‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme]Chapitre 62 sur 155 · N° XXX VI · texte numérisé non relu

N° XXX VI

Lettre de milord HERRIES à milord SCROOP, et au chevalier F. KNozuis.

8 septembre 1A68.

Milords,

Plaise à vos honorables seigneuries d'apprendre que j'ai été informé par Jacques Borthwick , arrivé dernièrement d’auprès de sa majesté la reine, votre sonveraine , qu’on a averti son altesse que, depuis mon arrivée en ce royaume, j'avais été hostilement dans le Crawfurdmure contre les vassaux du comte de Murray, et que j'ai été la cause, ou donné conseil, que des Écossais soient allés en Angleterre pour tuer ou dépouiller les sujets de sa majesté,

Milords, attendu que vos seigneuries sont, par votre souveraine, commandés pour attendre les ordres de sa majesté la reine ma maitresse, et que vous avez tous les jours accès auprès de votre souveraine pour ces affaires , j'ai cru qu'il était nécessaire de vous déclarer sur ce la vérité; demandant humblement que vos seigneuries, pour la cause de Dieu, certifient ladite vérité à la reine yotre souveraine,

Comme Dieu existe, je n'ai jamais consenti, ni en aucune manière eu connaissance d’aucun Écossais allant en Angleterre pour faire mal aux sujets de ce royaume en leurs corps ou biens, depuis le siége de.Leith, et ainsi que j'entends qu'il sera trouvé véritable que si aucun mal a été fait ouvertement, ce n'est que par les sujets désobéissans de la reine ma souveraine, et que je n’ai ni fait dommage ni ordonné qu'on fit aucun mal à aucun Écossais

dead graine 4 25

et depuis que j'ai quitté sa majesté la reine d'Angleterre, ilest notoire qu'aucune personne ne pourra 8e plaindre de moi.

J'ai fait plus de bien à Crawfurdmure que jamais le comte de Murray n’en a fait, et je serais aussi fâché que lui de leur faire du mal. À moins que la reine d'Angleterre ne fasse examiner res faux bruits, dont ceci est un mensonge inventé, sa grâce sera tourmentée, et elle perdra les cœurs des hommes fidèles sur lesquels ces aux bruits ont été répandus, et qui sont plus en vobonté et en état de la servir qu'aucun de ces indignes menteurs,

Milords , j'entends dire qué sa majesté la reine, votre souveraine, n’est point contente du bruit qui s’est répandu que quelques Français devaient venir en ceroyaume avec le duc de Chatellerault. La vérité est que je n’ai, en facon quelcoique , été le conseil de leur arrivée, et que la seule certitude que j'ai sur cela est le rapport de Borth- Wwick, de la part de sa majesté la reine votre souveraine; ét si je pouvais aussi bien lé dire, comme il est vrai en effet, sa grâce elle-même esf cause de tout, et le conseil, qui ne voudra jamais la laissér prendre soin de la cause de ma mattresse. D'autant que notre souveraine ayant la promesse de sa majesté par écrit, d'amour, d'amitié, et d'assistance si le besoin le réquérail ainsi, entra dans ce royaume le seizième jour de mai, depuis lequel temps sa majesté la reine m'a éommandé plusieurs fois de déclarer qu'elle prendrait en main la cause de la reine d'Écosse, qu'elle agirait pour elle , et qu’elle la mettrait en païsible possession de ce royaume ; et lorsque je demandai à sa majesté la reine d'Angleterre, au nom de ma maîtresse, que son altesse voulût agir pôur elle ( ainsi qu’elle avait une confiance particulière que son altesse le voudrait ), suivant les précédentes promesses, ou bien autrement lui donner ses conseils, son altesse ne voulut point consentir (sur quoi je montrai à sa grâce que je trouvais diverses contradictions ), ou bien qu’elle voulût lui permettre de passer en France, ou chez quelque autre prince, pour chercher du secours ; ou bien en cas de re fus de tout cela (ce qui serait contre toute raison), qu’etle lui permit de retourner dans son propre pays, en telle et

