LIVRE PREMIER
mettre en état de suivre avec quelque certitude |
les procédés du genre humain dans l'enfance des sociétés.
Nous pouvons conjecturer cependant que les premières émigrations des hommes se firent toutes par terre. L'Océan , qui partout environne la terre habitable, et les différens bras de mer qui séparent une région de l’autre, quoique destinés à faciliter la communication entre les pays éloignés, semblent d'abord n'avoir été formés que pour arrêter la marche de l’homme et pour marquer les limites de cette portion du globe où la nature l’avait renfermé. Nous devons croire que ce ne fut qu'après un long espace de temps que les hommes tentèrent de franchir cette formidable barrière, et acquirent assez d'habileté et d'audace pour se livrer à la merci des vents
et des vagues, et pour quitter leur pays natal, |
éloignée, le progrès de l’industrie a dû être prodigieux. Il a fallu faire bien des efforts, tenter bien des expériences, employer beaucoup de travail et d'adresse pour venir à bout de cette graude et difficile entreprise, L'état d'imperfection où se trouve la navigation chez les peuples qui ne sont pas encore très civilisés justifie l'idée que nous donnons ici de ses progrès, et prouve clairement que dans les premiers temps l'art n'était pas assez avancé pour mettre les hommes en état d'entreprendre de longs voyages ou de tenter au loin des découvertes.
Mais dès que l'art de la navigation fut connu, ii s'établit parmi les hommes un nouveau genre
| de correspondance : voilà l’époque d'où nous devons dater le commencement de cette commu-
dans la vue d'aller chercher desrégion: éloignées
et inconnues.
sont des arts si délicats et si compliqués qu'on a eu besoin de l'industrie et de l'expérience de plusieurs siècles pour leur donner quelque degré de perfection. Du radeau ou du canot qui le premier servit à faire passer à un sauvage la riière qui l'arrétait dans sa chasse, jusqu'à la
construction d’un vaisseau capable de transporter :
avec sûreté une foule nombreuse à une côte
nication entre les peuples qui mérite le nom de commerce. La civilisation doit être assez avancée avant que le commerce devienne un objet d’une grande importance; car les hommes doivent avoir acquis déjà l’idée de propriété et en avoir fixé les principes avec assez de précision pour connaître le plus simple de tous les contrats, celui d'échanger une denrée grossière contre une autre. Mais une fois ce principe important établi, lorsque chaque individu sentit qu'il avait un droit exclusif à posséder ou aliéner tout ce qu'il
, avait acquis par son travail et par son adresse,
ses propres besoins et son industrie lui suggérèrent bientôt un nouveau moyen d'augmenter ses acquisitions et ses jouissances , en disposant
| de ce qu’il avait de superflu pour se procurer ce La navigation et la construction des vaisseaux |
qui pouvait lui être agréable ou utile dans le superflu des autres. C’est ainsi que le commerce s’introduisit et s'établit parmi les membres de la même société ; ils découvrirent ensuite par degrés que des tribus voisines possédaient ce qui leur manquait, ou jouissaient de quelque commodité qu'ils désiraient partager. Il se forma alors un commerce avec les autres nations, de la même manière et sur les mêmes principes que
s'était établi le trafic domestique dans l'intérieur de la société. L'intérêt et les besoins mutuels des différentes peuplades, leur rendant agréable cette communication réciproque, introduisirent insensiblement les maximes et les lois qui en facilitent les progrès et en assurent les opérations. Cependant il ne peut pas s'établir un commerce fort étendu entre des provinces contiguës, dont le sol et le climat étant à peu près le même, ne donnent que des productions du même genre.
D'un autre côté, des peuples éloignés ne peuvent porter par terre leurs denrées dans les lieux où la rareté de ces denrées les ferait rechercher et leur donnerait un grand prix. C'est la navigation qui a donné aux hommes le pouvoir de transporter le sunerflu d’une partie de la terre pour subvenir aux besoins d’une autre : dès lors, les productions d’un climat particulier ne sont plus bornées à un seul canton ; le commerce en communique la jouissance aux régions les plus lointaines.
La communication entre les peuples s'étendit à mesure que la connaissance des avantages qu'on retire de la navigation et du commerce continuèrent à se répandre. L’ambition des conquêtes et le besoin de se procurer de nouveaux établissemens ne furent plus les seuls motifs des émigrations. Le désir du gain devint un nouvel aiguillon pour l’activité; il enfanta des iventuriersqui entreprirent de longs voyages pour chercher des pays dont les productions ou les besoins pussent augmenter la circulation, qui seule entretient et étend le commerce.
Devenu dès lors une grande source de découvertes, le commerce s’ouvrit des mers inconnues, pénétra dans des régions nouvelles, et contribua plus qu'aucune autre cause à faire connaître aux hommes la situation, la nature et les productions des différentes parties du globe. Cependant quoiqu'il y eût un commerce régulier établi dans le monde , quoique la civilisation eût fait de grands progrès , et que les sciences et les arts fussent cultivés avec autant d'ardeur que de succès, la navigation resta si imparfaite qu’à
peine peut-on la regarder comme sortie de l’enfance dans l’ancien monde.
La construction des vaisseaux chez les anciens était extrêmement grossière, et la manière de les manœuvrer n'était pas moins défectueuse.
lis ignoraient entièrement quelques-uns des
grands principes et des opérations principales qui sont aujourd'hui regardés comme les premiers élémens de la navigation. Ils connaissaient à la vérité la propriété qu'a l'aimant d'attirer le fer ; mais la propriété, plus merveilleuse et plus importante qui le dirige vers le pôle, avait entiérement échappé à leurs observations. Privés de ce guide fidèle, qui conduit aujourd'hui le pilote avec tant de certitude dans l’immensité des mers, et pendant l'obscurité de la nuit et quand le ciel est obscurci par les nuages, les anciens n'avaient d'autres moyens de régler leur route que l'observation du soleil et des étoiles. Leur navigation était par conséquent incertaine et timide ; rarement osaient-ils perdre de vue la terre; ils se traînaient le long des côtes, retardés par tous les obstacles, exposés à tous les dangers qu’entrainait cette manière de naviguer. Il fallait un temps incroyable pour exécuter des voyages qu'on achève aujourd’hui en quelques semaines : même dans les climats les plus doux et dans les mers les moins orageuses, c'était seulement pendant l'été que les anciens se hasardaient à sortir de leurs ports ; le reste de l’année se perdait dans l’inaction : on auraît regardé comme une imprudence téméraire d’affronter pendant l'hiver la fureur des vents et des vagues Î.
Dans l'état d'imperfection où étaient la science et la pratique de la navigation, c'était donc une entreprise aussi difficile que dangereuse de se porter dans des régions lointaines. L'activité du commerce lutta contre tous ces obstacles : les Égyptiens, peu de temps après la fondation de leur monarchie, établirent , dit-on , un trafic entre le golfe Arabique, ou la mer Rouge, et la côte occidentale du grand continent de l'Inde Les marchandises qu'ils tiraient de l'orient étaient transportées par terre du golfe Arabique jusqu'au bord du Nil, et descendaient cette rivière jusqu’à la Méditerranée; mais l'attention que les Égyptiens donnèrent dans les premiers temps au commerce ne fut pas de longue durée; la fertilité du sol et la douceur du climat leur fournissaient toutes les choses nécessaires et agréables avec une profusion qui les rendait indépendans de tous les autres pays : aussi cé peuple, dont les idées et les institutions diffé
" Vegetius, de Re milit., Üib. 1v.
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rèrent presque en tout point de celles des autres peuples, eut pour maxime de renoncer à toute communication avec les étrangers. En conséquence, les Égyptiens ne sortirent bientôt plus de leur pays; ils détestèrent tous les navigateurs comme des impies et des profanes ; ils fortifiérent leurs ports etn'y admirent aucun étranger ! : ce ne fut que lors du déclin de leur puissance qu’ilsrouvrirent leurs ports , etreprirent et rétablirent quelque communication avec les autres peuples.
Le caractère et la situation des Phéniciens étaient aussi favorables à l'esprit de commerce et de découverte que ceux des Égyptiens y étaient contraires : leurs mœurs et leurs institutiuns n'étaient distinguées par aucune particularité marquée; ils n'avaient aucune forme de culte, aucune superstition contraire à la sociabilité; ils pouvaient enfin , sans scrupule et sans répugnance, se mêler avec les autres peuples. Le
‘ territoire qu'ils possédaient n’était ni grand ni
fertile : le commerce était donc l'unique source qui pouvait leur donner la puissance et la richesse; aussi les Phéniciens de Sidon et de T yr établirent-ils le commerce le plus étendu et le plus hardi que l'on connaisse chez les anciens. Le génie de ce peuple, la nature de son gouvernement , l'esprit de ses lois, se rapportaient entièrement au inème but : c'était une nation de marchands, qui prétendit à l'empire de la mer et qui l'obtint. Leurs vaisseaux fréquentérent tous les ports de la Méditerranée; ils osérent mène franchir les anciennes limites de la navigation, et passant le détroit de Gadès, ils visitérent les côtes occidentales de l'Espagne et de l'Afrique.
Dans plusieurs des lieux oùils abordèrent, ils établirent des colonies, et communiquèrent aux grossiers habitans du pays quelque connaissance
deleurs arts ct de leur industrie, Tandis que | tendance de leurs lois, ils n'en fut pas de même
d'un côté ils poussaient leurs découvertes au nord et à l'ouest, ils ne négligèrent pas de pénétrer dans les régions plus riches et plus fertiles de l'est et du midi. Après s'être rendus maîtres de plusieurs ports commodes au fond du golfe Arabique, ils établirent , à l'exemple des Égyptiens, une correspondance régulière avec l'Arabie et le continent de l'Inde d'une part, et avec
! Diod. Sicul., lib, à, pag 78, ed. Wesselingi. Amst,, 1756. Straba, lib. xvu, pag. 1142, ed. Amst, , 1707.
A ———p—pZ
la côte orientale d'Afrique de l'autre. Ils tirèrent de ces contrées différentes denrées précieuses, inconnues au reste du monde, et pendant un long période de temps jouirent seuls de cette branche lucrative de commerce (1)
Les richesses immenses que les Phéniciens acquirent par le commerce exclusif qu'ils avaient établi sur la mer Rouge, excitèrent leurs voisins. les Juifs, sous les règnes prospères de David et de Salomon, à entreprendre d'en partager le bénéfice. Ils y réussirent en partie par la conquête de l’Idumée , qui s'étend le long de la mer Rouge, et en partie par l'alliance qu’ils contractérent avec Hiram , roi de Tyr. Salomon équipa des flottes qui, sous la conduite des pilotes Phéniciens, naviguèrent de la mer Rouge à Tarsis et Ophir, qui probablement étaient des ports de l'Inde ou de l'Afrique, fréquentés par leurs conducteurs : ces flottes en revinrent avec des cargaisons si précieuses qu'elles répandirent tout d'un coup la richesse et la magnificence dans le royaume d'Israël !. Les institutions singulières , que le divin législateur des Juifs avait établies ; dans la vue de préserver ce peuvle de la contagion de l’idolâtrie en le séparan: des autres, lui avaient donné un caractère national , incapable de se prêter à cette communication franche et ouverte avec les éirangers que le commerce exige. L'esprit insociable des Juifs, joint aux désastres qui tombèrent sur le royaume d'Israël,
| empêcha les progrès de l'esprit de commerce ! que leurs rois avaient cherché à introduire
parmi eux. Ainsi ce peuple ne peut être compté parmi les nations quiont contribué à perfec-
| tionner la navigation et à étendre les décou- | vertes,
Si l'instruction et les exemples des Phéniciens ne furent pas assez puissans pour modifier les mœurs et le caractère des Juifs et lutter contre la
des Carthaginois, qui, descendans des Phénicieus, reçurent d'eux l'esprit de commerce, et s’y adonnèrent, ainsi qu'aux arts de la navigation, avec une ardeur, une industrie et un succès dignes de leurs maîtres. La république de Carthage fut bientôt la rivale de Tyr, et la surpassa ensuite en puissance et en richesse; mais il ne paraît pas qu'elle ait cherché à partager le
! Voy.un Mém. sur le pays d'Ophir, par M. d'Anville, dans les Mém. de l’'Acad. des Ænscript., t. XXX, p. 83
commerce de l'Inde. Les Phéniciens s’en étaient emparés, et avaient dans la mer Rouge une force qui leur assurait la possession exclusive du commerce. L'activité des Carthaginois se porta d’un autre côté : ne voulant pas disputer à leur métropole le commerce de l’orient, ils étendirent particulièrement leur navigation vers l'occident et le nord. Ils suivirent la route que les Phéniciens s'étaient ouverte : passant le détroit de Gadèset poussant leurs découvertes beaucoup plus loin, ils visitèrent non-seulement toutes les côtes d'Espagne, mais encore celles des Gaules, et pénétrèrent à la fin jusqu’en Angleterre. En même temps qu'ils acquéraient la connaissance de ces contrées nouvelles dans cette partie du globe, ils étendaient par degrés leurs recherches vers le midi. Ils pénétrèrent très avant par terre dans les provinces intérieures de l'Afrique, établirent un commerce avec quelques-unes, et en soumirent d’autres à leur empire : ils naviguèrent le long de la côte occidentale de ce grand continent , presque jusqu’au tropique du Cancer, et y plantèrent plusieurs colonies, dans la vue de civiliser les naturels du pays et de les accou- Lumer au commerce. Ils découvrirent enfin les îles Fortunées , connues aujourd’hui sous le nom de Canaries, lesquelles formaient la dernière limite de la navigation des anciens dans l'océan occidental !.
