‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme]Chapitre 63 sur 155 · N° XXX VII · texte numérisé non relu

N° XXX VII

GUILLAUME MAITLAND DE LEDINGTON à milord DE LEICESTER.

De Lidington , 20 mars 1568,

La grande désolation dont tout ce royaume est menacé par les factions dangereuses qui le divisent m'oblige de rédiger mes lettres à votre seigneurie d’une autre manière qu’il ne serait nécessaire pour moi de le faire, si je n'avais d'autre but que de soutenir mon crédit particulier, En conséquence, je suis dans la nécessité de remplir mes lettres de choses qui, je le sais, ne seront point approuvées, parce qu’en interprétant mal ma façon de penser, quelques-uns pourront ici en prendre occasion de s’offenser, pensant que je cherche plutôt à exprimer mes propres passions, qu'à parvenir à instruire votre seigneurie du véritable état des choses. Mais j'ai confiance que la franchise de ma conduite portera témoignage de la sincérité de mes intentions. Pour rendre la chose plus sensible, je mettrai sous les yeux de votre seigneurie le tableau de ce pays, qui premièrement est divisé en deux factions, l’une qui prétend le maintien du règne du roi, l'autre qui soutient que la reine a été en tous points cruellement traitée, et privée injustement de son état. La première est composée d’un grand nombre de noblesse, de gentilshommes, et des principaux bourgs du royaume : et suivant ce qui nous est rapporté par M. Randolph, elle doit avoir aveu et protection de sa majesté la reine, votre souveraine. L'autre comprend quelques-uns des plus distingués de la noblesse, et avec eux un bon nombre de gens d’une classe inférieure, dans toute l'étendue du royaume, et ils sont dans la confiance que tous les rois approuvent leur querelle, et qu'ils leur donneront des secours en conséquence, Savoir quelles seront les suites que cette division pourra entraîner après elle; c’est ce que j’abandonne aux réflexions de votre seigneurie. Il

s’est formé accidentellementuneautre division par la mort |

de milord régent, laquelle tend à changer l’état des deux autres factions, à augmenter l’une et diminuer l'autre, et qui a pour objet le gouvernement du royaume. Un certain nombre de nobles aspire au gouvernement, prétendant y avoir droit par la raison de la démission de la reine et de son abdication de la couronne, et de la commission qu'elle a accordée pour le gouvernement pendant la minorité du roi. L'autre faction s'élève hautement contre cette division, pensant qu’il n’est ni convenable ni soutenable que trois ou quatre comtes de la moindre classe aient la présomption de prétendre régler par eux-mêmes tout le royaume, pendant que les plus

proches du sang, les premiers pour le rang, les plus |

grands en tout temps, soit pour l'ancienneté de leurs maisons, soit pour leur élévation et leurs forces, seraient négligés. lis pensent que c’est intervertir l’ordre, que la

| moindre classe soit placée dans les fonctions publiques

pour commander, et que la plus haute soit tenue conti. nuellement dans l’obéissance comme des particuliers, Outre cela, ils pensent que si dans le commandement, la commission était valable (ce dont la plupart ne veulent point convenir ), elle ne peut pas néanmoins s'étendre au moment présent, parce que les conditions qui y étaient attachées ont cessé, et qu'ainsi l'effet devient nul en tous points. La dernière partie de cette division a beaucoup de prétentions; car outre la faction de la reine, qui est toute pour eux, un grand nombre de ceux qui avaient ci-devant embrassé ouvertement l’obéissance au roi, sont portés d’inclination pour ce parti; et ils ne veulent point se soumettre au gouvernement de l’autre, dont ils craignent l'avancement, pour de certaines raisons, lorsque la faction de la reine sera fortifiée par l'accession d’une partie de celle du roi, et d’une partie qui n'est pas de la moindre espèce : et vous pouvez juger quel en sera vraisemblablement le résultat.

