‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme]Chapitre 79 sur 155 · P. Martyr, 2e · texte numérisé non relu

P. Martyr, 2e

près sans y toucher, fut entièrement découvert. Le succès du voyage de Gama aux Indes orientales ayant encouragé le roi de Portugal à armer une flotte assez puissante, non-seulement pour ouvrir un commerce avec ces riches contrées, mais pour y tenter quelque conquête, il en donna le commandement à Pedro Alvarès Cabral. Celui-ci, voulant s'éloigner de la côte d'Afrique pour éviter des vents de terre variables ou des calmes fréquens , porta au large et s'avança si fort à l'ouest qu’ ka grande surprise il trouva une terre située sous le dixième degré au-delà de la ligne. Il imagina d'abord que c'était quelque île de l'Océan atlantique jusqu'alors inconnue; mais, en suivant les côtes pendant plusieurs jours, il fut conduit à croire qu’un pays si étendu faisait partie de quelque grand continent

et cette conjecture se trouva juste. Cette terre

était la partie de l'Amérique méridionale connue aujourd’hui sous le nom de Brésil. Il y toucha et s'étant formé une idée très avantageuse de la fertilité du sol et de la beauté du climat , iler prit possession au nom du Portugal et dépêcha un vaisseau à Lisbonne pour y porter la nouvelle de cet événement aussi intéressant qu’inattendu {. La découverte du Nouveau-Monde par Colomb avait été le fruit d’un génie actif, éclairé par la théorie et guidé par l’expérience , suivant un plan régulier et l'exécutant avec autant de courage que de persévérance ; mais l'aventure des Portugais nous montre que le hasard seul aurait pu amener ce grand événement dont l'esprit humain se glorifie aujourd'hui comme de son ouvrage. Si la sagacité de Colomb ne nous avait pas fait connaître l'Amérique , quelques années plus tard un heureux hasard nous y aurait conduits ?.

Pendant que l'Espagne et le Portugal faisaient ainsi des progrès dans la connaissance de cette vaste portion du globe où Colomb avait porté leurs pas, lui-même, loin de jouir des honneurs et de la tranquillité que méritaient de si grands services , avait à combattre tous les obstacles et à dévorer tous les dégoûts que pouvaient lui susciter l'envie et la malveillance des gens qui étaient sous ses ordres et l'ingratitude de la cour qu'il servait. L'accommodement fait avec Rol-

“Herrera, lib. 1, lib. 1v, Cap. vu.

* Herrera, Decad. 1, lib. vrr. can v.

ul.

dan avait à la vérité désuni et affaibli les mutins, mais sans extirper de l’île les semences de discorde. Plusieurs des mécontens demeuraient armés et refusaient de se soumettre à l'amiral. Ses frères et lui-même étaient obligés de tenir alternativement la campagne, soit pour arrêter leurs incursions, soit pour punir leurs violences. Une occupation et des inquiétudes si continuelles l'empêchaient de mettre assez d'attention à se défendre des intrigues que ses ennemis tramaient contre lui à la cour. Un grand nombre de ceux qui étaient mécontens de son administration avaient profité, pour retourner en Espagne, des vaisseaux qu'il avait dépêchés de Saint- Domingue. La ruine de toutes les espérances de ces malheureux aventuriers avait porté au plus haut degré leurrage contre Colomb. Leur misère etleurinfortune, en excitantlacompassion, ren daient leurs plaintes intéressantes et leurs accusations croyables. Ils excédaient sans relâche Ferdinand et Isabelle de mémoires contenant le détail deleurs malheurs et des injustices de Colomb. Toutes les fois que le roi ou la reine paraissaient en public, ils les environnaient en tumulte et renouvelaient leurs importunités pour le paiement des arrérages qui leur étaient dus et pour la punition de l’auteur de leurs maux. Ils insultaient les fils de l'amiral partout où ils les rencontraient , leurreprochant la fatale curiosité d’un père visionnaire qui avait conduit la nation dans des régions malheureuses, qui n'étaient qu'un gouffre où allaient s’engloutir les richesses de l'Espagne et un tombeau ouvert pour ses peuples. Cette guerre ouverte contre Colomb était secondée par les insinuations secrètes et plus dangereuses des courtisans qui avaient déjà formé leurs plans et qui enviaient ses succès et son crédit !.

Ferdinand recevait volontiers ces accusations et les écoutait avec une grande prévention contre celui qui en était l’objet. Malgré les peintures flatteuses que Colomb avait faites des richesses de l'Amérique, les retours avaient été jusqu'alors si modiques qu'il s’en fallait de beaucoup qu'ils eussent dédommagé des frais des armemens. La gloire de la découverte du Nouveau-Monde et la perspective éloignée des avantages du commerce étaient tout ce que l'Espagne avait retiré de ses

1 Fie de Colomb, chap. zxxxv. 3!

avances. Mais le temps avait déjà affaibli les premiers séntimens de satisfaction et de joie que la découverte avait causés, et la gloire toute seule n'était pas un objet qui pt satisfaire l'âme froide et intéressée de Ferdinand. On entendait si mal alors la nature du commerce que l’espérance d'un bénéfice éloigné , où même qui ne serait pas sur-le-champ très considérable, ne paraissait mériter aucune attention. Ferdinand regardait l’entreprise de Colomb comme ruiueuse pour TEspagne et s’en prénaîit à la mauvaise conduite et à l'incapacité de l'amiral, de ce qu'un pays abondant en or n’avait pas encore enrichi ses conquérans. Isabelle même qui, d’après la bonne opinion qu’elleavait de Colomb, l'avait constamment protégé, fut à la fin ébranlée par le nombre et la violence de ses accasateurs ét commença à croire qu’une haïîne si générale devait être l'effét de griefs véritablés qui demandaïent à être redressés, soupçons que l’évéque de Badajos fortifiait et confirmait avec l'animosité qu’il avait toujours montrée.

