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à faire des découvertes plutôt que des établissemens, ils n'avaient pas assez de monde pour laisser des colonies nulle part. Leur voyage servit cependant à donner aux Espagnols des idées plus justes et plus grandes sur l'étendue de cette nouvelle portion du globe !.
Quoiqu'il se fût écoulé plus de dix ans depuis que Colomb avait découvert le continent de l'Amérique, les Espagnols n’y avaient encore fait aucun établissement. Ce fut alors qu’on tenta sérieusement et avec vigueur ce qui avait été si long-temps négligé; mais le plan de cette entreprise ne fut ni formé par la couronne ni exécuté aux dépens de la nation; ce fut l'ouvrage de l'audace et des spéculations de quelques aventuriers. La première idée de ce projet vint d’Alonzo d'Ojeda , qui avait déjà fait deux voyages pour tenter des découvertes et qui s’y était acquis une grande réputation mais sans fortune. L'opinion qu'il avait donnée de son courage et de sa prudence lui procura aisément des associés qui firent les fonds nécessaires pour les dépenses de l'expédition. Vers le même temps, Diégo de Nicuessa , qui avait fait une grande fortune à Hispaniola', forma un semblable dessein. Ferdinand encouragea l’unet l’autre ; ilne voulut pas, ilest vrai, leur avancer la plus légère somme, mais il leur prodigua les titres et les patentes. Il érigea , sur le continent , deux gouvernemens , dont l’un s’étendait depuis le cap de Vela jusqu’au golfe de Darien, et l’autre depuis ce golfe jusqu’au cap Gracias-à-Dios. Le premier fut donné à Ojeda, le second à Nicuessa. Ojeda équipa un vaisseau et deux brigantins, montés de trois cents hommes, et Nicuessa six vaisseaux avec sept cent quatre-vingts hommes. Ils mirent à la voile de Saint-Domingue vers le même temps pour se rendre à leurs gouvernemens respectifs. Afin de donner quelque apparence de validité à leurs titres de propriété sur ces contrées, plusieurs des plus célèbres théologiens et jurisconsultes d'Espagne furent employés à prescrire la manière dont on devait en prendre possession 2. L'histoire du genre humain n'offre rien de plus singulier ni de plus extravagant que la forme qu’ils imaginèrent pour remplir cet objet. Les chefs des deux expéditions devaient, en débarquant sur le continent, annoncer
1 Herrera, Decad. 1, lib. vnr, cap. 1x.
* Herrera, Decad, 1, lib. vu, cap. xv.
aux naturels les principaux articles de la loi chrétienne : les informer en particulier de Ja juridiction suprême du pape sur tous les rnyaumes de la terre; les instruire de la concession que le saint pontife avail faite de leur pays au roi d'Espagne; les requérir d'embrasser les dogmes de cette religion qu'on leur faisait connaître et de se soumettre au souverain dont on leur annonçait l'autorité. S'ils refusaient d'obéir à cette sommation, dont il était impossible à un Indien de comprendre seulement les termes, alors Ojeda et Nicuessa étaient autorisés à les attaquer avec le fer et le feu ; à les réduire en servitude, eux, leurs femmes et leurs enfans; à les obliger par la force à reconnaître la juridiction de l'église et l'autorité du roi d'Espagne, puisqu'ils ne consentaient pas à le faire volontairement (23).
Il était difficile aux habitans du continent de donner tout d’un coup leur assentiment à une doctrine trop subtile pour des esprits sans culture et qui leur était expliquée par des interprètes peu instruits de leur langue ; il ne leur était pas plus aisé de concevoir comment un prêtre étranger, de qui ils n'avaient jamais entendu parler, pouvait avoir quelque droit de disposer de leur pays, ni comment un prince inconnu pouvait s’arroger une juridiction sur eux comme sur ses sujets ; aussi s’opposèrentils vigoureusement à l'invasion de leurs territoires. Ojeda et Nicuessa tâchèrent de conquérir par la force ce qu’ils ne pouvaient obtenir par la persuasion. Les écrivains contemporains ont rapporté leurs opérations avec le plus grand détail ; mais comme ils n'ont fait aucune découverte importante ni fondé aucun établissement permanent, ces événemens ne méritent pas de tenir une place considérable dans l'histoire générale d’une époque, où une valeur romanesque, luttant sans cesse contre des difficultés incroyables, distingue toutes les entreprises des armes espagnoles. Les habitans des pays dont Ojeda et Nicuessa allaient prendre le gouvernement , se trouvèrent d'un caractère fort différent de celui des habitans des îles. Ils étaient guerriers et féroces. Leurs flèches étaient trempées dans un poison si violent que chaque blessure était suivie d’une mort certaine : dans un seul combat ils firent périr plus de soixante-dix des compagnons d'Ojeda, et pe &a première
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fois les Espagnols apprirent à redouter les habitans du Nouveau-Monde. Nicuessa trouva de son côté un peuple également déterminé à défendreses possessions et dont rien ne put adoucir la férocité. Les Espagnols eurent en vain recours à toute sorte de moyens pour les flatter et pour gagner leur confiance ; ils refusèrent de former aucune liaison et d'entrer en aucun commerce
: d'amitié avec des étrangers dont ils regardaient
la résidence parmi eux comme funeste à leur liberté et à leur indépendance. Quoique cette haine implacable des naturels rendit aussi difficile que dangereuse la formation d’un établissement dans leur pays, la persévérance des Espagnols, la supériorité de leurs armes et leur habileté dans l’art de la guerre auraient pu avec le temps surmonter cet obstacle ; :mais tous les désastres qu'on peut imaginer s'accumulérent sur eux et parurent se combiner pour combler leur ruine, La perte de leurs vaisseaux que divers accidens firent périr sur une côte inconnue; les maladies particulières à un climat, le plus malsain de toute l'Amérique ; le défaut de subsistances inévitable dans un pays mal cultivé ; les divisions qui s’élevèrent entre eux, et les hostilités continuelles des habitans les enveloppèrent dans une succession de calamités dont le simple récit fait frémir d'horreur, Quoiqu'ils eussent reçu d'Hispaniola deux tenforts considérables , la plus grande partie de ceux qui s'étaient engagés dans cette malheureuse expédition périrent en moins d’un an dans la plus affreuse misère. Le petit
nombre de ceux qui survécurent formérent une |
faible colonie à Santa-Maria el Antigua sur le golfe de Darien, sous le commandement de Vasco Nuguës de Balboa, qui dans les occasions les plus critiques déploya un caractère de valeur et de prudence qui lui mérita d’abord la confance de ses compatriotes et le désigna pour être leur chef dans des entreprises plus brillantes et plus heureuses. Ce n'était pas le seul Espagnol de cette expédition qui fût destiné à se montrer ensuite avec éclat dans des circonstances plus importantes. François Pizarre était un des compagnons d’Ojeda ; ce fut à cette école d'adversité qu'il acquit ou perfectionna les talens auxquels on doit les actions extraordinaires qu'il exécuta dans la suite. Ferdinand Cortès, dont le aom est devenu encore plus fameux, s'était engagé de bonne heure dans cette entreprise qui
avait fait prendre les armes à toute la jeunesse valeureuse d'Hispaniola ; mais le bonheur constant qui l'accompagna dans ses aventures postérieures, le déroba dans celle-ci aux désastres auxquels ses compagnons furent exposés, Il tomba malade à Saint-Domingue avant le départ de la flotte et cette indisposition l'empêcha de s'embarquer t,
L'issue malheureuse de cette expédition ne découragea point les Espagnols et ne les empè- Cha point de former de nouvelles entreprises du mème genre. Lorsque les richesses s’acquièrent graduellement par la persévérance de l'industrie ou s'accumulent par les lentes opérations d’un commerce régulier, les moyens qu'on emploie sont tellement proportionnés à leur effet qu'il n'en résulte rien qui puisse frapper l'imagination et exciter les facultés actives de l'âme à des efforts extraordinaires, Mais lorsqu'on voyait de grandes fortunes s'élever presque dans un ins-
: tant ; lorsqu'on voyait l’or et les perles s'échan-
ger vour des bagatelles ; orsque les pays où se trouvaient ces précieuses productions , défendus seulement par des sauvages, devenaient la proie du premier aventurier qui avait de l'audace, des circonstances si extraordinaires et si séduisantes ne pouvaient manquer d'enflammer l’esprit entreprenant des Espagnols et de les précipiter en foule dans cette nouvelle route ouverte aux richesses et aux honneurs. Tant que cet esprit conserva sa force et son ardeur, toutes les tentatives de découverte ou de conquête furent applaudies et de nouveaux aventuriers s’y engagèrent à l'envi les uns des autres. La passion de nouvelles entreprises, qui caractérise cette époque des découvertes à la fin du quinzième et au commencement du seizième siècle, auraient suffi pour empêcher les Espagnols de s'arrêter dans leur carrière; mais des événemens arrivés dans le même temps à Hispaniola concoururent à étendre leur navigation et leurs conquêtes. La rigueur avec laquelle on avait traité les habitans de cette île en ayant presqu'entièrement éteint la race, plusieurs des colons espagnols se virent dans l'impossibilité, comme je l’ai déjà observé, de continuer leurs travaux avec la même vigueur et le mème avantage, et furent
‘ Herrera, Decad. 1, lib. vnr, cap. 11, etc. Gomerà, Hist., cap. Lvn, zvur, rx. Benzon, ist, lib, 1, cap. xx, xuu, P Martyr, Decad, CXXII.
obligés de chercher des établissemens dans quelques pays où les naturels n'eussent pas été détruits par l'oppression. D'autres, entraînés par cette légèreté inconsidérée si naturelle aux hommes qui font des fortunes rapides , avaient dissipé par une folle prodigalité ce qu'ils avaient acquis sans peine, et la nécessité les forçait à s'engager dans les entreprises les plus hasardeuses pour rétablir leurs affaires. Lorsque don Diégo Colomb se proposa de conquérir l'ile de Cuba et d'y établir une colonie , les différentes causes que je viens d'exposer déterminèrent plusieurs des colons les plus distingués d'Hispaniola à entrer dans ce projet. Il confia le commandement des troupes destinées pour l'expédition à Diégo Velasquès, qui avait accompagné son père dans son second voyage et qui était depuis long-temps établi à Hispaniola , où il avait fait une fortune considérable , avec une réputation si distinguée d'habileté et de prudence que personne ne paraissait plus propre à conduire une.expédition importante. Trois cents hommes parurent suffisans pour faire laconquête d'une île très peuplée et qui avait plus de sept cent milles de longueur; mais les naturels en étaient aussi peu belliqueux que ceux d'Hispaniola. Ils furent intimidés par la seule vue de leurs nouveaux ennemis.et ne songèrent à opposer aucune résistance ; quoique depuis le temps où les Espagnols avaient pris possession de l'ile . Voisine, ils dussent s'attendre à une descente
“ar leur territoire, aucune des petites bourgades éatre lesquelles Cuba était partagé n'avait fait |
des dispositions pour se défendre; aucune mesure n'avait été prise pour la sûreté commune. La seule opposition que les Espagnols rencontrèrent fut de la part de Hatuey, cacique qui s'était enfui d'Hispaniola et avait pris possession de l'extrémité orientale de Cuba. Il se mit sur la
défensive dès leur premier débarquement et |
tächa de'les repousser vers leurs vaisseaux; mais
sa faible troupe fut bientôt rompue et dispersée, | et lecacique lui-même ayantété fait prisonnier, |
Velasquès , suivant la barbare maxime des Es-
pagnols, le regarda comme un esclave qui avait | pris les armes contre son maître et le condamna |
à être brûlé. Lorsque Hatuey fut attaché au poteau, un moine franciscain s’éfforçait de le con-
vertir, en lui promettant qu'il jouirait sur-le- |
champ de toutes les délices du ciel s'il voulait
embrasser la foi chrétienne, Y a-t-il quelques Espagnols, dit Hatuey après un moment de silence, dans ce séjour de délices dont vous me parlez ? Oui, répondit le moine, mais ceux-là seulement qui ont été justes et bons. Le meilleur d'entre eux, répliqua le cacique indigné, ne peut avoir ni justice ni bonté; je ne veux pas aller dans un lieu où je rencontrerais un seul homme de cette race maudite !, Cet exemple effrayant de vengeance frappa les habitans de Cuba d’une si grande terreur qu'ils tentèrent à peine de mettre quelqu'opposition aux progrès de leurs ennemis, et Velasquès réunit, sans perdre un seul homme, cette le vaste et fertile à la monarchie espagnole 2.
La facilité avec laquelle s'exécuta une conquête si importante servit d’aiguillon pour former d'autres entreprises. Juan Ponce de Léon, qui avait acquis de la gloire et de la fortune par la réduction de Porto-Rico , était impatient de s'engager dans quelqu'expédition nouvelle. Il équipa trois vaisseaux à ses frais pour aller tenter des découvertes , et sa réputation rassembla bientôt à sa suite un corps nombreux d'aventuriers. [l dirigea sa route vers les tles Lucayes, et après avoir touché à quelques -unes de ces Îles, ainsi qu’à celle de Bahama, il cingla au sud-est, et découvrit un pays que les Espagnols ne connaissaient pas encore , et auquel il donna le nom de Floride; soit parce qu'il le reconnut le jour du dimanche des rameaux, soit à cause de l'aspect agréable et gai que lui offrit le pays même. Il essaya de débarquer en différens endroits; mais l'opposition vigoureuse qu'il éprouva de la part des habitans , qui étaient féroces et guerriers, lui fit sentir la nécessité d’avoir des forces plus considérables pour y former un établissement. Content d’avoir ouvert une communication avec un pays nouveau, sur la richesse et l'importance duquel il fondait de grandes espérances, il retourna à Porto-Rico par le canal connu aujourd’hui sous le nom de golfe de la Floride.
