SARA
caresses de la naison de Guise, gagnés par quelques faibles grâces distribuées à propos, et par de grandes promesses, farent à la fin disposés à seconder les vues de la reine et à favoriser toutes ses prétentions.
Pendant que la reine avançait .ainsi par des voies lentes, mais assurées, laccomplissement ‘le ses desseins, le régent, ou ne prévit point, on népligea de prévenir le danger qui le menacait, La première nouvelle qu'il reçut du complot qui se tramait lui fut apportée par deux de ses plus intimes confidens, Carnegie de Kinnaird ,et Panther, évêque de Ross, que la reine avait gagnés, et qu'elle avait employés comme les instrumens lesplus propres à obtenir le c nsentement durégent. On lui fit les premières ouvertures au nom du roi de France. Elles furent soutenues par des menaces capables d'en imposer à l'âme timide du régent , et adoucies par toutes les promesses qui pouvaient lui faire accepter une proposition aussi désagréable. D'une part, on lui offrait la confirmation du titre de duc qu'il avait en France, avec une forte pension ; de faire reconnaitre par le parlement d'Écosse son droit de succession à la couronne , et de faire ratifier publiquement tout ce qu'il avait fait pendant sa régence. D'un autre côté , on lui peignait avec les plus vives couleurs le danger d'encourir la
disgrâce du roi de France , l'autorité de la reine |!
douairière, et son crédit parmi le peuple, la haine que les nobles lui portaient > et les dangers auxquels il s'exposerait s'il était obligé de rendre compte de son administration. H n’était pas possible de souscrire sans quelque difficulté à une proposition aussi imprévue et aussi extraordinaire; et si l’archevèque de Saint-André ent été présent pour fixer l'irrésolution du régent , et donner de la consistance à un esprit susceptible de toutes sortes d'impressions, le négent aurait, selon toutes les apparences, rejeté avec dédain les offres et la proposition; mais heu-
reusement pour la reine, ses desseins ne pou-
vaient point alors être traversés par la sagacité et l'ambition du prélat ; il était malade À toute extrémité, et pendant son absence, les manœuvres des émissaires de la reine agirent aisément sur uneäme flexible ,contre-balancèrent l'activité des plus fortes passions humaines, et déterminèrent
enfin le régent à se démettre voloutairement du pouvoir suprème.
La reine, après avoir gagné un point de cette
importance avec tant de facilité, repassa en Écosse, parfaitement convaincue qu'elle allait se mettre en possession de sa nouvelle dignité.
Mais elle trouva l'archevêque rétabli de cette maladie que les médecins ignorans d'Écosse avaient regardée comme incurable; le prélat dut sa guérison aux soins du fameux Cardan , l'un de ces aventuriers philosophes sans aveu , dont l'Italie fourmillait alors, Un génie actif et entreprenant lui avait fait faire plusieurs découvertes dignes de l'estime d’un siècle même plus éclairé ; une imagination déréglée l'avait entraîné dans ces sciences Chimériques qui attiraient l’admiration de ses contemporains ; comme astrologue et magicien, il était révéré; on venait le consulter de tous les endroits de l'Europe : comme philosophe qui étudiait la nature .et qui avait fait des progrès dans cette science, il n'était que médiocrement connu. Il y a lieu de croire que l'archevêque ne voyait en lui que le magicien ,
| lorsque dans sa maladie il le fit appeler : cepen- | dant ce fut au philosophe expérimenté qu'il dut
sa guérison !.
L’archevèque ainsi revenu des portes de le mort, reprit tout son ascendant sur l'esprit du régent. Son premier soin fut de l'engager à ré-
tracter cette promesse déshonorante qui lui avait été extorquée par les artifices de la reine : cette nouvelle inconstance du régeri irrita cette princesse au dernier point ; elle fut néanmoins obligée de dissimuler sa surprise et son indignation pour se donner le temps de renouer ses intrigues dans les différens partis. Elle s’attacha plus.que jamais à favoriser et à caresser les protestans; elle usa de divers artifices pour se rendre agréable aux nobles; elleentreprit mêne de regagner lerégent, et elle fit jouer tous les ressorts imaginables pour en venir à bout. Mais les insinuations de ses émissaires, qui avaient fait de si fortes impressions sur l'esprit timide du régent, n'étaient pas capables de subjuguer ni d'intimider l’archevèque. L'adresse du prélat, qui faisait languir les menées et les négociations de la reine,
! Cardan lui-même était plus jaloux d'être regardé comme astrologue que comme philosophe. On trouve dans sou livre de Genituris un calcul sur la naissance: de l’archevéque. Cardan prétendait que par ce calcul it avait prévu el guéri la maladie du prélat. Îl reçut de l’av: chevêque une récompense de 1800 écus, somine COnsidérable en ce temps là. De Fit su, n. 22.
donna du nerf au régent, qui se maintenail ‘dans son poste avec toute l'adresse et la fermeté que demandait un objet de cette importance.
Cependant la défection générable des nobles, l'accroissement du pouvoir des protestans , tous dévoués à la reine douairière, les sollicitations réitérées du roi de France, et plus que tout, l'intervention de la.jeune reine qui venait d'entrer dans sa douzième année, et qui réclamait le droit de nommer, suivant son bon plaisir, à l’office de régent, forcèrent enfin le cornte d’Arran d’abdiquer cette place éminente, après l'avoir occupée pendant plusieurs années. Il obtint néanmoins pour lui les mêmes avantages qi lui avaient d'abord été promis. :
Ce fut dans le parlement , assemblé le 10 avril 1554, que le comte d’Arran fit cette résignation singulière, et que Marie de Guise fut élevée à cette dignité, qui faisait depuis si long-temps l'objet de ses désirs. On vit alors toutes les voix se réunir pour élever une femme et une étrangère au pouvoir suprême, sur un peuple féroce et turbulent , qui s'était rarement soumis, sans quelque résistance, au gouvernement ancien et légitime de ses rois naturels. :
Pendant que la reine douairière d'Écosse contribuait ainsi aux progrès de la réforme par la protection qu'elle lui accordait par des motifs d'ambition, lareine d'Angleterre, en persécutant les réformateurs dans son royaume , remplissait l'Écosse de personnages actifs et capables d'étendre cette mème religion. Marie était montée sur le trône d’Angleterre après la mort de son frère Édouard, et elle avait aussitôt épousé Philippe IL, roi d'Espagne. Elle joignait à l'esprit d'intolérance de l’église romaine, et à la barbarie du siècle, le ressentiment de ses souffrances particulières et de celles de sa mère, qu'elle attribuait à la religion réformée; une humeur chagrine et sévère, qui lui était naturelle, aigrissait encore toutes ses passions, ct les portait aux dernières extrémités. La cruauté de ses persécutions égala tous les forfaits de ces tyrans lqui ont été dans leur temps l'opprobre du genre humain. Tout le fanatisme du clergé ne suivait que de loin l’impétuosité du zèle de Marie. Philippe lui-même, ce prince inexorable, fut dans quelques occasions obligé de modérer la rigueur de la reine. Quelques réformateurs des plus dis-
tingués furent livrés aux supplices; d'autres pri- !
