‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme]Chapitre 34 sur 155 · FT SUR L'AUTHENTICITÉ DES LETTRES DE LA REINE À BOTHWELL · texte numérisé non relu

FT SUR L'AUTHENTICITÉ DES LETTRES DE LA REINE À BOTHWELL

Mon intention n’est point d'entrer ici dans le détail de toutes les disputes qui se sont élevées à l'occasion du meurtre du roi Henri, et au sujet des lettres écrites par la reine Marie à Bothwell; encore moins de prendre parti dans ces démêlés, ou de combattre les difftrens systèmes adoptés par les auteurs qui ont traité cette matière. Si je voulais rapporter les divers sentimens de ces écrivains, faire l’énumération de ces diverses opinions formées au hasard, dictées par le préjugé et par la partialité, fruits de la haine et de la mauvaise foi, je m'engagerais dans une carrière fatigante à parcourir, et qui serait sans doute peu agréable à la plupart de mes lecteurs. Mon seul dessein est de venir en aide à ceux qui voudront asseoir un jugement sur les faits qui sont en contestation, en exposant, aussi sommairement que la matière peut le comporter, les preuves qui ont été produites de part et d'autre. Je les rapporterai avec la même attention, avec la même impartialité dont j'ai fait profession, et auxquelles je me suis toujours attaché dans la discussion des faits controversés de l’histoire d'Écosse.

Les historiens sont partagés sur le meurtre : du roi Henri. On a formé sur cet événement !

deux opinions différentes. Les uns chargent en entier Bothwell de ce crime, et prétendent qu'il fut par lui seul tramé et exécuté. Les autres rejettent toute l'horreur de ce forfait sur les comtes de Murray et de Morton, et sur leurs adhérens.

des points contestés est rarement nécessaire, et n'est le plus souvent qu'un objet de curiosité.

est pas de même du fait en question; il est es sentiel et fondamental. Le parti que l'historien prendra sur ce point important dirigera toute la suite de sa narration, et y fera des changemens considérables. On peut juger de deux manitres un sgstème historique : soit en examinant si les faits approchent de la vraisemblance, ou bien en y cherchant toute l'évidence dont ils sont susceptibles.

Voici quels sont les raisonnemens de ceux qui chargent Bothwell de l'assassinat du roi. Ils se trouvent déjà répandus dans le cours demon histoire aux endroits convenables ; mais je crois qu'il est à propos de les rappeler ici: L'amour de Marie pour Darnley était, disent-ils, un emportement de jeunesse, une passion vive et subite. Éprise de la beauté de Darnley, qui faisait presque tout son mérite, l'humeur fantasque et bizarre de ce prince la fit bientôt revenir de l'illusion du premier moment. Elle conçut pour lui un dégoût qui éclata en plusieurs occasions, et qui dégénéra en indignation lorsqu'elle vit Darnley engagé dansla conspiration contre Rizio. La reine ne se donnait pas la peine de dissimuler ses sentimens. L’injure atroce faite à la reine était peut-être irréparable, mais il est certain que le roi manqua d'adresse en cette occasion, et qu'il ne chercha point à prévenir la rupture par des complaisances, qui seules auraient pu calmer le ressentiment de la reine. Il se fortifiait de jour en jour, et il se convertit à la fin en une

. haine implacable qui jeta de si profondes ra- En fait d'histoire, la décision de la plupart

Quelque parti qu'on prenne sur des faits parti- |

culiers , le fil de l'histoire n’est point interrompu,

ses fondemens n’en sont point ébranlés. Il n’en :

cines qu’elles étoufférent à la fin les faibles restes d'affection que ja reine conservait encore pour Darnley. Bothwell observait les progrès de ces dissensions domestiques. L'ambition, ou peutêtre l'amour, le précipitèrent dans une entreprise qui fut également funeste à la reine et à

lui-même.

il lui avait preuves de sa cour, il vint à bou

grâces, et

son cœur. ( ou du moïil du roi, et

divorce. Li ceux qui ét et qui forn sidérable :

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lui-même. Il avait servi la reine avec succès, et il lui avait donné, en plusieurs occasions, des preuves de sa fidélité. Il lui faisait assidôment sa cour, il flattait adroitement ses passions, il vint à bout de s’insinuer ainsi dans ses bonnes

grâces, et d'arriver à la fin, par degrés, jusqu'à

son cœur. Cependant, pour satisfaire son amour, ou du moins son ambition, il fallait se défaire du roi, et la reine avait rejeté la proposition du divorce. Le roi avait pour ennemis déclarés tous ceux qui étaient attachés à la maison d'Hamilton, et qui formaient dans le royaume un parti considérable : Murray, le personnage de sa nation le plus populaire et le plus puissant; Morton et ses associés que le roi avait trompés, et que Bothwell avait trouvé le moyen d'attirer dans ses intérêts à l'abri de sa faveur naissante. Darnley était tombé dans le dernier mépris parmi le peuple. Bothwell espérait, par toutes ces considérations, que l'assassinat du roi ferait peu d'impression et ne serait suivi d’aucune recherche. Il remettait l'accomplissement de ses au-

tres projets à sa dextérité, à sa bonne fortune,

äW'amour que la reine avait conçu pour lui. Si Marie ne fut pas elle-même complice du crime, il est au moins certain qu’elle -ferma les yeux sur une action qui la délivrait d’un mari qu’elle avait tant de raisons de détester. Au bout de quelques mois elle épousa cet homme soupçonné, et même accusé en rèple d'avoir commis le meurtre.

Ceux qui veulent rejeter le crime sur Murray

et sur ceux de son parti, disent que Murray avait | une ambition démesurée, et que, malgré l'illégi- | timité de sa naissance, il avait de bonne heure |

formé le projet de s'emparer de la couronne.