Ce ne fut, pas seulement le désir de découvrir des contrées nouvelles qui engagea Pônce de Léon à entreprendre ce voyage; il y fut déteriminé aussi par une de. ces idées chimériques qui
1 B. de Las Casas, pag. 40.
2 Herrera, Decad. 1, lib. 1x, cap. 11. , mr, etc. Oviedo, lib. xvir, cap..1u, pag. 179
(1510) Ÿ a-t-il quelques un moment de ces dont vous me 1e, mais ceux-là t bons. Le meilcacique indigné, onté; je ne veux contrerais un seul : 1, Cet exemple | les habitans de qu'ils tentèrent à tion aux progrès uès réunit, sans le vaste et fertile
xécuta une conguillon pour for- Ponce de Léon, de la fortune par lait impatient de tion nouvelle. Il is pour aller tentation rassembla ombreux d'avenles îles Lucayes, ques -unes de ces ma, il cingla au que les Espagnols t auquel il donna qu'il le reconnut aux, soit à cause que lui offrit le quer en différens vigoureuse qu'il ans , qui étaient ntir la nécessité idérables pour y nt d’avoir ouvert \yS nouveau , sur quel il fondait de na à Porto-Rico | sous le nom de
ésir de découvrir gagea Pônce de >; il y fut déterchimériques qui
n. , mx, etc. Oviedo,
c1611] se mélaient alors à l'esprit de conquête et y donnaient plus d'activité, Il y avait parmi les habitans de Porto-Rico une tradition établie que dans l'ile de Bimini, l’une des Lucayes, on trouvait une fontaine douée de la vertu merveilleuse de rendre la jeunesse et la vigueur à tous ceux qui se baignaient dans ses eaux salutaires. Animés par l'espérance de trouver ce restaurant miraculeux, Ponce de Léon et ses compagnons parcoururent ces Îles , cherchant avec beaucoup de peine et de sollicitude , mais sans suceès, la fontaine qui était le principal objet de leur expédition. IL n’est pas étonnant qu'un conte si absurde ait pu trouver quelque crédit parmi des peuples simples et ignorans tels qu'étaient les naturels; mais qu'il ait pu faire quelqu'impression sur des hommes éclairés, c'est ce qui paraît aujourd’hui presqu'incroyable; le fait n’en est pas moins certain , et les historiens espagnols les plus acerédités ont rapporté ce trait extravagant de la crédulité de leurs compatriotes. Les Espagnols étaient à cette époque engagés dans une carrière d'activité qui, en leur présentant chaque jour des objets extraordinaires et merveilleux , devait donner un tour romanesque à leur imagination. Un nouveau monde s’offrait à leurs regards. Îs visitaient des tles et des continens dont les Européens n'avaient jamais imaginé l'existence. Dans ces contrées délicieuses la nature semblait se montrer sous d'autres formes ; chaque arbre, chaque plante, chaque animal était différent de eeux de l’ancien hémisphère. Les Espagnols se crurent transportés en des pays enchantés , et après les merveilles dont ils avaient été les témoins , dans la première chaleur de leur admiration il n'y avait vien d'assez extraordinaire pour leur paraître ineroyable. Si une succession rapide de scènes nouvelles et frappantes put produire assez d'impression sur l'esprit sage de Colomb pour qu'il se vantât d’avoir découvert le siége du paradis, on ne doit pas trouver étrange que Ponce de Léon ait cru découvrir la fontaine de la jeunesse 1.
Peu de temps après cette expédition à ‘Ja
P. Martyr, Decad. , p. 202. Ensaxe chronol Para la Hist. de la Florida, par D. Gab. Cardenas, pag. 1. Oviedo, lib. xvt, cap. n. Herrera, Decad. E, lib. 1x, Cap. v. Aist. de la cong. de la Florida, par Garc. de la Vega, lib. 1, cap. m.
Floride , il se:fit une découverte beaucoup plus importante dans une autre partie de l'Amérique. Balboa ayant été nommé au gouvernement de la petite colonie de Santa:Maria, dans le Darien, par le suffrage volontaire de ses compagnons , fut si empressé d'obtenir de la couronne une confirmation de leur choix, qu’il dépêcha un officier en Espagne pour sollieite une commission royale qui le revètit d'un titre égal au suprême commandement. Comme il sentait cependant qu’il ne pouvait fonder le succès de ses espérances ni sur la protection des ministres de Ferdinand, aveclesquels il n'avait aucune liaison, ni sur des négociations dans une cour dont il ne connaissait pas les intrigues, il tâcha de se rendre digne de'la faveur qu'il sollicitait, par quelque service signalé qui lui méritât la préférence sur ses compétiteurs. Frappé de eette idée , il fit de fréquentes incursions dans les pays adjacens, soumit plusieurs eaciques et recueillit une grande. quantité d'or, qui était plus abondant dans cette partie du continent que dans les tles. Dans une de ces excursions , les Espagnols se disputèrent avec une telle chaleur pour le partage d'un peu d'or, qu'ils furent près de se porter à des actes de violence les uns contre les autres. Un jeune cacique, témoin de cette querelle et étonné de voir mettre un si haut prix à une chose dont il ne devinait pas l'utilité , renversa avec indignation l'or qui était dans une balance , et se tournant vers les Espagnols leur dit :
«Pourquoi vous quereller pour si peu de « chose? si c'est l'amour de l'or qui vous fait « abandonner votre propre pays pour venir « troubler la tranquillité des peuples qui sont si « loin de vous, je vous conduirai dans un pays « où le métal qui paraît être le grand objet « de votre admiration et de vos désirs est si «commun , que les plus vils ustensiles en sont «faits. »
Ravis de ce qu'ils entendaient , Balboa et ses compagnons demandèrent avec empressement où était cette heureuse contrée, comment ils pourraient y arriver. Le cacique leur apprit qu'à la distance de six soleils, c'est-à-dire de six jours de marche vers le sud, ils découvriraient un autre océan près du quel eette riche contréeétait située; mais que s'ils se proposaient d'attaquer ce royaume puissant , ce ne pouvait
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être qu'avec des forces très supérieures à celles qu'ils avaient alors !.
Ce fut la première information que reçurent les Espagnols sur le grand Océan méridional et sur le riche et vaste pays connu ensuite sous le nom de Pérou. Balboa eut alors devant lui des objets dignes de son ambition sans bornes et de l’audacieuse activité de son génie. Il conclut sur-le-champ que l'océan dont parlait le cacique était celui que Colomb avait cherché dans cette même partie de l'Amérique, dans l'espérance de s'ouvrir par-là une communication plus directe avec les Indes orientales ; et il conjectura que la riche contrée dont on lui faisait la description devait être une partie de cette grande et opulente région de la terre. Flatté de l’idée d'exécuter ce qu'un si grand homme avait en vain entrepris, et empressé d'effectuer une découverte qui ne devait pas être moins agréable au
roi qu’utile à son pays, il attendit avec impa- |
tience le moment de partir pour cette expédi-
tion, auprès de laquelle tous ses premiers ex- |
ploits paraissaient de peu d'importance. Mais il fallait faire des arrangemens et des préparatifs indispensables pour s'assurer du succès. Il commença par solliciter et gagner l'amitié des caciques voisins. Il envoya quelques-uns de ses officiers à Hispaniola avec une grande quantité d'or, qui était tout à la fois la preuve du succès qu'il avait déjà eu et l'annonce de ceux qu'il se
promettait encore. Les présens qu'il en fit, dis- |
tribués à propos, lui méritérent la protection du gouverneur et attirèrent beaucoup de volontaires à son service. Dès qu'il eut reçu de cette île
le renfort considérable qu'il en attendait, il se
crut en état de tenter son expédition.
L’isthme de Darien n’a pas plus de soixante milles de largeur; mais cette langue de terre,
qui unit ensemble le continent méridional de |
l'Amérique avec le septentrional , est fortifié par une chaîne de hautes montages qui s'étendent dans toute sa longueur et en font une barrière assez solide pour résister à l'impulsion des deux mers opposées. Les montagnes sont couvertes de forêts presqu'inaccessibles. Dans ce climat humide où 1l pleut pendant les deux tiers de l'année, les vallées sont marécageuses et si fréquemment inondées, que les habitans se trou-
1 Herrera, Decad. 1, lib. 1x, cap. n. Gomera, cap. Lx. P. Martyr, Decad., pag. 149.
vent en plusieurs endroits dans la nécessité de bâtir leurs maisons sur les arbres, afin de s'élever à quelque distance au-dessus d'un sol humide et des odieux reptiles qui s'engendrent dans les eaux corrompues !. De grandes rivières se précipitent avec impétuosité des montagnes. Cette région n'était peuplée que de sauvages errans et en petit nombre, et la main de l'industrie n'y avait rien fait pour corriger ou adoucir ces inconvéniens naturels, Dans cet état des choses, tenter de traverser un pays inconnu, sans avoir d'autres guides que des Indiens sur la fidélité desquels on ne pouvait guère compter, était donc l'entreprise la plus hardie que les Espagnols eussent encore formée dans le Nouveau-Monde. : Mais l'intrépidité de Balboa était si extraordinaire, qu'elle le distinguait de tous ses compatriotes, dans un temps où le dernier des aventuriers se faisait remarquer par son audace et par son courage. Il joignait à la bravoure la prudence, la générosité , l'affabilité et ces talens populaires qui, dans les entreprises les plus téméraires, inspirent la confiance et fortifient l'attachement. Cependant après la jonction des volontaires d'Hispaniola, il ne put rassembler que cent quatre-vingt-dix hommes pour son expédition ; mais c’étaient des vétérans robustes, accoutumés au climat de l'Amérique et prêts à le suivre au milieu des plus grands dangers. Ils se firent accompagner de mille Indieus qui portaient leurs provisions, et pour compléter leur armement de guerre, ils emmenèrent avec eux plusieurs de ces chiens féroces, si formidables pour des ennemis entièrement nus.
Balboa se mit en marche pour cette grande expédition au premier septembre, vers le temps
| où les pluies périodiques commençaient à dimi-
nuer. Il se rendit par mer sans aucune difficulté sur le territoire d’un cacique dont il avait gagné l'amitié ; mais il n’eut pas plus tôt.commencé à
| pénétrer dans la partie intérieure du pays qu'il
se trouva retardé dans sa marche par tous les obstacles qu'il avait eu lieu de craindre, tant de la nature du terrain que de la disposition des habitans. A son approche, quelques caciques s'enfuirent avec tous leurs sujets vers les montagues, emportant avec eux ou détruisart tout
4 P. Martyr, Decad. , page.158.
ce qui espagr pour & sentir un cor mies, | bois q des sau les fati de ses mier 4 confiar avait | compa enthou suivaie assez à que pu breux
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us d'un s0l huui s’engendrent grandes rivières des montagnes, que de sauvages la main de l'inour corriger ou els, Dans cet état er un pays indes que des Inne pouvait guère se la plus hardie re formée dans le idité de Balboa le distinguait de temps où le der.
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ce qui pouvait servir à la subsistance des troupes espagnoles. D'autres rassemblèrent leurs sujets pour s'opposer à Balboa, qui ne tarda pas à sentir combien il lui serait difficile de conduire un corps de troupes au milieu des nations ennemies, à travers des marais, des rivières et des bois qui n'avaient jamais été franchis que par des sauvages errans. Mais, en partageant toutes les fatigues d'une pareille marche avec le dernier de ses soldats, en se montrant toujours le premier au danger, et en leur promettant avec confiance plus de gloire et de richesses que n’en avait jamais mérité le plus heureux de leurs compatriotes, il savait si bien échauffer leur enthousiasme et soutenir leur courage qu'ils le suivaient sans murmure, Îls avaient pénétré assez avant dans les montagnes lorsqu'un cacique puissant se présenta avec un corps nombreux de ses sujets pour défendre le passage d'un défilé; mais des hommes accoutumés à vaincre de si grands obstacles ne pouvaient être arrêtés par de si faibles ennemis. Ils attaquérent les Indiens avec impétuosité, et continuérent leur marche après les avoir dispersés sans beaucoup de peine et en avoir fait un grand carnage, Quoique leurs guides leur eussent dit qu’il ne fallait que six jours pour traverser listhme dans sa largeur, ils en avaient déjà passé vingt-cinq à se frayer un chemin à travers les bois et les montagnes. Plusieurs d’entre eux étaient près de succomber sous les fatigues continuelles de cette marche dans un climat brûlant ; plusieurs furent attaqués des maladies particulières au pays, et tous étaient impatiens d'arriver au terme de leurs travaux et de leurs souffrances. Enfin les Indiens les assurèrent que du sommet de la montagne la plus voisine, ils découvriraient l'océan qui était l’objet de leur désir. Lorsqu’après des peines infinies ils eurent gravi la plus grande partie de cette montagne escarpée, Balboa fit faire halte à sa troupe et s’avança seul au sommet, afin de jouir le premier d’un spectacle qu’il désirait depuis si long-temps. Dès qu'il aperçut la mer du Sud s'étendant devant lui dans un horizon sans bornes, il tomba à genoux, et, levant les mains vers le ciel, il rendit grâces à Dieu de l'avoir conduit à une découverte si avantageuse pour son pays, et si glorieuse pour lui-même. Ses compagnons, obser- | vant ses transports, s’avanctrent vers lui pour ;
partager son admiration, sa reconnaissance et sa joie, Ils se hâtèrent de gagner le rivage, et Balboa, s'avançant jusqu’au milieu des eaux de la mer avec son bouclier et son épée, prit possession de cet océan au nom du roi d'Espagne, et fit vœu de le défendre avec les armes qu'il tenait contre tous les ennemis de son souverain.
