‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme]Chapitre 25 sur 155 · Spotsw., 340. — * Melv · texte numérisé non relu

Spotsw., 340. — * Melv

de provisions pour vingt-quatre heures , fu:

obligé d'écouter aussitôt des propositions d'accommodement. Les lords victorieux ne cherchèrent point à tirer avantage de leurs succès pour former des demandes exorbitantes , et le roi de son côté parut disposé à accorder toutes les choses raisonnables. Les lords obtinrent le pardou de toutes les fautes qu'ils avaient commises. L'acte en fut dressé dans la forme la plus ample et la plus authentique. Les principales forteresses du royaume leur furent remises, pour leur servir de places de sûreté. Crawford , Montrose et le colonel Stuart, furent éloignés de la présence du rci, et on convoqua un parlement pour rétablir la tranquillité dans le royaume !. Les nobles confédérés et leurs adhérens composaient la plus grande partie de ce parlement. Cependant on ne les vit point se prévaloir de leur nombre pour montrer un esprit de vengeance. Satisfaits d'avoir obtenu un acte qui les rétablissait dans leurs anciens honneurs et dans leurs biens, et la ratification du pardon que le roi leur avait accordé, ils parurent avoir oublié toutes les fautes commises dans la précédente administration, et ils épargnèrent à Jacquesla wortification de voir ses ministres notés publiquement et couverts d'infamie. Arran seul, privé de toutes ses dignilés, dépouillé de tous ses honneurs, déclaré par une proclamation publique ennemi de la patrie, retomba dans sa première obscurité ; tous ses titres pompeux disparurent , et il resta pour toujours avec son ancien nom de capitaine Jacques Stuart. Cet homme avait été, pendant le coursde ses pruspérités si peu méritées, l'objet de la haine et de l'indignation de ses concitoyens ; son étrange catastrophe n’excila aucun mouvement de commisération ; personne ne fut touché de ses malheurs , et rien ne put calmer les ressentimens de la nation,

Le clergé fut le seul corps de l'état qui, dans cette révolution , ne put rien obtenir, Les nobles confédérés avaient toujours affecté de se faire regarder comme les gardiens des priviléges et de la discipline de l'église. Ils avaient déclaré dans tous leurs manifestes qu'ils étaient dans la résolution de les rétablir. Sous ce prétexte, ils s'étaient fait beaucoup d'amis, et ils avaient pagné l'affection du peuple. On devait naturelle

1 Cald,, A1}, 795.

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avaient sollicité la révocation des lois faites contre eux l'année précédente. Cependant le roi était déterminé à maintenir ces lois dans toute leur vigueur ; et comme les nobles , extrêmement attentifs à ne lui point déplaire , ne voulaient insister sur aucune demande qui pût lui être désugréable, les demandes du clergé sur ce point, ainsi que sur plusieurs autres, furent sacrifices à l'intérêt des séculiers. Les ministres, frustrés de leurs espérances , firent retentir les chaires de leurs plaintes et de leurs murmures , et leur indignation s'exhala en termes peu respectueux pour la personne même de sa majesté !, L'archevèque de Saint-André ressentit aussi les effets de la mauvaise humeur du clergé. Le synode provincial de Fife le somma de comparaître et de répondre sur ce que, au mépris des décrets des assemblées précédentes, il avait osé exercer les fonctions épiscopales. L'archevèque déclara qu'il ne reconnaissait point la juridiction du synode, et en appela au roi, Cependant une sentence d'excommunication, également indécente ct irrégulière, fut prononcée contre le prélat, La conduite de l'archevêque ne fut pas

plus mesurée, et il lança de sou côté une excom-

munication archiépiscopale contre Melvil et quelques autres de ses adversaires.

Bientôt après on tint une assemblée générale du clergé. Le roi y obtint avec quelque difficulté un acte par lequel le nom et l'office d'évèque étaient continués dans l'église. Cependant le pouvoir de cet ordre fut considérablement restreint. La discipline de l'église, et l'inspection sur les mœurs et la doctrine des ecclésiastiques , furent confiées aux synodes, sur lesquels on n'accordait aux évêques aucune autre prééminence que celle de présidens et modérateurs perpétuels; et on déclara les évèques soumis en la même manière que les autres pasteurs à l'as-

semblée générale du clergé. Comme la discus- ‘

sion de l'appel de l'archevêque excitait dans l'assemblée une animosité extraordinaire, l'affaire fut mise en arbitrage. L'archevèque re-

1 Spotsw., 343.

nonça à toute prétention de suprématie dans l'église , et il promit de mener une conduite convenable à son caractère, et conforme à la doctrine de saint Paul. L'assemblée, sans examiner les fondemens de l'excommunication prononcée contre l'archevèque, déelara qu'elle resterait sans aucun effet, et qu'Adæmson serait rétabli dans tous les droits et privilèges qu’il possédait auparavant. On eut ainsi des attentions extraordimaires pour conserver l'honneur du sgnode : sa iidiction fut respectée et ménagée ave beaucotÿ de délicatesse ; cependant plusieur membresde l'assemblée, poussés d'un zèle indiscret , eurent l'mprudence de protester contre ces décisions La cour du roi d'Écosse était alors remplie de personnes tellement dévouées à Élisabeth, que l'alliance entre les deux royaumes, proposée l'année précédente, ne trouva d'obstacle que de la. part d'Esneval , envoyé de France. Jacques fut le premier à offrir de renouer les négociations. Élisabeth ne laissa point échapper une occasion aussi favorable, et dépécha aussitôt Randolph en Écosse pour conclure un traité qu’elle désirait avec tant d'empressement. Le danger auquel la religion protestante se trouvait exposée par la confédération que les puissances papistes avaient formée pour sa des. truction, et la nécessité d'établir une étroite alliance entre ceux qui avaient embrassé la réforme, et d'empêcher ainsi l'effet de ce dessein pernicieux , furent allégués comme les principaux motifs et la base du traité. Les articles les plus remarquables étaient : que les deux parties contractantes s'engageaient à défendre et protéger la religion évangélique ; que la ligue serait offensive et défensive contre ceux qui entreprendraient de troubler l'exercice de cette re!iion dans l'un où l'autre royaume ; que si l'une des deux parties était attaquée, l'autre ne pourrait, nonobstant toute alliance antérieure ; ASSISter directement ou indirectément l'agresseur ; que si l'Angleterre était attaquée par quelque endroit éloigné de l'Écosse, Jacques Connerait à la reine un secours de deux mille hommes de cavalerie et de cinq mille d'infanterie ; que si l'ennemi abordait ou s'approchait à soixante milles de l'Écosse , le roi marcherait alors avec

