Anders. ll
per”:
6° Deux jours après le jugement , Marie donna publiquement des preuves des égards qu'elle avait pour Bothwell, en le nommant pour porter le sceptre devant elle lorsque le parlement vuvrit ses séances !.
7° Elle lui accorda dans ce même parlement la ratification de tous les honneurs et des vastes possessions qu’elle lui avait concédés, et l'acte deratification eontenait une longue énumération de tous les services qu'il lui avait rendus ?,
8° Melvil, qui prévoyait que l'attachement de la reine pour Bothwell engagerait à la fin Sa Majesté à épouser cet homme, représenta à sa mattresse toute l’infamie de cette démarche et les suites dangereuses qu'elle pouvait avoir. Cependant la reine méprisa ces avis salutaires , et fit même confidence à Bothwell de la conversation qu'elle avait eue avec Melvil, ce qui exposa ce dernier à l’indignation de Bothwell 8,
9° Bothwell se saisit de la personne de Marie lorsqu'elle était en chemin pour revenir à Stirling, le 24 avril, S'il avait fait cette démarche hardie à l'insu et sans le consentement de la reine , une insulte de cette espèce l'aurait vivement affectée. Dans le transport de sa colère elle aurait exhalé son indignation. Mais, suivant cequ'on lit dans un ancien manuscrit : «L'amour «de cette grande princesse pour son indigne «sujet avait jeté de si profondes racines, il «était cimenté à un tel point, qu’on ne pouvait «pas s'attendre à en voir la fin (car il passait «pour constant qu'il y avait entre eux un com- «merce charnel) ; aussi se laissa-t-elle patiem- «ment conduire où son amant voulut, sans y «mettre aucun obstacle, sans faire aucune ré- «sistance , sans jeter un seul cri, sans la moin- «dre démonstration des mouvemens ordinaires «en de pareilles occasions , et même sans se ser- «ir de son autorité de princesse pour réprimer «l'audace d’un sujet , ce qu’elle aurait pu faire «aisément, étant alors accompagnée du comte «de Huntley et du secrétaire Maitland de Leithington 4, »
Melvil, qui était présent , confirme ces mêmes choses, et il ajoute qu'un officier qui se saisit de lui, l'assura que rien ne s'était fait sans le consentement de la reine 5,
! Keith, 358. — ? Anderson, 1, 117. — #Melv., 156. — ‘Keith, 383, — 5 Melvil, 158,
10 Le 12 de mai, peu de jours avant le mariage, la reine déclara qu’elle était en pleine liberté ; qu'à la vérité Bothwell l'avait offensée en se saisissant de sa personne, mais que depuis, elleavait tellement lieu d’être contente deses soumissions et de ses procédés, et qu'ellelui était tellement redevable pourles anciens services qu'il lui avait rendus , que nou-seulement elle ottbliait cette offense, mais qu'elle était même déterminée à le porter au comble des honneurs !.
119 Et même lorsque les lords confédérés furent venus à bout d'éloigner Bothwell de Ja présence de la reine, quoique la reine vit bien que Bothwell était regardé, par la plus grande partie de.ses sujets, comme le meurtrier de son premier mari, elle ne rabattit rien de l'affection qu’elle lui avait vouée, et elle continua à lui donner des preuves d’un attachement inviolable. « Ce que je puis apercevoir, dit sir N. Throkmor- «ton, ambassadeur d’Élisabeth, c'est que la ri- «gueur dont on use envers la reine captive est «exercée par les ordres de ces gens-là, parce que «la reine ne veut point, à quelque prix que ce «soit , consentir à interposer son autorité pour « poursuivre le meurtrier , et que, quelque chose «qu’on puisse lui dire, elle ne veut point se déasister de reconnaître le lord Bothwell pour son «mari, mais qu'elle avoue constamment qu'elle «veut vivreel mourir avec lui; qu’elle dit même. «que s'il était à son choix d'abandonner le «royaume et la couronne , ou le lord Bothwell . «elle aimerait mieux quitter son royaume et sa «dignité, et devenir une simple particulièreavec «lui, que de consentir jamais qu'il lui arrivat «rien de fâcheux, ni qu'il füt en pireétat qu'elle- «même 2,»
Dans toutes leurs négociations avec Throkmorton, les nobles confédérés parlent de cet invincible atfachement de la reine pour Bothwell comme d'un motif suffisant pour rejeter tout accommodement avec leur souveraine 8. Hs tinrent le même langage aux conférences d'York 4,
Murray, dans son entretien avec la reine , à Lochlevin, l'accuse de persister dans son attachement désordonné pour Bothwell 5. Si tous ces témoignages peuvent être envisagés comme de pures récriminations de la part des confédé-
! Anders., 1, 187. — * {ppend. , n° XXI. — 5 Keith. 419, 449. — 4 Anders., IV, p. 11,66. — 5 Keith, 445
rés, qui avaient besoin de justifier leur conduite envers la reine, il n’en est pas de même de celui de Trokmorton, qui résidait à Édimbourg, communiquant également avec les partisans et les ennemis de Marie, ayant beaucoup d'occasions de découvrir les secrets sentimens de la reine, et naturellement porté à considérer sa conduite sous un jour favorable. Il paraît cependant , par
14 juillet, qu'il partageait à cet égard les sentivens des confédérés. IL eut même bientôt lieu
DISSERTATION
le soir «me du jour où elle fut conduite prisonnière à Édimbourg, elle trouva moyen d'écrire à Bothwell une lettre par laquelle elle lui témoignait, dans les termes les plus tendres,
! son attachement et sa résolution de ne l'aban-
d'être confirmé dans son opinion. Quoique les |
nobles de la confédération lui eussent refusé
tout accès auprès de la reine, il trouva moyen |
d'entretenir une correspondance secrète avec elle, et, lui ayant représenté que le moyen qu'il jugeait le plus sûr de recouvrer sa liberté était de consentir à son divorce avec Bothwell, il en
reçut pour réponse : qu'elle aimerait mieux mou- |
rir que de donner un pareil consentement !.
Il existe une preuve plus évidente encore de la persévérance de son amour. Le 15 décembre 1567, lord Herries convint en plein parlement .que la passion de la reine pour ce malheureux était si forte, que rien n'avait pu la décider à l'abandonner , et que les confédérés , en mettant la reine sous bonne et sûre garde à Lochlevin, n'avaient rempli que leurs devoirs de gentilsbommes 2, En l'année 1571, quelques députés de l'assemblée du clergé se réunirent en conférence avec le duc de Chatellerault , le secrétaire Maitland, sir Jacques Belfour et Kirkaldy. Les détails de ce qui se passa dans cette conférence ont été recueillis par M. Craig, l'un des ministres d'Édimbourg, et cet écrit existe encore dans la collection des manuscrits historiques de Calderwood3. Là, en présence de toutes ces personnes, dont la plupart se trouvaient à Édimbourg quand on se saisit de ja reine à Carberry, Maitland , qui était alors partisan avoué de Marie, déclare que la nuit même où on la conduisait à Édimbourg , il lui garantit que, si elle voulait se détacher de Bothwell, elle trouverait dans ses sujets plus d'obéissance et de fidélité que depuis son arrivée en Écosse ; mais qu’elle n'eut point la sagesse de se rendre à ses représentations. Suivant sir Jacques Melvil,
1 Appendice, n° XXII, —?/bid., n° XAIV. — 5 Mss, hist., 11, 22%
donner jamais.