Un autre incident propre à engager les gens à tenir bien d’autres propos, c’est ce qu’on a mandé ici d'Écosse, que sa majesté la reine est sur le point d'envoyer quelques troupes vers les frontières ; que ces troupes doivent entrer dans le royaume pour soutenir ceux qui aspirent au gouvernement, et anéantir la faction contraire ; et des bruits se sont répandus que ces troupes seraient ici incessamment. Ceux-ci, qui se croient chez eux en force égales avec la faction qui leur est opposée, et qui s’attri. buent même la supériorité sur le parti contraire, maïs qui néanmoins ne sont pas capables de tenir la campagne contre ies troupes d’un autre prince, plutôt que de céder à leurs inférieurs, voudront, à ce que je crains, prendre avis de la nécessité, suivre de mauvais conseils, et re: chercher aussi l'assistance de quelque prince étranger, ce qui entralnera sa majesté dans des frais excessifs (sans néanmoins qu'il y eût d'autre inconvénient à craindre), et il paraîtra que tous les élémens aient ici tout à la fois conspiré pour nous mettre aux prises ; car actuellement, aussitôt que le bruit s’est répandu au dehors de la marche de vos troupes vers les frontières, dans le méme instant est arrivé à Dumbarton un gallion avec un mes-

sager envoyé tout exprès de la part du roi de France, :

vers cette partie de la noblesse qui favorise la reine, pour s’instruire de l’état du pays, et savoir de quels secours ils ont désir ou besoin, soit pour l'avancement de ses affaires , soit pour leur propre sûreté. Il est certain que ce message sera bien reçu et approuvé : tel est actuellement l’état de l’Ecosse. Or, si votre seigneurie veut aussi savoir quelle est mon opinion, et quel serait, selon moi, le meilleur parti à prendre dans l'état où les choses sont actuellement , je suis très disposé à satisfaire en cela votre seigneurie. Ces gens-ci exigent de moi que j'agisse franchement : votre seigneurie jugera si je l'ai fait ou non; car je compte agir franchement lorsque j'expose simplement ce que Je pense, et que je ne cherche point de détours pour déguiser mes intentions. J'ai confiance que sa majesté la reine aura le désir de conserver à sa dévotion le royaume d'Écosse, qu’elle a cherché à obtenir en accordant de grandes charges et la perte de quelques-uns de ses gens. Ce désir est honorable pour son altesse, et avantageux pour les deux royaumes; et il ne peut être désapprouvé par personne, surtout si son intention est, comme je le crois, d’avoir l'amitié de tout

le roya quilér pas ava faction leure p:

et cette trait er de fome suis sûr Or, si pas, po perdre!

ques-un s'attache traité, :

mener t« uous do de croire engager:

de prosp petit nor du parti nombre, assez dec embrassa offerts, suite des particulie je voudra pied dans d'extrémi de pareil!

qui, étant rait pris $ peur d’éêtr aerait, le C'est ains hommes 8 tres moyer à moi ; sa tags de l’er voie que ce plissentent vu, par m sentiment.

écris, sans bonne ou 1 qui voudro que j’ai d'a ce royaum langage. Je bonne amit motif, et j choses que bonne intel prenne ma désormais s:

d'importune écrire : et su

celui d'aucun autre pour considérer l’état de ce royaume | et pour juger des talens et qualités de chaque personne | propane et capable pour: une telle charge, nousserons | nous-mêmes bien plus contente de celuiqu'iceux, deleur | communeonsentement, auront d’abord choisi et nommé à cet effet, que d'aucun qui serait par nous précédemment nommé, etrau hasard. Cependant, afin qu’its aperçoivent que nous avons: soin de la personne de leur roi, qui, par la proximité du sang et eu égard à ses tendres années, doit nous être si précieux et si cher, nous ne leur cacheross point que notre opinion est que, s'ils s’accordaient. tous à nommer:son grand-père, notre cousin , le come de Lennox, pour être seul gouverneur, où conjointement.avee d'autres (lequel nous: avons appris qu'ils avaient cependant nommé lieutenant général d'un commu consentement), la raison nous porte à penser que, dans tout ce: royaume, on ne pourrait choisir personne qui désire davantage la conservation du roi, et qui soit plus propre à avoir le gouvernement pour la sûreté de cæ prince, lui étant plus proche par les liens du sang qu'aucun noble de ce royaume où de tout autre pays. Et n'entendons méanmoins par-là leur prescrire ce choix, à moins que d'eux-mêmes ils n'y consentent pleinement et librement. De plus, nous voulons qu'ils soient bien assurés que, quelques rapports on bruits qui soient ou seraient semrés ou inventés, que nous aurions déjà déterminé en notre âme d'altérer l'état du roi ou du gouvernement de ce royaume : ces Choses nous sont prêtées sans aucune juste cause ni fondement; car, ainsi quenuus les a”ons: déjà avertis, que bien que nous ayons consenti Aentendre, comme en honneur nous ne pouviens pas le refuser, ce que la reine des Écossais ou son parti voudraient dire et offrir, non-seulemeut pour la propre assurance de la dite reine, mais aussi pour le bien de ce royaume : cependant, ne sachant point ce que c’est qu’on doit dire ou offrir, nous n’entendons point d'interrompre l’ordre des lois et de la justice en précipitant la eause de la reine, ou préjugeant en faveur du parti qui lui est opposé avant que nous ayons vu décidément et avec certitude , apres avoir tout entendu , qu'il y aurait lieu et qu'il serait juste et nécessaire d'en agir ainsi. El, en conséquence, trouvant ce royaume régi par un roi, ce roi confirmé par les lois de ce royaume , et installé par couronnement et autres solemnités requises et usitées, et généralement reçues par tous les états, notre intention n’est point, en consentant, d'ouir les complainites-on informations de la reine contre son fils, de faire aucun acte qui tende à déterminer le gouvernement ; mals nous voulons le laisser continuer ainsi que nous l'avons trouvé, et méme ne point souffrir qu'il soit altéré par aucun moyen que nous pourrions empêcher (car il est de notre honneur de penser ainsi, et nous l'avons depuis peu déclaré hautement par nosactions), jusqu’à ce que, par quelque raison juste et évidente, noys soyons expressément engagée à manifester autr:ment notre opinion; et nous voulons qu’ils sachent que telle est notre détermination et la conduite que nous voulonstenir : sur quoi nous avons coufiance que ceux qui sont pour leur roi apercevront combienmos itentions et procédés sont francs et honovebles:el combien ils seraient peu fondés à se méfier de nous, quelques discours qu'ilsaient entendus'on qu'iis puissent entendre. Aw contraire, et, d’un autre côté, nous les prions, cotmwe gens: sages-stprudens, de const-

dérer combien il serait déshonorant pour nous, et con

traire à toute humanité, si, pendant que la reine d'Écosse sollicite en tant de manières que sa cause soit entendue,

et offre que le tout soit par nous régié, tant pour les choses entre nous et elle, que pour celles entre elle-même etson fils et le parti de son fils dans ce royaume, lesquelles offres nous ne pouvons par aucune sorte de considération refuser d’écouter, nous allions par avance , et sans que les choses soient entendues et: examinées,

donner en aucune manière ouvertement et directe-

ment un jugement ou sentence, soit pour nous-mêmes,

soit pour ceux dont elle a fait ses adversaires. Finalement, vous les avertirez, qu'en se méprenant sur les bonnes intentions que nous avons pour eux, et par des assertions indirectes de leurs adversaires, fondées sur le mensonge, ils n’aillent pas embarrasser ou affaiplir leur propre cause, de manière que nos bonnes intentions envers eux n'aient pas pour eux tout l'effet qu’ils désireraient ou dont ils pourraient avoir besoin. Vous leur ferez passer toute notre réponse, et vous leur ferez savoir que, pour la brièveté du temps, étant cejourd’hui à la fin du second jour de ce mois, nous n’avons pu ni donner une plus longue déclaration de nos intentions, ni écrire aucune lettre particulière, ainsi que nons l'aurions fait si le temps nous l’avait permis.

2 juillet 1570.

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