| rent la fuite pour se sauver de l'orage. La plu-
| part trouvèrent en Suisse et en Allemagne un
asile assuré; plusieurs autres, soit par choix,
soit par nécessité, se réfugièrent en Écosse.'Ce
qu'ils avaient vu et souffert en Angleterre n'é-
| tait pas propre à refroidir leur zèle, ni à diminuer leur indignation contre le papisme; leurs attaques n’en furent que plus hardies et plus heureuses, et leur doctrine se répandit rapidement dans tous les états.
Cette nouvelle doctrine, qui ne tendait qu’à rectifier les opinions et à réformer les mœurs,
| n'avait point jusqu'alors produit d’autres effets;
| mais elle prit bientôt un plus grand essor, et commença à agir avec bien plus de violence; on chercha les occasions, non-seulement de détruire la religion établie, mais même d'ébranler le trône, et de mettre le royaume en danger. Les causes politiques qui facilitèrent l'entrée de ces nouvelles opinions dans le royaume, et qui les y répandirent si rapidement, méritent ici une attention et des recherches particulières. La réformation est, dans l'histoire du genre humain, un des événemens les plus remarquables ; et sous quelque point de vue qu'on l’envisage, il est également instructif et intéressant .
La renaissance des lettres dans les quinzième et seizième siècles tira le monde de la léthargie dans laquelle il était plongé depuis si long-temps:
l'esprit humain sentit ses forces, rompit les entrat
ves qui le retenaient, secoua le joug de l'autorité, se hasarda à parcourir un plus grand cercle, et poussa ses recherclies sur toutes sortes d'objets, avec une audace singulière et les succès les plus surprenans.
L'homme étant devenu capable de faire usage de sa raison, la religion fut une des premières
* John Knox, le réformateur écossais, après avoir été plusieurs fois expulsé d'Écosse, s'était réfugié à Genève ; et il publia dans cette ville, en 1558,un pamphlet intitulé : Le premier son de latrompette contre le monstrueux gouvernement des femmes ; il revint s'établir en Angleterre. Élisabeth, irritée de son pamphlet, l'expulsa, et il vint se réfugier en Écosse. Là il fut plus que jamais le maître de la multitude, et, soutenu de ses nombreux amis, fit sanctionner par le parlement écossais la profession de foi qu’ils avaient rédigée, et abolir la juridiction des cours ecclésiastiques. Sous les règnes de Marie et de Jacques VI son fils, il soutint une lutte acharnée dans laquelle il montra autant de violence que d'intrépidité, et pérvint enfin à faire triompher ses doctrines qui sont les doctrines régnantes en Écosse.
chose avant qui é la ph liens | persti tagel en se à pre teurs; de coi gaires erreu animé relevè et le :
l'admi suivan Pou sance ther s et con comm une ri l'Allen rent jp aante, ébranl tème a mens.
Rome, d’Autr:
dès let de l’Eu aigris | ni ado par la la piété quelqu faibles sans mi
et la se pays m des im tieuse € barie d Favorab
[1554] ‘orage. La plu- | Allemagne un joit par choix, | en Écosse.' Ce Angleterre n’étle, ni à dimipapisme ; leurs hardies et plus épandit rapide-
ne tendait qu'à ner les mœurs, d’autres effets; grand essor , et de violence; on ent de détruire e d’ébranler le en danger. Les | l'entrée de ces ume, et qui les néritent ici une articulières, La du genre huremarquables ; d’on l’envisage , ressant .
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choses qui attira son attention. Long-temps avant que Luther eût publié ses thèses fameuses qui ébranlèrent le trône pontifical, la science ei la philosophie avaient découvert à quelques Italiens les impostures et les absurdités de la superstition établie, Ces peuples qui ont en partage la finesse et la subtilité, contens d'avoir fait en secret ces découvertes, étaient peu disposés à prendre le caractère dangereux de réformateurs; il n'appartient, disaient-ils, qu'aux sages de connaître le vrai, pendant que les âmes vulgaires sont intimidées et gouvernées par les erreurs populaires. Les théologiens allemands, animés d'un zèle plus noble et plus désintéressé, relevèrent hardiment l’étendard de la vérité, et le soutinrent avec une intrépidité digne de l'admiration et de la reconnaissance des siècles suivans.
Pour peu qu’on soit versé dans la connaissance de l’histoire, on sait à quelle occasion Luther s’éloigna des dogmes de l’église romaine, et comment une querelle très légère dans ses commencemens, s'échauffa au point de devenir une rupture ouverte et irréparable. Du sein de l'Allemagne les opinions de Luther se répardirent par toute l'Europe avec une rapidité étonuante, et partout où elles furent prêchées, elles ébranlèrent ou renversèrent totalement le système ancien, mais établi sur de mauvais fondemens. La vigilance et l'adresse de la cour de Rome, la puissance et le fanatisme de la maison d'Autriche, étouffèrent ces nouvelles opinions dès leur naissance dans les pays méridionaux de l'Europe. Mais les esprits courageux du nord, aigris par des taxes multipliées, ne purent être ni adoucis par les mêmes artifices, ni subjugués par la même autorité, Ces peuples, animés par: la piété de quelques princes, par l'avarice de quelques autres, déconcertèrent aisément les faibles oppositions d’un clergé sans lettres et sans mœurs.
