injures que vous avez souffertes sans les «avoir méritées, On vous regarde comme le «libérateur de cette reine infortunée, qui, pour «récompense de vos entreprises et de vos succès, «vous offre son trône et sa personne, » Norfolk approuva le plan de Ridolphi, il refusa néanmoins de lui donner aucune lettre de créance, mais il lui permit de se servir de son nom dans les négociations avec le pape et le duc d'Albe !, L'évèque de Ross, homme violent et emporté, capable d'un coup de désespoir, toujours prêt à s’embarquer dans les entreprises les plus téméraires pour donner de prompts secours à la reine sa maitresse, conseilla au duc de rassembler secrètement quelques-uns de ses vassaux, et de se saisir tout d'un coup de la personne d'Élisabeth, Le duc rejeta ce projet comme également hasardeux et extravagant. Cependant la cour d’Angleterre avait surpris un agent de Ridolphi, et cet homme avait donné quelque connaissance imparfaite du complot. Un autre événement dévoila toute l'intrigue, et fournit le détail de toutes les circonstances. Le duc avait chargé Hickford de faire passer au lord Herreis quelque argent, qui devait être distribué aux adhérens de Marie en Écosse. On donna la commission à un homme qui n'était point dans le secret, et on lui dit que le paquet renfermait quelque argent. Mais comme à la pesanteur il jugea que c'était de l'or, il le porta directement au conseil privé. On fit aussitôt arrèter le duc, ses domestiques, tous ceux qui étaient du complot , ou qu’on pouvait soupçonner d’en avoir quelque connaissance. Jamais, dans une conspiration, les complices ne montrèrent moins de fermeté, jamais des valets ne trahirent un bon maître avec tant de lâcheté. Chacun avoua tout ce qu'il savait. Hickford enseigna l'endroit où l’on trouverait les papiers qu’il avait cachés. Le duc, se confiant sur la fidélité de ses associés, et croyant que tous les papiers de conséquence avaient été supprimés, soutint d’abord hautement son innoceuce. Mais lorsqu'il vit les dépositions, lorsqu'on lui représenta les papiers, frappé de la trahison de ses adhérens, il reconnut lui-même
1 Anders. , 11], 767.
son ct Mais et tro] Élisab exemf nition tenir reinec ses pa et apr contre
danger fit arré positio dans ci moteur contre que, 0!
avec la peine ( on ne | sortirai d'un se son zël temps :
tenir u L’amba, puissan tait, de.
Ross, m terre 2.
ravant, ques , et qu'en la Ceper tinent :
royaume lité fütr des der mées co mina à a; en faveu
vésolutio
leur disa ces crimi
TAnders — # Sirypt
e leur manque tion a les yeux vous venger de affertes sans les rde comme le née, qui, pour t de vos succès, onne, » Norfolk il refusa néantre de créance, > son nom dans le duc d’Albe t, nt et emporté, toujours prèt à s les plus témé- :cours à la reine : rassembler seassaux , et de se ine d'Élisabeth, yalement hasar- + la cour d’Ande Ridolphi, et le connaissance > événement délit le détail de ic avait chargé Herreis quelque ié aux adhérens a commission à ; le secret, et on quelque argent.
igea que c'était u conseil privé.
5 domestiques, , Ou qu’on pouelque connaisation, les comermeté, jamais naître avec tant ce qu'il savait.
l'on trouverait duc, se confiant et croyant que avaient été supment son innopositions, lors- , frappé de la pnnut lui-même
son crime , et il implora la clémence de la reine.
Mais l'injure était atroce, l'offense trop grave
et trop souvent répétée pour mériter le pardon.
lisabeth jugea qu'il était nécessaire de faire un exemple, et d'en imposer à ses sujets par la punition de Norfolk, et de les détourner d'entretenir désormais aucune correspondance avec la reine d'Écosse et ses émissaires. Le duc, jugé par ses pairs, fut déclaré coupable de haute trahison, et après quelque délais il subit la peine portée contre ce crime, À La découverte de cette conspiration fut fatale à la cause de Marie, et eut des suites infiniment dangereuses pour le sort de cette princesse. On fit arrêter l'évêque de Ross, qui, suivant les dépositions de toutes les personnes impliquées dans cette intrigue, paraissait être le premier moteur de toutes les cabales qui se formaient contre Élisabeth. On visita les papiers de l'évéque, on l'envoya ensuite à la Tour, on l'y traita avec la plus grande rigueur; on le menaça de peine capitale, et après une longue captivité, on ne lui rendit sa liberté qu’à condition qu'il sortirait du royaume. Marie fut ainsi privée d'un serviteur également recommandable par son zèle et par ses talens, On refusa en même temps à la reine d'Écosse le privilége d’entretenir un ambassadeur à la cour d'Angleterre.
L'ambassadeur d'Espagne fin préservé, par la puissance et la dignité du prince qu'il représentait, des traitemens injurieux faits à l'évêque de Ross, mais on lui ordonna de sortir de l’Angleterre ?, Marie fut veillée de plus près qu’auparavant , on diminua le nombre de ses domestiques ; et personne n’eut la permission de la voir qu’en la présence de ses gardiens 3,
Cependant Élisabeth, apercevant dans le continent un orage qui seformait contre son royaume, commença à désirer que la tranquillité fût rétablie dans le royaume d'Écosse. Irritée des dernières entreprises que Marie avait formées contre son Bouvernement, elle se détermina à agir désormais sansfeinte ni déguisement en faveur du parti du roi. Elle fit signifier cette résolution aux chefs des deux factions. «Marie, leur disait-elle, a entretenu des correspondances criminelles avec mes ennemis déclarés, elle
Anders. , Ill, 149, State Trials, 1, 85. —* Digges, 163. —“Strype, 4nn., 11, 50.
a excité des conspirations si dangereuses contre ma vie et contre ma Couronne, que je dois désormais la regarder comme indigne de ma protection, Je ne consentirai jamais à Jui rendre la liberté, encore moins à la rétablir sur son trône, Je vous exhorte donc à vous rénnir pour reconnaître l’autorité du roj. Joffre mu médiation pour procurer des conditions raisonnables à ceux qui jusqu'à présent s’y sont opposés; mais s'ils persistent dans leur refus d'obéir au roi, j'emploierai tout mon pouvoir pour les forcer à se soumettre !, » Cette déclaration ne fit pas dans le moment tout son effet. Les hostilités se continuèrent aux environs d'Édimbourg : le chevalier Adam Gordon, frère de Huntly, par sa bravoure et sa honne conduite » aVait remporté dans le nord plusieurs avantages contre les adhérens du roi. Cependant cette déclaration
claire et précise des sentimens d'Élisabeth con-
tribua infiniment à ranimer le parti du roi, et à abattre le courage et les espérances de celui de la reine 2,
Comme Morton, qui commandait les troupes du régent , était posté à Leith , et que Kirkaldy tenait toujours ferme dans !e château et la ville d'Édimbourg, il ne se passait guère de jour qu'il n'y eût entre eux quelque escarmouche. Les deux partis évitaient d'en venir à une action décisive, mais ils se harcelaient sans cesse par détachemens, ils s'enlevaient des quartiers , ils interceptaient des convois; et ces faits de guerre, quoique peu mémorables en eux-mêmes, ne laissaient pas de nourrir l'animosité des factions, et de tenir leurs passions dans une agitation continuelle. La fureur les transporta au point de ne plus connaître les lois de la guerre, ni même les principes de l'humanité. Ce n'était pas seulement en pleine campagne et dans la chaleur du combat que leur rage s'exerçait ; de sang froid ils faisaient pendre sans miséricorde, et sans autre forme de procès, tous les prisonniers qu'ils faisaient de part et d'autre, de quelque rang et qualités qu'ils fussent, Ilen périt un grand nombre de ce supplice infime. On conduisait par cinquantaine ces malheureuses victimes au lieu de l'exécution: à la fin les deux partis, matés par ces excès de cruauté , aban-
l Append., n° 1V —" Cald., 11, 289, 294. Strype,
donnèrent ces procédés barbares et si déshonosans pour la nation !. Cependant ceux de la ville et du château commençaient à manquer de vivres et de provisions, malgré les secours d’argent quele duc d'Albe leur avait donnés?, Morton avait fait détruire tous les moulins, et avait jeté quelques troupes dans les petits forts des environs d'Édimbourg ; et la disette s'y faisait toujours de plus en plus ressentir. Ils éprouvèrent à la fin toutes les horreurs de la famine, et bientôt réduits à la dernière extrémité, ils allaient être forcés de capituler, lorsque, par l'entremise des ambassadeurs de France et d'Angleterre, on convint d'une suspension d'armes entre les deux partis ê.
La négociation du mariage d’Élisabeth avec le duc d'Anjou venait d’être rompue; cependant la reine et Charles désiraient également de conclure une alliance défensive entre les deux couronnes. Charles y trouvait de grands avantages. La conspiration contre les huguenots était prête à éclore; ilregardait ce traité comme le moyen le plus propre à les aveugler sur le danger qui les menaçait; de plus il y trouvait lui- mème des sdretés contre les suites dangereuses auxquelles ce procédé atroce pouvait l'exposer., Élisabeth avait régné jusqu'alors sans avoir un seul allié. Elle voyait son royaume menacé de troubles au dedans, ou exposé à des invasions du dehors, et elle était fort empressée de s'assurer l’assistance d’un voisin puissant. Les difficultés qui surviurent par rapport à la sicuation actuelle de la reine d'Écosse , retardèrent un peu la conclusion de l'alliance. Charles voulait y stipuler quelques avantages pour Marie et pour ceux de son parti. Élisabeth ne voulait écouter aucune proposition sur cet article. L'obstination de la reine sur ce point l’emporta sur les efforts dissimulés du monarque français. La reine d'Écosse ne fut pas seulement nommée dans le traité: et quant aux affaires de l'Écosse, on n’en fit mention que dans un article fort court et conçu en termes généraux et ambigus. Il portait «que les parties «contractantes ne feraient aucune innovation en «Écosse, et qu'elles ne permettraient à aucun «étranger d'y entrer et d'y fomenter des fac-
l'Crawf, Mém.,.218, 220. — 3 Cald., Il, 345,—/bid., 1 316.
