LIVRE QUATRIÈME
Vingt-six ans s'étaient écoulés depuis que Colomb avait conduit les Européens dans le Nouveau-Monde, et pendant cet intervalle les Espagnols avaient été fort occupés à en parcourir différentes régions. Ils avaient visité toutes les îles dispersées en groupes à travers cette partie de l'Océan qui coule entre le continent septentrional et le méridional de l'Amérique. Ils avaient navigué le long de la côte orientale du continent depuis la rivière de la Plata jusqu’au fond du golfe du Mexique, et avaient reconnu
1 Herrera, Decad. 11, lib. 1, cap. 1, 1, 1x, x. Bern. Diaz, cap. vin, xvir. Oviedo, Æist., lib. xvat, cap, 1x, xx. Gomara, Cap. xLIx.
qu’elle. s’étendait sans interruption à travers cette vaste portion du globe. Ils avaient découvert la grande mer du Sud, qui ouvrit une nouvelle perspective de ce côté. Ils avaient acquis quelque connaissance des côtes de la Floride, ce qui les conduisit à observer et à suivre le continent dans une direction opposée; et quoiqu'’ils n’eussent pas poussé leurs découvertes plus loin vers le nord, d’autres nations avaient visité les parties que les Espagnols avaient négligées. Les Anglais, dans un voyage dont on rapportera ailleurs les motifs et le succès, avaient navigué le long de la côte d'Amérique, depuis la terre de Labrador jusqu'aux confins de la Floride; et les
Portugais, en cherchant un passage plus court aux Indes orientales, s'étaient jetés dans la mer du nord et avaient reconnu les mêmes régions !, Ainsi, à cette époque où je me suis proposé d'examiner l’état du Nouveau-Monde, on en connaissait presque entièrement l'étendue, depuis son extrémité septentrionale jusqu'au trentecinquième degré au sud de l'équateur ; mais les pays qui s'étendent de là jusqu. l'extrémité méridionale de l'Amérique, le grand empire du Pérou et les vastes domaines soumis au souverain du Mexique, n'étaient pas encore découverts.
En fixant nos regards sur le continent d’Amérique, la première circonstance qui nous frappe est son immense étendue. La découverte de Colomb ne s’est pas bornée à nous faire connaître une portion de terre qui, par le peu d'espace qu’elle occupe sur le globe, avait pu échapper aux recherches des siècles précédens. On lui doit la connaissance d’un nouvel hémisphère, plus vaste que l’Europe, l'Asie ou l'Afrique, les trois divisions connues de l’ancien continent, et dont l'étendue est presque égale au tiers du globe habitable.
L'Amérique est remarquable non-seulement par sa grandeur, mais encore par sa positiun. Elle se prolonge depuis le cercle polaire du nord jusqu’à une latitude très haute vers le sud, plus de quinze cents milles au-delà de l'extrémité la plus avancée de l’ancien continent vers le pôle antarctique. Une contrée d’une telle étendue comprend tous les climats propres à devenir l'habitation de l'homme et à fournir les différentes productions particulières aux régions tempérées ainsi qu'aux régions brôûlantes du globe.
Après l'étendue du Nouveau-Monde, rien n'est plus fait pour frapper les regards d’un observa-
teur que la grandeur des objets qu'il présente à | | point coupée par des bras de mer pénétrant : dans l’intérieur, et qui n’a qu'un petit nombre
la vue. La nature semble y avoir tracé ses opérations d’une main plus hardie, et avoir distingué les traits de ce pays par une magnificence particulière, Les montagnes d'Amérique sont beaucoup plus hautes que celles des autres divisions du globe : la plaine même de Quito, qui peut être regardée comme la base des Andes, est plus élevée au-dessus du niveau de la mer ue le sommet des Pyrénées. Cette chaine éton-
? Herrera, Decad, 1, lib, vr, cap. xvr.