Le papisme paratt avoir pris un vol plus extravagant dans les pays situés aux différentes extrémités de l'Europe. La force d'imagination et la sensibilité particulières aux habitans des pays méridionaux les rendaient plus susceptibles des impressions fortes de la terreur superstitieuse et de la crédulité. L'ignorance et la barbarie des nations du nord ne furent pas moins favorables aux progrès de ce même esprit de su-
perstition; ne sachant rien, ils étaient disposés à tout croire; les absurdités les plus frappantes ne révoltaient point leur entendement grossier, et les fictions les moins probables étaient reçues avec une docilité stupide et une aveugle admiration.
Quant au genre de papisme qui prévalut en Écosse, il était plus que partout ailleurs infecté de superstition et d’ignorance. Les sentimens
les plus capables de révolter l'entendement hu-
main, des légendes qui passaient toute croyance, étaient proposés au peuple sans'aucun palliatif : sans aucun ménagement, et on ne s'y donnait pas la peine de discuter ni de douter.
La puissance et les richesses de l'église suivaient d’un pas égal les progrès de la superstition , dont le propre est de ne point mettre de bornes à sa vénération et à ses libéralités envers ceux dont elle regarde le caractère comme sacré. Les rois d'Écosse montrèrent de bonne heure jusqu’à quel point ils en ressentaient les influences, par la quantité de biens et d'immunités qu'ils prodiguèrent au clergé. La piété somptueuse de David 1°", qui lui mérita le nom de saint, livra aux ecclésiastiques presque tous les domaines de la couronne, qui étaient alors d'une fort grande étendue. L'exemple de ce prince vertueux fut suivi par ses successeurs ; le mème esprit gagna les hommes de tousles états, qui comblèrent le sacerdoce de nouveaux biens. Les richesses de l'église dans tous les pays de l'Europe devinrent immenses, mais l'Écosse fut un de ceux où elles sortirent le plus tôt de leur juste proportion. Le clergé d'Écosse payait la moitié de toutes les taxes imposées dans le royaume sur les terres : or comme il y a lieu de croire que dans ce siècle les ecclésiastiques n'étaient point surchargés, on peut en conclure que dans le temps de la réformation, la moitié, ou à peu près, des biens de la nation était tombée entre les mains de ce corps, qui peut toujours acquérir et qui ne peut jamais aliéner,
L'espèce de la plupart des biens que le clergé possédait, augmentait encore son crédit. Plusieurs terres, dans toute l'étendue du royaume, relevaient des ecclésiastiques. Les terres de l'église étaient données à loyer à un prix modique, et étaient tenues par des cadets ou descendans des meilleures maisons !. Les rapports entre le
1 Keith, 521, note b.
Frs
Suzerain et le vassal, entre le seigneur et le te- |
nancier, formaient des dépendances, étaient ane source d’unions , dont l'église tirait les plus grands avantages : pour apprécier le pouvoir des ecclésiastiques papistes sur la nation, ces rapports méritent d'être observés avec la même attention que le montant réel de leurs revenus, et doivent entrer dans le calcul de leur puissance, Cette part extraordinaire dans les biens de la nation était accompagnée d’un poids et d'une : Considération proportionnés dans le conseil suprême du royaume. Lorsque les pairs séculiers étaient en très petit nombre, lorsque les petits barons et les représentans des bourgs se trouvaient rarement aux parlemens, les ecclésiastiques en faisaient la partie la plus considérable, On voit par les anciens registres du parlement, €t par la forme d'élection des lords des articles, que les décisions de cette cour suprême dépendaient en grande partie des ecclésiastiques 1, Le respect dù à leur caractère sacré ) Qui était
souvent porté à un point incroyable, ne contri- |
buait pas peu à l'accroissement de leur autorité. La dignité, les titres et la préséance, attribués au clergé papiste, sont remarquables, tant pour les causes que pour les effets de cette domi. nation qu’il avait usurpée sur le reste du genre humain. Le peuple crédule regardait les prêtres comme des êtres d'une espèce supérieure : ils n'étaient soumis ni aux mêmes lois ni aux mêmes juges. Toute la protection que la religion peut donner était accordée à leur puissance , à leurs possessions, à leurs personnes, et on essaya, même avec succès, de faire passer toutes ces choses comme également sacrées.
Toutes les sciences, qui néanmoins se réduisaient alors à fort peu de choses, étaient regardées Comme concentrées dans le clergé, et cette réputation ajoutait encore au tribut de respect qu'il tirait de la religion. Les principes de la saine philosophie et du bon goût étaient entièrement in- -Onnus : des études barbares, et qui n'apprenaient rien, en avaient pris la place, Comme les ecclésiastiques seuls étaient versés dans cette sorte de science, elle leur attirait l'estime et la considération ; des connaissances superficielles excitaient l'admiration de ces siècles grossiers , plongés dans l'ignorance, La guerre était la
2Spot, Aist. ofthe Ch. of Scot., 419. |
seule occupation.des nobles, la chasse leur prin cipal amusement ; ces oœecupations partageaiert tout leur temps. L'ignorance des. arts libéraux et des sciences propres à polir les mœurs leur faisait dédaigner tout ce qui était étranger au métier de la guerre, ou qui await demandé plus de pénétration et d'habileté que de vigueur de corps. On confiait au clergé toutes les fonctions, où les talens de l'esprit étaient nécessaires, parce qu'il avait seul toutes les qualités requises pour attirer la confiance ; presque (outes les grandes charges dans le &ouvernement civil lui étaient dévolues. Le lord chancelier était la première personne dans le royaume, tant pour la dignité que pour l'étendue de son pouvoir. Depuis les premiers temps de la monarchie Jusqu'à la mort du cardinal Beatoun , Cinquante-quatre personnes occupèrent cette dignité éminente, et de ce nombre, quarante - trois étaient ecclé- Siastiques !, Les lords de session étaient les juges suprêmes dans toutes les matières de droit civil; et par la constitution même de ce tribunal, il avait été établi dès son origine que ke président et la moitié des séaateurs seraient des gens d'église,
On peut ajouter à tout ce qui vient d’être dit, que le clergé étant séparé du genre humain par la loi du célibat, dégagé de tous les soins, de toutes les affaires qui occupent et qui absorbent Je reste des hommes, il pouvait, sans être distrait par aucun autre objet, ménager ses propres intérêts, les suivre tranquillement, et en faire son unique occupation.