«tions: mais qu’il serait permis à la reine d'An- «gleterre de châtier par la force des armes les « Écossais qui continueraient à donner retraite «en Écosse aux rebelles d'Angleterre !. » En conséquence de ce traité, la France et l'Angleterre affectèrent d'agir de concert au sujet des affaires de l'Écosse. Du Croc et le chevalier Guillaume Drury y parurent au nom de leurs maîtres respectifs. On convint par leur médiation d’une trève de deux mois, pendant laquelle les chefs des factions opposées devaient s’assembler pour accommoder leurs différends , et rétablir la paix dans le royaume. Cette trève procura un intervalle de tranquillité avantageux aux adhérens de Marie, dans la partie méridionale de l'Écosse; mais elle porta un grand préjudice aux affaires de la reine dans la partie septentrionale. Le chevalier Adam Gordon, partisan zélé de Marie, avait toujours maintenu, dans cette dernière partie de l'Écosse, sa réputation et sa supériorité, On avait envoyé contre lui plusieurs détachemens commandés par divers officiers. Il attaquait les uns en pleine campagne, il usait de stratagème envers les autres; et comme il avait autant de conduite que de bravoure, il réussissait dans toutes ses entreprises. Il pratiquait en même temps l'humanité, vertu qui caractérise la véritable valeur , et par là il faisait autant de progrès que par la terreur de ses armes. Si la trève ne l'avait pas obligé de suspendre les opérations , il aurait, selon toutes les apparences , forcé toute cette partie du royaume à se soumettre entièrement à l'autorité de la reine ?.
Malgré la valeur et les succès de Gordon, les affaires de Marie étaient en mauvais état tant en Angleterre que dans son propre royaume.
Rien ne pouvait être plus offensant pour la nation anglaise, jalouse des étrangers , et effrayée à l'aspect du joug espagnol , que les négociations de Marie avec le duc d’Albe. Le parlement, qui s'assembla au mois de mai, procéda contre la reine d'Écosse comme contre l'ennemi le plus dangereux du royaume d'Angleterre ; et dans une conférence solennelle qui se tint entre la chambre des seigneurs et la chambre des con munes, les deux chambres passèrent un bill qui déciarait Marie coupable de haute trahison, et
1 Digges, 170, 191. Camd. , 444. =? Crawf., Mém.
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qui la privait de tout droit de succession à la couronne. Cette grande affaire, nom qu’on lui donnait alors, occupa toute la séance du parlement, et fut décidée tout d'une voix. Élisabeth, contente du zèle de son parlement , et approuvant la tournure qu’il avait donnée à cette affaire, se contenta néanmoins pour lors d’avoir fait sentir à Marie ce qu’elle avait à craindre du ressentiment de la nation anglaise; et comme elle ne voulait point encore porter les choses à la dernière extrémité, elle prorogea le parlement Ces procédés rigoureux du parlement anglais ne furent pas plus humilians pour Marie que la rroideur et l'indifférence de ses alliés de France. Le duc de Monimorency qui vint pour la ratification du traité entre la France et l'Angleterre, parut à la vérité prendre quelque intérêt à la reine d'Écosse; mais au lieu de solliciter sa liberté ou son rétablissement sur le trône, il se contenta de demander quelque adoucissement à la rigueur de sa captivité, et cette faible proposition fut encore appuyée si froidement et si peusuivie, qu'Élisabeth n'y fit aucune attention?, Élisabeth ressentait la plus grande satisfaction de l'alliance qu’elle venait de contracter avec la France, et elle se voyait par-là assurée plus que jamais de sa tranquillité, Elle porta alors toutes ses attentions aux affaires de l'Écosse; mais l'animosité des factions était parvenue à un tel point, les intérêts des différens partis étaient si difficiles à concilier, que la Pacification générale de ce royaume paraissait encore fort éloignée. Élisabeth était occupée à chercher quelques voies de conciliation, lorsqu'un événement affreux,
toire du genre humain, vint frapper d'étonnement toute l'Europe et la saisir d'horreur. Jamais entreprise ne fut conduite avec tant de dissimnlation et ne fut exécutée avec tant de cruauté et de barbarie, que le massacre de Paris, Les chefs des protestans furent attirés à la cour, sur
bienveillance, Dévonés à la mort, ils y furent accablés de caresses, comblés d’honneurs, et
marques de familiarité et de confiance. Ils se reposaient sur la parole de leur Souverain, ils
1 D'Ewes Journ,, 206, ete, — *Jebb., 11, 512,
vivaient dans la plus parfaite sécurité, Le roi donne l'ordre pour leur destruction, et il n’est que trop fidèlement obéi. Des compatriotes, des concitoyens, s'égorgent et trempent leurs mains dans le sang de leurs frères et de leurs amis. Dix mille protestans furent Massacrés dans Paris, sans distinction d'âge, de sexe ni de condition. Les inèmes ordres furent envoyés dans toutes les provinces, et ils y furent exécutés avec la même barbarie, Cette infâme boucherie, dont les historiens papistes ne parlent encore aujourd'hui qu'avec indignation , fut alors applaudie en Espagne; et à Rome on en rendit à Dieu des actions de grâces solennelles. Mais elle fut détestée, comme elle le méritait, dans toutes les Cours protestantes. On en voit une preuve frappante dans une dépêche de l'ambassadeur de France qui rend compte de la première audience qu’il reçut à la cour d'Angleterre après le massacre. « La douleur, disait-il €t la consternation «étaient peintes sur tous les visages ; un silence «profond régnait comme en pleine nuit, dans «toutes les chambres de l'appartement royal; «les dames et les Courtisans, tous habillés dans «le plus grand deuil, étaient rangés en haie des «deux côtés ; et lorsque je passai au travers, au- «cun ne jeta sur moi un regard de civilité » pas «un ne répondit à mes salutations t. »
Mais l'horreur dont les protestans furent saisis à la vue de ce spectacle inouï était en même temps mêlée de terreur. Ils regardaient cette barbare exécution comme le prélude d'un autre projet plus vaste et plus étendu. Ils croyaient , et avec assez de vraisemblance, que tous les princes papistes avaient conjuré la destruction entière de leur secte, Ces idées firent beaucoup de tort aux affaires de Marie en Écosse. La plupart des adhérens de la reine étaient protestans, Ils désiraient son rétablissement, mais ils ne voulaient point l'acheter au prix de la religion qu’ils professaient. Hs redoutaient l'attachement de Marie pour la religion romaine, qui permettait, disaient-ils, à ses sectateurs de violer les engagemens les pius solennels, et qui les précipitait dans le crime et la barbarie. Une confédération générale de tout le corps protestant leur paraissait le seul moyen de soutenir la réformation contre la ligue qui s'était formée pour
1 Carte, IIL, 522.
la détruire. L'établissement de la nouvelle religion ne pouvait, selon eux, se maintenir plus long-temps daus la Bretagne qui par le concours des deux nations réunies pour la défense de la cause commune !{.
Le régent saisit cette conjoncture favorable
pour travailler à la paix générale. Comme il s’y employait avec beaucoup de zèle, et que la faction opposée avait une entière confiance en sa ‘probité, ses efforts ne pouvaient guère manquer de réussir. Maitland et Kirkaldy furent sur le point de se réconcilier avec lui, et leur accommodement ne paraissait presque plus tenir qu’à la formalité de la signature du traité. Mais Morton ne pouvait point oublier que Mar avait été son compétiteur à la régence , et qu'il l'avait supplanté. Les talens de Morton, ses richesses, la protection de la cour d'Angleterre, lui donnaient dans le parti plus d'autorité que le régent lui-même n’en avait; et Morton prenait plaisir à traverser tous les projets du comte de Mar. Il craignait de voir diminuer considérablement son pouvoir , si Maitland et ses associés reprenaient quelque part dans l'administration du gouvernement , et que par leur moyen le régent ne fût remis en possession de tout l’ascendant qui appartenait à son office. Il était secondé par tous ceux qui étaient en possession des terres qui avaient appartenu à quelques-uns des partisans de la reine. L'ambition de Morton etl'avarice de ces possesseurs empêchèrent l'effet des bonnes intentions du régent , et retardèrent le rétablissement de la paix , qui aurait alors été si nécessaire pour le bien du royaume ?.
Le régent, qui aimait sa patrie, et qui désirait ardemment la paix, fut touché de voir l'intérêt et l'ambition dominer à ce point dans son parti. Ce chagrin domestique lui abattit le courage. La mélancolie le gagna, devint habituelle, et dégénéra en une maladie dont il mourut le 29 d'octobre. Il fut peut-être le seul dans le royaume qui occupa la place de régent sans essuyer de reproches et sans perdre sa réputation. Les deux factions, malgré leurs animosités réciproques, convenaient qu'il était plein d’honneur, d'une probité, d’un désintéressement à toute épreuve et qu'il avait de bonnes vues*.
1 Digges, 244, 267, — * Melvil, 233. Crawf., Mém., 237, 5 Crawf., Mém. , 241 —
Morton n'avait plus de compétiteurs; il était puissamment soutenu par la reine d'Angleterre; il fut ainsi élu régent malgré les appréhensions du peuple et la jalousie des nobles. Ce fut le quatrième qui, dans l’espace de cinq années, avait rempli ce poste dangereux.
Comme la trève avait été prolongée jusqu’au premier janvier, Morton eut le temps de continuer avec la faction opposée les négociations entamées par son prédécesseur. Elles ne produisirent cependant aucun effet jusqu’au commencement de l’année suivante.
Avant que de continuer le récit de ces négociations , je crois qu’il est à propos de rapporter quelques événemens , dont jusqu'ici je n'ai point fait mention.
