LIVRE DEUXIÈME
se
Parmi les étrangers que le bruit des découvertes faites par les Portugais avait attirés au service de cette nation se trouvait Christophe Colomb, sujet de la république de Gênes. On ne connaît point avec certitude le temps ni le lieu de sa naissance (11); on sait seulement qu'il était d'une famille honnête, réduite à l'indigence par
quelques événemens malheureux. Ses parens |
ayant embrassé pour vivre la profession de marins, Colomb laissa entrevoir dès sa première jeunesse les talens et le caractère qui peuvent distinguer un homme de cet état, Au lieu de combattre les inclinations du jeune Colomb, ils les développérent et les encouragèrent par l'éducation. Après lui avoir fait acquérir quelque connaissance de la langue latine, la seule qui fût alors employée à l’enseignement , on lui fit apprendre la géométrie, la cosmographie, l’astronomie et le dessin. La liaison de ces sciences avec l'art de la navigation , son objet favori, excitant son ardeur et son application, il y fit des progrès rapides. Avec de si heureuses dispositions, il entra à quatorze ans dans la carrière qui devait le conduire à tant de gloire. Ses premier
voyages furent aux ports de la Méditerranée que fréquentaient ses compatriotes les Génois ; mais cette sphère étant trop étroite pour uné âme aussi active que la sienne , il fit une 2xcursion dans les mers du nord et visita les côtes de l'Islande où la pêche commençait à attirer les
navigation tentait alors dans tous les sens des entreprises nouvelles, il s’avança au-delà de cette Île , la Thulé des anciens, jusqu'à plusieurs degrés en dedans du cercle polaire. Après avoir satisfait sa curiosité par un voyage qui, en aufmentant ses connaissances maritimes, ne servait pas à sa Fortune, il s’attacha à un homme de son nom et de sa famille , capitaine de vaisseau, qui jouissait d’une grande réputation, Ce marin conduisait une petite escadre armée à ses
| frais, et en faisant la course , tantôt contre les
Turcs et tantôt contre les Vénitiens rivaux des Génois dans le commerce , il avait acquis des
| richesses et de la célébrité. Colomb le suivit dans
ses expéditions pendant plusieurs années, en
| se distinguant autant par son courage comme | homme de guerre, que par son habileté comme
| homme de mer, À la fin, dansun combatopiniatre
sur la côte de Portugal avec quelques caravelles vénitiennes, qui retournaient richement chargées des Pays-Bas, le vaisseau sur lequel il était prit feu en même temps que le vaisseau ennemi, auquel le sien était fortement attaché par les grappins. Dans une si terrible extrémité, sa présence d'esprit et son intrépidité ne l'abandonnèrent pas. Il se jeta à la mer, se saisit d'une rame flottante, et aidé de ce secours et de son adresse
| à nager, il gagna le rivage , éloigné d'environ
deux lieues, et sauva une vie réservée … de gran-
| des choses f, Anglais et quelques autres nations. Comme la |
1 Vie de Colomb, chap v
Dès « Lisbon:
établis.
tageuse préssèr:
son hab quer de était alc tout ave pays no lomb se et ayant l'épousa riage, à qu'il ava ses conn:
le désir fille de I taînes er premièr et planté Colomb cartes de les route leurs dé qui les a:
flattait e cartes de velles co augment:
voyagert il fitun v sieurs an les Canar meus que et sur le L'expé un si grà toutes le; la naviga meilleurs louange r davantag avaient e mulation occupés à paré les” on pouvai des entre]
! Vie de
[1466] commençaient 4 de l'Inde, dont essource de leur esse ; et les Por.
tous les trésors ervalle qui donmens divers de e la crainte, le i extraordinaire en Europe ; c'émonde situé à bjet attira sur-
1 de l’univers,
us les sens des au-delà de cette à plusieurs dee. Après avoir e qui, en augimes, ne sera à un homme itaine de vaisréputation. Ce re armée à ses tôt contre les ns rivaux des ait acquis des > le suivit dans rs années, en urage comme bileté comme mbatopiniâtre ues Caravelles hement char- ‘lequel il était seau ennemi, taché par les imité, sa prél'abondonnèit d’une rame le son adresse né d'environ ée … de grau-
Dès qu’il eut recouvré ses Forces, il se rendit à Lisbonne où plusieurs deses compatriotes étaient établis. Is conçurent bientôt une opinion si avantageuse de son méri!e et de ses talens qu'ils le pressèrent vivement de rester en Portugal où son habileté dans la navigation ne pouvait manquer de le faire connaître. Le service portugais était alors plus attrayant qu'aucun autre pour tout aventurier animé ou du désir de voir des PAYS nouveaux où decelui de se distinguer. Colomb se laissa facilement séduire par ses amis, et ayant gagné l'estime d’une Portugoise , il l'épousa et fixa son séjour à Lisbonne, Son mariage, au lieu de le détacher du genre de vie qu'il avait suivi jusqu'alors, contribua à étendre ses connaissances dans la navigation et jui donna le désir de les augmenter encore. Sa femme était fille de Barthélemi de Perestrello, un des capitaines employés par le prince Henri dans ses premières navigations , et qui avait découvert et planté les Îles de Porto-Santo et de Madère. Colomb devint possesseur des journaux et des cartes de ce navigateur expérimenté, Il y apprit les routes qu'avaient tenues les Portugais dans leurs découvertes et les diverses circonstances qui les avaient encouragés et guidés; cette étude
turellement avide de connaître, capable de méditations profondes et tourné versles spéculations de ce genre, s'était souvent appliqué à remonter aux principes qui avaient guidé les Portugais dans leurs plans de découvertes nouvelles et à
la manière dont ils en avaient conduit l'exécu-
flattait et enflammait sa passion dominante, Les |
cartes de Perestrello et les descriptions des nouvelles contrées que ce navigateur avait vues augmentérent tellement son impatience de voyager qu'il ne put y résister, Pour la sat isfaire, il fitun voyage à Madère et établit pendant plusieurs années un commerce avec cette Île , avec les Canaries , les Açores, et les divers établisse-
menus que les Portugais avaient faits en Guinée |
et sur le continent de l'Afrique t.
L'expérience que Colomb avait acquise par un si grand nombre de voyages dans presque toutes les parties du globe alors connues par la navigation , l'avait rendu lui-même un des meilleurs navigateurs de l'Europe ; mais cette louange ne lui suffisait pas, et il ambitionnait davantage. Les succès heureux des Port igais avaient excité un tel esprit de curiosité et d'émulation que tous les savans de ce siècle étaient occupés à ctudier les moyens qui avaient préparé les découvertes déjà faites et ceux dont On pouvait se promettre quelque réussite dans des entreprises encore plus hardies. Colomb, na-
! Wie de Colomb, chap. 1v, v.
tion, de sorte qu'il arriva par degrés à se persuader qu'on pouvait aller plus loin qu'eux en suivant leur méthode, et exécuter des cntreprises qu’ils avaient jusqu'alors tentées inutilement,
Depuis que les Portugais avaient doublé je cap Vert, le grand objet qui occupait les navigateurs était de trouver par mer un passage aux Indes orientales. Les découvertes de cette nation en Afrique n'étaient rien auprès de celle-là, On connaissait depuis un grand nombre de siècles la fertilité et les richesses de l'Inde, Les épiceries et les autres marchandises précieuses qu'on en apportait étaient recherchées dans toute l'Europe. Les Vénitiens, enrichis par la possession exclusive de ce commerce, excitaient l'envie de toutes les autres nations; mais quelque avides que fussent les Portugais de se frayer une route nouvelle vers ces riches pays, ils ne l'avaient cherchée jusqu'alors qu’en se dirigeant vers le sud,
| dans l'espérance qu’ils pouvaient arriver aux
Indes en portant à l'est, après qu'ils auraient fait le tour de l'extrémité de l'Afrique. Cette route était cependant encore inconnue , €t au cas qu'on la découvrit, elle était si longue qu'un voyage d'Europe dans les Indes paraissait une entreprise d'une extrême difficulté et d’un succès très incertain, On avait employé plus d'un demi-siècle à avancer du cap Non à l'équateur. On pensait qu'il faudrait plus de temps encore pour exécuter le projet des Portugais. L'incertitude et la longueur de cette route conduisirent naturellement Colomb à rechercher s’il n'était pas possible de trouver quelque chemin plus court et plus droit. Après avoir réfléchi profondément sur cette matière , aidé des connaissances qu’il avait acquises dans la théorie et la pratique de la navigation ; après avoir comparé attentivement les observations des pilotes modernes avec les indications et les conjectures que fournissent les anciens auteurs, il conclut qu’en naviguant directement à l'ouest au travers de la mer Atlantique, on trouverait infailliblement des
, Pays nouveaux qui devaient être, selon lui, une
: Partie du vaste continent de l'Inde.
Cette opinion aussi chimérique au premier coup d'œil qu'elle était extraordinaire et nouvelle , était appuyée dans son esprit par des motifs et des raisons de différens genres. La figure sphérique de la terre était connue, et la grandeur de son volume déterminée avec quelque exactitude. Il suivait évidemment de là que les continens de l'Europe , de l'Asie et de l'Afrique ne faisaient qu'une très petite portion de la superficie du globe terrestre. La sagesse et la bienfaisance de l'auteur de la nature ne permettaient pas de penser que le vaste*espace qui était jusque - là demeuré inconnu fût entièrement couvert des eaux d'un stérile océan, sans aucune terre habitée par l'homme. Il était très vraisemblable que le continent du monde connu , placé sur un des côtés du globe, était balancé par une quantité à peu près égale de terres dans l'hémisphère opposé. Ces idées étaient confirmées par les observations et les conjectures des navigateurs, Un pilote portugais, s'étant avancé à l'ouest, plus qu'on ne le faisait en ce temps-là, avait trouvé une pièce de bois sculptée, flottant sur les eaux et poussée vers lui par un vent d'ouest , ce qui lui avait fait conclure qu'elle venait de quelque terre inconnue, située vers ce même point. Un beau-frère de Colomb avait trouvé à l’ouest de l'ile Madère une pièce de bois, travaillée aussi de main d'homme et apportée par le même vent, et des roseaux d'une grosseur énorme ressemblant à ceux que Ptolémée décrit comme une production particulière des Indes orientales !. Enfin, après des vents d'ouest soutenus pendant quelque temps, on avait trouvé souvent sur les côtes des Açores des arbres déracinés, et une fois les corps morts de deux hommes, dont les traits ne ressemblaient point du tout à ceux des habitans de l'Europe et de l'Afrique.
