N° XXXV
La reine MARIE à la reine ÉLISABETH.
Madame,
… Bien que la nécessité de ma cause, qui fait que je vous suis importune, puisse vous faire juger que je suis hors du bon chemin , néanmoins ceux qui ne sont point irrités contre moi, et qui n’ont point fait les réflexions qui vous oùt persuadée, penseront que j’agis ainsi parce que ma cause le requiert. Madame, je ne vous ai point accusée, ni en paroles ni en peusée, de vous être comportée méchamment à mon égard, et je crois que vous ne manquez point de l'intelligence nécessaire pour vous préserver d’une persuasion contraire à votre bon naturel et à vos bonnes inclinations. Cependant je ne puis pas, étant dans mon bon sens, m'empêcher d'apercevoir le retardement fâcheux de mes affaires depuis mon arrivée ici. Je pense que je vous ai suffisamment entretenue des incommodités que ce délai me cause, et spécialement de ce qu’ils se proposent, en ce mois d’août prochain, de tenir un parlement contre raoi et tous mes serviteurs ; et pendant ce temps-là, je suis arrêtée ici, et vous voulez néanmoins que je me mette moi-même plus avant dans votre pays, sans vous voir, et que je m’écarte plus loin du mien; et me faire ici ce déshonneur, à la requête de mes sujets rebelles, d'envoyer des commissaires pour les entendre contre roi comme vous le pourriez faire à un simple sujet, et de ne me point entendre de bouche, Or, madame, je vous ai promis d'aller vers vous, et là de répondre, après vous avoir faitmes gémissemens et me. complaintes de ces rebelles et de leur arrivée ici, non comme possesseurs, mais comme sujets. Je vordrais vous supplier d'entendre ma justification de ce qu’ils ont faussement avancé contre moi ; et si je ne puis pas m’en justifier moimême, vous pourriez alors vous débarrasser de mes affaires, et me laisser en aller comme je suis. Mais pour ce qui est de faire ce que vous me dites, si j'étais coupable, je voudrais être mieux avisée : mais, n’élant point coupable, je ne puis pas consentir à ce déshonneur de leuf part ; qu'étant en possession , ils viennent, et qu'ils m’accusent devant vos commissaires, et c’est ce que je ne puis approuver. Et voyant que vous pensez qu’il serait contre
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