Cette lettre, dit-il, fut interceptée par les lords confédérés, et ce fut ce qui les détermina
le passage que j'ai déjà cité de sa lettre du | à emprisonner la reine au château de Lochlevin,
|! Mais comme ni Buchanan, ni Knox, qu'on ne
peut accuser d’avoir négligé aucune des circonstances qui tendaient à faire considérer comme criminelle la conduite de Marie, ne font mention de cette lettre ; comme les lords confédérés euxmêmes , dans leursnégociations avec Throkmorton, aussi bien que dans leurs accusations contre
| la reine aux conférences d'Yorck et de West-
minster, gardent le même silence sur ce point, il faut croire que Melvil, qui écrivit ses Mémoires pour l'instruction de son fils dans un
| âge très avancé, et long-temps après les événe-
mens qu'il retrace, s’est mépris sur cette particularité.
Après avoir parcouru cette longue suite de circonstances, nous pouvons sans peine en tirer cette conclusion que : si Marie était réellement
| complice du meurtre de son mari, si Both-
well avait réellement commis le crime avec le consentement de la reine, ou par son ordre, si Marie avait eu l'intention de supprimer les preuves convaincantes contre Bothwell, et de prévenir la découverte de son crime, elle n'aurait pas pu prendre une autre route, suivre un autre système, ni tenir une conduite plus oppo: sée à toutes les règles du bon sens , de la pru. dence et de l'honnêteté.
Les preuves évidentes et positives qui ont éte produites contre Marie peuvent être rangées sous deux classes.
1° Les dépositions de quelques personnes dont on se servit pour exécuter le complot dc l'assassinat du roi, particulièrement celle de Ni colas Hubert, appelé dans les écrits de ce temps là François Paris. Cet homme, qui était de mestique de Bothwell, et qui avait beaucoup de part à sa confiance, fut interrogé deux fois. L'original de l'une de ses dépositions et la copie de l’autre sont encore existans, On a prétendu que l’une et l’autre étaient forgées à dessein, et manifestement fausses. Cependant
elles so:
naïveté faire, El détails faussair servant remplie.
lement s qu'il ne ce Frar qu'il se circonst:
voit qui vard, ho violence plaire à ger à fo d’autres.
se trouve tances fa de préte:
ment fau ration di d'appare inventées reste, co!
ne sont, que sur & point arr prétends} preuves s 20 Les Bothwell ; J'ai dit d ces lettres mis dela r papier es stater par On a fait s'agit.
Quant a cité des le bles de sor leur honne propre ma parfaiteme
1 Elles se Mémoires dé rubrique d’É 3 volumes ir
it conduite priva moyen d'élaquelle elle lui ; plus tendres, 1 de ne l’aban-
ceptée par les i les détermina u de Lochlevin, nox, qu'on ne ne des circonssidérer comme 1e font mention confédérés euxvec Throkmorusations contre k et de Weste sur ce point, écrivit ses Mén fils dans un près les événesur cette par-
ongue suite de peine en tirer tait réellement pari, si Bothe crime avec le Jar son ordre, supprimer les othwell, et de rime, elle n'auute, suivre un uite plus oppoens , de la pru-
ives qui ont été t être rangées
ques personnes le complot dc ent celle de Ni
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e, qui était de
ait beaucoup de ogé deux fois.
positions et la tans. On a préient forgées à ses. Cependant
elles sont remarquables par la simplicité et la naïveté qu'il est presque impossible de contrefaire. Elles sont remplies d’une infinité de menus détails et de particularités, que le plus habile faussaire aurait eu peine à rassembler, en conservant les règles de la vraisemblance ; elles sont remplies de circonstances qui pourraient difficilement sortir du cerveau d'aucun homme, à moins qu'il ne fût de la trempe et de la profession de ce François Paris. I faut néanmoins convenir qu'il se trouve dans ses dépositions quelques circonstances qui ne sont pas vraisemblables. On voit que c'est un misérable, un pauvre bavard, homme que la crainte de la mort , la violence de la question, ou peut-être le désir de plaire à ceux à qui il appartenait, ont pu engager à forger quelques faits, et à en exagérer d'autres. Mais il est bien différent de dire qu'il se trouve dans des dépositions quelques circonstances fausses ou peu vraisemblables, ou bien de prétendre que les dépositions sont entièrement fausses. On peut convenir de quelque altération dans certains faits, mais il n'y a guère d'apparence que ces dépositions puissent être inventées et forgées d’un bout à l'autre, Au reste, comme quelques faits des plus essentiels ne sont , dans les dépositions de Paris, appuyés que sur son propre témoignage, je ne m'y suis point arrêté dans le cours de l'histoire, et je ne prétends pas non plus les proposer ici comme des preuves sur lesquelles on puisse se fonder.
20 Les lettres qu'on dit que Marie a écrites à Bothwell; ces lettres ont été souvent publiées 1, J'ai dit dans mon Histoire de quelle manitre ces lettres tombèrent entreles mains des ennemis dela reine. Lorsque l'authenticité d’un ancien papier est douteuse et contestée, il faut la con- Stater par des indices extéricurs ou intérieurs.
On à fait l’un et l’autre dans le cas dont il
s'agit.
Quant aux preuves extérieures de l'authenticité des lettres de Marie : 10 Murray et les nobles de son'parti affirment, sur leur parole et sur leur honneur, que les lettres sont écrites de la propre main de la reine, dont ils connaissaient parfaitement l'écriture 2, 20 Ces lettres furent
* Elles se trouvent à la fin du troisième volume des Mémoires de Meivil, imprimés à Paris, sous la fausse rubrique d'Édimbourg, chez Barrows et Young, 1745, 3 volumes in-12, — 2 Good., Ii, 64, 92,
produites au parlement d'Écosse, en pleine assemblée, au mois de décembre 1567 !, et elles y furent tellement regardées comme authentiques, que dans l'acte dressé contre Marie on les employa comme les plus fortes preuves de son crime2, 30 Elles furent montrées en particulier au duc de Norfolk » au comte de Sussex , et au chevalier Ralph Sadler, commissaires de Ja reine Élisabeth à Yorck. Dans le compte que ces commissaires rendent sur ce point à leur mattresse, on voit qu'ils regardent ces lettres comme authentiques, et ils ne paraissent pas avoir le moindre doute qu'elles soient supposées, Ils observent en particulier : « Que le contenu de ces «lettres est tel, qu'il ne peut point avoir été in- «venté ni écrit par d'autres que par la reine «Marie elle-même, attendu qu'il y est fait men- «tion de choses qui ne pouvaient être connues «que de Marie et de Bothwell; qu'il serait diffi- «cile de forger et d'inventer toutes les choses «qui en font le sujet ; qu’il y a même une sorte «de merveilleux dans la manière dont ces lettres «leur sont parvenues, et qu'il semble que Dieu, «devant qui tout meurtrier tout homme qui ré- « pand le sang innocent est abominable , N'a pas « voulu permettre que ces pièces restassent dans «l'oubli et dans l'obscurité 3, » Ces lettres avaient fait tant d'impression sur le duc de Norfolk, que dans la lettre qu'il écrivit ensuite à Pembroke, à Leicester , et à Cecil, il leur parle en ces termes : «Si le fait vous a paru évident et détestable, «jugez de l'impression qu’il a dû faire ici sur «nous 4,»
Ce n’est pas seulement dans des lettres publiques et officielles que Norfolk déclare que tels sont ses sentimens. Il tint le même langage dans celles qu’il écrivit à ses amis les plus intimes, Dans une conférence secrète avec l'évèque de Ross à Yorck, le duc de Norfolk, en l'informant qu’il avait fait porter les lettres que le régent avait à produire contre la reine, lui dit qu'on en tirerait contre elle de tels argumens qu’elle en serait déshonorée pour la vies. Si l'évêque de Ross avait cru les lettres supposées, il eût été naturellement conduit, par une telle déclaration, à désabuser Norfolk, et à lui expliquer l'imposture. Mais, loin de là, après s'être con-
1 Good., 11, 66, 67. — 2/bid, , 1, 142, — 5/bid., 1, 154.— 4 Jbid. , 11, 154. — 5 State Trials, édition de Lar. grave , 1, 91, Murdin, 52,
certé avec ce seignétr et Maitland, it convint d'écrire à Marie , qui se trouvait alors à Bolton, pour Ini recommander de faire à Élisabeth les propositions les plus propres à prévenir la publicité des lettres et des autres pièces !, D'après le résultat de cette conférence , il semblerait que Maitland , Ross et Norfolk connaissaient le côté faible de la cause de Marie, et que c'était pour cela qu'ils employaient toute leur habileté à éviter une accusation publique 2. Nous remarquerons encoré que le due s’exprima de la mèmé manière sur le compte de la reine d'Écosse devant Banister, celui de ses serviteurs qui paraît avoir eu le plus de part à sa confiance 5. Les termes de la déposition de Banister sont dignes d'attention : «de déclare, dit-il, que, me (foù- + «vant auprès du lord mon maitre, lorsqué le
«comte de Sussex et M. le chancelier actuel du |
«duché étaient en commission à Yorck , j'entendis
«dire à Sa Grâce qu'il paraissait, d'après l'infor- |
«mation relative au meurtre de lord Darnley,
«que la reine d'Écosse était complice de ce crime. |
«D'où je conclus que Sa Grâce ne voudrait jaïais «l'épouser 4.» Élisabeth, dans ses instructions
au comte de Shréwsbury, en 1583, affirme que |
le duc et le comte d'Arundel lui ont lun ét
l'autre déclaré que les lettres leur sémblaïent | une preuve suffisante contre la reine d'Écosse; | mais que depuis ils ont pris le parti de pallier |
ses torts et de la déclarer innocente 5.