nante des Andes, non moins remarquable par
son étendue que par sa hauteur, s'élève en dif- | férens endroits de plus d’un tiers de leur hau-
teur au-dessus au pic de Ténérife, la plus haute montagne de l’ancien hémisphère, C'est des Andes qu’on peut dire à la lettre qu’elles cachent leur tête dans les nues : on entend souvent les tempêtes éclater et le tonnerre rouler au-dessous de leurs sommets, qui, tout exposés qu'ils sont aux rayons du soleil dans le centre de la zone torride , sont couverts de neiges éternelles (28),
De ces hautes montagnes on voit descendre des rivières d’une largeur proportionnée et avec lesquelles les rivières de l’ancien continent ne peuvent être comparées ni pour la longueur de leur cours, ni pour la masse énorme d'eau qu'elles roulent vers l'Océan. Les fleuves du Maragnon, de l'Orénoque et de la Plata dans l'Amérique méridionale, ceux du Mississipi et de Saint-Laurent dans l'Amérique septentrionale, coulent dans des lits si spacieux que même longtemps avant d’éprouver l'influence de la marée, ils ressemblent plus à des bras de mer qu'à des
rivières d’eau douce (29).
Les lacs du Nouveau-Monde ne sont pas moins remarquables par leur grandeur que les montagnes et les rivières : il n'y a rien dans les autres parties du globe qui ressemble à cette chaine prodigieuse des lacs de l'Amérique septentrionale On pourrait les appeler proprement des mers méditerranées d’eau douce : ceux même qui ne sont que de la seconde et de la troisième classe pour la grandeur ont encore plus de circonférence que le plus grand lac de l’ancien continent,
La forme du Nouveau-Monde est extrèmement favorable aux communications du eommerce, Lorsqu'un continent comme l'Afrique est composé d’une masse vaste et solide, qui n’est
de grandes rivières placées très loin. l’une de l’autre, la plus grande partie d’un tel coniinent semble condamnée par la nature à n'être jamais civilisée et à rester privée de toute communication active avec le reste des hommes. Lorsque, comme l’Europe, un cuntinent est ouvert par de vastes branches de l'Océan, telles que la Méditerranée et la mer Baltique , ou lorsque, comme l'Asie, ses côtes sont ouvertes par des baies pro-
rquable par lève en difle leur haua plus haute . C'est des elles cachent souvent les "au-dessous s qu’ils. sont
de la zone rnelles (28).
t descendre nnée et avec ontinent ne longueur de orme d'eau aves du Mata dans l’Assissipi et de tentrionale, même longle la marée, er qu'à des
it pas moins les montaas les autres celte chaine septentriorement des ceux même la troisième plus de cir- ’ancien con-
st extrêmes du com- ’Afrique est è, qui n’est r pénétrant tit nombre in, l’une de el coniinent ’être jamais inunication . Lorsque, vert par de ue la Médiue, comme s baies pro-
fondes pénétrant fort avant dans les terres, telles que la mer Noire et les golfes d'Arabie, de Perse, de Bengale, de Siam et de Leotang ; lorsque les mers environnantes sont remplies d'fles grandes et fertiles, et que le continent même est arrosé d’un grand nombre de rivières navigables, on peut dire que de telles régions possèdent tout ce qui peut favoriser les progrès de leurs habitans dans la civilisation et dans le commerce. À tous ces égards l'Amérique peut entrer en comparaison avec les autres parties du globe. Le golfe de Mexique, qui coule entre la partie méridionale et la septentrionale de l’Amérique, peut être regardé comme une mer méditerranée propre à ouvrir un commerce maritime avec toutes les contrées dont elle est environnée, Les îles qui y sont répandues ne sont inférieures en nombre, en grandeur et en fertilité, qu’à celles de l’archipel Indien. En avançant le long de la partie septentrionale de l’hémisphère américain , la baie de Chesapeak présente un canal spacieux qui conduit le navigateur fort avant dans les parties intérieures de provinces non moins fertiles qu'étendues ; et si jamais le progrès de la culture et de la population
+ parvient à adoucir l'extrême rigueur du climmt