‘ Cald,, ll, 894. Spotsw., 346.

toutes ses forces, et dans le même appareil que s'il s'agissait de défendre son propre royaume. Élisabeth se chargeait de son côté de défendre l'Écosse en cas d'invasion de ce royaume ; et elle assurait en même temps le roi, qu'on ne prendrait aucune mesure qui pût déroger en aucun point aux prétentions de Jacques à la couronne d'Angleterre ?, Élisabeth marqua la plus grande satisfaction de ce traité, qui la rassurait du côté de l'Écosse, et qui d’un voisin dangereux en faisait un allié très utile : projet formé par tous ses ancêtres , mais qu'ils n'avaient jamais pu exécuter. Le zèle de religion , et les douceurs de la paix qui subsistait déjà depuis un temps considérable entre les deux royaumes, avaient tellement calmé la violence de l’antipathie nationale, que la conduite du roi reçut en Écosseun applaudissement général.

Le pardon qui fut alors accordé par le roi à Archibald Douglas fit sur la nation un'effet bien différent, et mérita la censure du public. Douglas avait été fortement impliqué dans la conspiration contre la vie du feu roi, père du roi régnant, Morton, et Binny, l’un de ses domestiques, qui avaient été suppliciés pour ce crime, avaient déposé que Douglas était présent lors de l'assassinat 2, Douglas n'avait évité la mort qu’en se réfugiant en Angleterre, et Jacques avait souvent demandé à Élisabeth de lui remettre un homme si indigne de la protection qu'elle lui accordait. Le roi permit à Douglas de revenir en Écosse. Il lui fit faire son procès , mais pour la forme seulement, et de manière à faire penser qu'on voulait plutôt cacher son crime que le découvrir. Douglas rentra bientôt dans les bonnes grâces du roi, et il fut même renvoyé en Angleterre avecle caractère honorable d’ambassadeur. Jacques n'était plus dans un âge où le feu de la jeunesse et le défaut d'expérience auraient pu servir d'excuses à une action aussi indécente. On ne peut l’attribuer qu'à un caractère facile à l'excès, et qui l’entratnait souvent à répandre sans discernement ses bienfaits sur ses courtisans , aux dépens même de sa dignité et de sa propre réputation 5,

L'attachement indiscret des catholiques anglais pour Marie, et leur ressentiment implaca-

1 Spotsw., 357 — * Append., n° XLV.— 5 Spolsw., 848. Cald., 111, 917.

ble contre lisabeth , donnèrent bientôt aprés naissance à une conspiration qui devint fatale à la reine d'Écosse, qui imprima sur la réputa. tion de la reine d'Angleterre une tache ineffacable, et qui présenta à l'Europe un spectacle dont on n'avait point encore eu d'exemple dans l'histoire du genre humain.

Le docteur Gifford, Gilbert Gifford , et Hodgson, prêtres élevés au séminaire de: Reims, convaincus que la bulle du pape Pie V, qui excommuniait Élisabeth, avait été dictée immédiaiement par le Saint-Esprit , vinrent à bout d’inspirer leur fanatisme à Savage , officier dans les troupes d'Espagne , homme qui s'était déjà fait un nom par l’emportement de son zèle et par son audace. Ils lui persuadèrent qu’il n’y avait point d'action plus agréable à Dieu que d'ôter la vie à un hérétique excommunié : et Savage, brûlant du désir de remporter la couronne du martyre , s'engagea par un vœu solennel à tuer Élisabeth. Ballard, prêtre, qui se mêlait de faire le commerce, passa dans ce même temps par Paris. Il y vit Mendoza , alors ambassadeur d'Espagne à la cour de France, et il lui proposa l'idée d'une invasion en Angleterre, pendant que les affaires de la ligue étaient en si bon train, et que ce royaume était dégarni par l'envoi qu'Élisabeth avait fait de ses meilleures troupes dans Îles Pays-Bas. Paget et les Anglais exilés représentérent qu'on ne pouvait retirer aucun avantage de cette entreprise, à moins qu'on ne commençât par se défaire d'Élisabeth, ou qu'on ne fût assuré d'un concours puissant et d’un parti formé dans le pays lorsqu'on y aborderait. Dans le casoù l'on serait assuré de l’un ou l'autre de ces événemens, on promettait un secours effectif, et cependant on renvoya Ballard en Angleterre pour y renouer ses intrigues.

Ballard fit part de ses desseins à Antoine Babington , jeune gentilhomme de la province de Derby , puissamment riche et d’un caractère aimable. Pendant le séjour qu'il avait fait en France il s'était lié d'une amitié fort étroite avec l'archevèque de Glasgow, qui l'avait recommandé à la reine d'Écosse. 11 se concerta avec Paget , et ils convinrent que la mort d’Élisabeth était un préalable nécessaire , avant que de songer à faire une descente en Angleterre. Ballard fit voir à Paget qu'Élisabeth touchait à son moment fatal, et il le remplit d'espérance, en lui cominu-