Lorsque la reine revint en Écosse, il vint, disent-ils, à bout de gagner sa bienveillance et de s'emparer de toute l'oatorité. I s'opposa à toutes les propositions de mariage qu'on faisait pour la reine, dans la crainte de perdre les espérances qu’il avait de parvenir au trône. I haïssait Darnley, et il en était également haï, Pour se venger du roi, il se fit tout d'un coup ami de Bothwell , son ancien et mortel ennemi, Ill'en- Couragea à commettre le crime, en lui faisant espérer qu'il épouserait la reine. Tout ce manége tendait à faire accuser la reine d'avoir été complice du meurtre, à perdre Bothwell sous ce même prétexte, à faire mettre la reine en prison,

à la faire déposer, et à s'emparer du sceptre qu'il aurait arraché de ses mains.

Le premier de ces systèmes a un air de vraisemblance; tout y est conséquent , et les apparences y sont conservées. Dans le dernier , quelques-unes des assertions sont fausses, on voit des lacunes dans la contexture des faits. et la suite des événemens ne cadre point avec les causes qui ont dû les produire. Lorsque la reine revint en Écosse, Murray la servit avec beaucoup de fidélité, et la sagesse de l'administration de Murray rendit la reine si agréable au peuple, et si puissante, qu'elle fut en état d’apaiser, sans beaucoup de peine, un soulèvement formidable que Murray lui-même avait occasioné,

Quelle raison Murray pouvait-il avoir d'assassiner le roi, prince qui n'avait ni habileté ni partisans, ni aucune inffuence parmi les nobles; que la reine avait négligé au point de le faire tomber dans le dernier mépris, et qui (en donnant aux circonstances l'interprétation la plus favorable) n'était rentré que précairement en sa première faveur, qui ne lui fut même renûne que peu de jours avant sa mort P Il est difficile d'apercevoir ce que Murray avait à craindre de la vie du roi, encore plus de deviner ce qu'il pouvait gagner à sa mort. Si l'on suppose que Marie n’avait pas eu précédemment de l’inclination pour Bothwell, peut-on concevoir un projet plus chimérique que celui de persuader à la reine d’épouser un homme marié dont la femme était vivante, et qui était non-seulement soupçonné, mais même accusé d’avoir assassiné le mari de la reine? Mais ce qui est encore plus extraordinaire, c’est que ce projet extravagant eut néan-

| moins son exécution. Si Murray avait encou-

ragé Bothwell à commettre ce crime, on s'il avait eu part lui-même à l'exécution, pouvait-il espérer que Bothwell lui gardâtle secret et qu'il souffrit, patiemment toutes sortes de persécutions de la part d’un de ses complices, sans rejeter sur lui l'accusation et sans révéler toute cette scène d'iniquité? Murray et Bothwell étaient depuis long-temps ennemis irréconciliables. La reine avait eu bien de la peine à modérer cette haine invétérée, en faisant accepter à ces deux seigneurs quelques voies de conciliation. Quelle apparence que Murray eût choisi pour son confident un ennemi avec lequel il tait réconcilié depuis si peu de temps , et qu'il

l'eût associé à l'exécution d'un forfait de cette espèce ? D'un autre côté, peut-on penser qu'un homme sage eût jamais conçu le dessein bizarre d'élever son rival au pouvoir suprême, dans l'espérance de trouver dans la suite quelque occasion favorable pour le rabaisser et le perdre? Le politique le plus raffiné ne serait jamais assez téméraire pour hasarder une pareille démarche; la présomption et l'extravagance ne pourraient jamais enfanter un projet de cette espèce.

Cependant , malgré la force de ces raisonnemens généraux, il est à propos d'entrer dans la discussion des faits, de ne se rendre qu'à l'évidence , et c'est à cet examen que nous allons procéder.

Les circonstances qui donnent lieu de croire que Bothwell était coupable de l'assassinat du roi, sont :

1° Le témoignage unanime de tous les historiens contemporains.

2 Les dépositions de ceux qui furent suppliciés pour avoir assisté à l'exécution du crime, et qui, dans ces dépositions , entrèrent dans le détail des plus petites circonstances du fait .

3° Le rapport des commissaires mème nommés par Marie, lesquels reconnaissent que Bothwellest un deceux quisont coupables de cecrime?.

4° Le témoignage de Lesley, évêque de Ross, qui affirme expressément la mème chose contre Bothwell 3.

5° Morton, au lit de la mort, déclare que Bothwell l’a plusieurs fois sollicité d'entrer dans le complot formé contre la vie du roi, et que lui, Morton, a su par Archibald Douglas, l'un des conjurés, que Bothwell était présent lors de l'assassinat 4,

6° Le lord Heriies promet, tant en son propre nom qu'au nom des partisans de la reine, de concourir à la punition de Bothwell comme meurtrier du roi ÿ.

Ce qui a été dit de plus fort contre Murray, setire de ces mots de l'évêque Lesley : «Ne sait- «on pas, dit cet évèque en adressant la parole «au comte de Murray lui-même, ce que milord

t Anders., vol. 11, p. 165. —* Good., vol. 11, p. 213. — “Def. of Q. Mary's hon. And. 1, 76. Zbid., vol. Ill, p. 31. — ‘Crawf., Mém., Append. La lettre de Douglas à la reine , telle que je l'ai rapportée dans l’Appendice: n° XLVIL confirme le témoignage de Morton. — 5 Aprend., n° XXIV.

