partie de la sentence, mais il fut touché de ces
mots art and part , qu'il répéta par deux fois avec véhémence, et en Y ajoutant cette exclamation, Dieu sait si cela est ainsi, On prononÇa la condamnation décernée par la loi pour crime de trahison. Mais le roi fit grâce à Morton de ce supplice cruel et ignominieux , commua la peine, et ordonna que le lendemain Je comte serait décapité 1,
Pendant cet intervalle Si court et si terrible ; Morton conserva une tranquillité d’âme admitable. Il soupa aiment, et dormit une partie de là nuit comme à son ordinaire, 1] employa le
? Morton fut décapité avec une Machine qu'il avait lui-
Cest un tranchoir arrêté dans un cadre, et qui, glissant sur deux Coulisses, tombe sur le cou du patient, hi.
reste du temps à des actes de piété, ou à converser sur la religion avec quelques ministres d'Édimbourg. Les ecclésiastiques qui l’assistaient lui parlaient librement de l'état de sa
qu'elle: l'approuvait ; que Bothwell le sollicita
peu de temps après, Bothwell, secondé par Ar- Chibald Douglas, l'ayant de nouveau sollicité à
Par lequel l'entreprise serait autorisée ; et que, Comme on ne lui avait point produit cet ordre,
Parler de cette affaire. « Au reste, Continua-t-il, ,Qil est vrai que je n'ai jamais consenti à cette «trahison, et que je n’ai point aidé à l'exécution est également certain que je «Dai pu ni révéler le complot ni le prévenir : (Car à qui aurais-je pu le découvrir? Ja reine «était l’auteur de l'entreprise ; Darnly était une «espèce de sot à qui on ne pouvait pas avec sû- «relé confier un secret : Huntly et Bothwell ; qui «avaient la Principale autorité dans le royaume, «étaient ceux mêmes quicommettaient le crime, » On est obligé de Convenir que ce détail pouvait contribuer à la décharge de Morton. L’apologie qu'il fit de sa conduite par rapport aux grâces qu’il avait répandues sur Archibald Douglas, Sachant qu'il était un des conjurés , ne fut pas satisfaisante, 11 ne parut pas néanmoins que Sa Conscience fût en aucune manière trouhlée à ce sujet !, Lorsque ceux qui le gardaient vinrent l'avertir que la garde était sous les armes, et que tout était prêt :« J'en rends grâce à Dieu ; «dit-il, je suis prêt aussi. » Arran, je principal instrument de la Condamnation de Morton ,
ComMmandait la garde, et dans ces derniers mo- ; mens, où la haine Ja
ordinairement se ralentir, les ennemis de Mor-
plus implacable paraît
! Crawf., Mém. Append. , 3.
ton ne voulurent pas lui épargner cette nouvelle insulte. 1 monta sur l'échafaud avec une contenance assurée, dans un grand calme, et sans qu'il parût la moindre altération dans sa voix ni dans son maintien, Après avoir resté pendant quelque temps en prières, il souffrit la mort avec une intrépidité digne du nom de Douglas. Sa tête fut placée sur la porte de la gedle publique d'Édimbourg. Son corps resta, couvert d'un méchant manteau , sur l'échafaud jusqu'au coucher du soleil, et fut ensuite porté par des crocheteurs au lieu destiné pour la sépulture des criminels. Aucun de ses amis n'osa se trouver à son enterrement, ni lui donner des marques publiques d’attachement et de reconnaissance !. Arran, aussi débordé: dans sa vie privée qu'audacieux dans sa conduite publique, donna un nouveau spectacle à ses concitoyens par son mariage infâme avec la comtesse de March:
Avant qu'il fût parvenu à ce haut degré de faveur à la cour, il fréquentait la maison du comte de March, et il y était parfaitement bien: reçu. Sans aucune reconnaissance des bienfaits du comte, sans aucun respect pour les lois de l’hospitalité, il entretenait un commerce criminel avec la comtesse, femme de son bienfaiteur; femme jeune et belle, mais quë, suivant le récit des historiens contemporains, portait les défauts de son sexe à un excès insoutenable.