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aiquant le vœu de Savage , qui était alors à Londres, attendant une occasion favorable pour faire sou coup. Mais Babington pensa que l'affaire était d'une trop grande importance pour la confier à un seul homme. ii jugea qu'il était à propos de donner à Savage pour adjoints cinq gentilshommes déterminés, propres à un coup de main, et capables d'assurer l'exécution d'une entreprise sur laquelle ils fondaient toutes leurs espérances. Il s'offrit de trouver des personnes de bonne volonté , prêtes à tout entreprendre, gens d'honneur, d'un secret impénétrable, courageux , et en qui on pouvait avoir une entière confiance, Il communiqua en conséquence le projet à Édouard Windsor, Thomas Salisbury, Charles Tilney, Chidioc Tichbourne, Robert Gage, Jean Travers, Robert Barnwell, Jean Charnock, Hepri Dun , Jean Jones et Robert Polly, tous de familles nobles, tous étroitement unis par les liens de l'amitié, et principalement par celui de la religion , le plus fort de tous , à l'exception néanmoins de Polly, qu'ils avaient admis dans leur société , séduits par les marques extérieures de zèle et d'emportement que cet Iromme affectait de leur donner. Les conjurés tinrent plusieurs assemblées, et délibérérent sur les moyens d'exécuter leur entreprise. A la fin le plan des opérations fut arrêté , et on distribua les rôles que chacun devait jouer dans cette tragédie. Babington fut chargé de mettre en liberté la reine d'Écosse. Salisbury , avec quelques autres, devait exciter des soulèvemens dans quelques comtés, et y faire prendre les armes. Le meurtre de la reine, l’action la

plus dangereuse et la plus importante , fut con- : fié à Savage ct à cinq de ses associés, Un faux !

zèle de religion et une aveugle superstition

avaient tellement éteint dans le cœur de tous ! ces hommes les principes d'honneur et les sen- : timens d'humanité convenables à des gens de |

leur naissance, qu'ils se portérent sans scrupules et sans aucuns remords à une action que des gens du plus bas état, des hommes consommés dans le crime , ne peuvent commettre sans

éprouver un sentiment d'horreur, Ce coup de

désespoir leur parut au contraire une entreprise

honorable; et pour en conserver la mémoire, ils |

firent faire un tableau où les six assassins {

! Ces six assassins étaient Savage, Babington, Char- !

étaient représentés au naturel, et Babington dans le milieu , avec une devise qui donnait à entendre qu'ils s'étaient réunis pour l'exécution d'un projet hasardeux.

Cette folle présomption des conjurés, cette vanité inconsidérée, donnent lieu de croire qu'ils ne soupçonnaient point la fidélité de leurs compagnons, et qu’ils se croyaient assurés du succès de leur entreprise. Mais pendant qu'ils s'imaginaient que leurs intrigues étaient ensevelies dans le plus profond secret, Walsingham était informé dans le plus grand détail de toutes leurs démarches. Polly était un des espions de ce ministre, et il n'était entré dans le complot que pour trahir ses associés. Gilbert Gifford, qui avait été envoyé en Angleterre pour encourager les conjurés, avait aussi été gagné par Walsingham, et il lui donnait connaissance de tous leurs projets. Ce ministre vigilant fit part aussitôt de ses découvertes à Élisabeth, et, pour acquérir une connaissance plus exacte de toute la conspiration, il convint avec la reine de n'en faire part à aucun autre membre du conseil , de laisser mûrir le complot, et d'attendre qu'il fût parvenu au point de l'exécution.

Enfin Élisabeth jugea qu'il était dangereux d'exposer plus long-temps sa propre vie, et que ce serait même tenter la Providence. Ballard, le premier mobile de toute la conjuration, fut arrèté !. Ses associés, consternés de ce coup si imprévu, cherchèrent leur salut dans la fuite, Mais en peu de jours, tous, à l'exception de Windsor, furent pris en différens endroits et envoyés à la tour. Ces hommes, qui avaient osé se charger de l'horreur d’un assassinat, n’eurent ni la fermeté ni la résolution ordinaires à des conjurés. Ébranlés par la crainte ou par des espérances, ils découvrirent tout ce qu'ils savaient. L'indignation

nock, Abington , Maxwell et Bernewell. Walsingham fit voir ce tableau à la reine, qui n’y reconnut que Maxwell, Elle conserva cependant si bien l'idée de leurs visages, que peu de temps après, étant à la promenade dans son jardin, et ayant aperçu Barnewell, elle le regarda fixement, après quoi elle dit à son capitaine des gardes : Ve suis-je pas bien gardée n'ayant pas un seul homme armé auprès de moi? Rap. Thoiras, vol. VII, p. 417. Livre xvir, édit. de 1749.

1 Ballard, prêtre catholique anglais, élevé au séminaire de Reims, fut arrêté sous prétexte qu'étant prêtre, il était entré dans le royaume sans passe-port : ce qui servit

| à entretenir pendant quelque temps la confiance parmi

les conjurés, et facilita les moyens de les prendre.

du peuple et l'impatience qu'il témoigna de voir punir ce complot exécrable contre la vie de leur souveraine hâta le jugement des criminels; ils furent tous condamnés au supplice des traîtres 1,

La conduite d'Elisabeth avait été jusqu'à ce momett exempte de tout reproche; elle n'avait suivi que les règles de la prudence : on ne pouvait point l’accuser d’avoir violé les lois de l’humanité, ni d'avoir pris aucune précaution qui ne

fût indispensablement nécessaire pour sa propre |

sûreté. Mais le spectacle tragique qu’elle donna bientôt après à. fait porter d’elle un jugement bien différent, et qui lui sera, éternellement reproché.

Un zèle fanatique, l'imprudence et la témérité de la jeunesse, expliquaient suffisamment les motifs de la conspiration. Mais Elisabeth et ses ministres jugèrent à propos de la présenter sous un autre point de vue. Babington et ses associés n'étaient selon eux que des instrumens employés par la reine d'Écosse ; auteur secret, mais réel, de tant d'entreprises formées contre la vie d'Élisabeth eu contre la paix du royaume. Pour appuyer cette accusation , ils produisaient des lettres écrites à Marie, et qui leur étaient, disaient-ils, tombées entre les mains par la voie de la correspondance singulière et mystérieuse qu'on entretenait avec la reine d'Écosse. Gifford, à son retour en Angleterre, avait été chargé par les exilés de lettres adressées à Marie; mais, pour s'assurer de la fidélité de Gifford et de son adresse, on: ne lui avait remis que du papier blanc plié en forme de lettres, Lorsqu'on vit que ces paquets étaient arrivés sûrement à leur destination, on prit confiance en Gifford, et on crut pouvoir l'employer avec sûreté, Walsingham trouva le moyen de gagner Gifford, lui donna permission de continuer sa correspondance, et avertit Paulet de fermer les yeux sur ses démarches. GiMord vint à bout de corrompre un marchand dans le voisinage de Chartley, où Marie avait été transférée. Le marchand mettait les lettres dans un trou fait à une muraille du château, et fermé avec une pierre qui ne tenait à rien, Marie allait y prendre ses lettres et y mettait ses réponses. Toutes ces lettres étaient portées à Walsingham , qui les ouvrait, qui les faisait déchiffrer, qui les recachetait de manière