DISSERTATION

«Herries vous a dit en face et publiquement, «étant même à votre table, quelques jours après / «l'assassinat du roi? Ne vous a-t-il pas accusé «d’avoir eu connaissance de ce meurtre ? Nevous «a-t-il pas dit, sans user de circonlocution , net- «tement et ouvertement , que le jour même que « vous partites d'Édimbourg , passant à cheval «dans la province de Fife, accompagné d’un de «vos serviteurs les plus affidés, vous lui dites, en- «tre autres choses : «N'est-ce pas ce soir que le «lord Darnley doit perdre la vie !P»

Mais cette allégation de la part d’un homme entraîné dans les factions et aussi ardent que Lesley, ne fournit aucune preuve évidente, et ne peut pas être d'un grand poids. On ne nomme point ce domestique à qui l'on prétend que Murray avait dit ces mots. On ne dit point de quelle manière cette conversation secrète a pu transpirer. On sait que le lord Herries était un des plus zélés partisans de Marie, et il est à remarquer que, dans tout le cours de sa négociation à la cour d'Angleterre, il ne parla pas une seule fois de ce chef d’accusation contre Murray. Herries, en répondant aux reproches que lui faisait le lord Lindsay, avait une belle occasion de parler de la connaissance que Murray avait eue du meurtre du roi. Cependant, en accusant ouvertement de ce crime quelques-uns des partisans de Murray , on voit qu'il évite avec soin de rien insinuer qui puisse être à la charge de Mur. ray même*. Marie elle-même, dans une conversation avec le chevalier François Knolles, accuse Morton et Maitland d'avoir été complices du meurtre; mais elle ne fait aucune mention de Murray 3. Lorsque l’évêque de Ross et le lord Herries comparurent en personne devant le conseil d'Angleterre, le 11 janvier 1569, ils déclarèrent : que pour obéir aux commandemens de la reine, ils étaient prêts à accuser Murray et ses associés d’avoir été complices du meurtre. Mais ensuite, «étant requis de déclarer «si eux «ou aucun d'eux vowaient accuser spécialement «ledit comte ou aucun de ses adhérens, ou bien «s'ils pensaient qu'ils fussent coupables de ce «crime», ils répondirent «qu’ils prenaient Dieu «à témoin qu'ils n'avaient jamais eu connais- «sance d'aucune chose concernant le complot du

1 Defence of Q. Mary. Anders, vol. Il, p. 75. —? Keith, Pref., xij. — ® Anders., vol. ÎV, 55.

«meurtr

assisté «qu'ils 1 «n’avaie «donné sété les «momer «découy «de qu «cette 0 registre et d'Her:

truisent L’évèque termes e:

Les co protesta Écossai.

tenue à dont nou après le s'en éta «ciences .

«que le «thingto!

«seillers € «que ma «ledit me Mais il chose qu’ tion perst la conclu:

port aux fondent.

ment de] mari ; ma l'insu de 1:

et Argyll à Murray des factio personnel mauvais ( avaient re à se sépar mal 4, et Cette fenr empêché, 1 Good.,

5 Anders. , ! Peer. 19,

publiquement, jues jours après / -t-il pas accusé eurtre ? Nevous nlocution , netjour même que assant à cheval npagné d’un de pus lui dites, enis ce soir que le >1P»

rt d'un homme ussi ardent que e évidente, et ne . On ne nomme étend que Mur- : point de quelle rête a pu transies était un des t il est à remarsa négociation à a pas une seule re Murray. Heres que lui faisait lle occasion de furray avait eue en accusant ous-uns des partiite avec soin de Charge de Mur dans une conançois Knolles, ir été complices aucune mention e de Ross et le ersonne devant anvier 1569, ils commandemens accuser Murray ices du meurtre.

déclarer «si eux ser spécialement lhérens , ou bien coupables de ce s prenaient Dieu ais eu connaisnt le complot du

11, p. 75. —* Keith,

«meurtre en question; qu'ils n'avaient point “assisté aux conseils tenus à cette occasion, et «qu’ils n'avaient jamais rien su de ce fait ; qu'ils «n'avaient connu aucun de ceux qui en avaient «donné le plan, aucun de ceux qui en avaient rété les inventeurs et les exécuteurs, jusqu’au «moment où letout avait, long-temps après, été «découvert et rendu public par les dépositions «de quelques-uns des assassins suppliciés à «cette occasion !, » Ces paroles sont tirées d’un registre qui était à la garde de l’évêque de Ross et d'Herries eux-mêmes, et il parait qu’elles détruisent directement l’allégation de l’évêque. L'évèque lui-même répète la même chose en des termes encore plus forts 2.

Les comtes de Huntley et d’Argyll, dans leur protestation au sujet du meurtre du roi des Écossais , après avoit parlé de la conférence tenue à Craigmillar, au sujet du divorce, et dont nous avons rendu compte, ajoutent : « Ainsi, après les choses susdites, «le meurtre du roi

“\s'en étant ensuivi, nous jugeons en nos cons-

«ciences, et tenons pour certain et indubitable «que le comte de Murray et le secrétaire Le- «thington sont les auteurs, inventeurs, con- «seillers et promoteurs dudit meurtre, par quel- «que manière et par quelques personnes que «ledit meurtre ait été exécuté 8, »

Mais il est à observer, 1° que ceci n’est autre chose qu’une opinion particulière, une affirmation personnelle de ces deux seigneurs ; 2° que la conclusion de leur jugement n’a aucun rapport aux choses susdites sur lesquelles ils se fondent. Murray demandait, avec le consentement de la reine , qu’elle fût séparée d'avec son mari ; mais il ne s’ensuit pas que Murray eût, à l'insu de la reine, fait assassiner le roi ; 3° Huntley et Argyll étaient alors les chefs du parti opposé à Murray ; leur âme était agitée de toute la rage des factions ; 4° l’un et l’autre étaient ennemis personnels de Murray : Huntley, à cause des mauvais traitemens que sa famille et sa tribu avaient reçus de ce seigneur ; Argyll demandait à se séparer de sa femme, avec laquelle il vivait mal #, et de laquelle il n'avait point d'enfans 5, Cette femme était sœur de Murray , qui avait empêché, par cette raison, que la sentence de

