‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme]Chapitre 78 sur 155 · WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

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462 HISTOIRE D'AMBRIQUE. [1482]

que ce rival pourrait domner de li en Espagne, ne lui permit pas de différer son retour. La dif ficulté de ramener dans {4 Nigna les équipages des deux vaisseaux et l'opinion qu'il avait prise de la bonté du pays et de la donceur des habitans le confirmèrent ‘dans la pensée qu'il avait eue de laisser une partie de sa troupe dans l’île, afin qu'en résidant parmi ces peuples les Espagnols pussent apprendre leur langue, étudier leurs dispositions , examiner la nature du pays, aller à la recherche des mines, préparer l'établissement d’une colonie qu’il projetait de ramener , assurer enfin tous les avantages qu'il attendait de ses découvertes. Lorsqu'il proposa ce projet à ses gens , tous l'approuvérent , et soit pour se reposer des fatigues d'un voyage, soit légéreté naturelle aux navigateurs , soit «espérance d’amasser de grandes richesses dans un pays qui paraissait les promettre, plusieurs s'offrirent volontairement à rester à Hispaniola.

Rien ne manquait plus à l'exécution du projet que d'obtenir le consentemerit de Guacanahari , dont la simplicité confiante fournit bientôt à Colomb une occasion favorable pour lui faire cette proposition. L'amiral ayant exprimé par signes qu'il désirait de savoir pourquoi les insulaires s'étaient enfuis avec une si grande pré-

cipitation à l'approche de ses vaisseaux , le ca- |

cique lui fit entendre que le pays était désolé par les Caraïbes, peuple habitant quelques îles situées au sud-ouest. nation guerrière et cruelle, qui se plaisait dans le carnage et qui mangeait la chair des prisonniers tombés entre ses mains ; qu'à la première apparition des Espagnols, les insulaires avaient supposé que c'étaient les Caraïbes auxquels ils n’osaient pas tenir tête, et qu'ils avaient eu recours au moyen qu’ilsemployaient ordinairement pour se mettre en sûreté en se retirant dans leurs bois les plus épais et les plus impénétrables. Guacanahari en parlant de ces terribles ennemis donna des marques d’une si grande frayeur et montra si ouvertement l'impuissance où était sa nation de leur résister, que Colomb imagina que le cacique recevrait sans alarme l'offre de le défendre contre eux. Illui proposa donc le secours des Espagnols. Il s'engagea à prendre le cacique et sa nation sous la protection du pnissant monarque au service duquel il était lui-même, et lui offrit

de Jwissér dats l'île un nombre d'hommes saffisant non-seulemént pour défendre les habitans des incursicns que pourraient faire les Caraïbes à l'avenir , mais pour se venger des maux qu'ils avaient faits.

Lecrédale Guacan#bari accepta l'offre de Colomb avec beaucoup d’empressemnent et se crut désormais en sûreté sous la pretection de ces hommes , enfans du ciel, et supérieurs en forcé aa reste des mortels. On traça sur le terrain k plan d’un petit fort queGolomb appela Vavidaa (de la nativité); parce qu'il était débarqué sur cétte terre le jour de Noël. On cretisa un fossé profond. On éleva dés remparts fortifiés de palissades et on y plaça les gros canons sauvés du haufrage du vaissean de l'amiral. L'ouvrage fut fini en dix jours, ces pauvres insulajres ayant travaillé eux-mêmes avec une assiduité infatigable à élever le premier monument de leur servitude. Pendant ce temps Colomb s’efforça d'augmenter par ses caresses et sa libéralité là haute opinion qu’ils avaient des Espagnols, et la persuasion où ils étaient de sa bienveillance à leur égard. Mais il voulut en mème temps leur donner üne idée imposante de la force que les Espagnols avaient en main pour punir et exterminer ceux qui mériteraient leur juste indignation. Dans cette vue, en présence d’un peuple

nombreux ; il disposa ses gens en ordre de ba-

taille et leur fit voir par des épreuves innocentes la k té du tranchant des sabres espagnols , la force de leurs piques:et les effets de leurs arquebuses. Ces peuples grossiers, ignorant usage du fer , ne eonniaissant d’autres armes que des flèches de roseau armées d'os de poisson, des sabres et des javelines de bois durci au feu, furent saisis d’étonnement et de frayeur. Avart que leur surprise et leur crainte eussent eu le temps de s’affaiblir , Colomb fit tirer les gros canons. Gette explosion subite les frappa d’une telle terreur qu'ils tombèrent à terre se couvrant le visage de leurs mains, et lorsqu'ils virent ensuite les effets éton”ans des boulets ils conclurent qu’ilétait impossible dé résister à des hommes qui disposaient de ces instrumens destructeurs et qui marchaient armés de l'éclair et du tonnerre contre leurs ennemis.

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cendant sur les esprits de ce peuple timide, Colomb destina trente-huit de ses gens pour rester dans l’île. I] mit à leur tête Diégo d’Areda, gentilhomme de Cordoue, en l'investissant des pouvoirs qu'il avait reçus lui-même de leurs majestés catholiques. Il laissa à cette colonie naissante tout ce qui était nécessaire pour subsister et se défendre. Il recommanda aux Espagnols, dans les termes les plus forts, de se tenir unis ensemble, de montrer une soumission sans réserve au commandant, d'éviter de donner aucun sujet de plainte aux naturels du pays, de cultiver l'amitié de Guacanahari, mais de ne Jamais se mettre en son pouvoir en s'avançant dans l’île en petites troupes, ou en s’éloignant trop du fort. Il leur promit de revenir promptement avec un renfort qui les mettrait en état de prendre une pleine et paisible possession du pays et de recueillir le fruit de leurs découvertes. Il s’engagea en même temps à faire mention de leurs noms au roi et à la reine et à présenter leurs services sous le jour le plus avantageux !.

Après avoir pris toutes ces précautions pour la sûreté de la colonie, il partit du port de la

Nativité le 4 janvier 1493, et faisant voile vers |

l'est, il découvrit et nomma la plus grande partie des havres de la côte du nord de l'île. Le 6, il aperçut {4 Pinta et la rejoignit après une séparation de plus de six semaines. Pinson s’ef-

força de justifier sa conduite en préteudant qu'il | avait été emporté par la force de la mer et des |

courans et que les vents contraires l'avaient empêché de revenir. L’amiral, quoique très convaincu des mauvaises intentions de Pinson et de la faiblesse des raisons qu'il apportait pour sa défense, sentit bien que ce n'était pas là le moment de compromettre son a“torité en l’exer- Çant tout entière; il était d’ailleurs si satisfait de cette réunion qui le délivrait de beaucoup de craintes , que toute mauvaise qu'était l'apologie de Pinson, il la reçut sans objection et parut lui rendre son amitié. Pendant la séparation d’avec l'amiral, Pinson avait visité plusieurs parties de la côte et tiré un peu d’or des naturels en trafquant avec eux, mais il n'avait fait aucune découverte importante,

!Oviedo ap. Ramus. 111, p. 82. Herrera, Decad. 1, lib. x, cap. xx. Vie de Colomb, ch. xxxiv. \

L'état du vaisseau de Colomb et l'impatience

| de ses gens le forçaient de hâter son retour en Eurepe. La Nigna ayant beaucoup souffert pendant un si long voyage faisait eau de toute part. Ses compagnons de voyage, après une si longue absence, brûlaient du désir de revoir leur pays natal et de raconter à leurs compa-

| triotes les choses étonnantes qu'ils avaient vues. | Pressé par toutes ces raisons, Colomb partit enfin le 16 janvier, et se dirigeant vers le nord-est

| ileut bientôt perdu la terre de vue. Il avait à son bord quelques habitans des différentes îles

| qu’il avait découvertes, et outre l'or qui avait | été le principal objet de ses recherches, il rap- | portait une petite quantité de toutes les pro- | ductions qui pouvaient devenir la matière de | quelque commerce, des oiseaux inconnus et d’autres curiosités naturelles propres à attirer | l'attention et à exciter l’étonnement des F:ro- | péens. Le voyage fut heureux jusqu'au 14 de | février, et on avait déjà fait cinq cents lieues sur la mer Atlantique, lorsque des vents violens | commencèrent à s'élever et continuant de s’accroître devinrent un ouragan terrible. Tout ce que l'expérience et l’habileté de Colomb purent lui fournir de ressources pour sauver les vais- | Seaux fut employé. Mais il était impossibie de | résister à la violence de la tempête, et comme on | était loin encore de toute terre leur perte sem- | blait inévitable, Les matelots eurent recours aux prières, à l’invocation des saints, aux vœux, aux charmes mêmes, enfin à tout ce que la re- | ligion peut dicter ou la superstition suggérer | dans les dangers extrêmes; tous ces moyens étant sans effet et la perte des Espaguols paraissant inévitable , ils s’abandonnaient au désespoir et s'attendaient à chaque moment à être engloutis par les flots. Outre les passions naturelles qui agitent le cœur de l’homme dans de si terribles situations et lorsque la mort se présente sousses formesles pluseffrayantes. Colomb était en proie à des sentimens plus douloureux encore ct qui lui étaient particuliers. Il craignait que l'étonnante découverte qu’il venait de faire ne périt avec lui et que le genre humain ne fût privé de tous les avantages qui pouvaient en être les fruits. Son nom allait passer à la postérité comme celui d'un aventurier imprudent et trompé, au lieu de vivre dans la mémoire des hommes comme celui de l’auteur de

la plus belle entreprise qui eût jamais été conque. Ces désolantes réflexions étouffaient en lui le sentiment même du danger présent. Moins touché de la perte de sa vie qu'occupé de conserver la mémoire des grandes choses qu'il avait tentées et exécutées, il se retira dans sa chambre et écrivit sur du parchemin un récit abrégé de son voyage, de la route qu'il avait suivie, de la situation'et de la richesse des pays qu'il avait découverts et de l'établissement de la colonie qu'il y avait laissée. Ayant ensuite enveloppé son écrit d’une toile cirée, il l'enferma d’une-espèce de gâteau de cire qu’il mit dans un tonneau bouché avec soin et qu'il jeta à la mer, dans l'espérance que quelque accident heureux, conserverait un dépôt si précieux au monde (16).

Enfin la Providence vint à son secours et sauva une vie réservée à d’autres événemens intéressans. Le vent tomba, la mer se calma , et le soir du quinzième jour on découvrit une terre vers laquellé on.gouverna sans la connaître. On s’aperçut bientôt que c'était Sainte-Marie, une des Açores ou îles occidentales, soumises à la couronne de Portugal. Là, après de grandes difficultés de la part du gouverneur, Colomb se conduisant avec autant de prudence que decourage, obtint des rafraîchissemens et tous les secours dont il avait besoin. Une circonstance linquiétait cependant beaucoup. La Pinta, qu'il avait vue le premier jour de la tempête, ne paraissait point. Il craignit d’abord qu'elle n’eût été ensevelie dans les eaux et que tout n’eût péri. Ensuite ses premiers soupçons revinrent et il se persuada que Pinson avait fait voile pour l'Espagne, afin d'arriver avant lui et de partager sa gloire en donnant les premières nouvelles de ses découvertes.

Cette dernière crainte lui fit quitter les Açores dès que le vent le lui permit. A peu de distance de la côte d’Espagne, lorsqu'il touchait presque au terme de son voyage et qu'il était, ce semble, hors de tout danger, une autre tempête s’éleva presque aussi violente que la première, et qui, après l'avoir ballotté deux jours et deux nuits, ie força d’entrer dans le Tage. Après en avoir demandé la permission au roi de Portugal, il se rendit à Lisbonne, et quoique

L Vie de Colomb, chap. xxxvn.. Herrera, Decau. 1, Gb 11, Cap. 1, 11,

les Portugais pussent assez naturellement sentir quelques mouvemens de jalousie en voyant une autre nation entrer avec eux dans la carrière des découvertes qu'ils croyaient réservée à eux seuls, et dès les premiers pas éclipser leur renommée , Colomb fut reçu avec toutes les marques de distinction dues à un homme qui avait exécuté une entreprise aussi nouvelle que grande. Le roi l’admit en sa présence, le traita avec la plus haute considération, écouta le récit de son voyage avec une admiration mêlée de regret, tandis que Colomb de son côté jouissait de la satisfaction de développer l'importance de sa découverte et de prouver la justesse de ses spéculations aux mêmes personnes qui, par une ignorance nuisible à elles-mêmes et fatale à leur pays, venaient de les rejeter comme les projets d’un visionnaire ou d’un aventurier !.