40 La vue de ces lettres fit la même impression sur les autres contemporains de Marie; ce qui prouve à quel point on les regardait comme
authentiques. Cecil, dans sa correspondance | avec sir Henry Norris, ambassadeur d'Anglé- |
tèrre en France, rend compte dé cétté affaire en termes qui ne laissent aucun doute sur son
opinion particulière. Dans sa dépèche du 14 dé- |
cémbré 1568, jour où les lettres en question furent mises sous les yéux de l'assemblée dés conseillets privés, il l'informe « que le régent «est obligé, pour sa défense , de faire usage d’un «moyen terrible , à l'effet de convaincre là reine «d’avoir été l’auteur et Bothwell l’exécuteur du «meurtre; que le parti de la reine refus, de faire “aucune réponse, ét démandeinstamment qu'elle
1 State Trials, édition de Largrave, 1, 94. Murdin, 43. — 1 Murdin, 11, 53. — 5 State Trials, 1, 98. — * Murdin, 1, 34. — 5 Mss. de la Bibl. des Avocats, À. 111, 28 p. 314. Bibl. cath., Calig., 9, 4.
DISSERTATION
«soit admise en présence d’Élisabeth pour ré. «pondre ellesmême; ce qu'on ne veut pas lu; «accorder jusqu'à ce qu'elle ait effacé, autant «qu'il est possible, la tache qu'a imprimée sur «elle son mariage avec le feuririer de son «époux , et détrait les charges qui résultent des «lettres qu'elle a écrites à cet homme; que les «charges sont telles, que non-seulement tout «souverain, mais aussi tout homme soigneux de «son honneur doit éviter des relations qui l'ex- «poseraient à de facheux soupçons ; que, quant «à lui, én sa qualité de commissaire , il ne peut «encore tien pronotiéér avec certitude, mais «que, comme particulier , il ne peut se défendre «d'un sentiment d'horreur ét d’effroi !. »
50 Il est évident, d’après la correspondante de Bowes, résident anglais en Écosse, avec Walsingham, en l'année 1582 2, que l’Angleterre comme l'Écosse, Jacques comme Élisabeth, le comte de Gowrié éomme le duc de Lennox, ont ténu pour authentiques les lettres à Bothwell. La sollicitude qu’on montra d’un côté pour les obtenir, et de l'autre pour les conserver, prouve bien que, de part et d'autre, on en avait cette opinion. Ce sentiment des personnages contemporains qui étaient le plus à portée d’être bién informés, et qui avaient tout le discernement nécessaire pour juger sainement, aura sans doute plus de poids auprès de beaucoup de més lecteurs que des conjectures formées deux cents ans après l'événement.
60 L'authenticité des lettres fut soumise à un exärhen judiciaire , afin que l'identité de l'écrituré pût être constatée. On a déjà vu qu'après les conférences d'Yorck et de Westminster Élisabeth assembla son conseil privé, auquel elle adjoignit plusieurs des personnages les plus éminéns du royaume , et qu’elle fit mettre sous les yeux des membres de cette assemblée toute la procédure, «avec les lettres et écrits produits «par lerégent, comme étant deslettres et écrits de «par la reine d'Écosse, afin qu'en présence desdits «comtes ces lettres fussent confrontées avec les «lettres existantes deladite reine d'Écosse, écrites «de sa propre main , et ci-devant adressées à $ «majesté Britannique, et qu'on pôt rechercher «et examiner s’il se trouvait quelque différenc'
1 Cabala, 156, 5. —* Publié à la fin de cette Dissertatiou el uote,
sentre «veaux quence 1568, « «dait 6 «d'Écos:
«l'autre «lationr « d’écrir «autres cécrites «sais à :
«collatio «cune à 10 juille conduite
! Good.
8 Cette | vite de tre
preuves d
bien connt je me suis pas si fort dire, cont ment, cor que vous !
faits publi manifeste pas tardé :
envers vol moi. Mais mon inno qu'elle l'es personnes vous point ce qu'il s'o l'une et l'a fils et mo transport serai bien tes les au dans mon pour moi, d'oublier r ceci la moi qu’aient é aimer con belle-mère façon de p regardent,
* Cette let
abeth pour ré.
e veut pas lui effacé, autant \ imprimée sur urivier de sor i résultent des omme; que les seulement tout me soigneux de tions qui l'exns; que, quant aire , il ne peut ertitude, mais eut se défendre ffroi !.»