La nature de ses fonctions lui donnait accès auprès de toutes sortes de personnes, el à tous les instans; il pouvait employer tous les motifs de crainte et d'espérance , de terreur et de consolation qui agissent le plus puissamment sur l'esprit des hommes. Les ecclésiastiques obsédaient les personnes faibles et crédules; ils assiégeaient les lits des malades, 1fs ne les laissaient pas mourir sans donner des marques de leur libéralité à l'église ; ils leur enseignaient à composer pour leurs péchés avec le Tout-Puissant : en faisant des largesses à ceux qui se disent ses serviteurs.
Lorsque l'adresse des ecclésiastiques, ou la superstition des hommes n'avaient point pro-
! Crawf,, Offic. of State.
NE er ee
duit ] pour | les loi ment, à dep sessio:
homm partag comm présor longut toutes plusie:
faires , usurp:
sions, fréque n'en f être re abond: Dan monial jugées vant le Les an à l'apr mentai d’exco ble qu’ étaient divers du chre tion de Ces fo delap portaie On} l'accroi:
voir de plus gr.
apercev cet édif Cepe leur su élever | richesse peu à F usurpat
1 Æssa
chasse leur prin.
Ons partageaient les arts libéraux les mœurs leur tait étranger au await demandé é que de vigueur toutes les foncient nécessaires, qualités requises sque loutes les nement civil lui lier était la preie, tant pour là an pouvoir. Denarchie jusqu'à nquante-quatre té éminente, et S étaient eccléion étaient les atières de droit de ce tribunal, le que le présiraient des gens
ient d’être dit, re humain par les soins, de qui absorbent sans être disjer ses propres it, eten faire
donnait accès nes, el à tous us les motifs ur et de con- Samment sur stiques obsédules; ils as- » les laissaient ques de leur aient à comut-Puissant, se disent ses
iques, ou la it point pro-
té \ ) Fe ;
duit leur effet, le clergé avait assez de crédit pour faire autoriser toutes ses prétentions par les lois, Quiconque mourait sans faire de testament, était présumé avoir destiné son mobilier à de pieux usages. L'église s’en mettait en possession; les enfans, la veuve, les créanciers d'un homme décedé étaient souvent exclus de tout partage dans les propriétés qui étaient regardées comme sacrées !, Comme les hammes ont la folle présomption de croire que leur vie doit être de longue durée, et la puérilité d'éloigner d'eux toutes les idées qui les rappellent à la mort, plusieurs meurent sans mettre ordre à leurs àffaires, ni déclarer leurs dernières volontés. Les usurpations hardies du clergé dans ces occasions, usurpations dont on voit des vestiges fréquens dans nos lois, quoique nos historiens n'en fassent aucune mention, peuvent encore être regardées comme une des sources les plus abondantes des richesses de l'église.
Dans ce même temps, toutes les causes matrimoniales ou testamentaires ne pouvaient être jugées que par les cours ecclésiastiques, et suivant les lois que le clergé lui-même avait faites. Les amendes et peines pécuniaires qui venaient à l'appui des décisions de ces tribunaux augmentaient encore leur autorité. Une sentence d’excommunication n'était pas moins formidable qu'un bannissement. Ces excommunications étaient lancées en plusieurs occasions et pour divers crimes : outre l'exclusion des priviléges du chrétien, elles renfermaient encore la privation de tous les droits de l'homme et du citoyen. Ces foudres de l'église, appuyées du concours de la puissance séculière et de la superstition, portaient également la destruction et la terreur.
On peut donc attribuer à ces causes générales l'accroissement immense des richesses et du pouvoir de l’église romaine; et sans entrer dans un plus grand détail, elles sont suffisantes pour faire apercevoir les fondemens qui ont servi de base à cet édifice prodigicux. :
Cependant leslaïques qui avaientcontribué par leur superstition et leurs largesses excessives à élever le clergé d’un état pauvre et obscur , aux richesses et à la prééminence, commencérent peu à peu à se ressentir et à murmyrer de ses usurpations. Peut-on s'étonner que l'âme altière
! &ssays on Brit. Antiq., 174.
et martiale des barons fût affectée de jalousie à à la vue de‘cette immensité de pouvoir et de richesses du clergé, et qu'ils regardassent avec le dernier mépris la fainéantise et l'oisiveté des ecclésiastiques ? D'un ‘autre côté le peuple était justement indigné de la vie indécente et licencieuse des gens d'église, et perdait beaucoup de la vénération qu'il avait ordinairement pour les hommes de cet état.
Une abondance de richesses, une extrême indolence, une ignorance crasse, et par-dessus tout cela une sévère injonction de garder le célibat, furent les causes principales qui contribuërent à introduire la corruption des mœurs dans le clergé. Les ecclésiastiques, présumant trop du respect et de la soumission du peuple, ne se donnaient pas la peine de cacher, ni même de déguiser leurs vices. Suivant le rapport des écrivains protestans, avoués par quelques historiens papistes, la dissolution des mœurs la plus scandaleuse régnait ouvertement parmi le clergé d'Écosse, Le cardinal Beatoun fit célébrer publiquement le mariage de sa fille naturelle avec le fils du comte de Crawfurd , et la cérémonie se fit avec toute la pompe usitée pour les enfans légitimes 2 : et si l'on peut ajouter foi au r'apport de Knox , ce cardinal continua jusqu'à la fin de ses jours à entretenir un commerce criminel avec la mère, qui était une femme de qualité. Il paraît que les autres prélats n'étaient pas plus
réguliers, et ne vivaient pas plus exemplairement ,
que leur primat 3, Des hommes de ce caractère auraient dû rai-
| Sonnablement être alarmés aux premières cla-
meurs qui s'élevèrent contre les dogmes de
1 Winzet ap. Keith, #ppend., 202, 205. Lef., de Reb. gest. Scot. , 232.
3? On voit encore les articles du mariage signés de i4 propre main du cardinal , qui y appelle la mariée ma fille. Keith, p. 42.