Colomb, impatient de retourner en Espagne, nes’arrêta que cinq jours à Lisbonne. Le 15 mars, il arriva au port de Palos, sept mois et onze jours après son départ de ce même lieu. Aussitôt qu'on découvrit son vaisseau tous les habitans coururent au rivage pour embrasser leurs parens et leurs compatriotes, ét savoir des nouvelles de leur voyage. Mais lorsqu'ils apprirent l’heureux succès de l’expédition; lorsqu'ils virent des hommes extraordinaires amenés par Colomb, des animaux inconnus, des productions singulières des pays qu'on avait découverts, l'effusion de la joie fut générale et ne put se contenir. On sonna toutes les cloches, on tira le canon. Colomb en débarquant fut reçu avec les mêmes honneurs qu'on aurait rendus au roi. Tout le peuple en procession solennelle l’accompagna lui et sa troupe à l’église, où ils allèrent remercier Dieu d'avoir couronné d’un si heureux succès le voyage le plus long et le plus important qui eût jamais été entrepris. Le soir du même jour Colomb eut la satisfaction de voir entrer dans le port {4 Pinta que la violence de la tempête avait jetée bien loin au nord. | Le premier soin de Colomb fut de donner avis au roi et à la reine , qui étaient alors à Barcelonne, de son arrivée et de ses découvertes. Ferdinand et Isabelle, également étonnés et ravis

1 Vie de Colomb, chap. xL, x. Herrera, Decad. |, 1 lib.sr, cap. ur.

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de donner avis alors à Barcecouvertes. Feronnés et ravis

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d'un succès qu’ils n’espéraient presque plus, répondirent à Colomb de la manière la plus honorable et la plus flatteuse, et lui mandèrent de se rendre sur-le-champ auprès d'eux pour apprendre de lui-même le détail de son expédition et des circonstances du service signalé qu'il venait de leur rendre. Dans son voyage à Barcelone, le peuple accourait en foule de tous les endroits voisins, le suivait avec admiçation, et lui prodiguait les applaudissemens. Ferdinand

et Isabelle ordonnèrent que son entrée dans la-

ville se fit avec tout l'appareil convenable à un événement qui allait donner à leur règne un si grand lustre. Les hommes qu'avait amenés Colomb des pays qu'il venait de découvrir, marchaient les premiers. Leur teint, leur physionomie, la singularité de toute leur personne, les faisaient regarder comme des hommes d’une espéce nouvelle, Après eux on portait les ornemens d’or façonnés par l'art grossier de ces peuples ;. les grains d’or trouvés dans les montagnes et la poudre du même métal recueillie dans les rivières ; enfin les différentes productions de ces Pays nouveaux. Colomb fermait la marche et attirait tous les yeux. On contemplait avec admiration cet homme extraordinaire dont le génie et le courage avaient conduit les Espagnols à travers des mers inconnues, à la découverte d'un monde nouveau. Ferdinand et Isabelle le reçurent, assis sur leur trône, vêtus de tous les ornemens royaux, et placés sous un dais magnifique. À son approche ils se levèrent , et ne permettant pas qu’il se mit à genoux pour leur baiser la main, ils lui ordonnèrent de s'asseoir sur un siége préparé pour lui, et de leur faire le récit de son Voyage ; ce qu’il fit avec une gravité également convenable au caractère de la nation espagnole et à la dignité de l'assemblée et en même temps avec la modeste simplicité d’un esprit supérieur qui, content d'avoir exécuté de grandes choses, ne cherche pes à les relever par une vaine ostentation. Lorsqu'il eut fini sa narration , le roi et la reine se mirent à genoux pour rendre grâce à Dieu d’une découverte dont ils espéraient recueillir pour leurs royaumes les plus grands avantages (17). Ils donnérent à Colomb les marques les plus éclatantes de la reconnais-

sance et de l'admiration que leur inspiraient son |

courage et ses travaux. Il fut confirmé lui et ses |

héritiers, par des lettres patentes, dans tous les !

priviléges stipulés dans le traité de Santa Fé. Sa famille fut anoblie. Le roi, la reine, et à leur exemple, tous les courtisans le traitérent en toute occasion avec les égards réservés aux personnes du plus haut rang. Mais ce qui satisfit, plus que toutes ces faveurs, cet esprit actif et entreprenant, toujours occupé de grands objets, ! ce fut l'ordre d’équiper promptement une flotte avec laquelle il pût non-seulement s'assurer la possession des pays qu’il avait déjà découverts, mais aller encore à la recherche des contrées plus riches qu’il se flattait toujours de découvrir! Tandis que ces préparatifs se faisaient, le bruit de l'expédition et des découvertes de Colomb se répandait et attirait l'attention de toute l'Europe. La multitude, frappée d’étonnement en entendant dire qu'on avait découvert un nouveau monde, ne pouvait croire une chose si fort au-delà de la sphère des idées communes. Les hommes instruits, capables de concevoir toute l'importance de ce grand événement et d'en prévoir les suites, l'apprirent avec des transports d'admiration et de joie. Ils en parlaient avec ravissement ; ils se félicitaient les uns les autres d’avoir vécu dans un siècle où cette grande découverte reculait les bornes ces connaissances, ouvrait au genre humain une moisson nouvelle de recherches et d'observations, et fournissait désormais à l'homme un moyen de connaître parfaitement la structure et les productions du globe qu'il habite (18). Les opinions se partagèrent?, et l’on forma différentes conjectures sur les pays nouvellement découverts; on demandait à quelle division de la terreils appartenaient. Colomb soutenait toujours sa première idée, et voulait qu’on les regardât comme une portion de ces vastes régions de l'Asie, comprises alors sous le nom général d'Inde. Ce sentiment était confirmé par ses observations sur les productions de ces pays. L'or abondait dans l'Inde, et il avait rapporté desiles qu'il avait visitées une assez grar.de quantité de ce métal pour croire qu'on y en trouverait des mines. Le coton , autre production des Indes orientales, était commun dans ces îles. Le piment lui paraissait être une espèce de poivre d'Inde. Il prenait une racine assez ressemblante à la rhubarbe, pour cette

! Vie de Colomb, ch. xux, x, Herrera, Decad. 1 | Vib. st, cap. nr.

* P. Mart., Epist. 133, 134, 135. 30

drogue précieuse qu'on supposait alors être une production particulière des Indes orientales f. Les oiseaux qu'il avait apportés étaient ornés de pluages de couleurs aussi riches que ceux de l'Asie. L'ailigator lui paraissait le même animal que le crocodile. Toutes ces circonstances déterminèrent non-seulement les Espagnols, mais les autrés nations de l'Europe , à adopter l'opinion de Colomb. Les pays qu'il avait découverts furent considérés comme faisant partie de l'Inde, et Ferdinand et Isabelle leur donnèrent le nom d'Indes dans la ratification du traité de Santa- Fé accordée à Colomb à son retour ?. Lorsque ensuite l'erreur fut découverte et la vraie situation du Nouveau-Monde mieux déterminée, il conserva son premier nom : on l'appelle encore Indes occidentales , et ses habitanñs 7ndiens. Ce nom si séduisant , les échantillons apportés par Colomb de la richesse et de la fertilité de ces pays nouveaux, l’exagération trop naturelle aux voyseurs que ses compagnons mettaient dans leurs récits, donnèrent de si belles espérances, que le goût des découvertes et des entreprises s’anima tout à coup parmi les Espagnols à un point étonnant. Quoique peu accoutumés aux grands voyages de mer, ils montrèrent la plus grande impatience pour une seconde expédition. Des volontaires de tous les rangs demandaient à être employés. La belle perspective offerte à leur avidité et à leur ambition leur faisait fermer les yeux sur les dangers et la

longueur du voyage. Férdinand lui-mème, paraissant avoir oublié son caractère précautionné | et son éloignement pour les entreprises hasar- |

deuses, partageait l'enthousiasme de ses sujets. 1 fit faire les préparatifs d'une seconde expédition, et ils furent achevés avec une promptitude à laquelle les Espagnols n'étaient pas accoutumés. Ce nouvel armement, qui paraîtrait assez considérable même dans notre siècle, consistait en dix-sept vaisseaux, dont quelques-uns étaient

d'un très grand port : il s'y embarqua quinze |

cents personnes parmi lesquelles se trouvaient beaucoup de gentilshommes qui avaient été employés dans des places honorables. Le plus grand nombre devaient rester dans le pays et s'étaient pourvus de tout ce qui leur était néces-

1 Herrera, Decad. 1, lib. x, cap. xx. Gomera, Aist.,

Cap. XVII.

3 Vie de Colomb, chap. xuiv.

saire pour se défendre et pour former un établissement. Is emportaient toutes les espèces d'animaux domestiques de l'Europe, toutes les semences et toutes les plantes qui paraissaient devoir réussir sous le climat des Indes occidentales, avec des ustensiles et des outils de toutes sortes. Enfin il y avait parmi eux tous les genres d'ouvriers nécessaires à une colonie qui s’établit t,

Cependant quelque importans et bien concertés que fussent ces préparatifs, Ferdinand et Isabelle crurent devoir s'assurer par d'autres précautions la propriété et la possession des

| pays nouvellement découverts. L'exemple des

Portugais et la superstition de ce siècle leur faisaient une nécessité d'obtenir du’ pape la concession de ces nouvelles terres. On supposait que le pontife , comme vicaire et représentant de Jésus-Christ, avait un droit de souveraineté sur tous les royaumes de la terre.

Alexandre VI, souillé de tous les crimes qui | peuvent déshonorer l'humanité, remplissait alors | le siége de Rome. Comme il était né sujet dé | Ferdinand ét que la protection et les secours de | ce prince pouvaient lui faciliter l'exécution de ses desseins ambitieux pour l'élévation de sa famille, il accorda sur-le-champ au monarque toutes ses demandes. Par un acte de libéralité qui ne lui coûtait rien et qui servait au contraire | à étendre l'autorité et les prétentions des papes, il donna à Ferdinand et Isabelle tous les pays qu'habitaient des infidèles , et qu'ils avaient découverts et découvriraient dans la suite ; et en vertu du pouvoir qu’il prétendait tenir de Jésus-Christ, il investit la couronne de Castille d'un droit sur de vastes régions dont il ignorait la situation et jusqu’à l'existence, loin d'y avoir lui-même aucun titre. Mais comme il fal-

! Jait éviter que cette concession ne contrariät celle qu'il avait déjà faite au Portugal , il établit pour limites entre elles une ligne qu'on supposait tirée d'un pôle à l’autre et passant à cent | lieues à l'ouest des Açores ; accordant de nou- | veau, par la plénitude de son pouvoir, aux | Portugais tout ce qui était à l'est de cette ligne et donnant aux Espagnols tout le pays à l’ouest 2.

1 Herrera, Decad. À, lib. n, cap. v. Vie de Colomb, Cap. XLY.

* Herrera, Decad. 1, lib. ui, chap, nv. Torquemada, Mon. Znd., lib. xvin, Cap. ur.