correspondante | Écosse, avec 2, que l’Anglemme Élisabeth, luc de Lénnox, lettres à Both- | d’un côté pour les conserver, tre, On en ayait es personnages s à portée d’être ut le discérneainement, aura de beaucoup de s formées deux
ut soumise à un entité de l'écriéjà vu qu'après Vestminster Éliivé, auquel elle inages les plus e fit mettre sous assemblée toute t écrits produits ettres et écrits de présence desdits rontées avec les d'Écosse, écrites nt adressées à 5 | pôût rechercher elque différent
à de cette Disserta-
“entre ces papiers et lettres anciens et nou- «veaux !.» Les comtes s’assemblèrent en cunséquence à Haptoncourt, les 14 et 15 décembre 1568, «et les originaux des lettres qu'on prétendait écrites de la propre main de la reine «d'Écosse furent présentées et lues d'un bout à «l'autre; et ayant été ainsi lues et dûment col- «lationnées et comparées, tant pour la manière « d'écrire que pour l'orthographe, avec plusieurs «autres lettres ci-devant et depuis long-temps «écrites et envoyées par ladite reine des Écos- «sais à sadite majesté britannique, en ladite «collation desdits papiers ne s’est trouvée au- «cune différence .» 70 Marie ayant écrit ?, le 10 juillet 1570, une lettre justificative de sa
conduite, à la comtesse de Lennox#, cette |
1 Good., 11, 252. — 27bid. , 256.
rite de trouver place en cet endroit, où l'on présente les preuves de part et d'autre avec la plus grande exacti-
Ses faux et mauvais rapports des rebelles, ennemis bien connus comme traîtres à votre égard, et, hélas! à qui je me suis trop confiée par votre avis, ne vous avaient pas si fort prévenue contre mon innocence, et, je puis le dire, contre mon amitié, que vous m'avez non - seulement, comme il paraît, condamnée injustement, mais que vous m'avez tellement haïe, que quelques paroles et faits publics ont témoigné à tout le monde une aversion manifeste en vous contre votre propre sang, je n'aurais pas tardé si long-temps à vous écrire, pour me justifier envers vous de ces faux rapports qu'on vous a faits de moi. Mais espérant de la grâce de Dieu et du temps, que mon innocence vous sera connue, comme je me confie qu'elle l'est déjà de la plus grande partie de toutes les personnes indifférentes, j'ai pensé qu'il était mieux de ne vous point importuner pendant quelque temps, jusqu'à ce qu'il s’offrit une matière qui nous intéressät également l'une et l'autre, telle qu'est le transport de votre petitfils et mon seul enfant, en ce pays - ci :
transport, quoique jamais je n'y aie été si disposée, je serai bien aise d’avoir votre avis, ainsi que sur toutes les autres choses qui le regardent, Je l'ai porté
sur lequel .
comtesse fit passer cette lettre à son mari, qui était alors en Écosse , et qui lui fit la réponse suivante ! : « Voyant que vous m'avez chargé de «répondre aux lettres de lareine, mère du roi, «qui vous ont été adressées, que puis-je vous «dire, si ce n'est que je ne suis pas étonné de «voir qu’elle écrit le mieux qu’elle peut pour «elle-même pour paraître se purger d’une chose, « tandis que plusieurs avee moi sont certainement «persuadés du contraire ? ce que je n'assure pas «par ma propre Connaissance, mais par les écrits «de sa main, les confessions des gens qui ont
| «été mis à mort, et autres preuves infaillibles,
«IE faudrait un temps infini pour mettre en ou- «bli une matière aussi notoire, pour faire blanc «ce quiest noir, et pour que l'innocence apparaisse «où le contraire est si bien connu. J'ai confiance «que les plus indifférens ne doutent point de la
| «justice de votre cause et de la mienne, et de # Cette lettre de Marie, qui n’a jamais été publiée, mé- J ? +
| «justes motifs de notre inimitié, Son véritable ! «devoir à votre égard et au mien, comme étant
«parties intéressées, serait sa véritable confes-
! sion et son repentir, sans feinte ni dissimula-
«tion, de ce fait déplorable , odieux pour elle à «réciter, douloureux pour nous à penser. Dieu «est juste, et il ne veut pas être trompé.
«Ainsi qu'il a manifesté la vérité, il püunira l'i- «uiquité. »
Dans les papiers officiels, on peut soupconner les ennemis de la reine d'avoir avancé les choses qui pouvaient le plus favoriser leur cause, d’avoir abandonné le vrai, et d’avoir déguisé les choses dont ils étaient, dans le fond, intimement convaincus. Mais Lennox n'était point dans le cas de dissimuler dans une lettre particulière qu'il écrivait à sa femme, et il est clair que nonseulement il croyait la reine coupable , mais qu'il était mème persuadé de l'authenticité des lettres
de Marie à Bothwell.
dans mon sein, et Dieu sait avec quel danger pour lui et |
pour moi, et il est descendu de vous. Je n’ai point dessein d'oublier mon devoir envers Yous, en vous montrant en ceci la moindre faute d’amitiéà votre égard; quelque durs qu'aient été vos procédés envers moi, je veux vous aimer comme ma tante, et vous respecter comme ma belle-mère : et s’il vous platt de connaître davantage ma façon de penser en cela, et toutes autres choses qui vous regardent, mon ambassadeur, l’évêque de Ross, sera tout
* Cette lettre est en écossais.
prêt de conférer avec vous, et sur ce, après m'être recommandée à vous de tout mon cœur, me remettant à mon dit ambassadeur, et à vos meilleurs avis et considérations, je vous remets à la protection du Dieu tout-puissant, lequel je prie de vous conserver ainsi que mon frère Charles, et de vous faire counaître mes intentions mieux que vous ne les connaissez.
De Chatisworth, ce 10 juillet 1570. A milady Lennox ma belle-mère.
Votre bonne nièce et aimante fille,
* Lennox’s orig. Regist. Of Letters.
398 DISSERTATION
80 On oppose à tous ces raisonnemens la cunduite des nobles confédérés, à l'égard de Marie. Puisqu'ils ne firent point usage de ces lettres contre elle, il est évident, dit-on, qu'ils en reconnaissaient la fausseté. Suivant lecompte rendu par les confédérés eux-mêmes, ce fut le 20 juin 1567 que la cassette contenant les lettres tomba entre leurs mains; mais on ne commença à les considérer comme un témoignage juridique contre la reine, que dans une assemblée du conseil privé du régent, qui se tint le 4 décembre, après quoi elles servirent de fondement aux actes dressés contre Marie dans le parlement, le 15 du même mois. Or, on objecte que si elles eussent été authentiques, la saisie de pièces aussi
importantes eût été un sujet de triomphe pour |
les confédérés, qui eussent aussitôt proclamé
partout cette heureuse découverte, et qui, dans |
leurs négociations avec les ministres anglais et
français, où avec ceux de leurs concitoyens qui |
condamnaient leur conduite, ils n’eussent pas manqué de fermer la bouche à tous les apologistes de la reine, en produisant cette preuve convaincante de son crime. Mais ceux qui raisonnent ainsi ne font point assez d'attention à la situation délicate et dangereuse des confédérés, dans cette conjoncture. Ils avaient pris les armes contre leur souveraine, s'étaient saisis de sa personne à Carberry hill, et l'avaient confinée dans la prison de Lochlevin. Un grand nombre de leurs concitoyens, dirigés par quelques-uns des nobles les plus puissans du royaume, s'étaient ligués contre eux. Ils ne tardèrent pas à voir qu'ils ne pouvaient se flatter de rompre cette coalition ou de la détruire par la force des armes, sans l'appui de la France ou de l'Angleterre. Dansle premier de ces deux royaumes, les oncles de Marie, le duc de Guise et le cardinal de Lorraine , étaient alors tout-puissans, et le roi luimème était très attaché à cette princesse. Si les confédérés se bornaient à demander que la reine divorçât avec Bothwell et l’exclût pour jamais de sa présence, ils pouvaient espérer d’être soutenus par Charles IX et ses ministres, qui avaient dépêché un envoyé en Écosse pour engager Marie à faire casser ce fatal mariage. Mais s'ils l’accusaient publiquement d’avoir été complice du meurtre de son époux, ils se rendaient cou-