La reine n’eut pas plutôt cédé au torrent de la calomnie qu'on prit une résolution fatale à Colomb. François de Bovadilla, chevalier de Calatrava, fut nommé pour aller A Hispaniola. Muni de pleins pouvoirs pour rechercher la conduite de Colomb, il était autorisé à le déplacer et à prendre lui-même le gouvernement de lle s’il trouvait les accusations bien fondées. T1 était impossible à l'accusé d'éviter la condamnation, lorsqu'on donnait au même homme et le droit de le juger et l'intérêt de le trouver coupable. Quoïque Colomb eût alors apaisé toutes les dissensions de lle; quoiqu'il eût amené ‘tes Espagnols ét les Indiens à se soumettre à l'autorité; quoiqu'il eût pris des mesures sages pour faire exploiter les mines et cultiver le pays, ce qui assurait pour l'avenir ün revenu considérable au roi ainsi que de grands avantages aux colons, Bovadilla , sans aucun ég#rd pour le genre et la grandeur de ces services, montra,

en mettant le pied à Hispaniola , une résolution | déterminée de'le traîter en criminel. Il prit pos- |

session de la maison de l'amiral qui se trouvait alors absent, saisit tous ses effets, comme si Colomb eût été déjà convaincu ,‘se rendit maître par force du fort et des magasins du roi, se fit reconnaître en qualité de gouverneur général, mit en liberté tous les prisonniers détenus par

les ordres de l'amiral et le cita lui-même à son tribunal pour répondre de sa conduite , en lui envoyant en même temps la copie d’un ordre du roi qui enjoignaît à Colomb de lui obéir.

Colomb, profondément affecté de l'ngratitude et de l'injustice de Ferdinand et d'isabelle, n’hésita pas un moment sur le parti qu'il avait à prendre. Il se soumit à la volonté de ses souveraîns avec un silence respectueux; mais il en appéla directement au trône des procédés d'un juge si violent et si évidemment partial. Bovadilfa, sans daignér même le voir, le fit arrêter surle-Champ, méttre awx fers et traîner à bord d’un vaisseau. Jusque dans cet hurniliant revers de fortune la férmeté, qui distinguait te caractère de Colomb, ne l’abandonna point. Rasstré par le témoignage de sa conscience et se consolant lui-même par le souvenir des grandes choses qu'il avait exétutées, il souffrit cette horrible insuite non-seulement avec calme, mais avec dignité. M n’éut pas même la consalation que peut donner dans Tes-souffrances la compassion d'autrui. Bovadifa s'était défà rendu si'populaire en accordant différens privitéges (à a colonie , en donmant des Indiens à ‘tous cenx qui luï en demandaient, ét'enretächrant les rêres de la police et du gouvernement, que les eblons qui, pour la plupart, étaient des gens sans aveu, forcés par l'indigence ou par le erime à Sexpatrier , firent éclater Ta joie la iphes svandétense en voyant la disgrâce et l'empriséonmement de Colomb. ‘fls se flattaient de Sonir désormais d'une liberté sans bornes , éonfonme à leur goût et à leurs premières habitudes. Ce fut parmi des'hommes si disposés à calomnier la conduite de Colomb que Bovadilla recueïllit les ‘acousations dont il se proposait de le charger. Toutes furent'reques , jusqu'aux plas nvraisembtables et aux plus'absurdes, faites par les gens les plus mfames. Le résultat de ‘cette information ‘anesi indécente qu’inique , fut envoyé en Espagne.

Bovadilla faisait partir én même temps Colomb et ses deux frères chargés de fers, et, ajoutant la cruauté à T'insulte, il les fit mettre sur différens vaisseaux , les privant ainsi de la consolation qu'ils auraient tronvée à leurs communs malheurs dans les secvars de l'amitié. Mais tandis que les violences et l’insolence de Bovadilla obtenaient des habitans d'Hispaniola une approbation générale qui déshonore leur mémoire et

leur pa grandes sentime rang, à lejo, .ca miral, qu'il s'a et lui of si dnjust avec un fers par ce com reçus d’ liberté, Heun que Fer était am pression allait pr souffrir:

de voir qui ava récriera avait re!

tude de:

Honteu) sérent réparati d’effacei à leur ordre-d à venir pour y | rang. E pieds. Il les dive mettant remit d un long les plus droitur non co!

laient à sent , s le traita de tend deux le testèren et prom veillanc

lui-mème à son onduite , en lui e d’un ordre du ui obéir.

té de l'ingratiid et d'Isabelle, arti qu'il avait à té de ses souveux; mais il en procédés d'an t partial. Bovaéfit arrêter sur.

traîner à bord urnitiant revers guait le carac- \ point. Rassuré nce et se consoir dés grandes il souffrit cette vec calme, mais * la consatation rices la compaséfà rendu si popriviéges là a à'tous ceax qui ant les rèrres de que les colons gens sans aveu, trime 4'sexpadus ‘standflense isonnement de our désormais ne à leur goût Ce fut parmi nier la ‘conduite Mit tes ‘acousaharger. Toutes ivraisemblables esigens les plus formation ‘aussi é en. Espagne.

