‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme]Chapitre 23 sur 155 · ES · texte numérisé non relu

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1 Cald., 1

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ant quelque es favoris le sait à Édimse. Il fut inuthven, qui e doutait de rant de trouusemens. La a Jui donna me ceux qui ccessivement s de tous ces préhensions.

ment le troumenade pour ce de trouver ais comme il corps entrèsentèrent un gitimes et la ceusant d’être la religion et reçut ces ren apparente

ainsi que le demandait sa situation actuelle , mais il était fort impatient de sortir. Il s'avance vers la porte de son appartement : le tuteur de Glamis vient au-devant lui et le repousse rudement. Le roi s’exhale en plaintes , en reproches, en menaces ; et voyant qu'elles ne faisaient aucun effet, il a recours aux larmes. «Il n'est pas « question de pleurer, lui dit fièrement le tuteur « de Glamis, cela convient à des enfans et non

« à des hommes. » Cette dure réprimande fit

une forte impression sur l'esprit du roi, et il ne l’oublia jamais. Les conjurés, sans s’embarrasser de ses larmes ni de sa colère, renvoyérent tous ceux de sa suite qui leur étaient suspects, et ne permirent qu'à ceux qui étaient du complot d'approcher de la personne de sa majesté, Ils traitérent le roi avec beaucoup de respect, mais ils le gardaient avec soin » et ils ne le perdaient pas de vue un seul moment, Cette action hardie est ordinairement appelée par nos historiens, {ke raid of Ruthven 1, l'entreprise de Ruthven.

Lennox et Arran furent consternés de ce coup imprévu, et si fatal à leur autorité. Le premier essaya , mais en vain, de faire prendre les armes aux habitans d'Édimbourg pour tirer leur souverain de la captivité. Arran, avec son impétuosité ordinaire, monte à cheval aussitôt qu’il eut appris l'accident du roi, et s'avance, peu accompagné, vers le château de Ruthven. Il rencontre un gros corps de conjurés , COMmandés par le comte de Mar, qui veulent s'opposer à son passage. Il se sépare de sa troupe , ne garde que deux personnes avec lui, et arrive à la porte du château. La vue de cet homme si odieux à sa patrie saisit d’indignation les conjurés, et la mort aurait été à l'instant le prix de son audace , si l'amitié de Gowrie » Ou quelque autre cause dont nos historiens ne font point mention, n'avait conservé la vie d’un homme si Pernicieux pour le royaume. Cependant il fut renfermé dans le château , sans avoir été admis en la présence du roi.

Jacques tenu dans la captivité par ses propres sujets, et qui ne pouvait pas s'empêcher de laisser apercevoir le mécontentement qu'il avait de leurs procédés » fut néanmoins forcé de déclarer publiquement par une proclamation qu’il approuvait leur entreprise, qu'il était

? Cald., 11, 134 Spotsw. 320, Melv., 357.

en pleine liberté, qu'on ne lui faisait aucune violence, et qu'il défendait que sous prétexte de le tirer des mains des conjurés on formât aucune entreprise contre ceux qui avaient trempé dans le complot de Ruthven. I1 ordonna en même temps à Lennox de sortir du royaume avant le 20 de septembre t.

Aussitôt après, deux ambassadeurs arrivèrent de la part d'Élisabeth; le chevalier George Carey et Bowes. Le prétexte de cette ambassade était la délivrance du roi 3, le motif réel était de soutenir les conjurés. Le comte d’Angus, qui depuis la mort du comte de Morton son oncle ; était en exil, obtint son rappel par l'entremise de ces ambassadeurs, et le retour de ce seigneur, si puissant et si populaire, fortifia beaucoup la faction 2,

Lennox , par des qualités aimables et par la douceur de son caractère ; S'était fait beaucoup d'amis ; il avait reçu par des voies indirectes des assurances positives que la bienveillance du roi à son égard n'avait souffert aucune altération. Sa première résolution fut de n'avoir aucun égard aux ordres rigoureux qu'il avait reçus, Sachant qu’ils avaient été extorqués au roi et qu'ils étaient désagréables à sa majesté. Cependant la puissance de ses ennemis, maîtres de la personne du roi » Soutenus en secret par Élisabeth, approuvés ouvertement par le clergé,

lui fit abandonner ce projet dont le succès était douteux, et le danger certain tant pour luimême que pour son souverain. Il différa néanmoins son départ , sous divers prétextes , dans l'espérance ou que le roi trouverait le moyen de se tirer des mains des conjurés , ou que la fortune présenterait quelque occasion favorable de prendre les armes pour le délivrer,