Les progrès que firent les Phéniciens et les Carthaginois dans la connaissance du globe ne furent pas uniquement l'effet du désir qu'ils avaient d'étendre leur trafic d'un pays à un autre. Le commerce eut chez ces deux peuples l'influence qu'il a eue partout ; iléveilla la curiosité, agrandit les idées et les désirs des hommes, et les excita aux entreprises hardies. On fit des voyages dont le seul objet était de découvrir de nouvelles contrées et de parcourir des mers inconnues : telles furent, pendant la prospérité de la république carthaginoise, les uavigations fameuses de Hannon et de Himilcon. On leur donna des flottes, équipées par ordre du sénat et aux frais du public : Hannon füt chargé de cingler vers le sud , le long des côtes d'Afrique, et semble s'être avancé beaucoup plus près de la ligne équinoxiale qu'aucun navigateur
1 Plinii Nat. Hist., lib, wi, cap. xxxvu, edit. in usum Deiph.
précédent !, Himilcon eut ordre de naviguer vers le nord, et d'examiner les côtes occidentales du continent d'Europe 2. La navigation extraordinaire des Phéniciens autour de l'Afrique était de la même nature. On nous dit qu'une flotte phénicienne équipée par Necho, roi d'Égypte, partit d'un port de la mer Rouge environ 604 ans avant l'ère chrétienne, doubla le cap méridional d'Afrique, et après un voyage de trois ans, revint par le détroit de Gadès à l'embouchure du Nil 3. On prétend qu'Eudoxe de Cyzique a exécuté aussi cette périlleuse navigation en suivant la même route 4,
Si ces expéditions se sont réellement faites de la manière que je viens d'exposer, on peut avec raison les regarder comme le plus grand effort de la navigation chez les anciens; et si nous réfléchissons à l'état d’imperfection où l’art était alors, il est difficile de juger ce que nous devons admirer davantage de la hardiesse et de la sagacité du projet, ou de la sagesse et du bonheur de
| l'exécution; mais malheureusement le temps à
détruit toutes les traditions originales et authentiques des voyages que les Phéniciens et les Carthaginoïs entreprirent soit par ordre public, soit pour le commerce des particuliers. Ce que nous trouvons sur cet objet dans les auteurs grecs et romains est non-seulement obscur et inexact, mais si nous en exceptons un récit très court de l'expédition de Hannon, l'authenticité en est mème très suspecte (2). Les Phéniciens et les Carthaginois , animés d’une jalousie mercantile, cachaient avec soin aux autres peuples la connaissance des pays éloignés avec lesquels ils avaient formé des liaisons. Toutes les circonstances de leur navigation étaient non-seulement des mystères de commerce, mais encore des secrets d'état. On raconte destraits extraordinaires des précautions qu’ils prenaient pour empêcher les autres nations de pénétrer ce qu'ils avaient intérêt de leur cacher 5. En effet, la connaissance d’une partie de leurs découvertes semble avoir été renfermée dans l'enceinte de leur territoire, La navigation
1 Plinii Mat. Aist., lib. v, cap. 1. Æannonis Peri plus ap. Geogr. Minores , edit. Husdoni, vol. |, pag. 1
2Plinii Mat. Hist., lib. x1, cap. zxvn. Festus Avienu: apud Bochart. Geogr., lib. x, cap. 1x, pag. 652. Oper'. vol. Ill, Z. Bat. 1707.
5 Herodot., lib. 1v, cap. xzut.
4 Plinii Mat. Hist., lib. x1, Cap. EXVIL.
8 Strab. Ceogr., lib. in, p. 265; lb. xvux, p. 115%
autou les a histo comp propi nouve thagi ni le] de le talens
moins mière été le science toutes dans | autre comm qui d Grèce iner fl bre de quoiq tiles, ses in gation temps tain d des G que le que l’e Thess:
prodig mettre donna lations reculée siége « fait en
e de naviguer côtes occidennavigation exur de l'Afrique nous dit qu’une Necho, roi d'É- * Rouge environ , doubla le cap ‘un voyage de le Gadès à l'em- qu'Eudoxe de rilleuse naviga-
lement faites de r, on peut avec lus grand effort ns; et si nous ion où l’art était que nous devons se et de la saga- : du bonheur de nent le temps & inales et authenhéniciens et les ar ordre public, iculiers. Ce que es auteurs grecs bscur et inexact, cit très court de icité en est même et les Carthagiantile, cachaient onnaissance des vaient formé des es de leur navies mystères de rets d'état. On des précautions esautres nations Lérêt de leur caice d’une partie ir étérenfermée >, La navigation , Hannonis Peri doni, vol. !, pag. 1 1, Festus Avient:
x, pag. 652. Oper'.
KVIL, ib, xvux, p. (16%.
autour de l'Afrique, en particulier, est citée par les anteurs grecs et romains, plutôt comme une histoire amusante et extraordinaire, difficile à comprendre ouà croire , que comme un fait réel, propre à leur donner des idées et des lumières nouvelles (3). Comme les Phéniciens et les Carthaginois n'ont fait connaître au reste du monde ni le progrès de leurs découvertes, ni l'étendue de leur navigation, toutes les traces de leurs talens et de leurs connaïssances dans cet art semblent avoir péri en grande partie, lorsque la puissance maritime des premiers fut anéantie à la conquête de Tyr par Alexandre, et que l'empire des derniers fut détruit par les armes romaines.
Il faut donc abandonner à la curiosité et aux conjectures des savans les récits obscurs et pompeux des expéditions phéniciennes et carthaginoises : l'historien doit se contenter de rechercher les progrès de la navigation et des découvertes chez les Grecs et les Romains ; la tradition en a moins d'éclat, mais plus de certitude et de lumière. Il est évident que les Phéniciens , qui ont êté les maîtres des Grecs dans les arts et les sciences utiles, ne leur ont pas communiqué toutes les connaissances qu'ils avaient acquises dans l'art de la navigation, ‘et les Romains d'un autre côté n'avaient pas adopté cet esprit de commerce et cette ardeur pour les découvertes qui distinguaient les Carthaginois. Quoique la Grèce füt presque entièrement environnée de la iner qui formait sur leurs côtes un grand nombre de baies spacieuses et de havres commodes; quoiqu’elle fut entourée de tous côtés d'îles fertiles, et qu'une situation si favorable dût inviter ses industrieux habitans à s’adonner à la navigation, cependant il s’écoula un long espace de temps avant que cet art y fût porté à un certain degré de perfection. Les premiers voyages des Grecs, dont l'objet était la piraterie plutôt que le commerce, furent si peu considérables , que l'expédition des Argonautes, des côtes de Thessalie au Pont-Euxin, fut regardée commeun prodige d'habileté et de courage, qui en fit mettre les chefs au nombre des demi-dieux, et donna à leur vaisseau un rang parmi les constellations du ciel. En descendant äune époque moins reculée, lorsque les Grecs entreprirent le fameux siége de Troie, il ne paraît pas qu'ils eussent fait encore de grands progrès dans la naviga-
tion. Selon le récit d'Homère, le seul poète dont l'histoire ose invoquer l'autorité, et qui par son exactitude scrupuleuse à décrire les mœurs’et les arts des premiers temps, a mérité cette singulitre distinction, la science de la navigation était encore dans sen enfance. Les Grecs ignoraient alors l'usage du fer, ce métal, le plus utile de tous, sans lequel on ne peut faire que très peu de progrès dans les arts mécaniques. Leurs vaisseaux petits, et la plupart sans ponts, n’avaient qu'un seul mât, qu'on élevait ou qu'on abaïssait à volonté : ils ne se servaient point d’ancre, et les manœuvres des voiles étaient simples et grossières. Ils n'avaient, pour régler leur route, que l'observation des étoiles, et leur manière de les observer était fautive et trompeuse. Lorsqu'ils avaient achevé un voyage, ils tiraient leurs misérables barques sur le rivage, comme les sauvages font aujourd'hui de leurs canots, et les y laissaient jusqu'à la saison de se remettre en mer. Ce n’est donc pas dans les temps héroïques de la Grèce que nous devons nous attendre à voir la science de la navigation et l'esprit de découverte faire des progrès sensibles; dans ce période d'ignorance et de barbarie, mille causes concouraient à resserrer dans des bornes étroites lacuriositéet l’activitédel’homme.
Mais les Grecs passèrent rapidement à un état de civilisation et de lumières. Les formes les plus parfaites d'un gouvernement libre s'établirent dans les villes de la Grèce ; de bonnes lois et une police régulière s'y introduisirent par degrés; les sciences et les arts qui servent à l’utilité ou à l'agrément de la vie y furent portés à une grande perfection, et plusieurs des républiques grecques s'adonnèrent au commerce avec tant d’ardeur et de succès qu’elles furent regardées par les anciens comme des puissances maritimes du premier ordre; cependant les victoires navales des Grecs doivent être attribuées plutôt à l'activité naturelle de ce peuple et au courage qu'inspire la liberté, qu’à son habileté dans l'art de la navigation. Les grandes actions de la guerre de Perse, que l’éloquence de leurs historiens ont rendues immortelles, furent exécutées par des flottes composées principalement de vaisseaux ouverts et sans ponts !, d'où les équipages s’élançaient avec une valeur impé-
1 Thucyd., lib. 1, cap. xiv
tueuse et sans règle pour aborder les ennemis.
Dans la guerre du Péloponèse leurs vaisseaux |
n'étaient encore considérables ni par la grandeur, ni par la force, et l'étendue de leur commerce
était proportionnée à leur marine, Les états ma- :
ritimes de la Grèce n’envoyaient guère de vaisseaux au-delà de la Méditerranée : leur princi-
pale correspondance était avec les colonies que :
leurs compatriotes avaient formées dans l’Asie- Mineure, dans l'Italie et dans la Sicile. Ils abordaient quelquefois aux ports de l'Égypte, de la Gaule et de la Thrace ; ou, traversant l’'Hellespont, ils trafiquaient avec les peuples établis autour du Pont-Euxin. On trouve des exemples étonnans de leur ignorance sur les pays même situés entre les limites où se renfermait leur navigation. Lorsque les Grecs eurent rassemblé à Égine la flotte combinée contre Xerxès, ils ju-
gèrent impraticable de la porter jusqu'à Samos, parce qu'ils crurent que la distance de cette île | à Égine était aussi considérable que celle d'Égine | aux colonnes d'Hercule!. Ils ne connaissaient au- ! cune partie du globe au-delà de la Méditerranée; !
du moins la connaissance qu'ils en avaierit était
uniquement fondée sur des conjectures ou sur les
relations de quelques voyageurs qui, guidés
par la curiosité et l'amour des sciences, avaient ! pénétré par terre dans l'Asie supérieure, ou |
étaient allés par mer en Égypte, contrées qui
ont été le berceau de la philosophie et des arts. :
Malgré les instructions que les Grecs purent tirer
de ces sources, ils paraissent avoir ignoré les
faits les plus importans sur lesquels doit être fondée une tonnaissance exacte et méthodique du globe.
L'expédition d’Alexandre dans l'orient étendit sensiblement chez les Grecs la sphère de la navigation et de la science géographique. Cet
homme extraordinaire, malgré les passions vio- | lentes qui le portèrent quelquefois à commettre |
des actions cruelles et à former des entreprises extravagantes, était fait par ses talens non-seulement pour conquérir, mais encore pour gouverner le monde : il était capable de concevoir ces plans hardis de politique qui donnent une nouvelle forme aux choses humaines. La révolution qu'il produisit dans le commerce par la force de son génie n'était peut-être pas infé-
* Hérodot., lib. vu, cap cxxxn.
rieure à celle qu’il opéra dans la politique par le succès de ses armes. La résistance et les efforts de la république de Tyr, qui suspendirent si long-temps le cours de ses victoires, lui fournirent probablement une occasion d'observer les grandes ressources d’une puissance maritime , et lui donnèrent quelque idée des immenses ri. chesses que les Tyriens tiraient de leur commerce, surtout de celui qu’ils faisaient aux Indes orientales, Dès qu’il eut détruit cette république et soumis l'Egypte à sa domination , il forma le plan d’un nouvel empire, qui devait être le centre du commerce, ainsi que le siége de la puissance : c'est dans cette vue qu'il fonda une grande ville à laquelle il donna son nom, près d’une des embouchures du Nil, afin que, par le moyen de la mer Méditerranée et par la proximité du golfe Arabique, elle pût commander également le commerce de l'orient et de l'occident !. Cette situation fut si heureusement choisie qu’Alexandrie devint bientôt la principale ville commerçante du monde. Non-seulement pendant la durée de l'empire en Égypte et dans l’orient, mais même au milieu de toutes les révolutions qui troublèrent successivement ces contrées depuis le temps des Ptolémées jusqu'à la découverte par la navigation du cap de Bonne-Espérance, le commerce, particulièrement celui des Indes orientales, continua à couler par le canal que lui avaient marqué la prévoyance et la sagacité d'Alexandre.