1 Append., n° XXII
pables aux yeux de la cour de France d'un tort irrémissible, et s’ôtaient toute espérance d'être secondés par cette cour. Les chefs des confédérés, qui depuis long-temps avaient eu des relations intimes avec l’Angleterre, étaient fondés à en espérer des secours plus effectifs. Mais, 4 leur grand étonnement, Élisabeth désapprouva hautement leur conduite, embrassa la cause de la reine captive, et montra beaucoup de zèle pour obtenir sa délivrance et mèmesonrétablissement, Ce ne fut point là le seul artifice dont Élisabeth fit usage, dans sa conduite concernant les affaires d'Écosse, quoique ses plus habiles ministres pensassent que le parti le plus prudent et le plus politique était de soutenir les lords confédérés de préférence à la reine. Élisabeth n’eut aucun égard pour leur avis. Elle avait. une si haute idée de l’autorité royale et de la fidélité que les sujets doivent à leur souverain , que toute
sa conduite, en cette circonstance, démontre 4 | qu'elle servait Marie non-seulement avec sin
rité, mais même avec chaleur. Nous la ve tantôt essayer la voie des négociation s, à s’abaisser jusqu’à des prières et quelqtiéietse
| laisser emporter à des menaces. Quand ell@ fut
assurée que les lords confédérés étaient inflexi-
| bles, elle tenta de délivrer Marie, en employant | le parti qui lui était resté fidèle en Écosse. Dans | ses instructions à Throkmorton, elle l'autorise à | correspondre avec les chefs de ce parti et à leur
faire des ouvertures pour atteindre ce but2, On voit mème qu’elle alla jusqu’à charger son ambassadeur à Parisdese concerter avecleroide France, afin que, par leurs efforts réunis, ils pussent amener les Écossais à reconnaître l'autorité de la reine et à se dégager du serment de fidélité qu'ils
! C'était l'opinion de Throkmorton, ainsi que cela parait par un extrait de sa lettre du {1 juillet, publié dans V’'Appendice, n° XXII. Tels étaient aussi les sentimens de Cecil dans sa lettre du 19 août 1565, à sir Henry Norris, ambassadeur d'Élisabeth à la cour de France. «Vous vous apercevrez, dit-il, par la lettre que vous adresse la reine aujourd’hui, combien ellé est favorablement disposée pour la reine d'Écosse; et véritablement, depuis le commencement de cette affaire elle a été vivement blessée de la conduite des lords ; et bien qu’elle pût tirer un grand avantage de l'appui qu’elle eût donné aux lords dans cette circonstance, aucun conseil n'a pu l’empécher de manifester sa désapprobation (Cabaia, 140.)» Et dans sa lettre du 3 septembre :«La reine, notre souveraine, est encore fort blessée de la conduite des lords avec la reine. Cet exemple la touche, » ( Zbid., 141, Digges., Comp., Amd., 14. ) —? Keith, 451, 4ppend. n° XXII.
avaient | devaient ne parvi couvrer cienne a publique meurtre non-seul veur, m:
compron lurent aj avaient r à prendr d'autre « de rom à celui-ci ou du mc reine.
L'évèq morton, ( featives «
«et eux-1r «mais qu’ «tion de.
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«atteinte ; «reine; qu «porter les agers,etr «qui leur a «traîtres, «roces ; qu «se justifie «l'honneur «continuait
‘Keith, 46
'ance d’un tort spérance d'être efs des confélient eu des reétaient fondés fectifs. Mais, à h désapprouva ssa la cause de up de zèle pour rétablissernent, dont Élisabeth cernant les afhabiles minislus prudent et " les lords con- Élisabeth n'eut le avait. une si it de la fidélité
rain, que toute 4
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) 1 fut étaient inflexi- «en employant n Écosse. Dans elle l'autorise à parti et à leur re ce but2, On ger son ambasleroide France, is, ils pussent l'autorité de la le fidélité qu'ils
insi que cela paillet, publié dans i les sentimens de sir Henry Norle France. «Vous le VOus adresse la orablement dislement, depuis le é vivement bleselle pût tirer un donné aux lords a pu l’empécher a, 140.)» Et dans re souveraine, est rds avec la reine, Digges., Comp., n° XXII
avaient prêté à son fils !. Toutes ces circonstances devaient faire craindre aux confédérés que Marie ne parvint à obtenir sa liberté, et même à recouvrer au moins une bonne partie de son ancienne autorité, et s’ils se hasardaient à l’accuser publiquement d'un crime aussi atroce que le meurtre de son mari, ils devaient s'attendre non-seulement à perdre tout crédit, toute faveur, mais encore à voir leur sûreté personnelle compromise, Dans cet état de choses, ils ne voulurent ajouter aucun nouveau motif à ceux qu'ils
avaient mis en avant lorsqu'ils s'étaient décidés |
à prendre les armes. Ils dirent qu'ils n'avaient d'autre dessein que de venger la mort du roi, de rompre le mariage avec Bothwell, d'infliger à celui-ci le châtiment que méritait son crime, ou du moins de le bannir de la présence de la reine.
L’évèque Keith a publié des lettres de Throk-
. morton, que j'ai consignées dans les pièces justia
tives de cette histoire, et d’après lesquelles il ue cet habile ambassadeur avait prévu édérés prendraient ce parti. Dans sa d'Édimbourg, le 14 juillet, il ob- ‘ils ne peuvent oublier que le prince «et eux-mêmes sont exposés au même danger ; «mais qu’ils ne pensent pas qu’ils aient l'inten- «tion de porter atteinte à la sureté ou à l’hon- «neur de la reine, sur le compte de laquelle ils «continuent de s’expriner avec beaucoup de res- «pect. Je crois pouvoir affirmer, continue-t-il, «que la condition ci-dessus une fois remplie (c’est- «à-dire le divorce avec Bothwell), ils la mettront «en liberté et la rétabliront sur le trône 2.» Sa lettre du 22 août contient une déciaration qui lui fut faite par Lethington, au nom et en présence de ses associés, et par laquelle il l’assure
‘«qu’ils n'avaient jamais eu l'intention de porter
«atteinte à la personne ou à l'honneur de la «reine; qu'ils s'étaient résignés jusqu'ici à sup- «porter les outrages de tous les souverains étran- «gers, et nommément de la reine d'Angleterre, «qui leur avaient prodigué les dénominations de «traîtres, de rebelles, de sujets ingrats et fécroces ; qu’ils avaient tout enduré plutôt que de «se justifier d’une manière qui eût pu blesser «l'honneur de leur souveraine; mais que si l’on «continuait à les poursuivre par ces odieuses
Keith, 462-1 4, — 2 Append,, n° XXII,
«Calomnies, si quelques princes étrangers, et «particulièrement la reine d'Angleterre, les «poussaient par de sourdes manœuvres, OU par «la force des armes aux dernières extrémités, ils «seraient forcés d'employer, à l'égard de la «reine d'Écosse, d’autres moyens que ceux dont «ils avaient eu jusqu'ici le désir et l'intention de «se servir. Car, ajouta Lethington, vous devez «bien penser que nous ne consentirons point à «perdrenos fortunes et nos vies, et à passer pour «rebelles aux yeux de l'univers, lorsque nous «avons en notre possession les moyens de nous «justifier 1, »
Ainsi, si l’on fait attention à la marche que les confédérés s'étaient tracée, on verra que le parti qu'ils ont pris de ne point produire les lettres pendant plusieurs mois leur était commandé par la prudence et par le sentiment de leur sûreté personnelle.
Mais , plus tard, quand les confédérés sentirent la nécessité de faire confirmer par le parlement la forme de gouvernement qu'ils avaient établie, ils durent suivre une autre marche.
