‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme]Chapitre 67 sur 155 · N° XLIV · texte numérisé non relu

N° XLIV

Le lord HUNSDANE au chevalier FRANÇOIS WALSINGHAM.

De Berwich, 15 août 1584.

Monsieur,

Conséquemment à mes précédentes lettres, touchant ma conférence avec le comte d’Arran, mercredi dernier, sont venus vers moi, de la part du comie , le clerc de justice et le chevalier Guillaume Stuart, capitaine de Dumbarton, l’un et l’autre du conseil privé du roi, pour régler avec moi l'ordre de notre conférence, s’en rapportant du tout à moi de marquer l'heure et le nombre de ceux que nous devons rassembler avec nous, En conséquence, nous avons arrêté, que le lieu serait Foulden , que l'heure serait dix heures, et que le nombre de ceux qui seraient avec nous serait de treize de chaque côté : et que le reste de nos troupes se tiendrait chacun à un mille de la ville, les uns d'un côté, les autres d'un autre côté ; en sorte que nos troupes seraient à deux milles les unes des autres. Je n'avais pas beaucoup de cavalerie, mais jy

supplédt'aréc de l'infanterie, parmi laquelle j'avais vent arquebosiers'à cheval; mals fs étaient environ cg cents chevaux bien’ ordonnés, ‘Suivant te réndez vous donné, nous nous rénéontrimes Mer, et après quelques complimens, le comte se ‘répandit en Protestations de sa bonne volonté ‘et disposition ‘à servir sa majesté la reîne plus qu'aucun autre prince dans le monde, à l'exception néanmoins de son souverain , ainsi qu'il l'avait dit précédemmerit dans ses lettres, et'encore plus; et cela avec des sermens si forts, qu'à moins qu'il ne ft pire qu'un diable, 4a majesté peut, suivant son bon plaisir, disposer de lui entièrement. Cela fini, j'entrai avec lui en conversation sur l'affaire que j'avais à traiter avec lui; et autant . qu'il:me fut possible je ne manquai pas, suivant mes instructions, de lui répéter ce que j'avais à la charge du rol ou à la sienne, par rapport à aucun mauvais procédé envers 8a majesté la reine ; sur quoi il me répondit ators sur-le-Champ, ainsi que vous pourrez le voir par lesdites réponses que je vous envoie. Mais moi lui ayant sur ce répliqué, il chargea ce qu'il avait déjà dit de plusieurs autres circonstances relatives au même but. Alors je raisonnai avec lui au sujet de la satisfaction due à sa majesté pour la découverte de trames qui avaient été dernière. ment ourdies pour troubler sa majesté et son royaume : sur quoi il me tint divers Propos sur les mariages qui avaient été offerts par divers princes à sa majesté le roi d'Écosse , et par quels moyens ‘lui comte, avait cherché à en détourner le roi, ét pour quelles ‘raisons. L'une, parce que, par le mariage avec la France ou l'Espagne, le roi devrait aussi changer de religion; et que comme il était bien assuré que le roi ne le voudrait jamais faire , il ne souffrirait pas non plus que le roi étoutât'ces propositions tant qu'il aurait quélque crédit auprès delui. fl ne nie pas qu’on n'ait cherché à engager le roi en quelques pratiques formées contre'sa majesté la reine, ce que le roi avait tellement rejeté et fait refus d’y entrer, qu'ils ont cessé de le solliciter sur cela : mais il dit, que de tout ce que le roi ou lui connattraient sur cela, rien n’en serait caché à sa majesté la reine » ainsi que sadite màjesté aurait bientôt lieu de le connaître.

ÎLest certain qu’il paratt, par les discours dn comte, que ai le roi s'était rendu À ces sullicitations, il ÿ aurait eu plus que jamais en Écosse une troupe nombreuse de Français pour inoniéter ga majesté la reine... Céla fini ; je trait.i avec lui pour le délai de ce parlement, qui était sur le point de s'assembler ; ou du moins, pour qu'il n'y fût rien fait au préjudice des nobles et autres Ecossais qui sont actuellement en Angleterre, quant à la forfaiture de leurs vies et biens. Sur quoi, il me fit un long discours ; premièrement des négociations du comte d’Angus avec le comte de Morton, ensuite de l'évasion du comte d’Angus, malgré toutes les offres gracieuses que le roi lui avait faites ; puis de la conjuration de Ruthven; comment, ayant actuellement sa mäjesté le roi entre leurs mains, ils l'avaient lui-même emprisonné, ils avaient traité avec le roi pour chasser le duc hors du royaume; et le roi refusant de le faire, ils lui avaient dit nette. ment que, s’il ne le voulait pas, il aurait la tête du comte d’Arran dans un plat. Le roi ayant demandé quelle offense le comte avait faite, ils répondirent que cela devait étre ainsi, et que cela serait ainsi : sur quoi, pour mettre en sûrete la vie d’Arran, le roi consentit de renvoyer le duc, et cependant Arran fut, dans la suite, en différentés