dis à sa majesté la reine d’Angletetre que, pour son honneur, l’une de ces choses ne devait pas être refosée , attendu que ma maitresse était venue dans son royaume d'Angleterre en conséquence de ses écrits et promesses d'amitié ; et pareillement je dis à son altesse, que si la reine ma maîtresse avait eu une pareille promesse de la noblesse et des états d'Angleterre comme elle l’avait de son altesse même, je les aurais condamnés hautement s'ils n'avaient pas consenti à l’un de ces trois points; et ainsi je le dis et ainsi je l’écris, qu'aux yeux de tout l’univers cela serait des plus repréhensibles, si ces promesses y’avaient pas d'autres meilleurs effets qu’elles n’en ont eu jusqu’à présent. Nonobstant la bonne réponse que jobtins de ces promesses d'amitié faites à ma souveraine, èt qu'on mettrait paisiblement sa grâce en son propre pays, nous avons éprouvé des actions toutes contraires de la part de M. Middlemore, envoyé par son altesse pour arrêter l’armée qui a renversé nos maisons. Et aussi dans les procédures de ce dernier prétendu parlement , on me promit à moi-même, vingt jours auparavant, qu’on avait fait en sorte que ce parlement serait dissous,

et néanmoins, à l'encontre de cette promesse, ils ont fait leur prétendue manière de confiscation de trente-un

! hommes de bonne réputation, évêques, abbés et barons,

sujets obéissans à notre souveraine, et seulement pour la

| cause de ladite reine notre souveraine,

C’est ainsi que, depuis que la cause de notre souveraine a été prise en main par sa majesté la reine de ce royaume, ils ont disposé de la valeur de cent mille livres d'Écosse des biens des fidèles sujets de notre souveraine, sous le prétexte de leurs lois, fondées sur une autorité fausse, traditoire et furtive.

Cependant les meurtres, les oppressions, les incendies, le ravissement des femmes, la destruction de la police tant ecclésiastique que séculière, ainsi que je lai dit dans mes précédens écrits, étaient un spectacle lamentable pour tout chrétien qui en entendait parler ; et si Dieu ne nous avait pas fait la grâce qu’on donnât plus d’attention au culte de la religion de l'Évangile de Jésus-Christ, pro. fessée par votre prince, votre conseil et votre royaume, qu’à l’ancienne inimitié qui subsiste entre les deux royaumes, la plupart de mes concitoyens auraient conçu des doutes sur cet article, et ces procédés m’auraient mis moi-même dans le cas de la foi de saint Thomas.

Or. milords, si sa majesté la reine de ce royaume, sur la promesse et l'honneur de lagrnelle ma matlresse est venue ici comme je l'ai dit, veut laisser là les écrits français et les phrases françaises dans les écrits, lesquelles, entre nous, sont, de part et d’autre, tout-à fait messéantes ; et suivant l’ancienne véritable coutume de l’Angleterre et de l'Écosse, où la vérité promise par un seul mot était observée, promettre franchement, au nom du

| Dieu éternel, et sur le haut honneur de ce sang noble et

princier des rois d'Angleterre dont elle descend, et dont elle porte actuellement le diadème, qu'elle veut remettre ma maltresse dans son propre pays, et faire en sorte que comine reine d’icelui, elle y soit obéie en sa force et autorité, et que pour exécuter cette sienne volonté, elle fixe un certain jour entre ci et deux mois au plus tard ; comme nous entendons que ce serait notre bien, aussi voulons-nous , ou la plupart d’entre nous, nous y con-

| former, abandonnant les Français, et ensemble leurs aussi simple manière qu’elle en était sortie. Et lorsque je |

mauvaises phrases françaises. Et en conséquence, et pour la véritable et perpétuelle amitié de ce royaume, on stipulerait , et avec la grâce de Dieu le Tout - Puissant, on obsérverait des articles et conditions d’accommodement tels que des hommes nobles et sages peuvent les agréer pour le bien de toute cette fle. C'est ainsi que ÿ’ai à peu près déclaré à la reine votre souveraine ce qué j'ai exposé à vos seigneuries mêmes, tant pour remplir un devoir de religion en punissant le comte de Bothwell pour le meurtre du dernier mari de la reine, que pour établir entre nous un lien d'amitié perpétuelle,

Il'est certain , milords, que sans cela nous pourrions trouver des circonstances et offices d'amitié qui nous donnéraient occasion d'oublier et Middiemore et ce dernier prétendu parlement. Nous prendrions une autre route en laissant, contre notre gré, notre souveraine demeurer où elle est, sous la promesse d'amitié faite, comme je l'ai déjà dit et comme je l'affirmerai toujours , par votre souveraine, laquelie promesse est la seule raison pour laquelle sa grâce est venue en ce royaume, et en cherchant des secours et des moyens en France et en Espagne, jusqu’à ce que nous ayons exécuté cette traditoire, et faus