dans les districts plus septentrionaux de l'Amérique, la baie d'Hudson peut devenir aussi favorable aux communications de commerce dans cette partie du globe que la Baltique l'est en Europe. L'autre grande portion du Nouveau- Monde est envirunnée de tous côtés par la mer, à l'exception d’un isthme étroit qui sépare la mer Atlantique de la mer Pacifique; et quoiqu’elle ne soit ouverte ni par des baies profondes , ni par des bras de mer, les parties intérieures en sont accessibles par plusieurs grandes rivières qui reçoivent un si grand nombre de courans auxiliaires et coulent dans des directions si variées, que, sans aucun secours de l’art ni de l'industrie, il est aisé d'établir une navigation intérieure à travers toutes les provinces de ce continent, depuis la rivière de la Plata jusqu'au golfe de Paria. Cette bienfaisance de la nature n'est pas bornée à la division méridionale de l'Amérique. Le continent septentrional n’est pas moins abondant en rivières qui sont navigables presqu’à leur source ; et l'immense chaîne de ses lacs est un moyen de communication intérieure, plus étendu et plus commode qu'il n’y en a dans
aucune partie du globe. Les pays qui s'étendent depuis le golfe de Darien d'un côté jusqu’à celui de Californie de l’autre, et qui forment la chaîne qui unit ensemble les deux parties du continent américain, ont aussi leurs avantages particuliers. Les côtes en sont baignées d’un côté par la mer Atlantique, de l’autre par la mer Pacifique : les rivières qui y coulent, se jetant les unes vers la première de ces mers et les autres vers la seconde , assurent aux différentes provinces toutes les facilités de commerce qui peuvent résulier d'une communication avec les deux mers.
Mais ce qui distingue surtout l'Amérique des autres parties de la terre, c’est la température particulière du climat et les différentes lois qui y règlent la distribution de la chaleur et du froid. Ce n’est pas simplement en mesurant la distance d’une partie du globe à l'équateur qu’il est possible de déterminer avec précision le degré de chaleur qu’on y éprouve. Le climat d'un pays est affecté tout à la fois par l'élévation de la terre au-dessus du niveau de la mer, par l'étendue du continent, par la nature du sol, par là hauteur des montagnes voisines et par d’autres circonstances. Cependant l'influence ze ces causes respectives est par différentes raisons moins sensible dans la plus grande partie de l’ancien continent, où, la position d’un pays étant déterminée, on peut prononcer avec assez de certitude quelle doit y être la chaleur de son climat et la nature des productions.
Les maximes fondées sur la connaissance de notre hémisphère ne peuvent pas s'appliquer à l'autre, Dans celui-ci le froid prédomine, et la rigueur de la zone glacée s'étend sur la moitié de celle qui par sa position devait être tempérée. Des pays où la figue et le raisin devraient mdrir sont ensevelis sous la neige pendant une moitié de l’année, et des terres situées dans le même parallèle que les provinces les plus fertiles et les mieux cultivées , sont desséchées par des gelées perpétuelles qui y détruisent presque entièrement l’activité de la végétation (30). En avançant vers ces parties de l'Amérique piacées sous le même parallèle que des provinces d’Asie et d'Afrique qui jouissent constamment de cette chaleur féconde favorable à la vie et à la végétation, l'empire du froid continue à s'y faire sentir, et l'hiver y règne souvent avec une extrême rigueur, quoique pendant un court
espace de temps. Si nous traversons le continent d'Amérique vers la zone torride, nous trouverons encore que le froid qui domine dans le Nouveau-Monde s'étend aussi à cette région et y modère l'excès de la chaleur. Tandis que le nègre sur la côte d'Afrique est dévoré par l’ardeur continuelle et brûlante du climat, l’habitant du Pérou respire un air également doux et tempéré, ombragé pour ainsi dire sous un dais de nuages légers qui interceptent les rayons brûlans du soleil sans affaiblir son influence bienfaisantet, Le long de la côte orientale de l'Amérique, le climat , quoique plus approchant de celui de la zone torride dans les autres parties de la terre, est cependant beaucoup plus doux que dans les contrées d’Asie et d'Afrique situées dans la même latitude. Si du tropique méridional nous continuons notre marche jusqu’à l'extrémité du continent américain, nous
rencontrons beaucoup plus tôt que dans le nord |
des mers glacées et des pays horribles, stériles et presque inhabitables par la rigueur du froid?.