Les conjurés étaient de leur côté fort empressés d'obtenir le suffrage de leurs concitoyens, et même de faire approuver authentiquement leur entreprise. Ils publiérent à cet effet un manifeste fort étendu, où ils exposaient les motifs de leur conduite, et où ils s'efforçaient de justifier cette démarche hardie. Ils cherchaïient à soulever l’indignation publique contre les deux favoris. Ils exagéraient leur insolence et leur incapacité. Ils leur reprochaient le mépris des nobles, le violement des priviléges de l'église,

lCald., 11, 135, 138. — * Ibid. , 152.

l'oppression du peuple, et ils chargeaient ce tableau odieux des coulenrs les plus fortes, Ils profitèrent du moment où le roi ne pouvait pas avec sûretéles refuser, et ils le forcèrent de leur accorder des lettres de némission dans la forme la plus étendue. !lls ne fuvent point encore satisfaits d'avoir remporté cet avantage ; ils s'adresstrent à l'assemblée du clergé , ‘et ils vinrent aisément à bout d'en obtenir un acte portant : « Qu'ils avaient fait une œuvre agréable à Dieu, «avantageuse à leur souverain et à leur patrie. » Par ce même acte, tous lesbons protestans étaient sommés de prèter la main aux conjurés pour achever une “entreprise aussi louable ; et pour lui donner plus de force , il fut ordonné à tous les ministres de le publier en chaire, et de menacer des censures de l'église tous ceux qui entreprendraient de s'opposer aux progrès de la bonne cause. Quelques jours après , les états, assemblés extraordinairement , en passèrent un autre tendant au même but , et dans lequel on accordait aux conjurés le pardon général de tout ce qu'ils avaient fait !.

Jacques fut d'abord conduit à Stirling par les conjurés , ensuite au palais d'Holyroodhouse. Ils lui rendaient en apparence tous les espects dus à la majesté royale, mais toutes ses démarches étaient observées avec soin, et il n'avait pas plus de liberté qu'au premier moment de sa détention. Lennox, après avoir plusieurs fois éludé les ordres qu'il recevait de sontir du royaume , fut à Ja fin obligé de se mettre ‘en chemin. Cependant il s'arrêta encore pendant quelque temps aux environs d'Édimbourg , et il paraissait être toujours dans l'intention de faire quelque effort pour la délivrance du roi. Mais soit que la douceur de son caractère lui dounât de l'éloignement pour toute effusion de sang et pour es désordres des guerres civiles , soit qu'il fût arrèté par quelque autre cause dont laconnaissance n'est pas parvenue jusqu'à nous, il abandonua ce projet et passa en France , en prenant son chemin par l'Angleterre. Si le duc de Lennox avait obéi avec chagrin aux ordres du roi, ce prince avait de son côté ressenti une peine extrème en signant l'ordre qui bannissait le duc hors du royaume. Ils déploraient chacun de leur côté cette dure séparation, sans avoir

1 Cald., 111, 177, 187, 200. Spotsw., 322.

ni l'un ni l'autre assez de pouvoir et d'autorité

pour d'empêcher. Le duc arriva en France , ,ac-

cablé de fatigue et, de douleur, et il fut aussitôt

saisi d'une fièvre -ardente «qui le conduisit au

tombeau. I déclara dans ses derniers momens

qu'il mourait dans la religion protestante, et

la fermeté qu'il montra sur ce point le justifia

pleinement des imputations d'attachement au

papisme dont on avait voulu si injustement le charger:en Écosse !. Le duc était le plus ancien des favoris de Jacques, et celui qu'il chérissait le plus, et ces avantages le rendaient le ministre le plus utile à son maître , quoiqu'il ne fût pas le plus habile. La mort même ne put altérer ni refroidir la tendre amitié que leroi avait pour Lennox. Sa postérité ressentit les effets de la bienveillance et de la générosité du roi. Jacques s’honora lui-même ‘en rendant les plus grands honneurs à la mémoire de son favori, et ce trait est un des plus beaux éloges du caractère de ce prince.

Le singulier succès de cette conspiration , qui avait privé Jacques de la liberté, avait retenti dans toute l'Europe , et la nouvelle en était enfin parvenue à Marie dans le fond de sa prison. Elle avait fait la triste expérience de toutes les injures auxquelles un prince captif peut ètre exposé ;.et comme la plupart de ceux qui avaient formé l'entreprise contre son fils étaient les mêmes personnes qu'elle regardait comme les principaux auteurs de toutes ses infortunes, sa tendresse maternelle en était alarmée , elle craiguait pour son fils le même sort; et ces justes appréhensions aggravaient encore les horreurs de sa situation. Dans cette crise de douleurs, elle se détermina à écrire à Élisabeth. Elle se plaignait d’abord amèrement de la rigueur inouïe dont on usait à son égard , et elle finissait par supplier la reine de ne point laisser le roi d'Écosse à la merci de-ses sujets rebelles , et de ne:point souffrir qu'il fût réduit à cet état malheureux dans lequel elle avait gémi pendant si long-temps. Le ton d'aigreur et de fermeté qui régnait dans cette lettre caractérisait l'esprit altier de Marie, qu'une longue suite de mal heurs n'avait pu abattre, et faisait sentir jusqu’à quel point elle était indignée des artifices

et de la dureté d'Élisabeth. Mais ce style était

1 Spotsw. , 324.

peu trouv obten ni ad ni les d'Éco:

Her ililes « politie celte :

pour 1 remen anbas ordre ( ses eff situati Élisabe cher F fit acco envoyé parenc sadeur toutes verser.

jusqu'a d'Ecoss du moi port de la comr fit à Fé nobles, sonne € entremi depuis!

les affai du dang les prin dans les les préc:

dans les tiques d de Fran l’'ambass adiance de Dieu.

qu'on n’:

ment pli dinaire,

Camd.

| d'autorité rance , aCfut aussitôt pnduisit au rs momens estante, et t le justifia hement au xstement le plus ancien il chérissait ‘le. ministre | ne füt pas ut altérer ni i avait pour effets de la roi. Jacques plus grands ri, et ce trait ractère de ce

piration , qui avait retenti en étaitenfin a prison. Elle joutes les inpeut être exx qui avaient s étaient les it comme les infortunes, sa mée , elle craiet ces justes e les horreurs de douleurs, ibeth. Elle se le la rigueur et-elle finissait t laisser le roi rebelles , et de à cet état malémi pendant si de fermeté qui térisait l'esprit suite de malsait sentir jusée des artifices js ce style était

peu convenable aux circonstances où Marie se trouvait ; elle ne pouvait pas se Matter de rien obtenir par cette voie, et elle n’obtint en effet ni adoucissement aux rigueurs de sa captivité, ni les bons offices d'Élisabeth en faveur du roi

d'Écosse,

Henri HT haïssait les princes de Guise, mais il les craignait, et il était souvent obligé, par politique, de rechercher leur amitié, Ce fut par celte raison qu'il s'entremit alors avec chaleur pour retirer Jacques des mains d'un parti entiérement dévoué à l'Angleterre, La Motte-Fénelon, ambassadeur de France en Angleterre, reçut ordre d'aller à Édimbourg, et d'employer tous ses efforts pour rétablir le roi d'Écosse dans une situation plus convenable à sa dignité. Gomme Élisabeth ne pouvait pas avec bienséance empécher Fénelon de remplir son ministère, elle le fit accompagner par Davison, qu’elle nomma son envoyé en Écosse. Davison était chargé en apparence de favoriser la négociation de l'ambassadeur , mais il avait des ordres secrets d'épier toutes les menées de Fénelon, et de les traverser, Aucun des princes du continent n'avait jusqu'alors reconnu Jacques en qualité de roi d'Écosse, Ce prince fut flatté de vette ambassade

du monarque français. Jacques, dans le trans-

port de sa joie, et touché d'ailleurs de l'objet de la commission dont l'ambassadeur était chargé, | fit à Fénelon la réception la plus honorable. Les nobles, qui s'étaient rendus maîtres de la per-

sonne du roi, ne voulaient point souffrir cette entremise de la cour de France, qui avait perdu depuis long-temps ses anciennes influences sur les affaires de l'Écosse. Le clergé était alarmé du danger auquel la religion serait exposée si les princes de Guise reprenaient leur ascendant

dans les conseils de la nation; et malgré toutes |

les précautions que le roi prit pour les contenir dans les bornes de la bienséance , les ecclésias-

tiques déclamaient publiquement contre la cour |

de France, contre les princes de Guise, contre l'ambassadeur , contre le projet d'une nouvelle

qu'on n'aurait point soufferte.dans un gouvernement plus régulier , mais qui alors était fort ordinaire, L'ambassadeur, obsédé par Davison,