temps Colomb , ét, ajoutant la re sur d'ifférens ja consolation communs: mallié. Mais tandis e Bovadilla obola une approur mémoire et

leur pays, un homme conservait le souvenir des grandes actions de Colomb et était touché des sentimens de respect et compassion dus à son rang, à son âge et à son mérite, Alonzo de Vallejo, capitaine du vaisseau sur lequel était l'amiral, ne fut pas plutôt hors de la vue de l'ile qu'il s'approcha de son prisonnier avec respect et lui offrit de lui faire ôter les fers dont il était si injustement chargé. « Non, répliqua Colomb avec une généreuse indignation, je porte ces

fers par l'ordre du roi et de la reine ; j'obéirai à

ce commandement comme à tous ceux que j'ai reçus d'eux. Leur volonté m'a dépouillé de ma liberté, leur volonté seule peut me la rendre. » Heureusement le voyage fut court. Aussitôt que Ferdinand et Isabelle apprirent que Colomb était amené prisonnier , ils conçurent quelle impression universelle de surprise cet événement allait produire, et combien leur réputation en souffrirait. Toute l'Europe devait être révoltée de voir traiter avec cette indignité un homme qui avait exécuté de si grandes choses. On se récrierait contre l'injustice d’une nation à qui il avait rendu tant de services et contre l’ingratitude des souverains dont ilavait.illustré le règne. Honteux de ieur propre conduite , ils s’empressérent non-seulement de lui faire quelque réparation d’une sicruelle injure, mais encore d'effacer Ja tache que cette injustice imprimait à leur réputation; ils donnérent sur-le-champ ordre-de mettre Colomb en liberté, l’invitèrent à venir à la ceur et lui envoyèrent de l'argent pour y paraître d'une manière convenable à son rang. En se présentant, Colomb se jeta à leurs pieds. 11 demeura quelque temps dans le silence, les divers sentimens qui l’agitaient ne lui permettant pas de proférer une parole. Enfin il se remit de son trouble et justifia sa conduite par un long discours où il produisit les preuves les plus satisfaisantes de son innocence, de sa droiture et de la fureur de ses ennemis, qui, non contens d’avoir ruiné sa fortune, travaillaïent à lui enlever les seuls biens qui lui restassent, son honneur et sa réputation. Ferdinand le traita avec politesse et Isabelle avec une sorte de tendresse et de respect. Ils témoignèrent tous deux leur chagrin de ce qui était arrivé, protestèrent qu’on avait agi contre leurs intentions

et promirent à Colomb pour l’avenir leur bien- | lomb, chap. cmcxvrr.

veïllance et leur protection. Ils destituèrent sur-

le-champ Bovadifla de son emploi, afin d'écarter le soupçon qu'ils eussent pu favoriser ses violences ; mais ils ne rendirent pas à Colomb les droits et les priviléges attachés au titre de vieeroi des pays qu'il avait découverts. En voulant paraître venger Colomb, ils nourrissaient encore cette misérable jalousie d'autorité qui les avait portés à revêtir Bovadilla du pouvoir de traiter si cruellement un grand homme. Hs craignirent de se confier à celui à qui is devaient tout, et le retenañit à la cour sous divers prétextes , ils nommèrent au gouvernement d'Hispaniola Nicolas d'Ovando, chevalier de l'ordre militaire d'Alcantara !.

Colomb fut vivement frappé de ce nouveau coup qui lui était perté par des mains qui semblaient s’employer à guérir ses anciennes blessures. Les grandes àines sont aisément blessées des soupçons qu'on jette sur leur droiture et s'irrient de out ce qui perte l'apparence du mépris. L’amirai éprouvait ces deux genres d'insulte de la part des Espagnols, et la bassesse de leur cenduite à son égard l’aigrit à un tel point qu'il ne put pas cacher davantage son ressentiment. Partout où äl allait, il portait avec lui, comme am monument de leur ingratitude, les fers dont il avait été chargé; il les avait toujours suspendus dams sa chambre, et iïl:voulut qu'à sa mont en les ensevelit avec dui dans son cercueil 2,

Le zèle des découvertes ne s'éteignait ce pen dant pas, malgré l'indigne traitement qu'éprouvait l'homme qui le premier l'avait excité parrni les Espagnols. Rodeigo de Lastidas, homme de qualité, équipa deux vaisseaux en société avec Jean de la Cosa qui, ayant servi sous Colomb.dans deux de ses voyages , avait Ta réputation d’être un des meïleurs pilotes d'Espagne. Ils firent voile directement à l’ouest , arrivèrent à la côte de Paria, et suivant toujours la même direction, découvrirent toute la côte de la province aujourd’hui connue sous le nom de Zerra-Firma, depuis le cap Vela jusqu'au golfe de Daries , peu de temps après, Ojeda, avec son premier associé, Améric Vespuce, entreprit

| un second voyage, et, fgnorant la marche de

Lastidas, suivit la même route et toucha aux

1 Herrera, Decad, 1, lib. 1v, cap. x, x. Vie de Co-

* Vie de Colomb, chap. exvi, pag. 577.

mêmes endroits. Le voyage de Lastidas eut un heureux succès , celui d'Ojeda fut malheureux ; mais l’un et l’autre accrurent encore l’ardeur pour les découvertes, parce qu'à mesure que les Espagnols acquéraient une connaissance plus étendue de l'Amérique, ils prenaient des idées plus favorables de ses richesses et de sa fertilité !,