Différentes causes concourent à rendre le climat de l'Amérique si différent de celui de l’an-
cien continent. Quoiqu'on ne connaisse pas en- | core jusqu'où l'Amérique s'étend vers le nord, | nous savons qu’elle s'avance plus près vers le | pôle que l'Asie ou l'Europe. Il y a au nord de | l'Asie de vastes mers qui sont ouvertes pendant |
une partie de l’année, et lors même qu'elles sont couvertes de glace, le vent qui y souffle a une intensité de froid moindre que celui qui règne à terre dans les mèmes latitudes. Mais en Amérique la terre se prolonge du fleuve Saint- Laurent vers le pôle et s'étend considérablement à l’ouest. Une chaîne d'énormes montagnes couvertes de neige et de glace traverse toute cette triste région. Le vent, en passant sur une si grande étendue de terre élevée et glacée , s’imprègne tellement de froid, qu'il acquiert une activité perçante qui se conserve même dans sa route à travers des climats plus doux, et ne se corrige entièrement que lorsqu'il arrive au golfe du Mexique. Sur tout le continent de l'Amérique
: Voyage de Ulloa, t. 1, p. 453. Anson, Foyages, pag. 184.
? Anson, Voyages, pag. 174. Voy. de Quiros, dans V'Aist. gén. des voyages, t. XIV, p. 83. Richard, Aist. natur. de l'air.
septentrionale, un vent de nord-ouest et un froid excessif sont des termes synonymes. Mème dans l'été le plus brûlant, dès que le vent tourne de ce côté, son activité pénétrante se fait sentir par un passage aussi violent que subit du chaud au froid. C'est à cette cause puissante qu’il faut attribuer l'influence extraordinaire du froid et ses incursions violentes dans les provinces méridionales de cette partie du globe !.
D’autres causes moins remarquables servent à diminuer la puissance active de la chaleur dans les régions du continent de l'Amérique situées entre les tropiques. Dans toute cette partie du globe, le vent souffle invariablement dans une direction de l’est à l’ouest. Ce vent, en suivant sa route à travers l’ancien continent , arrive à des pays qui s'étendent le long de la côte orientale de l'Afrique , embrasé de toutes les particules ignées qu'il a entraînées des plaines échauffées de l'Asie et des sables brülans des déserts de l'Afrique. La côte d'Afrique est donc la région de la terre qui, étant exposée à toute l'ardeur de la zone torride, sans aucune circonstance qui la tempère, doit éprouver la plus violente chaleur. Mais ce même vent qui apporte cette augmentation de chaleur aux pays situés entre la rivière de Sénégal et la Cafrerie, traverse l'océan Atlantique avant que d'arriver aux côtes d'Amérique. Il se refroidit en passant sur ce vaste amas d’eau , et ne se fait plus sentir que comme une brise rafraichissante le long des côtes du Brésil (31) et de la Guiane; de sorte que ces pays, quoique comptés parmi les plus chauds de l'Amérique, ont un ciimat tempéré en comparaison de ceux qui sont dans les latitudes correspondantes en Afrique (32). En avançant dans son cours à travers l'Amérique, ce vent rencontre des plaines immenses couvertes de forêts impénétrables ou occupées par de grandes rivières, par des marais et des eaux stagnantes qui ne peuvent pas lui rendre une grande chaleur. Enfin il arrive aux Andes qui traversent tout le continent dans une direction du nord au sud. En passant sur ces hauteurs glacées, il acquiert un tel degré de froid , que la plus grande partie des pays qui se trouvent au-delà n’éprouvent pas la chaleur dont ils paraissent suscep-
? Charlevoix, Æist. de la Nouv. France, tom. Ill, pag. 165, Æist. gén. des voyages, tom. XV, pag. 215.