fois en danger de la vie, Je lui alléguai la lettre du roi à sa majesté la reine , et les actes du roi dans le conseil, portant que les conjurés n'avaient rien fait que pour son service, et sous son bon plaisir et conientement, Sur quoi il me répondit que le roi n'avait pas osé faire autrement, et qu'il ne pouvait faire aucune chose que ce qui leur plaisait; et il m'ajouta plusieurs autres procédés des conjurés envers le roi, lesquels seraient trop longs: à écrire et trop méchans s'ils étaient vrais. Je lui dis que le roi aurait dû faire savoir secrètement ses intentions à l'ambassadeur de sa majesté la reine, et que sa majesté l'aurait secouru. {1 me répondit, que le roi n'ignorait pas que cette manière dese saisir de sa personne provenait des menées de M. Bow, et que, par cette raison, il n'avait pas osé s'ouvrir à lui jusqu'à ce point là ; que néanmoins le roi était satisfait, et qu'il avait accordé le pardon à tous ceux qui voudraient reconnaltre leurs fautes, et demander ce pardon; et quant à ceux qui ne le voudraient point, qu'il avait jugé à propos de les bannir, pour éprouver leur fidélité pour la suite; et que, cependant , ils avaient conspiré pour se saisir une seconde fois de la personne du roi, et pour tuer le comte et les autres ; et qu'ils avaient séduit les ministres, et qu'ils les avaient entrainés dus leur faction; et que n'étant point encore salisfaits de ces conspirations et procédés de traîtres {c'est ainsi qu'il les appelait) , ils avaient formé une troisième conspiration, étant en Angleterre, sous la protection de sa majesté la reine, pour déshonorer sa dite majesté autant qu'il était en eux de le faire, ou du moins, pour faire concevoir au roi quelque indisposition contre sa majesté la reine, de ce qu'elle leur avait donné un asile. Je vous ai mandé ce que c'était que cette conspiration : le projet de se saisir de la personne du roi, de tuer le comte d'Arran el quelques autres; de s'emparer du château d'Édimbourg, et de mener les comtes chez eux, pour y être chargés de la personne du roi : toutes lesquelles choses, me dit-il, ont été avouées par Drummond, et faiblement niées par le prevôt de Glencudden : et sur ce le gouverneur du château prit la fuite. Le comte amena Drummond avec lui jusqu’à Langton, où ils couchèrent, et où Drummond déclara devant moi la conspiration, Mais Drummond ayant par malheur reçu un coup de pied de cheval à la jambe, le comte ne put pas le mener plus loin. Je lui répliquai, que je pensais très sincèrement qu'ils n'avaient point eu la volonté de faire aucune de ces choses, par rapport à sa majesté la reine, qui leur avait donné retraite en son royaume ; et que si de telles menées avaient existé, elles étaient provenues d'autres personnes, et que ceux-ci n’en avaient point eu connaissance ; et que si cela n'était pas évidemment prouvé contre eux, qu'il y avait lieu de croire que c'était quelque pratique forgée pour aggraver leur faute, et pour les rendre plus odieux au roi. Il me répondit, que cela serait suffisamment prouvé, et tellement qu'ils ne pourraient pas, avec vérité, le nier; puisque par leurs propres seings, on pouvait montrer qu'ils avaient participé à une pariie du complot ; et il conclut, en conséquence, que si sa majesté la reine voulait ainsi actuellement presser le roi en leur faveur, il voudrait plutôt empêcher cette marque de sa bienveillance et ne la point favoriser; et que puisque ces gens-là en voulaient principalement à sa vie, il ne pouvait, par aucun motif, chercher à leur faire aucuu bien : et en outre, il m’assura que quand il le vou-