Le comte de Northumberland, qui avait été retenu prisonnier à Lochleven depuis qu'il Sétait réfugié en Écosse, en l’année 1569, fut remis au lord Hunsdon, gouverneur de Berwick. De là il fut transféré à Yorck, où il subit la peine de sa rébellion. Le parti du roi, prévenu qui devait tout attendre de la protection d'Élisbeth, n'aurait pu que très difficilement lui refuser de remettre entre ses mains un de ses sujets qui avait été pris portant les armes contre elle. Mais comme on avait donné pour l'avoir une somme d'argent, qui avait été partagé entre Morton et Douglas de Lochleven; comme on savait que Morton, pendant son exil en Angleterre , avait eu de grandes obligations à Nor-
thumberland , on trouva qu'il y avait de la bar sesse et de l’ingratitude à abandonner ainsi tt malheureux seigneur, et à le livrer à sa pert certaine. .
Cette année fut remarquable par une innove tion considérable qui se fit dans le gouverne ment de l'église. Aussitôt après la réformation, on avait confirmé juridiquement les évêque papistes dans la possession d’une partie de leur bénéfices, mais l'exercice de la juridiction spiri tuelle appartenant à leur ordre avait été com mis à des surintendans, dont néanmoins l'auto: rité était plus bornéet. A la mort de l'archevêque de Saint-André, Morton avait obtenu de la co
ronne le don du temporel de ce siége ; et comnt onétait scandalisé de voir un laïque posséder un bénéfice à charge d’âmes, il fit nommer à l'a
1Crawf , Mém., 65, 222. Camd., 445.
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1 fit nommer à l'ar À
chevêché Douglas, recteur de l'université de Saint-André; il lui donna une pension modique, assignée sur les revenus du bénéfice, et il garda le reste. Les nobles, qui apercevaient combien cette méthode leur serait avantageuse, soutinrent l'arrangement de Morton. Mais le clergé protestant en fut extrêmement offensé. Il voyait avec chagrin perpétuer un ordre dont le nom et le pouvoir lui étaient extrêmement odieux, et il aurait désiré que les revenus qui avaient appartenu à l'ordre épiscopal fussent employés à. établir des pasteurs dans un grand nombre de varoisses qui en étaient toujours dépourvues, Le clergé protestant craignait en même temps d'irriter les nobles, qui faisaient le véritable soutien de l’église réformée en Écosse. D'un autre côté Morton conduisit son projet avec tant d'adresse , et il sut ménager les esprits avec tant d'art, que, dans une convention, composée des
chefs du clergé et d’un comité du conseil privé,
On convint «que les noms et offices d’arche-
«vêques et évêques seraient continués pendant «la minorité du roi, et que ces dignités seraient «conférées aux ministres protestans qui auraient «les qualités requises; mais que, par rapport à «la juridiction spirituelle, ils seraient soumis à «l'assemblée générale de l'église.» On y spécifiait aussi en particulier les règles qui devaient être observées lors de leur élection, ainsi que les personnes qui devaient suppléer à l'office de doyen du chapitre, et jouir des priviléges qui y étaient attachés dans le temps du papisme 1. Cet arrété de la convention fut porté devant l'assemblée générale du clergé protestant. qui y donna son approbation, après y avoir fait quelques exceptions au sujet de noms d'archevéque, de doyen, de chapitre, etc., avec protestation que le tout devait être regardé comme une constitution séculière, jusqu’à ce qu’on pût faire un règlement plus parfait 2. Knox, qui n’a-
: Vait pas pu se trouver à l'assemblée à cause du
mauvais état de sa santé, déclama ouvertement contre le pacte simoniaque sur lequel était fondée l'élection de Douglas : il blâmait Ja promotion d'un homme chargé d'âge et d'infirmités à un office qui demandait la plus grande vigueur de corps et d'esprit; cependant il paraît qu'il ne condamna point les procédés de la convention,
? Cald., Il, 305.— ? bi. , 354.
lu.
et dans une lettre qu'il écrivit à l'assemblée du clergé, il approuva quelques-uns de ces règlemens au sujet de l'élection des évêques, et il dit que ces statuts méritaient d’être soigneusement observés, En conséquence du consentement donné par'l'assemblée générale au plan arrêté dans la convention, Douglas fut installé dans son office d’archevèque de Saint-André , et on choisit en même temps dans le clergé protestant des sujets pour l’archevéché de Glasgow et l'évêché de Dunkeld. On leur assigna à tous, dans le parlement , les places destinées à l'ordre ecclésiastique. Mais, à l'exemple de Morton, les nobles firent avec eux des traités , en vertu desquels on ne leur laissait qu'une très petite partie des revenus attachés à leurs siéges.
Peu de temps après la séparation de l’assemblée du clergé, Knox termina sa carriére, âgé de soixante-sept ans. Il avait contribué plus qu'aucun autre à l'établissement et à la propagation de la réforme en Écosse. Plein de zèle, intrépide, désintéressé, il posséda ces vertus dans le plus haut degré. Ïl avait des connaissances qui, pour le siècle où il vivait, étaient recommandables ; il excellait surtout dans cette sorte d’éloquence mâle qui entraîne tout un auditoire et qui enflamme les esprits. Ses maximes, à la vérité, étaient souvent trop sévères, et son impétuosité était excessive. Rigide et peu indulgent pour lui-même, il r’avait point assez de condescendance pour les faiblesses des autres. Sans égard pour le rang et la qualité des personnes, il faisait ses remontrances avec une aigreur et une véhémence plus propres à irriter qu’à corriger. Il se laissa ainsi souvent emporter à des expressions peu respectueuses et même in. | décentes, en parlant de la personne de la reine, et de sa conduite. Cependant ce caractère âpre et difficile qui paraissait ternir l'éclat de ses vertus, remplissait les vues de la Providence, qui le destinait à être l'instrument des progrès de la réforme chez un peuple féroce. 11 affronta des dangers, il surmonta des obstacles qui auraient fait perdre courage à tout homme d'un esprit plus liant que le sien. Son application continuelle à l'étude et aux affaires publiques, les discours qu’il faisait fréquemment devant le peuple, et toujours avec chaleur, avaient usé
1 Appendice, n° V
2iÙ HISTOIRÉ D'ÉCOSSE. 1679]
son tempérament, naturellement fort et robuste. Attaqué d'une maladie dé langueüf, il müntra | toujours une fermeté d'âme à touté épreuve. ü vit les approches de la mort avec ce courage inhérent à son caractère; ne s'occupant plus que d'actes de piété, se consolant lui-même à la vue de l'immortalité, spectacle qui, dans ses derniers momens, soutient le juste, et livre son âme aux transports de la joie là plus pure. Le comte de Morton, qui assistait aux funérailles de Knox, fit son panégyrique en peu de mots : «Ci-git | «celui que jamais facé d'homme ne fit trem- “bler1.» Éloge d'autant plus flatteut, qu'il sortait de la bouche d'un homme à qui Knox avait | fait souvent des réprimandes très sévères.
Morton désirait la paix et travaillait sincèrement à la rétablir; mais il n'était point en cela conduit , ainsi que son prédécesseur , par des motifs de pure générosité. Les troubles de l'Écosse et les calamités publiques soutenaient le pouvoir et l'importance de Morton lorsqu'il n'était que la seconde personne du royaume :
parvenu au rang suprême , ils lui étaient extrèmement préjudiciables. Tant de nobles, toujours armés contre lui, donnaient à sa régence un air de parti, la rendaient faible et précaire. Élisabeth ne souhaitait pas avec moins d'empressement d'éteindre l'incendie qu’elle avait elle-même allumé, et qu’elle avait entretenu pendant si long-temps en Écosse 2, Elle apercevait qu’elle ne pouvait pas fonder la tranquillité de son royaume sur le traité qu’elle avait fait avec la France , et dont elle s'était flattée de retirer tant d'avantages. Les apparences de la bonne amitié subsistaient néanmoins toujours entre les deux cours, et Charles renouvelait de jour en jour ses protestations de rester inviolablement attaché à l'alliance formée avec l'Angleterre. Mais la reine avait sous ses yeux ce fatal événement qui lui annonçait le peu de fond qu'elle devait faire sur les promesses et sur les sermens de ée monerque insidieux et perfide. L’ambassadéur anglais à la cour de France donnait avis à la reine sa maîtresse que Charles entretenait des correspondances secrètes avec les adhérens de Marie en Écosse, et qu'il les encourageait à persister dans leurs entreprises . D'un autre
4 SpotsW., 266. Cald., 11, 273. — * Digges; 299. — 1bid., 29h, WI, 312
côté le duc d'Albe éoïiduisait sés intrigues én Écosse avec moins d'art et dé déguisement. Éfisabeth était pérsuadéé qué les cours dé France et d'Espagne saisiraient le premier momenñt de tranquillité que les troubles de France et des
| Pays-Bas pourrätent leur laîssér, pour eritre- | prendre ouvertement d'aborder en Écoësé. Elle
résolüt en conséquence de pfévénir léurs des-
| seins, de leur fermer les abords de l'île, et de
leur ôter toute espérance d'y trouver dés adhérens, eh réunissant les factions qui divisaient ce royaume.