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Pie de Colomb,

1v. Torquemade,

Ferdinand avait fait valoir le désir d'étendre la foi chrétienne. comme un motif de sa demande | au pape, et dans la bulle cette raison est donnée | comme la principale de celles qui ont déterminé le pontife. Pour montrer qu'on s’occupait de ce | projet louable, plusieurs moines, sous la conduite du P. Boyl, Catalan d'une grande réputa- | tion dans son état , qu'on revétit de la dignité | devicaire apostolique, furent. nommés pour | accompagner Colombet se dévouerà l'instruction | des naturels du pays. Les. Indiens que Colomb avait amenés avec lui ayant recu quelque tein- | ture de la doctrine chrétienne, furent baptisés | avec beaucoup de solennité, le roi lui-même , le | prinee sou fils et les principaux seigneurs de sa | cour leur servant de parrains. On sait assez que | ces premiers pas du christianisme dans le Nou- | veau-Monde n'ont pas mené aussi loin que des hommes pieux le désiraient et qu'ils avaient lieu de l'espérer,

Ferdinand et Isabelle ayant obtenu ainsi un | titre qui leur paraissait incontestable à la sou- | veraineté de tous les pays qu’ils pouvaient découvrir sur une si grande partie du globe, rien ne rélarda plus le départ de Ja flotte. Colomb était extrêmement impatient de revoir la colonie qu’il avait laissée et de suivre la carrière de gloire qu’il s'était ouverte, 11 mit à la voile de la baie de Cadix , le 25 septembre, et touchant ençore à l'ile Gomera, il porta au sud et s’avança dans cette direction plus qu'il n’avait fait dans son premieï: voyage, Par-là il jouit plus constamment du secours des vents alsés qui rè- Ghent entre les tropiques et fut porté vers un groupe d'îles situées à une grande distance à l'est de celles qu'il avait déjà découvertes. Le vingt-sixième jour après son départ de Gomera il pritterre à une des Caraïbes ou {les du Vent, à laquelle il donna le nom de Deseada (la Désirade ), à cause du désir que ses gens montraient d'aborder à quelque partie du Nouveau- | Monde !. {1 découvrit ensuite successivement /œ Dominique, Marie-Galante, la Guadeloupe, | Antigoa , Saint-Jean-de-Porto-Rico et plusieurs autres îles qu'il trouva sur sa route en avançant vers le nord. Elles étaient toutes habitées par ces peuples cruels que Guacanahari lui avait peints de si effrayantes couleurs, Sa

! Oviedo, ap. Ramusium 111, 85 B.

. description ne parut pas exagérée. Toutes Jes

fois que les Espagnols débarquèrent , ils furent reçus d’une manière qui les convainquit de l'esprit guerrier et de l'audace des insulaires , et ils découvrirent dans leurs habitations les restes des horribles repas dans lesquels ils se nourrissaient des corps de leurs ennemis pris à la guerre.

Colomb était trop empressé de savoir l'état de sa colonie et de lui. porter les secours dont il Supposait qu'elle avait besoin pour s'arrêter dans aucune de cesfles, 11 continua donc sa route vers, Hispaniola 1. Lorsqu'il arriva à la Nativité, où il avait laissé ses trente-huit hommes, il fut fort étonné de n’en voir aucun se montrer et accourir au-devant de leurs compatriotes avec des transports de joie. Inquiet de leur sort, et soupconnant ce qui leur était arrivé, il prit terre. Tous les naturels du pays qui eussent pu Jui donner quelques nouvelles de sa colonie s'enfuirent à son approche. Il trouva le fort entièrement démoli; des lambeaux d'habillemens espagnols, des débris de leurs armes et de leurs ustensiles LÉ pandus autour de lui, ne laissèrent aucun doute sur le destin malbeureus de Ja garnison 2. Tandis que les Espagnols pleuraient sur ces tristes restes de leurs malheureux compatriotes on vit arriver un frère du cacique Guacanahari. Colomb apprit de lui ce qui était arrivé après son départ de l'ile. Un commerce suivi avec les Espagaols avait diminué peu à peu le respect des insulaires pour eux. Les Européens, par leur mauvaise conduite et leurs violences, avaient bientôl laissé voir qu’ils avaient tous les besoins, toutes les faiblesses et toutes les passions des hommes, Après le départ de Colomb, qui leur en imposait par sa présence et son autorité, la garnison avait secoué toute espèce de subordination , et oubliant les sages instructions de l'amiral , Chaque parti- ‘

, Culier s’était rendu indépendant et s'était aban-

donné, sans aucun frein, à toutes ses fantaisies. L'or, les femmes, les provisions des insulaires ‘ étaient devenus la proie de ces oppresseurs, I]s s'étaient portés en petites troupes dans toute, l'île, exerçant partout leur avidité et leur insolence. Ces violences sans prétextes avaient à la fin lassé la patience et excité le courage de ce

1 P. Martyr, Decad., pag. 15, 18. Herrera, Decad. |, lib. 11 cap, vu. Pie de Colomb, chap, XLVA, et, * Hist, de cura de los palacios M. S.

peuple, malgré sa douceur et sa timidité. Le

cacique de Cibao, dont les Espagnols infestaient

surtout le territoire, attirés par les mines d'or

de ce district, en avait surpris et fait périr plusieurs qui parcouraient l'Île avec autant de sécurité que si les habitans n'eussent eu aucun sujet de se plaindre d'eux. Il avait ensuite assemblé ses sujets, et ayant investi le fort il y avait fait mettre le feu. Quelques Espagnols avaient été tués en s’y défendant , le reste avait péri en traversant un bras de mer pour se dérober à l’ennemi, Guacanahari , que tous les excès des Espagnols n’avaient pas encore détaché d'eux, avait pris les armes pour les défendre et avait reçu une blessure qui le retenait chez lui.

Ce récit ne mettait pas Guacanahari à couvert de tous les soupçons; mais Colomb vit que ce n’était pas un moment favorable pour rechercher sa conduite avec sévérité. Il rejeta donc l'avis de

plusieurs de ses officiers qui voulaient se saisir

de la personne du cacique et venger la mort des Espagnols en attaquant les insulaires. Il leur fit sentir la nécessité de s'assurer de l'amitié de quelque prince du pays pour faciliter l'établissement qu'ils projetaient, et leur exposa le danger de soulever contre eux toute l’île en exerçant une rigueur inutile et déplacée ; au lieu de perdre le temps à venger les injures passées, ils’occupa des précautions qui pouvaient en prévenir de nouvelles. Dans cette vue il fit choix d’une situation plus saine et plus commode que celle de la Nativité. Il y traça dans une grande plaine, voisine d’une large baie, le plan d’une ville, et obligeant tous les Espagnols de mettre la main à un ouvrage d'où le salut commun dépendait , les maisons et les remparts furent bientôt en état de les loger et de les mettre en sûreté. Il donna

à cette cité naissante, la première que les Européens fondaient dans le Nouveau-Monde, le nom d’/sabelle, en l'honneur de sa protettrice la reine de Castille f.

Au milieu deces travaux si nécessaires, Colomb eüt à combattre non-seulement tous les dégoûts et toutes les difficultés qui pouvaient accompagner l'établissement d’une colonie dans un pays inculte, mais, ce qui était plus embarrassant encore, la paresse, l'impatience et l'indocilité

1 Vie de Colomb, ch. 13. Herrera, Decad. 1, lib. n, Cap. x.

de ses gens. Le défaut d'activité, naturel aux Espagnols, semblait s’augmenter par l'influence d'un climat chaud qui les énervait. Plusieurs d'entre eux étaient des gentilshommes, qui n'ayant jamais soutenu aucun travail de corps, s'étaient engagés dans cette expédition sur les descriptions pompeuses et exagérées de quelques-uns des premiers compagnons de Colomb, ou sur l'idée fausse adoptée par Colomb luimême, qu'Hispaniola était ou le Cipango de Marco Polo ou l'Ophir d'où Salomon tirait ces marchandises précieuses qui avaient répandu dans son royaume de si immenses richesses. Mais lorsqu’au lieu de la moisson d'or qu'ils avaient compté recueillir sans peine, les Espagnols virent que cette brillante perspective s'éloignait, et que, s'ils pouvaient jamais y atteindre, ce ne serait que par des efforts très lents et par une longue persévérance de travail et d'industrie , la perte de leurs chimériques espérances les jeta dans un abattement voisin du désespoir et les porta ensuite à un mécontentement général. En vain Colomb s'efforçait de ranimer leur courage en leur faisant observer la fertilité du sol et en leur montrant des morceaux d'or qu'on apportait chaque jour de différentes parties de l'Île. Ils n'avaient pas assez de patience pour attendre les richesses que la terre ne fournit qu'avec le temps et à des intervalles réglés, et ils regardaient l'or lui-même avec dédain comme étant en trop petite quantité pour satisfaire leurs désirs. L'esprit de mutinerie devint général, et il se fit une conspiration qui pouvait être fatale à l'amiral et à sa colonie. Heureusement elle fut découverte. Colomb punit quelques-uns des chefs et envoya les autres prisonniers en Espagne. Il y renvoyait en même temps douze des vaisseaux de transport qui l'avaient accompagné et demandait un renfort d'hommes et de nouvelles provisions !.

Cependant, pour prévenir l'oisiveté qui nourrissait le mécontentement des Espagnols en leur laissant le temps de penser au renversement de leurs espérances, il projeta différentes expéditions dans l'intérieur du pays. M envoya un détachement sous le commandement d’Alonso d'Ojeda, officier actif et vigilant, pour visiter le district de Cibao où l’on disait que l'or était en

1 Herrera, Decad. 1, lib. ar, Cap. x, x1.

plus gra:

même ce de ses t tout l'ap tion des ployées, faisant v tôt en av.

c'était la veau-Mo ces anim reur, im plus de f animal d de force mettant | et le ca animé et vemens étonnem leur sem] ainsi d'in des Espa gner aus conduisai tances, a justice la ment ave descriptic Cibao s'é et sans ç seaux, et ques-uns Les Indie mine pou entrailles des opéra ne faisaie ployer to leur espri tité1, Toi recueilli d montagne bent entr marques | la terre d sein des tr

1 Oviedo, 2 P, Mari

, naturel aux par l'influence ait. Plusieurs hommes, qui vail de corps, dition sur les rées de quelns de Colomb, r Colomb luile Cipango de mon tirait ces aient répandu richesses. Mais r qu'ils avaient spagnols virent oignait, et que, re, ce ne Serait par une longue ustrie , la perte s les jeta dans oir et les porta énéral. En vain eur courage en lu sol et en leur qu'on apportait ties de l’île. Ils our attendre les rnit qu'avec le és, et ils regarin comme étant isfaire leurs déit général, et il ait être fatale à usement elle fut elques-uns des sonniers en Estemps douze des ent accompagné nmes et de nou-

isiveté qui nourspagnols en leur renversement de férentes expédis. Î envoya uw lement d’Alonso t, pour visiter le que l'or était en

k, XI.

[1494] plus grande abondance qu'ailleurs. Il soutint lui

même cette expédition avec une grande partie |

de ses troupes. Il déploya dans cette occasion tout l'appareil militaire pour frapper l’imagination des insulaires. Il marcha enseignes déployées, au son d’une musique guerrière, et faisant voltiger un petit corps de cavalerie, tantôt en avant et tantôt à son arrière-garde. Comme c'était la première fois que les habitans du Nouveau-Monde voyaient des chevaux, l'aspect de ces animaux les frappa d’admiration et de terreur, impressions qu'ils reçurent avec d'autant plus de facilité qu'ils n'avaient eux-mêmes aucun

animal domestique, ni aucune idée du surcroît |

de force que l’homme s'était donné en se soumettant le cheval. Ils imaginèrent que le cheval

et le cavalier ne formaient qu'un seul corps | animé et un être doué de raison, dont les mou- | vemens rapides leur causaient le plus grand |

étonnement, et dont l'impétuosité et la force

leur semblaient irrésistibles. Colomb s’efforçait | ainsi d’inspirer aux insulaires une grande crainte des Espagnols, mais il ne négligeait pas de ga- ! gner aussi leur confiance et leur amitié. I se conduisait avec eux, dans toutes les circons- | tances, avec l'intégrité la plus scrupuleuse et la ! justice la plus exacte, et il les traitait non-seule- !

ment avec humanité, mais avec indulgence. La

description que les naturels lui avaient faite de ©

Cibao s'était trouvée vraie. Ce pays montagneux et sans culture roulait l'or dans tous ses ruisseaux, et on y en trouvait des grains dont quel-

ques-uns étaient d’une grosseur considérable. !