En même temps que la force de ces raisons puisées dans les faits et la théorie faisait espérer à Colomb qu'on trouverait des terres nouvelles dans l'océan Occidental, d'autres considérations lui faisaient croire que ces terres devaient tenir au continent des Indes. Quoique les anciens aient à peine pénétré dans l'Inde au-delà des
rives du Gange, cependant quelques auteurs wrecs se sont hasardés à décrire des provinces
Lib. 1, cap. xvnt,
situées de l'autre côté de ce fleuve, et comme les hommes sont naturellement disposés à exagérer les objets éloignés et inconnus sur lesquels on ne peut les contredire, ces écrivains ont représenté ces régions comme étant d'une étendue immense. Ctésias assure que ce qu'il appelle l'Inde est un pays aussi vaste que tout le reste de l'Asie, Onésicrite, suivi par Pline le naturaliste 1, prétendait qu'elle est égale à un tiers de la terre habitable, et Néarque dit que d'une extrémité à l'autre en droite ligne il y avait pour quatre mois de chemin 2, Le journal de Marco Polo qui voyagea en Asie au treizième siècle, et qui s'était avancéà l'est beaucoup plus loin qu'aucun autre Européen avant lui, semblait confirmer ces exajérations des anciens. Les descriptions magnifiques qu'il fait du royaume de Cathay et de Cipango, et de beaucoup d’autres pays dont les noms étaient inconnus en Europe, présentaient l'Inde comme une contrée immense. Ces notions, quelque défectueuses qu'elles fussent , étaient les plus exactes que les Européens eussent en ce temps-là de toute cette partie orientale de l'Asie, Colomb en tirait une conséquence très juste. II
| prétendait qu'à proportion que le continent de
l'Inde s'étendait vers l’est, il devait, à raison de la figure sphérique de la terre, s'approcher davantage des îles nouvellement découvertes à l'ouest de l'Afrique; que la distance de l'Asie à ces Îles ne devait pas être très considérable et que laroute la plus droite et en même temps la plus courte de l'Europeaux partiesles plusorientales de ce grand pays était de naviguer droit à l'ouest (12). L'autorité de quelques écrivains anciens, secours nécessaire alors pour faire recevoir une opinion dans quelque matière que ce fût, appuyait cette idée de la proximité de l'inde aux parties occidentales de notre continent. Aristote penchait à croire qu'elle n'était pas fort éloignée des Colonnes d'Hercule,ou du détroit de Gibraltar.et qu'on pouvait aller par mer du détroit aux Indes 3, Sénèque, s'exprimant encore d'une manière plus positive , assure que par un vent favorable on peut aller en peu de temps d'Espagne aux Indes #. La fameuse Atlantide de Platon, que beaucoup de personnes ont regardée comme ? Hist. Nal., lib. vi, cap. xvu.
* Strab., lib. xv, pag. 1011.
5 Aristot., de cælo , lib. 11, cap. xiv.
* Seneca, Natur, Quæst. , lib. x in Prœm.
un pay place u comme pesé to modest siasme entière l'autori ter ceux d'appré son opi idées su terres à brepou et qui d candeur fiance d projet, | ragea C qui deva à l'Euro Un es cuter de par ces autorités fourni m conjectui Colomb, sait pass l'action.
son systè par l’expe unique vi était de s sance de l'entrepri conservé sait souh:
travaux. Il et faisant bat de son le pavillon pays nouy Colemb h:
étrangers mal son h gens de m grands vo
1 Vie de €
ive, et comme les sposés à exagérer sur lesquels on ne ns ont représenté tendue immense, elle l'Inde est un te de l'Asie, Onéraliste {, prétende la terre habiune extrémité à vail pour quatre e Marco Polo qui ècle, et qui s'était n qu'aucun autre onfirmer ces exacriptions magnile Cathay et de res pays dont les pe, présentaient nse. Ces notions, fussent, étaient ens eussent en ce ‘ientale de l'Asie, nce très juste. Il > le continent de ait, à raison de la pprocher davanuvertes à l'ouest e l'Asie à ces Îles ble etque laroute la plus courte de tales de ce grand est (12). L’autoens , secours néoir une opinion , appuyait cette ux parties occiristote penchait loignée des Code Gibraltaret du détroit aux ncore d'une mapar un vent faemps d'Espagne ide de Platon, ‘egardée comme
son opinion. Dès l'an 1474, il communiqua ses idées sur la probabilité de découvrir de nouvelles terres à l'ouest, à Paul, médecin florentin, célèbre pour ses connaissances dans la cosmographie, et qui dans ses réponses montre un savoir et une candeur qui le rendaient bien digne de la conflance de Colomb, Ce savant approuva fort le projet, l'appuya de beaucoup de faits et encouragea Colomb à suivre une entreprise si louable, qui devait apporter tant de gloire à sa patrie et à l'Europe des avantages si grands 1,
Un esprit moins capable de former et d'exécuter de grands desseins n'aurait été conduit par ces raisonnemens, ces observations et ces autorités, qu'à une théorie stérile qui aurait fourni matière à des discours ingénieux ou à des conjectures chimériques ; mais le caractère de Colomb, entreprenant et plein d’ardeur, le faisait passer immédiatement de Ja spéculation à l'action. Pleinement convaincu de la vérité de son système, il était impatient de la confirmer par l'expérience et de faire un voyage dans cc e unique vue. Le premier Pas qu'il avait à faire était de s'assurer la protection de quelque puissance de l'Europe qui pût fournir aux frais de l'entreprise. Son amour pour sa patrie s'était conservé malgré une longue absence et lui faisait souhaiter qu'elle recueilltt le fruit de ses travaux. Il proposa son projet au sénat de Gênes, et faisant du service de son pays le premier but de son ambition » il offrit de naviguer sous le pavillon de la république à la recherche des PAYS nouveaux qu'il espérait de découvrir, Mais | Colemb habitait depuis si long-temps des pays étrangers que ses compatriotes connaissaient
mal son habileté et son Caractère, et quoique gens de mer ils étaient si peu accontumés à de grands voyages qu'ils ne Purent se former au-
un pays réel et au-delà de laquelle ce philosophe | cune idée juste des place un vaste continent , est représentée par lui | lomb fondait ses es comme peu éloignée de l'Espagne, Après avoir | térent inconsidéré pesé toutes ces raisons, Colomb , Qui unissait la | le songe d'un ho: modestie et la défiance du génie avec l'enthou- | perdirent pour t siasme d’un créateur de projets, ne s'en reposa | leur république s entièrement ni sur la force de ces preuves ni sur l'autorité des anciens. JI crut devoir encore consul. | patrie, Colomb, loin de ter ceux de ses contemporains qui étaient capables | fus qu'il venait d’ d'apprécier les argumens sur lesquels ilappuyait | avecune nouvelle ardeur.
principes sur lesquels Copérances de succès. Ils rejement ses propositions comme mme à projets chimériques et oujours l’occasion de rendre à On ancienne splendeur 1, Après avoir rempli ses obligations envers sa se décourager par le reessuyer, poursuivit sou projet Ille proposa à Jean I, roi de Portugal , dans les états duquel il avait été établi long-temps et qu'il considéra par cette raison çomme ayant, après Gênes sa patrie, un droit à ses services, Les circonstances paraissaient lui promettre que ses offres seraient goûtées. Il s’adressait à un monarque d'un génie | actif, assez bon juge lui-même d'une entreprise maritime et flatté de protéger toutes les tentatives qui avaient pour objet de découvrir de nouvelles terres. Ses sujets étaient les plus habiles navigateurs de l'Europe et les moins capables de se laisser effrayer par la nouveauté ou la hardiesse d’une expédition maritime. L'habileté de Colomb dans la navigation et ses qualités personnelles étaient bien connues en Portugal; l’une suffisait pour empêcher qu'on ne regardât | Sn projet comme tout-à-fait chimérique, et les autres ne permettaient pas de se défier de la droiture de ses intentions. Le roi l'écouta donc avec bonté et renvoya l'examen de son plan à Diégo Ortiz, évèque de Ceuta, et à deux médecins juifs, estimés pour leurs Connaissances dans la CoSmographie, et qu'il avait coutume de consulter dans les affaires de ce genre. L'ignorance avait empêché les Génois d'adopter le projet de | Colomb; à Lisbonne il eut à combattre un ennemi non moins redoutable, le préjugé. Les | Personnes dont les suffrages devaient décider | cette question dirigeaient depuis long-temps | tous les projets de navigation des Portugais et avaient donné le conseil de chercher un passage
| aux Indes par la route opposée à celle que Co-
lomb indiquait comme la plus courte et la plus sûre, Ils ne pouvaient par conséquent approuver son plan sans recewtir la double mortification de condamner leur propre théorie et de reconnaître la supériorité de l'étranger. Après l'avoir
1 Vie de Colomb, chap vrr.
fatigué de questions insidieuses et d’objections
1 Herrera, Aist. de las Indias. Decad. 1, lib.r, cap. viz
entreprenant , était obligée de suivre les impressionsdeson époux. Les Espagnols n'avaient fait jusque-là aucun effort pour étendre leur navigation au-delà de ses anciennes limites. Îls avaient vu les découvertes étonnantes des Portugais sans chercher à les imiter. La guerre avec les Maures fournissait un champ vaste à l’acti. vité de la nation et à son amour pour la gloire, Avec des circonstances si défavorables, il était impossible à Colomb d'obtenir une décision prompte chez un peuple lent et circonspect.