Son ambition ne fut pas satisfaite d'avoir ouvert aux Grecs une communication par mer aux Indes ; il aspira à la souveraineté de ces régions,
| qui fournissaient au reste du monde tant de pro-
ductions précieuses, et y il conduisit son armée par terre : cependant, quelque audacieux qu'il fût, on peut dire qu’il découvrit plutôt qu'il ne conquit cette contrée. Dans sa marche vers l'orient, il ne s'avança pas au-delà des bords des rivières qui tombent dans l'Indus, et ce fleuve est aujourd'hui la limite occidentale du vaste continent de l'Inde. Au milieu des étranges exploits qui distinguent cette partie de son histoire, il suivit un plan qui prouve la supériorité de son génie aussi bien que la grandeur de ses vues : il avait pénétré daus l'Inde assez avant pour se confirmer dans l'opinion qu'il avait de
! Strab., Geogr., lib. xvar, pag. 1143, 1149
l'imp comn riche:
du lu Avaie fectio Ple cours l'Indu elle é tion 1 effet, dont | lesétr phrat.
et pai de l'o domai golfe dises | et dist officie demer et ila regard qu’im comm naires cile qu on ne cultés elle fui frappa faits d.
vaissea la Méc ‘peine « la pren de l'Inc quel le:
ciel dés toute le perdu c côtes di fiter de navigat il dix ! Strab
cap. IX. - 6 Plinii A
olitique par le e et les efforts uspendirent si es, lui fourniobserver les nce maritime, s immenses ri.
de leur comient aux Indes tie république n , il forma le devait être le le siége de la uv’il fonda une on nom, près fin que, par le par la proxiût commander nt et de l'occiheureusement ntôt la princile. Non-seuleire en Égypte lieu de toutes uccessivement Ptolémées jus:
ation du cap , particulière- , Continua à nt marqué la dre.
ite d’avoir ou- 1 par mer aux e ces régions, e tant de prosit son armée udacieux qu'il lutôt qu'il ne marche vers là des bords Indus, et ce ccidentale du des étranges ie de son hisla supériorité indeur de ses e assez avant qu'il avait de
commerce, et pour apercevoir quelles immenses richesses on pouvait tirer d’un pays où les arts du luxe, étant déjà cultivés dès long-temps, avaient été portés à un plus haut degré de perfection qu’en aucune autre partie de la terre. Plein de cette idée, il résolut d'examiner le cours de la navigation, depuis l'embouchure de l'Indus jusqu'au fond du golfe Persique, et, si elle était praticable, d'établir une communication régulière entre ces deux points. Pour cet effet, il se proposa de détruire les cataractes dont les Perses, par jalousie et par haine contre les étrangers, avaient embarrassé l'entrée de l’Euphrate 2, et de faire remonter, par cette rivière et par le Tigre, qui s'y joint,les marchandises de lorient dans les parties intérieures de ses domaines d'Asie ; tandis que, par le moyen du golfe Arabique et du Nil, ces mêmes marchandises pourraient être transportées à Alexandrie et distribuées dans le reste du monde. Néarque, officier doué de grands talens, eut le commandement de la flotte destinée à cette expédition, et il acheva heureusement ce voyage, qui fut regardé comme une entreprise eussi périlleuse qu’importante; Alexandre lui-même en parla comme d’un des événemens les plus extraordinaires qui aient signalé son règne. Quelque facile que soit aujourd’hui une pareille expédition, on ne peut nier qu’elle n'offrit alors des difficultés et des périls, et les circonstances dont elle fut accompagnée fournissent des exemples frappans du peu de progrès que les Grecs avaient faits dans la science de la navigation (4) : leurs vaisseaux n'avaient jamais franchi les bornes de la Méditerranée où le flux et le reflux sont à peine sensibles ; et lorsqu'ils observérent pour la première fois ce phénomène à l'embouchure de l'Indus, ce fut pour eux un prodige par lequel les dieux paraissaient leur annoncer que le ciel désapprouvait leur entreprise (6). Pendant toute leur route il paraît qu'ils n'avaient jamais perdu de vue la terre, mais qu'ils longeaient les côtes de si près, qu’ils ne pouvaient guère profiter de ces vents périodiques ‘qui facilitent la navigation dans l'océan Indien ; aussi leur fallutil dix mois entiers pour parcourir un espace
!Strab., Geogr., lib. xv, pag. 1036. Q. Curtt., lib. xvunr, Cap. 1x. — ? Strab., Geôgr., lib. xvr, pag. 1075. — “Plinii Nat, Hist. ; lib. ve, cap. xxi,
l'importance de cette contrée relativement au :
qui, de l'embouchure de l'indus à l'entrée du golfe Persique, ne comprend pas plus de vingt degrés. Il est probable qu’au milieu des troubles violens et des révolutions fréquentes que suscitérent dans l'orient les querelles des successeurs d'Alexandre, la navigation aux Indes, par la route que Néarque avait ouverte, fut discontinuée ; mais le commerce des marchandises indiennes qui s'était établi à Alexandrie non-seulement subsista, mais encore s'étendit sous les rois grecs qui gouvernèrent l'Égypte, et devint une des grandes sources de la richesse qui distingua ce royaume, Les Romains restèrent encore au-dessous des Grecs dans l’art de la navigation ainsi que pour l'esprit de découverte, Le génie du peüple, son éducation militaire, l'esprit de ses lois, concoururent à le détourner des objets de commerceet de marine : ce fut par la nécessité de s'opposer à un rival formidable, non par le désir d'étendre leur commerce, que les Romains aspirèrent à acquérir la puissance maritime. Ils ne tardèrent pas à s’apercevoir que, pour obtenir la & >:nination universelle, il fallait se rendre maître de la mer ; cependant ils regardèrent toujours le service naval comme un état subordonné, réservé à ceux des citoyens qui n'étaient pas d’un rang à être admis dans les légions !. On trouverait difficilement dans toute l'histoire romaine un seul événement qui prouvat qu'ils vissent dans la navigation autre chose qu'un iustrument de conquête, Lorsque la valeur et la discipline des Romains eurent subjugué toutes les puissances maritimes de l’ancien monde, et que Carthage, la Grèce et l'Égypte furent soumises à leur domination, ils ne prirent point l'esprit commerçant des nations qu'ils avaient conquises : ce peuple de soldats aurait regardé comme une dégradation du nom de citoyen romain de s'adonner au commerce. Ils laissaient les arts mc- Caniques, le négoce et la navigation aux esclaves, aux affranchis, aux habitans des provinces et aux citoyens de la dernière classe. Lors même qu'après la destruction de la liberté, les mœurs eurent commencé à perdre de leur sévérité et de leur fierté première, le commerce u'acquit pas une grande considération chez les Romains. La Grèce, l'Égypte et les autres pays conquis, quoi-
1 Polyb., lib. v.
que réduits en provinces romaines, continuèrent à faire leur commerce comme auparavant. Rome étant la capitale du monde et le siége du gouvernement, attirait naturellement à elle toutes les richesses et les productions utiles des provinces. Les Romains, satisfaits de cet avantage, paraissaient souffrir sans peine que le commerce restât presque entièrement entre les mains des habitans de ces diverses contrées,
Cependant l'étendue de la domination romaine qui embrassait presque tout le monde connu, la vigilance des magistrats, et l'esprit du gouvernement, qui joignait l'intelligence à l’activité, avaient donné au commerce une nouvelle vigueur en lui donnant plus de séeurité ; jamais il n’y eut entre les nations une communication aussi bien établie , une union aussi parfaite, que celles qui existaient entre les parties de ce vaste empire. Le commerce n'était ni arrêté dans ses opérations par la jalousie des états rivaux, ni interrompu par des hostilités fréquentes, ni limité par des restrictions partielles ; une puissance suprême faisait mouvoir et réglait l’industrie des hommes , en même temps qu'elle jouissait des fruits de leurs efforts réunis,
Cette influence se fit sentir à la navigation et servit à la perfectionner. Dès que les Romains eurent pris du goût pour les superfluités de lorient , le commerce qui se faisait dans l'Inde par l'Égypte fut poussé avec plus d'activité, et s'étendit au-delà de ses anciennes limites; en fréquentant le continent indien, les navigateurs
apprirent à connaître le cours périodique des |
vents, lesquels , dans la mer qui sépare l'Afrique de l'Inde, soufflent avec très peu de variation de l'est pendant une moitié de l’année, et de l’ouest pendant l'autre moitié. Encouragés par cette observation, ils abandonnèrent l’ancienne manière, aussi lente que dangereuse, de naviguer le long des côtes, et aussitôt que la mousson de l’ouest commençait, ils partaient d'Ocelis à l'em-
bouchure du golfe Arcbique, et cinglaient har- | diment à travers l'Océan !. La direction uniforme |
du vent, suppléant au défaut de boussole et rendant l'observation des étoiles moins nécessaire , les conduisait au port de Musiris sur la côte occidentale du continent indien. Là ils pre-
lPlinii, Æist. Nat. , lib. va, cap. xxin.
naient à bord leurs cargaisons , et revenant avec la mousson de l’est, achevaient leur voyage au golfe Arabique dans l'espace d'une année. ka portion de l'Inde, connue aujourd'hui sous le nom de côfe de Malabar!, parait avoir été la dernière limite de la navigation des anciens dans cette partie du globe : quant aux pays immenses qui s'étendent au-delà , du côté de l’est, ils n’en avaient qu'une connaissance très imparfaite , fondée sur les relations de quelques voyageurs qui y avaient pénétré par terre. Leurs excursions n'étaient pas fort étendues; et probablement, tant que la communication des Romains avec l'Inde subsista , aucun voyageur ne s'avança plus loin que lesbords du Gange(6)!. Les flottes d'Égypte qui trafiquaient à Musiris étaient, il est vrai, char. gées d’épiceries et d’autres riches marchandises du continent et des îles des parties ultérieures de l'Inde ; mais c’étaient les Indiens eux-mêmes qui venaient, dans des canots creusés dans un tronc d'arbre, apporter ces marchandises au port de Musiris, devenu l'entrepôt de ce commerce2. Les négocians égyptiens et romains, contens de se les procurer de cette manière, ne jugeaient
| pat à propos d'affronter des mers inconnues et
de s’exposer à une navigation périlleuse, pour chercher les pays qui produisaient ces denrées précieuses. Quelque bornées que fussent les découvertes des Romains dans l'Inde, ils y faisaient cependant um commerce qui peut paraître considérable, mème aujourd’hui où ce commerce a été porté fort au-delà de ce qu'on a pu faire ou même concevoir à aucune époque antérieure.
Nous apprenons d'un auteur célébre 3 que le commerce de l'Inde faisait sortir chaque année de l'empire romain plus de quatre cent mille livres sterling, et nous trouvons dans un autre qu’il partait annuellement cent vingt vaisseaux du golfe Arabique pour l'Inde 4,
La découverte de cette nouvelle manière de naviguer aux Indes est le pas le plus considérable qu’on ait fait dans la navigation pendant toute la durée de la puissance romaine: mais dans les temps anciens la connaissance des pays étrangers était bien plus le fruit des voyages de terre que des expéditions de mer (7); et quoique
! Strabo, Geogr. , lib. «, p. 1006, 1010.
2 Plini Nat, Aist., lib. vi, cap. xxve
5 Jd., ibid,
4 Strabo, Geogr., lib. 11, pag. 179.
celles plusf qu'ell mains occup armée dre le la na:
Avant vilisée nicatil les ro; de l'E et des séparé visitée quelqu on ent des Re subjug ils con la plus dans le Afriqu exacte Médite qu’au « ils sou provin et de | toires raissen Pont-E d’atten et y a celui’ d comme Euxin.
L’esq des déc premië:
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élébre 3 que le ir chaque année atre cent mille s dans un autre vingt vaisseaux
lle:manière de e plus considégation pendant romaine ; mais ssance des pays des voyages de (7); et quoique
celles-ci offrissent une manière plus prompte et plus facile de faire des découvertes, on peut dire qu'elles ont été absolument négligées des Romains, par leur éloignement particulier pour les occupations maritimes ; mais la marche de leurs armées victorieuses contribua beaucoup à étendre les découvertes par terre, et ouvrit même à la navigation des mers nouvelles et inconnues, Avant les conquêtes des Romains, les nations civilisées de l'antiquité n'avaient aucune commu nication avec les pays qui forment aujourd'hui les royaumes les plus riches et les plus puissans de l’Europe. Les parties intérieures de l'Espagne et des Gaules étaient peu connues ; l'Angleterre, séparée du reste du monde, n'avait jamais été visitée que par ses voisins les Gaulois et par quelques négocians Carthaginois; à peine avaiton entendu parler de la Germanie. Les armes des Romains pénétrèrent dans tous ces pays; ils subjuguèrent entièrement l'Espagne et la Gaule; ils conquirent la partie la plus considérable et la plus fertile de l'Angleterre ; ils s’avancèrent dans la Germanie jusqu'aux bords de l’Elbe. En Afrique is acquirent une connaissance assez exacte des provinces qui s'étendent le long de la Méditerranée, depuis l'ouest de l'Égypte jusqu’au détroit de Gadès. En Asie, non-seulement ils soumirent à leur domination la plupart des Provinces qui composaient les empires de Perse et de Macédoine, mais. même après leurs victoires sur Mithridate et sur Tigrane, ils paraissent avoir observé les pays contigus au Pont-Euxin et à la mer Caspienne, avec plus d'attention qu’ils ne l'avaient fait auparavant , et y avoir établi un commerce plus étendu que celui des Grecs, avec les nations riches et commerçantes , siiuées alors autour du Pont- Euxin.
L'esquisse que je viens de tracer du progrès des découvertes et de la navigation , depuis les premières traditions que nous a laissées l’histoire jusqu’à l’entier établissement de la puissance romaine, prouve combien il a été lent et timide. Il semble qu'on avait droit d'attendre de plus grandes choses de l'activité entreprenante de l'esprit humain , et de la puissance des grands empires qui ont successivement gouverné le | monde. Si nous rejetons toutes. les traditions | fabuleuses et obscures, si nous nous attachons uniquement à la lumière et aux faits authentiques
de l'histoire, sans y substituer les conjectures de l'imagination ni les rêves des étymologistes ; il faut done conclure que les anciens n'avaient qu’une cunnaissance très bornée du monde habitable, En Europe ils avaient à peine quelque idée des provinces étendues situées à l'est de l'Allemagne ; ils connaissaient encore moins les Vastes pays qui composent aujourd'hui les royaumes de Danemark, de Suède, de Prusse, de Pologne et de l'empire de Russie. Les régions plus stériles, situées sous le cercle arctique, n'avaient jamais été visitées. En Afrique leurs recherches ne s'étendaient guère au-delà des provinces qui bordent la Méditerranée et de celles qui sont situées sur la côte occidentale du golfe Arabique, En Asie ils n'avaient, comme je l'ai déjà observé, aucune connaissance des riches et fertiles contrées qui sont au-delà dw Gange et d'où viennent les denrées précieuses qui dans les temps modernes ont été le grand objet du commerce des Européens dans l'inde; il ne paraît pas non plus qu'ils aient jamais pénétré dans ces régions immenses, occupées alors par ces tribus errantes, connues sous le nom général de Sarmates ou de Scythes, et possédées aujourd’hui par différentes nations tartares et par les sujets asiatiques de la Russie.