Les Indiens n'avaient jamais ouvert une seule mine pour en tirer ce métal. Pénétrer dans les entrailles de la terre et purifier la mine étaient

des opérations au-dessus de leur industrie, et ils !

ne faisaient pas assez de cas de l'or pour em-

ployer tous les efforts de leur industrie et de | leur esprit à se le procurer en plus grande quan- :

tité 1, Tout ce qu'ils en possédaient ils l'avaient

recueilli dans le lit des rivières ou au pied des |

montagnes après les pluies abondantes qui tom-

marques les Espagnols ne pouvaient douter que la terre de ce canton ne renfermät dans son sein des trésors? dont ils se flattaient d'être bien-

1 Oviedo, lib. xr, pag. 90. A.

® P. Martyr, Decad. , pag. 32,

tôt les maîtres. Colomb, pour s'assurer la pos-

| session de cette riche province, y éleva un petit

| fort, auquel il donna le nom de Saint-Thomas,

| en mémoire de l’incrédulité de ses gens qui n’avalent pas voulu croire que le pays produisit de l'or, jusqu’à ce qu'ils l'eussent vu de leurs yeux et touché de leurs mains !.

L’espérance des richesses que pouvait fournir le pays de Cibao vint fort à propos pour selever les esprits abattus des colons qui se trouvaient

| pressés par des besoins de différens genres. Le fonds de provisions de bouche qu'ils avaient apporté d'Europe était en grande partie consommé. Ce qui en restait se trouvait si corrompu par la Chaleur et l'humidité du climat, qu’on n’en pouvait presque faire aucun usage. Les gens du pays cultivaient une si petite quantité de terrain, et avec si peu d'industrie, qu’à peine en pouvaient-ils tirer de quoi fournir à leur propre subsistance. Les Espagnols n'avaient pas encore eu le temps de préparer la terre pour lui faire produire des alimens. Ils se voyaient en danger de mourir de faim et étaient déjà réduits à une très petite ration. Ils commençaient en même temps à être attaqués des maladies particulières à la zone torride et dont les ravages sont tou-- Jours plus grands dans les pays sans culture où les travaux de l’homme n'ont point ouvert les bois, séché les marais et contenu les rivières dans un lit constant. Effrayés de la violence et des symptômes du mal, ils accusaient Colomb et les compagnons de sa première expédition qui, par leurs descriptions pompeuses d'Hispaniola , les avaient engagés à quitter leur patrie pour un pays barbare et stérile où ils allaient périr de faim ou de maladie. Plusieurs des officiers et des colons les plus distingués adoptaient et répétaient ces plaintes séditieuses au lieu de les arrêter. Le P. Boyl, vicaire apostolique, était un de ceux qui parlaient contre Colomb avec le plus | d’insolence. Il fallut toute l'autorité et toute l'adresse de l’amiral pour rétablir la tranquillité et

| la subordination. Il employa alternativem n bent entre les tropiques. Mais à toutes ces | pu ent les

| menaces et les promesses ; mais rien ne contri. | bua plus à adoucir les mécontens que l'espoir de trouver dans les mines de Cibao des trésors qui | les dédommageraient de leurs souffrances et

! Herrera, Decad. ], lib. u, Cap xx. Vie de Colomb chap. run.

qui éffaceraient de leur mémoire jusqu'aa sou- |

venir de leurs premiers malheurs.

Lorsque Colomb , par ses soins ét sa prudence, eut raméné l'ordre ét la paix, il crut pouvoir

quitter l'île et poursuivre ses découvertes. Il |

voulait surtout s'assurer si ces nouvelles contrées

tenaient à quelques régions de la terre déjà con- | nués, ou si elles en étaiént une portion absolu- | ment séparée, Il confia en son absence le gouver- |

nement de l'ile: à son frère D. Diego, aidé d’un conseil d'officiers. Il donna le commandement d’un corps de troupes à D. Pedro Margarita, qu'il chargea de visiter les différentes parties de l’île et d'y établir l'autorité des Espagnols; après avoir laissé à l'un et à l'autre des instructions très détaillées sur la conduite qu’ils devaient tenir, il leva l'ancre, le 24 avril, avec un vaisseau et deux petites barques. Pendant un ennuyeux voÿage de cinq môis entiers, il fut éprouvé par toutes les sortes de dangers auxquels un navigateür peut être exposé, sans faire,aucune découverte importante que celle de la Jamaïque. En rangeant la côte sud de Cuba (19), il se trouva engagé dans un labyrinthe formé par un nombre infini de petites fles qu'il appela /e Jardin de la reine. Dans cètte route inconnue , au travers des rüchers et des écuéils, il fut souvent retardé par des vents contraires, assailli de’ tempêtes furieuses et de ces orages accompagnés d'éclairs et de tonnerre, qui ne cessent presque pas entre les tropiques. A la fin ses provisions s’épuisèrent ; sa troupe, excédée de fatigue et de faim, murmurait, menagait, était prête à se porter contre lui aux plus violentes extrémités. Environné de dangers de toute »spèce, il était obligé de veiller sans cesse, de: voir tout par ses yeux, de donner tous les ordres et de présider à leur exécution. Jamais navigateur n'eut autant d'occasion d'étendre son expérience et ses lumières, et:elles furent le salut, de sa petite escadre; mais une si: longue fatigue de corps et: une application d'esprit si soutenue, l'emportant'sur la foree naturelle de sa, constitution, le. conduisirent à une :fièvre violente qui se termina: par une: léthargie dans laquelle il perdit, la mémoire et le:sentiment', et fut sur le point de perdre la vie 1.

Wie de Colomb, chap. nv. Herrera, Decad. 1, lib, 11, cap. x, xiv. P. Martyr, Decdd , p. 34, etc.

Mais À son retour à Zsabelle, la joie qu'il épronva en y trouvant son frère Barthélemi contribua beaucoup à son rétablissement. freize ans s'étaient écoulés depuis la séparation de deux frères qué les mêmes goûts et les mêmes talens unissaient d’une étroite amitié, sans qu'ils eussent eu pendant cé temps aucun commerce l'un avec l'autre. Barthélemi , après avoir abandonné sa négociation à la cour d'Angleterre, était retourné en Espagne par la France. I avait appris à Paris la nouvelle dés découvertes étonnantes de Colomb, et avait su qu'il se disposait à partir pour sa séconde expédition. Malgré la promptitude qu'il mit à son voyage, il n’arriva en Espagne qu'après le départ de l’ainiral. Ferdinand et Isabelle le reçurent avec la éonsidération que méritait le frère d'un homme qui leur rendait de si grands services, et pensant avec raison que cé serait une grance joie pour Colomb, ils lui à.nèrent lé coramatidement de trois vaisseaux destinés à porter des provisions à la colonie d'Isabelle.

Barthélemi ne pouvait arriver dans des circonstances où Colomb eût un plus grand besoin d’un ami qui l’assistät de ses conseils et qui partageât avec lui les soins du conimandement. Les provisions qu’il avait apportées d'Europe étaient un faible secours pour les besoins des Espagnols ét ne pouvaient lang-temps les défendre des horreurs de la famine. L'ile ne leur fournissait pas de quoi y suppléer. Ils étaient en même temps menacés d'un danger plus grand encore et plus prochain. Après le départ de Colomb, les soldats qui étaient sous les ordres de Margarita avaient secoué toute discipline et toute subordination. Au lieu de suivre les sages instructions de l'amiral, ils se dispersaient dans toute l'ile, vivant à discrétion chez les Indiens, pillant leurs provisions, s’émparant de leurs femmes et traitant ces hommes doux et paisibles aver toute linsolence de la tyrannie militaire !.

Tant que les Indiens avaient pu espérer que leurs souffrances finiraient par le départ volontaire de leurs oppresseurs, ils s'étaient soumis en silence et avaient’ dissimulé leur désespoir.

Mais ils s'étaient enfin aperçus que bientôt ils ne

pourraient plüs secouer le joug. Les Espagnols avaient bâti une ville et l'avaient environnée de

1 P. Martyr, Decad. , pag. 47.

rempai férens

rains,

ment p Quoiqu considé

imparf,

propre possibl veaux .

tempér se con!

nourrit ceau d suffisai forces corps, quoiqu bres, le vres ge la nour daient posaien parce q leur fai parmi mêine t vation { ces hôt peu de les inju ajoutaie attendu ils conç dont ils les exac saire di avec tot de l'éta violence Yelle Indiens sespéré:

éprouva més d'u tient ne daient « tous à Le

UHerre

, la joie qu'il ère Barthélemi ssement. Freize séparation de (s ét les Mêmes iitié, sans qu'ils uCuIT Cornmerce jrès avoir abanr d'Angleterre, France. Il avait couvertes étonqu'il se disposait tion. Malgré la age, Î n'arriva lé l'ainiral. Ferec la Considérahomme qui leur et pensant avéc é joie pour Coimatidement de r' des provisions

er dans des cirus grand besoin iséils et qui parmandement. Les l'Europe étaient 1s des Espagnols 5 défendre des leur. fournissait aient en même us grand encore t de Colomb, les es de Margarita t toute subordiges instructions dans toute l'ile, ns, pillant leurs femmes et traiibles avec toute ire.

pu espérer que le départ volons'étaient soumis leur désespoir.

ue bientôt ils ne Les Espagnols t environnée de

11494] remparts. Ils avaient construit des forts en dif-

férens endroits, enclos et semé quelques ter- : rains, Ïis paraissaient venus, non plus simple- |

ment pour visiter l'ile, mais pour s'y établir. Quoique le nombre de ces étrangers ne fût pas considérable, les Indiens avaient une culture si

imparfaite et si strictement mesurée sur leur

propre consommation, qu'il ne leur était pas possible de fournir à la subsistance de ces nouveaux hôtes. Indolens et sans activité, d'un tempérament naturellement faible et énervé , ils se contentaient d'une très petite quantité de nourriture. Une poignée de maïs, un petit morceau d'un pain insipide fait avec la cassave, suffisaient pour nourrir des hommes dont les forces n'étaient épuisées ni par les travaux du corps, ni par ceux de l'esprit. Les Espagnols, quoiqu’un des peuples de l'Europe les plus so-

bres, leur semblaient voraces à l'excès. Ces pau- |

vres gens, voyant qu’un Espagnol consommait la nourriture de plusieurs Indiens, les regardaient comme des hommes insatiables, et supposaient qu'ils avaient abandonné leur patrie parce qu’elle ne fournissait pas de quoi satisfaire leur faim immodérée, et qu'ils étaient venus parmi eux pour y chercher à subsister 1. En même temps que le soin de leur propre conser-

Yation faisait désirer aux insulaires le départ de | ces hôtes incommodes qui consommaient en si |

peu de temps le petit fonds de leurs provisions, les injures qu'ils en recevaient tous les jours ajoutaient à leur impatience; mais après avoir attendu inutilement le départ des Espagnols, ils conçurent que pour éloigner la destruction dont ils étaient menacés par la famine , soit par les exactions de leurs tyrans, il leur était nécessaire de ranimer leur courage, de les attaquer avec toutes léurs forces réunies et de les chasser de l'établissement qu'ils avaient formé par la violence.