1 Camd., 489.

décrédité auprès des nobles ; Exposé aux insul!es du clergé et du peuple , prit le parti de se re. tirer, et repassa en Angleterre sans avoir pu rien changer à la situation du roi, ni obtenu aucune réponse à la proposition qu'il avait faite, que le gouvernement fût administré conjointement au nom de Jacques et au nom de la reine sa mère !, Jacques ressentait plus vivement de jour en . Jour le chagrin de sa captivité, mais il avait soir de le dissimuler avec beaucoup d'art, Cependant | il était continuellement OCoupé à trouver les | moyens de s'échapper, Ses malheurs le rendirent ingénieux , et il dut à la fin, à ses propres | Soins et à ses intrivues, une liberté qu'il n'avait pas pu obtenir par l'entremise du roi de France, et que la reine d'Angleterre ne voulait point lui procurer, Les conjurés, qui avaient forcé Lennox à sortir du royaume, et qui tenaient Arran éloigné de la cour, vivaivnt dans une grande sécurité. Ils croyaient que le temps avait ramené le roi sur leur compte, et qu'il commençait à s'accoutumer à sa situation, et ils le gardaient avec moins d’exactitude. Il s'était élevé entre eux quelques sujets de discorde, et l'ambassadeur de France, qui avait eu soin de les fomenter, avait affaibli le lien de leur union, qui faisait tonte leur sûreté2, Le colonel Guillaume Stuart, qui commandait la troupe de nobles commis à la garde du roi, fut gagné, et ce fut lui qui contribua le plus à rendre la liberté à son maitre. On permit à Jacques d'aller de Falkland à Saint- André, sous prétexte de faire visite au comte de Marck, son grand- oncle. Pour ne point | donner de soupçon , il logea d'abord dans une | maison de la ville qui était tout ouverte. En- | suite il marqua de la curiosité de voir le château, et aussitôt qu'il y fut entré avec quelques personnes affidées de sa suite , le colonel Stuart ordonna qu'on fermät les portes, et laissa dehors tout le reste de sa troupe, Le lendemain matin les comtes d’Argyll, de Huntly, de Crawford,

| de Montrose, de Rothes, et autres qui étaient adiance avec les persécuteurs déclarés de l'église de Dieu, et ces discours étaient d'une véhémence |

dans le secret, arrivèrent dans la ville avec leurs vassaux. Mar et quelques chefs des conjurés parurent sous les armes, mais ils se trouvèrent si inférieurs pour le nombre, qu'ils auraient

| tenté inutilement de se remettre à force ouverte

* Uald., 11,307. Spoisw., 324. 4p., n° XH.— *Camd. 482,

en possession de la personne du roi, qu'ils gardaient depuis plus de dix mois. Jacques était d'un naturei doux et facile, et ceux qui approchaient de sa personne faisaient ordinairement de vives impressions sur un Cœur qui paraissait formé pour être subjugué par ses favoris. Il était à la vérité depuis long-temps animé d'une haine implacable contre les conjurés; mais il était dans un âge où les ressentimens sont plus violens que durables, et ceux qui l'avaient offensé pouvaient espérer de trouver des occasions de rentrer dans ses bonnes grâces, et d'y réussir sans y mettre beaucoup d'art, à moins que l'indignation qu'il aurait conçue de cette première insulte, faite à sa personne et à son autorité, n'eût été portée à l'excès.

Jacques se livra, comme un jeune homme, à des transports de joie de se voir en liberté. Cependant il eut la prudence de suivre les avis du chevalier Jacques Melvil, l'un de ses plus sages conseillers, et il se conduisit avec beaucoup de modération. Il fit appeler en sa présence les chefs des deux factions, la petite noblesse des environs, les députés des bourgs voisins, les iministres et les chefs des colléges, et il leur déclara que, quoiqu'il eût été retenu par force pendant quelque temps, il ne voulait imputer ce crime à qui que ce soit; qu'il oubliait tout le passé, qu'il ne conservait aucun ressentiment des fautes commises si fréquemment pendant sa minorité; qu'il accordait un pardon général, et qu'il voulait désormais ne mettre aucune distinction entre ses sujets, et leur porter à tous une égale affection. Pour marque de sa sincérité, il fit une visite au comte de Gowrie, dans le chàteau de Ruthven, et il lui accorda une entière abolition de toutes les fautes qu'on pourrait lui reprocher, relativement au crime commis en ce même endroit !.

Mais ce prince ne suivit pas long-temps ce plan de prudence et de modération. Le comte d’Arran avait eu la permission de rester pendant quelque temps à Kinneil, l'une de ses maisons de campague. Aussitôt que le roi se vit en liberté, il sentit renaître son affection pour le comte, et il marqua un grand désir de le voir. Les courtisans s'opposèrent fortement au retour

‘ de ce favori, dont ils craignaient l’insolence et

1 Melvil, 272.

la tyrannie, et qui par ses crimes était devenu l'horreur de la nation. Cependant Jacques, continuant ses instances, et promettant qu'Arran ne resterait qu'un seul jour à la cour, ils furent obligés à la fin de céder aux importunités du roi, Cette entrevue fit revivre l'ancienne amitié du roi pour le comte. Jacques oublia ses promesses ; Arran reprit en peu de jours tout son ascendant, rentra en possession de toute son autorité, et il l'exerça avec l'arrogance d’un favori sans mérite et avec l'audace qui lui était particulière !.