Une opinion généralement établie parmi les anciens, nous donne une idée plus frappante du peu de progrès qu'ils avaient fait dans la connaissance du globe habitable, que tout ce qu'on pourrait conclure du détail de leurs découvertes. Ils regardaient la terre comme divisée en cinq régions, auquelles ils donnaient le nom de zones. Ils appelaient zones glacées celles qui étaient les plus voismes des pôles, et croyaient que le froid excessif qui y régnait continuellement les rendait inhabitables, Ils appelaient zone torride celle qui est située sous la ligne, et qui s'étend d'un et d'autre côté sous les tropiques, la croyant continuellement embrasée d’une chaleur brûlante qui la rendait également inhabitée. ]ls donnaient le nom de tempérées aux deux autres zones qui occupaient le reste de la terre , et prétendaient que celles-ci étant les seules répions où les êtres vivans pussent subsister , avaient été destinées pour être l'habitation naturelle de l'homme, Cette étrange opinion n’était pas un préjugé du vulgaire ignorant ou une vaine fiction des poètes; c'était un système adopté par
les philosophes les plus éclairés, les meilleurs | historiens et es géographes les plus instruits de la Grèce et de Rome. Dans cette hypothèse il y avait une grande partie de la terre habitée où l’on croyait que l'espèce humaine ne pouvait pas subsister : on regardait comme le siége éternel de la stérilité et de la solitude les régions fertiles et peuplées de la zone torride qui nonseulement fournissent à leurs habitans avec la plus grande profusion les choses nécessaires et agréables de la vie, mais encore communiquent au reste de la terre le superflu de leursrichesses ; Comme toutes les parties du globe que les anciens avaient découvertes se trouvent dans la zone tempérée septentrionale, s'ils croyaient que la zone tempérée du sud était habitée, c'était une opinion fondée sur les raisonnemens et les conjectures, non sur l'observation. Ils regardaient même la chaleur intolérable de la zone torride comme une barrière insurmontable, qui empècherait à jamais toute communication entre les habitans respectifs des deux zones tempérées. Cette extravagante théorie prouve non-seulement que les anciens ignoraient le véritable état du globe , mais elle tendait encore à rendre leur ignorance perpétuelle, en leur représentant comme impraticable toute tentative pour s'ouvrir une route vers les régions de la terre éloignées d'eux (8).
Mais quelque bornées et imparfaites que les connaissances géographiques des Grecs et des Romains doivent nous paraître, comparées à l’état actuel de nos connaissances en géographie, nous ne pouvons pas nous dispenser d'admirer les découvertes qu’ils ont faites et le degré d’étendue auquel ils ont porté la navigation et le commerce, en nous rappelant surtout quelle était l'ignorance des temps anciens. Tant que l’empire romain couserva assez de force pour maintenir son autorité sur les nations conquises et pour les tenir unies, on regarda comme un objet de police publique aussi bien que de curiosité particulière , d'examiner et de décrire les pays divers dont ce grand corps était composé. Lors mème que les autres sciences commencèrent à être négligées, la géographie s’enrichissait d'observations nouvelles, et, s'éclairant par l'expérience de chaque siècle et les observations de chaque voyageur, continuait à faire des progrès; elle fut portée, par le génie et les soins
de Ptolémée, au plus haut point d'exactitude et de perfection qu’elle ait atteint chez les ancieus. Ce philosophe florissait dans le second siècle de l'ère chrétienne, et il a publié une description du globe terrestre, plus ample et plus cor. recte que celles d'aucun de ses prédécesseurs.
Ce fut peu de temps après cette époque que des secousses violentes commencèrent à agiter l'empire romain : la fatale ambition ou le caprice de Constantin, qui voulut changer le siége du gouvernement , diminua sa force en la divisant : les natior.s barbares, que la Providence préparait comme des instrumens destinés à renverser le grand édifice de la puissance romaine, commencèrent à rassembler leurs armées sur la frontière : l'empire fut ébranlé jusqu'en ses fondemens. Dans ce période de la vieillesse et de la décadence des Romains il était impossible que les sciences fissent des progrès; les efforts du génie étaient aussi languissans que ceux du gouvernement. Après Ptolémée il ne se fit aucune découverte en géographie, et il n’y eut aucuue révolution importante dans le commerce, si ce n'est que Constantinople devint, par les avantages de sa situation et par les encouragemens des empereurs d'orient, une ville commerçante du premier ordre.
Les nuages qui se rassemblaient depuis si long-temps autour de l'empire romain annonçaient l'orage qui à la fin éclata. Les Barbares y fondirent avec une impétuosité irrésistible, et dans le naufrage universel causé par l’inondation dont l'Europe fut couverte, les arts, les sciences, les inventions et les découvertes des Romains, périrent et disparurent de la terre !, Tous les peuples qui conquirent les différentes provinces de l'empire romain et s’y établirent étaient ignorans et grossiers, étrangers aux lettres et aux arts, sans police, sans lois, sans forme régulière de gouvernement. Les mœurs et les institutions de quelques-uns d'entre eux étaient encore dans un degré de barbarie à peine compatible avec un état d'union sociale. L'Europe étant occupée par de semblables habitans , revenait pour ainsi dire à une seconde enfance, et avait une nouvelle carrière à commencer pour se civiliser, s'éclairer et se polir. Le premier effet de l'établissement de ces conquérans barbares fut de détruire les liens par lesquels la puissance
* Hist. de Charles FV, Introd.
roma l'Eure indép mœur nicati divisé simpl ils n'a point ger el mots tumes grand voulai gers if, dans l peu co qui pe lation.
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\ Hist.
d'exactitude et hez les ancieus, le second siècle é une descripple et plus cor.
‘édécesseurs, te époque que cèrent à agiter on ou le caprice xer le siége du en la divisant :
videnee prépanés à renverser romaine, Comnées sur la fronu'en ses fonde- ‘illesse et de la impossible que les efforts du 1e ceux du goite se fit aucune n'y eut aucune pmmerce, si ce par les avanencouragemens le commerçante
ient depuis si romain annon- Les Barbares y irrésistible, et ar l'inondation ts, les sciences, s des Romains, rre !, Tous les entes provinces blirent étaient aux lettres et sans forme réœurs et les insre eux étaient e à peine comciale, L'Europe habitans, revede enfance, et mencer pour se e premier effet érans barbares els la puissance
romaine avait uni les hommes : ils morcelèrent | à Constantinople, en leur faisant remonter l'In-
l'Europe en un grand nombre de petits états indépendans et différant les uns des autres de mœurs et de langage. Il ne resta aucune communication entre les membres respectifs de ces états divisés : accoutumés à une manière de vivre très simple, ignorant les arts et craignant le travail, ils n'avaient que peu de besoins à satisfaire et point de superflu à échanger. Les noms d'étranger et d'ennemi devinrent encore une fois des mots synonymes : il y avait partout des coutumes et même des lois qui exposaient à de grands inconvéniens et à des dangers ceux qui voulaient voyager dans quelques pays étrangers!, On ne pouvait faire de commerce que dans les villes ; et elles étaient en petit nombre, peu considérables, et dépourvues des priviléges qui peuvent procurer la sûreté et exciter l'émulation. On ne cultivait aucune des sciences sur lesquelles la géographie et la navigation sont fondées. Les traditions que les auteurs grecs et romains avaient laissées sur les travaux et les découvertes des anciens étaient négligées ou mal entendues. La connaissance des pays lointains s'était perdue; leur situation, leurs productions, et presque leurs noms étaient oubliés, Il y eut cependant une circonstance qui empêcha la cessation entière de toute communication de commerce entre les nations éloignées. Constantinople, quoique souvent menacée par les conquérans féroces qui répandaient la désolation sur le reste de l'Europe, eut le bonheur d'échapper à leur rage destructive. Ce fut dans cette ville que se conserva la connaissance des arts des anciens et de leurs découvertes : le goût du luxe et de la magnificence y régnait; les productions des pays étrangers y étaient recherchées, et le commerce continuait à y fleurir tandis qu’il était éteint dans les autres parties de l'Europe. Les habitans de Constantinople ne bornaient pas leur commerce aux îles de l'Archipel et aux côtes voisines d'Asie ; leur industrie s'était ouvert une carrière plus vaste; ils suivaient
la route que les anciens leur avaient tracée et |
faisaient venir par Alexandrie les productions
des Indes orientales. Quand l'Égypte fut séparée !
de l'empire romain par les Arabes, les Grecs découvrirent une nouvelle route par laquelle les marchandises de l'Inde pouvaient être amenées
! Aist. de Charles F, \ntrod.
dus jusqu'au point où cette grande rivière cesse | d'être navigable; de là on les faisait passer par | terre jusqu'aux bords de la rivière Oxus qui les | Portait à la mer Caspienne. Là on les embar- | quait sur le Volga, et après avoir remonté ce | fleuve elles allaient par terre jusqu'au Tanais | qui les conduisait au Pont-Euxin, où des vais- | Seaux de Constantinople venaient les recevoir 1. Cette route longue et pénible mérite d’être remarquée non-seulement comme une preuve de | l'extrême passion que les Grecs avaient conçue | pour les superfluités de l'orient, et comme un | exemple de l'ardeur et de l'industrie qu'ils portaient dans le commerce; mais encore parce que ce fait démontre qu'on avait conservé à Constantinople la connaissance des pays lointains, pendant que le reste de l'Europe était plongé dans l'ignorance,
On voit en même temps quelques rayons de lumière briller sur l’orient. Les Arabes ayant contracté quelque goût pour les sciences de ce peuple dont ils avaient contribué à renverser l'empire, traduisirent dans leur langue les livres de plusieurs philosophes grecs. Un des
premiers qu'ils s'approprièrent ainsi fut un ou- | vrage estimable de Ptolémée dont j'ai déjà parlé. La géographie fut donc de bonne heure | un objet d'étude pour les Arabes ; mais ce peu-
ple ingénieux et subtil s’attacha particulière- | ment aux parties spéculatives de cette science. | Voulant déterminer la figure et les dimensions . du globe terrestre, ils surent appliquer à cet objet les principes de la géométrie; ils eurent re- | cours aux observations astronomiques : ils employèrent enfin des expériences et des opérations que les Européens, dans des temps plus éclairés, se sont fait honneur d'adopter et d'imiter. Mais à cette première époque les travaux des Arabes ne parvinrent pas en Europe. La connaissance de leurs découvertes était réservée à
| des siècles capables de les comprendre et de
les perfectionner.
Cependant les calamités et les ravages que les provinces occidentales de l'empire romain avaient soufferts par la conquête des Barbares . s’oublièrent peu à peu et se trouvèrent en partie réparés. Les peuples grossiers qui s’y étaient
établis, acquirent par degré quelque idée de gou-
? Ramusio, vol. 1, pag. 372 7. :
res rer eneitnlnt F" s val
vérnement régulier, et du goût pour les occupations et les douceurs de la vie civile : l'Europe commença à sortir de son état d’inaction et d'engourdissement. Ce Put en Italie qu'on aperçut les premiers symptômes de cette renaissance. Les tribus séptentrionales qui s'empartrent de ce pays sé civilisèrent plis promptement que les peuplades qui s'étaient établies dans les autres parties de l'Europe. Différentes causes , que le plan de cet ouvrage ñe me permet ni d'exposer ni de développer, concouturent à rendre aüx villesd'Italie l'indépendance et la liberté ! : T'acquisition de ces avantages y excita l'industrie , et donna le mouvement et la vigueur à toutes les facultés actives du cœur humain. Le commerce étranger se ranima ; on s'appliqua à la navigation et elle se perfectionna. Constantinople devint le marché principal où se rendaient les Italiens; et uon-seulement ils y trouvaient un accueil favorable, mais encore ils y obtenaient des privilèges qui les mettaient en état de faire le commerce avec un grand avantage. On lear fourmissait et les denrées précieuses de l'orient et des productions de manufactures curieuses, restes des arts anciens qui s'étaient conservés chez les Grecs. La peine et la dépense qu'exigeait le transport des productions de l'Inde jusqu'à Constantinople par la route longue et détournée que j'ai décrite, rendant ces marchandises extrêmement rares et d'un prix excessif, l'industrie des Italiens découvrit bientôt d'autres moyens de se les procurer et en plus grande abondance et à un prix plus modéré. Ils en achetaient quelquefois à Alep, à Tripoli et en d'autres ports de la côte de Syrie , où elles arrivaient par une route qui n'était pas incounue des anciens. On les apportait de l'Inde par la mer jusqu'au golfe Persique, et après avoir remonté l'Euphrate et le Tigre jusqu'à Bagdad , on les transportait par terre à travers les déserts jusqu'à Palmyre, et de 1à aux villes situées sur la Méditerranée. Mais la longueur du voyage et les périls auxquels les caravanes étaient exposées rendaient encore cette opération pénible et souvent incertaine. Enfin les soudans d'Égypte ayant rétabli le commerce de l'Inde par l’ancienne route du golfe Arabique , les négocians italiens, malgré la violente antipathie qui animait alors les chrétiens et les ma-
1 Aist. de Charles F, lntrod.
hométans les uns contre les autres, se rendirent
à Alexandrie, et l'amour du gain leur fuisant supporter l'insolence et les exactions des mahométans, ils établirent dans ce port un commerce très lucratif, À cette époque l'esprit de commerce acquit une activité singulière en Italie. Venise, Gênes, Pise , qui n'étaient que des bourgs peu considérables, devinrent des villes riches et peuplées. Leur puissance maritime s'étendit, leurs vaisseaux fréquentèrent tous les ports de la Méditerranée ; ils osèrént même quelquefois franchir le détroit et visiter les pla
ces maritimes d'Espagne, de France, des Pays. Bas et d'Angleterre ; enfin, endistribuant partout leurs marchandises , ils donnèrent aux différentes nations de l'Europe la connaissance des productions précieuses de lorient et quelque idée de plusieurs arts et manufactures qui n'étaient connus qu'en Italie.