5 On trouve dans les registres publics une preuve re. marquable de la dissolution du clergé. Dans les trente premières années, aprèsla réformation, on obtint un plus grand nombre de lettres de légitimation qu’il n’en fut accordé dans tout le temps qui s’est écoulé depuis, Ces lettres furent obtenues par des enfans d’ecclésiastiques papistes. Ceux à qui l'on permit de garde: leurs bénéfices les vendirent à leurs enfans, et ceux-ci étant devenus riches, voulurent effacer de leur famille la tache d'illégitimité. Dans le catalogue des évêques d'Écosse, rapporté par Keith, on trouve plusieurs exemples de biens vendus par des papistes à leurs enfans naturels,
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l'église , de la part des prédicateurs protestans ! mais les ecclésiastiques papistes, soit par orfueil, soit par ignorance, négligèrent les vrais moyens de leur imposer silence, Au lieu de réformer leur vie, ou de masquer leurs vices , ils affectèrent de mépriser les censures du peuple ; et pendant que les réformés , par leurs mortifications et leurs austérité, essayaient de ressembler aux premiers prédicateurs du christianisme, On comparait le clergé papiste à ces personnages qui ont joué dans l’histoire les rôles les plus infâmes par une vie scandaleuse , et les crimes les plus énormes !,
D'un autre côté, au lieu d’adoucir la rigueur, ou de colorer les absurdités des dogmes reçus , au lieu d'essayer d'en trouver le fondement dans les écritures ou de les réconcilier avec la raison, on ne les appuyait que de l'autorité de l'église et des décrets des conciles. Les fables concernant le purgatoire, la vertu des pèlerinages, et les mérites des saints, étaient des lieux communs sur lesquels ils insistaient dans les sermons qu'ils faisaient au peuple. Le devoir de la prédication étant abandonné aux moines des ordres les moins considérés et les plus ignorans, leurs compositions étaient encore plus pitoyables et plus méprisables que les sujets qu’ils traitaient. Pendant que les réformateurs attiraient à leurs sermons une foule d'auditeurs saisis d'admiration, les prédicateurs papistes étaient ou tota-
‘lement abandonnés, ou écoutés avec mépris.
Le seul moyen qu'ils employèrent pour rétablir leur réputation, et pour soutenir la foi chancelante : peuple, fut également imprudent et infrucu.ux. Comme plusieurs maximes de l’église rmaine s'étaient établies par le secours de faux miracles, ils essayérent de les rappeler à leur secours 2, Mais ces pieux mensonges, qui, dans des temps d'obscurité et d'ignorance , étaient admirés sans soupçon, et reçus avec une foi implicite, furent regardés bien différemment dans un siècle plus éclairé. La vigilance des réformateurs ôtait le masque à l'imposture, et
* Robertson commet ici une erreur de date. Les vices dont il parle s'étaient sans doute souvent montrés d'une manière éclatante avant l'époque de la réforme; mais l'exemple de la régularité sévère des premiers ministres réformés ne tarda pas à réagir sur ceux même qui condamnaient hautement leurs opinions religieuses.
2 Spolwood , 69,
LU
D'ECISSE.
faisait sentir le ridicule non-seulement de ce faux merveilleux, mais même de la cause qui avait besoin d'être soutenue par de tels arifices.
Pendant que les ecclésiastiques papistes devenaient de plus en plus les objets de la haine et du mépris, les discours des réformateurs étaient écoutés comme autant d'invitations à Ja liberté. Ces discours excitaient l'indignation contre la doctrine corrompue qui avait perverti la véritable nature du christianisme : ils inspiraient le désir de connaître la vérité et la pureté de la religion; ils firent naître aussi dans l'âme des nobles d'Écosse d’autres vues et d'autres passions. Ils conçurent l'espérance de secouer le Joug de la domination des ecclésiastiques, dont ils avaient depuis si long-temps senti la pesanteur, et qu'ils regardaient alors comme opposé au christianisme ; ils s'attendaient à entrer en pos-
| Session des revenus de l'église, qu'on leur avait | appris à considérer comme des aliénations faites par leurs ancêtres, avec une profusion aussi indiscrète qu'illimitée! ils se flattaient qu'on mettrait des entraves à l'orgueil et à l'incontinence du clergé, qui serait désormais obligé de respecter lui-même son caractère sacré, et de ne pas franchir les bornes qui lui sont prescrites. Une aversion pour l'église établie , aversion fondée sur le concours de tant de circonstances , | excitée par des mutifs de religion, soutenue par des vues de politique, se répandit dans toute la nation, y fermenta pendant long-temps, et éclata à la fin avec une violence à laquelle rien ne put résister.
Les points controversés avec l’église de Rome étaient d’une telle importance pour le bonheur du genre humain, et si essentiels au christianisme , que les motifs de religion seuls auraient été suffisans pour allumer le zèle des réformateurs. Mais attendu que la réformation a été représentée comme l'effet de l'enthousiasme et
! Robertson touche ici À un des points capitaux qui firent remonter la réforme de l'esprit du peuple à l’esprit de ses gouvernans, La conviction eut plus d’empire sur les premiers, les motifs d'intérêt plus de force sur les derniers. En supprimant les couvens, des biens immenses allaient être dévolus par la confiscation au bou plaisir du souverain, qui pouvait en récompenser les siens. Un ne songeait pas alors qu'une appropria= tion plus utile pouvait étre donnée dans l'intérêt matériel et moral de tous,
du far prit h gré du connai ancêtr des pr on po inutile politiq étaient Je quit l'histoi Lar portée des bor ration « ractère, par dor dignité avoir qu que les mettre ces emF reilles } du pays et eut fut non honoré de viced'indign grande livrées :
reine, p capacité comme i tres avai leur supr pour ne | les siècle impunité Dans indispos:
conseils ( lés entre genet, le donuer d ger à pa subites et
1 Lesly, (
seulement de ce de la cause qui par de tels ar-
ues papistes deets de la haine et rmateurs étaient ions à Ja liberté, iation contre la derverti la vériils inspiraient le pureté de la rens l'âme des noautres passions.
ouer le joug de ques, dont ils ti la pesanteur, ime opposé au à entrer en posqu'on leur avait liénations faites fusion aussi inient qu'on met- À l’incontinence obligé de ressacré, et de ne sont prescrites.