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essions, les incendies, truction de la police si que je l'ai dit dans spectacle lamentable parler ; et si Dieu ne nnât plus d'attention de Jésus-Christ, pro.

il et votre royaume, iste entre les deux oyens auraient conçu )cédés m’auraient mis int Thomas.

e de ce royaume, sur le ma maîtresse est ser là les écrits franles écrits, lesquelles, tre, tout-à fait mesble coutume de l’Anpromise par un seul chement, au nom du r de ce sang noble et elle descend, et dont qu'elle veut remettre , et faire en sorte que éie en sa force et ausienne volonté, elle x mois au plus tard ; ait notre bien, aussi "e nous, NOUS y Con- , et ensemble leurs conséquence, et pour > Ce royaume , On Stie Tout - Puissant, on 18 d’accommodement s peuvent les agréer t ainsi que ÿ’ai à peu aine ce qué j'ai exposé ir remplir un devoir de Bothwell pour le ne, que pour établir elle, cela nous pourrions l'amitié qui nous donlemore et ce deruier ions une autre route souveraine demeurer ié faite, comme je l'ai jours , par votre s0useule raison pour laume, et en cherchant e et en Espagne, jus te traditoire, et faus

Milords, je souhaite que vos sef que celui qui écrit ceci est celui qui désive le Plus la continuation de l'amitié entre l'Angleterre et l'Écosse, et qui, quelque pauvre que je sois, ai les meilleures raisons pour la désirer.

Mon frère le laird *de Stkirling m'a infortné que dans la éommunication de vos seigneuries avec lui, il lüi avait paru que votre avis était que nous devions soùffrir que le comte de Murray agft, quoique cela fût pour ous éontraire à la raison, et que nous pourrions ensuite porter nos plaintes à sa majesté la reine , et que son alteste aurait soin que cela fût réformé. Milordy, sa inajesté aurait trop à faire de réformer les injustices que nous avons déjà souffertes ; car je suis sûr que si la raison ex la jus-

tice peuvent avoir licu, notre maltresse, et nous ses sujets, avons récu des injustices réelles bin au-delà de deux cent mille livres sterling, das le temps de cè malheureux gouvernement, vu que la réformation de choses aussi importantes vient, en cés jour#-ci , Si lentement, et que là loi impie de l’oubli est en de telles choses si fort pratiquée. Je pense aussi, que ni pour l'honneur dé la reine, ni pour nôtre bien, vos éeigneuries ne doivent pas penser ainsi, et qu'il ne éerait point avantageux pour nous de suivre ce chemin, ét que vous donnerez sur te, à votre souveraine, les avis que vous jugerez convenabtes en cette affaire, Ce sera une œuvre sincère et amicale pour nous en effet, et non pas les phrases françaises , ni tes vanteries, ni telle autre chose qu'on pourrait inventér, qui nous engageront à éloi

gneries considèrent,

gnér de nous les Français, it franchement , et je désire que vos seigneuries me répondent franchement, car c’est dans la vérité et la franchise que la bonne amitié dure plus long-temps; ce que, en celte affaire, je prie Dieu de continuer longuement, et remets vos seigneuries en s4 gardé.

De Dumfries , le 3€ jour de septembre 1568.

Que vos seigneuries me commandent légitimement ce qui est en mon pouvoir.

La reine MARIE à la reine Écisagetrn?, Madame ma bonne sœur,

J'ay resceu de vos lettres, d’uié mésie déte, l'une, où vous faites mention de l’excuse de M. de Murra pour tenir son prétendu parlement, qui me semble bien froid , pour obtenir plus de tollérance que je m'estois persuadée n'avoir par vostre promesse, quant à n’oser donner commission de vénir sans un parlement pour leur peu de noblesse, alors je vous respons, qu'ils n’ont que troïs ou quatre d'avantage, qui eussent aussi bien di

t leur opinion hors de parlement ;

qu'il n’a esté tenu tant pour cette effect, mais pour faire ce qu’expressément nous avions requis estre empeschés, qui ést la forfaiture de mes subjects pour m'avoir estés fidelles, ce que je M'assurois, jusques à hier, avoir eu promesse de vous, par la lettre