\Good., vol. 11, 308. — Anders., vol, II], 31, —

$ Anders. , vol. IV, 188. — “Knox, 328. — 5 Crawf., Peer. 19,

divorce ne fût prononcée 1, Ces circonstances ; plus que suffisantes pour invalider un témoi- &nage positif, peuvent bien contre-balancer un simple soupçon. 5° De plus, il est fort douteux qu’Argyll et Huntley aient jamais signé cette protestation. La reine, qui croyait qu'une protestation conçue en ces termes serait favorable à ses intérêts, la leur envoya toute dressée 2. La protestation publiée par Anderson est prise sur une copie informe, où la date et la signature sont en blanc. Au bas de cette copie est attaché un papier , apostillé ainsi de la main de Cecil : Réponse du comte de Murray à l'écrit des comtes de Huntley et d'Argyil 3, Mais il serait difficile de penser que cet écrit fût une réponse à la protestation ci-dessus. La réponse de Murray est datée de Londres, le 19 janvier 1568. La lettre de la reine , dans laquelle était renfermée la copie de la protestation, est en date de Bowton, 5 janvier 1568. Peut-on supposer que, dans un si court espace de temps, la copie de la protestation ait été envoyée en Écosse , Signée par les deux comtes, et rapportée à Londres pour y être lue et répandue par Murray ? Les ennemis de Murray avaient publié contre lui . pendant son absence, des accusations vagues et incertaines , et il y a lieu de croire que cette réponse de Murray avait pour objet de détruire ces bruits , et de prévenir les mauvaises impressions qu’ils auraient pu faire dans le public. Cecil s'était saisi de l'original de la lettre de la reine 4, Il est naturel de penser que cette mème lettre et la protestation qui y était renfermée ; avaient été interceptées avant qu’elles fussent parvenues entre les mains de Huntley et d’Argyll; et ceci n’est point une simple conjecture. La lettre à Huntley, dans laquelle la protestation était renfermée, existe encore 5, ainsi qu’une lettre originale, signée de Marie, quoique non écrite de sa main, parce que, dans ses lettres, elle se servait rarement de la langue anglaise, La protestation existe dans le même volume, fol. 282, et il est aisé de voir qu’elle est écritæ de la mème main que la lettre de la reine, ce qi prouve que l’une et l'autre avaient été interceptées. De plus, la protestation a été trouvée sur un papier qui n’est point signé par les deux

1 Keith, 55. — * Anders., vol. 1V, 186. — 5: Ibid., 194, 195. — + Zbid., vol. IV, 186. — 5 Bibl. Cotton. Cal. C, !, fol. 280. ;

comtes, et qu'ils n'avaient vraisemblablement jamais vu. Cette voie que la reine choisit, d’envoyer aux deux comtes une copie de ce qu'ils devaient déclarer relativement à une conférence qui s'était tenue en leur présence, paraît d'ailleurs une chose très suspecte. Il aurait été bien plus naturel que la reine eût demandé aux deux comtes de mettre par écrit, avec la plus grande exactitude, tout ce qu'ils auraient pu recueillir de leur conversation à Craigmillar, et cette voie aurait été bien moins susceptible d'aucune mauvaise interprétation. 6° Mème en mettant de côté tous ces argumens, et en admettant dans toute son étendue Pauthenticité de ces protestations, on pourrait se demander encore quel degré de confiance on doit au témoignage de deux comtes qui non -seulement assistaient en personne au premier parlement tenu par Murray, en décembre 1567, comme régent du royaume, et aux cérémonies duquel l'un portait le sceptre et l'autre l'épée de l'état !, mais qui encore étaient tous deux membres du comité des lords des articles. Ce fut dans cette dernière qualité qu’ils coopérèrent à la rédaction des actes en vertu desquels la reine fut privée de la couronne et de celui en particulier par lequel il était déclaré que «tout ce qui était arrivé à la reine devait retomber sur elle seule, comme le témoignent diverses de ses lettres écrites entièrement de sa main, et envoyées par elle à Jacques, autrefois comte de Bothwell, principalexécuteur de cet horrible meurtre, aussi bien avant qu'après le crime, et comme le témoigne aussi sa déshonorante précipitation à procéder à son mariage avec lui, mariage si soudain et si imprévu; d'où il résulte la presque certitude qu’elle eut part au projet et à l'exécution dudit meurtre du roi, son légitime mari, et qu'elle mérite tout ce qui a été fait ou sera fait contre elle pour cette dite affaire 2. »

Les commissaires de la reine, dans les conférences qui se tinrent en Angleterre , accusèrent Murray et ses associés, d’avoir tué le roi 3, Mais «es accusations ne sont que des allégations vagues et conçues en termes généraux, sans entrer dans aucun détail de circonstances particulières

1 Spotsw., 241. — * Anderyon, M, 221. —* Good, 11,281.

DISSERTATION

qui puisse ensconstater la vérité, ou bien en A6. couvrir la fausseté. Lx même aceusation est ré. pétée par les nobles assemblés à Dumbarton an mois de septembre 1568 !. On pent faire à ce sujet les mêmes observations.

Tous ceux qui plaidaient la cause de la reine accusaient Murray de l'assassinat du roi, ct ils rejetaient sur lui Fhorreur de ce crime, en supposant qu'il l'avait commis pour avoir occasion

. de traverser l’administration de la reine, et d'an-

nuler ainsi le retrait général qu’elle avait fait de tous les pays de la couronne, ce qui l'avait privé, lui et les siens, de la plus grande partie de leurs biens?, Maissi l’on considère à quel point le pouvoir d'un roi d'Écosse était limité, on aper. cevra que ce retrait des domaines de la couronne n’était pas fort à redouter pour les nobles. Tous les rois d'Écosse faisaient un pareil retrait à leur avénement au trône, et à chaque fois les nobles avaient le crédit d’en empêcher l'effet. Rien n’est plus propre à justifier Murray et ceux de son parti de cette accusation, que le mémoïrt qu'ils présentèrent à ce sujet à la reine d'Añgleterre, ct qui, jusqu'ici, n’a point encore été publié.

Réponse aux objections et allégations de la reine, qui a prétendu que le comte de Murray, lord régent, le comte de Morkn, Mar, Giencairn, Hume, Ruthven, ete., n'ont pris les armes et ne se sont soulevés qu'à l'occasion du retrait des biens alienés de sa majesté : procédé que Murray et ses adhérens détestaient, et auquel ils ne pouvaient se soumettre.