Ces aventuriers n'étaient pas encore revenus de leurs voyages, qu’on équipa une flotte aux frais du roi, pour porter Ovando à Hispaniola en qualité de gouverneur. Sa présence était absolument nécessaire pour arrèter Bovadilla dans ses entreprises et empêcher la ruine entière dont son imprudente administration menaçait la colonie. Il ne pouvait se dissimuler à luimême la violence et l'injustice de ses procédés à l'égard de Colomb, et pour prévenir les suites qu’il en devait craindre, il faisait son unique objet de se concilier les colons en favorisant toutes leurs passions. Dans cette vue, il avait établi des règlemens de police diamétralement con-

traires à ceux que Colomb avait regardés |

comme essentiels à la prospérité de la colonie. Au lieu de maintenir une discipline sévère , né-

cessaire pour accoutumer des hommes sans |

principes et sans mœurs à connaître la subordination et l'autorité des lois, il leur laissait une liberté sans bornes, et allait jusqu’à les encourager dans leurs plus grands excès. Loin de protéger les Indiens , il avait autorisé par iles lois mêine l'oppression de ce malheureux peuple ; il avait fait faire un dénombrement exact de ceux qui avaient échappé à la misère et à la tyrannie ; il les avait classés et donnés en propriété aux colons qui lui étaient attachés , de sorte. que l’île entière était réduite à l'état de servitude. L’avidité des Espagnols était trop impatiente pour essayer d'autre moyen d’acquérir des richesses, que celui d'aller à la recherche de l'or. Ce travail devint pour les Indiens aussi excessif que cruel. On les menait par troupes aux montagnes , et on les forçait de fouiller la mine en leur imposant des tâches , réglées sans discrétion et sans humanité. Un travail si peu proportionné à leurs forces et un genre de vie si différent de celui qu'ils avaient mené jusqu'alors, détruisait à vue d'œil cette

“Herrera, Decad. 1, lib, 1v, cap. x.

race d'hommes faibles, de manière que bientôt il ne serait pas resté trace des anciens habitans de l'ilet,

La nécessité d'apporter un prompt remède à ces maux hâta le départ d'Ovando. Il avait le commandement de l'armement le plus considérable qu'on eût encore fait pour le Nouveau- Monde, Il consistait en trente-deux vaisseaux, à bord desquels étaient embarqués deux mille cinq cents personnes , avec le projet de s'établir dans le pays. À l’arrivée du nouveau gouverneur avec un si puissant renfort pour la colonie, Bovadilla eut ordre de remettre son emploi et de retourner en Espagne pour y rendre compte de sa conduite, On ordonna aussi à Roldan et aux autres chefs des mutins qui avaient été les plus ardens ennemis de Colomb, de quitter l'île. On publia une ordonnance par laquelle les Indiens étaient déclarés sujets libres de l'Espagne, ct l’on défendit d'exiger d'eux ancun service par force et sans le payer à un prix rai sonnable, Quant aux Espagnols eux-mêmes, ils furent soumis à plusieurs règlemens , tendant à éteindre l'esprit de licence et de mutinerie qui avait été si funeste à la colonie, et à établir le respect pour l’ordre public, sans lequel aucune

| Société ne peut ni subsister ni prendrede l’accrois-

sement. Enfin, pour borner les gains exorbitans que les particuliers étaient supposés faire par le travail des mines , il fut ordonné de porter tout l'or à un seul endroit où il serait fondu par des officiers publics qui en retiendraient la moitié pour le roi 2.

Tandis qu'on prenait ces mesures pour la tranquillité et la prospérité de la colonie dont Colomb était le fondateur, il était réduit à l’occupation vulgaire de solliciter auprès d'une cour ingrate; et, malgré son mérite et ses services, il sollicitait en vain. Il demandait , aux termes de la convention de 1492, d’être rétabli dans son office de vice-roi des contrées qu'il avait découvertes. Malheureusement pour lui, la circonstance qui parlait le plus fortement en faveur de ses droits, était précisément celle qui déterminait le jaloux monarque à les méconnaître. L'éten-

1 Herrera, Decad. 1, lib. 1v, cap. x1, etc. Oviedo, Hist., lib. ui, cap. vi, pag. 97. Benzon, Aist., lib. 1, Cap. XII, pag. 51.

* Solorzano, Politica indiana, lib. 1, cap. xu. Herrera, Decad, 1, lib. av, Cap. xu.

due de c les acqué der à Fe:

comme € tique. fl torité qu pouvait craintes € prétextes dèrent | avaient s sumé deu lomb com cre les p serait dé droits de près d’un Cesinj!

pêchèrent qui avait déjà cond avait tou) aux Indes ment occu à Paria, qi reçues des aussi quel dition de croire que il y avait u orientales isthme pa communic et l’ancien ment que ( du golfe « vit, quoiqt firmités, s turier à en la vue de v ainsi le gr exécuter.

pour lui fai secours né bienaises d gner dela leur politig les demand connaitre l Colomb, ils