Tandis qué les villes de cette région étendaient ainsi léur commerce et leur industrie, un des événemens les plus extraordinaires qué nous offre l'histoire du genre humain , au lieu de retarder le commerce des Italiens, concourut à en accélérer les progrès. L'esprit guerrier des Européèns, enflammé par le zèle religieux, leur fit prendre la résolution de délivrer la Terre- Sainte de la domination des infidèles. De vastes armées, tirées de toutes les nations de l'Europe, se rassemblèrent pour cette étrange entreprise et marchèrent vers l'Asie, Les Génois, les Pisans et les Vénitiens, fournirent les bâtimens de transport sur lésquels s'embarquèrent ces troupes, et les approvisionnemens de vivres et de munitions de guerre. Outre les sommes immenses que ces peuples reçurent pour cet objet ils obtinrent encore des priviléges et des établissemens de commerce dé la plus grande importance, soit dans la Palestine , soit dans les autres parties de l'Asie dont les croisés s’emparèrent. Ce furent des sources de richesses prodigieuses pour les villes commerçantes d'Italie. Elles acquirent en mème temps un égal accroissement de pouvoir, et à la fin de la guerre
| sainte, Venise en particulier devint un état maritime possesseur de vastes territoires et jouissant d'un commerce fort étendu t. L'Italie ne fut pas le seul pays où les croisades contribuè-
1 Essai sur l'hist, du comm. de Venise, pag. 52.
rent à qui pr Les € dulion ne col par le:
ignora caeion usages taient entre | près de naient toyens et les | visitant Les Eu nouveau des obje et des a!
tôt parn encoura ports, :
avantag mes au c Cette l'Europe encouraf au-delà leurs ar:
dans les riches de ce périod jets des ü nations, f ces longu répéta en ou par de Tudela , Benjamin, la loi de !
aller en or état de cré l'honneur il alla par les pays qu la mer Ca:
De là il pr
1 Aist. de
»s, se réndirent in leur fuisant ions dés mahoport un comque l'esprit de ugulière en Ita- ‘étaient que des nretil des villes ‘e maritime s'éitérent tous les osèrént même t visiter les pla ance, des Pays.
tribuant partout nt aux différenissance dés proet quelque idée res qui n'étaient
te région étenur industrie, un linaires qué nous 1, au lieu de re- , Concourut à en uerrier des Eureligieux, leur élivrer la Terreidèles. De vastes ons de l’Europe, ange entreprise , Génois, les Piles bâtiments de juèrent ces trous de vivres et de sommes immetpour cet objet léges et des étaplus grande imé, soit dans les s croisés S’émMpae richesses prorcantes d'Italie.
un égal accroisin dé la guerre vint un état ma- ‘ritoires et jouisdut. L'Italie ne sades contribuè-
Venise, pag. 52.
qui préparait l'Europe à de futures découvertes, Les expéditions en Asie firent connaître aux autions européennes des pays éloignés, qu'elles
ne connaissaient auparavant que de nom ou |
par les relations infidèles de quelques pèlerins ignoraus et crédules : elles eurent par-là une occation d'observer les mœurs, les arts et les usages d'un peuple plus civilisé qu'elles ne l'élaient encore elles-mèmes. Cette communication entre l'orient et l'occident subsista pendant
naient d'Asie communiquaient à leurs concitoyens les connaissances qu'ils avaient acquises et les habitudes qu'ils avaient contractées en visitant des nations plus avancées en civilisation. Les Européens commencèrent à éprouver de nouveaux besoins ; les désirs furent escités par des objets nouveaux, et le goût des commodités et des arts des autres contrées se vépandit bientôt parmi eux , au point que non-seulement ils encouragèrent les étrangers + venir dans leurs ports, mais qu'ils commencèrent à sentir les avantages et la nécessité de s'adonner eux-mémes au commerce,
Cette communication qui s'était ouverte entre l'Europe et les provinces occidentales de l'Asie encouragea différens Voyageurs à s'avancer fort au-delà des pays où les croisés avaient porté leurs armes, et à pénétrer par terre jusque dans les régions les plus éloignées et les plus riches de lorient. Le bizarre fanatisme, qui dans ce période semble avoir influé sur tous les pro- | jets des individus autant que sur les conseils des nations, fut le motif qui fit d’abord entreprendre ces longues et périlleuses expéditions : on les répéta ensuite pour des intérêts de commerce où par des motifs de pure curiosité, Un juif de Tudela , dans le royaume de Navarre, nommé Benjamin, plein d'un respect Superstitieux pour la loi de Moïse, et désirant visiter ses frères et aller en orient où il espérait les trouver dans un
état de crédit et d'opulence qui Pourrait relever l'honneur de la secte, partit d'Espagne en 1 160; il alla par terre à Constantinople , et traversa les pays qui sont au nord du Pont-Euxin et de
rent à ranimer et à répandre cet esprit d'activité | traversé différentes provine
de la part d'un prêtre italien dont
il renvoya , sans leur faire aucun ma
Septentrionales de l’Asie jusqu'aux ext
Perse 2,
la mer Caspienne jusqu'à la Tartarie chinoise, De là il prit sa route vers le sud , et après avoir
1 ist. de Charles V. Introd,
1 Bergeron, Rec. de voyages , etc., tom. 1 * Hakluyt, tom. XXI. Bergeron, tom 1
également et le nom et la puissance, injonction avec le mépris qu'elle mérita
Thibet. Ascolino, qui paraît avoir déba | la côte de Syrie, s’avança dans les méridionales : jusque dans l'intérie:
es de l'intérieur de | linde, il s’embarqua sur l'océan Indien, visita Plusieurs des 1les qui s’ÿ trouvent , et au bout | de treize ans revint par l'Égypte en Europe, avec de grandes connaissances sur considérable du globe » inconnue alors aux peuples occidentaux !. Le zèle du chef de l'église chrétienne concourut avec la superstition du jwif Benjamin à faire découvrir les provinces inté | nieures et éloignées de l'Asie. Toute la chré- | tienté ayant été alarmée des bruits qui se près de deux siècles, Les aventuriers qui reve- | répandaient sur les progrès rapides des armes lartares sous Gengis-Kan , le pape Innocent IV, qui avait la plus haute idée de !a plénitudede sos Pouvoir et de la soumission due à ses commandemens, envoya le père Jean de Plano Carpini à la tête d'une mission de moines franciscains , et le père Ascoline à la tête d'une autre mission de dominicains, pour exhorter Kayuk-Kan, petitfils de Gengis et qui lui avait succédé au trône | de Tartarie, à embrasser la foi chrétienne et à | cesser de désoler la terre par ses armes.
| descendant du plus grand conquérant que l'Asie eût jamais vu , étonné d'un message si
une portion
Peu de temps après cette époque, Louis IX, roi de France, contribua à étendre les connaissances que les Européens commençaient à ac.
quérir sur ces contrées lointaines, Un imposteur adroit , tirant avantage des notions imparfaites que les chrétiens s'étaient formées sur l'état et le caractère des nations asiatiques , lui donna avis qu’un kan des Tartares très puissant avait
» Pag, 1.
Le fier
étrange il ignorait reçut cette it; mais 1, les moines qui l'avaient apportée. Comme ces mission- | naires étaient arrivés par différentes routes et avaient suivi quelque temps les camps des Tar- | tares qui étaient toujours en mouvement , ils avaient eu occasion de Parcourir une grande partie de l'Asie. Carpini, qui avait pris la route de Pologne et de Russie , traversa les provinces rémités du
rqué sur
provinces
ir de la
embrassé la religion chrétienne : le monarque adopta ce conte avec une pieuse crédulité , et résolut à l'instant d'envoyer des ambassadeurs à cet illustre converti pour l’engager à attaquer leurs ennemis communs les Sarasins , d'un côté, tandis que lui tomberait sur eux de l'autre.
Comme il n’y avait que des moines qui eussent les connaissances nécessaires pour exécuter une commission de cette espèce, il en chargea un | père André, jacobin, auquel se joignit ensuite | le père Guillaume de Rubruquis , franciscain. Î n’est resté aucune relation du voyage du premier; mais on a publié le journal de Rubruquis. Ce moine fut admis à l'audience de Mangu, le troisième kan des Tartares depuis Gengis ; il
commerçantes des parties les plus cultivées de l'Asie , et arriva à Cambalu ou Pékin, capitale du grand royaume du Cathay ou de la Chine, soumise alors à la domination des successeurs : de Gengis. Il fit plusieurs voyages sur la mer des Indes ; il trafiqua dans plusieurs des Îles | d'où les Européens recevaient depuis long-temps
fit ensuite un long circuit dans les parties intérieures de l'Asie qu'il parcourut avec plus de détail qu'aucun autre Européen n'avait fait avant lui !.
Ces voyageurs, qu'un zèle religieux avait conduits en Asie , furent suivis par d'autres, que des intérêts de commerce ou des motifs de pure curiosité engagèrent à voyager dans les pays loiniains. Le premier et le plus célèbre de ceux-ci fut Marco Polo, noble vénitien : engagé dès ses jeunes ans dans le commerce, selon l'usage de son pays, son esprit entreprenant chercha une sphère d'activité plus étendue que celle qu ‘ui était offerte par le trafic établi dans les différens ports d'Europe et d'Asie fréquentés par les Vénitiens. Ge motif le détermina à voyager dans la vue d'y former des relations de commerce plus conformes aux espérances et aux idées hardies d'un jeune aventurier. Comme son père avait déjà porté des marchandises d'Euroje à la cour du grand-kan des Tartares et les y avait vendues avec un bénéfice considérable , Marco Polo s'y rendit. Assuré de la protection de Kublay-Kan, le plus puissant de tous les successeurs de Gengis , il contin"” ses expéditions mercantiles en Asie pendant sius de vingtsix ans, et dans cet espace de temps il s’avança dans les parties de l'est, fort au-delà des lieux “où les autres voyageurs européens avaient pénétré avant lui. Au lieu de suivre la route de Carpini et de Rubruquis, le long des vastes déserts de la Tartarie, il passa les principales villes
1 Hakluyt, tom, |, pag. 71. Rec. de voyages par Bergeron, tom, Î. .
les épiceries et d’autres denrées dont ils faisaient le plus grand cas, quoiqu'ils neconnussent pasles lieux particuliers où croissaient ces précieuses
| productions ; il se procura des informations sur
différens pays qu'il ne put pas visiter lui-même, particulièrement sur l'ile de Zipangri, qui est probablement le Japon !. A son retour il excita l'admiration de ses contemporains par la description de ces vastes contrées dont le nom même était ignoré en Europe, et par les récits pompeux qu'il fit de leur fertilité, de leur population, de leur opulence, de leurs diverses manufactures et de l'étendue de leur commerce ; récits qui surpassaient toutes les idées d'un peuple ignorant et grossier.
Environ un demi-siècle après, le chevalier Jean Mandeville, Anglais, encouragé par l’exemp'e de Marco Polo, voyagea en orient, parcourul la plupart des pays que celui-ci avait décrits, et comme lui publia à son retour la relation de ses voyages. Les récits de ces premiers voyageurs sont pleins de contes absurdes,de monstres, de géans et d’enchanteurs ; mais cela même ne les rendait que plus intéressans pour un siècle ignorant où tout ce qui était merveilleux ne pouvait manquer de plaire. Les choses extraordinaires qu'ils racontaient, vraisemblablement sur de simples oui-dire, frappaient d'admiration le vulgaire , tandis que les faits qu'ils rapportaient , d'après leurs propres observations , fixaient l'attention des hommes pluséclairés. Les premières circonstances dcivent ètre regardées comme les fables et les traditions populaires des pays où ils passaient, et elles ont été rejetées à mesure que les lumières se sont répandues en Europe; mais quelque incroyables qu'eussent pu paraître dans le temps plusieurs des faits qu'ils ont rapportés, leurs récits ont été confirmés par l'autorité des voyageurs modernes. Ces deux relations tournèrent la curiosité des hom-
1 Viaggi di Marco Polo, Ramusio, 1, 2. Bergeron. tom. ll.
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0, 1, 2. Bergeron,
mes vers la connaissance des parties lointaines du globe, étendirent leurs idées sur cet objet , et non-seulement les disposèrent insensiblement À tenter de nouvelles découvertes, maisencore leur donnèrent des lumières et des moyens propres à les diriger dans le choix des routes qu'ils avaient à suivre.
Tandis que cet esprit de recherche se développait en Europe, il se fit une découverte heureuse qui contribua plus que les efforts et l'indusirie des siècles précédens à perfectionner et à étendre la navigation. On observa la merveilleuse propriété de l'aimant, par laquelle il communique à une légère verge de fer ou aiguille la vertu de se diriger constamment vers les pôles de la terre. On ne tarda pas à sentir l'usage qu’on pouvait en faire pour régler la navigation, et l’on construisit l'instrument si utile et devenu si commun qu’on a appelé compas de marine où boussole. Cette invention donnant aux navigateurs un moyen aussi sûr que facile de reconnaître dans toutes les saisons
rent plus réduits à se guider par la lumière des étoiles ou par l'observation des côtes maritimes. Ils abandonnérent par degrés la méthode lente et timide de côtoyer le rivage; ils se lancèrent hardiment en pleine mer, et, sur la foi de leur
nouveau guide , naviguèrent au milieu de la nuit :
la plus sombre et dans le temps le plus nébuleux, avec une sécurité et une précision dont on n'avait pas encore eu d'idée. On peut dire que la boussole à ouvert à l'homme l'empire de la mer, et qu'elle lui assure la possession du globe en le mettant à portée d'en parcourir toutes les parties. Flavio Gioïa, bourgeois d'Amalfi, ville considérable de commerce dans le royaume de Naples, fit cette grande découverte vers l'an 1302. Tel a été trop souvent le destin des illustres bienfaiteurs de l'humanité qui ont enrichi la science et perfectionné les arts par leurs inventions , qu’ils ont retiré plus de gloire que d’avantage des heureux efforts de leur génie; mais le sort de Gioïa a été encore plus cruel; car l’inattention ou l'ignorance des écrivains contemporains l’a privé même de la célébrité à laquelle il avait de si justes droits. Ils ne nous ont laissé aucune lumière sur sa profession, sur son caractère, sur le temps précis où il fit cette importante découverte, et sur les hasards ou les ob-
servations qui l'y ont conduit. Les annales de l'esprit humain ne nous offrent aucun événement qui ait produit de plus grands effets que cette invention dont la connaissance nous a été cependant transmise sans aucune des circonstances propres à satisfaire la curiosité qu’elle doit naturellement exciter !. Quoique l'usage de la boussole mft les Italiens en état d'exécuter avec plus de promptitude et de sécurité les petits voyages qu'ils étaieut accoutumés à faire, cependant cette nouveauté n’eut pas une influence assez subite et assez générale pour exciter surle-champ l'esprit de découverte et décider à entreprendre des navigations hardies. Plusieurs
causes concoururent à empêcher cette inven-
tion utile d'avoir tout son effet. Les hommes n'abandonnent que lentement et avec répugnance leurs anciennes habitudes : ils cra ignent les nouvelles tentatives et ne S'y livrent qu'avec timidité. Il est probable aussi que la jalousie de commerce engagea les Italiens à cacher aux
| autres nations l'heureuse découverte de leur et dans tous les lieux le nord et le sud, ils ne fu- |
compatriote. On n’acquit que par degrés l'art de naviguer avec la boussole en l'employant avec assez d'habileté et de précision pour inspirer une entière confiance dans sa direction. Les ma
rins, accoutumés à ne jamais perdre de vue la terre, n'osèrent pas tout d’un coup s’abandonner äu milieu des mers inconnues ; ainsi ce ne fut que près de cinquante ans après la découverte de Gioïa que les navigateurs se hasardèrent à entrer dans des mers qu'ils n'avaient pas encore
| fréquentées.