«On répond que ce qui a été allégué est hors de toute vraisemblance, et qu'il y a lien de croire que Dieu a fait perdre l'esprit et la mémoire à ceux qui ont produit ces allégations. On en pourra juger par les raisons suivantes :

«Imprimés, pour ce qui concerne le lord régent : il n’a jamais été dans le cas de se plairdre du retrait en question, attendu que h reine lui en avait donné communication, et qu'elle en avait eoncerté avec lui l'exécution,

* Good. Il, 369, —tLestey, Def. of Mury’s hon, 73. Anders., IV, part. 1, 130.

en assu taineme lord ré seraient lement, majesté absence.

Wood, à ce poi tions pa propre :

que ledit ét le tou chement aucune € de Ia rei «Item pas lieu d eu, que j tions du « Ncltem.

cltem.

«lie.

«item.

«Milorc peu plus ronne , € bonne gra qui s'était ainsi auct trait, bier comme il un danger frivole, «Si que montra qu des domai ment miloi parlement, mème, se faite à un tour de sa obtenir la 1 venger la :

après, auq sujet de mé des domain de cet objet

&, ou bien en à6.

ceusation est réà Dumbarton au

peut faire à ce

cause de la reine rat du roi, et ils e crime, en supar avoir occasion Ja reine, et d’anqu'elle avait fait 1e, ce qui l'avait us grande partie idère à quel point t limité, on aperes de la couronne les nobles. Tous reil retrait à leur ue fois les nobles her l'effet. Rien urray et ceux de que le mémoïrt la reine d'Anglepoint encore ét

llégations de la ue le comte de ymte de Morton,

Ruthven, etce., se sont soulevés des biens aliedé que Murray it, et auquel ils

allégué est hors uit y a lieu de re l'esprit et la pduit ces alléga- * les raïsons sui-

acerne le Jord rée cas de se plair-

attendu que h nmunication, et : lui l'exécution,

of Mary’s hon, 73.

pas lieu de se plaindre du retrait, n'ayant jamais tions du domaine, que pour la valeur de 20 dollars

Xéltem. La même chose du lord Glencairn.

en assurant le lord qu’elle en excepterait cer- Aprés avoir ainsi pesé les preuves d'accusation tainement tout ce qui avait été donné audit produites contre les comtes de Murray et de lord régent, et que les donations à lui faites Bothwell, il est à propos d'examiner si \a reine seraient par elle ratifiées dans le prochain par- | elle-même était complice de l'assassinat de son lement, ce qui fut exécuté : et à cet effet, sa | mari. majesté désira que le lord régent laissât en son Dès le premier moment que la nouvelle de Ja absence, pour suivre cet objet, maître Jean | mort violente de Darnley se fut répandue , quel- Wood, auquel elle déclara qu'il serait pourvu | ques-uns des sujets de Marie Conçurent de vioà Ce point, ainsi qu’à toutes les autres dona- lens soupçons contre elle, et pensèrent que la tions par elles faites : et sa majesté fit, de sa | reine avait donné son consentement à l’exécupropre volonté, ces offres et promesses, avant | tion de ce crime 1, On voit par les dépêches de que ledit Wood lui en eût formé la demande : | Son ambassadeur en France, qu'on ne pensait pas et le tout arriva sans aucun obstacle ni empé- | d'elle plus favorablement dans les Pays étranchement, ayant été ratifié en parlement sans gers ?, La plupart des nobles l'accusaient hauaucune difficulté, par exprès commandement . tement de ce crime, et une grande partie de la de la reine, et écrit et signé de sa main. » nation, qui les soutenait , paraissait par-là con- «Item. Quant à milord de Morton, il n'avait venir que l'accusation était bien fondée.

Cependant il y a des crimes qui sont de nature à ne point admettre de preuves réelles et

| Positives; des œuvres de ténèbres parviennent | rarement au grand jour; il est difficile de les

| mettre dans toute leur évidence. Lorsque des tftem, La même chose du lord Hume. | k

ATOM, | Personnes ne sont point accusées d'être les «Le: La même chose du lord Ruthven. agens principaux d'un crime, mais d'en être «Item, La même chose du lord Lindsay, seulement les complices, d'avoir commis par «Milord Mar, qui avait seul une portion. un

Ps d ; | eux-mêmes le crime, mais d'avoir seulement pu D Rae Li rl et at | consenti oi suit Sn es d'autres, les ) ‘ ; | Preuves deviennent bien plus difficiles : et si bonne grâce, la confirmation, dans le parlement . Quelqu'un des complices L trahit pas 6 senm a de mn de ei pre à el: a Abe : ” | Force des présomptions, où de la combinaison trait, en ie dans le cas de mettre, | des circonstances, On voit aussi que dans les comme 1! l'aurait fait, sa vie et ses biens dans | tribunaux, cette sorte d'évidence est quelquefois un danger aussi évident pour une cause aussi | légardée comme suffisante pour condamner des Lire à ; | criminels, Le degré de conviction, auquel on «Si quelqu'un fit mauvaise contenance, et parvient par la force des présomptions, n'est montra quelque mécontentement dudit retrait | guère inférieur à celui qu'on peut tirer d'un des domaines de la couronne, ce fut spéciale- | témoignage positif; et le concours des circunsment milord Argyll, qui, lors de la enue du | tances ne cause guère moins de satisfaction à parlement, parla fort au long à la reine elle- | l'entendement que les dépositions les plus pomême, se plaignant hautement de l'altération | sitives des témoins. faite à un acte du parlement rendu lors du re-

? À à C'est une évidence de cette espèce qu'on a tour de sa majesté, et qui ne put point alors en | produite contre Marie. Nous allons d'abord exobtenir la révocation, Mais le soulèvement pour

à poser celle qu'on a tirée du concours et de la venger la mort du roi ne se fit que deux mois

combinaison des circonstances.