L'abdication qu'ils avaient arrachée à la reine, l'élévation du jeune prince sur le trône, et la nomination d’un régent, étaient autant d'actes de leur autorité privée. Il fallait que quelque acte légal donnât une sorte de sanction à des mesures aussi violentes, et garantit la sécurité de tous ceux qui avaient adopté cette cause, soit d’une manière effective , soit par leurs avis, soit seulement par leur signature 2. Après une longue délibération , on amena le régent et son conseil privé à consentir à ce que les confédérés produisissent toutes les pièces qui étaient entre leurs mains. Ce fut sur le vu de ces pièces que le parlement sanctionna tousles actes qu'on lui demandait. L'état des affaires du royaume avait
éprouvé un changement assez notable pour justifier cette nouvelle conduite des confédérés, si opposée à celle qu'ils avaient tenue jusqu'alors.
Au mois de juin, une ligue puissante s'était formée contre eux, sous la direction des Hamil- {on ; au mois de décembre, cette ligue fut détruite, et la plupart des personnages considérables qui s’y étaient engagés reconnurent l'autorité du roi et le gouvernement du régent.
Huntley, Argyll, Herries , les plus puissans sei.
! Keith, 448. — * Haynes, 453,
330 DISSERTATION
gneurs de ce partf, assistérent au parlement et concoururent à tous ses actes. Édimbourg, Dune bar, Dunbarton , et toutes les principales places du royaume, étaient alors entre les mains du régent, et la guerre civile avec les huguenots occupait entièrement les armes de la France.
Le zèle d'Élisabeth pour la reine captive paraissait éteint. Ce qui, au mois de juin, eût entraîné la ruine des confédérés, put se faire presque sans danger au mois de décembre. Il résulte de ces observations que si les lettresne furent point produites immédiatement après le 20 juin, ce n'est point une raison de les croire supposées, et que, touten s’abstenant d’abord de dresser une accusation publique contre la reine, en conséquence de la saisie de la cassette , les confédérés donnèrent à connaître qu'ils possédaient un témoïgnage suffisant pour la convaincre. C'est ce qu'on trouve clairement expliqué dans une iettre de Throkmorton, en date du 21 juillett, et plus clairement encore dans le passage dîte j'ai extrait de sa lettre du 22 août. Il est aussi question, dans celle du 25 juillet, des papiers contenus dans la cassette. En voici les propres termes: «Ils disent (les confédérés) qu'ils « ont contre elle les preuves les plus évidentes, « fondées tant sur des pièces écrites de sa propre «Main que sur d'autres témoignages suff- «sans 2,»
Quant aux preuves intérieures de l'authenticité des lettres de la reine à Bothwell, il est à observer : 1° Que toutes les fois qu'un papier est forgé dans une vue particulière, l'adresse de l'inventeur est d'établir solidement le point qu'il a dessein d'accréditer. Il a soin de lever tous les doutes, de prévenir tous lesargumens captieux, d'éviter la moindre apparence d'incertitude, et il se sert en conséquence des expressions les plus claires et ies plus précises pour arriver à son but. Ces passages inventés dans tous les temps par les hérétiques, et insérés dans des anciens auteurs; ces légendes des miracles des saints de l'église romaine ; cette suite d'événemens forgés en leur honneur; ces chartres apocryphes en faveur de leur culte, et dont il ést fait mention dans mon Histoire, sont autant de preuves de ce que j'avance. Tout falsificateur tombera le plus
* Keith, Préface, p. xi7. — ? Zbid, , 387, — G00d. . Ni, 207.
| souvent dans l'excès de trop prouver, etrarement dans l'inconvénient de ne pas prouver assez. Cette maxime est sûre et incontestable. Le fait que les enneinis de la reine avaient à prouver, c'était : «que le comte de Bothwell était le principal exé- «cuteur de ce crime affreux, de cet indigne as- «sassinat qui avait été commis, etc.; que la reine «l'avait prémédité, conseillé, inventé, et qu'elle «avait donné ses ordres pour l'exécution du «meurtre !. » Cependant onne trouve dansles lettres en question que des idées imparfaites, des insinuations vagues , des expressions ambiguës, qui forment, à la vérité, l'évidence et fa conviction lorsqu'elles se trouvent dans des lettres originales , mais qui ne ressemblent point à ce jour éblouissant, à cette surabondance de preuves et d'évidence que les falsificateurs ont presque toujours eu soin de répandre dans les écrits qu'ils ont fabriqués. Tous ceux qui ont pris en main la cause de Marie, dans son propre siècle, et qui se sont érigés en défenseurs de son iyaé£ cence, soutiennent qu'on ne trouve rief ses lettres qui puisse servir de preuve ## ju Lesley, Blackwood, Turner et plusieuf$"a sont remplis de passages quitendent à ce but, ét les auteurs du siècle où nous vivons ont suivi le même plan, ont adopté les mêmes opinions.
«On aurait pu s'attendre, dit un de ses dé-' «fenseurs les plus modernes, que quelques-uns «des points ou articles de l'accusation auraient «été établis par des preuves claires et précises : «mais on ne voit rien de cela dans le cas dont il «s’agit. On ne trouve rien dans les lettres de «Marie qui fasse connaître clairement que celle «qui les a écrites ait prémédité, conseillé, inventé «aucun meurtre, encore moins qu’elle l'ait per- «suadé ou ordonné, et il ne se trouve rien dans «ces lettres qui tende au soutien et à la justi- .(fication de meurtriers quelconques !, » 1° Les adversaires de Marie aüraient-ils été assez mal avisés pour chercher à diminuer ainsi l'atrocité du crime? et auraient-ils mis tant d'art à fabriquer des lettres si mal conçues pour l'assertion d'un fait qu'ils avaient envie de prouver? S'ils s'étaient rabaissés au point d'avoir recours au mensonge, n'auraient-ils pas produit quelque chose de plus clair et de plus décisif ? 20 II est | presque impossible de forger un long récit et de
1Good., 1, 76.
le chat ment | point « ét c'est ont $0 tanices,
gères à
ces dét
vantag pércher premià tänces « corrésht é'rangè et qu'il:
n'étaien cun fon plupart
lettres, ( ture à € preuves Il êst dit hommes avec lui.
gentilhor nommés mént la:
aussi, qu lé roi lui tait passé journée , entre le.
prémière que ce q roi 2,
On voit longue co sujet de long - tem conversati lettre de sais à Pari:
S'y agissai et qui mé dans le ten bassadeur À un gran
’Letter |.