1 Camd., 15, State Trials, vol. 1, 110

; qu'on ne pouvait pas s’apercevoir qu'elles eussent été il. septées, et qui les faisait ensuite passer à ceux à ii elles étaient adressées. Il se procurs par ce noyen deux lettres de la reine d'Écosse à Babington, et quelques autres à Mendoza, à Pa. | get, à Englefield et aux Anglais réfugiés. On

préterlai. que, dans ces lettres, Marie approu-

vait la c'nspiration et même l'assassinat ; qu'elle | les exhortait à agir avec la plus grande circons- | pection, et à ne point prendre les armes jusqu'à | ce que les troupes étrangères envoyées. à leur . secours fussent prêtes à les joindre; qu'elle leur recommandait le comte d’Arundel, les frères de ce comte et le jeune comte de Northumberland, comme les personnes les plus propres à conduire l'entreprise et à lui donner de la réputation: qu'elle leur conseillait d’exciter en mème temps, s’il était possible, quelque soulèvement en lrlande, et surtout qu’elle les priait de concerter avec soin les moyens de lui procurer sa liberté, en leur suggérant même quelques expédiens pour y réussir.

Toutes ces circonstances furent rendues publiques lors du jugement des conjurés. Ea terreur que l'association formée pour la sûreté de la personne de la reine avait répandue , jointe à l'aspect de ce nouveau danger, portèrent la nation à croire sans hésiter, et sans aucun examen, tout ce que les ministres publiaient , et l'alarme fut générale. On connaissait le zèle de Marie pour sa religion; on savait que ce zèle portait à là violence et à la cruauté, et on en avait dans ce siècle une infinité d'exemples. Toutes les intrigues formées depuis quelques années pour troubler ia tranquillité du royaume avaient été tramées sous le nom de la reine d'Écosse, et il était évident, disaient les Anglais, que la sûreté d’une des reines était incompatible avec celle de l’autre. Faudra-t-il donc, ajoutaient ils, sacrifier le repos de l'Angleterre à la cause d'une étrangère? Laissera-t-on la vie d'une reine si chère à la nation exposée aux entreprises multipliées d’une rivaie en fureur? Le cas prévu dans l'acte d'association est arrivé; la personne sacrée de notre souveraine est menacée: ne devrait-on pas, en conséquence de cés serméns, tirer une juste vengeance de ces attentats P

Rien ne pouvait être plus agréable à Élisabeth et à ses ministres que ce cri général; ils avaient déjà eux-mêmes répandu ces sentimens

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parmi le peuple : ils voyaient le succès de leurs intrigues. Le vœu de la nation faisait l'apologie de leur conduite, et letir servait de prétexte pour se porter aux dernières extrémités contre la reine d'Écosse; projet qu'ils méditaient depuis si long-temps. La crainte qu'Élisabeth avait de Marie, la haine qu'elle lui portait, augmentaient à proportion des injures accumulées dont elle accablait cette reine infortunée. Enfin Élisabeth se laissa persuader que sa vie même ne pouvait être en sûreté que par la mort de sa rivale. Burleigh et Walsingham avaient soutenu avec tant de chaleur toutes les mesures de la reine par rapport aux affaires de l'Écosse, et ils avaient agi contre Marie avec si peu de réserve, qu’ils avaient raison de craindre les effets les plus violens de son ressentiment si elle montait un jour sur le trône d'Angleterre : ils fortifièrent les appréhensions de la reine, leur maitresse, et sa haine invétérée pour la reine d'Écosse, Cependant Marie était gardée avec plus d’attention qu'à l'ordinaire, et on avait grand soin de lui cacher la découverte qu'on avait faite de la conspiration. À la fin le chevalier Thomas Gorges fut envoyé par la cour Pour lui en faire part, et en même temps pour lui apprendre qu'elle était chargée d'avoir trempé dans ce crime. Gorges prit, pour s'acquitter de sa commission, un moment où la reine était montée à cheval pour aller se promener avec ses gardiens, Marie fut frappée d'étonnement et voulut aussitt rentrer dans son appartement, mais on lui en défendit l'entrée; et en son absence on força la porte de son cabinet secret, on s'empara de ses cassettes et de ses papiers, on les cacheta et on les envoya à la cour. Ses principaux domestiques furent arrêtés, et commis à la garde de différentes personnes, Nayé et Curle, ses deux secrétaires, l’un Français, l’autre natif d'Écosse, furent envoyés prisonniers à Loudres. On prit tout l'argent qu'on lui trouva, et qui se montait à un peu plus de deux mille livres. On conduisit ensuite Marie dans les maisons de différens gentilshommes, la transférant souvent d'un endroit dans un auire, et on fixa à la fin son séjour à Fotheringay, château fortifié, dans la province de Northampton, On v’avait point de preuves plus évidentes à espérer contre Marie : il ne s'agissait plus que de décider de son sort, Élisabeth et les ministres

en qui elle avait une principale confiance paraissaient être décidés sur ce point, mais les autres conseillers se trouvèrent d'avis différens Quelques-uns pensérent qu'il suffisait de congédier tous les domestiques de Marie, de la garder plus étroitement, et de lui empêcher ainsi toute correspondance avec les ennemis du royaume :

et comme le tempérament de.Marie était affaibli par sa longue détention, et que son âme était abattue par tant de chagrins, ils espéraient que la naion serait bientôt délivrée de cet objet de craintes et d’inquiétudes. Cependant, quoiqu'il fût fort aisé de s'assurer de la personne de Marie, il était impossible de diminuer le respect que les catholiques romains avaient pour son nom, et d'empêcher leur commisération à la vue de sec souffrances, Cette compassion ne pouvait tanquer d'exciter des soulévemens et des invasions pour venir la délivrer, et elles devaient devenir infailliblement plus fréquentes et plus dangereuses si on voulait. traiter Marie avec plus de rigueur. Ces considérations prévalurent et firent rejeter l’avis du conseil.