Les voyages des Espagnols aux îles Fortunées ou Canaries fut la première époque où la navi-
| &ation prit un essor plus hardi. Les écrivains | Contemporains ne nous ont point appris quelles
furent les circonstances qui préparèrent la découverte de ces petites îles situées à près de cinq cent milles de la côte d'Espagne et à plus de cent cinquante milles de celles d'Afrique. Mais On sait que, vers le milieu du quatorzième siècle, les habitans des différens royaumes dont l'Es- Pagne était composée étaient dans l'habitude de faire des excursions dans ces tles pour y piller les naturels ou les amener en esclavage. Clément VI, en vertu du droit que le saint siége prétendait avoir de disposer de tous les pays
? Collinas et Trombellus, De Acûs nauticæ inventore, Znstit. Bonon., tom. Il}, part. 11, pag. 372,
possédés par les infidèles, érigea ces Îles en royaume dans l'année 1344, et les donna en souveraineté à Louis de la Cerda , descendu de la famille royale de Castille; mais ce prince infortuné, manquant de forces suffisantes pour réaliser ce titre chimérique, n'alla jamais aux Canaries, et Jean de Bethencourt ,baronnormand, en obtint la concession de Henri IE, roi de Castille!, Béthencourt, brave et heureux comme l'étaient alors presque tous les aventuriers de son pays, entreprit la conquête de ces Îles et y réussit; sa famille en resta quelque temps en possession comme d’un fief relevant de la couronne de Castille. On prétend qu'avant celte expédition de Béthencourt, des navigateurs normands avaient déjà visitéla côte d'Afrique,
et s'étaient avancés fort loin vers le sud des îles |
Canaries; mais ces voyages ne paraissent pas |
avoir été entrepris sur un plan régulier et natio-
nal, ni dans la vue d'étendre la navigation ou |
de tenter des découvertes. C'étaient ou des excursions suggérées par cet esprit de piraterie qye les Normands tenaient de leurs ancètres, ou
des entreprises de quelques négocians pour leur | | tugal, ayant chassé les Maures de leurs do-
commerce particulier, lesquels attiraient si peu l'attention publique qu'à peine en trouve-t-on quelques traces dans les écrivains de ce temps-
là. Il suffit, pour une esquisse générale du progrès des découvertes, d'indiquer cet événement,"
en le laissant au rang de ceux dont l'existence
est douteuse et l'influence peu importante. De |
tous ces faits nous pouvons conclure que, quoique les voyageurs qui ont visité par terre les parties del'orient les plus éloignées aient apporté beaucoup de lumière sur cet objet , la navigation, au commencement du quinzième siècle, n’était pas plus avancée qu’elle l'avait été avant la chute de l'empire romain.
Enfin arriva l'époque fixée par la Providence, où les hommes devaient franchir des limites dans lesquelles ils avaient été si long-temps renfermés, et s'ouvrir un champ plus vaste pour y déployer leurs talens, leur courage et leur activité. Les premières tentatives importantes qui se firent pour cet objet ne furent pas l'ouvrage des états les plus puissans de l'Europe ni de ceux qui avaient cultivé la navigation avec le plus de constance et de succès. La gloire de frayer la
1 Viera y Clavijo, Wotic. de la Hist. de Canaria, Jiv.s, pag. 268, etc. Glas, Æist., chap. s.
11365) route dans cette nouvelle carrière était réservée au Portugal, l’un des royaumes les moins étendus et les moins considérables de l'Europe. Comme les entreprises tentées par les Portugais, pour acquérir la connaissance des parties du gJobe qui étaient alors inconnues à notre hémisphère, ont non-seulement étendu et perfectionné l’art de la navigation, mais ont ençore excité un esprit de curiosité et de recherche qui a conduit à la découverte du Nouveau-Monde,dont je me propose d'écrire l'histoire, il est nécessaire de jeter un coup d'œil sur la naissance, les progrès et les succès des différentes npérations navales de ce peuple. Ce fut à cette école que se forma l'hemme qui découvrit l'Amérique; et à moins de suivre tous les pas par lesquels passèrent ses maitres et ses guides, il sera impossible de comprendre les circonstances qui ont suggéré l’idée ou facilité l'exécution de ce grand dessein.
Différens motifs déterminèrent les Portugais à diriger leur activité vers cette nouvelle route, et leur fournirent les moyens l'exécuter des entreprises supérieures en apparence à la force naturelle de leur état politique. Les rois de Por-
maines, avaient acquis du pouvoir en même
| temps que de la gloire par le succès de leurs
armes contre les infidèles. Leurs victoires avaient étendu l'autorité royale au-delà des bornes étroites où elle était auparavant circonscrite en Portugal, ainsi que dens les autres monarchies féodales. Ils disposaient de la force nationale qu’ils purent exercer avec autant d'unité dans les desseins que de vigueur dans l'exécution; et après l’expulsion des Maures, ils firent servir cette force à leurs vues, sans craindre d’être troublés par aucun ennemi domestique. Les hostilités continuelles dans lesquelles ils furent engagés pendant plusieurs siècles contre les mahométans , exaltèrent et perfectionnèrent parmi les Portugais cet esprit militaire et aventurier qui distinguait toutes les nations d'Europe dans les siècles du moyen âge, Une succession contestée alluma en Portugal vers la fin du quatorzième siècle une guerre civile des plus cruelles qui augmenta l'ardeur guerrière de la nation , et forma ou fit surgir des hommes d’un génie actif, audacieux et propre aux grandes entreprises. La sitr:ation du royaume, borné de tous côtés par les états d'un voisin plus puissant,
[14 ve. la len: :
NA de C ritim les h das et la où le Te positi le BA couro tille € rite, € de se auque Il s’ap maint rieuré au del dans ( consic qu'il | grand gers. ( les M:
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11365) re était réservée :s moins étendus Europe. Comme Portugais, pour ties du globe qui hémisphère, ont tionné l’art de la ité un esprit de conduit à la déit je me propose aire de jeter un progrès et les 15 navales de ce e forma l'homme moins de suivre sèrent ses maiossible de com- 1t suggéré l'idée nd dessein.
nt les Portugais nouvelle route, J'exécuter des arence à la force Les rois de Por- 5s de leurs douvoir en même succès de leurs victoires avaient elà des bornes L circonscrite en tres monarchies force nationale d'unité dans les l'exécution; et ils firent servir craindre d’être omestique. Les uelles ils furent cles contre les erfectionnèrent ilitaire et avens nations d'Euge, Une succesal vers la fin du civile des plus guerrière de la es hommes d’un e aux grandes tume , borné de n plus puissant,
* laissait pas aux Portugais la liberté d'exercer jen‘ activité par terre; car la force de leur monarune ne pouvait pas balancer celle du royaume de Castille; mais le Portugal étant un état ma-
les habitans avaient déjà fait quelque progrès das la science et la pratique de la navigation, et la mer s’offrait à eux comme l'unique carrière où leur ambition pôt se signaler,
Telle était la situation du Portugal et la disposition du peuple, lorsque Jean [°", surnommé le Bâtard, se trouva paisible possesseur de la couronne par la paix conclue avec le roi de Castille en 1411. C'était un prince d’un grand mérite, et qui, par la supériorité de son courage et de ses talens, s'était ouvert la route à un trône auquel sa naissance ne lui donnait aucun droit, IL s’aperçut bientôt qu'il lui serait impossible de mainteuir l'ordre public et la tranquillité intérieure, s’il ne trouvait pas un moyen d'occuper au dehors l’activité inquiète de ses sujets. Ce fut dans cette vue qu'il équipa à Lisbonne une flotte considérable composée de tous les vaisseaux qu'il put rassembler dans son royaume, et d'un grand nombre d'autres qu’il loua à des étrangers. Ce grand armement fut destiné à attaquer les Maures établis sur la côte de Barbarie, Pendant qu'on faisait ces préparatifs, on détacha quelques vaisseaux chargés de naviguer le long de la côte occidentale de l'Afrique bornée par l'océan Atlantique, et de découvrir les pays inconnus qui s'y trouvaient situés. C’est à cette entreprise peu im,,ortante qu'on peut rapporter l'époque où l'esprit de découverte brisa les barrières qui avaient si long-temps dérobé aux hommes la connaissance de la moitié du globe terrestre.
A l’époque où Jean expédia ses vaisseaux pour ce nouveau voyage , l'art de la navigation était encore très imparfait. Quoique l'Afrique fût très près du Portugal, et que la fertilité des pays qu'on connaissait déjà sur ce continent invitat à y faire de nouvelles découvertes, les Prtugais ne s'étaient jamais hasardés à passer le cap Von: ce promontoire , comme son nom l'indique, avait été regardé jusque-là comme une borne qu'on ne pouvait franchir; mais les nations de l'Europe avaient alors acquis assez de connaissances pour oser enfin rejeter les préjugés et réformer les erreurs de leurs ancêtres. Le long règne de
l'ignorance, cette ennemie constante de toute recherche et de toute entreprise nouvelle, touchait à son dernier période ; l'aurore de la
. science jetait ses premiers rayons ; les ouvrages ritime qui avait plusieurs ports très commodes,
des Grecs et des Romains commençaient à être lus avec admiration et avec fruit. Les sciences,
. cultivées par les Arabes, avaient été introduites
en Europe et par les Maures établis en Espagne et en Portugal, et par les juifs qui étaient en grand nombre dans ces deux royaumes. La géométrie , l'astronomie et la géographie, qui sont la base de l'art de la navigation, devinrent des objets d'attention et d'étude. La mémoire des découvertes des anciens se ranima, et l'on rechercha les progrès de leur navigation et de leur commerce. Quelques-unes des causes qui, pendant le dernier siècle et dans celui-ci, ont arrêté la culture des sciences en Portugal, ou n’y existaient pas dans le quinzième siècle, ou n'y produisaient pas les mêmes effets (9); les Portugais paraissent avoir alors marché dans la carrière des sciences et des lettres d’un pas égal avec les autres peuples qui habitent en deçà des Alpes.
Comme l'esprit du siècle favurisait l'exécution de la nouvelle entreprise à laquelle les Portugais se trouvaient invités par la situation particulière de leur pays, elle ne pouvait manquer d’avoir du suceès. Les vaisseaux équipés pour cette expédition doublèrent ce cap formidable qui avait borné la route des navigateurs précédens et s’avancèrent à cent soixante mille audelà jusqu’au cap Boyador. Les rochers qui forment ce cap et qui s'étendent fort avant dans la
| mer ayant paru plus dangereux aux Portugais , que le promontoire qu'ils avaient déjà passé, ils
n'osèrent le tourner, et reviurent à Lisbonne plus satisfaits d’être allés jusque là que honteux de
. m'avoir pas tenté d’aller plus avant.
Quelque peu considérable que fût ce voyage, il ne fit que donner plus d'activité au goût pour les découvertes qui avait commencé à se développer en Portugal. Le succès extraordinaire de l’expédition du rôi contre les Maures
| de Barbarie fortifia encore l'esprit entreprenant
des Portugais , et les encouragea à de nouvelles tentatives. Mais afin d'assurer le succès de leurs entreprises, ils avaient besoin d'être conduits par un homme qui , doué des qualités propres à déméler ce qui était praticable, eût le loisir de
former un système régulier d'opérations pour la poursuite des découvertes, et eût en même temps assez d'ardeur et de persévérance pour se mettre au-dessus des revers et des obstacles. Heureusement pour le Portugal , ces qualités se trouvèrent réunies dans Henri, duc de Viseu, quatrième fils du roi Jean, qui l'avait eu de Philippine de Lancastre, sœur de Henri IV, roi d'Angleterre, Ce prince avait , dès sa première jeunesse, aceompagné son père dans lexpédition de Barbarie, et s'y était signalé par différentes actions de bravoure. A l'esprit guerrier qui, dans ces temps de chevalerie, caractérisait tout homme d'une naissance distinguée , Henri joignait toutes les qualités d’un siècle plus poli et plus éclairé. Il cultivait les arts et les sciences, alors ignorés et méprisés des personnes de son rang. Il s'appliqua avec un goût particulier à l'étude de la géographie; instruit par les leçons de maîtres habiles, et plus encore par les relations des voyageurs, il acquit bientôt assez de connaissance du globe habitable pour apercevoir la probabilité de découvrir de nouvelles et riches contrées, en naviguant le long de la côte
d'Afrique. Cette espérance était bien faite pour | | bler le cap; mais la fortune vint au secours de ! leur inexpérience et empècha leur voyage d’être
exciter l’ardeur et l'enthousiasme d'un jeune homme, et il résolut de protéger de toutes ses forces un projet qui pouvait devenir aussi utile qu'il paraissait brillant et honorable. Afin de pouvoir procéder sans interruption à cette grande entreprise , il se retira de la cour immédiatement après son retour d'Afrique, et fixa sa résidence à Sagres, près du cap Saint-Vincent, où la vue de l'océan Atlantique portait continuellement ses pensées vers son projet favori, et l’ericourageait à le mettre en exécution. Quelques-uns des plus savans hommes de son pays l'avaient accompagné dans sa retraite, et l’aidaient dans ses recherches. Il demanda des éclaircissemens aux Maures de Barbarie, qui
par ses vertus personnelles. Sa probité, son affabilité, son respect pour la religion et son zèle pour la gloire de son pays engagtrent des personnes de tous les rangs à donner des applaudissemens à son projet et à en favoriser l’exé. cution. Ses compatriotes voyaient que ses vues n'étaient dirigées ni par l'ambition ni par le désir des richesses, mais par la bienveillance active d'une âme ardente à concourir au bonheur des hommes , et qui justifiait la devise qu'il avait prise pour désigner la seule ambition de son âme : Le désir de faire le bien.