Son caractère était cependant admirablement assorti à celui de la nation ésnt il sollicitait la confiance et la protection. Il était grave et poli dans son maintien, réservé dans ses paroles et ses actions, irréprochable dans ses mœurs et observateur exact de tous les devoirs et de toutes les pratiques de la religion. Des qualités si respectables lui conciliérent plusieurs amis et lui acquirent une estime si générale, que malgré la simplicité de son extérieur, convenable à la médiocrité de sa fortune, il ne fut pas regardé comme un aventurier à qui l'indigence eût fait
sans nombre , dans la vue de lui faire expliquer | son projet avec assez de détail pour le connaître | à fond. ils différèrent de prononcer un juge- | ment définitif, et en même temps ils conspirèrent pour lui enlever la gloire et les avantages qui pouvaient lui revenir du succès de son en- | treprise, en conseiliant au roi de faire partir un vaisseau qui devait l’exécuter en suivant la route que Colomb avait indiquée. Le roi Jean, oubliant en cette occasion les sentimens d’un souverain, eut la bassesse d'adopter ces perfides conseils ; mais le pilote choisi pour suivre le plan de Colomb n'avait ni le génie ni le courage de l’inventeur. Ayant trouvé des vents contraires et n'apercevant aucune marque du voisinage des terres, il se laissa effrayer et retourna à Lisbonne décriant le projet comme extravagant autant que dangereux !.
Colomb ayant découvert cette trahison en ressentit l'indignation naturelle à une âme franche, et dans la chaleur de son ressentiment il se détermina à n'avoir plus aucune relation avec une nation capable d’un si indigne procédé. Il quitta sur-ie-champ le Portugal et aborda en Essagne vers la fin de l'année 1484. Comme il pouvait désormais choisir en liberté le patron qu'il croirait le plus disposé à approuver et à exécuter son plan, il résolut de le proposer luimême à Ferdinan et Isabelle qui gouvernaient alors les royaumes unis de Castille et d’Arrazon. Mais connaissant déjà par son expérience toute l'incertitude du suecès d’une pareille démarche auprès des rois et de leurs ministres, il prit la précaution d'envoyer en Angleterre son frère Barthélemy à qui il avait communiqué toutes | ses idées, pour négocier en mêmetemps l’exécu- | tion de son projet auprès d'Henri VII, un des princes de l'Europe les plus instruits et les plus puissans.
Ce n'était pas sans raison que Colomb crai- |
gnait que ses propositions ne fussent pas ad- | mises à la cour d'Espagne. Cette puissance était alors engagée dans une guerre difficile avec le royaume de Grenade, le seul état qui restât aux | Maures sur le continent. Le caractère circonspect et défiant de Ferdinand donnait à ce prince
de l'éloignement pour les projets hardis et singuliers. Isabelle, avec un esprit plus élevé et plus
1 Vie de Colomb, chap. x1. Herrera, Decau. À, lib, #, b. vIL
imaginer quelque projet chimérique, mais
comme un homme dont les propositions méri-
taient une sérieuse attention.
Ferdinand et Isabelle, quoique entièrement
occupés de la guerre contre les Maures, écoutè-
rent Colomb avec assez d'intérêt pour se déterminer tout de suite à charger Ferdinand de Talavera, confesseur de la reine, de l'examen de son projet. Le confesseur consulta ceux de ses compatriotes qu'il jugeait les plus capables de prononcer sur un pareil sujet. Mais les connais sances avaient fait alors si peu de progrès en Espagne, que ces prétendus philosophes, choisis pour décider d’une affaire de cette importance, ignoraient jusqu'aux premiers principes sur lesquels Colomb fondait ses conjectures et ses espérances. Quelques-uns d’entre eux, égarés par
| de fausses notions sur la figure et la grandeur
de la terre, prétendirent que le voyage qu'on proposait ne pouvait s'exécuter en moins de trois années. D’autres soutenaient ou que Co-
| lomb trouverait l'Océan sans bornes, selon l'opinion de quelques anciens , ou qu’en marchant
toujours droit à l’ouest il arriverait à un point
: où la figure convexe de la terre ie mettrait dans
l'impossibilité de revenir sur ses pas, et qu'il périrait infailliblement en tentant vainement
(148 d'oùv misp toujo sans ( jetère quell éxcus «grat «pose «supé «chum Colon réelle rées 6 la sag laissé obscu
férence instru tions, belle :
l'autre la gue née, :
aucun, dépen Que la dur rejeté le gen rend prise ment ardent rebuté de Col nait d champ temps la véri désir €
que pl cès la aux du
uivre les impresols n'avaient fait endre leur navianes limites. Îs nnantes des Porr. La guerre avec mp vaste à l'actiir pour la gloire.
vorables, il était nir une décision : et circonspect, t admirablement “At il sollicitait la tait grave et poli ins ses paroles et ns ses mœurs et s devoirs et de ion. Des qualités plusieurs amis et érale, que malgré , convenable à la 1e fut pas regardé ndigence eût fait himérique, mais ropositions méri-
ique entièrement s Maures, écoutèrêt pour se déter- Ferdinand de Tæ e, de l'examen de nsulta ceux de ses s plus capables de , Mais les connaiseu de progrès en hilosophes, choisis cette importance, s principes sur lesjectures et ses esre eux, Égarés par re et la grandeur > le voyage qu'on iter en moins de raient ou que Cobornes, selon lo ju qu'en marchant iverait à un point re ie mettrait dans r ses pas, et qu'il entant vainement
d'ouvrit ane commitinication entre les deux hémisphèrés, que la natüre avait separés pour toujours. Quelques uns même de ces juges,
jetérent le projet d'après la maxime par laquelle l'ignorance et la pusillanimité se sont excusées dans tous les temps, « que c’est une
«grande présomption à un particulier de sup-
«poser qu'il possède lai seul des connaissances «supérieures à éelles de tout le reste du genre «humain. » Ils ajoutaient que si les contrées que Colomb se proposait de découvrir existaient réellement, elles n'auraient pa demeurer ignorées depuis si long-temps, et que les lumiéres et la sagacité des siècles précédens n'auraient pas laissé la gloe de les découvrir à un pilote obscur et à un Génois.
Il fallait toute la patience et toute l'adresse de Colomb pour suivre sa négociation avec des hommes si prévenus. Il avait à combattre nonseulement l'obstination de l'ignorance | mais l'orgueil du faux savoir, avec lequel il est bien plus dificile de traiter. Après beaucoup de conférences et cinq années inutilement employées à instruire ses juges et à répondre à leurs objec-
tions, Talavera fit enfin à Ferdinand et à Isa- |
belle un rapport si peu favorable, que l'un et
la guerre avec les Maures fût tout-à-fait terminée, il leur était impossible de s'engager dans
avcune autre entreprise qui demandât quelque |
dépense.
Quelque précaution qu’on prit pour adoucir la dureté de ce refus, Colomb erut son projet rejeté pour toujours. Mais heureusement pour
le genre humain, la supériorité du génie qui :
rend un homme capable de former une entreprise extraordinaire et hardie est commané-
ment accompagnée d'un enthousiasme assez |
ardent pour n'être ni réfroidi par les délais ni rebuté par les obstacles. C'était là le caractère de Colomb. Il sentit vivement le coup qu’on ve-
nait de lui porter; mais en se retirant sur-le- | champ d'une cour qui l'avait amusé si long- |
temps de vaines espérances, sa confiance dans la vérité de son système ne diminua point, et son désir de la démontrer par l'expérience n’en fut
que plus ardent. Après avoir sollicité sans sue- |
cès la protection des souverains, il s'adressa aux ducs de Medina Sidonia et de Medina Celi,
| qui, quoique simples sujets, étaiént assez püis-
sans et assez riches pour mettre son projet à
| exécution. Mais cétte tentative he lui réussit pas sans daigner entrer dans aucune discussion, re- |
mieux ; car Cés Seigneurs, soit qn'ils ne fussent pas plus convaincus par les srgumens de Colomb que leurs souverains, soit qu'ils craignissent de blesser l'orgueil de Ferdinand, refuserent de seconder une entréprise que le monarque avait rejetée f,
Au chagrin que Colomb ressentit du mauvais saccès de ses tentatives se joignit l'inquiétude qüe lui causait l'ignorance où il était du destin
| de son frère Barthélemi ; qu’il avait envoyé à la , Cour de Londres et dont il n'avait atreune non-
velle. Le vaisseau qui portait Barthélemi avait été pris par des pirates, et lui-même, dépouilké
| de tout, était demeuré captif pendant plusieurs
années. À la fin il avait trouvé le moyen de s'é-
| Chapper et était arrivé à Londres, mais dans
une telle indigence qu'il fut obligé pendant long-temps de dessiner ét de vendre des cartes : jusqu’à ce qu'il eût gagné assez d'argent pour s'habiller décemment et se présenter à la cour.
| Enfin il parvint à mettre les offres de son frère
sous les yeux du roi, qui, malgré son extrême économie et sa défiance pour toute entreprise
| dispendieuse et nouvelle, accueillit le projet de l'autre déclarèrent à Colomb que jusqu'à ce que |
Colomb plus favorablement que n'avait fait Jusque:là aucun des princes à qui il avait été présenté.
Cependant Colomb, ignorant ce qu'était de-
| venu son frère et n’ayant plus aucune espérance
de la part de l'Espagne, s'était déterminé à aller lui-même en Angleterre. Il se piparait à partir et avait disposé de ses enfans pour le temps de son absence, lorsque Juan Pérez, prieur du couvent de Rabida près de Palos, où les fils de Colomb avaient été élevés, le sollicita vivement de différer son. voyage de quelques jours. Ce religieux était très attaché à Colomb, dont il avait eu plusieurs occasions de connaître les talens et la vertu. Soit par curiosité, soit par amitié, il se livra à un examen suivi de son système, conjointement avec un médecin du voisinage, habile dans les mathématiques, Cet examen les convainquit si pleinement de la solidité des principes d'où partait Colombet dela probabilité du
! Wie de Colomb, chap. xni. Aerrera, Decad, 1 lib.u, cap, vi,
succès, que Pérez, voulant conserver àsa patrie : la gloire et les avantages de cette grande entreprise, se hasarda d'écrire à Isabelle, la conjurant d'examiner l'affaire de nouveau avec l’attention qu’elle méritait.