On décida qu'un jugement. en fornte, chose néanmoins sans exemple, était la manière de procéder la moins susceptible d'inconvénient ; et où voulut accompagner cet extérieur de justice d'un appareil de dignité. On feuilleta en vain les registres pour justifier, par quelque statut précédent, le jugement d’un prince étranger qui n'était point entré en armes dans le royaume, et qui était venu y chercher un asile. Mais la procédure contre Marie fut appuyée sur l'acte du dernier parlement, et l'application qu'on en fit, dans cette occasion, manifesta les vues de ceux qui avaient fabriqué ce statut si sévère !,

Élisabeth voulut que rien ne manquât à la pompe et à la solennité de ce jugement, et que la cérémonie eût un extérieur de dignité convenable à la personne qui devait être jugée. Elle noïnma, par une Commission scellée du grand sceau , quarante personnes des plus illustres du royaume par leur naissance et par leurs offices, avec cinq autres juges, pour entendre et décider cette grande affaire. Les légistes firent naître bien des difficultés sur le nom et le titre qu'on donnerait à Marie; et pendant qu'on violait maaifestement les maximes les plus essentielles de

1 Camd., 519. Johnst,, Æist,, 113.

la justice, cette formalité frivole était l'objet de leurs attentions. Ils convinrent à la fin de la forme suivante : «Marie, fille et héritière de «Jacques V, dernier roi d'Écosse, dite commu- «nément reine des Écossais et douairière de «France !,»

Marie, après toutes les indignités qu’elle venait de souffrir, ne doutait plus que sa perte ne fût décidée. Elle s'attendait à tout moment à voir terminer ses jours par le poison, ou par quelques autres voies secrètes, employées ordinairement envers les princes captifs : et de peur que la malice de ses ennemis, en lui ôtant la vie, ne se portt encore à noircir sa réputation, elle écrivit au duc de Guise, pour se justifier, dans les termes les plus forts, du crime qu’on lui imputait, d’avoir trempé dans la conspiration formée pour ôter la vie à Élisabeth ?. L'étrange résolution de traduire la reine d'Écosse en jugement public n'était point encore parvenue jusqu'à Marie dans la solitude de sa prison, et l’idée d'une chose dont il n’y avait point d'exemple, et qui était si révoltante pour la majesté royale, ne lui serait jamais venue dans l'esprit.

Le 11 octobre, les commissaires nommés par Élisabeth arrivèrent à Fotheringay. Le lendemain matin ils remirent à Marie une lettre de la reine, dans laquelle, après les reproches les plus amers, les accusations les plus graves, elle déclarait que le soin de sa propre sûreté la mettait à la fin dans la nécessité de faire frire publiquement des recherches de la conduite de la reine d'Écosse; et que Marie ayant vécu pendant si long-temps sous la protection des lois d’Angleterre, elle la sommait de se soumettre à l'examen de ses crimes, ordonné par ces mêmes lois. Marie fut surprise au dernier point ; cependant elle ne se laissa point abattre par l'aspect du danger, et elle n’oublia point ce qu'elle devait à sa dignité. Elle protesta, de la manière la plus solennelle, qu’elle était innocente du crime dont on voulait la charger, et qu'elle n'avait jamais soutenu aucune entreprise contre la vie

de la reine d'Angleterre. Elle refusa en même : temps de reconnaître la juridiction des commis- ! saires anglais. «Je suis venue, dit-elle, dans le :

«royaume comme souveraine indépendante pour «implorer l'assistance de la reine, et non pas

1 Strype, 1,362. — * Jebb., 11, 283.

«pour me soumettre à son autorité. Mes infor- «tunes passées ne m'ont point abattu le courage; «je n’ai point l'âme troublée par le danger pré- «sent, au point de me rabaisser à des démarches «messéantes à la majesté d’une tête couronnée, «à des choses indignes des ancêtres dont je suis «descendue, et qui puissent faire rougir un fils

«à qui je dois laisser ma couronne. Si je dois ‘

«être jugée, des princes seuls, mes pairs, doivent «être mes juges. Des sujets de la reine d’Angle- «terre, quel que puisse être l’éclat de leur nais- «sance, sont d’un rang inférieur au mien. De. «puis que je suis arrivée dans ce royaume, j'y «ai été retenue comme prisonnière; je n'y ai «jamais joui de la protection des lois : on peut «encore les violer aujourd'hui pour m'ôter la « vie. »

Les commissaires employèrent les raisonne.

mens et les prières pour vaincre la résistance de Marie. Ils eurent ensuite recours aux menaces, et ils lui déclarèrent que si elle persistait à refuser de se défendre, ils procèderaient contre elle suivant la forme de la loi, et qu'ils la jugeraient par cantumace. Elle continua cependant encore pendant deux jours à décliner leur juridiction; mais elle se rendit à la fin aux ins tances et aux argumens du vice-chambellan Hatton. Il lui représentait qu’en refusant le jugement, elle faisait un tort infini à sa réputation, et qu’elle manquait la seule occasion qui püt se présenter de prouver clairement son innocence: que tout l’objet de leurs désirs était d’être convaincus par des preuves incontestables qu'elle avait été injustement chargée de ces noires imputations, et que sa pleine justification serait également agréable à la reine leur maitresse. | Ces raisons spécieuses ne pouvaient pas manquer de faire tout leur effet sur l'esprit d'une reine qui manquait de prudence, et qui n'avait alors ni ami ni conseil capables de lui dévoiler et de lui faire éluder tous les artifices : des ministres d’Élisabeth. Charles I", petit-fils : de Marie, se trouvant dans une situation également malheureuse, et dans des circonstances à : peu près semblables, refusa avec une fermeté que rien ne put ébranler la juridiction usurpée de la haute cour de justice; et la postérité a f * l'éloge de sa conduite, comme étant la plus . convenable à la dignité d’un roi. Si Marie fut ‘ moins ferme dans sa première résolution, on ne

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peut l’attribuer qu’au désir empresséqu'elle avait de rétablir son honneur et sa réputation.