iver,etrarement uver assez. Cette e. Le fait que les Jrouver, C'était ; le principal exécet indigne as- >(C.; que la reine venté, et qu’elle l'exécution du Juve dans les letmparfaites, des sions ambiguës, lence et [a condans des lettres lent point à ce idance de preuteurs ont prese dans les écrits qui ont pris en n propre siècle, rs de son iug
Tr "Ha
lent à ce but, èt ons ont suivi le es opinions, | un de ses dé-’ e quelques-uns sation auraient es et précises ; 1S le cas dont il les lettres de ment que celle nseillé, inventé v’elle l'ait perpuve rien dans n et à la justiques !. » 1° Les été assez mal ainsi l’atrocité d'art à fabriour l'assertion prouver P S'ils ir recours au oduit quelque cisif ? 20 Il est ong récit et de
le chargé d’an contours de dirconstances tellement liées avec les faits réols qu'on ne puisse point apércevoir qüélques traces de la fraude ; et c’est par cette raison que lés habiles faussaires ont Soin d'éviter dé longs détails de circonslances, particulièrement de celles qui sont étrangères au sujet et inutiles, sachant bieri que, plus ces détails sont multipliés, plus on donne d'avantage à ceux qui s’attachent à décoüvrir la supércherie. Or, les lettres de Marie , et surtout la première , sont pleines d’une infinité de circons: tances qui sont tout-ä-fait naturelles dans une corréspondance réelle ; mais qui sont absoliment étrangères aux projets des ennemis de la reine, et qu’il aurait été extravagant d'y insérer si elles n'étaiènt que des faits iaginaires et sans aucun fondement. 3° La vérité et la réalité de la plupart des circonstances contenues dans ces léttres, et même de celles qui ne sont pas de nature à être publiées sont confirmées par des preuves collatérales, et qui Sont indubitables t, N êst dit que la reine rencontra un des gentilshommes de Lennox , et qu'elle lia conversation avec lui. Thomas Crawford (c'était le nom de ce gentilhomme) comparut devant les commissaires
mént la vérité dé cette circonstance. 11 déclara aussi, que pendant que la reine était à Glasgow, le roi lui répétait tous les soirs tout ce qui s'était passé entre la reine et sa majesté pendant la iôurnée , et que le détail de ces conversations entre le roi et la reiné , qui se trouve dans la prémière lettre, est précisément la même chose que ce qui lui avait été Communiqué par le roi 2,
On voit, par la même lettre , qu'il y eut une longue conversation entre Je roi et la reine au sujet de Mynto, Hiegait et Walcar3. On a long -temps ignoré ce que c'était que cette Conversation. On a énfin découvert, par une lettre de Marie, conservée au collége des Écossais à Paris, et qui a été rendue publique4, qu'il s’y agissait d’une affaire de grande importance ; et qui méritait toute l'attention qu'on y donna dans le temps, On voit, par une lettre de l’am-
bassadeur de France , que Marie était sujette |
À un grand mal de côté5, Cette circonstance
"Letter 1. Good. 11, 1, — + Good., 11, 245, — 5 (bd, 8,10, 11. — ‘Keith » Pref., vij, —5 14., ibid,
ÿ est mentionnée !, ét fa chose est dite d'une manière si naturellé qu'on voit qu’elle ne peut sé troùver que dans une pièce authentique.
4° Si l'on persiste à croire qu'on peut raisonnablefnent supposer que toutes ces circonsfances véritables ont été adroïitement insérées dans ces lettres Par ceux qui les ont fabriquées, pour donner à ces productions un air d’authenticité, on conviendra àu moins qu'une pareille Supposition pourrait difficilement avoir lieu par Tapporl aux particularités suivantes. La reine, avant que d'écrire sa première lettre à Bothwell, fit, suivant l'usage de ceux qui ont des lettres fort longues à écrire sur différens objets, un brouillon des choses dont elle voulait se ressouvenir, et elle les jeta sur un papier séparé, en forme de notes. Comme elle passait la plus grande partie de la nuit à écrire, et après que ses domestiques étaient couchés, le papier lui Manqua et elle continua sa lettre sur cette feuille où elle avait écrit son brouillon. C'est ell'-même . qüi nous apprend ce fait, et elle s'en excuse en ces termes : «Ïl est tard ; je voudrais ne jamais «cesser de vous écrire; cependant après vous
| «avoir baisé .:s mains, je finis ma lettre. Pardon . | nommés par Élisabeth, et confirma avec ser-
«de mon griffonnage; vous en serez quitte pour «me relire deux fois. Excusez les ratures. Le pa- «pier me manqua hier, ct j'ai écrit ceci sur mon «brouillon2,» Ce brouillon se voit encore dans le corps de la lettre; et ce qui vient d'être dit donne, à ce qu'il paraît, une raison fort naturelle de la manière dont cela a pu arriver, Mais il serait difficile de supposer qu'un faussaire eût imaginé de placer au milieu d’une lettre un brouillon qui présente au premier coup d'œil une chose tout-à-fait extraordinaire, et même absurde. Si néanmoins quelqu'un voulait pousser le raffinement au point de supposer que des faussaires fussent assez adroits Pour contrefaire une absurdité de cette espèce, dans le dessein de donner à la pièce factice un air d'authenticité, il faudrait au moins convenir que les ennemis de la reine, qui ont mis ces faussaires en besogne, ont dû avoir la clef de ce brouillon et de ces notes abrégées. Cependant nous voyons qu'ils se sont trompés au point d'imaginer que ces notes étaient /a créance du Porteur, c'està-dire les points sur lesquels la reine lui avait
! Lettre 1, 30, — 2 Good. , 11, 28.
donné verbalement ses instructions". Il n’est pas possible que cela soit, puisque la reine elle-même écrit avec tant d'exactitude sur tous les points mentionnés dans ces notes, qu’il n’était plus nécessaire de donner à ce sujet des instructions verbales au porteur, et ces notes forment en effet le précis de la lettre. 5° Marie, en rapportant ses conversations avec le roi au sujet de l'affaire de Mynto, Hiegait , etc., dit : «Demain je «vous entretiendrai sur ce point ;» ensuite elle ajoute : «Quant au surplus de ce qui concerne «Guillaume Hiegait, il a tout avoué, mais il ne «l'a fait que le lendemain de mon arrivée2.»
Cette addition, qui n'aurait dû être faite qu'après la conversation annoncée pour le lendemain, paraît, ou avoir été insérée par la reine dans le corps de ia lettre, ou peut-être avoir été d’abord écrite en marge et ensuite reportée dans le texte. Si l'on suppose que la lettre soit authentique, et qu'elle ait été écrite en différens temps, ainsi qu'on le voit clairement, cette circonstance paraîtra toute naturelle; mais on n’aperçoit pas quelle raison aurait pu engager un faussaire à faire un pareil anachronisme, attendu qu'il n'y avait aucune nécessité 3.
D'un autre côté, Marie elle-même, et ceux qui entreprennent de soutenir son innocence, prétendent que ces lettres ont été forgées par ses ennemis pour noircir sa réputation et justifier leur rébellion. Il n'est pas nécessaire de rapporter ici les argumens dont on s’est servi dans le temps pour soutenir cette opinion.
Elle est suffisamment réfutée par toutes les observations que nous venons de faire. Un historien qui a fait des recherches laborieuses sur les événemens de ce siècle, et qui a acquis sur ces objets beaucoup de connaissances , a publié dernièrement une prétendue démonstration de la fausseté des lettres de Marie. Il fonde cette démonstration sur des preuvc ; intérieures et extérieures. Quant aux premières, il observe, que l'édition française des lettres de la reine, est évidemment une traduction de l'édition latine de Buchanan; que cette édition de Buchanan n'est autre chose qu’une traduction de l'écossais ; que par conséquent les ennemis de la
1 Good., 11, 152, — * Ibid. ,, 9.
5 On trouve une addition exactement semblable à celle-ci, faite à un papier authentique, dans Goodall, Il .282.
DISSERTATION
Jebb Londres, 1725, 2 vol.in-fol. en français et en latin
reine ont avancé sans aucun fondement qu'elle ! avait originairement écrit ses lettres en français, etque toutes ces lettres ne sont que des mensonges insignes. Il fonde cette gradation singulière detraductions, en supposant que lorsqu'on projeta cette fausseté, il ne se trouvait personne qui fût en état d'écrire en français les lettres qu'on voulait faire passer pour être de la reine ; que par cette raison, elles furent d’abord composées en écossais; mais que malheureusement l'inter.
prète français ne savait apparemment pas l'écossais, ce qui fit que Buchanan les traduisit en latin, et qu’elles furent ensuite traduites en français.