Isabelle fut frappée des représentations d’un homme qu'elle respectait. Elle fit dire à Pérez de se rendre sur-le-champ au bourg de Santa- Fé, où la cour s'était établie pendant le siége de Grenade, et où elle voulait conférer avec lui sur le sujet important auquel Pérez la rappelait. Le premier effet de cette entrevue fut une invitation obligeante à Colomb de revenir à la cour et un présent d’une petite somme pour les dépenses de son voyage. On se flattait alors que la guerre avec les Maures serait bientôt heureusement terminée par la prise de Grenade, et que la nation allait être plus en état de s'engager dans de nouvelles entreprises. Cette circonstance, jointe aux marques de bonté que la reine venait de donner à Colomb, encouragea ses amis à se montrer avec plus de confiance et à favoriser son projet plus ouvertement qu'auparavant. Les principaux de ses protecteurs étaient Alonzo de Quintanilla, contrôleur des finances de Castille , et Louis Santangel, receveur des revenus ecclésiastiques en Arragon. Leur zèle à svconder cette grande entreprise mérite à leur nom une place honorable dans l’histoire. Ils firent connaitre Colomb à plusieurs personnes de haut rang qu'ils intéressèrent vivement en sa faveur.
Mais il n'était pas aisé de persuader Ferdinand. Sa froide et défiante prudence lui faisait encore regarder le projet comme extravagant , et pour rendre inutile le zèle des partisans de Colomb , il employa dans cette nouvelle négociation quelques-unes des personnes qui avaient déjà prononcé contre lui. Au grand étonnement de ces juges prévenus, Colomb parut devant eux avec la même confiance et aussi peu disposé à se relâcher en rien de ses premières demandes. Il proposait d’armer une petite flotte sous son commandement , et voulait le titre de vice-roi perpétuel et héréditaire de toutes les mers et de toutes les terres qu’il découvrirait, avec le dixième des profits qu’elles rapporteraient, en propriété pour lui et ses descendans. En même |! temps il offrait d'avancer le huitième de la dépense de l'armement, à condition qu’il aurait une
portion proportionnelle dans les bénéfices de l'entreprise. Si elle échouait il ne demandait aucune récompense. Au lieu d'envisager cette
, conduite comme une forte preuve de la convic- | tion où il était de la vérité de son système, et
d'admirer la magnanimité qui, après tant de
| délais et de refus , lui faisait soutenir ses deman-
des à la même hauteur, les personnes qui traitaient avec Colomb se mirent à calculer mesquinement les frais de l'expédition et la valeur de la récompense. La dépense, quelque modérée qu'elle fût, était , disaient-ils, trop considérable pour l’état des finances du royaume. Les honneurs et les émolumens que demandait Colomb étaient exorbitans, quelque heureux que fût le succès , et si ses espérances étaient trompées, de si magnifiques dons faits à un aventurier paraitraient inconsidérés et ridicules. Sous ces dehors imposans de prudence et de précaution, leur opinion parut si plausible et fut si vivement soutenue par Ferdinand, qu’Isabelle abandonna tout-à-fait Colomb et trompit brusquement la négociation qu’elle avait entreprise avec lui.
Cet événement fut plus mortifiant pour Colomb que tous les dégoûts qu'il avait éprouvés jusqu'alors. Son rappel à la cour avait fait renaître ses espérances et lui avait fait croire que ses travaux touchaient à leur fin. Il retombait dans l'incertitude. Toute la fermeté de son esprit lui suffit à peine pour soutenir ce revers inattendu; il se retira le cœur navré, ét ne vit plus d’autre ressource que de partir pour l’Argleterre, comme il l'avait d’abord projeté.
Vers ce temps-là Grenade se rendit. Ferdinand et Isabelle y firent leur entrée en triomphe et prirent ainsi possession d’une ville dont la conquête chassait du cœur de leurs royaumes une puissance ennemie, et les rendait maîtres de toutes les provinces qui s'étendent du pied des Pyrénées jusqu'aux frontières du Portugal. Comme les succès donnent aux esprits une ardeur qui les élève et les enhardit, Quintanilla et Santangel, les patrons de Colomb, toujours vigilans et adroits, saisirent ce moment favorable pour faire un dernier effort auprès d'Isabelle, Après avoir témoigné quelque surprise de la voir : hésiter si long-temps à encourager le plus beau projet qui eût jamais été proposé à aucun monarque , elle qui avait toujours protégé toutes les grandes entreprises, ils lui représentèrent
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que C ractèl son e ses co faire ( et de qu’en fortur la pre victio!
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que Colomb était d'un jugement sain et d’un caractère irréprochable, parfaitement capable par son expérience dans l’art de la navigation et par ses connaissances dans la cosmographie, de se faire des idées justes de la structure du globe et de la situation de ses différentes parties ; qu’en offrant de risquer lui-même sa vie et sa fortune dans l'exécution de son plan, il donnait la preuve la plus décisive de la force de sa conviction et de la réalité de ses espérances ; que la somme qu'il demandait pour équiper une flotte était fort peu de chose, et que les avantages qui pouvaient en revenir étaient immenses; qu’il n'exigeait d'autres récompenses de sa découverte et de ses travaux que celles que fourniraient les contrées mêmes qu’il espérait découvrir; qu'autant il était digne de la magnanimité d'Isabelle d'étendre la sphère des connaissances humaines et d'ouvrir une route à des pays inconnus, autant sa piété trouverait de satisfaction, après avoir rétabli la foi chrétienne dans les provinces d'où elle avait été si long-temps bannie, à découvrir un nouveau monde, auquel elle ferait porter la lumière des célestes vérités et le bonheur qui en est la suite; que si elle ne se décidait pas sur-le-champ, l’occasion serait pour jamais perdue ; enfin que Colomb se disposait à porter ailleurs ses offres; que quelque autre prince plus heureux ou plus hardi les accepterait, et que l'Espagne déplorerait éternellement la fatale timidité qui l'aurait privée de la
gloire et des avantages qui lui étaient offerts.
Ces puissantes raisons, présentées par des
personnes d’un si grand poids et dans un mo-
ment si bien choisi, produisirent tout leur effet.
L'incertitude et les craintes d'Isabelle se dissi-
pèrent. Elle ordonna tout de suite qu'on fit re-
venir Colomb, annonça la résolution où elle
était d'accepter toutes les conditions qu'il avait
mises lui-même à son traité, et regreltant que
le mauvais état des finances ne lui permit pas
d'y puiser, elle offrit généreusement ses dia-
mans en gage pour se procurer l'argent nécessaire aux préparatifs de l'expédition. Santangel, dans le transport de sa reconnaissance, baisa la main de la reine, et, pour la dispenser d'avoir recours à l'expédient désagréable qu'elle proposait, il s'engagea à avancer sur-le-champ la somme dont on aurait besoin 1,
Herrera, Decad. , lib, à, Cap. var,
Colomb avait déjà fait plusieurs lieues dans la route qui allait l'éloigner pour toujours de l'Espagne lorsque le courrier d'Isabelle l’atteignit, À la nouvelle de cette révolution inespérée en sa faveur, il retourna sur-le-champ à Santa-Fé, conservant cependant quelques restes de défiance mêlée avec la satisfaction que lui donnait son rappel. Mais l'accueil obligeant que lui fit la reine, joint à l'espérance prochaine d'exécuter enfin ce voyage qui était depuis si long-temps l'objet de ses pensées et de ses désirs, effacèrent bientôt le souvenir de tout ce qu'il avait souffert pendant huit années d'incertitudes et de sollicitations. La négociation fut dès lors suivie avec autant de promptitude que de facilité, et on signa, le 17 avril 1492, un traité dont voici les principaux articles :
1° Ferdinand et Isabelle, comme souverains de l'Océan, créaient Colomb grand-amiral dans toutes les mers, îles et continents qui seraient découverts par lui, office dont il jouirait, lui et ses héritiers , avec les mêmes droits et prérogatives qui appartenaient à celui de grand-amiral de Castille dans les limites de sa nouvelle juridiction. 2° Colomb était nommé vice-roi de toutes les îles et continens qu'il découvrirait ; mais si pour le bien des affaires il était nécessaire d'établir par la suite d’autres gouverneurs dans chacune de ces contrées, Colomb était autorisé à nommer trois personnes dont l'une serait choisie par Ferdinand et Isabelle. L'office de vice-roi devait aussi être héréditaire dans la famille de Colomb. 3° Ferdinand et Isabelle accordaient à Colomb et à ses héritiers, à perpétuité, le dixième de tous les profits provenant des productions et du commerce des pays qu'il découvrirait. 4° Si quelque querelle ou procès s'élevait sur des matières de commerce dans les pays nouvellement découverts, l'affaire serait terminée par la seule autorité de Colomb ou des juges désignés par lui. 69 Il était permis à Colomb d'avancer un huitième des frais de l'expédition et des fonds du commerce qui s’établirait, et à raison de cette avance, il retirerait un hui tième du profit !,
Quoique le nom de Ferdinand soit joint dans ce traité à celui d'Isabelle, la défiance de ce prince était encore si forte qu’il refusa de pren-
1 Vie de Colomb, chap. xv. Herrera, Decad. , lib. à,
| cap, IL
dré aucune part à l'entreprise en sa qualité de roi d’Arragon, et comme toute la dépense devait être fournie par la couronpe de Castille,
sur tous les profits que pouvait procurer dans la suite un heureux succès,
Dès que le traité fut signé, Isabelle serabla vouloir non-seulement faire oublier à Colomb les dégoûts qu'il avait essuyés, maisencore réparer le temps qu’on lui avait fait perdre en pressant elle-même les préparatifs de l'expédition avec la plus grande activité. Le 12 mai, tout ce qui dépendait de ses ordres se trouva prêt, et Colomb se rendit chez le roi et la reine pour recevoir leurs dernières instructions. Ils s'en reiairent à sa sagesse pour les détails de l'exécution; mais afin d'éviter de donner aucun ombrage au Portugal, ils lui défendirent absolument d'approcher d'aucun des établissemens portugais sur la côte de Guinée, ni d'aucun des pays sur lesquels cette nation réelamait quelque droit pour les avoir découverts. Isabelle avait fait armer les vaisseaux dont Colomb devait prendre le commandement, dans le port de Palos, petite ville maritime de la province d’Andalousie, Comme le prieur Jean Pérez, à qui Colomb avait déjà tant d'obligations, résidait dans le voisinage, ce bon ecclésiastique le servit encore utilement de son crédit auprès des habitans, non-seulement en obtenant d'eux ce qui lui manquait des fonds qu’il s'était engagé à fournir, mais en déterminant plusieurs d’entre eux à faire le voyage. Les principaux de ces associés de Colomb furent trois frères du nom de Pinson, riches et bons marins, qui youlurent bien risquer leur vie et leur fortune avec lui,
Cependant , malgré tous les efforts d'Isabelle et de Colomb, l'armement ne répondit guère ni à la dignité de la nation ni à l'importance de l'objet. Il consistait en trois vaisseaux seulement, dont le nlus grand était d’un port très peu considérable. Il était commandé par Colomb comme amiral, qui lui donna le nom de Sainte- Marie en l'honneur de la Vierge, pour laquelle il avait une dévotion particulière. Martin Pinson commandait le second appelé {a Pinta, et avait son frère François comme pilote. Le troisième, appelé {4 Nigna, avait pour capitaine Yanes Pinson. Ces deux derniers étaient très petits et n'étaient plutôt que de grandes chaloupes. Cette
escadre, si on peut lui donner ce nom, était approvisionnée pour douze mois et portait
. quatre-vingt-dix hommes, la plupart matelots, Isabelle réserva à ses sujets un droit exclusif |
ayec quelques aventuriers qui suivaient la for tune de Colomb et quelques gentilshommes de la cour d'Isabelle, chargés de l'accompagner. Enfin toute cette dépense, qui avait si fort ef. frayé la çour d'Espagne, et qui avait retardé si long-temps la négociation de Colomb, ne pas.