tibles pa ces de ] l'ouest j:
du clim:
par l'élé d'autres rain et qui y 50 sous la z tagneuse les brises On ne lement s:
qui se f de l’Amé Ou a sup pointe m tarctique le nom :
mêmes pi tensité ex dionales « quer celu les pays nent mét verse dan losophes casioner | le phénor mers glac a cherché quei on :
qu'il était entièreme nouvelle | rature de trouve da du pôle o Après :
tiques et qui naisse sa situatio le princip tention , « qu'on en f dépend di l'homme. |
1 Acosta, fon, Aist. n Osborn's, C
est et un nes. Même ent tourne fait sentir t du chaud qu'il faut u froid et nces méri-
les servent la chaleur érique sicette parment dans nt, en suiinent , arde la côte toutes les es plaines rülans des e est donc sée à toute acune cirver la plus ui apporte Jays situés rerie, trarriver aux assant sur sentir que ng des cô- » sorte que lus chauds ‘é en comtudes coriçant dans at rencon-
de forêts randes ristagnantes ‘ande chatraversent lu nord au 'ées , il aclus grande à n’éprount suscep-
>, tom. Ill, , pag. 216.
tibles par leur position !, Dans les autres provinces de l'Amérique, depuis la Terre-Ferme à l’ouest jusqu’à l'empire du Mexique , la chaleur du climat est tempérée en quelques endroits par l'élévation du sol au-dessus de la mer, en d'autres par l'humidité extraordinaire du terrain et dans tous par les énormes montagnes qui y sont répandues. Les îles de l'Amérique sous la zone lorride sont ou très petites ou montagneuses, et sont rafraîchiesalternativement par les brises de terre et de mer.
On ne peut pas expliquer d’une manière également satisfaisante les causes du froid excessif qui se fait sentir vers l'extrémité méridionale de l'Amérique et dans les mers qui sont au-delà. Ou à supposé long-temps qu'il y avait entre la pointe méridionale de l'Amérique et le pôle antarctique un vaste continent auquel on a donné le nom de Zerre australe inconnue. Les mêmes principes qui ont servi à expliquer l'intensité extrême du froid dans les régions méridionales de l'Amérique, ont été employés à expliquer celui qui se fait sentir au cap Horn et dans les pays voisins. L'immense étendue du continent méridional et les grandes rivières qu'il verse dans l'Océan ont été regardées par les philosophes comme des causes suffisantes pour oc-
casioner la sensation extraordinaire de froid et | le phénomène plus extraordinaire encore des |
mers glacées dans cette partie du globe. Mais on a cherché en vain le continent imaginaire auqueï on attribuait cette influence, et l’espace qu'il était censé oct”.ver s'étant trouvé une mer entièrement ouverte, il faut avoir recours à une nouvelle hypothèse pour expliquer une température de climat si différente de celle qu’on trouve dans les pays situés à une égale distance du pôle opposé (33).