Cette partie de la grande mer Pacifique ou mer du Sud que Balboa découvrit d’abord, et qui est située à l'est de Panama, conserve encore le nom de golfe de Saint-Michel qu'il lui donna. Il força à main armée plusieurs des petits princes qui gouvernaient les districts voisins de ce golfe, à lui donner des vivres et de l'or. D'autres lui en envoyérent volontairement.
Quelques caciques ajoutèrent à ces dons précieux une quantité considérable de perles, et il apprit d'eux avec une grande satisfaction que les huîtres où se trouvent les perles abondaient dans la mer qu'il venait de découvrir.
La découverte de cette source de richesses contribua à encourager ses compagnons, et il reçut en même temps des avis qui le confirmaient dans l’espérance de retirer de son expédition des avantages encore plus grands. Tous les Indiens des côtes de la mer du Sud l’assurèrent de concert qu'il y avait à une distance assez considérable vers le sud, un riche et puissant royaume dont les habitans avaient des animaux apprivoisés pour porter des fardeaux ; et, pour lui en donner une idée, ils traçaient sur le sable la figure des lamas ou moutons, qu'on trouva ensuite au Pérou et que les Péruviens avaient en effet accoutumés à porter des fardeaux.
Comme le lama ressemble à peu près pour la forme au chameau, bête de charge qui était regardée comme particulière à l'Asie, cette circonstance jointe à la découverte des perles, autre production asiatique, concourut à affermir les Espagnols dans la fausse idée où ils étaient que le Nouveau-Monde était voisin des Indes orientales?,
Mais quoique les avis que Balboa recevait des habitans de la côte, fortifiant ses propres conjectures et ses espérances, lui donnassent une extrême impatience de voir ce pays inconnu, il était trop prudent pour tenter d’y entrer avec
1 Herrera, Decad. À, lib. x, cap. 1. Gomera, cap. Lx, etc.
P, Martyr, Decad., pag. 205, etc.
2 Herrera, Decad. 1, lib. x, cap. u.
une poignée d'hommes épuisés de fatigue et affaiblis par les maladies (24).li se détermina à ras inener sur-le-champ ses compagnons à l'établissement de Santa-Maria dans le Darien, pour re+ venir la saison suivante avec des forces proportionnées à l'entreprise hasardeuse qu’il méditait. Pour acquérir une connaissance plus étendue de l’isthme, il prit à son retour une route différente de celle qu’il avait suivie en allant et où il n'éprouva pas moins de difficultés et de dangers que dans là première; mais il n’y a rien d'insurmontable à des hommes animés par l'espérance
pour tout: homme de mérite qui se distinguait dans le Nouveau-Monde. Malgré les services ré. cens: de Balboa, qui le: désignaient comme l'homme le plus propre à achever la grande entreprise. qu'il avait commencée ,. Ferdinand fut assez peu généreux pour n'en tenir aucun compte et pour nommer Pedrarias d’Avilla gouverneur du Darien. I! lui donna le commande-
| ment de quinze gros vaisseaux avec douze cents | soldats. Ces bâtimens furent équipés aux frais
et par le succès. Balboa revint à Santa-Maria, |
après une absence de quatre mois, rapportant plus de gloire et de richesses que les Espagnols n'en avaient encore acquis dans aucune de leurs
expéditions au Nouveau: Monde. Parmi les offi-
ciers qué l'avaient accompagné, il n’y en avait point qui se fût plus distingué que François Pizarre, et il n’y en eut aucun qui déployât plus
de courage et d'ardeur pour aider Balboa à s’ou- |
vrir une communication avec ces pays, Où. il joua ensuite lui-même un rôle si glorieux {.
Le premier soin de Balboa fut d'envoyer en Espagne les détails de l’importante découverte qu'il verfait de faire, et de demander un renfort de mille hommes pour tenter la conquête de cette riche contrée sur laquelle il avait reçu des instructions si encourageantes. Le premier avis de la découverte du Nouveau-Monde ne
causa peut-être pas une plus grande joie que |
cette nouvelle inattendue qu'on avait enfin
trouvé un passage au grand océan Méridional. : On ne douta plus qu'il n’y eût une communica- |
tion avec les Indes orientales par une route qui était à l'ouest de la ligne de démarcation tracée par le pape. Les trésors que le Portugal tirait chaque jour de ses établissemens et de ses conquêtes en Asie étaient un sujet d'envie et un objet d'émulation pour les autres puissances. Ferdinand se flatta dès lors de l'espérance de partager ce commerce lucratif; et dans l'empressement qu'il avait d'arriver à ce but, il était
disposé à faire un effort supérieur à ce que |
Balboa demandait, Mais, dans cette disposition même, on reconnut les effets de la politique
jalouse qui le guidait, ainsi que de la funeste
antipathie de Fonseca , alors évèque de Burgos,
1 Herrera, Decad. 1, lib. x, Cap. 14, va Gomera , cap. uv P. Martyr, Dead, , pag. 229
du publie avec une magnificence que Ferdinand n'avait encore montrée dans aucun des arme. mens destinés pour le Nouveau-Monde; et telle fut l'ardeur des gentilshommes espagnols pour
| suivre un chef qui devait les conduire dans un | pays, où, suivant le bruit de la renommée, ils
n'auraient qu'à jeter leurs filets dans la mer pour entirer de l'or !, que quinze cents d’entre eux s’embarquèrent à bord de la flotte, et qu'un beaucoup plus grand nombre se seraient engagés pour cette expédition si on avait voulu les recevoir ?.
Pedrarias étant arrivé au golfe de Darien sans aucun accident remarquable, envoya sur-lechamp à terre quelques-uns de ses principaux officiers pour informer Baiboa de son arrivée avec la commission du roi qui le nommait gouverneur de la colonie. Ces députés, qui avaient entendu parler des exploits de Balboa et qui s'étaient formé les plus hautes idées de ses richesses, furent bien étonnés de le trouver vêtu d’un mauvais habit de toile ayant des souliers de ficelle, occupé avec quelques Indiens à couvrir de roseaux sa cabane. Sous ce vêtement
| simple qui répondait si peu à l'attente et aux | désirs de ses nouveaux hôtes, Balboa les reçut
| avec dignité. La renommée de ses découvertes
avait attiré près de lui un si grand nombre d'a venturiers des différentes îles, qu'il pouvait rassembler quatre cent cinquante hommes en armes. À la tête de ces hardis vétérans il aurait été en état de résister à Pedearias et à sa troupe; mais, quoique ses compagnons murmurassent hautement de l'injustice du roi et se plaignissent que des étrangers voulussent recueillir le fruit
! de leurs travaux et de leurs succès, Balboa se
soumit aveuglément à la volonté de son souve-
1 Herrera, Decad. 1, lib. x, cap. XI + Jbid., Decad. À, lib. x, eap. vi, vis, P. Martyr, Decad., pag, 177, 256.
parafi par se tion d damni venait côté, qu’exc de sor del'au cieuse calami barqu rable ( vieuse les nu dans | Santa.
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[1582] i se distinguait les services ré.
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-Monde; et telle espagnols pour nduire dans un a renommée, ils ts dans la mer ze cents d’entre flotte, et qu'un e seraient enga- | avait voulu les
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vi, vos P. Martyr,
rain ét reçut Pedrarias avec tous les égards dus à son caractère 1.
Quoique Pedrarias dût à cette modération la possession paisible de son gouvernement , il nomma un comité pour faire des informations judiciaires sur la conduite de Balboa pendant qu'il était aux ordres de Nicuessa et d'Enciso, et lui imposa une amende considérable pour réparation des fautes dont il fut trouvé coupable par ses juges. Balboa sentit vivement l'humiiliation de se voir soumis à une procédure et condamné à un châtiment dans le lieu même où il lvenait d'occuper le premier rang. D'un autre côté, Pedrarias ne pouvait cacher la jalousie qu’excitait en lui le mérite supérieur de Balboa ; de sorte que le ressentiment de l’un et la jalousie de l’autre furent une source de division très pernicieuse à la colonie; mais elle était menacée d’une calamité plus funeste encore. Pedrarias avait débarqué au Darien dans le temps le plus défavorable de l’année, vers le milieu de la saison pluvieuse, dans cette partie de la zone torride où les nuées versent des torrens d’eau inconnus dans les climats plus tempérés 2. Le village de Santa -Maria était situé dans une plaine fertile, environnée de bois et de marais. La constitution des Européens ne put pas résister à l'influence pestilentielle d’une semblable situation, dans un climat naturellement malsain et dans une saison si fâcheuse. Une maladie violente et meurtrière fit périr plusieurs des soldats qui accompagnaient Pedrarias. L’extrème rareté des provisions aggrava encore leur détresse par l’impossibilité de se procurer les rafraîchissemens nécessaires aux malades et une subsistance suffisante pour ceux qui se portaient bien $, En un mois de temps, plus de six cents Espagnols périrent dans la dernière misère. L'abattement et le désespoir se répandirent dans la colonie. Plusieurs des personnages principaux demandèrent
leur démission et renoncèrent avec plaisir à |
toutes leurs espérances de fortune pour se dérober aux dangers de cette région meurtrière, Pedrarias s’efforça de distraire ceux qui restaient du sentiment de leurs souffrances en leur procurant de l'occupation. Dans cette vue, il en-
! Herrera, Decad. 1, lib. x, cap..xur, xtv.
? Zbid., Hist, natur. de l'air, tom. 1, pag. 204.
$ Jbid., Decad, 1, lib. x, cap. x1v. P. Martyr, Decad, 1, pag. 272.
voya plusieurs détachemens dans l'intérieur du pays pour imposer aux habitans des contributions d'or et pour chercher les mines qui le produisaient. Ces aventuriers avides, plus occupés du gain présent que des moyens de faciliter leurs progrès pour la suite, pillaient sans distinction partout oils allaient. Sans égard pour les alliances que Balboa avait faites avec plusiéurs caciques, ils les dépouillaient de tout ce qu’ils avaient de précieux, et les traitaient, ainsi que leurs sujets, avec le dernier degré de l'insolence et de la cruauté. Cette tyrannie et ces exactions, que Pedrarias n'avait peut-être ni le pouvoir ni la volonté de réprimer, ne firent plus qu’un désert de tout le pays qui s'étend da golfe de Darien jusqu'au lac de Nicaragua, et les Espagnols se virent par leur imprudence, privés des avantages qu'ils auraient pu trouver dans l'amitié des habitans, pour pousser leurs conquêtes vers la mer du Sud. Balboa, qu voyait avec douleur combien une conduite si mal concertée retardait l'exécution de son plan favori, fit passer en Espagne des remontrances très fortes contre l'administration de Pedrarias, qui avait ruiné une çolonie heureuse et florissante. Pedrarias, de son côté, accusa Balboa d'avoir trompé le roi par des récits exagérés de ses exploits, et par un faux exposé de la richesse du pays !.