Arran et sa maîtresse, impatiens d'être gènés dans leurs désirs , souhaitaient avec un égal empressement de pouvoir avouer publiquemeut leur passion, et de légitimer par un mariage les fruits de leur amour scandaleux. La comtesse forma la demande en séparation de: son mari, et elle se servit de moyens qu'une femme: qui aurait eu quelque retenue n'aurait jamais osé employer. Les juges, intimidés par Arran, rendirent sans aucun. délai la sentence de divorce, et cette seène d’iniquité fut terminée par la célébration du mariage qui se fit avec la plus grande magnificence ?, et qui saisit d'horreur les personnes de tout rang et de tout état.
Le parlement se tint cette année , et ils'ouvrit par des querelles fort vives entre Arran et le comte de Lennox qui venait d’être fait duc.Arran, naturenement alter, et séduit par l'ambition démesunee de sa femme, se lassait de vivre sous la
iCrawf.. Mém., 324. Spoisw. 314: — Did. 35.
protection du due qu’il avait jusqu'alors recher-
chée, et il aspirait à devenir son égal. Il essaya
plusieurs fois de former dans le conseil un parti
contre Lennox, mais il échoua dans ses entre-
prises, et il fut banni de la cour. Voyant que le duc était affermi dans les bonnes grâces du roi,
il eut recours aux soumissions ; il rampa de nou-
veau devant le favori, ilobtint son rappel, et il reprit son ancien crédit. Cependant il ne négligeait rien pour rendre le duc toujours de plus en plus odieux à la nation. Pendant tout le cours de ces démélés, il faisait assidument sa cour au clergé, il affectait un zèle extraordinaire pour la religion protestante, il travaillait à confirmer les soupçons qu'on avait conçus contre le duc, et il ne cessait de le représenter comme un émissaire de la maison de Guise et comme un fauteur du papisme. Ces caiomnies, de la part d’un homme qu'on croyait initié dans tous les secrets du due, trouvèrent plus de créance que n’en méritait l'accusateur. On peut encore attribuer à ces mèmes démélés divers actes du parlement par rapport à l'église, et qui lui étaient plus favorables qu'à l'ordinaire, particulièrement celui qui abolit l'usage introduit par Morton, de n'établir en quelques endroits qu’un seul ministre pour plusieurs paroisses.
On n’a point parlé depuis quelque temps des affaires ecclésiastiques. L'église n’était pas néanmoins dans une parfaite tranquillité, pendant que le gouvernement civil était le théâtre de tant de révolutions extraordinaires. Deux objets principaux fixaient l'attention du clergé. L'un était l'établissement d’un système de discipline ou de police ecclésiastique. Après de longs travaux et bien des difficultés, on avait donné une forme convenable à ce projet. L'assemblée s0lennelle l'avait approuvé, et avait ordonné qu'il serait présenté au conseil privé pour en obtenir l'approbation en parlement. Mais Morton, pendant son administration, et les deux seigneurs qui, après sa chute, gouvernèrent le royaume, étaient également portés à en empècher l'extcution. On iit naître des difficultés, on propos des objections, et on vint à bout d'empêcher que cet arrèté prit force de loi. L’autre point que le clergé avait en vue, était l'abolition de l'ordre épiscopal. Les évèques étaient tellement dévoués au roi, à qui ils devaient leur élévation que quelques personnes regardaient l'exercice
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(1581] LIVRE VK 227
de leurs fonctions comme dangereux pour la liberté de la: nation: Ils avaient obtenu séance dans le parlement, ils étaient distingués par des titres d’honneurs, et ces avantages non-seulement les détournaient de leurs occupations spirituelles, inais ils changeaient même leur caractère et leurs mœurs qui devenaient entièrement opposés à ceux du clergé de ce siècle, Lesnobles étaient jaloux de leur autorité, le peuple les ac-
cusait de mener une vie profane; les uns et les -
