‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme]Chapitre 54 sur 155 · N° XVIII · texte numérisé non relu

N° XVIII

Fragment d’une lettre d'ÉLISABETH à MARIE.

20 février 1566

... Actuellement (c’est-à-dire depuis l’arrivée de Marie en Écosse) comment pourrais-je soutenir patiemment les vains délais que vous apportez à la ratification du traité convenu par vos propres commissaires, sur quoi j'ai éprouvé des procédés très désobligeans, sans compter bien des sujets de méfiance, qui font que je ne puis désormais prendre confiance en aucun écrit. On a, depuis, agi avec moi de la manière la plus dure, en débauchant

mon sujet et proche parent, le lord Darnly, sous pré-

texte d’une requête particulière pour des terres, et en

l’attirant dans le royaume pour négocier, à mon insu ,un traité de mariage avec lui, et même pour ie conclure sans mon consentement et bon plaisir. Et de combien de choses désobligeantes ce fait n'a-t-il pas été accompagné!

en donnant asile à quelques-uns de mes sujets, regardés chez eux comme d’indignes renégats et malfaiteurs, et

leur confiant, sans mon consentement, des places im-

porlantes, sans compter beaucoup d’autres choses pa-

reilles que je passe sous silence, parce que le souvenir de ces choses ne pourrait que vous être désagréable. J'ai bien voulu passer par-dessus tout cela, et, pour ainsi dire, le supprimer, y étant entratnée par l’inclination naturelle que j'ai à vous aimer. J’ai ensuite accepté avec plaisir d’être la marraine de votre fils; du fils de mon susdit parent, qui m'avait auparavant offensée si déloyalement, tant par son mariage avec vous que par sa conduite irrégulière en d’autres points envers moi, sa souveraine, Je me suis employée amicalement par des messages pour le réconcilier avec vous lorsqu'il a été votre mari, pendant que d’autres nourrissaient la discorde entre vous, et qui avaient, comme il a bien paru, plus de pouvoir pour exécuter leurs desseins, ayant de mauvaises intentions à votre égard, que je n'en ai eu pour vous faire du bien, eu égard au mal que j'ai reçu de vous, Je veux bien oublier les malheurs qui vous sont arrivés, faute d’avoir suivi mes conseils. Mais lorsque vous avez été réduite à la dernière extrémité, lorsque vous étiez réellement prisonnière et en danger de perdre la vie par les manœuvres de ceux qui sont vos ennemis déclarés, j'ai été bien éloignée de conserver aucun souvenir de vos mauvais procédés à mon égard. J'ai même été tellement désintéressée par rapport aux desseins que tout le monde sait que vous aviez formés sur ma couronne, et par rapport à la sûreté de mon état, résultant de votre mort, que vous voyant au comble du malheur, sur le bord de votre fosse, et sur le point de perdre misérablement la vie, j'ai non-seulement intercédé pour vous sauver la

! vie, mais j'ai même fait de telles menaces à quelques ans

de ceux qui étaient irrités contre vous, que je puis bien dire que j'ai été la seule, ou du moins la principale cause de la conservation de vos jours.

Lettre de la reine ÉLISABETR à la reine d'Écosse, avec cette note au dos , de la main de CEcis. Copia litterarum Regiæ majestatis ad Reginam Scotorum.

vz11° aprilis?, Madame,

Vous ayant trop molesté par M. de Crocq, je n’eusse eu si peu de considération de vous fâcher de cette lettre,

| si les liens de charité vers les ruinés et les prières des mi-

sérables ne m'y contraignassent. Je entens que un édit a été divulgué de par vous, madame , que ung chascun,

, que veult justifier que ons esté les meurtriers de votre feu

mari, et mon feu cousin, viennent à le faire le xij* de ce mois. Laquelle chose, comme c’est plus honorable et né-

\ Note du Traducteur. Celte lettre est ainsi en français dans le texte, et n’est que copiée : le titre est en anglais, avec la note de Cecil, en latia.

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de plus que j'espère ne pensez, et que ne voudriez volon-

cessaire , qui en tel cas se pourra faire, ne y estant caché quelque mystère ou finesse, ainsi le père et amis du mort gentelhomme m'ont humblement requis, que je vous | ch priasse de prolongue le jour, pour ce qu'iiz cognoissent que les iniques se sont combinés par force de faire ce que par droict ils ne pourront Pas faire ; partant, je ne puis, | Connés de favori imais sinon pour l'amour de vous même, à qui il touche glaive et la le plus, et pour Ja Consolation des innocens, de vous bles, exhorter le leur concéder cette requeste, laqueile, si elle | cours les seroit nié, vous tourneroit grandement en soupcon, | rables et honnêtes

tiers ouyr, Pour l'amour de Dieu, madame, usez de telle sincérité et prudence en ce Cas, qui vous touche de si

près, que tout le monde aye raison de vous livrer comme innocente d’ung crime si énorme , chose que si.ne fistes , seriez dignement esbloyë hors de rancz de princesses, et

non sans cause faite opprobre de vulgaire , et plutôt que !

cela vous avienne, je vous souhaiterois une sépulture honorable qu'une vie maculée : VOUS VOyez, madame, que je vous traite comme ma fille, et vous promets, que si j'en eusse , ne lui souhaiterois mieulx que je vous désire, comme le Seigneur Dieu me porte tesmoignage, à qui je prie de bon cœur de vous inspirer à faire ce qui vous sera plus à honneur, et à vos amis plus de consolation , avec mes très cordiales recommendations Comme à icelle à qui

je souhaite le plus de bien qui vous pourra en ce monde avenir.

De West, ce huitième jour de janvier l en hâte.

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