après, auquel temps on n'avait douné aucun

: Les unes sont antérieures à la mort du roi, sujet de mécontentement par rapport au retrait ies autres y sont postérieures: toutes ont servi à

des domaines , et personnne alors n’était occupé fortifier les soupçons. A l'égard des premières, de cet objet.»

eu, que je sache, dans ses biens, de ces aliéna-

1 Anders., vol. Il, 166. — * Keith, Pref., iæ.

on observe que la passion violente que Marie avait conçue pour Darnley s'était convertie en une haine implacable, et que si la mäuvaise conduite du roi et les excès de toute espèce auxquels il se livrait ne sauraient pas justifier la reine, ils peuvent au moins servir à nous faire connaître le motif de ce changement des dispositions de Marie à l'égard de Darnley. J'ai décrit dans le cours de mon Histoire, avec la plus grande exactitude, l'origine et les progrès de cette querelle domestique, et quant aux preuves de ce fait, qui se tirent des papiers publiés par d'autres auteurs, j'ai ajouté les pièces qui se trouvent dans mon appendice, n°% XVI et XVII !. Les comtes de Murray, de Morton, de Bothwell, d’Argyll et de Huntley, avaient formé le dessein de faire séparer la reine d’avec son mari. Ilsen firent la proposition à la reine, comme d’une chose qui devait lui être très agréable; et lorsqu'ils virent qu'elle avait beaucoup d'éloignement pour ce divorce, ils mirent tout en usage pour la faire consentir à l'exécution d’un projet qui leur tenait fort au cœur 2.

Du Croc, ambassadeur de France, témoin oculaire de ce qu'il écrivait , dit que le dégoût de Marie pour Darnley était porté à l'extrême, et il ajoute qu'il ne voyait aucune espérance de réconciliation entre eux.

«La reine, dit cet ambassadeur, est entre les

«mains des médecins, et je puis vous assurer ,

«qu'elle n’est pas bien. Je crois que la principale «cause de sa maladie est un chagrin violent et «une profonde mélancolie, et ilne me paraît pas «possible qu'elle vienne à bout de les surmon- «ter. Elle répète continuellement ces mots : Je «voudrais étre morte.Vous savez parfaitement «bien que l’injure qu'elle a reçue est atroce, et «que sa majesté ne l'oubliera jamais... Pour «vousdire franchement ce que je pense, je crois, «par bien des considérations , que la bonne in- «telligence ne sera jamais rétablie entre le roi «et la reine, à moins que Dieu n’y mette la « main.

«La conduite (du roi) est déplorable et sans «remède, et l'on ne peut rien attendre de bon «de lui, par bien des raisons que je vous dirai «lorsque je serai près de vous. Sans vouloir pré-

1 N° XVI. Fragment d’une lettre de Randolph à Cecil, 16 janvier 1566. N° XVII. Le comte de Bedford à Cecil, 8 août 156€. — *? Anders., vol. IV, 2, 188.

DISSERTATION

«dire ce qui peut arriver de tout ceci, je vous réponse «dirai que les choses ne peuvent pas rester sur la prisor «le pied où elles sont, et qu'on doit s'attendre était noi «à des conséquences funestes {. » ce crime Si, dans ces circonstances Henri était mort même ét de sa mort naturelle, on aurait puregarder cet tement ! événement comme la chose du monde la plus 3° Au heureuse pour la reine, qui aurait ainsi été fort Lennox, à propos délivrée d'un mari qui lui était devenu jurant p odieux à l'excès. Henri, au bout de quelques poursuiv semaines, est assassiné; et comme il n'était ce- comte y « pendant rien arrivé qui pût diminuer la violence sur le co de l’aversion de la reine, l'opinion de ceux qui reine une regardent Marie comme l’auteur d’un événement céder cor qui devait, suivant toutes les apparences, lui tres aute! être siagréable, ne paraîtra peut-être pas à la arrêter Ê plupart de mes lecteurs, un système bien extra- ment , air ordinaire et bien recherché. Cette opinion pren-MR . C0Mme se dra encore de nouvelles forces, si l'on obsery ». blée des r "des accus:

ce qui est dit dans l'histoire : qu’à proportion que la haine de Marie pour son mari s’augm ” tait, Bothwell faisait de nouveaux progrèa{@m la bienveillance de la reine qui lui avai toute sa confiance , et qui avait mâ l'attachement le plus marqué. Onfät

qui "aisé

ment tous les avantages que Marié e#/Bothwell pouvaient retirer de la mort du Foi ; mais ik plunifonte étaient les seuls dans le royaume; il n'y avait Me point de particulier, point de parti qui püt reti- MS Ve rer aucun profit de cet événement. On juge , en “que voi conséquence , que c'est Bothwell qui a assassiné apluñE le roi; et, suivant les mœurs de ce siècle, on «dre une | «que, pluté

ne croyait pas faireune injure atroce à Marie en supposant qu'elle avait donné son consentement à ce forfait.

«il serait n «eussiez to

Les démarches de Marie après la mort de son “pardon À mari fortifient encore cette supposition. <Ienes Ds

1° Melvil, qui était à Édimbourg lors de k He mort du roi, affirme que « tout le monde soup- N Fe ques «çonnait le comte de Bothwell; et que ceux qui DE «se trouvaient en lieu sûr, et avec des gensi ij nn «qui ils pouvaient parler en liberté, disaient, un Hi «ouvertement que c'était lui qui avait fait le «père que L «coup ?,» «vie et les ;

2 Marie ayant publié, le 12 février, ure pro- «s'est fait clamation , par laquelle elle promettait une ré- “tation 1e compense à toute personne qui pourrait découvrir celui qui avait tué son mari 3, on afficha en

nders, 1 Keith, Pref., vij.— * Mém,. de Melvil, liv. Il *Jbid., W

—3 Anders., 1, 36. : Il.

out ceci , je vous ent pas rester sur mn doit s'attendre D Jenri était mort it puregarder cet du monde la plus irait ainsi été fort li lui était devenu bout de quelques nme il n'était ceninuer la violence nion de ceux qui ar d’un événement s apparences, lui peut-être pas à la stème bien extraette opinion pren-$ 8, si l'on observé : qu'à proportion n mari s’augmg p. | aux progrègi li lui avai it mê MON aise.