Ferdinand sentit à la fin la faute qu'il avait faite en déplaçant l'officier le plus actif et le plus expérimenté qu'il eût dans le Nouveau- Monde, et, voulant dédommager Balboa, il le nomma adelantade ou gouverneur-lientenant des pays situés sur la mer du Sud, avec une autorité et des droits très étendus: Il ordonna en même temps à Pedrarias de seconder Balboa dans toutes ses entreprises, et de se concerter avec lui sur toutes les opérations que Pedrarias voudrait faire lui-même. Mais il n’était pas au pouvoir de Ferdinand de faire passer si subitement ces deux hommes d’une haine déclarée à une entière confiance. Pedrarias continua de traiter son rival avec dédain, et, la fortune de Balboa se trouvant épuisée par le paiement de son amende et par d'autres exactions de Pedrarias , il fut hors d'état de faire les dispositions
1 Herrera, Decad. 1, lib. x, cap. xv; Decad. |, cap. », et. Gomera, cap. £xvi. P. Murtyr, Decad. 1, cap. x. Relacion de B. de Las Casas, pag. xu
nécessaires pour se mettre en possession de son nouveau gouvernement. Cependant, par la médiation et les exhortations de l'évèque de Da-
rien, on vint à bout de les réconcilier, et, pour |
cimenter plus solidement cette union, Pedrarias consentit à donner sa fille en mariage à Balboa. Le premier effet de leur réunion fut de permet-
tre à Balboa de faire quelques petites incursions | | d'étonnement périr sur l'échafaud un homme | qui, de tous ceux qui avaient commandé en | Amérique, était généralement regardé comme le
dans le pays, et il les exécuta avec une sagesse qui ajouta encore à la réputation qu'il s'était déjà acquise. Plusieurs aventuriers se joignirent
à lui, et, avec les secours et la protection de Pe- | | projets {. Sa mort fit renoncer à l'expédition expédition dans la mer du Sud. Pour exécuter ce |
drarias, il commença à tout préparer pour son
projet, il était nécessaire de construire des vais-
seaux capables de transporter des troupes dans | nition que méritaient la violence et l’iniquité de | sa conduite, mais il conserva même sa place et
les provinces où il se proposait de descendre. Après avoir vaincu un grand nombre d'obstacles, et supporté plusieurs de ces contrariétés qui
semblent avoir été réservées aux conquérans de | l'Amérique, il vint à bout de construire quatre | | opposé de l'isthne ; quoique ce changement ne fût pas fort avantageux pour la salubrité du lieu, la situation commode du nouvel établisse-
petits brigantins. Il était prèt à mettre à la voile pour le Pérou avec trois cents hommes d'élite (force supérieure à celle avec laquelle Pizarre entreprit depuis la mème expédition), lorsqu'il reçut un messager inattendu de Pedrarias 1, Comme leur réconciliation n'avait jamais été sinctre, l'entreprise que Balboa était sur le point d'exécuter ranima l’ancienne inimitié de Pedrarias et la rendit plus active encore. Il redoutait
l'élévation et la prospérité d’un homme qu'il
avait si cruellement offensé. Il craignit que le succès n’encourageât Balboa à se rendre indépendant de sa juridiction ; et ces mouvemens de haine, de crainte et de jalousie agissaient sur son âme avec tant de force, que, pour satisfaire
sa vengeance, il ne craignit pas de faire échouer | | tion et dont il donna le commandement à Juan | Diaz de Solis, qui passait pour le plus habile
une entreprise d'une si grande importance pour son pays. Sur des prétextes faux, mais plausibles, il engagea Balboa à différer son voyage
de quelque temps et à se rendre à Acla, où il |
voulait avoir une entrevue avec lui. Balboa, avec la confiance d’un homme qui n’a rien à se reprocher, se rendit au lieu qui lui était indiqué ;
arrêté par l'ordre de Pedrarias, qui, impatient d'assouvir sa vengeance, ne le laissa pas languir long-temps dans la captivité. On nomma sur-le-
1 Herrera, Decad. 1, lib. 1, cap. mu; lib. 11, Cap. x, xuu, XU.
! champ des juges pour instruire son procès. Il | fut accusé d’avoir manqué de fidélité au roi et | d'avoir voulu se révolter contre le gouverneur,
La sentence de mort fut bientôt prononcée , et, quoique les juges eux-mêmes, secondés par
| toute la colonie, sollicitassent vivement la grâce | de Balboa, le gouverneur fut inexorable, et les
Espagnols virent avec autant de douleur que
plus propre à concevoir et à exécuter de grands
qu'ilavait projetée. Pedrarias, puissamment protégé par l'évèque de Burgos et quelques autres courtisans, échappa non-seulement à la pu-
son autorité. Bientôt après, il obtint la permission de faire passer la colonie du poste malsain de Santa-Maria à Panama, qui était sur le côté
ment ne contribua pas peu à faciliter les conquêtes postérieures des Espagnols dans les vastes provinces de la mer du Sud ?.
Pendant que ces événemens, dont on a cru ne devoir pas interrompre le récit, se passaient
| dans le Darien, il se faisait ailleurs d’autres opé-
rations importantes, relativement à la découverte, à la conquête et au gouvernement des autres provinces du Nouveau-Monde. Ferdinand
! était si occupé du projet d'ouvrir une communi-
cation par l'ouest avec les Moluques ou iles des
| Épiceries, que dans l'année 1515, il équipa à
ses frais deux vaisseaux destinés à cette expédi-
navigateur de l'Espagne. Solis prit sa route le long de la côte de l'Amérique méridiouale, et le 1e" de janvier 1516 il entra dans une rivière à laquelle il donna le nom de Janeiro et où il se
| faitaujourd’hui un commerce considérable. De À mais il ne fut pas plutôt entré dans Acla qu'il fut |
il s'avança dans une baie spacieuse qu'il imagina être l'entrée d’un détroit qui communiquait avec la mer des Indes; mais en pénétrant plus avant , il découvrit que c'était l'embouchure de
‘ Herrera, Decad. 1, lib. 1, cap. XXI, XXU.
3 Zbid. , \ib. iv, cap.1.
re son procès. Il fidélité au roi et e le gouverneur.
jt prononcée , et.
s, Secondés par jivement la grâce inexorable, et les de douleur que afaud un homme nt commandé en regardé comme le xécuter de grands er à l'expédition puissamment pro- ; et quelques auseulement à la puice et l’iniquité de même sa place et | obtint la permisdu poste malsain ai était sur le côté ce changement ne ar la salubrité du a nouvel établissefaciliter les connols dans les vastes
s, dont on a cru ne ‘écit, se passaient leurs d’autres opéement à la décougouvernement des Monde. Ferdinand yrir une communioluques ou îles des 1515, il équipa à inés à cette expédimandement à Juan our le plus habile lis prit sa route le e méridiouale, et le dans une rivière à Janeiro et où il se : considérable. De là cieuse qu'il imagina qui communiquait en pénétrant plus it l'embouchure de
ap. XXI, XXU.
Rio de la Plata, l’une des grandes rivières qui arrosent le continent méridional de l'Amérique. | Les Espagnols ayant voulu faire une descente dans ce pays, Solis et plusieurs hommes de son équipage furent tués par les naturels, qui, à la vue des vaisseaux, coupèrent par Morceaux les corps des Espagnols et les mangèrent après les avoir fait rôtir. Épouvantés de cet horrible spectacle et découragés par la perte de ieur commandant, ceux des Espagnols qui restaient sur les vaisseaux retournèrent en Europe sans tenter aucune autre découverte !. Quoique cette tentative eût échoué, elle ne fut pourtant pas inutile : elle attira l'attention des hommes instruits vers cette navigation, et prépara la route à un voyage plus heureux, qui, peu d'années après cette époque, remplit enfin les vues de Ferdinand.
Quoique les Espagnols s’occupassent avec tant d'activité à étendre leurs découvertes et leurs établissemens en Amérique, ils considéraient toujours Hispaniola comme leur principale colonie et le siége du gouvernement. Don Diégo Colomb ne manquait ni du zèle ni des talens nécessaires pour procurer le bonheur et la prospérité des membres de cette colonie qui étaient plus immédiatement sous sa juridiction; mais il était gèné dans toutes ses opérations par la politique soupconneuse de Ferdinand, qui, en toute occasion, et sur les prétextes les plus frivoles, lui ôta une partie de ses priviléges, et encouragea le trésorier, les juges et les autres officiers inférieurs à contrarier ses mesures et à contester son autorité. La prérogative la plus importante du gouverneur était celle de distribuer les Indiens parmi les Espagnols établis . dans l'ile. La servitude rigoureuse de ces malheureux n'ayant reçu que de très faibles adoucissemens par les divers règlemens qu'on avait faits en leur faveur, le pouvoir de disposer à son gré de ces instrumens du travail assurait au gouverneur une grande infinience dans la colonie. Pour l'en dépouiller, Ferdinand créa un nouvel emploi auquel il attacha le droit de faire le partage des Indiens, et qu’il donna à Rodrigue Albuquerque, parent de Zapata, son ministre de confiance. Don Diégo sentit vivement l’injustice et l'affront qu’on lui faisait en le privant de ses droits sur un objet si essentiel, et ne voulant
i Herrera, Decad.W, lib. 1, cap. vu. P. Martyr, |
. Decad., page. 317.
pas rester plus long-temps dans un lieu où son pouvoir et son crédit étaient presque anéantis, il passa en Espagne dans la vaine espérance
| d'obtenir justice !. Albuquerque entra dans ses
nouvelles fonctions avec toute la rapacité d’un
indigent aventurier, impatient de faire fortune.
Il commença par se faire donner le nombre exact
des Indiens qui étaient dans l’île, et trouva que de soixante mille qui, en 1508, avaient survécu à toutes leurs souffrances, il n’en restait plus que quatorze mille. Il en fit plusieurs lots qu'il mit à l'enchère, et qu'il distribua à ceux qui lui en offraient le plus haut prix. Par cette distribution arbitraire, un grand nombre d’Indiens furent éloignés de leurs anciennes habitations; plusieurs autres furent enlevés à leurs premiers maîtres, et tous furent soumis à des travaux plus pénibles par leurs nouveaux propriétaires, pressés de se dédommager de leurs avances. Ce surcroît de calamité combla la misère et hâta la destruction de cette race innocente et malheureuse 2.
La violence de cette conduite, jointe aux funestes conséquences qui en furent la suite, excita non-seulement les plaintes des colons qui se croyaient lésés, mais encore toucha les cœurs de tous ceux en qui il restait quelque sentiment d'humanité. Du moment qu’on envoya en Amérique des ecclésiastiques pour instruire et convertir les naturels, ils s'aperçurent que la rigueur avec laquelle on traitait ce peuple, rendait leur ministère presque inutile. Les missionnaires, se conformant à l'esprit de douceur de la religion qu'ils venaient annoncer, s’élevrent aussitôt contre les maximes de leurs compatriotes à l’égard des Indiens, et condamnèrent les repartimientos, ou ces distributions par lesquelles on les livrait en esclaves à leurs conquérans, comme des actes aussi contraires à l'équité naturelle et
aux préceptes du christianisme qu’à la saine politique. Les dominicains, à qui l'instruction des Américains fut d'abord confiée, furent les plus ardens à attaquer ces distributions. En 1511, ! Montesino, un de leurs plus célèbres prédica- | teurs, déclama contre cet usage dans la grande église de Saint-Domingue avec toute l'impétuosité d’une éloquence populaire. Don Diégo Co- : lomb, les principaux officiers de la colonie, et
1 Herrera, Decad. 1, lib. 1x, cap. v; lib. x, cap. xur. 2 Herrera, Decad. 1, lib. x, cap. x.
RE cm pu M de 5e
tous les laïques qui avaient entendu ce sermon!, se plaignirent du moine à ses supérieurs; mais ceux-ci, loin de le condamner, approuvèrent sa doctrine comme également pieuse et convenable aux circonstances. Les franciscains, guidés par l'esprit d'opposition et de rivalité qui subsistait entre les deux ordres, parurent disposés à se joindre aux laïques et à prendre la défense des répartimientos. Mais comme ils ne pouvaient pas avec décence approuver ouvertement un système d’oppression si contraire à l'esprit du Christianisme, ils s’efforcèrent de pallier ce qu'ils ne pouvaient pas justifier, et alléguèrent, pour excuser la conduite de leurs concitoyens, qu'il était impossible de faire aucune amélioration dans la colonie, à moins que les Espagnols n'eussent assez d'autorité sur les naturels pour les forcer au travail 1,
Les dominicains, sans égard pour ces considérations de politique et d'intérét personnel , ne voulurent se relâcher en rien de la sévérité de leur doctrine, et refusèrent même d’absoudre et d'admettre à la communion ceux de leurs compatriotes qui tenaient les Indiens en servitude?. Les deux partis s’adressèrent au roi pour avoir sa décision sur un objet de si grande importänce. Ferdinand nomma une commission de son conseil privé, à laquelle il joignit quelques-uns des plus habiles jurisconsultes et théologiens , pour entendre les députés d'Hispaniola chargés de défendre leurs opinions respectives. Après une longue discussion , la partie spéculative de la controverse fut décidée en faveur des dominicains, et les Indiens furent déclarés un peuple libre, fait pour jouir de tous les droits naturels de l'homme; mais malgré cette décision, les repartimientos continuërent à se faire dans la même forme qu'auparavant 3, Comme le jugement de la commission r'econnaissait le principe sur lequel les dominicains
fondaient leur opinion, il était peu propre à les |
convaincre et à les réduire au silence, Enfin ,
pour rétablir la tranquillité dans la colonie, | alarmée par les remontrances et les censures de
ces religieux , Ferdinand publia un décret de son conseil privé, duquel il résultait : qu'après
! Herrera, Decad, 1, lib. Vin, Cap, 111 Oviedo, liv. 11, chap. vi, pag. 97.