ère que bientôt nciens habitans

rompt remède à indo. Il avait le le plus considéur le Nouveaueux vaisseaux, à ués deux mille rojet de s'établir DUveau gouverpour la colonie, e son emploi et rendre compte assi à Roldan et | avaient été les mb, de quitter par laquelle les ibres de l'Espal'eux ancun serà un prix rai eux-mêmes, ils mens, tendant à e mutinerie qui , et à établir le 1s lequel aucune ndre de l’accroisgains exorbitans posés faire par lonné de porter serait fondu par ndraient la moi-

nesures pour la la colonie dont it réduit à l’occuprès d'une cour t ses services, il , aux termes de rétabli dans son u’il avait décoului, la circonsent en faveur de quidéterminait nnaître. L'éten-

x1, etc. Oviedo, zon, Æist., lib. 1,

, 1, Cap. xur. Her-

(1502) due de ces riches contrées et l'importance qu’el-

comme excessives et contraires à la bonne politique. {1 craignait de confier à un sujet une autorité qui paraissait déjà si étendue, et qui pouvait devenir formidable. 11 fit passer ses craintes dans l’esprit d'Isabelle, et sous différens prétextes également frivoles et injustes, ils éludèrent l'exécution d'un traité solennel qu'ils avaient signé l'un et l’autre. Après avoir consumé deux ans en sollicitations humiliantes, Colomb comprit qu’il lui serait impossible de vaincre les préventions de Ferdinand, et que ce serait désormais en vain qu’il réclamerait les droits de la justice et des services rendus, auprès d'un monarque aussi intéressé qu'ingrat.

Ces injustices, loin de le décourager, ne l’empêchèrent même pas de suivre le grand objet qui avait mis son génie en activité et qui l'avait déjà conduit à ses découvertes. Son projet favori avait toujours été d'ouvrir une nouvelle route aux Indes orientales. Il en était encore uniquement occupé. Ses observations dans son voyage à Paria, quelques indications obscures qu'il avait reçues des Indiens de cette côte, ou peut-être aussi quelques circonstances du récit de l'expédition de Lastidas et de la Cosa, lui faisaient croire que par-delà le continent de l'Amérique il y avait une mer qui s'étendait jusqu'aux Indes orientales, et qu'il pourrait trouver quelque isthme par lequel il serait facile d'établir une communication entre cette mer encore inconnue et l'ancien Océan. Il conjecturait très heureusement que ce détroit ou cet isthme était situé près du golfe de Darien. Plein de cette idée, on le vit, quoique déjà avancé en âge et accablé d’infirmités, s'offrir avec l’ardeur d’un jeune aventurier à entreprendre un nouveau Yoyage dans la vue de vérifier cette conjecture et d'accomplir ainsi le grand projet qu'il avait toujours voulu exécuter. Les circonstances étaient favorables pour lui faire obtenir deFerdinand et d'Isabelle les secours nécessaires à cette expédition. Îls étaient bienaises d'avoir un prétexte honorable pour éloigner de la cour, en l’employant, un homme dont leur politique ne leur permettait pas d'accueillir les demandes et dont il eût été indécent de méconnaître les services. Sans vouloir récompenser Colomb, ils connaissaient son mérite , €t l'expé-

| rience qu'ils avaient faite de ses talens et de sa les acquéraient de jour en jour, faisaient regar- | der à Ferdinand les concessions faites à Colomb |

conduite était pour eux une raison suffisante de prendre confiance en ses nouvelles conjectures et d'espérer qu’elles se réaliseraient, Une dernière considération très puissante se joignit à celles-là, La flotte portugaise conduite par Cabral venait d'arriver des Indes, et la richesse de ses retours donnait aux Européens des idées plus justes que celles qu'ils avaient pu avoir jusqu'alors de la richesse et de la fertilité de ces régions. Les Portugais avaient été plus heureux dans leurs découvertes que les Espagnols. Les pays auxquels ils venaient de s'ouvrir un chemin étaient florissans par l'industrie et les arts. Le commerce y était établi depuis longtemps et porté plus loin qu'en aucune contrée. Les Portugais, dès leurs premiers voyages, purent en rapporter des marchandises précieuses et recherchées, et faire, en les vendant en Europe, des profits aussi prompts que considérables. Lisbonne devenait le centre du commerce et de la richesse, tandis que l'Espagne n'avait que la perspective des avantages éloignés qu'elle pouvait retirer un jour des Indes occidentales, Rien ne pouvait donc être plus agréable aux Espagnols que l'offre que leur faisait Golomb de les conduire en orient par une route qu'on imaginait devoir être plus courte et moins dangereuse que celle des Portugais. Ferdinand même, séduit par cette espérance, montra beaucoup d'ardeur pour l'exécution de ce projet.

Malgré les avantages que la nation pouvait attendre de cette entreprise, Colomb ne put cependant obtenir que quatre petits bâtimens, dont les plus grands n'étaient pas de plus de soixante-dix tonneaux. Accoutumé à braver le danger et à tenter de grandes choses avec de faibles moyens, il n'hésita pas à accepter le commandement de cette misérable escadre. Son : frère Barthélemi et Ferdinand son secone fils l'accompagnèrent. Il partit de Cadix le 9 de mai, et toucha , comme il faisait toujours, aux Canaries. De là, il se proposait de faire voile directement vers le continent de l'Amérique ; mais son grand bâtéau marchait si mal et était en si mauvais état qu’il fut forcé de toucher à Hispaniola, dans l'espérance qu'il pourrait l'échanger avec quelqu'un des vaisseaux de la flotte qui avait transporté Ovando. À son arrivée à la rade de Saint-Domingue, il trouva dix-huit de ces vais-