Après avoir examiné ces qualités caractéristiques et permanentes du continent américain qui naissent des circonstances particulières de sa situation et de la disposition de ses parties , le principal objet qui doit fixer ensuite notre attention, c'est l'état où était ce continent lorsqu'on en fit la découverte, relativement à ce qui dépend de l'intelligence et des opérations de l'homme. Les effets de l'industrie et du travail
1 Acosta, Æist. novi orbis, lib. x, cap. 1. M. de Buffon, Æist. nat., ete. t. I, p. 512, etc. t. IX, p. 107, etc. Osborn’s, Collect. of voyages, t. 11, p. 868.
sont plus étendus et plus considérables que notre vanité même ne nous porte à le croire. En jetant les yeux sur la face du globe habité, on voit qu’une grande partie de la beauté et de la fertilité que nous attribuons à la main de li nature est l'ouvrage de l'homme. Ces efforts , lorsqu'ils se continuent pendant une suite de siècles, parviennent à perfectionner les qualités de la terre et à en changer même l'apparence, Comme une grande partie de l'ancien continent a été long-temps occupée par des nations fortavancées dans les arts, notre œil s’est accoutumé à voir la terre sous la forme qu'on lui a donnée en la rendant propre à être habitée par une race nombreuse d'hommes et à leur fournir des subsistances. “E
Mais dans le Nouveau-Monde l'espèce humaine n’était pas si avancée et la nature y présentait un aspect bien différent. Dans toutes les vastes régions qui le composent, il ne se trouvait que deux monarchies remarquables pour l'étendue du territoire et distinguées par quelque progrès dans la civilisation. Le reste du continent était peuplé de petites tribus indépendantes, privées d'arts et d'industrie, qui n'avaient ni les moyens de corriger les défauts ni le désir d'améliorer l'état de la portiou de la terre qu'ils habitaient. Des pays ainsi occupés étaient presque dans le même état que s'ils fussent restés sans habitans, D'immenses forêts couvraient une grande partie de cette terre inculte ; et comme la main de l’industrie n'avait pas encore forcé les rivières à couler dans le canal qui leur était le plus convenable et n’avait pas ouvert des écoulemens auxeaux stagnantes, plusieurs des plaines les plus fertiles étaient inondées par les débordemens ou converties en marais. Dans jes provinces méridiorales, où la chaleur du so/eil : l'humidité du climat et la fertilité du sol concourent à donner de l’activité à toutes les puissances de la végétation, les bois sont tellement embarrassés par l’exubérance même de la végétation, qu’il est presque impossible d'y pénétrer et que la surface du terrain y est cachée sous des couches épaisses d'arbrisseaux, d'herbes et de plantes sauvages. C'est dans cet état de nature brute et abandonnée à elle-même que restent encore plusieurs des grandes provinces de l'Amérique méridionale qui s'étendent du pied des Andes jusques à la mer. Les colonies euro-
péennes ont cultivé quelques cantons le long de la côte; mais les naturels, toujours grossiers et indolens, n’ont rien fait pour découvrir ni pour améliorer um pays qui possède tous les avantages de situation et de elimat que la nature peut donner. En avançant vers les provinces septentrionales de l'Amérique, la nature continue à présenter un aspect sauvage et aban-
donné ; et à proportion que la rigueur du climat
augmente, la terre devient plus horrible et plus déserte, Là, les forêts, quoique moins embarrassées par l'excès de la végétation, sont également
vastes ; d'immenses marais couvrent les plaines, |
et à peine aperçoit-on quelques tentatives de l'industrie humaine pour cultiver ou embellir la terre. Il n’est pas surprenant que les colonies envoyées d'Europe aient été étonnées à la première vue du Nouveau-Monde; il leur parut désert, triste et solitaire. Lorsqueles Anglais commencèrent à s'établir en Amérique, ils appelèrent les pays dont ils prirent possession /e désert. IUn’y avait que l'espérance flatteuse de découvrir des mines d’or qui pût engager les Espagnols à pénétrer dans les bois et les nraraïs d'Amérique, où ils observaient à chaque pas l’extrème différence de l'aspect que présente la nature inculte et sauvage d'avec celui qu’elle prend sous la main industrieuse de l’art (34).