Yelles étaient les dispositions générales des Indiens lorsque Colomb revint à Zsabelle, Désespérés des injustices et des outrages qu'ils éprouvaient de la part des Espagnols et enflammés d'une rage dont leur caractère doux et patient ne paraissait pas susceptible, ils n’attendaient qu'un signal de leur chef pour tomber tous à la fois sur la colonie. Les Espagnols qui

UHerrera, Decad. 1, lib. 11, Cap. xvn

s'écartaient étaient souvent surpris et ne revenaient plus. La crainte du danger réunit enfin les esprits et rétablit l'autorité de Colomb. On ne vit de salut que dans une entière confiance en sa sagesse. Il devenait nécessaire de recourir aux armes contre les Indiens, ce que Colomb avait évité jusqu'alors avec le plus grand soin : quelque inégal que pôt paraître le combat entre les habitans du Nouveau-Monde, nus, armés seulement de massues, de bâtons noircis au feu , de sabres de bois, de frondes, de flèches dont la pointe était d'os de poissons, et des Européens accoutumés à la discipline et pourvus de tous les instrumens de destruction connus alors en Europe, la situation des Espagnols n'était pourtant pas sans danger. La prodigieuse supériorité du nombre des Indiens compensait beaucoup d'avantages. Une poignée d'hommes avait à se défendre contre toute une nation. Un événement malheureux ou un simple délai, si le sort des armes ne décidait pas la guerre sur-le-champ, pouvaient devenir également funestes. Colomb, convaincu que tout dépendait de la vigueur et de la rapidité de ses opérations, assembla tout de suite ses troupes. Elles étaient réduites à un très petit nombre; les maladies causées par la chaleur et l'humidité du pays avaient fait de grands ravages. L'expérience n'avait pas encore montré aux Européens les remèdes du mal, ni les précautions nécessaires pour s’en garantir. Les deux tiers des premiers aventuriers étaient morts, et plusieurs de ceux qui restaient étaient incapables de service !. Le corps de troupes qui entra en campagne consistait seulement en deux cents hommes de pied , vingt chevaux et vingt grands chiens : on peut sans doute trouver étrange dentendre fare mention de chiens comme faisant partie d’une armée; mais ces animaux p’étaient pas les ennenris les moins redoutables pour les Indiens nus et timides, Tous les caciques de l’île, si on en.excepte Guacanahäri qui demeura toujours attaché aux Espaguols, avaient rassemblé leurs forces qui montaient, sinousencroyons les historiensespagnols, à cent mille hommes. Au lieu de tenter d'attirer leurs ennemis dans l’épaisseur de leurs bois et dans les défilés de leurs montagnes, ils eurent l’imprudence de prendre leur poste à Vega-Réal,

1 Fiede Colomb, chap. Lx,

la plus grande plaine de leur pays. Colomb ne leur donna pas le temps de s'apercevoir de leur erreur et de changer leur position; il les attaqua pendant la nuit, temps où des troupes indisciplinées sont le moins capables d'agir avec quelque concert, La victoire lui fut aisée et ne lui coûta point de sang. Le bruit des armes à feu et la charge impétueuse de la cavalerie remplirent les Indiens de terreur, et les chiens, lâchés à propos, ajoutèrent tellement à leur trouble et à leurs consternation qu'ils jetèrent bas leurs armes et laissèrent le champ de bataille sans faire la moindre résistance. On en tua beaucoup. On en fit prisonniers un plus grand nombre qu'onréduisit en esclavage (20). Le reste perdit tout espoir et toute pensée de résister désormais à des hommes qu'ils regardaient comme invincibles.

Colomb employa plusieurs mois à parcourir toute l'ile, et à la soumettre, sans trouver aucune résistance. Îl imposa un tribut sur chaque Indien au-dessus de l’âge de quatorze ans. Tous ceux qui habitaient dans les parties de l'ile où l'on trouvait de l'or étaient obligés de fourpir tous les trois mois autant de poudre d’or qu'en tient un grelot de faucon. Les autres devaient fournir vingt-cinq livres de coton. C’est là la première taxe régulière qui ait été imposée sur les Indiens, et elle a servi de base et d'exemple à des exactions encore plus onéreuses. Colomb s’écartait en cela des maximes de douceur qu'il avait jusqu’alors suivies et recommandées ; mais à cette époque cn intriguait puissamment contre lui à la cour pour ruiner son crédit et décrier ses opérations. On rendait des comptes très désavantageux et de lui-même et des pays qu'il avait découverts. Margarita et le P. Boyl étaient retournés en Espagne ; et pour justifier leur conduite et satisfaire leur ressentiment, ils n'épargnaient aucun moyen de lui nuire. Beaucoup de courtisans voyaient avec envie sa réputation et son crédit croître de jour en jour. Fonseca , archidiacre de Séville , chargé de la direction principale des affaires de l'Inde,'avait conçu une telle prévention contre Colomb pour des raisons que les écrivains du temps ne font pas connaître , qu’il écoutait avec la plus grande partialité toutes les plaintes qu'on faisait de l'amiral. Il était difficile à un étranger sans amis, sans expérience dans les intrigues de cour, de

résister à une cabale si forte. Colomb vit qu'il n’y avait qu'un moyen de soutenir son crédit et de réduire ses adversaires au silence , c'était de fournir une assez grande quantité d'or, non-seulement pour justifier ce qu'il avait annoncé des richesses du pays, mais pour engager Ferdinand et Isabelle à poursuivre l'exécution de ses plans, Tel fut le motif qui le détermina à imposer cette pesante taxe sur les Indiens et à en exiger le paiement avec une extrême rigueur. C'est tout ce qu'on peut dire pour l’excuser , autant qu'il est possible , de s'être écarté en cette occasion de la douceur et de l'humanité avec lesquelles il avait jusqu'alors traité les malheureux Indiens !,

Le travail, l'attention et la prévoyance qu'imposait aux Indiens l'obligation de payerce tribut, étaient des maux intolérables pour des hommes accoutumés à passer leurs jours dans l’indolence sans aucun soin de l'avenir. Ils étaient incapables d’une industrie si régulière et si continue; et cette servitude leur parut si cruelle que pour secouer ce joug ils eurent recours à un expédient qui montre tout l'excès de leur désespoir. Ils firent le projet d’affamer ces oppresseurs qu'ils n'osaient plus combattre, et d’après l'opinion qu'ils avaient conçue de la voracité des Espagnols ils ne doutèrent pas du succès. Ils suspendirent toute culture. Ils ne semèrent point de maïs. Ils arrachérent toutes les racines de manioc qui étaient plantées, et se retirant dans les parties les plus inaccessibles de leurs montagnes, ils abandonnérent la plaine inculte à leurs ennemis, Cette résolution désespérée ne produisit qu’une partie de l'effet qu'ils en attendaient. Les Espagnols furent réduits aux dernières extrémités, mais ils reçurent si à propos des secours d'Europe et trouvèrent tant de ressources dans leur industrie et leur intelligence, qu'ils ne perdirent pas beaucoup d'hommes. Les malheureux Indiens furent les victimes de leur mauvaise politique. Confinés dans des montagnes stériles , sans aucune nourriture que les productions spontanées de la terre, ils sentirent bientôt toutes les horreurs de la famine qui fut suivie de maladies contagieuses, et dans le cours de quelques mois plus du tiers des insulaires périt après avoir éprouvé tous les genres de calamités.

Tandis que Colomb jetait ainsi les fondemens

1 Herrera, Decad. 1, lib. 11, cap. xvu.

de la | Monde, le prive quelles tant de toujour causées attachés tout fut bition ir conserv appelée il avait regardé accusati ombrag chargé examine obtinrer à Agua proposè pour 50:

son élé\ l’exercic et l’inso prits lo qu'ils n au-dessi non-seu même l autres à dés. II f et ne fi des abu:

ministra ment co demeur:

observai son autc tourner sous les exact de les dém espéran!

cerneme remit l’e sence à d’Adela un choi; de beau

omb vit qu'il r son crédit et nce , C'était de d'or, non-seuit annoncé des ger Ferdinand n de ses plans, \ imposer cette à en exiger le eur. C'est tout *, autant qu'il cette occasion ec lesquelles il reux Indiens t, voyance qu'impayerce tribut, ur des hommes ans l’indolence étaient incapaet si continue; ‘uelle que pour à un expédient ésespoir. Ils firesseurs qu'ils après l'opinion é des Espagnols s suspendirent int de maïs. Ils de manioc qui lans les parties montagnes, ils leurs ennemis, roduisit qu’une ient. Les Espares extrémités, secours d'Euurces dans leur ils ne perdirent heureux Indiens aise politique.

ériles , sans auons spontanées toutes les Lorvie de maladies > quelques mois rit après avoir nités.

i les fondemens

de la grandeur espagnole dans le Nouveau- Monde , ses ennemis travaillaient sans relâche à le priver de la gloire et des récompenses auxquelles ses services et ses travaux lui donnaient tant de droits. Les difficultés qui accompagnent toujours un nouvel établissement , les maladies causées par un climat malsain, les malheurs attachés à un voyage dans des mers inconnues, tout fut représenté comme les effets de son ambition imprudente et inquiète. Son attention à conserver la discipline et la subordination fut appelée rigueur excessive, et les châtimens dont il avait puni la mutinerie et le désordre furent regardés comme autant d'actes de cruauté. Ces accusations prirent tant de crédit dans une cour ombrageuse, qu'on nomma un commissaire chargé de se transporter à Hispaniola et d'y examiner la conduite de Colomb. Ses ennemis obtinrent qu’on confierait cet emploi important à Aguado, valet de chambre du roi, qu'ils proposérent bien moins pour sa capacité que pour son dévouement à leurs intérêts. Enflé de son élévation subite, Aguado déploya, dans l'exercice de son ministère, la sotte importance et l’insolence ridicule , ordinaires aux petits es- . A , L , , prits lorsqu'ils se voient revètus de dignités qu’ils n'osaient espérer et chargés d'emplois au-dessus de leurs forces. Il écouta avidement non-seulement les Espagnols mécontens , mais même les Indiens. Il encouragea les uns et les autres à produire leurs griefs, bien ou mal fondés. Il fomenta l'esprit de dissension dans l'ile, et ne fit aucun règlement qui pôt remédier à des abus dont il voulait faire des crimes à l’administration de Colomb. Colomb sentit vivement combien sa situation serait humiliante s'il demeuraït dans le pays où un juge si prévenu observait toutes ses démarches et affaiblissait son autorité ; il prit donc la résolution de retourner en Espagne, dans le dessein de mettre sous les yeux de Ferdinand et d'Isabelle un récit exact de tout ce qui s'était passé, surtout dans les démélés qu'il avait eus avec ses ennemis, espérant obtenir de leur équité et de leur discernement une décision juste et favorable. Il remit l'administration de la colonie en son absence à D. Barthélemi son frère, avec le titre d'Adelantado , ou lieutenant-gouverneur. Par un choix moins heureux et qui devint la source de beaucoup de calamités pour la colonie, il

nomma François Roldan président de la cour de justice, avec des pouvoirs très étendus t,

En revenant en Europe, Colomb prit une route différente de celle qu'il avait suivie à son premier voyage. Il fit voile directement à l’est d'Hispaniola, sous le parallèle au vingt-deuxième degré de latitude; car l'expérience n'avait pas encore montré aux navigateurs la méthode plus sûre et plus prompte de porter au nord pour trouver les vents de sud-ouest. Ce malheureux choix qu'on ne peut guère regarder comme une faute de la part de l'amiral, dans un temps où la navigation de l’ancien monde au nouveau était encore dans l'enfance, l'exposa à des dangers et à des travaux infinis, en le forçant de lutter continuellement aveë les vents alisés qui soufflent constamment de l'est entre les tropiques. Malgré l'extrême difficulté de cette navigation , il suivit sa route avec sa patience et sa fermeté ordinaires ; mais il fit si peu de chemin qu'après trois moisil ne voyait pas encorelaterre, À la fin, ses provisions commencèrent à s’épuiser. L'équipage et lui-même étaient réduits à six onces de pain par jour pour chaque personne, Mais, dans cette extrême détresse, l'amiral conserva l'humanité de son caractère et refusa de céder aux pressantes sollicitations de ses gens qui proposaient de manger les Indiens qu'ils avaient à bord ou de les jeter à la mer pour diminuer le nombre des bouches. Il leur représenta que ces pauvres gens étaient des hommes, réduits par une calamité commune à la même condition qu'eux, et ayant droit à partager le même sort; son autorité et ses remontrances écartérent ces idées féroces suggérées par le désespoir, et elles n’eurent pas le temps de renaître, car on vit bientôt la côte d'Espagne , et toutes les craintes et toutes les souffrances prirent fin 2.