seaux déjà chargés et sar le point de partir pour l'Espagne. Colomb instruisit le gouverneur de l'objet de son voyage et de l'accident qui l'avait obligé de changer de route , et il lui demanda la permission d'entrer dans le havre, non-seulement pour pouvoir négocier l'échange de son vaisseau, mais encore pour s’y mettre en sûreté contre un ouragan violent dont it prévoyait les approches par différens pronosties que son expérience et sa sagacité lui avaient appris à reconnaître. Il conseillait en même temps au gouverneur de différer de quelques jours le départ de la flotte pour l'Espagne. Ovando rejeta sa demande et méprisa son conseil. Dans une cireonstance oùila seule humanité aurait offert un asile à un étranger, on refusa à Colomb l'abord d’un pays dont on lui devait la possession et mème la connaissance. Ses avis salutaires, qu'on pouvait suivre sans aucun inconvénient , furent regardés comme:les songes d'un visionnaire qui avait l'arrogance de faire le prophète, en annonçant d'avance un événement hors de la portée «oc la prévoyance humaine. La flotte mit à la voile. La nuit suivante l'ouragan se déclara avec une violenee terrible. Colomb qui avait prévu le danger et pris toutes ses précautions , sauvaisa. petite escadre. La flotte destinée pour l'Espagne eut le sort que méritait la ridicule obstination des commandans. De dix-huit vaisseaux, deux ou trois seulement échappèrent. Bovadilla, Roldan et la plus grande partie des ennemis les plus ardens de Colomb et des oppresseurs des Indiens périrent. Toutes les richesses qu'ils emportaient, acquises par tant d'injustices et de cruantés, furent englouties dans les flots. Elles montaient à deux cent mille pesos, somme immense en ce temps-là et qui eût suffi non-seulement pour mettre les coupables à l'abri d’un examen trop sévère de leur conduite, mais même pour leur obtenir un accueil très favorable à Ta cour d'Espagne. Parmi le petit nombre des vaisseaux qui échappèrent, se trouva celui qui portait les effets que Colomb avait sauvés des ruines de sa fortune: Tous les historiens, voyant dans cet événement une distinction si marquée et si juste de l'innocent d’avee le coupable , et une dispensation si équitable de la peine et de la récompense, ont cru y reconnaître l’action immédiate de la Providence divine qui vengeait les torts d’un homme de bien pers enté et punissait les

(1602) oppresseurs d'un peuple innocent. Mais des faits de eette nature font des impressions différentes sur des hommes ignorans et superstitieux, D'après une opinion qui accompagne souvent Padmiration du vulgaire pour les personnes qui se distinguent par leur génie et leur sagaeité, les Espagnols établis à Saint-Domingue ne virent dans Colomb qu'un magicien qui avait excité par ses conjurations et ses enchantemens cette tempête terrible pour se venger de ses enmemis !

Colomb quitta bientôt l'ile où il avait été si mal accueilli, et fit voile vers le continent. Aprés une longue et dangereuse navigation, il découvrit Guanaia, lle voisine de la côte d'Honduras. Il y communiqua avec quelques habitans de la Grande-Terre, qui y venaient avec de grands canots. Is lui parurent plus civilisés et plus avancés dans la connaissance des arts utiles qu'aucune des nations qu'il avait jusqu'alors découvertes. Les Espagnols demandant, avec leur empressement ordinaire, de quel pays venait l'or que les Indiens portaient comme ornement, ces Indiens montrèrent l’ouest, donnant à entendre que l'or y était si abondant qu'on l'employait aux usages les plus communs. Au lieu d'aller à la recherche de ces pays si attrayans, ce qui l'aurait conduit en suivant la côte d'Yucatan au riche empire du Mexique , Colomb, toujours attaché à son premier et grand projet de trouver un détroit qui communiquât avec l’océan Indien, porta à l’est vers le golfe de Darien. Il découvrit dans cette route toute la côte du continent, depuis le cap Gracias-à-Dios jusqu'au havre de Porto-Bello, auquel il donna ce nom pour sa beauté et sa sûreté. Il chercha inutilement son détroit, et, quoiqu'il prit terre souvent et s'avançât dans l’intérieur, il n’y pénétra pas assez avant pour traverser et reconnaître l’isthme étroit qui sépare le golfe du Mexique de la grande mer du sud. La beauté du pays le charma tellement, et il conçut une idée si favorable de sa richesse par les monceaux d’or que les naturels lui firent voir, qu’il résolut de laisser une pe te colonie sur la rivière de Belem, dans }: proviace de Veragua, sous les ordres de son frère, et de retourner en Espagne pour en rapporter tout € qui était nécessaire à un établissement solide.

1Oviedo, lib, mx, cap, vis, 2x. Herrera, Decad. |, | lib. v, cap. 1, 1. Pie de Colomb., chap. xxx vin.

Mais le disciplit privère:

lonie eu Leur in:

diens à plus br:

sirent u reste d' pourvaie Cet eussent malheur astres 4 posés. L lentes, :

mirent :

perte. S sés de fa mauvais

nouvelle cependhi génie: fe dans les faibles, l lui offrir leur: et d regardar uature sl dans tou nots, ch