L'effet de sa première tentative ne fut pas d'une grande importance; c'est le sort de toute entreprise nouvelle. Il équipa un seul vaisseau dont il donna le commandement à Jean Gonsales Zarco et à Tristan Vaz, deux gentilshommes de sa maison, qui s’offrirent volontairement à diriger l'expédition : il leur recommanda d’employer tous leurs efforts pour doubler le cap Boyador, et de gouverner de là vers le sud. Fidèles à la manière de naviguer généralement adoptée, ils firent route en longeant la côte, et en suivant cette direction ils durent rencontrer desdifficultés presque insurmontables pour dou-
entièrement infructueux. Un coup de vent qui s'éleva tout à coup les jeta en pleine mer, et tandis qu’ils s’attendaient à tout moment à périr, ils touchèrent à une île inconnue qu'ils non....èrent Porto-Santo en mémoire de l'heureuse délivrance du danger qu'ils venaient de courir. Dans l'état où était la navigation, la découverte de cette petite Île parut une affaire si importante
: qu'ils retournèrent sur-le-champ en Portugal
étaient accoutumés à voyager par terre dansles !
provinces intérieures de l'Afrique où ils allaient chercher de l’ivoire, dela poussière d'or et d'autres denrées précieuses. Il consulta les juifs établis en Portugal. Il sut par des promesses , des récompenses, des marques d'estime et de confiance, attirer à son service plusieurs habiles navigateurs tant étrangers que portugais. Dans la disposition de ces préparatifs, les grands talens du prince étaient heureusement secondés
pour en porter la nouvelle à Henri , de qui ils reçurent les applaudissemenset les distinctions que méritait une expédition heureuse, L'ardeur avec laquelle ce prince suivait son objet favori lui fit trouver dans ce petit succès les motifs les plus encourageans pour en espérer de plus considérables et pour faire de nouveaux efforts. L'année suivante Henri équipa trois vaisseaux sous le commandement des mêmes officiers auxquels il associa Barthélemi Perestrello, et il leur ordonna de prendre possession de l’île qu’ils avaient découverte. À peine commencaient-ils à s'établir à Porto-Santo qu'ils observèrent à l'horizon vers
| le sud une espèce de tache fixe semblable à un
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2 Lud, G
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t que ses vues ition ni par le a bienveillance courir au bont la devise qu'il le ambition de ien.
ive ne fut pas e sort de toute n seul vaisseau \ Jean Gonsales gentilshommes ontairement à mmanda d’emdoubler le cap vers le sud. Figénéralement eant la côte, et ent rencontrer ables pour douau secours de r voyage d’être ïp de vent qui pleine mer, et noment à périr, qu'ils non..èe l'heureuse déent de courir.
, la découverte e si importante p en Portugal , de qui ils relistinctions que . L'ardeur avec et favori lui fit motifs les plus > plus considéefforts. L'année seaux sous le ers auxquels il illeur ordonna ils avaient déils À s'établir à l'horizon vers semblable à un
petit nuage noir. Ils parvinrent peu à peu à conjecturer que ce pouvait bien étre une terre : ils se remirent en mer pour s'en assurer, et ils arrivèrent à une grande île, inhabitée et couverte de bois, à laquelie ils donnérent par cette raison le nom de Madeira 1. Comme le principal objet de Henri était de rendre ses découvertes utiles à sa nation, il équipa sur-le-champ une flotte pour aller établir une colonie portugaise dans ces deux iles. Il eut soin d'y faire porterles semences, les plantes et les animaux domestiques communs en Europe; mais comme il prévit que la chaleur du climat et la fertilité du sol ne pouvaient manquer d’être favorables à d’autres productions, il se procura des plants de vigne de l’île de Chypre dont les vins étaient alors très renommés, et des cannes à sucre qu'il tira de Sicile où l'on en avait introduit depuis peu. Ces précieux végétaux prospérèrent rapidement dans les deux nouvelles iles; on ne tarda pas à reconnaître les grands avantages de leur culture; et le sucre et le vin de Madère devin rent bientôt des articles considérables du commerce du Portugal 2,
Dès qu'on eut commencé àsentir les avantages qui résultaient de ce premier établissement pour les parties occidentales de l'Europe, l'esprit de découverte parut moins chimérique et augmenta d'audace et d'activité, Les Portugais, en continuant Icurs voyages à Madère, s'étaient accou- Lumés par degrés à une navigation plus hardie, el au lieu de se trainer timidement le long de la côle, ilsne craignirent pas de se lancer en pleine mer, Gilianez, qui commandait un des vaisseaux du prince Henri, doubla par cette nouvelle route le cap Bojador, qui pendant plus de vingt ans avait arrêté la navigation portugaise et était regardé comme une barrière impossible à franchir. Cet heureux voyage, que l'ignorance du siècle comparait aux plus fameux exploits transmis par l'histoire, ouvrit une nouvelle sphère
aux navigateurs, parce qu'il leur découvrit le
l'océan Atlantique s’étendait au loin vers le sud.
On eut bientôt reconnu une partie de ce conti-
! Historical relation ofthe first discovery of 1 {adeira , translated from the Portuguese of Franc. Alcafarana, p. 15, ete,
* Lud. Guicciardini Descriz. de’ Paesi bassi, p. 180,
nent; les Portugais s'avancérent dans les tropiques, et dans l’espace de quelques années ils découvrirent la rivière de Sénégal et toute ls côte qui s'étend du cap Blanc au cap Vert.
Jusque-là les Portugais avaient été guidés et encouragés dans leurs découvertes par les lumières et les instructions qu'ils avaient trouvées dans les ouvrages des mathématiciens et géographes anciens. Mais lorsqu'ils commencèrent à entrer sous la zone torride, le préjugé reçu chez les anciens, que la chaleur excessive et perpétuelle qui régnait dans cette zone la rendait inhabitable à l'espèce humaine leur ôta le courage d'aller plus avant, Les observations qu'ils firent eux-mêmes, lorsqu'ils approchérent pour la première fois de cette région inconnue et redoutable, tendaient à confirmer l'opinion des anciens sur l’action violente des rayons directs du soleil. Jusqu'à la rivière de Sénégal, les Portugais avaient trouvé la côte d'Afrique habitée par des peuples à peu près semblables aux Maures de Barbarie; mais lorsqu'ils s'avancèrent au sud de cette rivière, l'espèce humaine se présenta à eux sous une nouvelle forme; ils virent des hommes qui avaient la peau noire comme de l’ébène, avec des cheveux courts et bouclés , des nez aplatis, des lèvres épaisses et tous les traits particuliers qui distinguent la race des nègres. Ils durent naturellement attribuer ce changement extraordinaire à l'influence de la chaleur, et ils commencèrent à craindre qu’en avançant plus près de la ligne ils n’en ressentissent des effets encore plus terribles. Des grands du royaume, qui, par ignorance, par envie, ou par cette froide et timide prudence qui rejette tout ce qui a l'air de nouveauté, avaient jusqu'alors condamné les projets du prince Henri, exagérérent les dangers qu'on courrait à porter ces recherches plus loin, et proposèrent d'autres . objections contre l’idée de tenter de nouvelles découvertes. Ils représentérent qu'il était abso-
! lument chimérique d'espérer quelque avantage
vaste continent de l'Afrique, qui baigné par | de la recherche de pays situés dans une partie
du monde que la sagesse et l'ex périence des anciens leur avaient fait reconnaître pour inhabitable ; que leurs ancêtres, contens de cultiver le territoire qui leur avait été assist.é par la Provi-
| dence, ne songeaient pas à prodigruer les forces
du royaume en vains projets pour chercher de nouveaux établissemens; que le Portugal était
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déjà épuisé par les frais des tentatives qu’on avait faites pour découvrir des terres qui n’existaient pas, ou que la nature avait destinées à rester inconnues; enfin que cestentatives avaient déjà causé la perte d’un grand nombre d'hommes qui auraient pu être employés à des entreprises dont le succès beaucoup plus facile aurait produit de plus grands avantages. Mais ni ces réclamations en faveur de l'autorité des anciens, ni ces raisonnemens sur les intérêts du Portugal, ne purent faire aucune impression sur l'âme courageuse et vraiment philosophique du prince Henri. Les découvertes qu’il avait déjà faites lui prouvaient que les anciens n'avaient guère qu'une connaissance conjecturale de la zone torride; et il savait que les frivoles argumens de ses adversaires , relativement aux intérêts politiques du Portugal, n'avaient pour motifs que la malveillance et la jalousie. Il fut puissamment secondé dans ces dispositions par don Pèdre, son frère, qui gouvernait le royaume en qualité de iuieur de son neveu, Alphonse V, lequel avait succédé à la couronne étant mineur, Loin de se relâcher de ses efforts, Henri continua donc à poursuivre avec une nouvelle ardeur l'exécution de ses projets.
Pour imposer silence aux murmures de l'opposition, ce prince chercha à obtenir la sanction d'une autorité respectable en faveur de ses opérations. Dans cette vue, il s’adressa au pape, et lui exposa en termes magnifiques le pieux et in-
fatigable zèle avec lequel il s’occupait depuis |
vingt ans à découvrir des pays inconnus dont les malheureux habitans, privés des lumières de la véritable religion, étaient enscvelis dans les ténèbres du paganisme ou séduits par les impostures de Mahomet. Il suppliait le saint père, à qui, comme au vicaire du Christ, tous les royaumes de la terre étaient soumis, de conférer à la couronne de Portugal un droit sur tous les pays appartenant aux infidèles, qui seraient découverts par l’industrie de ses sujets ou subjugués par la force de ses armes. Il le conjurait de défendre sous les peines les plus sévères , à toutes les puissances chrétiennes, de molester
les Portugais, tandis qu'ils seraient engagés |
dans cette louable entreprise, et de s'établir dans aucun des pays qu’ils auraient découverts. Henri promettait que le principal objet des Portugais, dans toutes leurs expéditions, serait de répandre
la connaissance de la religion chrétienne, d'éta. blir l'autorité du saint siège, et d'accroitre le troupeau du pasteur universel. Comme c'était en profitant avec adresse de toutes les conjonctures favorables pour acquérir de nouvelles forces, que la cour de Rome avait par degrés étendu ses usurpations, le pape Eugène IV, à qui Henri s'adressa, saisit avidement l'occasion qui s'offrait à lui. Il sentit promptement qu'en accordant une parcille demande il exercerait une prérogative très fatteuse par elle-même, et dont les suites pouvaient devenir fort avantageuses au saint siége. Il fit en conséquence espédier une bulle dans laquelle, après avoir applaudi dans les termes les plus énergiques aux tentatives des Portugais et les avoir exhortés à poursuivre la glorieuse carrière où ils s'étaient engagés, il leur accordait un droit exclusif sur tous les pays qu’ils découvriraient depuis le cap Non jusqu’au continent de l'Inde.
Quelque extravagante qu’une telle donation, qui comprenait une si grande portio: du globe, puisse paraître aujourd'hui, même dans les pays catholiques , il n’y avait personne dans le quinzième siècle qui doutât que le pape n’eût droit de la faire par la plénitude de son pouvoir apostolique. Le prince Henri sentit bientôt tous les avantages qu'il pouvait en retirer : ses projets se trouvaient autorisés et sanctifiés par la bulle qui les approuvait ; et l'esprit de découverte se liait ainsi avec le zèle pour la religion , zèle qui
| alors était un principe puissant dont l'activité influait sans cesse sur la conduite des nations. D'ailleurs tous les. princes chrétiens auraient craint de disputer aux Portugais les pays que ceux-ci avaient découvert, et de troublerles progrès de leur navigation et de leur conquête (10).
Le bruit des expéditions des Portugais ne tarda pas à se répandre dans toute l'Europe.
Les peuples, accoutumés dès long-temps à circoncerire l’activité et les lumières de l'esprit humain dans les limites où elles avaient été jusque-là renfermées, furent étonnés de voir la sphère de la navigation s'agrandir ainsi tout à coup, etenmêmetemps naître l'espérance de connaître des régions dont l'existence n'était pas même soupçonnée auparavant. Les savans etles philosophes formaient des raisonnemens ec com- | binaient des théories sur ces découvertes inat- : tendues, tandis que le vulgaire faisait des
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rope pour solliciter le prince Henri de les employer à ce service honorable, Les Véuitiens et les Génois, qui surpassaient tous les autres pedples dans la connaissance et la pratique de la marine, fouv:irent surtout un grand nombre de marins qui entrèrent à bord des vaisseaux portugais, et acquirent à ‘ette nonvelle école de navigation une connaissance de leur art plus
exacte et plus étendue. Les Portugais, animés :
par l'exemple de ces étrangers, s'enpressèrent d'exercer leurs propres talens et leur activité, La nation seconda les desseins du prince. Des négocians formérent des associations pour concourir à la recherche des pays inconnus. On découvrit les îles du cap Vert qui gisent à la hauteur du cap dent elles portent le nom, et
peu de temps après celles qu'on a nommées
Açores, Comme les premières sont à plus de trois cent milles de la côte d'Afrique, et les der-
uières, à neuf cent milles de tout continent, il |
est évident que les Portugais n'avaient pu s'abandonner ainsi dans les hautes mers sans avoir déjà fait des progrès surprenans dans l'art de la navigation.