Colomb parut à la cour avec la confiance tranquille, mais modeste, d’un homme qui se regarde non-seulement comme irréprochable, mais comme ayant rendu d'importans services, Ferdinand et Isabelle, honteux de leur facilité à écouter des accusations frivoles ou mäl fondées, le reçurent avec des marques de considération si distinguées que ses ennemis demeurèrent

1 Herrera, Decad. |, lib. 1, cap. xvut; lib. nt, cap. L 2 Herrera, Decad. 1, lib. ur, cap. 1. Vie de Colomb, chap. zxiv.

couverts de confusion; leurs plaintes et leurs calomnies ne furent plus écoutées. L'or, les perles, le coton et d'autres marchandises précieuses que Colomb produisit , parurent réfuter pleinement los propos que les mécontens avaient tenus sur la pauvreté du pays. En soumettant les Indiens à la couronne et en leur imposant une taxe régulière , il avait donné à l'Espagne une multitude de ": eaux sujets, et fondé pour elle un revenu qui paraissait devoir être considérable. Les mines qu'il avait trouvées étaient une autre source de richesses encore plus abondante, et quelque solides que fussent ces avantages, Colomb lesreprésentait seulement comme des préludes à d’autres acquisitions , et comme un garant de découvertes plus importantes qu’il méditeit et auxquelles les précédentes devaient infailliblement le conduire !. Ces considérations attentivement méditées + une grande impression non-seulement sur le, qui était flattée d’être la protectrice de les entreprises de Colomb, mais sur Fer-

ua même qui, ayant rejeté d'abord ses pro- |

jets, était plus disposé à se défier de leur succès. L'un et l’autre se déterminèrert à pourvoir la colonie d'Hispaniola de tout ce qui était nécessaire pour en achever l'établissement , et à don- - ner à Colomb une nouvelle escadre pour aller à la recherche des autres pays dont il regardait l'existence comme incontestable, Tous les pré-

paratifs se firent de concert avec l'amiral. Le |

premier voyage n'avait eu pour objet que la découverte du Nouveau-Monde; dans le second on s'était proposé de faire un établissement ; mais les mesures prises pour le former avaient été insuffisantes ou rendues inutiles par l'esprit de mutinerie des Espagnols et par des accidens imprévus , effets de différentes causes, On vou-

lait dresser et suivre un nouveau plan pour une |

colouie régulière , qui pôt servir de modèle à

tous les établissemens semblables qui se feraient | dans la suite. Chaque article fut pesé et réglé |

avec une attention scrupuleuse. On fixa le nombre des colons qui s’embarqueraient. IL y en avait de tous les ordres et de toutes les professions , et le nombre en était déterminé d’après l'utilité de chaque classe et les besoins de la co-

! Vie de Colomb, chap. vxv Herrera, Détéd. 1, Nr, Cap. t.

lonie. On devait aussi emmener des femmes, On s'était convaincu que, dans un pays où la disette de vivres avait causé tant de désastres, le premier soin devait être d'obtenir des subsistances par la culture , et l'on y faisait passer un grand nombre de cultivateurs. Enfin, comme les Espagnols ne pensaient alors à tirer aucun profit de la multiplication et de la vente des productions du Nouveau-Monde, qui ont depuis été pour l’Europe la source de tant de richesses , et comme toutes leurs vues et toutes leurs espérances se portaient sur les métaux précieux que les mines déjà découvertes devaient leur fournir, on envoyait une troupe d'ouvriers habiles dans l'art d'exploiter et de traiter les mines. Tous ces émigrans devaient recevoir du roi leur paie et leur subsistance pendant quelques années f,

Jusque-là ces dispositions étaient sages et convenables à l’objet qu'on avait en vue ; mais on prévoyait qu’il serait difficile de trouver beaucoup d'Espagnols qui voulussent aller s'établir dans un pays dont le climat avait été funeste à un si grand nombre de leurs compatriotes. Colomb proposa de transporter à Hispaniola et de faire travailier aux. mines les malfaiteurs qu’on condamnait aux galères où même à la mort,

| lorsque les crimes dont ils étaient convaincus

n'étaient pas d’une nature atroce. Cet avis ouvert sans beaucoup de réflexion fut adopté de même, On vida les prisons d'Espagne pour peupler la colonie, et les juges furent autorisés à condamner désormais en certains cas à la éportation. Il était pourtant aisé de voir que ce n'est pas sur une pareille base qu’on peut élever l'édifice d’une société durable. L'industrie , la sobriété, la patience, la confiance mutuelle entre les colons sont d’une \écessité Indispensable dans un état naissant, où la bonté des mœurs doit contribuer au maintien de l'ordre beaucoup plus que la force et l'autorité dés lois. Cette corruption, une fois introduite dans le corps politique, ne pouvait manquer de l'infecter bientôt dans toute sa masse et dé produire les plus grands maux. C'est ce que les Espagnols éprouvérent et ce qu'ont éprouvé aussi les autres nations européennes qui, ayant successivement adopté cette pratique, en ont ressenti de fu-

1 Herrera, Decad. 1, lib. ur, cap. n.

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nestes effets qu'elles ne peuvent attribuer à aucune autre cause !,

Quoique Colomb eût obtenu très promptement et sans peine de Ferdinand et d'Isabelle leur approbation pour toutes les parties du plan qu'il avait proposé, lorsqu'il fallut le mettre à exécution, il essuya des retardemens qui auraient lassé la patience d’un homme moins accoutumé que lui à rencontrer des difficultés et à les surmonter. Ces délais furent en partie l'effet de cette lenteur et de ces formes fastidieuses que les Espagnols mettent dans toutes les affaires, et en partie de l'épuisement où se trouvaient:les finances par les dépenses. excessives qu'avaient occasionées le mariage duifils unique de Ferdinand et Isabelle avec Marguerite d’Autriche, et celui de Jeanne, leur seconde fille, avec l'archiduc Philippe ?; mais. ce fut surtout l'ouvrage des artifices et de la méchanceté des ennemis de Colomb. Étonnés de l'accueil qu’il avaitreçu de ses souverains à son retour, et contenus par sa présence , ils laissèrent passer le flot de la faveur contre lequel ils sentaient qu’il leur était impossible de lutter. Mais leur haine était trop profonde pour demeurer dans l’inaction ; ils reprirent bientôt courage, et, aidés du secours de Fonseca, ministre des affaires de l'Inde, qui venait d’être fait évèque de Badajos, ils traversèrent par tant d'obstacles les préparatifs de Colomb, qu'il s’écoula une année entière avant qu’il pût avoir deux vaisseaux pour porter à 6a colonie une partie des secours qu'on lui destinait %, « presque deux. ans avant que la petite:escadre dont il devait prendre le commandement fût en état de mettre en mer 4.

L’armement consistait seulement en six vaisseaux d’un port médiocre et assez mal pourvus pour un: voyage si long.et si dangerenx, Colomb allait prendre une route différente de toutes celles qu'il avait jusqu'alors suivies. Comme il était persuadé que les riches contrées de l'Inde étaient situées au sud-ouest des pays qu'il avait découverts , il se proposait, pour y arriver, de faire voile des Canaries ou des îles du cap Vert, directement au sud, jusqu'à ce qu'il eût dépassé

1 Herrera, Decad. 1, lib. ,.cap, n Touron, ist. de l'Amér., pag, 51.

# P. Martyt, £pist. 168.

5 Vie de Colomb, chap. sxur.

* Herrera, Decad. 1, lib. 1x, cap. 1x.

la ligne et alors de tourner à l’ouest, espérant trouver dans cette route le secours des vents qui soufflent invariablement entre les tropiques. Plein de cette idée, il mit à la voile et toucha d’abord aux Canaries, d’où il dépêcha trois de ses uavirés pour porter de nouveaux secours à Hispaniola, Il gagna ensuite les îles du cap Veït , et continua sa route au sud avec les trois autres. Il ne leur arriva rien de remarquable jusqu'à ce qu’il fût arrivé à cinq degrés en-decà de la ligne. Là, il fut arrêté par un calme; il éprouva en même temps une si éxcessive chaleur, que les tonneaux de vin éclataient ou laissaient écouler la liqueur, et que les provisions se gâtaient !, Les Espagnols, qui ne s'étaient jamais avancés si loin au sud, craignaient que les vaisseaux ne prissent feu et commençaient à croire ce qu’avaient dit de la zone torride les anciens, qui la regardaient comme inhabitable, Des pluies vinrent à propos pour les rassurer un peu, mais sans diminuer beaucoup la violence de la chaleur, quoiqu’elles fussent continuelles et qu'il fût difficile de rester sur le pont, :

L’amiral, qui avait dirigé toutes les manœuvres du voyage avec sa vigilance ordinaire, se trouva si épuisé par la fatigue et le défaut de sommeil qu'il fut saisi d’un violent accès de goutte accompagné de fièvre, Toutes ces circonstances le forcèrent de céder aux instances de ses gens et de changer de route pour porter au nordouest et toucher à quelqu’une des iles Caraïbes où il pourrait se réparer et prendre quelques provisions.

Le premier août, le matelot de garde sur la hune excita dans l'équipage une surprise agréable en criant {erre. On gouverna de ce côté et l'on découvrit une île considérable que l'amiral appela Île de Zrénité, nom qu’elle conserve encore aujourd’hui, Elle est située sur la côte de la Guiane, près de l'embouchure de l'Orénoque.

Cette rivière, quoique du troisième ou quatrième ordre pour la grandeur parmi celles du Nouveau- Monde , surpasse de beaucoup toutes celles de notre hémisphère. Elle porte à l'Océan une masse d’eau si énorme et coule avec tant d’impétuosité que, lorsqu'elle rencontre la marée qui, sur cette côte, monte à'une très grande hauteur, il se fait

1 P. Martyr, Decad., pag. 70.

un choc qui élève et agite les flots d’une manière surprenante et terrible. La rapidité du fleuve le fait triompher dans ce combat, et on le voit porter ses eaux à piusieurs lieues dans l'Océan sans les y mêler !. Avant d’avoir pu connaître le danger, Colomb se trouva entre ce terrible courant et les vagues agitées; il n'échappa qu'avec beaucoup de difficulté par un détroit qui lui parut si dangereux qu'il l'appela {a bouche du dragon. Lorsque le danger fut passé, ilvit, dans l’objet même qui l'avait si fort effrayé, des motifs d'espérance et de consolation. Il conjectura avec beaucoup de justesse qu’une si grande rivière ne pouvait pas être fournie par une Île et qu’elle devait couler au travers d’un très grand conti-

nent, et il ne douta pas que ce ne Mt celui qu'il | cherchait depuis si long-temps. Plein de cette |

idée, il navigua à l’ouest , le long de la côte des provinces qui sont aujourd'hni connues sous les noms de Paria et de Cumana. Il prit terre en

différens endroits et eut quelque commerce avec ! les habitans, dont les traits et les mœurs lui parurent ressembler à ceux des Indiens d'His- |

paniola. Ils portaient des ornemens d'or en petites plaques et des perles très belles qu'ils échangèrent volontiers pour de petites merceries d'Europe. Ils semblaient avoir plus d'intelligence

et de courage que les habitans des îles. On y | voyait des quadrupèdes de différentes espèces |

et une grande variété d'oiseaux et de fruits2.