* Berre lomb, caf

3 La Co

tirèrent à un autre endroit de l'île, malgré ses prières et ses remontrances. En mème temps les insulaires commencèrent à murmurer du long séjour des Espagnols dans leur île. Leur industrie n’était pas supérieure à celle de leurs voi- sins d'Hispaniola, et l'obligation de nourrir tant d'étrangers était pour eux aus‘i intolérable. Ils commencèrent à apporter des vivres avec plus de répugnance et en moindre quantité, et menacèrent de n’en plus fournir. Cette résolution eût été fatale aux Espagnols. Leur vie dépendait de la bienveillance des Indiens, et à moins qu'ils ne vinssent à bout de réchauffer l'admiration et le respect que ce peuple simple leur avait montrés à leur arrivée, leur perte était inévitable. Les violences des mutins avaient contribué plus que toute autre chose à effacer les idées favorables que les Indiens avaient conçues de leurs hôtes, mais l'adresse ingénieuse de Colomb lui suggéra un heureux artifice qui rétablit et augmenta même la haute opinion des insulaires pour les Espagnols. Ses connaissances en astronomie lui faisant prévoir qu'il y aurait dans peu de temps une éclipse totale de lune, le jou qui précéda l’éclipse, il assembla autour de lui les principaux Indiens, et, après leur avoir regroché l’inconstance qui leur faisait retirer leur affection et leurs secours à des hommes qu'ils avaient d’abord traités avec respect, il leur dit que les Espagnols étaient les serviteurs du grand esprit qui habite les cieux, qui a fait et qui gouverne le monde ; que ce grand esprit était offensé du refus qu'on faisait de secourir des hommes qui étaient les objets de sa faveur particulière; qu'il se préparait à punir ce crime avec sévérité; que cette même nuit la lune leur retirerait sa lumière, et leur paraîtrait de couleur de sang, signe de la colère divine et emblème de la vengeance prête à tomber sur eux. La prédiction fut reçue par quelques-uns avec l’indifférence et l'incuriosité qui sont particulières aux nations de l’Amérique et par d’autres avec l’étonnement stupide naturel à des peuples barbares. Mais lorsque la lune commença à s’obscurcir par <egrés, et parut enfin de couleur de sang , tous furent frappés de terreur; ils coururent consternés à leurs maisons, et revenant tout de suite à Colomb chargés de vivres, les mirent à ses pieds en le conjurant d’intercéder pour eux auprès du grand esprit et d'écarter le

malheur qui les menaçait. Colomb se montra touché de leurs prières, L'éclipse se dissipa, la lune reprit son éclat, et dès ce jour, non-seulement les Espagnols eurent des provisions en abondance, mais les Indiens évitèrent même avec une attention qui allait jusqu’à la superstition de leur donner aucun sujet de plainte f, Pendant que cela se passait, les mutins avaient fait plusieurs tentatives pour gagner Hispaniola dans les canots qu'ils avaient saisis, et toutes avaient été sans succès, soit par la mauvaise manœuvre, soit par la vivlence des vents et des courans. Furieux de ce nouveau contre-temps, ils se mirent en marche pour l’endroit de l’île où Colomb était resté, en lui préparant de nouvelles insultes, et lui faisant craindre de nouveaux dangers. Au même moment il éprouvait un malheur plus cruel que ceux qu'il pouvait redouter de la part des mutins. Le gouverneur d'Hispaniola, entretenant toujours des soupçons injurieux à Colomb, envoyait une petite barque à la Jamaïque, non pour tirer ses compatrintes de l'état où ils étaient depuis si

-long-temps, mais pour les épier et reconnaître

leur situation; et de peur que la compassion de ceux qu’il employait à cette mission ne les engageât à donner quelque secours à ces malheureux contre son intention , il avait donné le commandement de ce petit bâtiment à Escobar, ennemi cruel et invétéré de Colomb. Escobar, suivant ses instructions avec une maligne exactitude, avait jeté l'ancre à quelque distance de l'ile, s'était approché du rivage dans un petit bateau, avait observé le misérable état des Espagnols, envoyé une lettre remplie &e vains complimens à Colomb , et après avoir reçu sa réponse, était parti su:-le-champ. Dès que les Espagnols avaient découvert le vaisseau qui s’approchait de l'ile, ils s'étaient livrés à tous les transports de la joie, persuadés que le moment de la délivrance, si long-temps attendu, était enfin arrivé. Mais lorsque le navire eut disparu si subitement , ils tombèrent dans le plus horrible abattement, et perdirent tout espoir. Colomb seul, quoique pénétré jusqu'au fond du cœur de l’insulte gratuite qu’Ovando ajoutait à sa négligence passée, conserva assez d’empire sur lui-même pour relever le courage de ses compagnons. Il leur assura

1 Wie de Colomb, ch, cnx. Herrera, Decad. 1, lib. vi, cap. v, vi. Benzon, Aist., lib. 1, cap. xiv.

résis affail cam} eux.

espè Il ét:

choc dela s’att:

le dé hont leur entiè serm en t( qu'oi pron quit la ja lang tout

olomb se montra pse se dissipa, la > jour, non-seuledes provisions en s évitèrent même usqu’à la superstijet de plainte 1, ssait, les mutins ives pour gagner 'ils avaient saisis, accès, soit par la ir la vivlence des ix de ce nouveau marche pour l’enresté, en lui préet lui faisant crain- | même moment il uel que ceux qu'il es mutins. Le gounant toujours des , envoyait une pe- 1on pour tirer ses

étaient depuis si ier et reconnaître e la compassion de ission ne les engas à ces malheureux donné le commanà Escobar, ennemi scobar, suivant ses e exactitude, avait ce de l’île, s'était petit bateau, avait Espagnols , envoyé complimens à Coéponse, était parti Espagnols avaient pprochait de l'Île, insports de la joie, > Ja délivrance, si nfin arrivé, Mais si subitement, ils ole abattement, et seul, quoique pée l’insulte gratuite pence passée, COnnème pour relever ns. Il leur assura era, Decad.}, lib. vi, 1P. XIV.