drait faire il ne l'oserait pas, attendu la manière dont cette dernière chose s'était passée. Et sûrement, si la chose ne s'était pas passée ainsi, je n'aurais point douté du rétablissement du comte de Mar dans très peu de temps, si sa majesté avait voulu m'employer dans cette affaire, Mais quant au comte d'Angus, je m'aperçois que le roi est persuadé que ce comte et tous les autres Douglas ont conçu une haine si envenimée contre lui et le comte d'Arran, à l’occasion de la mort de Morton, que s'ils étaient de retour chez eux, dès le lendemain ils ne cesseraient de tramer et conspirer la mort d'eux deux : et ainsi c'est un point très difficile que de faire aucune chose pour lui, Enfin, il conclut par me dire d'assurer, de la part du roi, sa majesté la reine, qu'il n'y aurait ici rien de caché pour elle, et qu'on n'omettrait rien de ce qui pourrait raisonnablement satisfaire la reine, et que le roi ne ferait aucune chose, et ne consentirait qu'aucune chose fût faite à son préjudice, aussi long-temps que lui, comte d'Arran, aurait quelque crédit sur l'esprit de sa majesté ou quelque autorité sous ses ordres, Le comte, après s'être avancé jusqu'à ce point, désira de me montrer sa commission, qui est scellée du grand sceau, pour lui seul, et qui est aussi ample qu'elle peut l'être : il a néanmoins quelques adjoints du conseil privé, mais aucun d'eux n'est en commission; et aucun, pendant tout ce temps-ci, n’a été avec, ni auprès nous. Après avoir em ployé environ cinq heures à ces choses, il me présenta le maître de Gray, lequel me remit une lettre du roi, pour me le recommander, et par laquelle je vois que l'intention du roi est de l'envoyer vers sa majesté la reine : et en conséquence , il demande un sauf-conduit pour son passage Je vous prie de le faire expédier le plus tôt qu'il vous sera possible, Je lui parlai de la négociation du lord Seaton auprès du roi de France. 11 me jura que Seaton était un fripon, et que c'était en partie contre sa volonté, à lui comte d’Arran, qu'il avait été envoyé là : mais que sa commission et ses instructions étant de peu d'importance, il n'avait pas insisté davantage sur cela; et que si Seaton avait outre-passé ses instructions, que lui d’Arran avait dressées lui-même, il en ferait repentir ledit Seaton. Par rapport à Guillaume Newgate et Mare Golgan, il me protesta qu'il n'avait jamais entendu parler de ces gens-là. Il me dit qu’il y avait eu un pauvre petit homme, portant une barbe noire, qui était venu ici en demandant l'aumône, et qui, disait-il, était ennemi de Desmont ; qu'il avait donné un écu à cet homme, et que depuis il n'en avait plus entendu parler : et quant aux Écossais allant en Irlande, il me dit qu'il n’en était pas question ; et que s’il y en avait, ce ne pouvait être que quelques coquins qu'il ne connaissait point du tout. Quant à l'arrivée de quelques jésuites en Écosse, il me dit que c'était un propos calomuieux des ennemis du roi, et de ceux qui voulaient faire croire au monde que le roi était sur le point de changer de religion, pendant que le monde verrait bien que ce prince y } rérerait aussi constamment qu'aucun des princes qui cn ont tait profession le plus ouvertement : et le «© i-méie me protesta qu'il ne croyait pas de sa vié avoir vu un jésuite; et il m’assura que, s’il y en avait po en Écosse, ils ne feraient pas autant de mal en Écosse que leurs ministres en feraient s'ils prêchaient la même doctrine que ces derniers prêchent en Écosse. Et par rapport à un nommé Ballanden, duquel je vous ai écrit que j'avais entendu

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je faire aucune dire d'assurer, il n'y aurait ici trait rien de ce reine, et que le irait qu'aucune -temps que lui, ir l'esprit de sa res. Le comte, ra de me monind scéau, pour peut l'être : il a ivé, mais aucun endant tout ce \près avoir em | me présenta le re du roi, pour 8 que l'intention la reine : et en it pour son päslus tôt qu'il vous ciation du lord jura que Seaton tre sa volonté, yé là : mais que le peu d'imporr cela; et que si , que lui d’Arran uir ledit Seaton, rc Golgan , il me er de ces gens-là, homme, portant demandant l'au- : Desmont ; qu'il ue depuis il n'en x Écossais allant question ; et que quelques coquins ut à l'arrivée de e c'était un prole ccux qui vou- {ait sur le point e monde verrait si constamment rofession le plus protesta qu'il ne e; et il m'assura e, ils ne feraient rs Iministres en ine que ces derprt à ui nommé j'avais entendu