La situation actuelle dés partisans de Marie donnait sur eux beaucoup d'avantage au régent dans les négociations. Îls étaient alors partagés en deux factions. Chatellerault ét Huntly étaient à la tête de l'une : les chefs dé l'autre étaient Maitland et Kirkaldy. Le haut rang des premiers, l'étendue de leurs possessions et le nombre de leurs vassaux , rendaient leur parti fort considérable; les autres étaient redevables de leur importance à leurs falens personnels, et à la force du château d'Édimbourg , dont ils étaient les maîtres. Le régent ne voulait point comprendre ces deux partis daïis un même traité. I craignait que si le parti dé la reine était rassemblé , il ne fût én état de trotbler êt dé traverser son administration. IT voulait lés diviser et les affaiblir, en négociant séparément avec les deux factions. Il fit les premières ouvertures à Kirkaldy et à ses associés, ét il tächa dé renouer avec eux tüné négociation entamée du vivant de son prédécesseur, et que Morton lui-même avait rompue par ses artifices. Mais Kirkaldy savait qué les vues de Mortori et son système dé gouvernement étaient fort opposés à ceux du régeut son prédécesseur, et Maitland le regardait comme un énnemi personnel et implcable, Ils récevaiént continuellement de nouvelles assurances de protection de la part de la France. Ils savaient que Charles était alors occupé au siége de La Rochelle : cependant ils se laissaient amuser par ces mèmes espérances qui avaient tant de fois trompé le parti ; ils comptaient que le roi de France aurait bientôt dompté les huguenots, et qu'alors il serait en pleine liberté d'agir avec vigueur en Écosse. En atténdant ils recevaient quelque argent dé France, ét on leur promettait des secours plus réels et plus considérables s'ils pouvaient se maintenir jusqu'à la
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Pentecôte dans le château d'Édimbourg !. Maitland avait un génie porté naturellement aux entreprises hasardeuses , et Kirkaldy était doué de toute l'intrépidité nécessaire pour les mettre en exécution, Ils savaient que: le château, par l'avantage de sa situation ; pouvait tenir contre
toutes les forces du régent. Ils espéraient qu'É- |
lisabeth ne se déterminerait point à lui envoyer des secours, et à violer ainsi le: traité qu'elle avait fait avec la France. Si les Français se: déclaraient pour eux et prenaient terre en: Écosse avec un corps de troupes considérable, on pouvait espérer de tirer la reine de sa captivité, ou bien contre-balancer au moins les influences de l'Angleterre par celles de la France, et délivrer l'Écosse du joug honteux que l’Angleterre lui avait imposé, Maitland et Kirkaldy préféré. rent ce projet brillant, mais chimérique, à l'amitié de Morton. Ils soutinrent néanmoins la négociation , pour gagner du temps; et, dans cette même vue, ils demandèrent que tout le parti de la reine fût compris dans l'accommodement, et que Kirkaldy gardt le commandement du château six mois après la signature du traité. L'intérêt du régent ne lui permettait point d'accepter la première proposition ; sa pénétration lui fit apercevoir le danger d'accorder la seconde, et toutes les espérances de conciliation s'évanouirent ?,
Aussitôt que la trève fut expirée, Kirkaldy recommença à faire tirer sur la ville d'Édimbourg, qui, depuis le retour des habitans qu'il en avait chassés, était plus affectionnée et plus dévouée que jamais au parti du roi. Mais comme le régent venait d'entamer un traité avec Huntly et Chatellerault , la suspension d'armes se continua avec eux. :
Ils avaient'été moins difficiles que ceux de la faction de Maitland et Kirkaldy , et ils avaient reu avec empressement les ouvertures du régent. Le duc de Chatellerault était d'un Caractre léger. Les approches de la vieillesse augmentaient son irrésolution naturelle, et lui donnaient de l'éloignement pour la vie agissante et entreprenante, Il y avait près de cinq ans que la guerre civile désolait l'Écosse, et il n'y en avait point eu encore d’une aussi longue durée, La reine n’en avait tiré aucun avantage, et
!Digges, 314.— 2 Molvil » 235.
| ses affaires.en avaient même souffert ; les divers | partis y avaient acquis peuwd’honneur, les pertes | de part et d'autre avaient été fort considérables, | etchacunmépuisait ses propres pays en dévastant | ceux de ses adversaires. Le peuple, réduit au
comble de la misère, Soupirait après la paix, et
souhaitait ardemment la fin d'une guerre des | tructive, et dont on ne retirait aucun fruit,
On: s'achemina vers: ce bien si désirable em | mettant la dernière main à la négociation: que le | régent suivait toujours avec Chatellerault et | Huntly. Le traité fut conclu entre eux à Pertir, le 23 février, sous: la médiation de Killegrew, ambassadeur d’Élisabeth : événement important et qui fit bientôt changer la face des affaires 1, Les principaux articles du traité portaient : «Que toutes les parties contractantes déclare- «raient publiquement qu’elles: approuvaient la «religion reformée actuellement établie ans le «royaume; qu’elles se soumettraient au gouver- «nement du roi, qu’elles reconnaîtraient l’auto- «rité de Morton comme régent ; et que tout ce «qui avait été fait contre le roi depuis son cou. «ronnement serait regardé comme illégitime ; «que les prisonniers faits de part et d'autre pen- «dant la guerre seraient mis en liberté, et que «les terres seraient rendues aux propriétaires «respectifs; que les proscriptions prononcées «Contre les adhérens de la reine seraient révo- «quées; qu'il y aurait une amnistie générale «pour tous les crines commis depuis le 15 juin «1567, et que le traité serait ratifié en parle- «ment, du consentement des parties 2. »
Kirkaldy, abandonné par ses associés, ne mon tra aucune inquiétude, re prit aucune précaution Pour sa sûreté, et ne voulut se prêter à aucune voie d’accommodement 3, Pendant que toute
1 App. , 0° VI. —.3 Crawf. : Mém., 251.
5 Melvil, dont le frère, Robert Melvil, était associé de Kirkaldy dans la défense du château d'Édimbourg, et qui était lui-même fort attaché à ce parti, assure que Kirkaldy offrit de s’accommoder à des conditions raisonnables, mais que ses offres furent rejetées par le régent. (Melv., 240.) Cependant, comme Élisabeth désirait beau- Coup alors le rétablissement de la paix en Écosse, et que Killegrew, ambassadeur d'Angleterre, fit, de concert avec le comte de Rothes, tous ses cfforts Pour engager Kirkaldy à accéder au traité de Perth, il paraît que la continuation des hostilités ne peut être attribuée, avec vraisemblance, qu'à l’opiniâtreté de Kirkaldy, au peu de confiance qu’il avait en Morton, et aux espérances
| qu'il avait de quelque secours étranger : cette opinion
l'Écosse étaitsoumise au roi, Kirkaldy entreprit de défendre le château d'Édimbourg au nom de la reine, et d'attendre l'arrivée des secours qu'on lui avait promis. Le régent n'avait rien alors de ce qui lui était nécessaire pour former le siége du château. Mais Élisabeth, qui avait résolu de mettre fin d'un seul coup aux troubles de l'Écosse, sans donner le temps aux Français de prendre part à ces querelles, fournit bientôt au régent des secours suffisans. Le chevalier Guillaume Drury marcha en Écosse avec quinze
cents hommes d'infanterie et une artillerie con-
sidérable. Le régent le joignit avec toutes ses forces : on ouvrit la tranchée, et les approches de la place se firent dans toutes les règles. Kirkaldy, découragé par la perte d’une grosse somme d'argent qu’on lui envoyait de France, et qui était tombée entre les mains du régent , par la trahison du chevalier Jacques Balfour, l'homme le plus dépravé de ce siècle, nese laissa pas néanmoins abattre par ce contre-temps. Son chagrin se tourna en désespoir, et réchauffa encore sa bravoure naturelle. Il tint pendant trente-trois jours contre tous les efforts des Écossais et des Anglais qui poussaient leurs attaques avec courage et émulation; et lorsqu'il demanda à parlementer, les fortifications étaient écroulées, un des puits du château était desséché, et l'autre était comblé par des débris. Dans cette situation, il conservait encore une intrépidité que rien ne pouvait ébranler. Il était déterminé à périr glorieusement au pied du dernier retranchement, plutôt que de se rendre à des ennemis pour qui il avait une haine invétérée. Mais sa garnison , qui n'était point animée de ces mêmes sentimens d’héroïsme et de désespoir, se mutina et le força de capituler. Il se rendit à Drury qui lui promit, au nom de la reine d'Angleterre, qu'il serait traité favorablement. Jacques Kirkaldy son frère, le lord Home, Maitland, le chevalier Robert Melvil, quelques citoyens d'Édimbourg, et environ cent soixante soldats furent faits prisonniers en même temps que lui !,
est d’ailleurs appuyée et mise dans la dernière évidence par le témoignage positif de Spotsw., 269, 270; de Camd., 448; de Johnst., Æist., ll, 4 ; de Digges, 334, et de Crawf., qui s'accorde avec eux sur ce point. Mém., 263,
1 Cald. , 408. Melv., 240. Crawf., Mém., 265.
Plusieurs officiers, qui avaient été appointés pendant la guerre, engagèrent leurs soldats à les suivre dans les Pays-Bas. Ils entrèrent au service des états généraux des Provinces Laïies: et par la manière dont ils s'y comportèrent, ils ajoutérent encore à la réputation des talens militaires qui avaient toujours été le caractère distinctif de la nation écossaise.
Le traité du régent avec Chatellerault et Huntly, et la prise du château d'Édimbourg, terminèrent ainsi les guerres civiles en Écosse, Lorsqu'on examine l’état où la nation était alors, et que l'on compare la force des deux factions , on voit que les adhérens de Marie, parmi les nobles, étaient bien supérieurs en nombre et en puissance. Mais leurs adversaires avaient d’autres avantages, et qui leur donnaient bien de la supériorité. La science politique, l'expé-
rience militaire et tous les talens qui se forment parmi les factions , ou qui y paraissent dans tout leur jour, brillaient particulièrement dans le parti du roi. Celui de la reine ne pouvait pas se vanter d'avoir un seul homme qui fût égal à Murray pour l'intrépidité tempérée par la prudence; à Morton, pour la pénétratiop et la sagacité ; à Maitland, pour l'esprit délié, adroit et insinuant ; à Drury, pour la valeur, toujours favorisée par des succès. Tous ces grands persounages furent employés dans les commencemens à jeter les fondemens de l'autorité du roi. D'un côté, les mesures étaient concertées avec prudence , et exécutées avec vigueur. De l’autre côté, des résolutions précipitées étaient suivies faiblement. Le peuple, animé du zèle de la religion, rempli de l'indignation qu'on lui avait inspirée contre la reine, soutenait avec chaleur le parti du roi. Le clergé mettait dans la balance tout l’ascendant qu'il avait pris sur le peuple. Ce fut par ces moyens et par l'entremise prépondérante de l'Angleterre que le gouvernement du roi prit enfin le dessus et fut solidement établi, Marie perdit jusqu'à cette ombre de souveraineté qu'elle avait conservée au milieu de ses souffrances sur une partie de ses sujets; et comme elle n'avait plus la permission d’avoir un ambassadeur à la cour d'Angleterre, la seule marque de dignité dont elle avait joui pendant quelque temps, elle n’y fut plus désormais considérée que comme une exilée, dépourvue de | tous les attributs de la royauté, entièrement ou-
tentior Burlei; se trou Jamais que ce sa mai preuve Élisabe tous cel que se Cecil ;
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Ilerault et dimbourg, en Écosse.