[1504] LIVRE IL 489 que Mendès et Fieschi étaient arrivés sains et ! sa maison et lui accorda toutes sortes de distinc-

saufs à Hispaniola, qu’ils enverraient incessamment des vaisseaux, et qu'il avait refusé de revourner dans celui d'Escobar qui était trop petit

pour les recevoir tous, étant résolu à ne jamais

abandonner les fidèles compagnons de son in-

fortune. Cette espérance d’une délivrance pro-

chaine les calma. Ils surent gré à Colomb de la

générosité avec laquelle il paraissait occupé de

leur conservation plus même que de la sienne,

Ils reprirent quelque courage, et lui rendirent

leur confiance !.

Sans cet heureux changement Colomb n’eût

jamais pu résister aux mutins qui s’approchaient, Tous ses efforts pour les calmer ne faisaient que les rendre plus furieux. Leurs demandes devenaient de jour en jour plus extravagantes et leurs desseins plus violens et plus sangui-

naires. La sûreté commune exigeait qu’on leur résistât à force ouverte. Colomb, souffrant et affaibli par la goutte, ne pouvait se mettre en campagne. Son frère l'Adelantademarcha contre eux. Les mutins rejetèrent avec mépris toute espèce d’accommodement et fondirent sur lui.

ll était bien préparé à les recevoir. Au premier choc, plusieurs de leurs chefs furent tués. L’Adelantade, qui était aussi vigoureux que brave, s’attacha à combattre leur capitaine, le blessa, le désarma et le fit prisonnier 2. Le reste s’enfuit honteusement en montrant une lâcheté digne de leur première insolence. Bientôt après, la troupe entière se soumit à Colomb et s'engagea par les sermens les plus solennels à lui obéir désormais en tout. À peine la tranquillité était-elle rétablie qu'on vit paraître les vaisseaux que Colomb avait promis sans y compter beaucoup. Les Espagnols quittèrent avec des transports de joie une ile où la jalousie inhumaine d'Ovando les avait laissés languir pendant plus d’une année exposés à toutes les espèces de calamités.

Lorsque Colomb fut arrivé à Saint-Domingue,

le gouverneur, employant tous les artifices des âmes viles, qui réparent l'insolence par la bas-

. sesse, flatta l'homme dont il était jaloux et

qu’il avait voulu faire périr. Il reçut Colomb avec de grandes marques de respect, le logea dans

1 Wie de Colomb, chap. civ. Herrera, Decad. 1, lib. vr, cap. xvur.

* Vie de Colomb, chap. cvn. Herrera, Decad. 1, lib. vi, ch. x1.

tions. Mais, au milieu de ces démonstrations simulées, il ne put cacher la haine qui dévorait son cœur; il mit en liberté le chef des mutins, que Colomb avait amené dans les fers pour le faire juger pour ses crimes, et menaça tous ceux qui avaient défendu le parti de l'amiral de rechercher leur conduite. Colomb se soumit en silence à ce qu’il ne pouvait empêcher; mais il montra une extrême impatience de quitter un pays où commandait un homme qui l'avait traité en toute occasion avec tant d'injustice et d’inhumanité. Ses préparatifs furent bientôt faits, et il mit à la voile pour l'Espagne avec deux vaisseaux. Le malheur, qui avait accompagné sa vie, continua de le poursuivre jusqu’à la fin de sa carrière. Un de ses vaisseaux fut obligé de revenir à Saint-Domingue, ne pouvant plus tenir la mer : l’autre, battu par de violentes tempètes, fit sept cents lieues avec des vergues pour mâts, et gagna avec beaucoup de difficulté le port de Saint-Lucar !, Colomb y reçut en arrivant la nouvelle de l'événement le plus fâcheux qu’il pôt craindre. Isabelle venait de mourir, et avec elle il perdait la dernière ressource qu'il avait espéré de trouver dans sa justice, son humanité et sa bienveillance. Il ne restait plus personne qui pôt réparer les injustices qu'on lui avait faites , le récompenser de ses services et le dédommager de ses souffrances. Ferdinand l'avait toujours traversé, et avait été souvent injuste envers lui. Des sollicitations auprès d'un prince si prévenu devenaient pour lui aussi désagréables qu'inutiles. C'était pourtant dans cette triste occupation que Colomb était destiné à consumer le reste de ses jours. Aussitôt que sa santé put le lui permettre, il alla à la cour. Ferd'nandle reçut avec une politesse froide. Colomb lui présenta requête sur requête pour obtenir la punition de ses oppresseurs et la restitution de tous les priviléges qui lui étaient promis par le traité de 1492. Ferdinand l’amusa de belles paroles : il employa toutes sortes d'artifñices pour éluder ses demandes et laissa voir clairement l'intention où il était de ne jamais terminer cette affaire. La santé affaiblie de Colomb flattait Ferdinand de l'espérance qu'il se-

1 Vie de Colomb, chap cvur. Herrera, Decad. À, lib. vi, cap. xx

he k:

rait bientôt délivré de ce solliciteur importun, et le soutenait dans l'exécution de son. injuste plan de détai. Il ne fut pas trompé dans son attente. Le cœur navré de l’ingratitude d'un monarque qu'il avait servi avec tant de fidélité et de succès, épuisé par les fatigues et les chagrins qu'il avait essuyés, et affaibli par les infir-

[1504] mités qui étaient le fruit de ses travaux, Colomb finit sa vie à Valladolid, le 20 de mai 1506, dans

| la cinquante-neuvième année de son âge. 1

, mourut avec la fermeté qui avait toujours dis. tingué son caractère, et avec les sentimens de religion qu'il avait montrés dans toutes les cir constances de sa viet.

Page 1