autres désiraient leur suppression avec un égal empressement. La jalousie personnelle de Melvil contre Adamson, homme: d’une profonde. érudition , distingué par un genre d'éloquence agréable au peuple, et qui, après la mort de Douglas, avait été nommé archevêque de Saint- André, se mêla aux passions générales et les fit fermenter. On attaquait l'ordre des évêques dans toutes les assemblées. On borna par degrés leurs priviléges, ét à la fin on passa un acte, portant que l'office d'évêque, tel qu’il était alors exercé dans le royaume, n’était ni fondé ni autorisé par la parole de Dieu; et on enjoignit, sous peine d'excommunication, à tous ceux qui étaient pourvus dudit office, de le résigner incessamment, et cependant de s'abstenir de la prédication et de l'administration des sacremens, jusqu’à ce qu'ils eussent reçu la permission de l'assemblée, La: cour ne voulut point acquiescer à ce décret. L'archevéché de Glasgow vint à vaquer, le siége fut aussitôt rempli par Montgomery, ministre à Stirling. Cet homme, vain, léger, présomptueux, était plus propre, par les vices de son caractère, à aliéner les esprits du peuple d'un ordre qu'il aurait affectionné, qu’à les réconcilier avec celui qui faisait alors l'objet de leur aversion. Cependant Montgomery fit un accord honteux avec Lennox; et à la recommandation de ce seigneur , il fut nommé archevêque. Le presbytériat de Stieling, dont il était membre, et celui de Glasgow, où il devait être transféré, se disputèrent à l'envi l'honneur de le poursuivre à ce sujet. Jacques employa alter xativement les voies de douceur et de rigueur pour sauver Montgomery : elles furent également infruetueuses. L'assemblée générale était sur le point de prononcer la sentence d’excommunication, lorsqu'un héraut entra dans le lieu où elle se tenait, et: ordonna au nom du roi, et sous peine de rébellion , à tous les mem-
bres’ qui la:composaient , de suspendre la procédure. Ils méprisèrent cette injonction, et après un délai fort court que Montgomery obtint par ses larmes et par des apparences de repentir, la sentence fut à la fin rendue, et, par les ordres de l'assemblée, publiée dans toutes les églises du royaume.
La hardiesse de quelques membres du clergé, particulièrement des ministres d'Édimbourg , répondit à la fermeté de l'assemblée générale. Is déclamaient tous les jours, avec véhémence, contre la corruption qui régnait dans l’administration des affaires de l'église; et avec cette liberté qu’on se donnait alors en chaire, ils nommaient Lennox et Arran comme les principaux auteurs: de tous les: maux dont l'église et le royaume étaient accablés depuis si long-temps. Les courtisans, d'un autre côté, portaient des plaintes au roi de l'insolence et de l'esprit séditieux du clergé. Jacques, pour arrêter la licence et l'audace de ces propos, publia un édit par lequel il était ordonné à Drury, l’un des ministres qui avaient pris le plus d'ascendant sur le peuple, non-seulement de sortir d'Édimbourg , mais même de s'abstenir de prêcher dans tout autre endroit. Drury se plaignit aux tribunaux ecclésiastiques de cet empiétement sur les priviléges de son office. La doctrine que ce ministre avait prèchée fut approuvée par les juges ecclésiastiques, et ils décidèrent qu'onn'’aurait aucun égard à la proclamation du roi, Mais les magistrats ayant arrêté que Drury serait chassé de la ville, conformément aux ordres: du roi ; Ce ministre fut obligé de cesser ses fonctions, et il se retira en protestant publiquement à la croix d'Édimbourg contre la violence qu'on lui faisait, Tout le peuple, fondant en larmes et jetant de grands cris, accompagna: Drury jusqu'aux portes de la ville , et le clergé annonça la vengeance du ciel contre les auteurs de cet outrage 1.
L'église se trouvait dans cette situation critique, l'autorité de ses tribunaux était attaquée, la liberté de ses chaires était restreinte , lorsqu'une révolution subite dans le gouvernement lui procura un secours auquel elle ne pouvait point s'attendre,
Les deux favoris avaient prisuntel ascendant sur le roi, qu'ils exerçaient dans ie royaume un
? Cald., Assembl., 1576, 1582. Spot. , 277, etc.