2 Oviedo, ibid,
5 Herrera, Decad. 1, lib. van, cap. xu1; lib, IX, Cap. V. :
un mûr examen de la bulle apostolique et des autres titres qui assuraient les droits de la couronne de Castille sur ses possessions dans le Nouveau-Monde, la servitude des Indiens était autorisée par les lois divines et humaines ; qu’à moins qu'ils ne fussent soumis à l'autorité des Espagnols et forcés de résider sous leur inspection, il serait impossible de les arracher à l'idolâtrie et de les instruire dans les principes de la foi chrétienne; qu'on ne devait plus avoir aucun scrupule sur la légitimité des repartimien- {os , attendu que le roi et son conseil en prenaient le risque sur leur conscience ; qu’en Conséquence les déminicains et les moines des autres ordres devaient s'interdire à l'avenir les invectives que l'excès d’un zèle charitable mais peu éclairé leur avait fait proférer contre cet usage {,
Ferdinand, voulant faire connaître clairement l'intention où il était de faire exécuter ce déeret, accorda de nouvelles concessions d’Indiens à plusieurs de ses courtisans (25). Mais afin de ne pas paraître oublier entièrement les droits de l'humanité, il publia un édit par lequel il tächa de pourvoir à ce que les Indiens fussent traités doucement sous le joug auquel il les. assujettissait ; il régla la nature du travail qu’ils seraient obligés de faire ; il prescrivit la manière dont ils devaient être vêtus et nourris, et fit des règlemens relatifs à leur instruction dans les principes du christianisme?, Mais les dominicains, qui Jjugeaient de l'avenir par la connaissance qu'ils avaient du passé, sentirent bientôt l'insuffisance de ces précautions , et prétendirent que, tant que les individus auraient intérêt à traiter les Indiens avec rigueur, aucun règlement public ne pourrait rendre leur servitude douce ni même tolérable, Ils jugèrent qu'il serait inutile de consumer leurs talens et leurs forces à essayer de communiquer les vérités sublimes de l'Évangile à des hommes dont l'âme était abat- | tueet l'esprit affaibli par l'oppression. Quelques uns de ces missionnaires, découragés, demandèrent à leurs supérieurs la permission de passer | Sur le contisent , pour y remplir l'objet de leur
| mission parmi ceux des Indiens qui n'étaient | pas encore corrompus par l'exemple des Espagnols, ni prévenus par leurs cruautés contre les
! Herrera, Decad. 1, lib. 1x, Cap. XIV, — ? /bid,
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Hisps tranc vitud
Le venai rallu repo prim et de caus femi des « dans ment niola domi
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dant imp dien bier et si rête vem s'ap le 1 nat tion V'Es rait en] frai
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[1517] postolique et des droits de la coussessions dans le > des Indiens était t humaines ; qu’à is à l'autorité des sous leur inspecarracher à l’idoes principes de la it plus avoir aules repartimienn conseil en preonscience ; qu’en t les moines des lire à l'avenir les e charitable mais férer contre cet
naître clairement écuter ce déeret, ons d’Indiens à Mais afin de ne nt les droits de r lequel il tâcha s fussent traités il les. assujettisil qu'ils seraient manière dont ils et fit des règledans les princilominicains, qui naissance qu'ils ientôt l'insuffiétendirent que, intérêt à traiicun règlement ervitude douce 'il serait inutile ars forces à esés sublimes de âme était abatsion. Quelques gés, demandèsion de passer l'objet de leur
s qui n'étaient ple des Espautés contre les
v.— 3 Jbid,
(1617] dogries du christianisme. Ceux qui restèrent à Hispaniola continuèrent à faire des remon- | trances avec une fermeté décente contre la ser-
vitude des Indiens. | Les opérations violentes d'Albuquerque, qui venait d'être chargé du partage des Indiens, rallumèrent le zèle des dominicains contre les repartimientos , et suscitèrent à ce peuple opprimé un avocat doué du courage, des talens:
et de l'activité nécessaires pour défendre une cause si désespérée. Cet homme zélé fut Barthé- Æmi de Las Casas, natif de Séville, et l'un des ecclésiastiques qui accompagnèrent Colomb dans son second voyage, lorsqu'on voulut commencer un établissement dans l’île d'Hispaniola. J avait adopté de bonne heure l'opinion dominante parmi ses confrères les dominicains, qui regardaient comme une injustice de réduire les Indiens en servitude; et pour montrer sa sincérité et sa conviction, il avait renoncé à la portion d'Indiens qui lui était échue dors du partage qu'on en avait fait entre les conquérans, et avait déclaré qu'il pleurerait toujours la faute dont il s'était rendu coupable en exerçant pendant un moment sur ses frères cette domination
MIVRE Il. 507
impie !. Dès lors il fut le patron déciaré des Indiens, et par son courage à les défendre, aussi bien que par le respect qu'inspiraient ses talens et son caractère, il eut souvent le bonheur d’arrêter les excès de ses compatriotes. IL s’éleva vivement contre les opérations d’Albuquerque, et s'apercevant bientôt que l'intérêt du gouverneur le rendait sourd à toutes les sollicitations , il n’abandonna pas pour cela la malheureuse nation dont il avait épousé la cause. 11 partit pour l'Espagne avec la ferme espérance qu’il ouvrirait les yeux et toucherait le cœur de Ferdinand en lui faisant le tableau de l'oppression que souffraient ses nouveaux sujets?,
Il obtint facilement une audience du roi, ‘dont la santé était fort affaiblie. Il mit sous ses yeux avec autant de liberté que d’éloquence les effets funcstes des repartimientos dans le Nouveau-Monde, lui reprochant avec courage d’avoir autorisé ces mesures impies qui avaient
1Fr. Aug. Davila Padilla, Æist, de la Fundacion de la provincia de San-Jago de Mexico, p. 303, 304. Herrera, Decad. À, lib. x, cap. xir.
3 Herrera, Decad. 1, lib. x, cap. x; Decad. Il, lib. &, cap. 1. Davila Padilla, Æist., pag. 304.
porté la misère et la destruction su une race nombreuse d'hommes innocens que la Providence avait confiés à ses soins. Ferdinand, dont
| l'esprit: était affaibli par la maladie, fut vive-
ment: frappé de ce reproche d'impiété, qu'il aurait. méprisé dans d’autres circonstances. Ill écouta: les discours de Las Casas avec lës marques d’un grand repentir , ét promit de s’occt per sériensement des moyens de réparer lès maux dont. on se plaignait. Mais la mort l'empécha-d'exéeuter cette résolution: Charles d’Autriche, à qui la couronne d’Espagne passait , faisait alors sa résidence dans ses états des Pays- Bas. Las Casas, avec son ardeur accoutumée , se préparait à partir pour la Flandre, dans la vue de prévenir le jeune monarque, lorsque le cardinal Ximénès, devenu régent de Castille, lui ordonna de renoncer à ce voyage et lui promit d'écouter lui-même ses plaintes.
Le cardinal pesa la! matière avec l'attention que méritait son importance, et comme son €sprit ardent aimait les plans hardis et peu communs, celui qu’il adopta très promptement étonna les ministres espagnols, accoutumés aux lenteurs et aux formalités de l'administration. Sans égard ni aux droits que réclamait don Diégo Colomb, ni aux règles établies par le feu roi, ilse détermina à envoyer en Amérique trois surintendans de toutes les colonies, avec l'autorité suffisante pour décider en dernier ressort la grande question de la liberté des Indiens, après qu'ils auraient examiné sur les lieux toutes les circonstances. Le choix de ces surintendans était délicat. Tous les laïques, tant ceux qui étaient établis en Amérique , que ceux qui avaient été
| consultés comme membres de l’administration | de ce département, avaient déclaré leur opinion !et pensaient que les Espagnols ne pouvaient con- | server leurs établissemens au Nouveau-Monde, à moins qu'on ne leur permit de retenir les Indiens dans la servitude. Ximénès crut donc ! qu'il ne pouvait compter sur leur impartialité, et se détermina à donner sa confiance à des ec : clésiastiques. Mais comme d’un autre côté les dominicains et les franciscains avaient épousé le sentiment contraire, il exclut ces deux ordres religieux. Il fit tomber son choix sur les moines: appelés hiérony miles, communauté peu nombreuse en Espagne, mais qui y jouissait d’une : grande considération. D'après le conseil de leur
général et de concert avec Las Casas, il choisit parmi eux trois sujets qu'il jugea dignes de cet important emploi. Il leur associa Zuazo, jurisconsulte d'une probité distinguée, auquel il donna tout pouvoir de régler l'administration de la justice dans les colonies. Las Casas fut chargé de les accompagner avec le titre de protecteur des Indiens 1.
Confier un pouvoir assez étendu pour changer en un moment tout le système du gouvernement du Nouveau-Monde, à quatre personnes que leur état et leur condition n'appelaient pas à de Si hauts emplois, parut à Zapata et aux autres ministres du dernier roi une démarche si extraordinaire et si dangereuse, qu'ils refusèrent d’expédier les ordres nécessaires pour l’exécution. Mais Ximénès n’était pas disposé à souffrir patiemment qu’on mit aucun obstacle à ses pro-
jets. Il envoya chercher les ministres, leur parla |
d’un ton si haut et les effraya tellement, qu'ils obéirent sur-le-champ 2. Les surintendans, leur associé Zuazo et Las Casas, mirent à la voile pour Saint-Domingue. A leur arrivée, le premier usage qu'ils firent de leur autorité fut de mettre en liberté tous les Indiens qui avaient été donnés aux courtisans espagnols et à toute personne non résidente en Amérique. Cet acte de vigueur, joint à ce qu'on avait appris d'Espagne sur l’objet de leur commission, répandit une alarme générale. Les colons conclurent qu'on allait leur enlever en un moment tous les bras avec lesquels ils conduisaient leurs travaux, et que leur ruine était inévitable. Mais les pères de Saint-Jérôme se conduisirent avec tant de précaution et de prudence que les craintes furent bientôt dissipées. Ils montrérent dans toute leur administration une connaissance du monde et des affaires qu’on n’acquiert guère dans le clottre, et une modération et une douceur encore plus rares parmi les hommes accoutumés à l’austérité de la vie monastique. Ils écoutérent tout le monde; ils comparèrent les informations qu'ils avaient recueillies, et après une mûre délibération, ils demeurèrent persuadés que l’état de la colonie rendait le plan de Las Casas, vers lequel penchait le cardinal, impossible dans l'exécution ‘ Ils se convainquirent que les Espagnols établis en Amérique étaient en trop petit nombre pour
! Herrera, Decad. |], lib. u1, Cap. nr, ‘Herrera, Decad. 1, lib, n, Cap. vi.
pouvoir exploiter les mines déjà ouvertes et cul-
tiver le pays; que pour ces deux genres de tra-
vaux, ils ne pouvaient se passer des Indiens ;
que si on leur tait ce secours, il faudrait aban-
donner les conquêtes, ou au moins perdre tous
les avantages qu'on en retirait; qu'il n'y avait
aucun motif assez puissant pour faire surmonter
aux Indiens rendus libres leur aversion natu- | relle pour toute espèce de travail, et qu'il fallait l'autorité d'un maître pour les y forcer; que si on ne les tenait pas sous une discipline toujours vigilante, leur indolence et leur indifférence naturelles ne leur permettraient jamais de recevoir l'instruction chrétienne ni d'observer les pratiques de la religion. D'après tous ces motifs , ils trouvèrent nécessaire de tolérer les repartimientos et l'esclavage des Américains. Ils s'ef- | forcèrent en même temps de prévenir les funestes effets de cette tolérance et d'assurer aux Indiens le meilleur traitement qu’on pôt concilier avec l'état de servitude. Pour cela ils renou- | velèrent les premiersrèglemens, y en ajoutèrent | de nouveaux, ne négligèrent aucune des pré- , Cautions qui pouvaient diminuer la pesanteur
du joug; enfin ils employèrent leur autorité, | leur exemple et leurs exhortations, à inspirer à | leurs compatriotes des sentimens d'équité et de | douceur pour ces Indiens, dont l'industrie leur était si nécessaire. Zuazo, dans son département, seconda les efforts des surintendans. Il réforma les cours de justice dans la vue de | rendre leurs décisions plus équitables et plus | promptes, et fit divers règlemeus pour mettre sur un meilleur pied la police intérieure de la colonie. Tous les Espagnols du Nouveau-Monde | témoignèrent leur satisfaction de la conduite de Zuazo et de ses associés, et admirèrent la hardiesse de Ximénès qui s'était écarté si fort des routes ordinaires dans la formation de son plan, et sa sagacité dans le choix des personnes à qui il avait donné sa confiance, et qui en étaient di-
gnes par leur sagesse, leur modération et leur désintéressement 1,
Las Casas seul était mécontent. Les considé.
rations qui avaient déterminé les surintendans ne faisaient aucune impression sur lui. Le parti qu’ils prenaient de conformer leurs règlemens à l'état de la colonie lui paraissait l'ouvrage
! Herrera, Decad. 11, lib. 11, cap. xv. Remesal , Hist. gén. , lib. 1, Cap. xtv, xv, xvr.
d'une crait geuse par l teur, dépot Les st plus :
de le pas si dang laque était l'abri asile effor!
pour point regat sion !
Si d’esp aux ; mal mala torit dait riva, la m pour talen acco chen triot affai gers sem les p affai poui créd soiel duir dou
à ouvertes et culix genres de trasser des Indiens; il faudrait abannoins perdre tous L; qu'il n'y avait r faire surmonter r aversion natuil, et qu'il fallait y forcer; que si iscipline toujours "indifférence naimais de recevoir server les pratius ces motifs, ils rer les’ repartiéricains, Ils s’efprévenir les fuet d'assurer aux qu’on pût conciir cela ils renou- ; ÿ en ajoutèrent aucune des préer la pesanteur t leur autorité, ns , à inspirer à 1s d'équité et de : l'industrie leur is son départesurintendans, Il dans la vue de uitables et plus us pour mettre intérieure de la Nouveau-Monde e la conduite de nirérent la hararté si fort des on de son plan, personnes à qui ii en étaient dilération et leur
t. Les considé.