Le premier effet de son retour fut un édit concernant les personnes impliquées dans l'entreprise de Ruthven. Ils étaient sommés de reconnaître leurs fautes avec les plus grandes marques de soumission, et le roi leur promettait un pardon absolu, pourvu que leur conduite à l'avenir ne mit point sa majesté dans l'obligation de se ressouvenir du passé. L'énoncé de cette déclaration était bien différent de cette amnistie illimitée dont on avait flatté les conjurés. Ils ne pouvaient pas avec sûreté se fier à des promesses captieuses accompagnées d'une clause ambiguë , ni faire aucun fond sur la parole d’un jeune prince dominé par un ministre sans foi et sans honneur, par un homme animé du désir de la vengeance, et porté dans ce moment au-delà même des bornes de sa férocité ordinaire : la plupart des chefs de la conspiration de Ruthven, qui jusqu'alors avaient paru avec confiance à la cour, seretirèrent dans leurs maisons; et voyant l'orage dangereux qui se formait sur leurs tètes, “ils commencèrent à concerter des mesures pour se retirer dans les pays étrangers ?.

Élisabeth , qui avait protégé pendant si longtemps les conjurés, voyait avec le plus grand déplaisir des mesures qui tendaient si visiblement à leur destruction. Elle écrivit au roi sur un ton de fierté et d'aigreur peu usité entre les princes. Elle lui reprochait avec dureté d'avoir manqué à sa parole en rappelant le comte d’Arran à la cour, et de porter l'imprudence à l'excès en traitant avec tant de rigueur ses meilleurs et ses plus fidèles sujets. Jacques répondit avec force et avec dignité, que des promesses extorquées par la violence et des conditions accordées par des motifs de crainte n'étaient plus obliga-

1 Melv., 274. — */bid. , 278. Spotsw., 326. Cald. , il,

[1585 toires qu'il n° Histres service los con soutien telle in l'èreme

La le rivée de nommé

à la cou ficence dessein Walsin, liers av sur les!

la reine ‘mêmes | L'aml l'arroga sieurs i créatur conclu singhan en Angl Le dépl tance, q tions or voyage ( chancela faire imp nement i on ne vil dans les de croire ministre.

truire exa du roi d’ l'on pou:

conjectur à l'avenir extérieur gagna be sadeur a un portra d'Écosse désormai:

! Melv., :

était devenu acques , cOnnt qu'Arran ur, ils furent inités du roi, 1e amitié du s promesses ; yn ascendant, utorité, et il i sans mérite ulière t, t un édit condans l’entreés de reconndes marques ettait un paraite à l'avenir ligation de se cette déclaraamnistie illinjurés, Ils ne des promesses use ambiguë, le d’un jeune ns foi et sans du désir de la ment au-delà ordinaire : la n de Ruthven, confiance à la ons ; et voyant sur leurs têtes, mesures pour ndant si longle plus grand ient si visible- ‘ivit au roi sur usité entre les dureté d’avoir le comte d’Aridence à l'excès es meilleurs et répondit avec omesses extortions accordées nt plus obliga-

v., 326. Cald. , ll,

toires lorsque leurs causes n'existaient plus ; qu'il n'appartenait qu'à lui seul de choisir les miistres qu'il jugeait à propos d'employer à son service ; qu'il était à la vérité déterminé à traiter 8 conjurés avec clémence, mais, que pour le

soutien de son autorité, il était nécessaire qu'une |

‘elle insulte faite à sa personne ne restat pas en- Lerement impunie f,

La lettre d'Élisabeth fut bientôt suivie de l’arr'vée de Walsingham, son secrétaire qu’elle avait nommé son ambassadeur en Écosse, Il parut à la cour de Jacques avec un éclat et une magnificence qui lui avaient été recommandés dans le dessein de charmer et d'éblouir le jeune prince, Walsingham eut plusieurs entretiens particuliers avec le roi, L'ambassadeur insista encore sur les lieux communs contenus dans la lettre de la reine sa maîtresse , et le roi répondit dans les

‘mêmes termes qu'il avait écrit à Élisabeth.

L'ambassadeur anglais, après avoir éprouvé |

l'arrogance du comte d’Arran, et souffert plusieurs indignités de sa part et de celle de ses créatures , s'enretourna en Angleterre sans avoir conclu aucun nouveau traité avec le roi. Wal- Singham était, après Burleigh , celui qui avait en Angleterre la principale direction des affaires. Le déplacement d’un homme de cette importance, qui abandonnait le cours de ses oCCupations ordinaires pour entreprendre un long Yoyage dans un âge avancé, et avec une santé chancelante, paraissait annoncer que quelque affaire importante en était la cause » OU qu'un événement intéressant en serait l'effet ; mais comme on ne vit rien de remarquable dans le cours et dans les suites de cette ambassade, il y a lieu de croire qu'Élisabeth , en employant cet habile ministre, n'avait d'autre intention que de s’ins- | truireexactement delacapacitéet desdispositions | du roi d'Écosse, qui était parvenu à un âge où l'on pouvait former avec quelque certitude des conjectures sur son caractère et sur sa conduite | à l'avenir. Jacques, qui possédait tous les talens : extérieurs qui font briller dans la conversation, gagna beaucoup à ces entrevues avec l'ambas- | sadeur anglais, qui fit à la reine sa maîtresse un portrait si avantageux de la capacité du roi |

d'Écosse qu'Élisabeth se détermina à le traiter désormais avec plus de décence et de respect 2,

! Melv., 219.—]bid., 295, Cald., 111, 258, Jebb. 1, 536.