; aversion foncirconstances , , Soutenue par it dans toute la Lemps, et éclata Île rien ne put
glise de Rome ur le bonheur Is au christiaseuls auraient > des réforma- Jrmation a été thousiasme et
ts Capitaux qui u peuple à l’eseut plus d’emét plus de force vens, des biens confiscation au n récompenser une approprial'intérêt maté-
(1654] LIVRE Il. ñ7
du fanatisme, comine une effervescence de l'esprit humain, on me saura peut-être quelque gré du détail dans lequel je suis entré pour faire connaître l'activité et le zèle avec lesquels nos ancètres se portèrent à embrasser les opinions des protestans, et à en favoriser la propagation : on pourra penser qu'il n'était pas tout-à-fait inutile de montrer que des motifs seuls d'une politique toute naturelle les y portèrent, et qu'ils étaient suffisans pour leur inspirer cette ardeur. Je quitte ma digression , et je reprends le fil de l’histoire.
La reine, élevée àla régence, paraissait transportée hors d'elle-même. On la vit bientôt sortir
Mais comme ces incursions tournaient rarement à l'avantage réel de l'Écosse, et l'exposaient au ressentiment dangereux d'un voisin puissant , les Écossais commencèrent à devenir moins traitables, et à faire difficulté de servir un allié ambitieux au prix de leur tranquillité et de leur propre sûreté. Les changemens qui s’introduisaient de jour en jour dans l’art de la guerre, rendaient aussi les secours des Écossais moins intéressans pour les monarques français. C'est par celte raison qu'Henri Il, déterminé à déclarer la guerre à Philippe IL, et prévoyant que la reine d'Angleterre prendrait part à la que-
des bornes de cette prudence et de cette modération qu'on avait tojours äperçues dans son caractère. Elle débuta, dans son administration, par donner plusieurs places de confiance et de dignité à des étrangers : démarche qui ne put avoir que des conséquences fâcheuses, tant parce que les étrangers’ ne sont point capables de mettre la vigueur nécessaire dans l'exercice de ces emplois qu’à cause de la jalousie que de pareilles promotions excitent parmi le naturels
du pays. Vilmot fut fait contrôleur des finances, et eut le maniement des revenus publics; Bonot fut nommé gouverneur d'Orkney; Rubay fut honoré de la garde du grand sceau et du titre de vice-chancelier !, Les Écossais furent saisis d'indignation en voyant les places de la plus grande importance, de la plus grande autorité, livrées à des étrangers. Ils publiaient que la reine, par ces promotions, faisait insulte à leur capacité ct à leur courage, en les regardant comme incapables de ces offices que leurs ancétres avaient remplis avec tant de dignité, et en leur supposant assez de lâcheté et de soumission pour ne point se plaindre d'un affront qui, dans les siècles passés, n'aurait pas été souffert avec impunité.
Dans cette chaleur des esprits, un incident indisposa plus que jamais les nobles contre les conseils de la France. Depuis les fameux démélés entre les maisons de Valois et d: Plantagenet, les Français avaient pris l'habitude de donuer des affaires aux Anglais, et de les obliger à partager leurs forces par des incursions subites et formidables des Écossais leurs alliés,
1 Lesly, de Reb. gesl. Scot., 189,
relle de son mari, fut très empressé de s'assurer en Écosse du secours de quelques troupes qui fussent plus à son commandement qu'une armée indisciplinée conduite par des chefs absolument indépendans, La reine régente, pour seconder les vues de la France, mais sous prétexte de délivrer les nobles de la dépense et du danger de garder les frontitres, proposa au parlement de dresser un état de la valeur des terres dans tout le royaume, d'imposer sur chacune une taxe médiocre, et d'en appliquer le produit au paiement d'un corps de troupes réglées toujours sur pied. Cette sorte d'imposition permanente sur les terres, introduite dans presque toutes les parties de l’Europe pour subvenir à l'augmentation des dépenses du gouvernement, était alors une chose inconnue dans un gouvernement féodal, et qui paraissait tout-à-fait incompatible avec l'esprit delibertéet d'i ndépendance qui ÿ régnait. Rien ne pouvait être plus offensant pour une noblesse brave et généreuse que la proposition de confier à des bras mercenaires la défense de ces pays acquis et conservés au pris du sang de leurs ancêtres : aussi fut-elle rejetée avec une extrême indignation. Près de trois cents petits barons se rendirent en corps chez la reine régente, et lui dirent leur sentiment sur l'innovation projetée, avec cette hardiesse mâle et déterminée si naturelle à un peuple libre, dans un siècle où tout ne respirait que la guerre. La reine, alarmée de ces remontrances faites avec vigueur, et soutenues par une troupe aussi formidable, abandonna prudemment un projet qui révoltait tous les esprits. Comme on savait que cette princesse connaissait parfaitement les sentimens et le génie de la nation, l’iniquité de cette entreprise fut absolument rejetée sur les sug-
D oo
gestions et les conseils de l'étranger, et les Écossais parurent disposés à se porter aux dernières extrémités pour en tirer vengeance,
Les Français, au lieu d'éteindre cet incendie, y donnèrent encore de l'activité. Ils avaient déjà commencé les hostilités contre l'Espagne, et Philippe avait obtenu de la reine d'Angleterre, qu’elle lui donnerait un gros corps de troupes pour renforcer l'armée espagnole. Henri, pour enlever ce secours au roi d'Espagne, eut recours aux Écossais, ainsi qu’il l'avait projeté , et essaya de les engager à faire une invasion en Angleterre. Mais comme les Écossais n'avaient rien
| de l'ennemi, et après avoir fait tout ce qu'ils | jugèrent nécessaire pour la sûreté et l'honneur
à craindre de la reine Marie, éloignée de |
tous projets d'ambition, nullement disposée à inquiéter ses voisins, et uniquement occupée de ramener dans le sein de l'Eglise ses sujets hérétiques, les nobles assemblés par la
reine régente à Newbottle reçurent avec froi- | deur les invitations du monarque français, et | refusèrent prudemment d'engager le royaume |
dans une entreprise si dangereuse et si peu nécessaire. La reine régente, déchue de l’espérance de persuader les nobles, vint à bout de son des-
-sein par un stratagème, Malgré la paix établie
entre les deux royaumes, elle commanda à ses troupes françaises de relever près de Berwick
quelques petits forts dont on avait stipulé la
démolition par le dernier traité. La garnison
anglaise de Berwick fit une sortie, interrompit |
les ouvrages, et ravagea tout le pays des en-
virons. Cette insulte provoqua l'esprit altier des |
Écossais. L'ardeur de repousser Ia moindre apparence d’injure faite à Ja nation fit évanouir
en un instant ces résolutions sages et pacifiques |
qu'ils venaient de former. La guerre fut décidée, et les ordres aussitôt donnés pour lever une armée nombreuse, Mais avant que leurs forces fussent rassemblées, la chaleur de leur ressentiment eut le temps de se refroidir, et les Anglais ayant fait connaitre qu’ils n'étaient pas dans l'intention de poursuivre la guerre avec vigueur, les nobies reprirent leur système pacifique, et se déterminèrent à se tenir toujours sur la défensive. Ils s'avancérent sur les bords de la Twede!, ils se prémunirent contre les incursions
! Twede ou Turwede, rivière de l'Écosse méridionale. Elle traverse la Twedale, à laquelle elle fait porter son nom : ensuite elle coule entre la Lauderdal et la Merche quelle laisse au nord, et la Twedale avec le Northum-
gg
de la patrie, ni les supplications ni les artifices de la reine ne purent jamais engager à faire un seul pas en avant.