parler par M. Colvil, le comte soutient constamment qu'il ne le connait point, et qu'il n’a jamais entendu parler d'un tel homme, mais qu'il s’en informerait au clerc de justice, et qu'il m'instruirait de ce qu'il pourrait apprendre à ce sujet. Je vous ai fait, aussi brièvement qu'il m'a été possible, le récit de tant de matières sur lesquelles j'ai si longuement discouru : mais ce sont là les points principaux de toute notre conversation, autant que je puis mé les rappeler; et maintenant je vous recommande au Tout-Puissant,

A Berwick, ce 14 août 1584,

Le roi a eu beaucoup d'envie que mon fils Robert Carrie vienne chez lui. Je vous prie de savoir sur cela le bon plaisir de sa majesté la reine,

Réponses du comte d'Annan aux gricfs où articles proposés par le lord HUNSDANE , présentées sous une autre forme,

Quant à la persécution rigide et sévère de tous ceux qui on été notés pour étre affectionnés 4 sa majesté la reine d'Angleterre, il ne paratt pas qu'ils aient été, pour celte raison, ou punis ou traités rigoureusement, Puisque sa majesté le roi d'Écosse a été, depuis peu, soigneux etempressé de choisir de bons instrumens pour traiter entre sa majesté la reine et lui, ainsi que sa majesté le roi l'a fait en nommant votre seigneurie et moi: sans compter que dans toutes les accusations intentées contre eux, leur bonne volonté et affection envers sa majesté

tées à leur charge, mais bien des actions capitales et trahisons en plusieurs manières » actuellement jugées Par tous les trois états, et de plus, manifestées à tout l'uuivers.

Quant à la proclamation publique par laquelle sa majesté le roi d'Écosse défend à tous ceux qui ont été bannis de se réfugier en Angleterre, les bruits et propos qui sont parvenus aux oreilles de ga majesté de leurs conspirations et trahisons, qui depuis ont été exé cutées autant qu'il a été en leur pouvoir, ont engagé sa majesté à leur défendre de se réfugier en aucune place aussi voisine du royaume de sa majesté de peur qu'ils n'attentassent les choses qu'ils pourraient entreprendre, étant même plus loin et en des endroits plus reculés, tant par mer que par terre.

Quant à la réception des jésuites et autres fugitifs des états de sa majesté la reine d'Angleterre, et de ce Csr'on ne les a point rendus, suivant la promesse du roi, ainsi que cela est allégué par votre seigneurie, sa majesté serait bien plus contente, si, par les soins de votre sei gneurie, les fupitifs de l’un et l’autre royaume n'étaient reçus dans aucun des deux; et alors si cela arrivait, ce ne serait pas de la part de sa majesté le roi d'Écosse, bien qu’en effet dans le temps passé sa majesté ait été forcée, Contre son bon naturel, de recevoir les pétits rebelles et fugitifs de sa majesté la reine d'Angleterre, puisque cette reine avait recu tous les plus grands rebelles et traîtres qu'il y ait jamais eu contre le roi d'Écosse, et qui étaient du propre sang de ga majesté le roi. Pour ce qui est du Concert avec la mère de sa majesté Je roi, au sujet de son |

le roi, que cela est absolument faux et mensonger, et que Pareille chose n'a encore jamais été faite,

Sa majesté le roi m'a aussi commandé d'assurer votre seigneurie qu'il est pareillement faux et non véritable que sa majesté ait, par aucune voie directe où indi. recte, envoyé aucun message au pape , ni qu'elle en ait reçu aucun de lui; ni que sa majesté ait traité avec l'Es- Pagne où autres étrangers, pour mal faire à «a majesté ja reine Le rte où à son royaume ; ce que sa majesté le roi d'Écosse n'aurait pu faire en honneur, cette bonne intelligence étant établie, ainsi que j'espère que cela arrivera,

Pour ce qui est du mépris fait des ministres de sa majesté la reine d'Angleterre envoyés vers sa majesté le roi d'Écosse, le roi ne les à jamais traités ainsi; et si sa majesté l'a fait, il y avait été suffisamment donné lieu par eux , ainsi qu'il est prouvé Par quelques-uns de leurs écrits, et ainsi que je l'ai plus particulièrement montré à Votre seigneurie à Foulden » à notre deruière entrevue.

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