Lorsque Marie parut devant ses juges assemblés dans la grande salle du château, ils la recurent avec de très grandes marques de respect. Elle commença par protester que , quoiqu'elle voulût bien, par complaisance, entendre les différens chefs d'accusation qui seraient formés contre elle, et y fournir ses réponses , elle ne prétendait néanmoins reconnaître ni la juridiction de cette cour, ni la validité et la justice des actes en vertu desquels on prétendait lui faire son procès,

Le chancelier répondit par une contre-protestation, et s'efforça de prouver la compétence et l'autorité du tribunal.

Alors le procureur et solliciteur de la reine d'Angleterre exposa les charges contre Marie, et toutes les circonstances de la dernière conspiration; produisit les copies des lettres de la reine d'Écosse à Mendoza, Babington, Englefield et Paget. On lut les dépositions de Babington, de Ballard, de Savage, et des autres conjurés, ainsi que les déclarations de Navé et de Curle, secrétaires de Marie. Ces pièces étaient arrangées dans la forme la plus spécieuse , avec tout l'art que des gens de pratique avaient pu leur donner , et renforcées par tous les traits de leur éloquence.

Marie écouta toutes ces harangues avec attention et sans marquer la moindre émotion.

Mais lorsqu'elle entendit le nom du comte d’Arundel, alors enfermé à la Tour comme soupçonné d'avoir trempé dans la conspiration , elle s'écria avec affection et générosité : « Hélas! « combien cette noble maison d'Howard a souf- « fert de maux par rapport à moi!»

Lorsque le conseil de la reine eut cessé de parler, Marie se leva, et elle commença à se dé- ‘endre avec courage et avec beaucoup de présence d'esprit. Elle déplora sa malheureuse situation ; elle se plaignit de ce qu'après dixneuf années de captivité, après avoir souffert les plus cruels traitemens et qu'elle avait si peu mérités, on finissait par former contre elle une accusation qui tendait non-seulement à la priver de son: droit de succession à la couronne d’Angleterre et à lui faire perdre la vie, mais même à la noter d'infamie et à mettre son nom en

horreur dans tous les siècles à venir; de ce que

sans égard pour les droits sacrés de la souveraineté, elle était assujettie à des lois qui n'avaient été faites que pour les particuliers ; de ce qu’étant reine, on la forçait de comparaître devant un tribunal de sujets; de ce qu'ainsi que les criminels du commun, elle voyait son honneur exposé à l'éloquence insolente des gens de loi, capables de donner un mauvais sens à ses paroles, un mauvais tour à ses actions; de ce que même, dans cette situation si déshonorante, on

- lui refusait des choses qu’on accordait ordinai-

rement à tous les criminels, en l'obligeant de se charger elle-même de sa défense, sans l'as- Sistance d'aucun ami avec qui elle pôt délibérer, sans être aidée d'aucun conseil, et même sans qu’il lui fût permis de faire usage de ses propres papiers.

Elle entra ensuite dans le détail des différens articles de l'accusation. Elle nia absolument d'avoir eu aucune correspondance avec Babington. Elle dit qu’elle ne connaissait point Ballard , pas mème de nom ; qu'on ne produisait que des copies de ses prétendues lettres, pendant qu'il , n’y avait que son écriture ou la souscription de sa main qui pôt la faire convaincre d'un crime aussi odieux ; qu'on ne donnait point de preuves que les lettres lui eussent été remises et qu'on y eût fait par son ordre aucune réponse ; queles dépositions de ces misérables , condamnés et exécutés pour une action aussi détestable, méritaient peu d'attention ; que la crainte ou l’espérance avaient pu leur arracher l’aveu de bien des choses évidemment fausses, et que l'honneur d’une reine ne pouvait pas être flétri par d'aussi vils témoignages; que les déclarations de ses secrétaires n'avaient pas plus de poids : que des promesses et des menaces avaient pu ébranler deux étrangers; que, pour se tirer d'affaire, ils avaient peut-être voulu jeter sur elle tont le blâme , mais qu'ils n'avaient pu rien dire contre elle sans violer leur serment de fidélité; et que des gens capables de se parjurer en un point, ne méritaient aucune créance en toute autre occasion; que les lettres de l'ambassadeur d'Espegne, ou n'étaient que de simples copies, où qu’elles ne contenaient rien qui ne fût très in- . nocent. «Ïl est vrai, continua-t-elle, que j'ai fait «tous mes efforts pour recouvrer ma liberté; ce «désir est attaché à la nature humaine. Convain- «eue par une triste expérience depuis tant d'an-

«nées, que je ne devais rien attendre de la «justice ou dela générosité de Ta reine d’An- «gleterre, j'ai souvent sollicité des princes «étrangers, et j'ai démandé à tous mes amis «d'employer tout leur crédit pour me secourir. « Fai tâché aussi de procurer quelque adoucis- «sement aux rigueurs qu'on fait actuellement « éprouver aux catholique anglais ; et si je pou- «vais aujourd'hui par ma mort les délivrer de «l'oppression, je consentirais de bon cœur à «perdre la vie pour une aussi bonne cause. Je «désire néanmoins de suivre plutôt l'exemple «d’Esther que celui de Judith, et j'aime mieux «intercéder pour mon peuple que de répandre «le sang de la plus vile créature pour le sauver. «J'ai souvent arrêté les emportemens du zèle «de mes partisans, lorsque, réduits au déses- «poir par la sévérité des persécutions, pénétrés «d’indignation des injures inouïes qu'on me «faisait souffrir, ils étaient sur le point de se «porter à quelque parti violent. J'ai même «averti la reine des dangers auxquels elle.s’ex-

« «posait par la dureté de ses procédés. Dans l'é- «l'état où je suis, accablée de peines et de cha- «grins, l'aspect d’une couronne a peu d'attraits «pour moi, et je ne voudrais pas perdre mon «âme pour l'obtenir. Je connais les sentimens «d'humanité, je suis instruite des devoirs de la «religion, je déteste, et j’aien horreur le crime «de Fassassinat, comme également opposé aux «uns et aux autres. Si par mes paroles, si «même par mes seules pensées, j'avais jamais «consenti à aucune entreprise contre la vie dé «la reine d'Angleterre, bien loin de vouloir me «soustraire au jugement des hommes, je n’o- «serais pas même implorer la miséricorde de «Dieu t.»