L’amiral fut si transporté de la beauté et de la : fertilité du pays, que, plein de cet enthousiasme | qui accompagne ordinairement la passion des

découvertes, il imagina que c'était là le paradis

terrestre de l'Écriture, que Dieu avait donné à | l'homme pour y habiter tant que son innocence | le rendrait digne d’un si beau séjour. C'est | ainsi que Colomb eut la gloire non-seulement de | faire connaîtreau genre humain l'existence d’un | nouveau monde , mais d'étendre beaucoup cette | découverte et de conduire le premier les Espa- | gnols au vaste continent qui est devenu la plus | considérable partie de leur empire et la princi- |

pale source de leurs richesses. Le mauvais état

de ses vaisseaux, le manque de vivres, ses infir- | dans le pays un état indépendant de la cour

1 Gumilla , Aist. de l'Orénoque, tom. 1, pag. 14.

5 Herrera, Decad. 1, lib. 1, cap. 1x, x, xt Pie de Colomb, chap. LxvI, zxxur.

5 Herrera, Decad. À, lib. ur, cap. xu. Gomera, Chop. Lxxx1v.

| mités et l'impatience de ses gens ne lui permi. rent pas de pousser plus loin sa découverte. 11 ne put se dispenser de regagner Hispaniola. En son chemin il découvrit les îles de Cubagua et de Margarita, devenues considérables depuis par la pêche des perles. En arrivant à Hispaniola il était épuisé de fatigues et de maladie; mais les affaires de la colonie étaient dans une situation qui ne lui permettait pas d'y jouir du repos dont il avait un si grand besoin.

Pendant son absence, ce pays avait éprouvé beaucoup de révolutions. Son frère l'Adelantade, en conséquence des conseils que lui avait donnés Colomb avant son départ, avait transporté la colonie d'Isabelle dans un lieu plus commode de l'autre côté de l'île. Il avait jeté les fondemens de Saint-Domingue !, qui a été long-temps le ville la plus considérable que les Européens eus. sent dans le Nouveau-Monde et le siége de tous les tribunaux suprêmes de la cour d'Espagne en Amérique. Dès que les Espagnols y furent éta. blis, l’Adelantade, pour les empêcher de languir dans l’inaction et leur ôter le loisir de former de nouvelles cabales, parcourut les parties de l’île que son frère n’avait pas encore visitées ou assujetties. Les Indiens, hors d'état de faire aucune résistance, se soumirent partout aux tributs qui leur furent imposés; mais ils trouvèrent bientôt le joug si insupportable que, tout redoutables | qu'étaient pour eux-les Espagnols, ils prirent les armes contre leurs oppresseurs.

Cette révolte n’était pourtant pas fort à craindre de la part de ces pauvres Indiens timides, nus et désarmés. Mais pendant que l’Adelantade était en campagne, il en éclata une autre plus dangereuse parmi les Espagnols eux-mêmes. Roldan, cet homme que Colomb avait placé dans un poste qui le constituait gardien de l'ordre et de la tranquillité publique, en était le chef. Un caractère turbulent et une ambition aveugle le portérent à cette démarche indigne de son rang, et les motifs qu’il en donnait à ses compatriotes étaient frivoles et sans fondement. Il accusait Colomb et ses deux frères d'arrogance et de sévérité. Ils avaient pour but, disait-il, de se faire

d'Espagne; ils avaient fait périr une partie des

| Espagnols de faim et de fatigue, afin de pou-

1 P. Martyr, Decad., pag. 56.

voir plu sion; er de demi aventur chant à mauvai:

et une] et dem que les pressio! temps € jouissai grand | chef, e et son | vres 4 prendre et le co leur pr tirer di lement rité de

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1 He lomb, pag: 78

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voir plus aisément réduire le reste à la soumission; enfin, il était honteux pour des Castillans de demeurer esclaves soumis et dociles de trois aventuriers génois. Les hommes ont tant de penchant à imputer les maux qu'ils souffrent à la mauvaise conduite de ceux qui les gouvernent, et une nation voit toujours avec tant de jalousie et de mécontentement l'élévation d'un étranger, que les insinuations de Roldan firent une impression profonde sur ses compatriotes, en même temps que son rang et la considération dont il jouissait y ajoutaient beaucoup de poids. Un grand nombre d'Espagnols le reconnurent pour | chef, et prenant les armes contre l'Adelantade | et son frère, ils se saisirent du magasin de vi- | vres appartenant au roi, et tentèrent de sur- | prendre le fort de Saint-Domingue. La vigilance

et le courage de D. Diego Colomb firent échouer

leur projet. Les mutins furent obligés de se re-

tirer dans la province de Xaragua, et non-seu-

lement ils continrérent de méconnaître l’auto-

rité de l'Adelantade, mais ils excitèrent encore

les Indiens eux-mêmes à secouer le joug !.

Tel était le malheureux état de la colonie, lorsque Colomb arriva à Saint-Domingue. Il fut bien surpris d'apprendre que les trois vaisseaux qu'il avait envoyés des Canaries n’y avaient pas encore paru. Par la maladresse du pilote et la force des courans, ils avaient été emportés à cent soixante milles à l’ouest de Saint-Domingue et forcés de se jeter dans un havre de la province de Xaragua où Roldan et les séditieux étaient cantonnés. Roldan cacha soigneusement aux commandans des navires sa séparation d’a- | vec l’Adelentade; et employant toute son adresse pour gagner leur confiance , il leur persuada de débarquer un nombre considérable des nouveaux colons qu’ils amenaient , et qui se rendraient , disait-il, à Saint-Domingue par terre. Îl n'eut pas besoin de beaucoup de raisonnemens pour déterminer ces gens-là à épouser sa querelle. C'étaient des scélérats échappés des prisons d'Espagne , accoutumés à vivre dans l’oisiveté et la”, licence, et à qui les actes de violence étaient fa- | miliers. Ils adoptèrent aisément un genre de vie fort semblable à celui qu’ils venaient de quitter. Les commandans des navires , s'apercevant trop

1 Herrera, Decad. 1, lib. 1, cap. v, vin. Vie de Co- | lomb, ch. Lxxiv, Lxxvu. Gomera, ch. xxur. P. Martyr, | pag. 78.

tard de l’imprudence qu'ils avaient commise en laissant débarquer tant de monde, firent voile pour Saint-Domingue, et arrivèrent dans le port peu de jours après l'amiral. Mais le fonds de provisions qu'ils avaient été chargés de porter! était tellement diminué par lalongueur du voyage que ce qui en restait ne pouvait être pour la colonie que d’un bien faible secours !.

Le renfort d'hommes qui s'était associé à la révolte de Roldan le rendit plus formidable et non moins insolent dans ses prétentions. Co-

| lomb, quoique pénétré de son ingratitude et

indigné de l'audace des mécontens, ne voulut pas se presser d'en venir aux mains. Il tremblait à la seule pensée d'allumer une guerre civile dont le succès, quel qu'il fût, en affaiblissant les deux partis, encouragerait leurs ennemis communs à s'unir pour achever de les détruire. IL s’apercevait aussi que les préventions et les passions qui avaient fait prendre les armes aux rebelles avaient tellement infecté les Espagnols qui lui demeuraient fidèles, que plusieurs d’entre eux blâmeraïent des mesures violentes, et que tous ne s’y prêteraient qu'avec une grande froideur. Ces considérations d'intérêt public et le danger de sa situation le déterminerent à négocier plutôt que de combattre. Il commença par promettre une amnistie à tous ceux qui rentreraient dans le devoir, et ramena en effet par là quelques mécontens. Il offrit de renvoyer

: en Espagne tous ceux qui demanderaient à y | retourner, ce qui convenait à ceux que la ma- | ladie ou d’autres raisons avaient dégoûtés du

Nouveau-Monde. Il adoucit l'orgueil de Roldan en lui promettant de lui rendre son emploi, et

: satisfit l'avidité de tous en leur accordant la plus : grande partie de leurs demandes. Ainsi par de-

grés et sans répendre une goutte de sang, il parvint à rompre cette association dangereuse 4 qui menaçait la colonie d’une ruine entière et à! rétablir au moins les apparences de l'ordre , de la tranquillité et d'un gouvernement régulier ?. En conséquence de cet accord avec les mutins, on donna des terres à chaque colon dans diffé-

rentes parties de l'ile, et on imposa aux Indiens . de chaque district l'obligation de cultiver une

1 Herrera, Decad, 1, lib. ur, cap. x. Vie de Co domb, chap LxXXVHE, EXXIX.

* Herrera, Decad. 1, lib. nt, cap. xim, xiwv. Pie de Colomt: : chap. rxxx, etc.

mers

RDS DE AT

certaine quantité de terrain pour leurs nouveaux

maîtres. Ce travail fut substitué au tribut qu'on | avait d'abord exigé. Mais quelque nécessaire | que püt être ce règlement dans une colonie en- |

core faible , il fut pour ce malheureux peuple la source de ealamités sans nombre et des plus

cruelles oppressions , en introduisant dans tous ! les établissemens espagnols les reportimientos | ou répartitions d'Indienst, Ce ne fut pas même |

le seul effet funeste de la révolte d'Hispaniola.

Elle empècha encore Colomb de poursuivre ses: découvertes sur le continent; car sa propre sû-

reté l'obligea de garder près de lui son frère l'A-

son dernier voyage, une description des nou-

velles contrées qu'il avait découvertes , une carte |

de la côte le long de laquelle il avait navigué, et des échantillons de l'or, des perles et des autres productions curieuses où précieuses qu’il

même temps il fit passer à la çour un récit de la révolte d'Hispaniola, dans lequel il aecusait les

mutins , non-seulement d’avoir excité dans la eo- | lonie des troubles qui pouvaient entraîner sa | ruine, mais d’avoir mis obstacle à toutes les mesures qu’on aurait pu prendre pour pousser les | découvertes plus loin. IL proposait différens règlemens propres à perfectionner le gouverne- | ment de l'ile et à étouffer l'esprit de sédition..

qui , quoique suspendu dans le moment actuel,

leur conduite et leur récrimination contre l'ami ral et ses frères ; et malheureusement pour l'Espagne et pour Colomb, ils obtinrent plus de confiance auprès de Ferdinand et d'Isabelle que l'amiral lui-même 2.

Mais avant de faire connaitre les effets que produisit cette prévention de la cour d'Espagne, nous devons détourner l'attention du lecteur sur d’autres événemens aussi intéressans par eux-mêmes que par leur liaison avec l'histoire

du Nouveau-Monde. Pendant que Colomb pour- | de justes éloges à sa prudence et à son intrépi-

? Herrera, Decad. 1, lb. m, Cp. XIV, etc.