Pendant que les Écossais persistaient ainsi dans leur inaction, d'Oysel, qui commandait les troupes de France, et qui avait toute la confiance de la reine régente, essayait, de concert avec elle , d'engager les deux nations dans de nouvelles hostilités. Sans égard pour les ordres contraires du général écossais, il passa la Twede avec ses soldats, et fit l'investissement de Werk, place où les Anglais avaient une garnison. Les Écossais, bien loin de seconder son entreprise , furent extrémement irrités de sa présomption. On soupçonnait depuis long-temps la reine de partialité pour la France, On vit alors clairement qu'elle se jouait des intérêts de l'Écosse, et qu'elle en sacrifiait la paix et la sûreté aux prétentions ambitieuses d'un ailié entreprenant. Sous le gouvernement féodal , les sujets étaient accoutumés à faire, dans des camps, à.leurs souverains, les remontrances les plus hardies. Lorsqu'ils étaient sous les armes , ils sentaient toute leur force ; toutes leurs représentations avaient alors le ton et l'autorité d'un commandement. Dans cette occasion, l'indignation des nobles éclata avec une telle violence , que la reine, apercevant qu'elle tenterait en vain de les engager à agir, se hâta de licencier son armée, elle se retira ensuite avec la honte et le dépit de voir son autorité méprisée, et sans avoir pu rien faire en faveur de la France.
Il est à observer que cette première marque de mépris pour l'autorité de la reine régente ne peut en aucune manière être imputée aux influences des nouvelles opinions en matière de religion. Les prétentions de la reine à la régence avaient été principalement appuyées par ceux qui favorisaient la réformation, et comme elle avait toujours besoin d'eux pour contre-balancer l’autorité de l'archevêque de Saint-André et des partisans de la maison d'Hamilton, elle avait alors pour eux beaucoup d'égards ; elle les favorisait, et leur accordait une confiance particulière. Kirkaldy de Grange et les autres
berland qui restent au midi, et elle se décharge dans la mer à Berwick.
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assassins du cardinal Beatoun, qui vivaient encore , furent , vers ce même temps, rappelés de leur exil. La faveur de la reine régente procura aux prédicateurs protestans un intervalle de tranquillité qui fut d'un grand avantage pour leurs opinions. Les protestans, flattés de ces marques de modération et d'humanité de la reine , laissèrent aux autres le soin de faire les remontrances, et les chefs du parti opposé leur enseignèrent les premiers à lutter contre les volontés du souverain.
Cependant la reine régente apercevait que son autorité serait toujours précaire et limitée tant qu’elle serait subordonnée à l'équilibre des factions contraires. Elle songea à l'établir sur des fondemens plus fermes et plus étendus, en accélérant la conclusion du mariage de sa fille avec le dauphin. La reine d'Écosse était dans la fleur de la jeunesse : elle en rassemblait toutes les grâces et tous les agrémens : elle ajoutait à la monarchie française un royaume d’une étendue considérable ; cepehdant on ne manqua pas de raisons à la eour de France pour dissuader le roi du mariage projeté. Le connétable de Montmorency, jaloux du nouvel éclat que cette alliance donnerait aux princes lorrains, avait employé tout son crédit pour la traverser. N avait représenté l'impossibilité de maintenir l'ordre et ta tranquillité chez un peuple remuant pendant l'absence du souverain, et en conséquence il conseillait au roi de marier la jeune reine à un des princes du sang qui, résidant en Écosse, pourrait conserver ce royaume à la France comme un allié très utile; au lieu que par le mariage avec le dauphin , l'Écosse deviendrait une province séditieuse et difficile à gouverner !, Mais le connétable était alors prisonnier entre les mains des Espagnols, et les princes lorrains étaient au comble de la gloire. Leur crédit , secondé par les charmes de la jeune reine, prévalut sur les sages avis d'un rival jaloux, mais
… prudent.
Henri s’adressa en conséquence au parlement d'Écosse, qui nomma huit de ses membres ?
pour représenter toute la nation au mariage de
1 Melvil, Mem. , 15.
? Ces huit personnes étaient : l'archevêque de Glasgow, l'évêque de Ross, l'évêque d’Orkney , les comtes de Rothes et Cassils, le lord Fleeming, le prieur de Saint. André, et Jean Erskine de Duu. :
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la reine, Parmi ceux à qui on confia cette fonc tion honorable, il y avait quelques protestans déclarés, et mème des plus zélés pour la réfor mation ; ce qui fait connattre le degré de con. sidération où ce parti était parvenu dans le royaume, et jusqu’à quel point il s'était concilié la bienveillance du peuple. On a conservé les instructions que le parlement donna à ses commissaires ! ; elles font honneur à la sagesse et à la droiture de cette assemblée, Les députés donnirent, en ce qui concernait les acticles du mariage, les preuves d’un zèle trés louable pour la dignité et les intérêts de leur souveraine ; mais ils prirent en même temps toutes les précautions que la prudence peut suggérer pour conserver la liberté et l'indépendance de la nation , et pour assurer la succession de la couronne à la maison d'Hamilton.