Marie parut devant ses juges à deux jours différens , et chaque fois elle soutint dans toute sa conduite et par Son maintien la grandeur d'âme d'une reine, tempérée par la douceur et la modestie de son sexe.

Les commissaires, par l’ordre exprès d'Élisabeth, s’ajournèrent sans prononcer aucun jugement, dans la chambre étoilée à Westminster.

“Lorsqu'ils y furent assemblés, on fit amener en présence de la cour, Navé et Curle, qui confirmérent par serment leur précédente déclaration.

* Camd., 520, etc.

Ensuite, aprés la révision de toute la procédure, les commissaires déclarèrent d'une voix : «Que «Marie était complice de la conspiration de Ba- «bington, et que contre le statut rendu pour «la sûreté de la vie de la reine, Marie avait in- «venté plusieurs choses tendantes au détriment, «à la mort et à la destruction d'Élisabeth!,»

L'injustice commise en ordonnant ce jugement, et les irrégularités qu'on aperçoit dans tout le cours de cette procédure, sont des choses également frappantes, et il serait difficile de déterminer dans lequel de ces deux points on montra plus d'ardeur et d'animosité. De quel droit Élisabeth pouvait -elle prétendre avoir quelque autorité sur une reine indépendante?

Quelle était l'obligation de Marie de se soumettre aux lois d’un royaume étranger ? Les sujets d'un autre prince peuvent-ils être ses juges ? et si on voulait faire une telle insulte à la dignité royale, ne devait-on pas au moins observer les formalités ordinaires de la justice ? Si le témoignage de Babington et de ses associés était. si évident, pourquoi Élisabeth n’avait-elle pas retardé leur supplice de quelques semaines, pour les confronter avec Marie, et pour établir une pleine conviction des crimes qu’elle lui imputait ? Navé et Curle étaient en vie l’un et l’autre, pourquoi ne les fit-on point conduire à Fotheringay, et pourquoi les fit-on comparaître à la chambre étoilée, où Marie n’était point présente pour entendre leurs dépositions ? Cette évidence prétendue, et qui laissait tant de soupçons, étaitelle suffisante pour condamner une reine? Des criminels de la plus basse extraction auraient-ils été jugés coupables sur des preuves aussi faibles et aussi peu décisives ?

Mais la sentence prononcée contre Marie n'était point fondée sur l'évidence des preuves produites au procès. Ces preuves prétendues n'étaient point le motif des mesures violentes qu'Élisabeth et ses ministres prenaient pour la perte de la reine d'Écosse. Elles ne servaient que de prétextes pour essayer de colorer l'irrégularité de leurs procédés, et pour donner une apparence de justice à des démarches fondées principalement sur la jalousie et sur la crainte. La nation aveuglée par les ressentimens qu'on lui avait inspirés contre Marie, et empressée de

1 Camd., 525.

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prévenir tous les dangers qui paraissaient menacer la vie de leur souveraine, n'apercevait point l’irrégularité de la procédure, ne faisait point attention à la défectuosité des preuves, et ne s'attachait qu'aux soupçons et aux probabilités qu'elle prenait pour des témoignages irréfragables.

Peu de jours après la sentence prononcée contre Marie, le parlement s’assembla. On pouvait s'attendre à trouver dans cette illustre as-

semblée plus de modération et de discernement

que dans le peuple. Mais les lords et la chambre des communes étaient également dominés par les préjugés et les passions populaires ; on aperçut dans toutes leurs démarches ces mêmes excès de zèle et de crainte qui dominaient la nation, Îls marquèrent le plus grand empressement de commencer les informations au sujet de la conspiration et des dangers qui avaient menacé la vie de la reine et la tranquillité du royaume, On leur présenta tous les papiers qui avaient été produits à Fotheringay. Ils commencèrent par se répandre en invectives contre Ja reine d'Écosse, et après avoir tenu contre elle les propos les plus injurieux , les deux chambres ratifièrent tout d’une voix la P'océdure sur laquelle elle avait été jugée, et déclartrent la sentence rendue contre elle juste et bien fondée. Hs ne s’en tinrent pas là : ils présentérent conjointement une adresse à la reine, suppliant sa majesté de pourvoir à sa propre sûreté et à la conservation de la religion protestante, de veiller à la prospérité de ses peuples, de se rendre à leurs vœux, de publier la sentence, et de faire subir, sans délai, à une rivale dangereuse et incorrigible, la punition qu’elle méritait pour tant de crimes. Cette requête, dictée par des frayeurs indignes de cette auguste assemblée, fut appuyée sur des motifs encore moins convenables. Is h'étaient fondés ni sur la justice, ni même sur les règles de la bienséance. «La prison la plus f rigoureuse n’est pas, disaient-ils, capable de «mettre un frein aux intrigues de Marie, Nous sommes convaincus, par une longue expé- “rience, que lhabileté de Ja reine d'Écosse tromrpera toujours la vigilance et l'attention de tous ‘ses gardiens. Les lois pénales les plus sévères ‘ne pourront jamais contenir ses adhérens, qui «regardant sa personne comme sacrée, brave- «ront toujours les dangers auxquels ils se ver-

«ront seuls exposés. Plusieurs princes étrangers «sont prêts à seconder leurs efforts : ils n'atten- «dert qu’une occasion favorable pour envahir le «royaume, et pour assurer à la reine d'Écosse «ses droits sur la couronne d’Angletcrre. Par «ces considérations, la vie de Marie est incom- «patible avec la sûreté d'Élisabeth , et si on se «laisse toucher d’une fausse compassion pour la «reine d'Écosse, la personne dé la reine, la reli- «gion et la liberté du royaume, ne seront pas «un seul moment en sûreté : Marie doit donc «nécessairement être sacrifiée à la conservation «de toutes ces choses. » Le parlement s'efforçait ensuite de prouver que ce sacrifice était également juste et nécessaire, alléguant plusieurs exemples tirés de l’histoire, divers passages de l'Écriture sainte, mais tous faussement appliqués, et détournés de leur véritable sens.