* Herrera, Decad. 1, lib. mt, cap. xu. Benzon, &ist. |

Nov. Orb., lib. r, cap. ur.

suivait ses différens voyages à l'ouest , la passion des dévouvertes se soutenait en Portugal où elle s'était d'abord montrée, et elle y déve. nait plus active. Les succès de Colomb et les réflexions des Portugais sur la faute qu'ils avaient faite en rejetant les offres de cet étranger, après avoir excité leurs regrets , leur inspi. rérent la noble émulation de le surpasser dans cette carrière, et un désir ardent de dédommager leur patrie de la perte qu'elle avait faite par leur imprudence. Dans cette vue, Emmanuel, qui avait hérité du génie entreprenant de ses

! prédécesseurs , reprit le grand projet qu'ils delantade et les gens de mer qu'il aurait pu | employer à cette expédition. Aussitôt que l'état | des affaires le lui permit, il envoya quelques-uns L de ses vaisseaux en Espagne avec un journal de |

avaient eu ‘d’onvriv une route aux Indes orientales par le cap de Bonne-Espérance. A peine fut-il monté sur le trône qu'il fit équiper une escadre pour cet important voyage. Il en donna le commandement à Vasco de Gama , homme de naissance, queses vertus, sa prudence et son courage rendaient digne de la confiance qu'on lui montrait. L’eseadre, comme toutes celles

| qu'on armait pour faire des découvertes, dans avait eues par échange des naturels du pays. En |

ce siècle où la navigation était encore dans l'enfance, était très faible et consistait seulement en trois vaisseaux qui n'étaient ni d'un port ni d’une force proportionnés au service. qu'on en attendait, Les Européens n'avaient encore alors aucune connaissance des vents alisés et des moussons réguliers qui, tant dans l'océan Atlantique que dans la mer qui sépare l'Afrique des Indes orientales, rendent la navigation, en quelques temps.de l'année, facile et en d’autres

. non-seulement difficile, mais presque impossipouvait se rallumer avec plus de fureur. Roldan | et ses associés ne négligèrent pas de leur côté | d'envoyer par les mêmes vaisseaux l'apologie de !

ble : aussi le temps que Gama avait choisi pour son départ était le plus défavorable qu'on pût prendre dans toute l’année, Il mit à la voile du port de Lisbonne le 9 juillet 1497, et portant au sud , il eut à combattre pendant quatre mois les vents contraires avant de pouvoir gagner le cap de Bonne-Espérance. Là, leur violence s'étant un peu abattue, Gama profita d'un intervalle «de beau temps pour doubler ce terrible promontoire qui avait été si long-termps la borne de la navigation des Européeus , et tourna ensuite au nord-ouest le long de la côte d'Afrique. Il toucha à différens ports, et, après plusieurs aventures que les historiens rapportent en donnant

dité, il jeta l’ancre devant la ville de Mélinde. Dans tous ces grands pays qu'on trouve le long

des côt négal Portug barbar comme leurs tx et leur:

avançai trème blemen domine de civi des let tane re tout ét:

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[1498] l'ouest , la pasnait en Portugal , et elle y devee Colomb et les

la faute qu'ils es de cet étranrets , leur inspi- > surpasser dans de dédommager avait faite par ue, Emmanuel, prenant de ses d projet qu'ils tux Indes orien.

vance. À peine fit équiper une age. Il en donna ima , homme de prudence et son confiance qu'on le toutes celles ouvertes, dans core dans lentait seulement ni d'un port ni rvice qu'on en “at encore alors alisés. et: des ins l'océan Atépare l'Afrique nayigation, en > eLen d’autres asque iMPDS$ir ait choisi pour able qu'en pût it à la voile du + €t portant au atne mois les gagner le cap ence s'étant un intervalle «de rible promonla borne de la rna ensuite au frique. IL toulusieurs avennt.en donnant à son intrépile de Mélinde.

trouve le long

des côtes de l'Afrique, depuis la rivière du Sénégal jusqu'aux confins du Zanguebar , les Portugais avaient trouvé une race d'hommes barbares, sans arts, sans connaissances, sans commerce, et différant des Européens autant par ! leurs traits et leur couleur que par leurs mœurs et leurs gouvernemens; mais, à mesure qu'ils avançaient, ils virent avec une satisfaction extrème la figure des hommes changer insensiblement et s'embellir, et les traits asiatiques dominer davantage ; ils aperçurent des marques de civilisation et même quelque connaissance des lettres; ils trouvèrent la religion mahométane reçue et un commerce assez considérable tout établi. Gama trouva au port de Mélinde plusieurs vaisseaux indiens. Il poursuivit alors son voyage , presque sûr du succès ; et sous la conduité d’un pilote mahométan, il arriva à Calicut, sur la côte de Malabar, le 22 mai 1498. La richesse, la population , la culture, l'industrie et les arts de ce pays extrêmement civilisé, étaient beaucoup au-dessus de l’idée qu'il s’en était formée d'après les relations imparfaites qu’on en avait en Europe. Mais comme il n'avait avec lui ai tes forces nécessaires pour y former un établissement, ni les marchandises avec lesquelles il eût pu commencer quelque commerce, il se hâta de retourner en Portugal, et d’y aller annoncer le succès du voyage le plus long et le plus difficile qui eût jamais été fait depuis l'invention de l’art de la navigation. Il débarqua à | Lisbonne le 14 septembre 1499, deux ans, deux mois et cinq jours après son départ de ce port!. On voit que, dans le cours du quinzième siècle, le genre humain fit plus de progrès dans la con- | naissance du globe que dans tous les siècles an- | térieurs. L'esprit de découverte, faible d’abord, commença à se mouvoir dans une sphère très resserrée , et sa marche fut incertaine et timide. Encouragé par le succès, il hasarda davantage et fit de plus grands pas. Par ses progrès même | il acquit plus de vigueur et s’avança enfin vers | son but avec une rapidité et une assurance qui | lui firent franchir toutes les limites que l’igno- | rance et la crainte avaient jusqu'alors opposées à l’activité de l’homme. Les Portugais avaient | employé près de cinquante ans à se trainer le | Jong de la côte d’Afrique du cap Non au cap |

Vert, sur l’espace de douze degrés seulement au sud du premier de ces points. En moins de trente ans , après avoir passé la ligne et pénétré dans un autre hémisphère, ils s'étaient avancés à quaranté-neuf degrés du cap Vert. Enfin dans les sept dernières années du siècle, on avait découvert à l'ouest un nouveau monde aussi étendu que toute la partie de la terre alors connue. À l’est on avait traversé des mers, abordé à des régions ignorées et ouvert entre l'Europe et les opulentes régions de l'Inde une communication long-temps désirée et jusqu'alors cachée à l’impatience des Européens. Des événemens si merveilleux et si inattendus éclipsaient tout ce qui s'était fait jusqu'alors de plus hardi et de plus éclatant. De plus grands objets s'offraient à l'esprit humain qui, animé par ce nouvel intérêt, s'y porta avec chaleur et exerça toute son activité dans cette nouvelle direction. Cette ardeur pour les entreprises , quoique plus récente en Espagne, commença bientôt. à y devenir plus générale. Toutes les tentatives faites par cette nation, avaient été jusqu'alors vonaüites par Colomb seul et aux frais du souverain. Des armateurs particuliers, séduits par les descriptions magnifiques que l'amiral faisait des pays qu’il venait de visiter et par l'exposition des richesses qu'il en avait apportées, offrirent d’équiper à leurs frais et à leurs risques des b4timens pour aller aussi à la découverte de nouvelles contrées. La cour d’Espagne voyait ses modiques ressources épuisées par ses premières expéditions , qui, en faisant espérer de grands

| avantages pour l'avenir, n’en avaient apporté

jusqu'alors que de très médiocres. Le souverain n'était pas fâché de rejeter désormais sur ses sujets la dépense de pareilles entreprises. Il saisit avec empressement une occasion de faire servir à l'avantage de la nation l’avidité, l’industrie et les efforts des hommes à projets qui voudraient prendre sur eux-mêmes tous les risques. Une des premières offres de cette espèce fut celle d’Alonzo d'Ojeda. C'était un fort bon officier qui avait accompagné Colomb dans son second voyage. Son rang et sa bonne réputation lui procurèrent assez de crédit parmi les négocians de Séville pour équiper quatre vaisseaux , dans l'espérance qu'il obtiendrait l'agrément du

, loi pour le voyage. La protection puissante de

1 Ramusio, vol. 1, pag. 119, ,

‘évèque de Badajos lui assurait un heureux

TE Ce

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succès dans une demande d’ailleurs si agréable à la cour. Sans consulter Colomb et sans avoir aucun égard aux droits et à l'autorité qu'on lui

avait donnés par la capitulation de 1492, on |

permit à Ojeda de naviguer au Nouveau-Monde ; et, pour le diriger dans sa course, l'évêque lui communiqua le journal du dernier voyage de l'amiral et les cartes des pays qu'il avait découverts. Ojeda n’entra dans aucune route nouvelle; et, suivant servilement celle que Colomb avait tenue, il arriva sur la côte de Paria. Il fit quelque commerce avec les naturels, et, se portant ensuite à l’ouest, il alla jusqu’au cap Vela et reconnut une grande étendue de côtes au-delà de celles que venait de visiter Colomb. Après avoir ainsi constaté la vérité de l'opinion de l'amiral, qui avait regardé ces pays comme faisant partie d'un continent, il retourna en Espagne par Hispaniola, remportant quelque gloire de sa découverte, mais avec un médiocre bénéfice pour ceux qui avaient placé leurs fonds dans cette expédition !.

Améric Vespuce, gentilhomme florentin, accompagnait Ojeda dans ce voyage; on igaore en quelle qualité. Mais comme il était hon marin, et très habile dans toutes les sciences subsidiaires à la navigation, il acquit tant d’autorité parmi ses compagnons qu’ils lui abandonnèrent

la direction principale de toutes les manœuvres |

et opérations du voyage. Peu de temps après son retour, il communiqua la relation de ses aventures, et des découvertes qu’il venait de faire à un de ses compatriotes, et, pressé de la vanité commune aux voyageurs de se donner de la célébrité, il eut l'assurance de s'y montrer comme ayant découvert le premier le continent du Nouveau-Monde. Le voyage d’Améric était

écrit non-seulement avec adresse, mais avec élégance. Au récit amusant des faits il avait |

joint des observations judicieuses sur les pro-

ductions naturelles, les mœurs et les habitans |

de ces contrées inconnues. Comme c'était la première description du Nouveau -Monde qu'on rendit publique , un ouvrage si propre à satisfaire la passion des hommes pour le nouveau et le merveilleux, dut se répandre avec rapidité et

se faire lire avec admiration. Peu à peu on s'ac- |

coutuma à appeler ce pays du nom de celui

Herrera, Decad, 1, lib. 1v, cap. 1, 1, mr.

| qu'on supposait l'avoir découvert, Le caprice | des hommes, souvent aussi inexplicable qu'injuste, a perpétué cette erreur. Toutes les nations | Sont convenues de donner le nom d'Amérique à | cette nouvelle partie du globe. La prétention hardie d’un heureux imposteur a dérobé à l'au- |

teur de cette grande découverte la gloire qui lui appartenait. Le nom d’Améric a supplanté celui de Colomb, et le genre humain doit regretter que cette injustice ait reçu la sanction du temps et ne puisse plus être réparée (22).

La même année il se fit un autre voyage pour tenter aussi des découvertes. Non-seulement Colomb avait introduit le goût des entreprises de ce genre parmi les Espagnols, mais les premiers aventuriers qui se distinguèrent dans cette carrière avaient été tous formés sous lui et devaient à ses leçons les connaissances et l'habileté qui les mettaient en état de suivre ses traces. Alonzo Nigno, qui avait servi sous l'amiral dans sa dernière expédition, se joignit à Christophe Guerra, marchand de Séville, pour équiper un seul vaisseau, avec lequel il alla à la côte de Paria. Ce voyage semble avoir eu plutôt pour but un commerce lucratif qu'un intérêt général et important à la nation. Nigno et Guerra ne firent aucune découverte intéressante, mais ils rapportèrent en Europe une assez grande quantité d’or et de perles pour exciter dans leurs compatriotes le désir de faire des entreprises semblables.

Peu de temps après , Vincent Yanez Pinson, un des compagnons de Colomb dans son premier voyage, partit de Palos avec quatre vaisseaux. Il fit voile droit au sud et fut le premier Espagnol qui se hasarda à passer la ligne. Ilne paraît pas avoir pris terre en aucun endroit de la côte de l'Amérique par delà l'embouchure du Maragnon, appelé autrement la rivière des Amazones, Tous ces navigateurs adoptaient la fausse théorie de Colomb et croyaient que les pays découverts étaient une partie du grand continent de l'Inde 2.

Dans le cours de cette première année du seizième siècle, le Brésil, cette belle partie de l'Amérique, dont Pinson s'était approché de si

1 P. Mart., Decad., p. 87. Herrera, Decad 1, lib. iv, chap. v.

? Herrera, Decad. 1, lib. 1v, cap. vi. P. Martyr, De- ! cad. 1, pag. 95.

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