sait pas quatre mille livres sterling ( environ quaire-vingt-dix mille livres de France ).
L'art de la construction était encore dans l'enfance dans le quinzième siècle. Les vaisseaux n'étaient faits que pour des voyages très courts, où l'on ne s'écartait point des côtes. On peut dire que le courage et le génie entreprenant de Colomb éclata surtout dans la confiance avec laquelle il se hasardait, avec des navires si peu propres à une longue navigation , dans des mers inconnues , sans cartes pour le guider, sans connaissance des courans, sans expérience antérieure des dangers qu’il avait à craindre. Mais son empressement à accomplir le grand objet qui depuis si long-temps occupait toutes ses pensées lui fit oublier ou compter pour rien toutes ces circonstances qui auraient arrêté un esprit moins audacieux que le sien. Il pressa les préparatifs de son voyage avec tant d’ardeur et fut si bien secondé par les personnes qu'Isabelle avait chargées de cette affaire, qu’il fut bientôt en état de partir. Mais comme il était plein de sentimens de religion , il ne voulut pas s’embarquer pour une expédition dangereuse, et dont un des grands objets était d'étendre la foi chrétienne, sans avoir imploré par un acte public de dévotion la direction et la protection du ciel. Pour accomplir ce devoir, lui-même et tous ceux qui partaient avec lui allèrent en procession solennelle à l'église du monastère de Rabida, où, après s'être confessés et avoir reçu l'absolution, ils commuñitrent des mains du prieur Pérez, qui joignit ses prières aux leurs pour le succès d’une entreprise qu'il avait protégée avec un zèle si actif,
Le lendemain au matin, mardi 3 d'août 1492, un peu avant le lever du soleil, Colomb mii à la voile en présence d’une foule de spectateurs qui levaient leurs mains au ciel pour en obtenir une réussite heureuse, qu’ils souhaitaient plus qu'ils ne l’espéraient. Colomb cingla droit aux Cana-
mieu ches, tales temb C'e ment Nouv faisar toute:
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non-s entre mais et de affair prits réussi leté d même à la cl d'une unies
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li 3 d'août 1492, Colomb mi! à la spectateurs qui r en obtenir une aient plus qu'ils droit aux Cana-
ries et y arriva sans aucun événement qui, dans toute autre circonstance, fût digne d'être remarqué; mais dans un voyage dont les suites devaient être si intéressantes, tout attirait l'attention. Le gouvernail de /& Pinta se rompit le deuxième jour de la route. Cet accident alarma leséquipages, aussi superstitieux que peu habiles à réparer cet aceident , et fut regardé comme un augure assuré du mauvais succès de l’expédition. D'ailleurs, dans le court trajet d'Espagne aux Canaries, on éprouva que les navires étaient si mauvais et si mal en ordre, qu’on jugea qu'ils résisteraient difficilement à une navigation qu’on s'attendait devoir être en même temps longue et dangereuse. Colomb les fit rétablir de son mieux, et ayant embarqué des provisions fratches, il partit de Gomera, l’une des plus occidentales des Canaries, le sixième jour de septembre.
C'est à cette époque que commence proprement le voyage entrepris pour la découverte du Nouveau-Nionde; car dès ce moment Colomb, faisant voile directement à l'ouest, abandonna toutes les routes suivies jusque-là par les navigateurs , et se jeta dans une mer inconnue jusque-là. Il fit peu de chemin le premier jour faute de vent , mais le second il perdit de vue les Canaries. Aussitôt plusieurs de ses matelots, abattus et consternés en considérant la hardiesse de-leur entreprise, commencèrent à déplorer leur sort et à verser des larmes, comme s'ils ne devaient plus revoir la terre dont ils s’éloignaient. Colomb les rassura par les raisons qui lui faisaient espérer une heureuse réussite et par la vue des richesses qui les attendaient dans les régions opulentes auxquelles il les conduisait, Ce découragement, qui se muntrait de si bonne heure, fit connaître à Colomb qu'il aurait à combattre
non-seulement les diffieultés inséparables d'une lors. Là nos navigateurs furent frappés d’un
entreprise de la nature de celle qu’il tentait,
| un esprit insinuant, une persévérance infati- | gable à suivre un plan, un grand empire sur lui-
mais encore celles qui naîtraient de l'ignorance et de la pusillanimité des hommes à qui il avait | affaire; et il reconnut que l’art de manier les es- |
prits ne lui était pas moins nécessaire pour réussir, que tout son courage et toute son habi-
même et pour le pays qui l'employait, il joignait
même et :« talent de diriger et de mattriser les passions des autres. Ces qualités, qui le ren daient très propre à commander, étaient accompagnées de toutes les connaissances de son art qui inspirent la confiance dans les dangers. Des navigateurs espagnols, accoutumés seulement à suivre les côtes de la Méditerranée, ne pouvaient s'empêcher de regarder comme prodigieuse la supériorité que lui donnaient sur eux trente ans d'expérience et d'habitude des pratiques industrieuses des Portugais. Dès qu’il fut en mer, rien ne se fit que par ses ordres. Il veillait lui-même à l'exécution de toutes les manœuvres; il ne prenait que quelques heures de sommeil et ne quittait-pas le pont. Comme il naviguait dans des mers inconnues avant lui, la sonde et tous les autres instrumens d'observation étaient sans cesse entre ses mains, D'après l'exemple des na-
vigateurs portugais, il était attentif au mouvement des marées, à la direction des courans, au vol des oiseaux ; il observait les poissons, les plantes marines et tous les corps flottans sur la mer , et il recueillait dans un journal toutes ses remarques avec une exactitude scrupuleuse, Ses équipages, accoutumés seulement à des voyages très courts, ne pouvaient manquer de s’effrayer à mesure qu'ils s'éloignaient davantage des terres. Colomb s’efforça de leur cacher une partie du chemin au'ils faisaient. Dans cette vue, quoi-
que le deuxième jour après leur départ de Gomera ils eussent fait dix-huit lieues, Colomb ne leur en compta que quinze et employa constam-
ment le même artifice. Le 14 septembre la petite
flotte se trouvait à plus de deux cents lieues à
l'ouest des îles Canaries, plus loin de terre
qu'aucun vaisseau espagnol n'avait été jusqu'a
phénomène aussi étonnant que nouveau pour eux. L'aiguille aimantée ne se dirigeait plus exactement à l'étoile polaire, mais à un degré plus ouest : différence aui croissait à mesure qu’ils avançaient. Cet effet , aujourd'hui fami-
| lier, quoique sa cause soit demeurée parmi les leté dans la navigation, Heureusement pour lui- !
à La chaleur d'un homme à projets des qualités |
d'une autre espèce qui s'y trouvent rarement unies, une grande connaissance des hommes,
mystères de la nature que l’homme n’a pas encore expliqués, remplit de terreur les compagnons de Colomb, Ils se voyaient perdus dans un océan inconnu et sans bornes. loin de toutes les routes fréquentées. Là les lois de la nature
semblaient s’altérer, et le seul guide qu’elle leur eût donné allait leur manquer tout-à-fait. Colomb, avec autant de présence d'esprit que d'adresse , inventa sur-le-champ une explication de ce phénomène qui , sans le contenter lui-même, parut si plausible à ses gens que leurs murmures s’apaisèrent et leur crainte se dissipa.