La protection déclarée qu'Élisabeth accordait aux conjurés ne fit qu'augmenter la violence des | Poursuites que Jacques avait ordonnées contre | eux. Comme ils avaient tous refusé d'accepter le | pardon aux conditions qu'on leur avait offertes, | ils furent sommés par une nouvelle proclamation de se rendre eux-mêmes dans les prisons. Le cômte d'Angus seul obéit ; les autres ou s’enfuirent en Angleterre , ou bien obtinrent du roi la permission de passer dans les pays étrangers. | On tint une assemblée extraordinaire des états, Les membres qui la composaient , séduits par les indignes artifices du comte d'Arran , déclarèrent coupables de haute trahison tous ceux qui avaient participé à l’entreprise de Ruthven; ordonnérent que l'acte passé l'année dernière, et qui portait approbation de leur conduite, serait biffé des registres; et s'engagèrent à soutenir le roi pour continuer à procéder contre les fugitifs dans toute la rigueur de la loi.

Les conjurés n'avaient rien fait qui ne fût fort ordinaire dans ce siècle barbare , sous un gouvernement mal établi, dans un temps où les nobles étaient toujours prêts à se mutiner, Cependant il faut convenir qu'ils étaient réellement coupables d'un acte de trahison contre leur souverain ; et que Jacques, qui portait ce jugement de leur conduite, avait de bonnes raisons pour vanter sa clémence, lorsqu'il offrait le pardon aux conjurés, à condition qu'ils feraient l’aveu de leur crime; mais, d'un autre côté, le roi ayant promis volontairement une amnistie générale, il est certain que les nobles avaient raison de se plaindre de son manquement de foi, et que le roi avait commisune imprudence impardonnable

| €n mettant ainsi la vie des conjurés à la discré-

tion du comte d’Arran,

Ces fréquentes révolutions faisaient un tort considérable aux affaires de l'église. Pendant que les conjurés furent en possession de l'autorité , le clergé non-seulement recouvra ses pri-

| viléges, mais même il les étendit. On avait com-

mencé par déclarer la hiérarchie illé vitime, et On avait ensuite pris des mesures hardies pour Supprimer l'ordre des évêques et les bannir entiérement de l'église, Si Adamson n'avait pas su adroitement faire naître des difficultés, et trat-

| ner l'affaire en longueur, le zèle ardent des

conjurés serait venu à bout de priver tous

les évêques d'Écosse de leur autorité, et peutêtre même de les faire excommunier. ‘Lorsque le roi eut recouvré sa liberté, les affaires prirent une face bien différente. La faveur du comte d'Arran, ennemi déclaré de tout ‘bien, et qui n'avait rien de-sacré ,:et la rigueur qu'on exerçait contre des nobles qui étaient les défenseurs les plus zélés du parti protestant, étaient regardés comme des présages assurés de la ruine prochaine de l'église. Le clergé ne pouvait pas cacher ses appréhensions ni se tenir dans le silence à l'aspect du danger qui le menaçait. Drury, qui avait été rétabli ministre A Édimbourg , faisait publiquement en chaire l'apologie de l'entreprise de Ruthven. Le roi entra dans une telle fureur contre Jui que, malgré les marques de soumission et de repentir, le ministre ne put fléchir ce prince. Jacques ordonna à Drury de se démettre de son office. André Melvil fut sommé de comparaître devant le conseil privé, et d’y répondre sur la doctrine qu’il avait préchée dans un de ses sermons dans lé