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bliée dans son propre royaume, gardée étroitement dans un autre avec inquiétude et jalousie. Ù Kirkaldy et les compagnons de son infortune restèrent , jusqu’à ce que la reine d'Angleterre, dont ils étaient prisonniers, eût décidé de leur sort, à la garde de Drury, qui les traita avec beaucoup d'humanité. Morton insistait pour qu’ou leur fit subir la peine due à leur rébellion et à leur opiniâtreté , et il déclarait que, tant qu'ils resteraient en vie, la sûreté de sa personne serait continuellement exposée, et son autorité compromise. Sans égard “pour l'engagement d'honneur que Drury avait pris, ni à ja parole qu’il avait donnée au nom de la reine sa maîtresse, les prisonniers furent livrés par Éli- Sabeth à la discrétion du régent. 11 commença par les envoyer dans des prisons séparées ; et après avoir pris le consentement d'Élisabeth, il condamna aussitôt Kirkaldy et son frère à être pendus à la croix d'Édimbourg. Maitland, qui n'avait pas lieu de s'attendre à un meilleur traitement , prévint l'ignominie d'une exécution publique par une mort volontaire ; ta termina « ses jours , dit Melvil, à la vieille mode des « Romains. »
Pendant que le régent exerçait sa vengeance sur les restes infortunés du parti de la reine, cette princesse, hors d'état de secourir ses serviteurs, leur donnait, du fond de sa prison, de vains regrets et des larmes inutiles. Sa santé commençait à s’altérer considérablement , soit par le défaut d'exercice, soit par les rigueurs de sa prison. Sur les instances de l'ambassadeur de France, le lord Shrewsbury, gardien de Marie, eut permission de la conduire à Buxton- Wells, peu éloigné de Tuthbury, lieu de sa détention. Cecil, qui venait d’être créé baron de Burleigh, et lord grand-trésorier d'Angleterre, se trouva par hasard alors dans ce mêmeendroit. Jamais ministre n'était entré avec plus de zèle que ce grand homme dans toutes les vues de sa maitresse, et ne lui avait donné plus de preuves de fidélité et d’attachement. Cependant Élisabeth entrait dans une telle méfiance contre tous ceux qui approchaient de la reine d'Écosse ; que Ses soupçons s'étendirent même jusqu’à Cecil; et pendant que Marie le regardait avec raison comme son ennemi le plus dangereux , il
eut bien de la peine à persuader à sa maitresse
qu’il ne s'intéressait point aux malheurs de la reine captive 1,
Cette même année le duc d’Albe fut rappelé du gouvernement des Pays - Bas. L'humeur altière de ce seigneur , la dureté de son administration avaient soulevé tous les esprits, L’Es- Pagne avait fait d’inutiles efforts pour réduire ses sujets rebelles. Elle avait épuisé tous ses trésors dans cette entreprise, elle y avait ruiné ses armées, et perdu toute sa gloire. Le due d’Albe fut à la fin sacrifié aux ressentimens des peuples; et pour essayer de les ramener , on donna le gouvernement de ces pays à Requesens homme d’un caractère plus doux et d'un génie moins entreprenant que le duc d’Albe. Élisabeth, qui savait que le duc, partisan zélé de la reine d'Écosse, entretenait toujours avec cette princesse des correspondances secrètes , fut ainsi délivrée d’un objet perpétuel d’inquiétudes.
Le royaume était alors dans une paix profonde ; cependant il ressentait encore les malheurs qui marchent toujours à la suite de la guerre civile. Les lois, peu respectées dans des temps de troubles chez les nations même les plus civilisées, étaient totalement méprisées par un peuple barbare, qui ne pouvait soutenir la contrainte d’un gouvernement régulier, Les désordres se multipliaient à un point insupporta ble dans toutes les parties du royaume, et sous l'appui de l'une ou l'autre faction on commettait impunément des crimes de toute espèce. Le régen: ‘atreprit de remédier à ces abus, et par son adresse et sa fermeté il vint à bout de rétablir l’ordre et la tranquillité. Mais l’avarice sordide dont il donna des marques dans le cours de ses opérations lui fit perdre le mérite et Ja gloire de ce service important, Les exactions du régent devinrent plus fatales à Ja nation que tous les désordres qu'il avait réprimés 2, Tout était rempli d’espions et de délateurs ; on faisait revivre d'anciennes offenses, on inventait des crimes imaginaires; on exagérait les transgressions les plus légères, et les délinquans étaient forcés de composer pour leur vie, en payant des sommes exorbitantes, On altéra dans le même temps la monnaie courante 3; on donna à prix
! Strype, 11, 248, 288.—* Append., n° VII ”# L'altération des monnaies sous la régence de Morton fut très considérable. Le titre et la finesse de Ja monnaie : avaient été altérés par les derniers princes, mais l'alté-
LEE PAES ARE FES AE RENE TE Se
d'argent des priviléges pour des branches de
commerce prohibé ; on imposa des taxes extra-
ordinaires sur Îles commodités de la vie; enfin ,
on épuisa toutes Îles ressources de la finance;
tous les raffinemens de ce genre d'oppression
dont les nations aussi peu policées que les Écossais l'étaient alors sont ordinairement affran-
éhies. De toutes les vexätions du régent, celles
dont on se plaignit le plus hautement et avec le plus de raison furent ses injustices ‘envers l'église. Le tiers des bénéfices assigné pour'la subsistance du clergé avait ‘toujours Été payé lentement et avec peu d'exactitude aux collecteurs nommés par l'assemblée générale du clergé ; et pendant les guerres civiles. on n'avait pu obtenir aucun paiement dans plusieurs endroits du royaume. Le régait, sous prétexte de redresser ces griefs et avec promesse d’assigner des honoraires à chaque ministre dans sa paroisse , extorqua du clergé le tiers de ce que la loi lui attribuait, Mais , aulieu de retirer aucun avantage de cette complaisance , on vit que le paiement devenait encore plus lent:et moins exact. Un ministre ordinairement chargé du soin de quatre ‘ou cinq paroisses recevait un salaire très modique; et l’avarice insatiable durégent absorbait le reste !.
La mort de Charles IX, arrivée pendant le cours de cette mème ‘année , fut une nouvelle infortune pour la reine d'Écosse. Henri IH, successeur de Charles, n'avait point le même attachement pour Marie. La jalousie de Henri contre la maison deGuise , eL'la eondescendance de ce prince pour la reine:sa mère lui dennaient beaucoup d'éloignement pour les intérèts de la reine d'Écosse.
La mort du duc de Chatellerault peut encore être considérée comme une perte véritable pour Marie. Le parlement avait plusieurs fois déclaré le duc héritier présomptif de la couronne, ‘ce qui lui avait donné une grande considération parmi ses concitoyens, et l'avaitmis plus qu'au-
ration n'avait pas été fort considéräble. Morton mêla un quart d'alliage sur chaque livre d'argent. En l'année 1581, toute la monnaie qu'il avait fait frapper fut décriée et retirée, pour être frappée de nouveau, et le titre de la monnaie fut remis à son ancien taux. (Raddin., Pref. d'Anders., Diplom. ,74.
F biens 272. Spotsw., 273. Gald., 11, 420,
cun autreen-étatide centre-balancer l'autorité du régent.
Les gardiens des marches d'Écosse et d'Angleterre ‘étaient dans l'usage d'avoir entre eux des conférences en de certains temps. Une de cer entrevues fut un jour suivie d’une quérelle fort vive, dans laquelle les Anglais eurent le désavantage. Quelques-uns furent tués sur la place, et le chevalier Jacques Forester, gardien des frontières, avec quelques gentilshommes qui l’accon: pagnaient , furent pris prisonniers; mais Élisabeth et le régent, touchés ‘des avantages qui résultaient de la bonneiintelligence établie entre les deux royaumes, prirent les mesures nécessaires pour empêcher qu'elle ne fût interrompue par cet accident, d’ailleurs peu considérable.
La tranquillité intérieure du royaume pensa être troublée par un autre événement. Les personnes élevées à la dignité d'évèques avaient de très faibles revenus étune autorité fort bornée; cependant le clergé, indisposé contre toutes les opérations du rrégent, qui s'était rendu odieux parses procédés, commençait à concevoir de la jalousie contre l'ordre épiscopal. Le clergé savait que dla corruption se glissait "par degrés dans l'église, à l'appui des titres honorables et sers des prétextes de bienséance, et il craignait que de ces faibles commencemens la hiérarchie 1e reprit avec le temps son ancienne puissance et
toute sa tyrannie. Gelui qui le premier fit naître ces soupçons fut André Melvil, homme d'un mérite fare, d'une vaste érudition, et recommandable par l'austérité de ses mœurs et par son intrépidité; mais, élevé dans le fond d'une université, il ignorait entièrement la science du monde. Tout occupé de ses vues, il ne savait point faire le discernement des moyens les plus convenables pour les faire réussir, et souvent il détruisait ses meilleurs projets par son imprudence et son impétuosité. Il proposa dans l'assemblée du clergé cette question, savoir : Si l'office d'évèque, tel qu'il était «alors exercé «dans le royaume, était conforme à la parole de «Dieu? » Les tribunaux ecclésiastiques retentissaient alors de plaintes formées sans cesse contre les évêques. On les accusait de peu d'attention pour leurs devoirs, et la négligence de plusieurs d'entre eux n'était que trop connue. L'évèque de Dunkeld, accusé d’avoir dissipé les revenus de son bénéfice, fut condamné par l'assemblée. Le
rége sur | avait détor et qu sur | de l’é Le poids à ceu firent gnité trepri effets naire ( sensio entre | d’Arg; d’Atho l'agres fendre se mel qui ne lorsqu oblige.