Il continua de porter droit à l’ouest, à peu près sous la latitude des Canaries. En suivant cette route, il trouva les vents alisés qui soufflent constamment de l’est à l’ouest entre les tropiques et sous quelques degrés de latitude en dehors. Ces vents, toujours fixes, le poussèrent avec une rapidité si soutenue qu'il fut rarement nécessaire d'employer la voile. À environ quatre cents lieues des Canaries, il trouva la mer si couverte de plantes qu'elle ressemblait à une prairie d'une vaste étendue, et elles étaient en quelques endroits si épaisses que la marche du vaisseau en était retardée. Les inquiétudes et les alarmes recommencèrent de nouveau. Les matelots imaginèrent qu'ils étaient arrivés aux dernières bornes de l'Océan navigable , que ces herbes épaisses allaient les empècher de pénétrer plus avant, qu’elles cachaient des écueils dangereux ou une grande étendue de terres submergées. Colomb s'efforça de leur persuader que l’objet qui les effrayait devait plutôt lesencourager, commeétant le signe du voisinage de quelque terre. En même temps un vent frais les dégagea de ces
herbes. On vit plusieurs oiseaux voltiger autour |
du vaisseau et diriger leur vol vers l'ouest. La
troupe abattue reprit courage et conçut quelque |
espérance.
Le premier octobre, l'amiral se trouva, selon son estime, à sept cent soixante-dix lieues à l'ouest des Canaries , mais de peur que ses compagnons ne fussent effrayés de l'étendue du chemin qu'ils avaient déjà parcouru , il leur annonça qu'il n'y avait que cinq cent quatre-vingtquatre lieues de faites, et heureusement pour Colomb, son propre pilote et ceux des autres vaisseaux n'étaient pas assez instruits pour pouvoir reconnaitre qu’on les trempait. Ils étaient
‘ depuis trois semaines en mer , toujours avançant |
‘ sur la mème direction sans voir aucune terre , et il avaient fait beaucoup plus que tous les navigatewrs avant eux n'avaient tenté ou même jugé possible. Leurs pronostics de découvertes, tirés du vol des oiseaux ou d'autres circonstances les
avaient trompés. Les espérances de trouver la terre, dont l'artifice de leur commandant les avait amusés , ou que leur propre crédulité leur inspiraient, s'étaient toutes dissipées et semblaient s'éloigner plus que jamais : ces réflexions se présentaient souvent à des hommes qui n’avaient d'autre objet d'occupation ni d'autre matière de discours et de raisonnement que le but et les circonstances de leur expédition. Elles firent à la fin une forte impression, d'abord sur les plus ignorans et les plus timides , et passant par degrés aux plus instruits et aux plus résolus, la terreur se répandit dans les trois vaisseaux. Des murmures sourds on en vint bientôt à des plaintes ouvertes et à une cabale déclarée, Ils s'élevèrent contre la crédulité inconsidérée de leurs souverains, qui avaient eu assez de confiance aux vaines promesses et aux conjectures hasardées d'un misérable étranger, pour risquer la vie d'un grand nombre de leurs sujets à la poursuite d’un plan chimérique. Ils protestaient qu'ils avaient pleinement satisfait à leur devoir en s'avançant si loin dans une route dont le terme était inconnu, et qu'on ne pouvait les blâmer s'ils refusaient de suivre plus long-temps un aventurier qui les menait tête baissée à une perte certaine ; qu’il était nécessaire de penser au retour pendant que leurs méchans vaisseaux étaient encore en état de tenir la mer; en même temps ils annonçaient la crainte où ils étaient que ce retour ne fût désormais fermé, le vent qui avait été jusqu'alors favorable à leur route rendant impossible une navigation opposée.
Tous convenaient qu'il fallait contraindre Colomb de prendre un parti auquel tenait le salut commun. (Jwelques-uns des plus audacieux proposèrent, comme un moyen de se débarrasser de ses remontrances , de le jeter à la mer, persuadés qu’à leur retour en Espagne, la mort d'un aventurier qui avait manqué son projet n’exciterait ni intérêt ni curiosité,
Colomb sentit parfaitement tout le danger de sa situation. Il avait remarqué avec douleur kes funesies effets de l'ignorance et de la crainte dans le mécontentement de sa troupe, et il voyait une révolte près d'éclater. Il conserva cependant toute sa présence d'esprit. Il feignit d'ignorer leur complot. Malgré l'agitation et l'inquiétude de son âme, il se montra toujours avec un visage gai, ec affecta la satisfaction d'un
homn qui e fois i pour taqua sant ( et des tres 1 les me si par une € tendr gnol 4 Ces g empor samm étaien il rép près d s'aban( duite, Am voisine et ren comme sud-ou ple de oiseau) change Mais a velle r mois er âirent veilla a le dés Toute ; qui av.
Colon soutent l'équip:
le pont l'amiral la rout inutile | raisons été em} ble de homme timent la sévé
s de trouver la ommandant les re crédulité leur ssipées et semis : ces réflexions hommes qui n’an ni d’autre mament que le but édition. Elles fion , d'abord sur ides , et passant aux plus résolus, trois vaisseaux, int bientôt à des ale déclarée, Ils inconsidérée de u assez de conaux conjectures er, pour risquer leurs sujets à la . Ils protestaient ait à leur devoir e route dont le | ne pouvait les plus long-temps te baissée à une ssaire de penser échans vaisseaux a mer ; en même e où ils étaient s fermé le vent ble à leur route sation opposée.
contraindre Coel tenait le salut [s audacieux proe se débarrasser v à la mer, perpagne, la mort nqué son projet té, out le danger de avec douleur les et de la crainte sa troupe, et il r. Il conserva ceesprit. IL feignit ré l'agitation et montra toujours satisfaction d’un
homme content des succès qu'il a déjà eus et qui en attend de plus grands encore. Quelquefois il employait l'adresse et les insinuations
pour adoucir les esprits. D'autres fois il les at- |
taquait par l'ambition ou l’avarice, en leur faisant de magnifiques peintures de la renommée
et des richesses qu'ils allaient acquérir. En d'au- :
tres momens il prenait le ton de l'autorité et les menaçait de l'indignation de leurs souverains si par leur lâche conduite ils faisaient avorter une entreprise si noble, dont le but était d'étendre la gloire de Dieu et d'élever le nom espagnol au-dessus de toutes les nations de la terre. Ces gens grossiers, au milieu même de leurs emportemens séditieux, étaient contenus puis-
samment par les paroles d'un homme qu'ils |
étaient accoutumés à respecter. Non-seulement il réprima ainsi les excès auxquels ils étaient près de s’emporter, mais il leur persuada de s'abandonner encore quelque temps à sa conduite.
À mesure qu'ils avançaient , les apparences du voisinage de la terre semblaient plus certaines et rendaient l'espérance pius vive. Des oiseaux commençaient à paraître en troupe, volant au
sud-ouest. Colomb suivant encore en cela l'exem- ! ple des navigateurs portugais, que le voi des ;
oiseaux avait guidés dans leurs découvertes, | gens de /a Nigna pèchèrent une branche d'ar- |
changea sa direction et porta au sud-ouest, Mais après avoir tenu plusieurs jours cette nouvelle route sans succès et ne voyant depuis un mois entier que le ciel et l'eau , les matelots per-
dirent tout-à-fait l'espérance. La crainte se ré- !
veilla avec plus de force; l'impatience , la rage, le désespoir éclatèrent sur tous les visages. Toute subordination fut perdue. Les officiers , qui avaient jusque-là partagé la confiance de Colomb dans le succès de l'entreprise ei avaient soutenu son autorité, se rangèrent du côté de l'équipage. On s'assemble tumultueusement sur le pont ; on fait des plaintes et des menaces à
volte devenue si violente et si fénérale, Il se vit donc forcé de composer avec des passions auxquelles il ne pouvait plus commander et de laisser un libre cours à un torrent trop impétueux . pour être arrêté par aucune digue. 11 promit solennellement à ses gens de se conformer à ce qu'ils exigeaient de lui, pourvu qu'ils conti- : huassent de le suivre et de lui obéir encore trois , Jours, les assurant que si dans cet intervalle on ne voyait point terre, il abandonnerait son en: treprise pour retourner en Espagne.
Quelque animés que fussent les gens de Colomb, et quelque impatience qu'ils eussent de reprendre leur route vers l'Europe, ces propositions | ne leur parurent pas déraisonnables, Mais Colomb | lui-même ne hasardait pas beaucoup en se bornant à un terme si court. Les signes les moins . Équivoques et les plus nombreux annonçaient la | terre. Depuis quelques jours la ligne prenait fond et rapportait des matiéres qui donnaient la même indication. Les troupes d'oiseaux étaient en plus grande quantité et composées non-seulement d'oiseaux de mer, mais encore d'espèces qui ne peuvent pas s'écarter beaucoup de terre. L'équipage de {a Pinta aperçut un roseau flottant qui semblait fraichement coupé, et une pièce de bois travaillée de main d'homme. Les
| bre flottante avec des baies rouges parfaitement
l'amiral; on exige qu’il reprenne sur-le-champ | ; P
la route d'Europe. Colomb vit bien qu'il serait
inutile d'essayer encore et les insinuations et les |
raisons qui n'auraient point d'effet après avoir été employées si souvent, ef qu'il était impossible de ramener par le motif de la gloire des hommes en qui la crainte ävait éteint tout sentiment généreux. Il seutit que ni la douceur ni la sévérité ne pouvaient plus apaiser une ré- |
fraiches. Les nuages autour du soleil prenaient un aspect différent. L'air était plus doux et plus chaud, et durant la nuit le vent devenait inégal et variable. Colomb fut si persuadé par toutes ces remarques qu'il était près de terre, que le soir du omzième jour d'octobre, après une prière générale pour obtenir de Dieu un heureux succès, il fit carguer toutes les voiles, tenir les trois vaisseaux en panne et veiller toute la nuit, de peur d'être jeté à la côte. Dans ce moment de crise et d'attente, personne ne ferma les yeux. Tous restèrent sur le pont, le regard attaché sur le côté où l’on espérait découvrir cette terre désirée depuis si long-temps.