glise de Saint-André. On l'accusait d’avoir comparé les maux présens de la nation avec cenx qu'elle avait ressentis sous le règne de Jacques HT, et d’avoir fait sentir indirectement qu’on devait y apporter les mêmes remèdes, Le ministre crut qu'il était de son devoir de ‘soutenir avec fermeté ce qu'il avait avancé. T1 déclina la juridiction d'un tribunal séculier dans une affaire qu’il regardait comme purement ecclésiastique. Le presbytériat dont il était membre était, dans son opinion, seul en droit de lui faire rendre compte de ce qu'il avait dit en chaire; et ni le roi, ni son-conseil, ne pouvait, selon lui, sans violer les immunités de l'église, juger en première instance ce la doctrine annoncée par les prédicateurs. Cette exemption de la juridiction civile était un privilége que les ecclésiastiques papistes, toujours ardens pour tout ce qui pouait augmenter l'éclat et l'autorité de leurs corps, avaient ambitionné, et qu'ils avaient à la fin obtenu. Sicette même prétention avait réussi, le clergé protestant serait devenu indépendant du magistrat civil, et au lieu de l'utilité dont il pouvait être à la société, en prêchant les devoirs qui tendent au bonheur et à la tranquillité des peuples, il serait devenu pernicieux en enseignant sans crainte les principes les plus dangereux, ou en portant les citoyens à des actions

contraires aux lois. Le roi, jaloux à l’excés de ses prérogatives, fut aälarmé de l'audace de cette entreprise; et comme Melvil, par son s4voir et par son zële, avait acquis la réputation et l'auvorité d'un chef de parti, Jacques se détermina à le punir avec une rigueur que cette prééminence rendait nécessaire, et à employer à propos la sévérité pour découcerter un projet aussi dangereux. Melvil s'enfuit en Angleterre pour se soustraire à la fureur du roi, et les chaires retentirent aussitôt de plaintes et de gémissemens. On accusait publiquement le roi d’avoir éteint le flambeau des sciences dans le royaume , d’avoir privé l'église du gardien le plus habile et le plus fidèle de sa discipline et de ses priviléges !.

Ces déclamations et cet emportement du clergé contre les mesures de la cour étaient fort agréables au peuple. Les conjurés, quoique chassés du royaume, y avaient toujours conservé beaucoup de crédit. Comme ils avaient tout à craindre du ressentiment d'un jeune prince animé par les conseils forcenés du comte d’Arran, ils ne cessaient de solliciter leurs adhé+ rens de prendre les armes pour leur défense commune. Gowrie , le seul qui $'était soumis au roi, et qui avait accepté le pardon, se repentait d'une démarche qui lui avait fait perdre toute sa considération dans son parti, et qui ne lui avait procuré dans l’autre aucun avantage. Après avoir essuyé bien des mortifications, négligé par le roi, traité avec hauteur par le comte d’Arran , il reçut à la fin ordre de sortir d'Écosse, et de passer en France. Pendant qu'il attendait à Dundee ? une occasion de s’'embarquer, il ap prit que les comtes d’Angus et de Mar, et le tuteur de Glamis, avaient formé le projet de surprendre le château de Stirling. Dans la situa tion où était Gowrie, on n’eut pas de peine à lui persuader d'entrer dans le complot. Il différa de s’embarquer, sous différens prétextes, et il se tenait prêt à prendre les armes au jour marqué par les conjurés pour l'exécution de l'entreprise. Ce long séjour à Dundee, sans aucune

1 Spotsw., 330. Cald. , IH, 304.

# Dundee, Donum Dei. autrefois Taodunum et Alectum. Petite ville de l'Écosse septentrionale. Elle est fortifiée et située à trois lieues de Saint-André, vers le nord, dans le comté d’Aungus, et sur l'embouchurt du Tay, où elle a un bon port.

raison a] cour, de:

conspirat entourer Gowrie é prit pris et Glamis y arborë un manif pour élo qui avait dignes, € supportal sonnemel soupçonn homme 0 De plus, avait pro et vassau constanc leur décc de les dé d'un cor prirent |:

Angleter per {, Ce faiblemer conspirat füt abatti et augme d’Arran f couragés plus harc leurs pro qu'ils im une procé commissi bison, et |

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1 Home, Doisw., &

x à l’excés de e l'audace de il, par s0n sala réputation ‘ques se détereur que cette et à employer rter un projet en Angleterre lu roi, et les aintes et de uement le roi iences dans le du gardien le liscipline et de

portement du ur étaient fort 1rés, quoique toujours conme ils avaient it d'un jeune enés du comte er leurs adhé:

"leur défense {ait soumis au 1, se repentait erdre toute sa qui ne lui avait antage. Après ions, négligé le comte d’Arortir d'Écosse, qu'il attendait barquer, il ap de Mar, et le é le projet de . Dans la situa pas de peine à aplot. Il différa rétextes, et il $ au jour marion de l’entre- , Sans aucune

odunum et Alecnale, Elle est fort-André, vers le l'embouchure du

raison apparente, fit naître des soupçons à la | entitremeni dévonées à la cour. Pour dérober