's surintendans ur lui. Le parti urs règlemens Ssait l'ouvrage
v. Remesal, Æist
d'une politique mondaine et timide, qui consacrait une injustice parce qu'elle était avantageuse. Il prétendait que les Indiens étaient libres par le droit de nature, et comme leur protec-
teur, il sommait les surintendans de ne pas les |
dépouiller du privilége commun de l'humanité. Les surintendans reçurent ses remontrances les
plus âpres sans émotion et sans s'écarter en rien |
de leur plan. Les planteurs espagnols’ ne furent pas si modérés à son égard, et il fut souvent en danger d’être mis en pièces pour la fermeté avec laquelle il insistait sur une demande qui leur était si odieuse. Las Casas, pour se mettre à l'abri de leur fureur, fut obligé de chercher un asile dans un couvent, et voyant que tous ses efforts en Amérique étaient sans effet, il partit pour l'Europe avec la ferme résolution de ne point abandonner la défense d’un peuple qu'il regardait comme victime d’une cruelle oppression f,
S'il eût trouvé dans Ximénès la même vigueur d'esprit que ce ministre mettait ordinairement aux affaires, il eût été vraisemblablement fort mal reçu. Mais le cardinal était atteint d’une maladie mortelle et se préparait à remettre l’autorité dans les mains du jeune roi qu'on attendait de jour en jour des Pays-Bas. Charles ar-
riva, prit possession du gouvernement, et, par | | bilité de faire faire aux colonies aucun progrès ,
la mort de Ximénès, perdit un ministre fait pour mériter sa confiance par sa droiture et ses talens. Beaucoup de seigneurs flamands avaient accompagné leur souverain en Espagne. L’attachement naturel de Charles pour ses compatriotes l'engageait à les consulter sur toutes les affaires de son nouveau royaume, et ces étrangers montrèrent un empressement indiscret à se mêler de tout et à s'emparer de presque toutes les parties de l'administration 2. La direction des affaires d'Amérique était un objet trop séduisant pour leur échapper. Las Casas remarqua leur crédit naissant. Quoique les hommes à projet soient communément trop ardens pour se conduire avec beaucoup d'adresse, celui-ci était doué de cette activité infatigable qui réussit quelquefois mieux que l'esprit le plus délié. Il fit sa cour aux Flamands avec beaucoup d’assiduité. Il mit sous leurs yeux l’absurdité de toutes les maximes adoptées jusque-là dans le gouver-
1 Herrera, Decad. Il, lib. 11, cap. xvi.
* ist. de Charles F.
nement de l'Amérique , et particulièrement: les vices des dispositions faites par Ximénès. La mémoire de Ferdinand était odieuse aux Flamands. La vertu et les talens de Ximénès avaient été long-temps pour eux des motifs de jalousie. Ils désiraient vivement trouver des prétextes plausibles pour condamner les mesures du ministre et du défunt monarque, et pour décrier la politique de l’un et de l’autre. Les amis de don Diégo Colomb, aussi bien que les courtisans espagnols qui avaient eu à se plaindre de l'administration du cardinal, se joignirent à Las Casas pour désapprouver la commission des surintendans en Amérique. Cette union de tant de passions et d'intérêts devint si puissante que les hiéronymites et Zuazo furent rappelés. Rodrigue de Figueroa, jurisconsulte estimé, fut nommé premier juge de l’île, et reçut des instructions nouvelles d’après les instances de Las Casas, pour examiner encore avec la plus grande attention la question importante élevée entre cet ecclésiastique et les colons, relativement à la maaière dont on devait traiter les Indiens. Il était autorisé en attendant à faire tout ce qui serait possible pour soulager leurs maux et prévenir leur entière destruction f.
Ce fut tout ce que le zèle de Las Casas put obtenir alors en faveur des Indiens. L’impossi-
à moins que les planteurs espagnols ne pussent forcer les Américains au travail, était une objection insurmontable à l'exécution de son plan de liberté. Pour écarter cet obstacle, Las Casas proposa d'acheter dans les établissemens des Portugais à la côte d'Afrique un nombre suffisant de noirs, et de les transporter en Amérique où on les emploierait comme esclaves au travail des mines et à la culture du sol. Les premiers avantages que les Portugais avaient retirés de leurs découvertes en Afrique, leur avaient été procurés par la vente des esclaves. Plusieurs circonstances concouraient à faire revivre cet odieux commerce, aboli depuis long-temps en Europe et aussi contraire aux sentimens de l'humanité qu'aux principes de la religion. Dès l'an 1503, on avait envoyé en Amérique un petit nombre d'esclaves nègres 2. En 1511, Fer-
1 Herrera, Decad. 11, lib. m1, Cap. XVI, XIS, XXI; lib. nt, Cap. VI, VIN.
Herrera, Decad. 1, lib. v, Cap. x.
SE en
dinand avait permis qu'on y en portât en plus
grande quantité !..On trouva que cette espèce d'hommes était plus robuste que les Américains , plus capable de résister à une grande fatigue et plus patiente sous le joug de la servitude. On calculait que le travail d’un noir équivalait à celui de quatre Américains?, Le cardinal Ximénès avait été pressé de permettre et d'encourager ce commerce ; mais il avait rejeté le projet avec fermeté, parce qu'il avait senti
combien il était injuste de réduire une race |
d'hommes en esclavage en délibérant sur les moyens de rendre la liberté à une autre ®., Mais Las Casas, inconséquent comme le sont les esprits qui se portent avec une impétuosité opiniâtre vers une opinion favorable, était incapable de faire cette réflexion. Pendant qu'il combattait avec tant de chaleur pour la liberté
des habitans du Nouveau-Monde, il travaillait |
à rendre esclaves ceux d’une autre patrie, et dans la chaleur de son zèle pour sauver les Américains du joug, il prononçait sans serupule
qu’il était juste et utile d'en imposer un plus | pesant encore sur les Africains. Malheureuse- | ment pour ces derniers, le plan de Las Casas fut |
adopté. Charles accorda à l'un de ses courtisaris flamands le privilége exclusif d'importer en Amérique quatre mille noirs. Celui-ci vendit son privilége pour vingt-cinq mille ducats à des
marchands génois, qui les premiers établirent | avec une forme régulière entre l'Afrique et l'A- |
‘que ce commerce d'hommes, qui a reçu depu» de si grands accroissemens 4.
Mais les marchands génois , conduisant leurs
bitans des noirs qu'ils portaient à Hispaniola qu'on y en vendit trop peu pour améliorer l'état
des soldats ou des matelots employés àila dé-
couverte ou à la conquête de ces régions, des |
fils de familles nobles attirés par l'espoir de s’en-
Herrera, Decad. 1, lib. vus, cap. 1x.
* Herrera, Decad. 1, lib. 1x, cap. v.
5 Herrera, Decad. M, lib. 11, cap. vin.
+ Herrera, lib. x, cap. xx.
richir promptement, ou des aventuriers sans ressources et forcés d'abandonner leur patrie par leurs crimes ou leur indigence. A la place de ces hommes avides, sans mœurs, incapables de l’industrie persévérante et de l'économie nécessaire dans l'établissement d’une colonie, il proposa d'envoyer à Hispaniola et dans les autres îles un nombre suffisant de cultivateurs et d'artisans à qui l’on donnerait des encouragemens pour s'y transporter. De tels hommes accoutumés à la fatigue seraient en état de soutenir des travaux dont les Américains étaient incapables par la faiblesse de leur constitution, et bientôt ils deviendraient eux-mêmes par la culture de riches et d'utiles citoyens. Mais, quoiqu'on ett grand besoin d’une nouvelle recrue d'habitans à Hispaniola, où la petite-vérole venait de se montrer et d'emporter un nombre considérable d'Indiers, ce projet, quoique favorisé par les ministres flamands, fut traversé par l’évêque de Burgos que Las Casas trouvait toujours en son chemin,
Las Casas commença alors à désespérer de faire aucun bien aux Indiens dans les établissemens déjà formés. Le mal était trop invétéré pour céder aux remèdes. On faisait tous les jours
. des découvert*s nouvelles sur le continent qui
donnaient de hautes idées de sa population et de son étendue. Dans toutes ces vastes régions, il n’y avait encore qu’une seule colonie très faible, et si l'on en exceptait un petit espace sur l'isthme de Darien , les naturels étaient maîtres de tout le pays. C'était là un champ nouveau et
| plus étendu pour le zèle et l'humanité de Las opérations avec l’avidité ordinaire aux mono- | poleurs, demandèrent bientôt des prix si exor- |
Casas,qui se flattait de pouvoir empêcher qu'on n'y introduisit le peruicieux système d’administration qu’il n'avait pu détruire dans les lieux
| où il était déjà tout établi. Pléin de ces espéde la colonie. Las Casas, dont le zèle était aussi | inventif qu'infatigable, eut recours à un autre | expédient pour soulager les Indiens. Il avait ob- | servé que le plus grand nombre de ceux qui | jusque-là s'étaient établis en Amérique étaient |
rances , il sollicita une concession de la partie qui s'étend le long de la côte depuis le golfe de Paria jusqu’à la frontière occidentale de cette province, aujourd'hui connue sous le nom de Sainte-Marthe. Il proposa d’y établir une colonie formée de cultivateurs, d'artisans et d’ecclésiastiques. Il s'engagea à civiliser dans l’espace de deux ans dix mille Indiens, et à les instruire as-
| sez bien dans lesarts utiles pour pouvoir tirer | de leurs travaux et de leur industrie un revenu
1 Herrera, Decad. 1, lib. 1, cap. xx1.
de qui mettai assez ( soixan naviga qu'auc sa per!
les ge ment gnols, de ces avait a Par ce quisse Casas s Indiens jésuite:
entrepi nent. L employ telliger dans l duire p ter ces pourvu en soci avantaf L'évé regarde danger.
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[1517] LIVRE JL 511
de quinze mille ducats pour la couronne. Il promettait aussi qu'en dix ans sa colonie aurait fait assez de progrès pour rendre au gouvernement soixante mille ducat par an. Il stipula qu'aucun navigateur ou solda: ne pourrait s’y établir, et qu'aucun Espagnol n’y mettrait les pieds sans sa permission. Il alla mème jusqu'à vouloir que les gens qu'il emmènerait eussent un habillement particulier différent de celui des Espagnols, afin qu'ils ne parussent point aux Indiens
de ces districts de la même race d'hommes-qui.
avait apporté tant de calamités à l'Amérique !. Par ce plan, dont je ne donne qu'une légère esquisse, il paraît clairement que les idées de Las Casas sur la manière de civiliser et de traiter les Indiens étaient fort semblables à celles que les jésuites ont suivies depuis dans leurs grandes entreprises sur l’autre partie du même continent. Las Casas supposait que les Européens, employant l’ascendant que leur donnait une intelligence supérieure et de plus grands progrès dans les sciences et les arts, pourraient conduire par degrés l'esprit des Américains à gohter ces moyens de bonheur dont ils étaient dépourvus, à leur faire cultiver les arts de l’homme en société et à les rendre capables de jouir des avantages de la vie civile.
L'évèque de Burgos et le conseil des Indes regardèrent le plan de Las Casas non-seulement comme chimérique, mais comme extrêmement dangereux. Ils pensaient que l'esprit des Américains était naturellement si borné et leur indolence si excessive qu'on ne réussirait jamais à les instruire ni à leur faire faire aucun progrès, Ils prétendaient qu'il serait fort imprudent de donner une autorité si grande sur un pays de mille milles de côtes à un enthousiaste visionnaire et présomptueux, étranger aux affaires et sans connaissance de l'art du gouvernement.
Las Casas qui s'attendait bien à cette résistanee ne se découragea pas. Il eut recours aux Flamands qui favorisérent ses vues auprès de Charles V avec beaucoup de zèle, précisément parce que les ministres espagnols les avaient rejetées. Ils déterminèrent le monarque, qui venait d'être élevé à l'empire, à renvoyer l'examen de cette affaire à un certain nombre de membres de son conseil privé, et comme Las Casas récu-
“ Herrera, Decad. 11, lib. IV, Cap. I.
sait tous les membres du conseil des Indes comme prévenus et intéressés, tous furent exclus. La décision des juges choisis à la recommandation des Flamands fut entièrement conforme aux sentimens de ces derniers. On approuva beaucoup ce nouveau plan, et l'on donna des ordres pour le mettre à exécution, mais en restreignant le territoire donné à Las Casas à trois cents milles le long de la côte de Cumana ; d'où il lui serait libre de s'étendre dans les parties intérieures du pays.