étaient procéd rectem gent v les cha:
découv son du blier au tés, et leur dé rendait tions q vant la de se de ment in l'âme de une ven Mort treprise milton ; conspire avait su
4 Caïd.
2 Craw
(1573) utorité du
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unie pensa t. Les peravaient de rt bornée; e toutes les ndu odieux cevoir dela lergé savait egrés dans bles et seus aignait que érarchie 1e Juissance et er fit naître ne d'un mérecommans et par son fond d’une a science du il ne savait ens les plus + souvent il son imprusa dans l’assavoir : Si alors exercé la parole de ues retentiscesse contre 1 d'attention de plusieurs L'évèque de revenus de ssemblée. Le
[1575] LIVRE YI 215
régent, au lieu de terminer ces contestations sur la forme du gouvernement ecclésiastique, avait grand soin de les entretenir, parce qu'elles détournaient le zèle du clergé d'autres dbjets, et qu’elles l'empêchaient de porter ses attentions sur les usurpations continuelles du patrimoine de l'église !,
Le régent n'avait jusqu'alors fait ressentir le poids de sa tyrannie qu'aux gens du commun ou
à ceux d’un moyen état. De nouveaux procédés .
firent bientôt apercevoir aux nobles que leur diguité ne les mettrait point à couvert de ses entreprises, et qu’ils éprouveraient à leur tour les effets de son autorité. Un accident assez ordinaire en Écosse, et qui y mettait souvent la dissension parmi les nobles, occasiona un démélé entre les comtes d’Argyll et d'Athol. Un vassal d'Argyll avait fait quelques dégâts sur les terres d’Athol; ce dernier prit les armes pour punir l'agresseur : Argyll se mit en devoir de le défendre, et les deux comtes étaient sur le point de se mettre en campagne pour vider une querelle qui ne méritait pas d’avoir de pareilles suites, lorsque le régent, interposant son autorité, les obligea de licencier leurs troupes. Les comtes étaient l'un et l’autre en contravention, et ces procédés, quoique assez ordinaires, étaient directement opposés à la lettre de la loi, Le régent voulut en tirer avantage, et entreprit de
les charger du crime de trahison : ce projet fut
découvert aux comtes par un officier de la mai-
son du régent. La vue du danger fit bientôt où-
blier aux deux comtes leurs anciennes animosi.-
tés, et forma entre eux une étroite union pour
leur défense commune; cette confédération les
rendait formidables. Ils méprisèrent les somma-
tions que le régent leur fit de comparaitre devant la cour de justice, et ils le forcèrent à la fin de se désister de ses poursuites, Mais ce traitement injurieux laissa de fortes impressions dans l'âme des comtes, et ils en tirèrent dans la suite une vengeance éclatante 2,
Morton ne fut pas plus heureux dans une entreprise qu'il forma contre le lord Claude Hamilton ; ce seigneur fut accusé d'avoir formé une conspiration contre la vie du régent. Ceux qu'on avait supposés complices de ce crime furent ar-
4 Caïd., Assemblées, 1574, etc. dohnst. » Hist., 15, Crawf., Mém. , 285.
rêtés et mis à la question sans qu'on en pût tirer aucune preuve; plusieurs autres circonstances firent connaître l'innocence d'Hamilton et dévoilèrent les vues que le régent avait eues en imputant au lord ce projet odieux 1.
Les nobles d'Écosse, presque égaux à leurs rois pour l'autorité et toujours traités par le moparque avec la plus grande distinction, étaient indignés à l'excès des procédés arbitraires d'un régent. Le peuple, accoutumé à une forme de gouvernement très simple et peu fait à des taxes extraordinaires, se plaignait hautement de lavi- Cité de Morton. Tous commençaient à tourner les yeux vers le jeune roi; tous attendaient de lui un gouvernement plus doux et plus équitable.
Jacques avait atteint la douzième année de son âge. Dès le moment de sa naissance, la reine l'avait confié aux soins du comte de Mar, et pendant les guerres civiles le prince avait résidé en pleine sûreté dans le château de Stirling. Alexandre Erskine, frère du comte de Mar, fut chargé en chef de l'éducation de Jacques. 11 eut pour précepteur le fameux Buchanan, à qui on . avait associé trois autres maîtres, les plus habiles qu’on pôt trouver dans la vation, et les plus versés dans les connaissances qu’on jugeait né-
cessaires à un prince. Le jeune roi montra de bonne heure une passion extraordinaire pour les sciences, et il y fit de grands progrès. Les Ecossais croyaient déjà apercevoir en lui toutes les vertus que l'amour ou la crédulité des sujets attribuent ordinairement à leurs princes lorsqu’ils sont dans leur enfance. Cependant comme le roi était encore fort éloigné de l’âge où la Joi lui permettait de prendre les rênes du pouvernement, le régent faisait peu d'attention à ces sentimens du peuple, et n'apercevait pas que les préjugés de la nation en faveur du roi pouvaien/ encourager ce prince à anticiper le moment de sa majorité. Dans cette confiance , Morton uonseulement négligea de s'assurer de l'amitié de ceux qui entouraient la personne du roi et qui avaient le plus de crédit sur son esprit, mais il poussa même l’imprudence jusqu'à irriter quelques-uns d’entre eux par des injures personnelles. Le ressentiment des uns, l'ambition des autres, les portèrent à inspirer au roi des soup-
!Crawf., Mém., 287.
çons contre le pouvoir et les projets de Morton.
«Sire, lui disaient-ils, un roi a souvent de
«très bonnes raisons pour craindre un régent,
«et il en a rarement pour l'aimer, L'ambition ou
«l'intérêt engage un régent à tenir sou prince
«dans une perpétuelle enfance, à éloigner de lui
“ses sujets et à le détourner de toute application
“aux affaires. 11 ne faut cependant à un roi
«qu'un peu de vigueur pour secouer ce joug.
«Des sujets:sont naturellement portés à respec- «ter leur souverain, et ils souffrent impatiem-
«ment la juridiction passagère et déléguée d'un «régent. Morton a gouverné avec une dureté in- «connue aux anciens monarques de l'Écosse. La «nation opprimée gémit sous son administra- «tion; elle verra avec joie les espérances d'un «gouvernement plus doux. A peine entend-on «aujourd’hui prononcer en Écosse le nom du roi; «ses amis n’ont aucun crédit, ses favoris aucune «considération. Le moindre effort peut renver- «ser la puissance de Morton et faire voir que, «dans le fond , elle est aussi faible qu'elle a été «en apparence arbitraire et illimitée. Le même «coup mettra votre majesté en possession de «toute l'autorité qui lui appartient , et délivrera «la nation d'une tyrannie insupportable. Si elle «ne veut point comme roi soutenir ses droits, «qu'elle daigne au moins entendre les cris et les «gémissemens de son peuple f,»
Ces discours se gravèrent profondément dans l'âme du roi, élevé dans l'opinion qu'il était né pour commander. Cependant l'approbation qu'il aurait donnée à ce projet aurait été de peu d'importance sans le concours des nobles. Les comtes d'Argyll et d’Athol, les deux seigneurs les plus puissans dans l'ordre de la noblesse, étaient animés d'une haine implacable contre le régent. La cabale qui s'était formée dans le château de Stirling leur fit part du complot qui se tramait. Ils y entrèrent avec chaleur, et Alexandre Erskine, qui, depuis la mort de son frère et pendant la minorité de son neveu , avait le commandement du fort et la garde de la personne du roi, leur procura une audience secrète de sa majesté. Ils exposèrent pareillement au roi les malheurs de ses sujets sous l'administration arbitraire du régent. Ils se plaignirent amèrement de l'injustice avec laquelle ils avaient eux-mêmes
1 Melv., 249.
été traités; et ils supplièrent le roi de convoquer une assemblée de tous les nobles, qui était le seul moyen de remédier aux griefs de la nation. Jacques y consentit, et on écrivit à cet effet des lettres au nom du roi. Mais les deux comtes eurent soin qu'elles ne fussent envoyées qu'à ceux qu'on savait indisposés contre Morton.
Le nombre de ces ennemis de Morton était néanmoins si considérable, que la plus grande partie de la noblesse se trouva à jour nommé rassemblée à Stirling. Morton , qui avait eu vent de l'entrevue d'Argyll et d'Athol avec le roi, faisait semblant de vouloir se démettre de la régence. Cependant les nobles étaient tous si animés contre le régent, qu'ils conseillèrent au roi de n'avoir aucun égard aux offres de Morton, de le priver de son office, et de prendre en main l'administration du gouvernement. Le lord Glamis, chancelier, et Herreis furent nommés pour aller signifier cette résolution à Morton, qui était alors à Dalkeith, lieu de sa résidence ordinaire. La nation, qui ne s'attendait point à cet événement, se livra à des transports de joie inexprimables; mais on fut également surpris lorsqu'on vit Morton partager en apparence la joie de la nation, et descendre tranquillement du faite de la grandeur. Le régent avait assez de pénétration pour apercevoir tout le danger de cette résignation, et il quittait sans doute avec regret un office dont il pouvait, aux termes de la loi, rester encore en possession pendant si long-temps. Mais toutes les sources d’où la faction dont il était le chef tirait sa force étaient taries, et la plupart même de ceux qui la composaient fournissaient alors à ses adversaires les moyens de l'humilier. Les communes , la ville d'Édimbourg, le clergé, indisposés contre le régent à cause de ses vexations multipliées, l'avaient entièrement abandonné. Élisabeth, qui s'était depuis peu engagée par un traité à envoyer un corps de troupes considérable au secours des habitans des Pays-Bas combattant pour leur liberté, ne pouvait porter ses attentions aux affaires de l'Écosse ; d’un autre côté, comme elle n'avait plus rien à craindre de la part de la France, où les princes lorrains n'a-
vaient plus alors la même autorité dans les con-
Ÿ a Spotsw., 278.