Une adresse conçue dans ces termes comblait les vœux d'Élisabeth. Elle se voyait tirée d’une position critique et très embarrassante. Elle conservait le pouvoir d'épargner sa rivale, et elle était autorisée à la punir, sans être exposée à de grands reproches, Si elle prenait le premier parti, elle en avait tout l'honneur, on préconisait sa clémence. Si elle s’attachait au dernier, quelques voies de rigueur qu'elle pût adopter, elle paraissait ne s'y prêter qu’en for- Gant son inclination, et ne faire que se rendre aux sollicitations de son peuple, Cependant sa réponse était conçue dans ce même style qui lui était si familier : pleine d'ambiguités et de subterfuges, sous un extérieur de franchise et de candeur ; remplie de protestations d'amour pour son peuple, qui la servait avec tant de fidélité ; de plaintes amères de l'ingratitude de Marie . exposées de manière à exciter l'indignation des peuples, et d'insinuations capables de réveiller leurs craintes, en paraissant affectée du danger auquel sa propre vie était exposée. Elle finissait par prier les deux chambres de lui sauver la peine et le déshonneur de livrer au supplice une reine qui était sa plus proche parente , et d’examiner S'il ne serait pas possible de pourvoir à la sûreté publique sans la forcer à tremper ses mains dans le sang d’une tête couronnée.

On comprit aisément le véritable sens de Ja réponse de la reine. Les lords et la chambre des communes présentèrent de nouveau la même adresse , et ils l’accompagnèrent d’importunités

qu'Élisabeth avait bien prévues , et qui étaient fort éloignées de lui déplaire : cependant elle ne leur rendit point de réponse plus claire que celle qu’elle leur avait déjà donnée. Après avoir fait ainsi autoriser ses procédés par un acte public, elle n'avait plus d'intérêt, et il pouvait y avoir quelques inconvéniens à prolonger cette scène de dissimulation; on pouvait avec le temps reconnaître de la fausseté dans ces difficultés affectées. Elle s'en aperçut, et en conséquence elle prorogea le parlement, en se réservant à elle seule de prononcer sur le sort de sa rivale !. Ces procédés extraordinaires contre la reine d'Écosse formaient pour tous les princes de l'Europe un spectacle d'étonnement et d'horreur, Henri III, lui-même, malgré sa haine déclarée pour la maison de Guise, se crut obligé d'intercéder pour Marie, et de paraître au moins le défenseur de la cause commune de tous les rois. Aubespine , son ambassadeur ordinaire à la cour de Londres, et Bellièvre, qu'il envoya avec le caractère d’'ambassadeur extraordinaire, sollicitèrent en faveur de Marie, et en apparence avec beaucoup de chaleur. Ils insistèrent fortement sur toutes les raisons qui se présentent naturellement dans une cause de cette espèce. Ils réclamèrent la justice, la générosité, l'humanité; ils employèrent alternativement les reproches et les menaces. Élisabeth resta toujours ferme et inexorable. Elle avait reçu quelques avis du peu d'intérêt que Henri prenait à la destinée de la reine d'Écosse. Elle connaissait l'aversion de ce prince pour larace des Guise, et elle se croyait assurée que ces remontrances d’apparat ne seraient suivies d'aucun effet réel de ressentiment. Élisabeth n'eut pas plus d'égard aux sollicitations du roi d'Écosse, qui méritaient cependant plus d'attention, parce qu'elles étaient faites avec plus de sincérité. Les commissaires d'Élisabeth avaient pris un soin particulier de prévenir les inquiétudes du roi d'Écosse en publiant, par une déclaration, que la sentence qu'ils avaient rendue contre Marie ne préjudicigit point à ‘honneur du roi son fils, et ne portait aucune atteinte aux droits et prétentions qu'il avait auparavant. Jacques, peu sensible à ces propos insidieux, et touché des indignités auxquelles il voyait la reine sa mère exposée, s'intéressa au

1 Camd., 526. D'Ewes, 375,

sort de Marie avec une tendresse filiale , et avec des sentimens convenables à un roi. La fierté de la nation écossaise fut révoltée des insultes faites au sang de leurs monarques, et ellé somma le roi de faire les derniers efforts pour empêcher ou pour venger la mort de la reine,

Jacques, dar, les commencemens , ne pouvait pas se persuader qu'Élisabeth, si jalouse en toutes occasions des prérogatives de la royauté, osât se hasarder à un procédé sans exemple, et qui tendait si manifestement à rabaisser la dignité royale, et à diminuer dans l'esprit des peuples la vénération due à la personne sacrée des rois. Mais lorsque la singularité des démarches d'Élisabeth eut pleinement dé‘oilé ses desseins, Jacques dépêcha aussitôt en Angleterre le chevalier Guillaume Keith, qui, de concert avec Douglas, son ambassadeur ordinaire, fit à Élisabetn les plus vives représentations sur l’injure faite à une reine indépendante, qu’on soumettait à être jugée comme une personne privée et par des lois auxquelles elle ne devait aucune sorte d'obéissance. Les deux ambassadeurs supplièrent Élisabeth de ne point mettre le comble à ce traitement injurieux, en permettant qu’une sentence aussi injuste en elle-même et aussi déshonorante pour le roi d'Écosse fût mise à exécution !.

Élisabeth n'ayant fait aucune réponse à ces représentations des ambassadeurs d'Écosse, Jacques lui écrivit de sa propre main, et lui reprocha sa conduite dans les termes les plus forts. Il lui déclarait en même temps que par devoir et par honneur, il serait forcé de renoncer à son amitié , et il la menaçait d'agir comme un fils provoqué à la vengeance par les malheurs de sa mère 2, Jacques, en même temps, assembla les nobles, qui lui promirent leur secours dans une cause aussi juste. Il demanda aux ambassadeurs de France, d'Espagne et de Danemark de lui procurer l'assistance de leurs cours, et il prit encore d'autres mesures pour effectuer avec vigueur les menaces qu’il avait faites à la reine d'Angleterre. Le ton de hauteur de cette lettre mit Élisabeth en fureur. Son premier mouve-

ment fut de n’y point répondre ,et de congédier les ambassadeurs. Maisses ministres étaient

1 Append., nes XLVI, XLVIIL, — ? Bitch., Mém., 1, 52.

alarm d'Écos lution.

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