Bothwell d ; mais ils ume; il n’y avait parti qui pôt retient. On juge , en vell qui à assassiné s de ce siècle, on : atroce à Maricen son consentement

rès la mort de son ipposition.

mbourg lors de là ut le monde soupl; et que ceux qui t avec des gensà

: liberté, disaient,

| qui avait fait le

2 février, ure proomettait une réai pourrait découri 3, on affiche en

, de Melvil, liv. Il

réponse , le 16 février, un papier aux portes de la prison du Tolbooth, dans lequel Bothwell était nommé comme celui qui était coupable de ce crime, et chef du complot, et la reine ellemème était accusée d'y avoir donné son consentement !,

3° Aussitôt après, le 20 février , le comte de Lennox, père du roi, écrivit à Marie, en la conjurant par toutes sortes de considérations , de poursuivre les meurtriers avec toute rigueur. Le comte y déclare nettement ses propres soupçons sur le comte de Bothwell, et il indique à la reine une méthode simple et équitable de procéder contre Bothwell , et de découvrir les autres auteurs du crime. Il lui conseille de faire arrêter Bothwell et de le faire garder étroitement, ainsi que ceux qui étaient déjà nommés comme ses complices ; de convoquer une assem-

. blée des nobles; d'inviter par une proclamation [des accusateurs de Bothwell à paraître; et si,

ette invitation, personne ne se présentait, à: Bothwell pour innocent , et de le renautre forme de procès 2,

in France , dans une lettre qu'il lui écrit, en date du 9 mars, emploie les argumens les plus forts pour persuader à la reine de poursuivre les meurtriers avec la plus grande sévérité. « Je ne puis, dit-il, rien conclure de ce «que Votre Majesté m'écrit d'elle-même, Que s’il «a plu à Dieu de vous conserver Pour en pren- «dre une vengeance rigoureuse , il me paraît «que, plutôt que cela ne fût pas fait actuellement, «il serait mieux , pour ce monde-ci, que vous «eussiez tout perdu et même la vie. Je demande «pardon à Votre Majesté de lui écrire si forte- «ment, mais je ne puis rien entendre à votre «préjudice que je ne sois forcé de vous l'écrire,

«afin que tout vous soit connu, pour que vous

«y apportiez le meilleur remède. 11 est ici né- “cessaire que vous montriez hautement, plus que «jamais , les grandes vertus > Magnanimité et «Constance, que Dieu vous a accordées ; et j'es- «père que, par sa grâce, vous surmonterez l’en- «vie et les déplaisirs les plus accablans de cequi «s’est fait, etque vous conserverez votre répu- “lation de piété telle que vous vous l’êtes

\ Anders., Il, 156.

% Jbid, ,1 , 40.

«acquise depuis long-temps, ce qui ne pourra «apparaître plus clairement qu’en rendant ure «justice telle que tout le monde puisse recon- «naître votre innocence et rendre témoignage “pour toujours de la trahison de ceux qui ont, «sans la crainte de Dieu ni des hommes , Commis «Un assassinat si cruel et si impie, et dont on «parle si mal , que je suis forcé de vous deman- «der pardon de ne vouloir ni ne Pouvoir vous «en faire le récit, qui est trop odieux. Mais, «hélas ! madame, il n'y a aujourd’hui dans toute «l'Europe aucun propos aussi fréquent, aussi «rebattu que ceux qu'on tient de Votre Majesté «et de l'état présent de votre royaume ; et la «plupart de ces discours donnent lieu à des in- «terprétations sinistres 1, »

5° Élisabeth fit à Marie les mêmes instances dans les termes les plus forts 2.

6° Les circonstances mêmes du fait devaient agir sur la reine autant que toutes ces remontrances et ces sollicitations, et l'engager à procéder avec la plus grande vigueur, Son mari

| avait été assassiné presque sous ses yeux et de evèque Beatoun, ambassadeur de |

la manière la plus cruelle. Tout retentissait de l'horreur de ce crime; tous ses sujets en étaient

| indignés. On accusait ouvertement Bothwell, | l'un de ses principaux favoris, d'en être l’auteur.

Il courait des bruits trés déshonorans sur le compte de la reine elle-même. Si l'horreur d'un pareil forfait et l'amour de la justice ne l’engageaient pas à poursuivre vivement les meurtriers, la bienséance , le soin de son propre honneur auraient du moins dû la porter à sauver les apparences et à éviter les reproches de froideur et d'indifférence dans une pareille occasion.

Cependant Marie se conduisit bien différemment. Elle continua à marquer beaucoup de partialité en faveur deBothwell. 1° Le 15 février, cinq jours après le meurtre, elle lui accorda le rachat de la supériorité de la ville de Leith, qui avait été engagée aux citoyens d'Édimbourg en 1565. Ce don était de la plus grande im- Portance. Bothwell obtenait par-là le commandeent dansleprincipal port du royaume, et acquérait en même temps un grand ascendant sur les citoyens d'Édimbourg , qui auraient eu

1 Keith, Pref., ix.

? Afipend. , n° XIX,

322 DISSERTATION

grande envie derester en possession de ee port !. 20 Bothwell éésirant avec ardeur d'obtenir

le commandement du château d'Édimbourg , la reine, pour engager le comte de Mar à lui re-

” mettrede gouvernement de ce château, offrit à ce seigneur de luiconfier la garde du jeune prince,

Assignation donnée par la réine Marie au comte de Bothwell, pour le retrait de la supériorité de Leith. Copie tirée de l'original qui est au dépôt des chartres de la ville d'Édimbourg.