seils, ell de nouv sieurs n parti de bienfaits Pitcairn l’abando et vinre Morton, concour:
mina à | pour qu’ dit à Édi il se trou le roi ava sence de l'autorité en vertu entre les de cris de sans dou d’un hor pouvoir « mais con l'affectior tint du re ce qui av:
sa régenc fenses et leure forn ses craint faire inve:
gagtrent :
procurer | mier parle On non assister le Morton, a de dispute nait absol:
ses maison mens de |:
parence de dant son réflexions, bition déc recherche cienne gra
* Spotsw.,
ji de convoes, qui était fs de la naivit à cet efais les deux ent envoyées contre Mor-
Morton était plus grande jour nommé avait eu vent avec le roi, ttre de la réit tous si anilèrent au roi s de Morton, e prendre en ment. Le lord rent nommés on à Morton, e sa résidence ndait point à sports de joie ment surpris apparence la ‘anquillement nt avait assez ut le danger it sans doute it, aux termes on pendant si es d’où la facforce étaient 1x qui la comdversaires les unes, la ville sés contre le ultipliées, l'ailisabeth, qui an traité à enlérable au ses combattant rter ses attenun autre côté, craindre de la lorrains n'adans les con-
seils, elle n'était peut-être point fâchée de voir de nouvelles factions s'élever en Écosse, Plusieurs nobles attachés depuis long-temps au parti de Morton, et qui lui étaient liés par des bienfaits , tels que Glamis, Lindsay, Ruthven, Pitcairn , le secrétaire, et Murray de Tillibardin À
l'abandonnèrent tous au moment de sa chute, |
et vinrent se rendre à l'assemblée de Stirling. Morton, convaincu de sa propre faiblesse par le
concours de toutes ces circonstances, se déter- | mina à faire place à un torrent trop impétueux |
pour qu’il lui fût possible d'y résister, Il se rendit à Édimbourg avec Herreis et le chancelier ; il se trouva à la proclamation qui annonçait que le roi avait accepté le gouvernement; là, en présence de tout le peuple, il se démit de toute l'autorité à laquelle il avait droit de prétendre en vertu de son office de régent,, et il la remit entre les mains du roi. Tout retentit aussitôt de cris de joie et d'acclamations qui pénétraient sans doute de la douleur la plus amère l'âme d’un homme ambitieux forcé de renoncer au pouvoir suprême. Morton fut alors plus que jamais convaincu qu'il avait perdu entièrement l'affection de ses concitoyens. Cependant il obtint du roi un acte portant approbation de tout ce qui avait été fait par lui pendant le cours de sa régence, et le pardon de tous ses crimes, offenses et trahisons passés, conçu dans la meilleure forme et dans les termes les plus forts que ses craintes ou ses précautions avaient pu lui faire inventer. Les nobles du parti du roi s’engagtrent aussi, sous une amende très forte, à procurer la ratification de cet acte dans le premier parlement 1.
On nomma un conseil de douze pairs pour assister le roi dans l'administration des affaires. Morton, abandonné par son parti, hors d'état de disputer le terrain à la faction qui gouvernait absolument la cour, se retira dans une de ses maisons, où il ne s’occupait que des amusemens de la vie privée, et où il jouissait en apparence de la plus parfaite tranquillité. Cependant son âme était en proie à .ces tristes réflexions, compagnes inséparables d'une ambition déconcertée, et il était absorbé dans la recherche des moyens de recouvrer son ancieane grandeur. Dans le fond même de sa r'e-
* Spotsw., 278. Crawf,, Mém. , 289. Cald., Il, 522.
| traite, quele peuple appelait l'antre du lion, | ses richesses et ses talens le rendaient formi- | dable. Les nouveaux conseillers furent assez im | prudens pour le réveiller, en essayant avec trop | de précipitation de lui enlever le reste de sa |
| teau d'Édimbourg dont il était toujours en pos- | Session. Il le refusa d'abord, et il se préparait à | se défendre; mais les citoyens d'Édimbourg ayant pris les armes et battu une partie de la garnison, qui était sortie pour escorter un con- | voi de provisions, il fut obligé de rendre cette forteresse importante sans faire aucune résistance. Ses adversaires, encouragés par ce succès, convoquèrent un parlement à Édimbourg , et multiplièrent contre lui les demandes à un tel point, qu'ils lui persuadèrent que sa ruine totale était la seule chose qui pôût assouvir leur haine invétérée.
Cependant la puissance des ennemis de Mor.
ton et l'affection que le peuple leur portait commençaient à diminuer. Le chancelier.
l'homme le plus habile et le plus modéré de leur parti, ayant été tué à Stirling dans une rencontre de ses vassaux avec ceux du comte de Crawford, Athol, qui fut nommé pour le remplacer dans ce haut office, les comtes d'Eglinton, de Cathness et le lord Ogilvie, seigneurs les plus accrédités à la cour, étaient tous Ou papistes déclarés, ou soupçonnés de favoriser les opinions romaines: ce qui dans ce siècle, où le retour du papisme était tant redouté et avec de si justes raisons, causait une alarme générale, Comme Morton avait toujours traité les papistes avec beaucoup de rigueur, l'indulgence que ces seigneurs avaient pour eux faisait regretter l'administration du régent, et on en rappelait toutes les circonstances avec de grands éloges !,
Morton était instruit de toutes ces particularités. Il jugea la conjoncture favorable pour faire jouer les ressorts qu'il avait préparés. Il s’attacha à gagner la confiance du jeune comte de Mar et de la comtesse sa mère. Ensuite il leur fit entendre qu’Alexandre Erskine avait formé le projet d'ôter au comte, son neveu, le gouvernement du château de Stirling et la garde de la personne du roi. Ces insinuations firent tout leur effet
ISpotsw, 283,
sur l'esprit d'une femme ambitieuse et sur | Stirling. Pour éviter ces deux iuconvéniens, j}
celui d'un jeune homme de vingt aus, et il les |
engagea sans peine à repousser par la forge cette prétendue injure. Le comte se rend en diligence à Stirling. Il est reçu comme à l'ordinaire dans le château par tous ses serviteurs ; il se saisit des portes dès le grand matin , et il en fait sortir son oncle, qui n'était point sur ses gardes, et qui ne s'attendait pas à un pareil procédé de la part de son neveu. Les soldats de la garnison obéissent au jeune comte comme à leur gouverneur ; et sans courir le moindre danger, sans aucune effusion de sang, il se rend maître de la forteresse et de la personne du roi !.
Un événement aussi imprévu jeta les courtisans dans la plus grande constérnation. Morton ne paraissait point dans cette entreprise, mais il fut généralement soupçonné d'en être l'auteur. Les nouveaux conseillers virent qu'il était nécessaire pour leur propre sûreté de changer de batteries, et au lieu de poursuivre Morton avec un ressentiment implacable, ils crurent devoir entrer dans quelques termes d’accommodement avec un ennemi capable de leur susciter toujours de nouveaux embarras. Quatre personnes furent nommées de part et d'autre pour accommoder ces différends. Ils s'assemblérent dans un endroit peu éloigné de Dalkeith, et ils étaient sur le point de s’accorder, lorsque Morton , habile à saisir toutes les occasions favorables , sut tirer avantage de la sécurité de ses adversaires. Pendant qu'ils n’étaient'occupés que du traité prêt à se conclure, il sort au milieu de la nuit, marche droit à Stirling, et par l'entremise de Murray de Tillibardin , oncle du comte de Mar, qu'il avait gagné, il est reçu dans le château. Ilsut ensuite ménager les choses avec tant d'adresse et de dextérité, que bientôt il commanda plus absolument que le gouvyerneur même dans le fort de Stirling. Il reprit pareillement dans le conseil privé sa place et tout son ascendant 2.
Les approches. du jour marqué pour l’assemblée du parlement à Édimbourg caustrent à Morton de nouvelles inquiétudes. Il craignait de mener le roi dans une ville.dont.les habitans étaient tous dévoués à la faction opposée. Il ne voulait pas non plus quitter le rai ,et le laisser à
1Cald.,
11, 535. — 2 Zbid., 536,
publia, au nom du roi, une proclamation qui changeait le lieu de l'assemblée du parlement, et qui le trausférait d'Édimbourg au château de Stirling. Athol et ses partisans s'élevèrent con. tre cette démarche , comme opposée aux consiitutions du royaume. « Le roi, disaieut-ils, est « donc prisonnier de Morton, Les conseillers «n'en ont plus que le nom, et sont donc réel- « lement ses esclaves. Après des troubles d'une « aussi longue durée, un parlement libre, où « tous les nobles puissent setrouver sans crainte, « où ils puissent délibérer en pleine liberté , est « indispensablement nécessaire pour rétablir « l'ordre et pour réparer les maux de la na « tion, Les membres d'une assemblée convo- « quée contre toutes les règles, tenue entre des « remparts, environnée de gens armés, peu- « vent-ilsse flatterd'y ètre en sûreté? Quelle « sera La liberté dans les débats? quel avantage « en pourra-t-on retirer pour le bien public? » Cependant le parlement s’assembla au jour inarqué, et malgré les protestations que le comte de Montrose et le lord Lindsay firent au nom de tout leur parti, on procéda aux délibérations, L'acceptation que le roi avait faite du gouvervement fut confirmée ; l'acte accordé à Morton pour sa sûreté fut ratifié, et la comtesse de Mar, qui avait joué un des rôles principaux dans cette dernière révolution, reçut une pension viagère pour récompense de ses services f,
Cependant Argyll, Athol et leurs adhérens, munis des prétextes spécieux de tirer le roi de la captivité et le royaume de l'oppression , coururent aux armes. Le roi lui-même, qui souffrait impatiemment l'espèce d'esclavage dans lequel il était retenu par un homme contre lequel il avait d’'auciens préjugés, et qu'il haïssait de longue main , favcvisait en secret cette entreprise. Mais en même temps il était obligé de la désavouer dans le public, de lever des troupes contre ceux qui en étaient les auteurs, et on le força mème de déclarer par une proclamation, qu'il était exempt de toute contrainte, tant pour sa personne que pour la disposition de ses \0lontés. Les deux partis se mirent en campagne. ArgylLet Athol marchaient à la tète d’un corps de sept mille hommes. Celui qui venait à leur
* Cald., 11, 547, Parl. V,.dacq. VI.