‘Note du Traducteur. Laird si &neur d’un endroit,

? Cette pièce est ainsi en fran de quelques lignes marquées avec des citation de la lettre d’Élisabeth,

gnifle, en écossais, sei-

çais dans le texte, à l'exception guillemets, qui sont une qui, dans l’original, ést en |

sement prétendue autorité qui s'imagine dé régner sur

| écrite à milord Scrup et maistre Knoleis » YOUs induire à ire contre eulx, voire, à les en fayre ressentir ; toutefois je vois que je l'ay mal pris, J'en suis plus marrie, pour ce que sur vôtre léttre qu’ils me montrèrent, et leur parole, | je l’ay si divulguèment assuray que, pour vengeance que j'en desirasse, si non Mettre différence entre les faux déportemens, et les miens sincères. Dans vostre lettre, aussi datée du 10 d’aoust, vous mettiés ces mots : «Je pense «que votre adverse partie, suivant mes divers précédens «avis, ne tiendra point de parlement du tout: et s'ils le «font, ce sera seulement en forme d’une assemblée, (pour convenir de celui qu'ils doivent envoyer en ce «royaume, et de quelle sorte; car autrement, s'ils pro- «cédaïient en forme de parlement, je ne l'approuverais «en aucune manière : et s'ils étaient aveuglés à ce point, «alors Vous pouvés penser que la chose ne serait pas de «plus d'importance que les précédentes procédures : et (par cette leur téméraire façon de procéder, ils se fe- «raient le plus grand préjudice à eux-mêmes : et soyés «assurée qu'ils me trouveront disposée à les condamner «dans leurs actions.» Sur quoy, j'ay contremandé mes serviteurs, les faisant retirer, souffrant selon vostre commandement d’être faussement nommés trailres par ceulx qui le sont vraÿ, et encore d’être provoqués par escarmonsdies, et par prinses de mes gens et lettres; et au contraire vons estes informée que mes subjets ont évahis les vostres. Madame, qui a fait ce rapport n’est pas homme de bien, car laird de Ses’ford et son fils sont et ont eslé mes rébelles depuis le commencement; enquirésvous, s’ils n’estoient à Donfris aveques eulx. J’avois offri répondre de la frontière, ce qui me fut refusé, ce qui m'en dévroit assés destharger, Néanmoins, pour vous faire preuve de ma fidélité, et de leur falsité, si vous me fayte donner le nom des coulpables, et me fortifier, je commanderay mes subjects les Poursuivre, ou si vous voulés que ce soit les vostres, les miens leur ayderont ; je vous prie men mander vostre volonté, Au reste mes subjects fidelles seront responsables à tout ce que leur sera mis Su lés contre vous, ni les vosires, ni les rebelles, despuis que me conseïllâtes les faire retirer. Quant aux François, jescrivis que l’on n’en fit nulle Poursuite, car j'espérois tant en vous, que je n’en aurois besoign ;.... je ne sceu si e dict aura eu mes lettres, mais je vous jure devant Dieu que je ne sçaÿ chose du monde de leur venué, que ce que m'en avés manday, ni n’en ai oui de Franèe mot du monde; et ne puis le croire pour cest occasion , et si ils si sont, c'est sans mon sCeu ni consentement. Pourquoy je vous suplie ne me coridamner sans m'oùire, car je suis prest de tenir tout ce que j'ay offert à mester Knoleïs, et vous assure que votre amitié, qu'il vous plest m'offrir, sera resceue avant toutes les choses du monde, quant France servoit la pour presser leur retour à ceste condition, que preniés mes affaires en mein , en sœur, et bonne ami, éomme ma France est en vous. Mais une chose seule me rende confuse : j’ay tant d’enemis qu'ont votre oreille, laquelle ne pouvant avoir Par parolle, toutes mes actions vous sont desguisées et falsement raportées, par quoi il m'est impossible de assurer de vous, pour les manteries qu'on vous à fait, pou destruire vostre bonne volonté de moy ; par quoy je desirerois bien avoir ce bien, vous faire entendre ma sincère et bonne affection, laquelle je ne puis si bien descrire, que mes enemis à tort nc la décoloré. Ma bonne

sœur, gagnés-moy ; envoyés-moy querir, n'entrés en jealousie pour faulx raports de celle qui ne desire que votre bonne grace ; je me remettray sur mester Knoleis, à qui je me suis librement descouverte, et après vous avoir baisé les mains, je prieray Dieu vous donner en santé, longue et heureuse vie. De Boton, où je vous promets, je n’espère partir, qu'aveques vostre bonne grace, quoyque les menteurs mentent.

Ce 26 d’aoust.

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