Maria, Dei gratià, regina Scotorum , omnibus probis hominibus suis ad quos præsentes litteræ pervenerint , salutem. Sciatis quèd nos ad memoriam reducentes multiplex , bonum , verum et fidele servitium , non tantum quondam nostræ charissimæ matri Mariæ reginæ, regninostri pro tempore in nostr4 minoritate factumet impensum ;verumieliam nobismet ipsis, tam intra partes Galliæ, quàm intra hocnostrum regnum , ad extentionem nostrihonoris

et auctoritatis in punitione furum, maäléfactorum ,

et transgressorum infra idem, per nostrum confi

sum.consanguineum .et consiliarium Jacobum, :comitem Bothuile, dominum Halis, Creighion et

Liddisdale, magnum admirallum regni nostri,

commissionem et onerationem ad hunc effectum

habentem, per quas ipse suum corpus et vitam in magno, periculo posuit; ac etiam in performatione et extentione nostri dicti servitii, suam hæreditatem, suprà summam viginti millium mercarum hujus nostri regni, alienavit ac læsit. Et nos cogitantes quo ; ex nostrà principali honore etdevoria, dictum nostrum confisum consanguineunr. et. consiliarium cum quodam accidente et gralitudine recompensare et gratificare incumbit, quæ nos commodé sibi concedere poterimus , :‘ude ipre magis häbilis omnibus affuturis temporibus esse polerit, et ad hujusmodi performandum in omnibus causis seu eventibus : in recompensalionem quorum præmissorum, ac pro diversis aliis nostris rationabilibus causis et considerationibus nos moventibus, fecimus, etc. diclum Jacobum comitem Bothuile, etc. ac suos hæredes masculos quoscunque nostros legitimos, etc. assignatos in et ad litteras reversionis factas , etc. per Simonem Preston de eodem militem, præpositum, balivos, consules, et, comimunitatem hujus nostri burgi de Edinburgh, pro seipsis ac suis successoribus, etc., nobis, nostrisque hæredibus, successoribus, et assignatis pro redemptione , etc., superioritatis totius villæ de Leith, etc. ünpignoralæ per nos diclis præposilo, etc. sub reversione alienatæ continentis summam decen millium mercarum monetæ præscriptæ rumerandam et calculandam in parochiali .ecclesi4 de

Edinburgh, super premonitione quadraginta die-

rum , ut moris est, veluti in dictis reversionis lil-

teris , etc,, de data 8% octobris 1565, etc. (Le reste est

de forme et contient une clause d’ordre absolu.) Zn cujus

.rei testimonium præsentibus magnum sigillum nos-

trum apponi fecimus. Apud Edinburgh, æv. diemen-

sis februarii, anno Domini 1566, et regni nostri 25.

Locus (+) sigilli.

ce que Mar accepta; et aussitôt la reine:nemma Bothwell gouverneur du château d'Édimbourg,

3° 11 paraît que les informations faites au sujet du meurtre, et qui précédérent le jugement de Bothwell, furent suivies avec lenteur et avec l: plus grande négligence. Buchanan s'écrie aautement.contre cette irrégularité, et ses reproches nesont pas sans fondement , ainsi qu'on le voit par la circonstanee de la déposition de Thomas Nelson , l’un des serviteurs du roi, qui était dans la maison lorsque son maître fut assassiné, et qui fut tiré tout vivant des décombres. Ce domestique fut examiné le lundi après la mort du roi ? : « lui déposant, montra «que Bonkle avait la clef de la cave, et les « domestiques de la reine les clefs de: sa cham- «bre. Ce que le seigneur de Tillibardin ayant «entendu , il dit : Arrêtez là, voici an :motif,

«Après ces mots prononcés , ils cessèrent et ne 4

«poursuivirent plus l’interrogatoire ÿ.»

Si l'on avait eu quelque envie d'approfondir #

la chose, une circonstance aussi inté méritait des perquisitions plus exactesfà,

4 Malgré les instances et les solli t Lennox, malgré la justice de ses der eset la nécessité de les lui accorder pour encourager uu accusateur contre Bothwell à comparaitre, non-seulement la reine refusa de faire arrèter Bothwell, ou bien au moins de l'éloigner de sa présence et de ses conseils #; mais ; par les dons ci-dessus mentionnés qu'elle lui'fit , et par d’autres circonstances, elle fit connaître que son attachement pour lui prenait à chaque instant de nouvelles forces.

b° La reine ne put pas éviter. de mettre Both well en justice réglée; mais elle lui permit de venir, comme membre, prendre séance dans le conseil privé, qui était assemblé pour le juget lui-même. On procéda à ce jugement avec une précipitation qui n'était point du tout nécessaire; et les autres circonstances de cette proctdure donnent lieu à tant de soupçons, que l décharge prononcée en faveur de Bothwell servit plutôt à constater son crime qu'à donner des preuves de son innocence. Comme ces faits sont rapportés fort au leng dans mon histoire, il est inutile de les répéter ici.

tAnders., 1, Pref., 64. Keith, 379.—-*Anders., ll, : 3 And., IV, 2, 167. — * Zbid., À, 42, 48.

6° publi avait ter le uuvri

7° la rat

posse dera de to 8° la rei jesté tresse suites pendi fit mé tion q ce der 9°:

lorsqu ling, hardic reine, ment elle a cequ* «de c «sujet «était «pas | «pour «mere «ment «melti «Sistar «dre d «en de «vir dt «l'aud:

«aisém «de Hi thing Mel choses de lui, consen

tKeitl — ‘Keit

Ôt la reine:nomma eau d'Édimbourg, ions faites au sujet nt le jugement de c lenteur et avec l:

hanan s'écrie nauité, «et ses reproent, ainsi qu'on le la déposition de viteurs du roi, qui son: maître fut asvivant des décomexaminé le lundi déposant, montra de la cave, et les s clefs deisa chame Tillibardin ayant

là, voici un motif, !

, ils cessèrent et ne 4

gatoire 3.» 4 9

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