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D Le no So
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pouvoir illimité, et ils portaier l'excès. Jacques faisait ordinairement sa rési-
dence à Dalkeith ou à Kinneil, endroits appar- |
tenant à Lennox et à Arran. Il y vivait dans une compagnie , et s'occupait à des amusemens peu convenables à un roi. La plupart de ceux qui avaient contribué à le placer sur le trône étaient
oubliés, pendant qu'on prodiguait les honneurs | | leur gré l'esprit du roi; et elle était disposée
et les récompenses à ceux qui s'étaient opposés avec le plus d'emportement à l'avénement du roi. Les favoris ne faisaient qu’entretenir le roi
des prérogatives de l'autorité royale, et ils les !
portaient bien plus loin que ne le permettait la constitution de l'Écosse; ces maximes outrées firent, malheureusement pour le jeune monarque, de profondes impressions dans une âme qui n'avait point encore de consistance, et elles furent la source de toutes les fautes qu'il fit dans la suite, lorsqu'il fut en possession des deux royaumes {. On tint dans tous les comtés des cours de justice : les propriétaires des terres furent sommés d'y comparaître, et sur la plus petite transgression de l’une des formalités invroduites en si grand nombre dans le droit féoda, ils étaient condamnés à de fortes amendes, avec une rigueur inusitée et intolérable. On fit revivre la juridiction ancienne et surannée du lord-chambellan sur. les bourgs, et ils étaient exposés à des exactions qui n'étaient pas moins onéreuses. On apercevait en même temps un dessein formé d'irriter Élisabeth, et de rompre l'alliance qu’on avait contractée avec cette princesse, que les protestans regardaient comme le principal appui de leur religion en Écosse. On avait établi une étroite correspondance entre le roi et la reine sa mère, et le traité d'association projeté par Maitland pour la réunion de leurs titres à la couronne et le concours de leur administration était déjà fort avancé. Cette association mettait l'autorité du roi dans un danger évident d’être entièrement anéantie , ou tout au moins diminuée, et elle ne pouvait pas manquer d'être fatale à ceux qui avaient agi avec vigueur contre Marie.
Toutes ces circonstances soulevèrent les esprits remuans des nobles d'Écosse. Ils résolurent de ne pas souffrir plus long-temps l’insolence des deux favoris, dont la présomption et l’igno-
1 Cald., IV, 152.
rtaient l'impudence à | rance étaient également pernicieuses pour le roi
et pour le royaume. Élisabeth, qui pendant l'administration des quatre régens avait dirigé absolument les ‘faires de l'Écosse, voyait avec chagrin que cepuis la mort de Morton elle avait perdu toute son influence dans ce royaume ; elle était également irritée contre ces favoris, si opposés à toutes ses vues , et qui maniaient à
à soutenir toutes les mesures qu'on prendrait pour le tirer de leurs mains. Les comtes de Mar et de Glencairn, le lord Ruthven qui venait d'être créé comte de Gowrie, le lord Lindsay, le lord Boyd, le tuteur du lord Glamis, le seigneur d'Oliphant , et plusieurs autres barons et nobles , formèrent un complot à cet effet. Les changemens dans le gouvernement se font toujours avec lenteur chez les nations policées : tramés dans le plus grand secret, conduits avec art, ils sont ordinairement le fruit des intrigues et de l'industrie ; mais dans ce siècle grossier, ils étaient toujours occasionés par des révolutions subites et soutenues par la violence. Les conjurés encouragés par la situation d'un roi subjugué, et par la sécurité de ses favoris, eurent aussitôt recours à la force.
Jacques , après avoir resté pendant quelque temps à Athol, où il prenait avec ses favoris le divertissement de la chasse, revenait à Édimbourg avec une suite peu nombreuse. II fut invité de s'arrêter au château de Ruthven, qui était sur le chemin. Comme il ne se doutait de rien, il accepta la proposition , espérant de trouver en cet endroit de nouveaux amusemens. La multitude d'étrangers qu'il y trouva lui donna d'abord quelques soupçons ; et comme ceux qui étaient dans le secret arrivaient successivement d'un moment à l’autre, le concours de tous ces visages nouveaux augmenta ses appréhension.
Il dissimula néanmoins soigneusement le trouble où il était, et ilannonça une promenade pour le lendemain matin, dans l'espérance de trouver quelque occasion de s'échapper. Mais comme il était près de sortir , les nobles en corps entrèrent dans sa chambre, et lui présentèrent un mémoire contre les procédés illégitimes et la tyrannie de ses deux favoris , les accusant d’être les ennemis les plus dangereux de la religion et de la liberté de la nation. Jacques reçut ces re montrances avec une satisfaction apparente