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tète d’un corps qui venait à leur
rencontre n'était que de cinq mille hommes, commandés par le comte d'Angus, neveu de Morton. Les uns et les autres avaient peu d'empressement d'engager l'action, Morton se méfiait de la fidélité de ses troupes : les deux comtes étaient persuadés qu'une seule victoire, quand mème elle serait complète, ne déciderait point la querelle. Ils voyaient que, n'étant: point en état de former le siége du château de Stirling, où la personne du roi était gardée, leurs troupes seraient bientôt dispersées et leurs forces épuisées, pendant que Morton , soutenu par ses propres richesses et par la protection de la reine d'Angleterre, trouverait sans cesse de nouvelles ressources. Bowes fut envoyé par Élisabeth en Écosse pour négocier un accommodement entre les deux factions. Le traité fut conclu par la médiation de cet ambassadeur. Argyll et Athol furent admis en la présence du roi, Quelques personnes de leur parti furent placées dans le
… conseil privé, et on convoqua une assemblée ex-
traordinaire des nobles, pour terminer à l'amiablele reste des contestations 1.
Jacques, aussitôt qu'il eut pris en main le gouvernement , avait dépêché l'abbé Dunfermlingen Angleterre, pour donner part à Élisabeth de cet événement ; pour lui offrir de renouveler “alliance entre les deux royaumes, et pour demander le bien qui venait d'échoir au roi par le décès de la comtesse de Lennox sa grand'mère, Le second fils de Ja comtesse avait laissé une fille, nommée Arabelle Stuart, née en Angleterre. Comme la principale objection contre les prétentions de la branche d'Écosse à la couronne d'Angleterre était fondée sur la prohibition de la loi qui exclut les étrangers de tout droit aux successions qui leur sont ouvertes dans ce royaume, Élisabeth, en accordant à Jacques la succession de sa grand'mère, aurait établi en faveur de ce prince un préjugé qu'on aurait pu regarder comme une décision, par rapport à un point sur lequel elle avait toujours le plus grand soin de répandre des doutes. Pour empê-
à cher qu'on entreprit l'examen de cette question
délicate, et pour éviter d'éclaircir en aucune manière un objet qu’elle regardait comme le grand mystère de son règne, elle ordonna que les revenus des biens de la feue comtesse de Lennox
!Crawf., Mém., 307,
seraient mis en séquestre entre les mains du lord Burleigh, gardien délégué des mineurs.
Elle fit par-là sentir de bonne heure au roi d'Écosse l'obligation où il était de rechercher sa bienveillance, s'il voulait se flatter de quelque succès sur des prétentions d'une plus grande importance, mais également sujettes à discussion 1,
Les factions des nobles, après de longs délais, avaient enfin surmonté toutes les difficultés > étaient parvenues à une sorte d'accommodement. Mais eette espèce de réconciliation fut suivie d'un événement bien tragique. Morton, pour célébrer cette réunion, invite les chefs du parti opposé à un grand festin. Le chancelier Athol se trouva mal en sortant de table, et mourut quelques jours après. La violence et les symptômes de la maladie firent soupçonner fortement qu'il avait été empoisonné, et malgré le rapport des médecins et chirurgiens qui, lors de l’ouverture du corps, se trouvèrent partagés sur la cause de mort, les parens du chancelier chargeaient hautement Morton de ce crime odieux.
Les avantages qu'il trouvait à se voir délivré d'un homme qui avait de si grands talens et qui déconcertait toutes ses mesures » devinrent des preuves assurées de son crime dans l'esprit du peuple, toujours porté à chercher des causes extraordinaires à la mort des grands personnages.
L'office de chancelier fut donné à Argyll, qui, par reconnaissance de ce bienfait, se rapprocha de Morton , à qui il devait son élévation. Morton avait dissipé entièrement les cabales de ses ennemis; il avait abattu leur puissance et repris toute l'autorité qu'il avait pendant sa régence, Les grandes familles n'étaient plus pour lui des objets de jalousie; elles étaient hors d'état de traverser ses desseins ; il ne craignait plus que les Hamilton. Le cumte d’Arran , l'aîné de cette maison, frappé du mauvais succès de sa passion pour la reine, n'était jamais revenu de ce Coup, et avait à la fin perdu entièrement la raison. Le lord Jean, son frère puiné, était en possession des biens de la maison; et le lord Claude, le plus jeune, était commandeur de Paisley : l'un et l'autre dans la fleur de l’âge, ambitieux et entreprenans. Morton craignait leur pouvoir dans
! Camd., 461.
le royaume , les courtisans espéraient de partager leurs dépouilles, et comme les princes voient ordinairement leurs successeurs avec une sorte de haine et de jalousie, on n'eut pas de peine à fortifier ces passions dans l'âme du jeune roi. On avait en main un prétexte pour donner un air de justice aux. procédés les plus violens. Le pardon accordé par le traité de Perth ne s'étendait point aux complices des meurtres des deuxrégens, Murray et Lennox. On avait soupçonné le lord Jean et son frère d’être les auteurs de ces crimes; ils avaient été compris dans le bill général de condamnation passé à ce sujet. Sans aucune sommation préalable, sans avoir entendu un seul témoin pour constater le fait, ce bill fut regardé comme suffisant pour leur faire subir toutes les peines qu'ils auraient encourues s'ils avaient été convaincus en règle. Les comtes de Morton, de Mar et d'Eglinton, avec les lords Ruthven, Boyd et Cathcart, furent commis pour se saisir de leurs personnes et de leurs biens. Sur un simple avertissement , après quelques heures de délai, un corps de troupes considérable était déjà prèt, et marchait vers Hamilton en forme d'expédition militaire. Les deux frères prirent la fuite , et après avoir couru bien des dangers, vinrent à bout de se mettre en sûreté. Mais leurs pays furent confisqués : les châteaux d'Hamilton et de Draffan furent assiégés, et ceux qui les défendaient furent punis. Le comte d'Arran, incapable par son état actuel de commettre aucun crime, fut, par un abus honteux de la loi, enveloppé dans la ruine générale de sa famille, et resserré dans une étroite prison, comme si étant en démence il pouvait étre déclaré coupable de rébellion. Ces procédés si contraires aux principes fondamentaux de la justice furent tôus ratifiés dans le parlement suivant {,
Vers ce même temps, Marie écrivit une lettre à son fils : elle la lui envoya par Navé, son secrétaire, avec quelques bijoux de prix, et une veste qu'elle avait elle-même brodée de sa main. Mais comme dans la suscription de la lettre elte ne donnait à Jacques que le titre de prince d'Écosse, Navé fut renvoyé sans avoir été admis à l'audience du roi 2.
1Crawf., Mém., 311. Spotsw., 306 — ? Crawf., Mém., 314.
Élisabeth n'avait alors aucun sujet de craindre les entreprises des princes papistes en faveur de Marie; cependant elle gardait toujours sa prisonnière avec beaucoup de soins et d'inquiétudes. La conquête du Portugal d'une part, et de l’autre la défense des Pays-Bas, occupaient entièrement les conseils et les armes de l'Espagne. La France, déchirée par des guerres intestines, était gouvernée par un prince faible et capricieux, méprisé par ses propres sujets, dont. il avait perdu toute la confiance , et elle
| n'était point en état de songer à troubler ses
| voisins. Élisabeth amusait depuis long-temps la cour de France des négociations de son mariage avec le duc d'Alençon, frère du roi. Savoir si Élisabeth, âgée de cinquante-quatre ans, avait réellement envie d’épouser un prince de vingt | ans ; savoir si le plaisir d'ètre recherchée par un jeune homme flattait son amour-propre et l'engageait à recevoir les vœux du prince, ou bien si, dans cette occasion, les considérations politiques la dominèrent ainsi que dans toutes | les autres opérations de son règne, ce sont des problèmes d'histoire que je n’entreprendrai point de résoudre. Pendant le cours de cette négociation , qui fut trainée en longueur , Marie ne pouvait pas espèrer des secours de la France, et il paraît même qu’elle y entretenait peu de correspondances. Ce moment fut, dans le règne d'Élisabeth, l'époque de sa plus parfaite tranquillité. :
Morton paraissait jouir alors du même avantage en Écosse, mais c? calme n'était pas appuyé sur des fondemens aussi solides. Morton avait dissipé l'orage, il avait renversé ses ennemis, il s'était remis en possession de toute la direction des affaires ; mais le roi était parvenu à un dgt où le caractère et les inclinations commenceit à se développer. Celles de ce prince étaient i aisées à apercevoir, que Morton, avec la moindre attention, aurait pu se convaincre qu'il devai en attendre de nouvelles entreprises contre son autorité, et bien plus dangereuses. Jacques montra de bonne heure cet attachement excessif pour ses favoris, passion qui le domina pendant tout le cours de sa vie. Elle était excusable à son âge : on pouvait l’attribuer à son peu d'expérience, aux premiers feux de la jeunesse, et on ne devait pas s'attendre qu’il fit alors avec beat coup de discernement le choix de ceux qui dke-
venaient l’o dérable de France, fils nox. Il port terre située cêtres, auxq de leur vale dus à cette Écosse pou Lennox, si droits lépiti reçu par ler un parent :
sonne, l'élé niéres honn l'esprit de Je mûr, se lais frivoles. Il rc à son empress
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après que Sl … lord Aberbrc À de comte, e gouverneur | taine de la g et lord granc le capitaine. Ochiltree, pa auprès du roi entre ces deu ordinaires pa prince. Ceper tait pas fonde Il n'y en eut j avait beaucou doux et hum:
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» lord Aberbrothock; bientôt après il reçut le titre 2 de comte, ensuite il fut fait duc de Lennox,
} gouverneur du château de Dumbarton, capi- | taine de la garde, premier lord de la chambre,
javait beaucoup de franchise, était naturellement doux et humain ; mais il n'avait aucune connais-
trompé ou mal informé par ceux en qui il met-
2 par aucune vertu, à moins qu'on ne veuille ho-