Cette décision trouva des censeurs. Presque tous ceux qui avaient été en Amérique la blamaient et soutenaient leur opinion avec tant de confiance et par des raisons si plausibles qu’on crut devoir s'arrêter et examiner de nouveau la question avec plus de soin. Charles lui-même, quoique accoutumé dans sa jeunesse à suivre los sentimens de ses ministres avec une déférence et une soumission qui n'annonçaient pas la vigueur et la fermeté d'esprit qu'il montra dans un âge plus mûr, commença à soupçonner que la chaleur que les Flamands mettaient dans toutes les affaires relatives à l'Amérique avait pour principe quelque motif dont il devait se défier; il déclara qu'il était déterminé à approfondir lui-même la question agitée depuis si long-temps sur le caractère des Américains et sur la manière la plus convenable de les traiter, Il se présenta bientôt une circonstance qui rendait cette discussion plus facile, Quevedo, évéque du Darien , qui avait accompagné Pedrarias sur le continent en 1513, venait de prendre terre à Barcelone où la cour faisait sa résidence. On sut bientôt que. ses sentimens. étaient diffé. rens de ceux de Las Casas, et Charles imagina assez naturellement qu'en écoutant et en comparant les raisons de deux personnages respectables qui, par un long séjour en Amérique,
avaïent eu le temps nécessaire pour observer les mœurs du peuple qu'il s'agissait de faire con : naître, il serait en.état de découvrir lequel des |
deux avait formé son opinion avecplus de justesse et de discernement.
On désigna pour cet examen un jour fixe et une audience solennelle. L'empereur parut aves une pompe extraordinaire et se plaça sur son trône, dans la grande salle de son palais. Ses
1 Gomara, Æist, gen., cap. zxxvn. Herrera, Der. 1h, lib. 1v, cap. ur, Oviedo, lib. xxx, cap. v.
RO ee
ÈS
courtisans l'environnaient. Don Diégo Colomb, | amiral des Indes, fut appelé. L'évêque du Darien fut interpellé de dire le premier son avis ; son discours ne fut pas long. Îl commença par déplorer les malheurs de l'Amérique et la destruction d'un si grand nombre de ses habitans, qu'il reconnut être en partie l'effet de l'excessive dureté et de l'imprudence des Espagnols; mais il déclara que tous les habitans du Nouveau-Monde qu'il avait observés , soit sur le vontinent, soit dans les îles, lui avaient paru une espèce d'hommes destinée à la servitude par l'infériorité de leur intelligence et de leurs talens naturels, et qu’il serait impossible de les instruire ni de leur faire faire aucun progrès vers la civilisation, si on ne les tenait pas sous l'autorité continuelle d'un maître. Las Casas s’étendit davantage et défendit son sentiment avec plus de chaleur : il s'éleva avec indignation contre l’idée qu'il y eût aucune race d'hommes née pour la servitude , et attaqua cette opinion comme irréligieuse et inhumaine. Îl assura que les Américains ne manquaient pas d'intelligence et qu'elle n'avait besoin que d’être cultivée; qu'ils étaient capables d'apprendre les principes de la religion et de se former à l'industrie et aux arts de la vie sociale; que leur douceur et leur timidité naturelles les rendant soumis et dociles, on pouvait les conduire et les former pourvu qu'on ne les traitât pas durement. Il protesta que, dans le plan qu'il avait proposé, ses vues étaient pures et désintéressées, et que quelqu'avantages qui dussent revenir de leur exécution à la couronne de Castille, il n'avait jamais demandé et ne demanderait jamais aucune récompense de ses travaux.
Charles, après avoir entendu les deux plaidoyers et consulté ses ministres, ne se crut pas encore assez bien instruit pour prendre une résolution générale relativement à la condition des Américains; mais comme il avait une entière confiance en la probité de Las Casas, et que l'évèque du Darien lui-même convenait que l’affaire était assez importante pour qu’on pôt essayer le plan proposé, il céda à Las Casas par des lettres-patentes la partie de la côte de Cumana, dont nous avons fait mention plus haut, avec tout pouvoir d'y établir une colonie d’après le plan qu'il avait proposé f.
1 Herrera, Decad. 11, lib. 1v, cap. 1n, 1V, v. Argen-
Las Casas pressa les préparatifs de son voyage avec son ardeur accoutumée; mais, soit par son inexpérience dans ce genre d'affaires, soit par l'opposition secrète de la noblesse espagnole, qui craignait que l'émigration de tant de personnes ne leur enlevât un grand nombre d'hommes industrieux et utiles, occupés de la culture de leurs terres, il ne put déterminer qu'environ deux cents cultivateurs ou artisans à l'accompagne à Cumana.
Rien cependant ne put amortir son zèle. Il mit à la voile avec cette petite troupe , à peine suffisante pour prendre possession du vaste territoire qu'on lui accordait, et avec laquelle il était impossible de réussir à en civiliser les habitans. Le premier endroit où il toucha fut l'ile de Porto-Rico. Là il eut connaissance d’un nouvel obstacle à l'exécution de son plan, plus difficile à surmonter qu'aucun de ceux qu'il avait rencontrés jusqu'alors. Lorsqu'il avait quitté l'Amérique en 1617, les Espagnols n'avaient presque aucun commerce avec le continent, si l'on excepte les pays voisins du golfe de Darien. Mais tous les genres de travaux s’affaiblissant de jour en jour à Hispaniola par la destruction rapide des naturels du pays, les Espagnols manquaient de bras pour continuer les entreprises déjà formées , et ce besoin les avait fait recourir à tous les expédiens qu'ils pouvaient imaginer pour y suppléer. On leur avait porté beaucoup de nègres, mais le prix en était monté
si haut que la plupart des colons ne pouvaient y,
atteindre. Pour se procurer des esclaves à meilleur marché, quelques-uns d'entre eux armèrent des vaisseaux, et se mirent à croiser le long des côtes du continent. Dans les lieux où ils étaient inférieurs en force, ils commercçaient avec les naturels, et leur donnaient des quincailleries d'Europe pour les plaques d’or qui servaient d'ornemens à ces peuples; mais partout où ils pouvaient surprendre les Indiens, ou l'emporter sur eux à force ouverte, ils les enlevaient et les vendaient à Hispaniola{. Cette piraterie étzit accompagnée des plus grandes atrocités. Le nom espagnol devint en horreur sur tout le continent. Dès qu’un vaisseau paraissait , les habitans fuyaient dans les bois ou couraient au risola, dnnales d'Arragon, pag. 74-97. Remesal, Hist,
gen., lib. 11, Cap. xIX, XX.
1 Herrera, Decad. HI, lib. 1, cap. ire
vage ( de leu Espag leur c leur :
sionna à s'ét:
meurt ‘de leu les col licence action:
religio ministi d'une seulem sur la projet, vaissea Ucamp le feu t habitar niola. | dre fai ayant r qu'il lu de son le théât Dans aux suit il sem ceux q colons concour paniola.
il avait ( les colo:
qu'il leu Ils rega devant € grandes s'évanou blir sa c plan for degré d’ avait fait contre le semblé à
de son voyage , Soit par son aires , soit par espagnole, qui | de personnes d'hommes inalture de leurs environ deux l'accompagner
ir son zèle. Il ‘vupe , à peine : du vaste terrec laquelle il iviliser les haoucha fut l'île nce d’un noulan, plus diffux qu'il avait | avait quitté nols n’avaient continent, si fe de Darien. s'affaiblissant la destruction les Espagnols uer les entre- | les avait fait l'ils pouvaient ur avait porté en était monté
1e pouvaient y,
sclaves à meileux armérent ser le long des où ils étaient aient avec les quincailleries qui servaient partout où ils où l'emporter ilevaient et les piraterie était
atrocités. Le ur tout le consait, les habiuraient au ri-
. Remesal, Hist,
Le
11517] LIVRE IIL. 513
vag;e en armes pour repousser ces cruels ennemis de leur tranquillité. Quelquefois ils forçaient les Espagnols à se retirer avec précipitation, ou ils leur coupaient la retraite, Dans la violence de leur ressentiment ils massacrèrent deux missionnaires dominicains que le zèle avait portés à s'établir dans la province de Cumanat. Ce ‘meurtre de personnes révérées pour la sainteté ‘de leur vie excita une telle indignation parmi les colons d'Hispaniola, qui, au milieu de la licence de leurs mœurs et de la cruauté de leurs actions ; étaient pleins d'un zèle ardent pour la religion et d’un respect superstitieux pour ses ministres, qu'ils résolurent de punir ce crime d'une manière qui pût servir d'exemple, nonseulement sur ceux qui l'avaient commis, mais sur la nation entière. Pour l'exécution de ce projet, ils donnèrent le commandement de cinq vaisseaux et de trois cents hommes à Diégo Ucampo, avec ordre de détruire par le fer et par le feu tout le pays de Cumana, et d'en faire les habitans esclaves pour être transportés à Hispaniola. Las Casas trouva à Porto-Rico cette escadre faisant voile vers le continent; el Ucampo ayant refusé de différer son voyage, il comprit qu’il lui serait impossible de tenter l'exécution de son plan de paix dans un pays qui allait être
le théâtre de la guerre et de la désolation.
Dans l'espérance d'apporter quelque remède
aux suites funestes de ce malheureux incident, il s'embarqua pour Saint-Domingue, laissant ceux qui l'avaient suivi cantonnés parmi les colons de Porto-Rico. Plusieurs circonstances concoururent à le faire recevoir fort mal à Hispaniola. En travaillant à soulager les Indiens, il avait censuré la conduite de ses compatriotes, les colons d'Hispaniola, avec tant de sévérité qu'il leur était devenu universellement odieux. Ils regardaient le succès de sa tentative comme devant entraîner leur ruine. Ils attendaient de grandes recrues de Cumana, et ces espérances s'évanouissaient si Las Casas parvenait à y établir sa colorie. Figueroa, en conséquence d’un plan formé en Espagne pour déterminer le degré d'intelligence et de docilité des Indiens, avait fait une expérience qui paraissait décisive contre le système de Las Casas. Il en avait rassemblé à Hispaniola un assez grand nombre, et
Oviedo, Hist., lib, XIX, Cap. Iu.
les avait établis dans deux villages, leur laissant une entière liberté et les abandonnant à leur propre conduite; mais ces Indiens , accoutumés à un genre de vie extrêmement différent , incapables de prendre en si peu de temps de nouvelles habitudes, et d'ailleurs découragés par leur malheur. particulier et par celui de leur patrie, se donnérent si peu de peine pour cultiver le terrain qu'on leur avait donné, parurent si dépourvus de soin et de prévoyance pour fournir à leurs propres besoins, et si éloignés de tout ordre et de tout travail régulier, que les Espagnols en conclurent qu'il était impossible de les former à mener une vie sociale, et qu'il fallait les regarder comme des enfans qui avaient besoin d'être continuellement sous la tutelle des Européens qui leur étaient supérieurs en sagesse et en sagacité 1,
Malgré la réunion de toutes ces circonstances. qui armaient si fortement contre ses mesures ceux même à qui il s'adressait pour les mettre à exécution, Las Casas, par son activité et sa persévérance, par quelques condescendances et beaucoup de meuaces, obtint à la fin un peti* corps de troupes pôur protéger sa colonie, au premier moment de son établissement. Mais à son retour à Porto-Rico, il trouva que les maladies lui avaient déjà enlevé beaucoup de ses gens; et les autres ayant trouvé quelque occupation dans l’île refusèrent de le suivre. Avec ce qui lui restait de monde il fit voile vers Cumana. Ocampo avait exécuté sa commission dans cette province avec tant de barbarie, il avait massacré ou envoyé en esclavage à Hispaniola un si grand nombre d'Indiens, que tout ce qui restait de ces malheureux s'était enfui dans les bois , et que l'établissement formé à Tolède, se trouvant dans un pays désert , touchait à sa destruction. Ce fut cependant en ce même endroit que Las Casas fut obligé de placer le chef-lieu de sa colonie. Abandonné et par les troupes qu’on lui avait données pour le protéger , et par le détachement d'Ocampo qui avait prévu les calamités auxquelles il devait s'attendre dans un poste si misérable, il prit les précautions qu'il jugea les meilleures pour la sûreté et la subsistance de ses colons ; mais comme elles étaient encore bien insuffisantes, il retourna à Hispaniola solliciter
1 Herrera, Decad. 11, lib. x, eap. v. ÿ
54 HISTOIRE D'AMÉRIQUE. sin
des secours plus puissans afin de sauver des hommes que leur confiance en lui avait engagés à courir de si grands dangers. Bientôt après son départ, les naturels du pays, ayant reconnu la faiblesse des Espagnols, s'assemblèrent secrètement , les attaquèrent avec la furie naturelle à des hommes réduits au désespoir par les bar baries qu'on avait exercées contre eux, en firent périr un grand nombre et forcèrent le reste à se retirer à l'ile de Cubagua. La petite colonie qui y était établie pour la pêche des perles, partagea la terreur panique dont les fugitifs étaient saisis, et abandonna l'ile, Enfin il ne resta pas un seul Espagnol dans aucune partie du continent ou des Îles adjacentes depuis le golfe de Paria jusqu'aux confins du Darien, Accablé par cette succession de désastres, et voyant cette fin malheureuse de tous ses grands projets, Las Casas n’osa plus se montrer; il s'enferma dans le couvent des dominicains à Saint-Domingue, et prit bientôt après l'habit de cet ordre !, Quoique la destruction de la colonie de Cumana ne soit arrivée que l'an 1521 , je n'ai pas voulu interrompre le récit des négociations de Las Casas depuis leur origine jusqu'à leur issue. Son système fut l'objet d'une longue et sériense discussion, et quoique ses tentatives en faveur des Américains opprimés n'aient pas été suivies du succès qu'il s'en promettait (sans doute avec trop de confiance), soit par son imprudence, soit par la haine active de ses ennemis, elles donnèrent lieu à divers règlemens qui furent de quelque utilité à ces malheureuses nations, Je reviens maintenant à l'histoire des découvertes espagnoles eu suivant l'ordre des temps 2.