cour, devint fatal à Gowrie, et fit échouer la conspiration. Le colonel Guillaume Stuart fit entourer par quelques soldats la maison où Gowrie était logé, et malgré sa résistance il le prit prisonnier. Deux jours après, Angus, Mar et Glamis, s'emparèrent du château de Stirling, y arborèrent leur étendard , et publièrent dans un manifeste qu'ils n'avaient pris les armes que pour éloigner de la présence du roi un favori qui avait acquis son autorité par des actions indignes, et qui l'exerçait avec une insolence insupportable. Cependant la nouvelle de l'emprisonnement de Gowrie rabattit leur courage. Ils soupçonnaient quelque trahison de la part d’un homme qui les avait déjà une fois abandonnés. De plus, un secours d'argent qu'Élisabeth leur avait promis n’était point payé, et leurs amis et vassaux étaient lents à se rassembler. Ces circonstances augmentaient leurs irrésolutions et leur découragement. La vigueur du roi acheva de les déconcerter. Jacques s'avançait à la tête d’un corps de vingt mille hommes; les conjurés prirent la fuite, passèrent avec précipitation en Angleterre, et eurent bien de la peine à s'échapper !, Cette entreprise formée avec témérité et faiblement soutenue eut le sort ordinaire des

au clorgé la connaissance des lois qu'on avait projetées , les lords des articles furent engagés par serment au secret. Quelques ministres, qui soupçonnaient le danger dont l'église était menacée ou qui en étaient instruits, députérent au roi un homme de leur corps pour faire part à sa majesté de leurs appréhensions. L’envoyé fut arrété à la porte du palais et confiné dans une prison fort éloignée. D'autres se présentérent pour entrer au parlement : on refusa de les y

. admettre !; et on fit ensuite des lois qui renversaient totalement la constitution et la discipline

conspirations avortées. Le parti des conjurés |

fut abattu; celui du roi prit de nouvelles forces et augmenta de réputation; l'autorité du comte d’Arran fut affermie ; Jacques ei son favori, encouragés'par ce succès, prirent des mesures plus hardies, et suivirent sans obstacles tous leurs projets. Gowrie fut la première victime qu’ils immolèrent à leur ressentiment. Après une procédure tout-à-fait informe, les pairs de la commission déclarèrent Gowrie coupable de trabison, et il fut publiquement décapité à Stirling.

“Le roi s'attacha ensuite à rabaisser l'autorité de l'église. Mais, pour réussir dans ce projet , il fallait nécessairement qu'il appelât à son secours l'autorité législative, On assembla à la hâte un parlement, Dans ce moment, où tant de uobles étaient sortis du royaume, où la plupart étaient bannis de la présence du roi, éloignés ou intimidés par l'arrogance du comte d'Arran, l'assemblée ne fut composée que de personnes

Home, Histoire de la maison de Douglas, 376, poisw., 330.

de l’église, On déclara crimes de haute trahison tout refus de reconnaître la juridiction du conseil privé, toute prétention d’exemption de T'autorité des tribunaux séculiers, toute entreprise qui tendrait à diminuer les droits et les privi-

| léges d'aucun des trois états du parlement. On

ajouta, que les assemblées civiles ou ecclésiastiques sans la permission ou l'ordre du roi: les propos tenus en public ou en particulier, dans des sermons ou des harangues, renfermant des imputations fausses ou scandaleuses contre le roi el ses ancêtres ou Ses ministres, seraient regardés comme crimes capitaux 2.

Lorsque ces lois furent publiées à ‘la eroix d'Édimbourg, suivant l’ancien usage , Robert Pont, ministre de Saint-Cuthberts, et l'un des

: lords de session, fit, contre ces lois, des protes-

tations solennelles, au nom de ses confrères, attendu qu'elles avaient été faites à l'insu du clergé et sans son consentement. Depuis la réformation , les chaires et les tribunaux ecclésiastiques avaient toujours été regardés comme sacrés. Dans les chaires, le clergé était accoutumé à censurer et à admonester avec une pleine et entière liberté. Dans sestribunaux il exercait une juridiction indépendante et sans appel. On voulait attaquer ces deux priviléges. et rendre les zens de l'église aussi faibles qu'ils étaient indigens. L'avarice des nobles leur avait enlevé leurs richesses , l'ambition du roi tendait à les priver de l'autorité qui appartenait à leur ordre. II n'était pas étonnant que l'alarme fût générale, et que tout retentit de plaintes et de murmures. Tous les ministres d'Édimbourg abandonnèrent

1 Cald., Hi, 365, 2 Parl., VIIL Jacques VI.

leurs offices et s'enfuirent en Angleterre. Les ecclésiastiques les plus célèbres du royaume suivirent leur exemple. La surprise et la désola-

tion étaient générales dans toutes les parties de |

l'église d'Écosse. Le peuple regrettait des pas-

teurs qu’il estimait, et dans la consternation où il était d’un événement aussi imprévu, il exhala sa rage contre le comte d’Arran, et commenca mème à soupçonner le roi d’être ennemi de la \ religion réformée t,

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