Les Écossais obtinrent, par rapport à ces deux points, tont ce que leur crainte ou leur jalousie pouvaient exiger. La jeune reine, le dauphin et le roi de France ratifiérent tous les articles avee les sermens les plus solennels, ct les confirme rent par des actes en forme, signés de leur main et scellés de leurs sceaux. Mais tous ces bons procédés apparens de la part de la France n'étaient qu'un jeu, qu'une fourberie étudiée et
-masquée avec art. Avant que de passer toutes ces transactions publiques avec les députés d’Écosse, on avait persuadé à Marie de signer en secret trois actes également injustes et non valables. La reine y déclarait, qu'au défaut d’héritiers provenus de son mariage, elle donnait le royaume d'Écosse, avec tous les accroissemens présens où à venir, par héritages ou successions, en pur don à la couronne de France, déclarant nulles et non obligatoires toutes promesses à ce contraires , que la nécessité de ses affaires ou les sollicitations de ses sujets auraient pu ou pourraient par la suite lui extorquer?, Cette circonstance nous offre le tableau au vrai de la cour de France sous le règne d'Henri I, et il est encore à propos d'observer que les personnages qui jouèrent les rôles principaux dans cette trame de perfidie et de déshonneur furent le roi luimême, le garde des sceaux, le duc de Guise et le cardinal de Lorraine. La reine d'Écosse est la
1 Keith, 4ppend. , 13.
* Corps diplomat., tom V, 24. Keith, 73,
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seule qu'on puisse excuser dans cette scène d'i- :
niquité, Sa jeunesse, son manque d'expérience,
son éducation en pays étranger , et sa déférence |
pour les volontés de ses oncles, doivent, au jugement de ceux qui seront exempts de partialité, la justifier pleinement dans cette occasion.
Ce don que Marie fit à des étrangers de ses héritages et de son royaume fut caché à ses sujets avec le plus grand soin. Il paraît néanmoins qu'ils n’ignoraient pas tout-à-fait le dessein que la France avait formé de renverser l'ordre de succession au royaume d'Écosse au préjudice du duc de Chatellerault. Le zèle de l'archevèque de Saint-André, qui cherchait à contreminer tous les projets de la reine régente, provenait manifestement des craintes et des soupçons que ce prélat judicieux avait sur ce point !.
Cependant le mariage fut célébré avec pompe et magnificence , etles Français, qui avaient jusqu'alorsaffecté de cacher leurs vues sur l'Écosse, commencèrent à dévoiler leurs intentions et à suivre leurs projets sans aucun déguisement.
Dans le traité du mariage, les députés avoient consenti que le dauphin prit le nom de roi d'Écosse. Ils ne regardaient ce nom que comme un titre d'honneur ; maïs la France entreprit d'y attacher des priviléges et une autorité plus réelle. Elle demandait que ce titre accordé au dauphin fût reconnu publiquement ; que la couronne matrimoniale lui fût conférée, et qu’on réunit en sa personne tous les droits appartenant au mari d'une reine. Suivant les lois de l'Écosse, lorsqu'un homme épousait une héritière, le mari restait pendant toute sa vie en possession des biens s'il survivait à sa femme, et aux enfans nés de ce mariage? ; cela s'appelait /a courtoisie d Écosse. Le but de la France était de tirer avantage de cette loi, qui ne regardait que les héritages des particuliers, et d'en faire l'application à la succession du royaume; il parait même que ce projet était renfermé implicitement dans la demande que les Français avaient faite de la couronne matrimoniale, expres-
1 Vers ce temps-là la France paraissait avoir quelque envie de faire revivre les prétentions du comte de Lennox à la succession du royaume d'Écosse, pour intimider et alarmer le duc de Chatellerault, Haynes, 215, 249. Forbes, Collecr., vol. 1, 189.
* Reg. maj. lib. 11, 38.
sions familières aux historiens d'Écosse, mais dont ils ont négligé de donner l'interprétation. Les Français, qui s'attendaient avec raison à rencontrer beaucoup de difficultés dans l’exécution de ce projet, commencèrent par sonder les députés qui étaient alors à Paris. Les Anglais, dans les articles du mariage de leur reine avec Philippe, roi d'Espagne, avaient donné à ce siècle un exemple des soupçons et de la circonspection que la prudence exige lorsqu'un étranger reçu dans un royaume s'avance aussi près du trône, Les expressions mesurées que les députés d'Écosse employèrent dans le serment de fidélité fait au dauphin sont remarquables, et prouvent qu'ils étaient pleins de ces mêmes idées!, Leur réponse aux sollicitations de la France fut très respectueuse, mais ferme, et ils déclarèrent nettement qu'ils ne consentiraient jamais à rien qui pôt altérer l'ordre de la succession établi pour le royaume d'Écosse.
Quatre de ces députés? moururent avant que de retourner en Écosse, On crut généralement qu'ils avaient été empoisonnés, et on publia que ce crime avait été commis par des émissaires de la maison de Guise. Les historiens de toutes les fations sont d’une crédulité étonnante pour les faits de cette espèce; comme ces traits d'histoire flattent la malignité de quelques hommes et la passion de tous pour le merveilleux, on voit que dans tous les temps ils ont été saisis avec avidité, adoptés sans examen, et crus contre toute raison. Ce bruit se répandit en Écosse et y prit faveur. Il était naturel aux Écossais, animés contre les princes lorrains, de se prêter à ces soupçons, qui étaient d’ailleurs fortement autorisés par le caractère de ces princes, qu'on accusait d'être peu scrupuleux sur la justice de leurs vues, et peu délicats sur le choix des moyens. Cependant on doit observer, pour l'honneur du genre humain , qu’il ne serait pas possible d'imaginer le motif qui lesaurait portés à commettre un pareil crime, et qu'il est également impossible d'en donner des preuves. Mais les Écossais étaient alors tellement prévenus de haines et de préjugés nationaux, qu'ils étaient incapables d'examiner de sang-froid les circonstances du fait, et d’en porter un jugeinent équi-
1 Keith, 4ppend., 20.
3 L'évêque d'Orkney, le comte de Rothes , le comte de Cassils et le lord Fleeming.
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