Diégo Velasquès, qui avait conquis Cuba
eu 1511, conserVait encore le gouvernement de | | grande péninsule en avant du continent de l'A
cette île comme député de don Diégo Colomb,
quoiqu'il lui donnât rarement des marques de | subordination et qu'il cherchàt à se rendre en- |
tièrement indépendant 5. Sous sa sage administration, Cuba devint l'un des établissemens espagnols les plus florissans. L'idée avantageuse qu'on avait de cette colonie y attirait beaucoup
! Herrera, Decad. 1, lib, x, cap. v; Decad, x, lib, 1, cap. a, 1, v. Oviedo, Æist., lib. x1x, cap. v. Gomara, cap. #xxvur, Davila Padilla, lib. 1, cap. xcvar. Remesal, Hist. gen., lib. 11, Cap. XXI, XXI.
2 Herrera, Decad. H, lib. x, cap. v, pag. 329.
8 Herrera, Decad, 1, lib. 11, cap. xx.
de personnes qui espéraient y trouver des établissemens solides ou quelque moyen d'occuper leur activité, Comme Cuba était la plus oceidentale des îles occupées par les Espagnols, et que l'Océan, qui s'étend beaucoup plus loin à l'ouest, n'avait pas encore été visité, ces circonstances invitaient les habitans de cette Île à tenter de nouvelles découvertes. Toute expédition où le courage et l'activité pouvaient conduire promptement à la richesse était plus conforme au génie de ce siècle que cette lenteur, cette patience d'industrie nécessaires pour défricher un terrain ou pour fabriquer le sucre. Plusieurs officiers qui avaient servi sous Pedrarias dans le Darien formèrent une association pour tenter des découvertes. Îls persuadèrent à François Hernandès Cordova, riche colon de Cuba et homme d'un grand courage, de se joindre à eux et d’être leur commandant. Velasquès non-seulement approuva leur projet, mais leur donna des secours, Comme les aventuriers qui avaient servi au Darien manquaient de tout, lui et Cordova leur avancèrent de l'argent pour acheter trois petits vaisseaux, et leur fournirent tout ce qui leur était nécessaire pour le commerce et pour la guerre. Cent dix hommes s’embarquèrent et firent voile de San-Jago de Cuba, le 8 février 1517. Par le conseil de leur principal pilote, Antoine Alaminos, qui avait servi sous l'amiral Colomb, ils portèrent directement à l'ouest, se guidant d’après l'opinion de ce grand navigateur , qui avait constamment soutenu que la route à l’ouest conduirait aux plus importantes découvertes.
Le vingt-unième jour après leur départ de
| San-Jago il virent terre. C'était le cap Ca-
toche, qui forme la pointe orientale de cette
mérique qui a conservé le nom de Fucatan que lui donnent les habitans du pays. Comme ils approchaient du rivage ils virent venir à eux cinq
| canots pleins d’Indiens vêtus décemment de | coton, spectacle nouveau pour les Espagnols,
qui avaient trouvé jusque-là l'Amérique habitée
| par des sauvages nus. Cordova s’efforça de
gagner la bienveillance de ce peuple par de
| petits présens. Les Indiens, quoique étonnés à la | vue des objets extraordinaires qui se présen-
taient pour la première fois à leurs yeux, invi-
. térent les Espagnols à visiter leurs habitation:
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avec une apparence de cordialité, Les Espagnols débarquèrent et, en s'avançant dans le pays, remarquèérent avec un nouvel étonnement de grandes maisons bâties en pierre ; mais ils éprouvèrent bientôt que si les Indiens du Yucatan étaient plus civilisés que les autres Américains, ils étaient aussi plus artificieux et plus guerriers, Le cacique, en recevant Cordova avec beaucoup de témoignages d'amitié, avait posté en embuscade , derrière un petit bois, un corps considérable d'Indiens qui, sur un signal qu'il leur fit, coururent sur les Espagnols et les attaquèrent avec beaucoup de hardiesse et une espèce d'ordre militaire. A la première décharge de leurs flèches quinze Espagnols furent blessés, mais l'explosion soudaine des armes à feu frappa les Indiens d’une si grande terreur, et ils furent si étonnés du ravage que firent parmi eux les arquebuses et les autres armes de leurs nouveaux ennemis, qu’ils s'enfuirent avec précipitation. Cordova abandonna un pays où il avait été si mal reçu , emmenant avec lui deux prisonniers et emportant les ornemens d’un petit temple qu'il pilla dans sa retraite.
Il continua sa route à l'ouest sans perdre la côte de vue, et le seizième jour il arriva à Campêche. Là les Indiens le reçurent avec plus d’hospitalité. Les Espagnols s’étonnaient beaucoup de n'avoir trouvé aucune rivière sur une côte d’une si grande étendue, et qu'ils imaginaient appartenir à une Île (26). Comme l'eau commençait à leur manquer ils s’avancèrent encore et découvrirent à la fin l'embouchure d'une rivière à Potonchan, quelques lieues par-delà Cam-
pêche.
Cordova débarqua toutes ses troupes pour |
protéger ses matelots pendant qu'ils feraient de l'eau. Mais malgré toutes ses précautions les
quoique blessé en douze endroits, dirigea la retraite avec autant de présence d'esprit qu'il avait montré de courage dans l’action. Les Espagnols regagnèrent avec peine leurs vaisseaux. Après une tentative si malheureuse, il ne leur restait d'autre parti que de hâter leur retour à Cuba. Ils souffrirent dans le trajet tous les tourmens que la soif peut faire éprouver à des hommes
blessés et malades , renfermés dans de petits vaisseaux et exposés à la chaleur de la zone torride. Quelques-uns succombèrent à tant de maux dans la traversée, Cordova leur chef mourut peu de temps après avoir pris terre à Cuba !.
Toute malheureuse qu'avait été cette expédition, elle anima plutôt qu’elle n'abattit la passion des Espagnols pour les entreprises. On venait de découvrir à une petite distance de Cuba une contrée d’une grande étendue, qui paraissait fertile et habitée par des peuples bien plus civilisés qu'aucune autre nation alors connue en Amérique. Quoiqu'on eût eu peu de commerce avec eux, on en avait tiré quelques ornemens d'or de peu de valeur , mais artistement travaillés. Ces circonstances , exagérées par des hommes qui cherchaient à réchauffer le mérite de leurs exploits, étaient plus que suffisantes pour réveiller leurs espérances romanesques. Il s'offrit beaucoup de monde pour une nouvelle expédition, Vélasquès, désirant de se distinguer par un service important qui pôût lui mériter du roi l'indépendance à laquelle il aspirait dans son gouvernement de Cuba, ne se contenta pas d’exciter leur ardeur, il arma à ses dépens quatre vaisseaux pour le voyage. Deux cents hommes et quarante volontaires, parmi lesquels il s'en trouvait plusieurs qui avaient de la naissance et de la fortune, s'embarquèrent pour cette expédition. Elle était sous les ordres de Jean de Grijalva, jeune homme d'un mérite et d’un courage reconnus. Ses instructions étaient d’observer avec attention la nature des pays qu'il découvrirait, de faire des échanges pour de l'or, et si les circonstances lui paraissaient favorables, d'établir une colonie dans quelque position avan-
| tageuse. Il mit à la voile de San-Jago de Cuba,
le 8 avril 1518. Le pilote Alaminos suivit la Indiens les attaquèrent avec une telle furieeten |
si grand nombre, que quarante-sept Espagnols | furent tués sur la place et qu’un seul d'entre eux | se retira sans être blessé. Leur commandant, |
même la route que dans le voyage précédent ; mais la violence des courans ayant entraîné les vaisseaux vers le sud , la première terre qu'ils reconnurent fut l'île de Cozumel à l’est de Yucatan. Tous les habitans s'enfuirent dans les bois et dans les montagnes à l'approche des Espagnols, qui ne firent pas un grand séjour dans
: Herrera, Decad. 11, lib. n, cap. xvn, xvin. Aist verdadera de la conquista de ': Nueva Espana, par Bernal Diaz de Castillo, cap. xvn. Oviedo, lib, xvu, cap. mi, Gomara, cap. zu. P. Martyr, de /nsulis nuper incentis, pag. 829.
l'ile; ils arrivèrent sans aucun accident remarquable à Potonchan sur le côté opposé de la péninsule. Le désir de venger ceux de leurs compatriotes qui avaient été massacrés en cet endroit, fortifié par leurs principes de politique, les détermina à y descendre, dans la vue de châtier les Indiens de ce district avec une rigueur et un éclat qui pussent frapper de terreur tous les peuples du voisinage. Mais quoiqu’ils eussent débarqué toutes leurs troupes et mis à terre quelques pièces de campagne, les Indiens se défendirent avec tant de courage que les Espagnols eureaût beaucoup de peine à les repousser et se confirmèrent dans l'opinion où ils étaient déjà qu'ils trouveraient dans les habitans de ce pays des ennemis plus redoutables que tous ceux qu'ils avaient rencontrés dans les autres parties de l'Amérique. De Potonchan ils continuèrent leur route vers l’est, se tenant aussi près de la côte qu’il leur était possible, et mettant à l'ancre tous les soirs pour se garantir des accidens dangereux auxquels ils pouvaient être exposés dans une mer inconnue. Pendant le jour, leurs yeux continuellement attschés sur la terre, étaient frappés de surprise et d’admiration à la vue des * beautés du pays et & la nouveauté des objets qui se présentaient à eux. Ils voyaient dispersés sur la côte des villages où ils distinguaient des maisons de pierre, qui de loin leur paraissaient blanches et élevées. Dans la chaleur de leur admiration, ils croyaient voir des villes ornées de tours et de clochers; et un des soldats ayant remarqué que ce pays ressemblait par son aspect à l'Espagne, Grijalva lui donna avec un applauuissement universel le nom de Vouvelle-Espagne, nom qui désigne encore cette vaste et riche province de la domination espagnole en Amérique (27). Ils descendirent à une rivière appelée par les naturels Zabasco ; la nouvelle de l’avantage qu’ils avaient remporté à Potonchan étant parvenue en cet endroit , le cacique les reçut non-seulement d’une manière amicale, mais même leur fit des présens considérables qui confirmèrent les haut2s idées que les Espagnols avaient prises de la richesse et de la fertilité du pays. Ces idées s'étendirent et se fortifièrent encore par ce qui leur arriva dans le lieu où ils touchèrent ensuite : c'était à l’ouest de Tabasco, dans la province connue depuis sous le nom de Guazxaca. Xs y furent reçus avec des marques
de respect extraordinaires, comme des êtres audessus de l'humanité. Lorsqu'ils débarquèrent les naturels brûlaient devant eux un encens de gomme copale et leur présentaient en offrande tout ce que keurs pays avait de plus précieux. Ils s'empressèrent d'établir un commerce avec ces étrangers, et en six jours les Espagnols obtinrent des bijoux d’or d’un travail curieux, pour la valeur de quinze mille pezos, en échange de quelques bagatelles européennes de vil prix. Les deux prisonniers que Cordova avait emmenés de Yucatan avaient jusqu'alors servi d’interprètes; mais comme ils n’entendaient pas la langue de ce nouveau pays, les naturels firent entendre par signes qu'ils étaient sujets d’un grand monarque appelé Montézume, dont la domination s'étendait sur cette province ainsi que sur plusieurs autres. Grijalva quitta cet endroit, dont il dut être fort satisfait, et continua sa route vers l'ouest. Il débarqua surune petite île qu’il nomma l'{le des Sacrifices, parce que ce fut là que les Espagnols virent pour la première fois l'horrible spectacle de victimes humaines que la superstition barbare des naturels offrait à leurs dieux. Il toucha à une autre petite île, qu’il appella Saint-Jean de Ulua. Il dépècha de cette île Pedro de Alvarado, un de ses officiers, à Vélasquès avec un détail circonstancié des importantes découvertes qu'il avait faites, et avec les richesses qu'il avait obtenues en trafiquant avec les naturels. Après le départ d’Alvarado, il continua avec les vaisseaux qui lui restaient de suivre la côte jusqu’à la rivière de Panuco, et le pays lui parut partout riche , fertile et très peuplé. Plusieurs des officiers de Grijalva prétendirent que ce n'était pas assez d'avoir découvert ces belles régions, ni d’avoir rempli à leurs différens débarquemens la frivole cérémonie d’en prendre possession pour la couronne de Castille; que leur gloire serait imparfaite s’ils n’établissaient une colonie dans un lieu favorable, qui non-seulement assurerait à la nation espagnole un abord dans le pays, mais qui, avec les renforts qu'ils avaient la certitude de recevoir, pourrait servir par degrés à soumettre le pays même en entier à la domination de leur souverain. Mais il y avait plus de cinq mois que l’escadre était à la mer ; la plus grande partie des vivres était épuisée, et ce qui restait de provisions avait été tellement gâté par la chaleur du climat qu’il
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