ILest presque inutiled’observer qu’on ne donne aucune preuve de ces suppositions. Les mœurs des Écossais pendant ce siècle, où la plupart des gens de condition passaient en France une partie de leur jeunesse, et la correspondance intime qui était alors établie entre les deux nations, font assez voir que vraisemblablement la multiplicité de ces opérations ne pouvait pas être nécessaire pour se procurer quelques lettres écrites en français.
Mais sans insister davantage sur ce point, nous pouvons observer que tout ce que cet auteur avance peut lui être accordé, mais que les conclusions qu’il en tire ne sont pas justes, à moins qu'il ne prouve en même temps que les lettres de la reine que nous avons en français, sont les véritables copies de celles qui furent produites par Murray et ses partisans ; au parlement d'Écosse, à Yorck et à Westminster.
Mais l’auteurn'a point entrepris de prouver cela, et si nous faisons attention à l'histoire de ces lettres, nous verrons qu'il aurait succombé dans ce projet. Ces lettres furent publiées pour la première fois à la fin de l'ouvrage de Buchanan, intitulé : Detectio Mariæ reginæ Scotiæ 1, La première édition de cet ouvrage de Buchanan parut en latin, et l'on y joignit trois lettres de la reine dans la mème langue. Cette édition latine fut imprimée en 1571. Il en parut aussitôt après une traduction en écossais, à la fin de laquelle on imprima aussi en écossais les trois
lettres qui avaient paru en latin , et cinq autres lettres qui n’étaient point dans l'édition latine,
? Cet ouvrage fait partie de la collection de Samuel
Il parut Detect de Mari imprim 1572; 1 l'imprin viennen mois auc minée, a dres. M:
date qui tres circ évidemn ley, était ce temps que l’édi nan fut «depuis :
«libelle d «et de la «aux frèr.
«pouvait «çois, et «à-dire à «n0M apo nocence le traduc chanan. « «comme il «sois, et «par un hu «Camuz, s «remarqu gnage uni résidens er d’être bien Sur une sir çais n'a pc français de:
Il déclare r tes du latir à toutes ce cette critiq copie franc est une tra
1 Martyre d Ce passage, e des guillemci % Good. , 1, 1(
idement qu'elle tres en français, que des mensonation singulière e lorsqu'on proait personne qui les lettres qu'on a reine; que par d composées en sement l'inter.
mment pas l'é les traduisit en le traduites en
qu'on ne donne ons. Les mœurs Où la plupart
en France une orrespondance re les deux namblablement la Jouvait pas être ielques lettres
sur ce point, ce que cet au- , mais que les t pas justes, à temps que les Is en français, les qui furent Sans , au par- Westminster, > prouver cela, 1istoire de ces uccombé dans liées pour la de Buchanan, æ Scotiæ !, de Buchanan rois lettres de te édition la:
Jarut aussitôt , à la fin de ssais les trois t cinq autres dition latine.
ion de Samuel nçais et en latin
Il parut ensuite une traduction française de la Detectio de Buchanan , et de sept de ces lettres de Marie. Cette traduction est marquée comme imprimée à Édimbourg chez Thomas Waltem en 1572; mais le lieu de l'impression et le nom de l'imprimeur sont falsifiés; tous les partis en conviennent. Notre auteur, en observant le jour du mois auquel on dit que cette impression a été terminée, assure qu’elle est de l'impression de Londres. Mais on ne peut faire aucun fond sur une date qui se trouve dans un livre où toutes les autres circonstances relatives à l'impression sont évidemment fausses. Blackwood, qui, après Lesley, était celui de tousles défenseurs de Marie en ce temps-là qui était le mieux instruit , assure que l'édition française de la Detectio deBuchanan fut publiée en France. « 11 (Buchanan ) a «depuis adjousté à cette déclamation un petit «libelle du prétendu mariage du duc de Norfolk, «et de la façon de son procès, et l'a tout envoyé «aux frères à La Rochelle , lesquels voyant qu'il «pouvait servir à la cause, l’ont traduit en fran- «çois, et icelui fut imprimé à Édimbourg, c’est- «à-dire à La Rochelle, par Thomas Waltem :
«uom aposté et fait à plaisir !.» L'auteur de /’Znnocence de Marie va plus loin, et il nomme le traducteur français de la Det:ctio de Buchanan. «Et icelui fut premièrement composé , «comme il semble, par George Buchanan, Escos- «sois, et depuis traduit en langue françoise « par un hugonot Poitevin (advocat de vocation), «Camur, soy-disant gentilhomme, et un des plus «remarqués séditieux de France 2. » Le témoignage uniforme de deux auteurs contemporains résidens en France, et qui étaient ainsi à portée d’être bien informés, doit sans doute l'emporter sur une simple conjecture. Ce traducteur français n'a point prétendu publier un original en français des lettres écrites par la reine elle-même. Il déclare même expressément qu'il les a traduites du latin 5, Si notre auteur avait fait attention à toutes ces circonstances, il se serait épargné cette critique laborieuse , pour prouver que la copie française en question des lettres de Marie est une traduction du latin. L'éditeur français
1 Martyre deMarie. Jeb. 11, 256. — ? Jebb. 1, 425, 453. Ce passage, et le précédent de Blackwood, marquésavec des guillemets, sont ainsi en français dans le texte, — % Good. , 1, 103.
| en convient , et je ne crois pas que personne ait | jamais dit le contraire.
Il est à propos d'observer que le traducteur français a poussé l'ignorance au point d'affirmer | que Marie avait écrit ces lettres en partie en français et en partie en écossais 1, Si cette tra duction avait été publiée à Londres par Cecil, ou qu’elle eût été faite par les ordres et sous les yeux de ce ministre, il est certain qu'il ne s'y serait jamais glissé une erreur aussi grossière, Quoi qu'il en soit, cette erreur a été occasionée Par une circonstance bien singulière. Dans le traduction écossaise de la Detectio de Buchanan,
phrases de l'original français, lesquelles sont terminées par un ef cætera; en suite de quoi vient la traduction écossaise de tout le reste. Cette manière d'imprimer des traductions était assez ordinaire dans ce siècle. L'éditeur français, sur l'observation de cette circonstance, a eu la simplicité de croire que les lettres de Marie avaient été écrites en partie en français et en partie en écossais.
En examinant quelques-unes des phrases fran:
çaises qui se trouvent au commencement de chaque lettre, et en y appliquant cette sorte de critique que notre auteur a suivie dans l'examen detoutes ces lettres, nous trouverons des preuves évidentes que le français n’est point une traduction du latin, mais que l'édition française est l'original sur lequel on a fait les traductions en latin et en écossais. Cette critique minutieuse sera Sans doute peu agréable à la plupart de mes lecteurs; mais il suffira de jeter les yeux sur un petit nombre de passages, et cette espèce de disserlation sera fort courte.
La phrase française qui se trouve au commen:
cement de la première lettre finit par ces mots: F faisoit bon. Il est clair que ces mots veu ce que peut un corps sans cœur, ne sont point du tout la traduction de ceux-ci, cum plane perinde essem atque corpus sine corde. On trouve dans toute la phrase française un esprit et une élégance qui ne sont point rendus dans le latin ni dans l’écossais. Jusques à la dinee, n'est point une traduction de, {oto prandi
tempore. La traduction écossaise, quhile dinner-lime, rend mieux le sens du français ; car
1 Good., 1, 103,
On a mis à la tête de chaque lettre deux ou trois .
Sir QE