Cette passion pour les nouveltes découvertes était au plus haut degré de chaleur et d'activité lorsqu'elle éprouva un revers funeste par la mort du prince Henri, qui avait jusque-là dirigé les entreprises des navigateurs par ses grandes connaissances , et qui les avait encouragées et soutenues par son pouvoir et son crédit, Il est vrai que pendant sa vie les Portugais, dans leurs courses les plus avancées vers le sud , n'avaient pénétré qu'à cinq degrés de la ligne équinoxile, et qu'après une suite d’expéditions continuées pendant un demi-siècle, à peine avaient-ils découvert quinze cent milles de la côte d'Afrique. Ces essais de l’art naissant doivent paraitre bien faibles et bien timides aux hommes qui connaissent les progrès que la navigation a faits dans son état de maturité; mais quelque peu considérables que fussent ces premiers efforts, c'en était assez pour diriger la curiosité des nations de l’Europe vers de nouveaux objets, pour exciter le goût des entreprises, et pour frayer la route à d’autres découvertes.
Alphonse, qui occupait le trône à la mort du
‘ prince Henri, était alors fort occupé à soutenir vinrent en foule de toutes les parties de l'Eu- :
ses prétentions à la couronne de Castille et à poursuivre ses expéditions contre les Maures de Barbarie. Les forces du royaume étant employées à d’autres opérations, ce prince ne put pas mettre beaucoup d'ardeur à suivre les découvertes en Afrique. Il en laissa la conduite à Fernand Gomez, négociant de Lisbonne, à qui il accorda le droit exclusif de commercer avec tous les pays dont le prince Heuri avait pris possession. Les entraves et l'oppression de ce monopole ne pouvaient manquer de ralentir l'esprit de découverle ; parce que cessant d’être un objet national, ce n'était plus que l'affaire d'un particulier, plus occupé de l'intérêt de sa fortune que de la gloire de son pays. On fit cependant quelques nouveaux progrès. Les Portugais se hasardèrent enfin à traverser la ligne, et, à leur grand étonnement, ils trouvèrent que cette région de la zone torride, qu'on supposait embrasée d'une chaleur intolérable, était non-seulement habitée, mais encore très peuplée et très fertile,
Jean 11, qui succéda à son père Alphonse, avait tous les talens nécessaires pour former et pour exécuter de grands desseins. Comme une partie de ses revenus, tandis qu'il était prince royal, provenait des droits établis sur le commerce qu'on faisait avec les pays nouvellement découverts, son attention se tourna naturellement vers cet objet : il en sentit bientôt l'importance, et à mesure qu’il acquit plus de connaissances sur ces nouvelles contrées, la possession lui en parut d’une plus grande importance.
Tant que les Portugais côtoyèrent les bords de l'Afrique, depuis le cap Non jusqu’à la riviére de Sénégal, ils ne trouvèrent sur cette longue côte qu'un terrain sablonneux, stérile, habité par des peuples misérables et très peu nombreux, professant la religion mahométane et soumis au vaste empire de Maroc; mais au sud de cette même rivière, la puissance et la religion des mahométans n'étaient plus connues. Le pays était divisé en petites principautés indépendantes ; la population y était considérable, et le sol fertile, et les Portugais reconnurent bientôt qu'il produisait de l’ivoire, de la gomme, de l'or et d'autres denrées précieuses. Cette découverte, en
1 Navigatio Aloysii Cadamusti apud novum orbem
Gynæi, pag. 2, 18. Navigat. al! Isola di San-Tome per un pilotto Portugh.; Ramusio, t. 1, p. 115.
RC PER de
étendant le commerce, encourageait à de nou- | largeur selon la doctrine de Ptolémée , qui était velles tentatives; et des hommes dont le courage alors l'oracle et le guide des géographes, paraiset l'activité étaient excitès par la perspective ! | l'est. Cette observation leur inspira quelque
d'un bénéfice certain, durent poursuivre leurs recherches avec plus d'ardeur que lorsqu'ils n'étaient animés que par l'espérance et la curiosité.
Cette disposition ne pouvait manquer d’acquérir de nouvelles forces par la protection d'un monarque tel que Jean Il: il encouragea hautement toutes les entreprises qui avaient pour but quelque découverte et en favorisa l'exécution avec tout le zèle de son grand-oncle le prince Henri, mais avec un degré supérieur de puissauce. Les effets de ses soins ne tardèreni pas à se faire sentir. Les Portugais équipèrent une flotte puissante qui, après avoir découvert les royaumes de Benin et de Congo, s’avança de plus de quinze cent milles au-delà de l'équateur, et les navigateurs européens, pour la première fois, virent un nouveau ciel et observèrent les étoiles d'un autre hémisphère. Jean était non-
sait se resserrer sensiblement et se courber vers
confiance dans les récits des voyages que les Phéniciens faisaient anciennement autour de l'Afrique et qu'on avait regardés long-temps comme fabuleux ; ils conçurent l'espérance qu'en
| suivant la route des Phéniciens ils pourraient
seulement jaloux de découvrir des terres nou- |
velles ; il s'occupait aussi à s’en assurer la possession. J1 bâtit des forts sur la côte de Guinée et y envoya des colonies; il établit une correspondance de commerce avec les états les plus puissans, et tâcha de rendre tributaires de sa couronne ceux qui étaient faibles ou divisés. Plusieurs petits princes d'Afrique se reconnurent volontairement vassaux du roi de Portugal; d'autres y furent contraints par la force des armes. Il se forma un système régulier ét bien réfléchi relativement à ce nouvel intérêt de politique, et les Portugais, en l’observant invariablement, parvinrent à établir sur un fondement solide leur puissance et leur commerce en Afrique.
Une communication suivie avec les peuples de l'Afrique procura par degrés aux Portugais quelque connaissance des parties de ce continent qu'ils n'avaient pas visitées. Les instructions qu’ils reçurent des habitans, jointes à ce qu’ils avaient observé eux-mêmes dans leurs voyages, com-
arriver aux Indes orientales et s'emparer du commerce qui a toujours été la source de la richesse et du pouvoir des nations qui en ont joui. Le vaste génie du prince Henri; autant qu'on peut le conjecturer par la teneur de la bulle du pape , avait conçu de bonne heure l'idée de cette navigation. Tous les pilotes et mathématiciens portugais s'accordèrent alors à la regarder comme praticable. Le roi entra avec chaleur dans leurs idées et commença à concerter les mesures nécessaires pour cette grande et importante entreprise.
Avant que les préparatifs de cette expédition fussent achevés, on apprit d'Afrique que diffé: rentes nations Ctablies le long de la côte avaient indiqué un royaume puissant, situé à une grande distance vers l’est de leur continent, et dont le souverain, suivant les détails qu'on en eut, professait la religion chrétienne. Le roi de Portugal en conclut sur-le-champ que ce devait être l'empereur d'Abyssinie, auquel les Européens, trompés par une méprise de Rubruquis, de Marco Polo et de quelques autres voyageurs, avaient ridiculement donné le nom de Prétre.
Jean; et, comme il espérait recevoir des lumières et des secours d'un prince chrétien pour le succès d'un plan qui tendait à propager leur doctrine commune , il résolut d'établir, s’il était possible, une correspondance avec cet empire. L choisit pour cet objet Pedro de Covillam et Alphonse de Payva qui entendaient parfaitement la langue arabe; il les envoya à l’est du continent
: de l'Afrique pour chercher la résidence de ce
mencèrent à leur offrir des vues plus étendues ! | chargés aussi de se procurer dans les pays qu'ils
et à leur suggérer l'idée d'entreprises plus importantes que celles qui les avaient occupés jusque-là. Ils avaient reconnu l'erreur des anciens sur l'état de la zone torride. En avançant plus avant vers le sud, ils trouvèrent que le continent de l'Afrique, au lieu de s'étendre en
potentat inconnu et lui faire des propositions d'alliance et d'amitié. Les deux députés étaient
visiteraient tous les éclaircissemens qu'on pourrait leur donner sur le commerce de l’Inde et sur
1 Voyez Nov. orbis labul. geogr. secund. Ptolem. Amst., 1730.
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secund., Plolem.
le cours de navigation qu'on pourrait suivre pour y pénétrer !..
Tandis que Jean faisait cette tentative par terre pour obtenir quelque connaissance d'un pays qu'il désirait si ardemment découvrir, il s'occupait , 1 même temps des moyens de suivre par mer ce grand dessein. La conduite de cette expédition, la plus difficile et la plus importante que les Portugais eussent encore projetée,
fut confiée à Barthélemi Diaz, officier qui avait
toute la sagacité, l'expérience et le courage qu'exigeait une pareille entreprise. Il s'avança hardiment vers le sud, et franchissant les limites où jusqu'alors ses compatriotes avaient arrêté leur course, il découvrit plus de neuf cent milles de terres nouvelles. Ni les dangers raxquels il se vit exposé par une suite de tempêtes violentes dans des mers inconnues et par les fréquentes mutineries de son équipage, ni les détresses de la famine où il fut réduit, par la perte du vaisseau qui portait ses provisions, ne purent l'empêcher de poursuivre son entreprise. Pour fruit de ses travaux et de sa persévérance il reconnut enfin le promontoire élevé qui borne l'Afrique vers le sud; mais tout ce qu'il put faire fut de le reconnaître. La violence des vents, le délabrement de ses vaisseaux et l'esprit turbulent de son équipage le forcèrent à revenir sur ses pas après un voyage de seize mois, dans lequel il découvrit une étendue de pays beaucoup plus considérable que ce qu'avait découvert avant lui aucun autre navigateur.
Diaz avait appelé le promontoire qui terminait son voyage cabo Tormentoso, le cap des Tempêtes ; mais le roi son maître, ne doutant plus qu’il n’eût enfin trouvé la route qu’il cherchait depuis si long-temps pour passer dans l'Inde, donna à ce cap un nom plus encourageant et de meilleur augure, il l’appela le cap de Bonne-Espérance?. Ces espérances de succès se trouvèrent confirmées par les nouvelles que le roi de Portugal reçut des députés qu’il avait envoyés par terre en Abyssinie. Covillam et Payva, se conformant aux instructions de leur maitre, se rendirent d'abord au Grand-Caire, d’où ils se mirent en route avec une caravane de marchands Égyptiens, et arrivèrent à Aden sur la mer Rouge. 1 Faria y Sousa, Port. Asia, voi. 1, pag. 26. Lafitau, Découv. des Port., iv. xLvI.
? Faria y Sousa, Port. Asia, vol. 1, pag. 2.
Là ils se séparérent; Payva cingla directement vers l’Abyssinie; Covillam s'embarqua pour les Indes orientales, et après avoir visité Calicut, Goa et d'autres villes sur la côte de Malabar, il retourna à Sofala sur la côte orientale d'Afrique
| et de là au Grand-Caire, où les deux députés
s'étaient donné rendez-vous pour se rejoindre. Malheureusement Payva avait été assassiné en Abyssinie ; mais Covillam trouva au Caire deux juifs portugais qui y avaient été envoyés par Jean, dont la sagacité prévoyante ne négligeait aucun moyen propre à faciliter l'exécution de ses desseins: il avait chargé ces deux juifs de
| recevoir des deux ambassadeurs le détail de
leurs opérations et de leur remettre de nou ’elles instructions. Covillam envova en Portugal par un de ces juifs un journal de ses voyages par mer et par terre, et ses remarques sur le commerce de l'Inde, avec les plans exacts des côtes où il avait touché. D'après ses propres observations , ainsi que d’après les éclaircissemens que lui avaient donnés d’habiles marins en différens pays, il concluait qu'en tournant l'Afrique par mer, on devait trouver un passage aux Indes orientales!.
L'heureuse conformité de l'opinion et du récit de Covillam avec les découvertes que Diaz venait de faire , ne laissait presque plus d'incertitude sur la possibilité d’aller par mer de l'Europe dans l'Inde; mais l'énorme longueur du voyage et les tempêtes furieuses que Diaz avait essuyées près du cap de Bonne - Espérance, avaient extrêmement intimidé les Portugais, quoique une longe expérience en eût déjà fait
| alors d’habiles et hardis navigateurs; il fallut
quelque temps pour rassurer leur esprit et les préparer à cette dangereuse et extraordinaire expédition. L'autorité et la fermeté du monarque dissipèrent cependant par degrés les vaines terreurs de ses sujets ou les força à les cacher. Jean se voyant à la veille d'accomplir le grand
| dessein qui avait été le principal objet de son
règne, l'ardeur qu'il mit à en poursuivre l’exé-
| cution fut si vive que cette idée absorbait ses
pensées pendant le jour et le privait du sommeil pendant la nuit. Tandis qu'il était occupé à prendre toutes les mesures que ses lumières e! l'expérience pouvaient lui suggérer, pour assurer l'effet d’une expédition qui devait décider
1 Faria y Sousa, Port. Asia, vol. 1, pag. 7 Kfitau, Découv. , tom. 1, page 48.
du destin de son projet favori, la renommée des grandes découvertes que les Portugais avaient déjà faites, le détail des instructions extraordinaires qu’ils avaient reçues de l'orient, et les préparatifs du voyage qu'ils méditaient alors, attirèrent l'attention de toute l'Europe ettinrent les autres peuples dans l'attente et dans l’incertitude. Les uns exaltaient l'habileté et les expéditionsdes Portugais, fort : lecelles des Phéniciens et des Carthagiuois, les autres formaient des conjectures sur les revolutions que le succès de ces entreprises pouvait occasioner dans le cours du commerce et dans l'état politi-
(1466) que de l'Europe. Les Vénitiens commençaient à craindre de perdre le commerce de l'Inde, dont le monopole était la principale ressource de leur puissance ainsi que de leur richesse ; et les Por. lugais jouissaient déjà en idée de tous les trésors de l'orient. Mais pendant cet intervalle qui donnait un si libre essor aux mouvemens divers de la curiosité, de l'espérance et de la crainte, le bruit d'un autre événement aussi extraordinaire qu’il était inattendu se répandit en Europe; c'était la découverte d'un nouveau monde situé à l'occident du globe, et ce grand objet attira surle-champ les veux et l'admiration de l'univers.