Vers les dix heures du soir, Colomb étant sur le château-d'avant, observa une lumière à quelque distance, et, tirant à part Pierre Guttières, page de la reine, il la lui montra. Guttières la distingua fort bien, et appelant Salcedo, com-
1 Oviedo, Æist. apud Ramusium , vol. ll, pag. 81-
missaire de l’escadre, tous trois reconnurent }
qu’elle était en mouvement comme si elle était
portée d’un lieu à un autre, Un peu après minuit |
on entendit crier : Zerre! terre! de la Pinta,
qui était toujours en tête des autres navires; | mais on avait été si souvent trompé par des ap- |
parences, qu'on y croyait plus difficilement et qu'on attendait le jour dans toute l'agitation que donnent à la fois l'inquiétude et l'impatience, Le jour arriva enfin, et les doutes et les craintes s'évanouirent. On vit distinctement à deux lieues au nord une île plate et verdoyante, garnie de bois, arrosée de plusieurs ruisseaux, et qui présentait tous les signes d’un pays délicieux. La troupe de /a Pinta commença à chanter le Ze Deum pour remercier Dieu, et les équipages des deux autres navires se joignirent à elle dans cet acte de piété. On versait des larmes de joie; on se félicitait mutuellement, Les actions de grâces qu’on rendit au ciel furent suivies de la réparation qu’on devait au commandant. Les Espagnols se jetèrent aux pieds de Colomb avec toutes les marques du repentir qu’ils avaient de leur faute et du respect qu'il leur inspirai. Ils lui demandèrent pardon de leur ignorance. le leur incrédulité et de leur insolence, qui lui avaient causé tant de peines et d'inquiétudes, et qui avaient mis tant d'obstacles à l’exécution d'un plan aussi bien concerté que le sien; passant enfin d’une extrémité à l’autre, l'homme que tout à l'heure ils avaient menacé et insulté, ils le regardèrent dans la chaleur de leur admiration comme inspiré par le ciel et doué d’une sagaci'é et d’un courage plus qu'humains pour l'accomplissement d’un dessein si fort au-dessus des idées de tous les siècles précédens.
Au lever du soleil, toutes les chaloupes garnies d'hommes et armées s'avancèrent vers l'ile, enseignes déployées, au son d’une musique militaire et avec tout l'appareil guerrier. A mesure qu’on approchait de la côte, on la voyait se couvrir d’habitans attirés par la nouveaute du spectacle, et dont les attitudes et les gestes exprimaient l'étonnement et l'admiration des objets extraordinaires qui frappaient leurs yeux, Colomb fat le premier Européen qui mit le pied dans le Nouveau-Monde qu’il venait de découvrir. Ï débarqua richement habillé, l'épée à la
main, ses COMpagnons à sa suite ; tous baisèrent !
la terre après laquelle ils soupiraient depuis si
loug-temps. Ils élevèrent un crucifix, et, se prosternant , remercibrent Dieu du succès heuveux de leur voyage. Hs prirent ensuite solen. nellement possession du pays pour la couronne de Castille et de Léon, avec toutes les formalités que les Portugais avaient coutume d'observer dans les découvertes qu'ils faisaient t.
Pendant toutes ces cérémonies, les Espagnols étaient environnés d’un grand nombre de naturels du pays, qui regardaient en silence et avec admiration des actions auxquelles ils ne comprenaient rien et dont ils ne prévoyaient pas les suites. L'habillement des Espagnols, la blancheur de leur peau, leur barbe, leurs armes, tout les étonpait. Ces grandes machines sur lesquelles ces étrangers venaient de traverser l'Océan, qui semblaient se mouvoir sur les eaux avec des ailes, et qui portaient au loin un bruit terrible, semblable à celui du tonnerre et accompagné d'éclairs et de fumée, les frappèrent d’une telle terreur qu’ils commencèrent à respecter leurs nouveaux hôtes comme des êtres d’un ordre supérieur, et comme des enfans du soleil descendus pour visiter la terre.
Les Européens n'étaient guère moins étonnés des objets qu'ils avaient sous les yeux. L'herbe, les arbustes, les arbres étaient différens de ceux d'Europe, Le sol paraissait de bonne qualité, mais ne présentait presque aucune marque de culture. Le climat semblait chaud aux Espagnols eux-mêmes, quoique extrêmement agréable, Les habitans étaient dans toute la simplicité de la nature, entièrement nus; leurs cheveux noirs, longs et droits, flottaient sur leurs épaules, ou étaient attachés en tresses autour de leur tête. Ils n'avaient point de barbe et tout le reste de leur corps était absolument sans poil, Leur teint tait de couleur de cuivre foncé; leurs traits, singuliers plutôt que désagréables; leur physionomie douce et timide. Leurs visages et d’autres parties de leur corps étaient bizarrement peints de couleurs éclatantes, La crainte les tint d'abord dans la réserve, mais bientôt ils se familiarisèrent avec les Espagnols et reçurent d'eux, avec des transports de joie, des grelots, des grains de verre et d’autres bagatelles, pour lesquelles ils donnèrent en échange quelques provisions et du fil de coton, la seule marchan-
! Vie de Colomb, ch. xxu, xxuu. Herrera, Decad. À, lib 1, Cap. x,
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dise de quelque valeur qu’ils pussent fournir. Vers le soir Colomb retourna à ses vaisseaux, accompagné par un grand nombre d'insulaires dans leurs bateaux qu'ils appelaient canots, faits d’un seul tronc d'arbre, mais qu'ils maniaient avec une adresse surprenante. Ainsi dans cette première entrevue des habitans du Nouveau-Monde avec ceux de l'ancien, tout se passa en témoignages d'amitié et à la satisfaction des uns et des autres : ceux-ci éclairés et ambitieux, se formant déjà de grandes idées des avantages qu’ils pouvaient retirer de ces nouvelles régions ; les premiers simples et sans défiance, ne prévoyant pas les calamités et la désolation qui s'approchaient de leur contrée.
Colomb, qui prit dès lors les titres et l’autorité d'amiral et de vice-roi, appela l'île qu'il venait de découvrir San-Salvador. Elle est plus connue sous le nom de Guanahani que les naturels lui donnaient. C'est l’une des îles Zucayes où de Bahama. Elle est située à plus de trois milles à l’ouest de Gomera, d’où la petite escadre avait pris son point de départ et seulement de quatre degrés plus méridionale , ce qui prouve combien peu Colomb s'était écarté de la route à l’ouest qu'ilavait voulu suivre, comme la pluspropre à leconduireau butqu'ilse proposait.
L'amiral employa le jour suivant à faire le tour de l'ile. La pauvreté des habitans lui fit juger que ce n'était pas là le riche pays qu'il
cherchait. Mais toujours d’après la théorie qu'il |
s'était faite sur la situation des régions les plus orientales de l'Asie , il conclut que San-Salvador était une des Îles que les géographes décrivaient comme située dans le vaste océan qui baigne les côtes de l'Inde !. Ayant observé que la plupart de ces insulaires portaient de petites plaques d'or comme ornement à leurs narines, il s'enquit soigneusement du lieu d'où ils tiraient ce précieux métal. Ils luignontrèrent le sud et lui firent comprendre par signes que l'or abondait dans les pays situés dans cette direction. IL se détermina donc à y diriger sa route, ne doutant pas qu'il ne trouvat ces opulentes régions qui étaient le but de son voyage et qui pouvaient le dédommager des peines qu'il avait souffertes et des dangers qu'il avait courus. Il prit avec lui sept des naturels de San-Salvador pour lui servir de guides et d'interprètes lorsqu'ils auraient appris 1 Pet. Mart., Epist. 135.
un peu d'espagnol, et es hommes simples regardèrent comme une distinction le choix qu'il fit d'eux pour l'accompagner.
Hi découvrit différentes îles et prit terre à trois des plus coneidérables, auxquelles il donna tes noms de Sainte-Marie de la Conception, de Ferdinand et d'Isabelle. Mais comme le sol, les productions, les habitans y étaient les mêmes qu'à San-Salvador, il ne s'arrêta dans aucune. Il s'informait partout d'où venait l'or et recevait partout la même réponse qu’il était apporté du sud. En suivant la même direction il découvrit bientôt après une contrée d'une grande étendue j non plate comme les îles qu'il avait déjà visitées, mais d’un terrain inégal, semé de collines et de montagnes, de rivières, de bois et de plaines; de sorte qu'il douta si c'était une île ou un continent, Les habitans de San-Salvador qu'il avait pris sur son bord lui donnaient le nom de Cuba. Colomb l'appela Juanna. ll entra dans l'embouchure d’une grande rivière avec sa petite escadre et tuus cs habitans s’enfuirent dans les montagnes à son approche. Comme il avait résolu de caréner ses vaisseaux en cet endroit, il envoya quelques Espagnols avec un des insulaires de San-Salvador pour reconnaître l'intérieur du pays. Ses gens s'étant avancés à environ soixante milles du rivage lui rapportèrent que le sol était meilleur et mieux cultivé que dans les îles qu'on venait de découvrir, qu’outre beaucoup de huttes éparses ils avaient trouvé un village contenant plus d’un millier d'habitans, que les naturels, quoique nus, leur paraissaient avoir plus d'intelligence que ceux de San-Salvador, qu'ils en avaient été reçus avec le même respect, qu'on leur avait baisé les pieds et qu’on les avait honorés comme des êtres descendus du ciel, qu'on
: leur avait fait manger d'une certaine racine dont
le goût ressemblait à celui de la châtaigne rôtie, et une espèce particulière de blé appelé maïs qui paraissait pouvoir fournir une très bonne nourriture soit rôtie, soit en farine, qu'ils n'avaient vu dans le pays d'autre quadrupède qu’une espèce de chien qui ne pouvait pas aboyer et un animal ressemblant à un lapin, mais beaucoup plus petit; enfin qu'ils avaient observé parmi ces peuples quelques ornemens d’or, mais de peu de valeur {,
! Vie de Colomb, chap. n. Herrera, Decad. À, lib. s, Cap. Xv, ele.
TT da à
Ces députés avaient déterminé quelques-uns des naturels du pays à les suivre. Ceux-ci firent
entendre à Colomb que l'or qui ieur servait de |
parure se trouvait à Cubanacan. Ilsentendaient par-là l'intérieur de Cuba. Mais l'amiral, ignorant leur langage , sans habitude de leur prononciation, et d’ailleurs toujours conduit dans ses conjectures par son système de découverte et son opinion sur la situation des Indes, supposa que ces gens lui parlaient du grand Kan, et imagina que le grand royaume de Cathay, décrit par Marc Paul, n'était pas fort éloigné. Il résolut en conséquence d'employer quelque temps à visiter le pays. Il parcourut tous les havres depuis le Port-au-Prince au nord de Cuba jusqu'à l'extrémité orientale de l’île; mais quoique ravi de la beauté des aspects qu'il rencontrait à chaque pas et de la fertilité prodigieuse du sol, circonstances qui par leur nouveauté frappaient vivement sou imagination (14), il n’y trouva pas l'or en assez grande quantité pour satisfaire l'avidité de ses compagnons et remplir l'attente des souverains qui l'employaient. Les naturels aussi étonnés de l’empressement extrème que les Européens mettaient à la recherche de ce métal que ceux-ci l'étaient de l'ignorance et de la simplicité des insulaires, indiquèrent à l’est une ile qu’ils appelaient Haïti, en faisant entendre que l'or y était plus abondant que chez eux. Colomb se disposa à faire voile vers cet endroit avec son escadre; mais Martin Alonzo Pinson , voulant prendre le premier possession des trésors que cette contrée promettait, quitta les deux autres vaisseaux, sans s'embarrasser des signaux que lui fit l'amiral pour lui ordonner de diminuer de voiles jusqu’à ce que ses vaisseaux l’eussent joint.
Colomb, retardé par des vents contraires, ne put pas gagner Haïti avant le 6 décembre. Il donna au premier port où il aborda le nom de Saint-Nicolas et à l'ile même celui d'Héspaaiola en l'honneur de la nation qu'il servait : c'est la seule contrée, parmi celles qu'il a dé-
couvertes, qui ait conservé le nom qu'il lui avait |
donné. Comme il ne put ni rejoindre {a Pinta
: Là il fut plus heureux. Ses gens se saisirent | d’une femme qui s’enfuyait. Après l'avoir traitée avec beaucoup de douceur, Columb la renvoya avec quelques-unes des bagatelles qu'il s'était aperçu déjà qu'on estimait beaucoup dans ce pays. Le compte que cette femme rendit à ses compatriotes de l'humanité de ces étrangers et de lout ce qu'ils avaient d'extraordinaire , l'admiration qu'excitèrent en eux les petits présens qu'elle avait rapportés et qu’elle leur montrait avec transport, le désir d'en obtenir de pareils, toutes ces circonstances dissipèrent leurs craintes et déterminérent plusieurs d’entre eux à venir jusqu'au havre. Leur curiosité et leurs désirs furent satisfaits. Ces peuples ressemblaient | beaucoup à ceux de. Guanahani et de Cuba.
Mème nudité, même ignorance, mème sim- | plicité. Ils paraissaient également privés des | arts qu’on regarde comme les plus nécessaires | dans les sociétés policées; mais ils étaient doux, crédules et si timides, qu'il était aisé de prendre ur grand ascendant sur eux , d'autant que leur étonnement les conduisit à la même illusion | qui avait fait regarder aux autres insulaires les Espagnols comme une espèce d'êtres audessus de l'espèce humaine et descendus immédiatement du ciel. Ils avaient beaucoup d'or qu'ils recevaient de leurs voisins et ils l'échangèrent avec un grand empressement contre des sonnettes, des grains de verre et des épingles, commerce inégal, mais dont les deux parties contractantes étaient également satisfaites, chacune regardant l'échange comme très avantageux pour elle. Colomb reçut la visite d’un cacique ou prince du pays , qui arriva avec toute la pompe que pouvait connaître ce peuple simple, porté
| dans un palanquin sur les épaules de quatre
hommes et suivi d’un grand nombre de ses sujets qui montraient pour lui beaucoup de respect, Son maintien était grave et composé. Il avait de la dignité avec ses gens et une grande politesse avec Colomb et les Espagnols. Il donna
pi établir aucun commerce avec les habitans, |
qui s'étaient enfuis dans les bois en montrant une grande frayeur, il quitta tout de suite Saint- Nicolas, et, suivant le côté du nord de l'ile, il entra dans un havre qu’il appela {a Conception.
à l'amiral quelques plaques d’or assez minces et une ceinture d’un travail curieux, et il en reçut avec une grande satisfaction quelques petits présens f,
Colomb toujours occupé à découvrir les mines d'or, continua d'interroger tous les naturels du
! Vie de Colomb, ch. xxiv, xxvur. Herrera, Decad L lib. 1, Cap. x1v.
pays ave nication s'accord:
tagnes c tance de de ce m pango, Paul et douta pl ne fusse de l'Asie gions qu à l’est. I!
appela S pays sou sant, 4} l'apprit « rains qui voya sur:
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ouvrir les mines > les naturels du
Herrera, Decad L
pays avec lesquels il put avoir quelque communication pour savoir où elles étaient situées. Ils s'accordaient tous à lui montrer un pays de montagnes qu'ils appelaient Cibao, à quelque distance de la mer et à peu près vers l'est. Frappé de ce mot qui lui parut être le même que Ci- Pango, nom donné aux Îles du Japon par Marc Paul et par quelques autres voyageurs, il ne douta plus que les pays qu'il avait découverts ne fussent voisins des parties les plus orientales de l'Asie, et se tenant assuré d'arriver à ces régions qui étaient le but de son voyage , il porta à l'est. Il entra dans un havre commode qu'il appela Saint-Thomas, et trouva cette partie du pays sous le gouvernement d’un cacique puis sant, appelé Guacanahari, qui, comme il l'apprit dons la suite, était un des cinq souverains qui se partageaient l'île. Guacanahari envoya sur-le-champ des députés à Colomb qui lui présentèrent un masque travaillé avec beaucoup d'art, dont les oreilles, le nez et la bouche étaient d'or battu; le cacique le faisait inviter en même Lemps à venir au lieu de sa résidence près du havre appelé aujourd'hui Cap-Français , à quelques lieues plus loin du côté de l’est. Colomb envoya quelques-uns de ses officiers pour visiter ce prince, qui, se conduisant avec plus de dignité, semblait mériter de plus grands égards. Les députés étant revenus rendirent à Colomb un compte si favorable du pays et des habitans, qu'il consentit avec beaucoup d’empressement à l’entrevue que Guacanahari lui proposait.
Dans ce dessein il fit voile de Saint-Thomas le 24 décembre avec un bon vent et une mer très calme, La multiplicité de ses occupations ne lui avait pas permis de fermer les yeux depuis deux jours. Il se retira vers minuit pour prendre
quelque repos, après avoir remis le gouvernail | | récompense qui lui appartenaient à si juste titre. Celui-ci se croyant à l'abri de tout danger le |
su pilote, avec défense expresse de le quitter.
laissa à un mousse sans expérience, et le vais-
seau emporté par un courant toucha contre un |!
rocher. La violence du choc éveilla Colomb. Il courut sur le pont. Tout était dans la confusion
et le désespoir. Lui seul conserva sa présence | d'esprit. Il ordonna à quelques matelots de se |
mettre dans une chaloupe et d'aller jeter une ancre à la poupe, mais au lieu d’obéir ils voguèrent vers {a Nigna qui était environ à une
demi-lieue de là, 11 voulut faire couper les mats pour soulager le navire, mais il était trop tard Le vaisseau s'était ouvert près de la quille et faisait tant d’eau que sa perte devint inévitable, Moyennant le calme de la mer et le secours des chaloupes de la Nigna arrivée à propos, personne ne périt. Aussitôtque les insulaires s'aperçurent de ce malheur, ils accoururent en foule sur le rivage, leur prince Guacanahari à leur tête. Au lieu de prendre avantage de la déplorable situation des Espagnols pour se débarrasser de ces hôtes dangereux, ils déploraient leur infortune avec toutes les marques de la compassion la plus vraie. Ils ne s’en tinrent pas à ces express ons stériles de leur humanité. Ils mirent en mer un grand nombre de canots, et se laissant cuiriger par les Espagnols, ils les aidèrent à sauver tout ce qu’il fut possible de tirer du vaisseau. Par le secours de tant de bras on porta à terre presque tout ce qui était de quelque valeur : aussitôt que les effets furent sur le rivage, Guacanahari lui-mème se chargea de les faire garder. Par ses ordres on les déposa tous dans un même endroit et il y placa des sentinelles armées qui tenaient la multitude à une certaine distance et l'empêchaient non-seulement de dérober , mais même de regarder avec trop de curiosité ce qui appartenait à ces étrangers devenus leurs hôtes Le lendemain matin le prince rendit visite à Colomb qui s'était transporté à bord de {a Nigna et s'efforça de le consoler de sa perte en lui offrant tout ce qui dépendait de lui pour la réparer !.
Colomb avait en effet besoin de consolation ; il était séparé de /a Pinta et ne doutait pas que le traître Pinson n’eût fait voile pour l'Europe afin de porter les premières nouvelles des découvertes étonnantes que la flotte avait faites et de lui dérober auprès de la reine la gloire et la
Il demeurait avec un seul vaisseau, le plus petit et le plus endommagé de l’escadre, ayant à traverser une mer si vaste et à reporter en Europe un si grand nombre d'hommes. Chacune de ces circonstances était alarmante, et toutes ensemble remplissaient l'esprit de Colomb de la plus vive inquiétude. Le désir de prévenir Pin
son et de combattre les impressions défavorables
1 Herrera, Decad, |, lib. 1, cap. xv.
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