Non-seulement les travaux de l’homme améliorent et embellissent la terre, mais ils la rendent encore plus salubre et plus favorable à la vie. Dans toute région négligée et destituée de culture , l’air est stagnant dans les bois ; des vapeurs corrompues s'élèvent des eaux ; la surface de la terre, surchargée de végétation , n'éprouve point l'influence purifiante du soleil ; la malignité des maladies natarefles au climat s'augmente, et il s’en engendre de nouvelles non moins funestes. Aussi, toutes les provinces del’Amériquefurent-elles trouvées extrêmement
malsaines lorsqu'on en fit la découverte. C'est |
ce que les Espagnols éprouvtrent dans toutes les expéditions qu’ils firent dans le Nouveau- Monde, soit pour tenter des conquêtes soit pour former des établissemens. Quoique la vigueur naturelle de leur constitution , leur tempérance habituelle, teur courage et leur constance les rendissent aussi propres qu'aucun autre peuple d'Europe à une vie active dans un climat brütant, ils éprouvérent les qualités funestes et nuisibles
: des régions incultes qu'ils traversant et où : ils tâchaient de planter des colonies. Il en périt un grand nombre de maladies violentes et in- | connues dont ils furent attaqués. Ceux qui échap- : pèrent à la fureur meurtrière de cette contagion ne purent se dérober aux pernicieux effets du climat. On les vit, suivant la description des anciens historiens espagnols, revenir en Europe faibles , maigres, avec des regards languissans . et un teint jaunâtre, signes non équivoques de | l'insalubrité de la température des pays où ils | avaient résidé 1, L'état inculte du Nouveau-Monde affectait | non-seulement la température de l'air, mais les | qualités même de ses productions. Le principe | de la vie semblait y avoir moins de force et | d'activité que dans l’ancien continent. Malgré la | vaste étendue de l'Amérique et la variété de ses | climats , les différentes espèces d'animaux qui lui sont propres y sont proportionnellement en beaucoup plus petit nombre que dans l’autre hémisphère. On ne trouva dans les iles que quatre espèces de quadrupèdes connus, dont le plus grand n’excédait pas la grosseur d’un lapin. Il y en avait une plus grande variété sur le continent. Les individus de chaque espèce ne pouvaient pas manquer de s’y multiplier extrémement, parce qu'ils étaient peu tourmentés par les hommes qui n'étaient encore ni assez nombreux ni assez unis en société pour s'être rendus redoutables aux animaux ; cependant le nombre des espèces distinctes ne peut être encore regardé que comme très petit. De deux cents éspèces différentes de quadrupèdes répandues sur la surface de la terre, on n’en trouva en Amérique qu'environ un tiers lorsqu'elle fut découverte 2. La nature était non - seulement moins féconde dans le Nouveau-Monde, mais | elle semble encore avoir été moins vigoureuse | dans ses productions. Les quadrupèdes qui appartiennent originairement à cette partie du globe, paraissent être d’une race inférieure ; ils ne sont ni aussi robustes ni aussi farouches que ceux de l’ancien continent. Il n’y en a aucun en Amérique qu'on puisse comparer à l'éléphant et au rhinocéros pour la grandeur, ni au lion
1 Gomara, Æist., cap. xx, xxu. Oviedo, Æist., lib. u, cap. x; lib. v, cap. x. P. Martyr, Epist. 545; Decad., pag. 176.
3 M. de Buffon, Aist. nat., tom. IX, pag. 86.
où au tigr tapir du des du No:
veau de 5 les plus fe auxquels | la dénomi:
le courag:
cité cruell timides , | s'enfuient sistance 2.
rique qui petits, pli leur influe été transp les loups, égaux eng plupart de ropéens Or établis , or pour la qu ture et le :
la force et Mais les minuer le animaux , croissemen cela ne soi et que ces de l’humi toutes les | tiplient pe Amérique grosseur p trée est en plée que li cipe de la dans les p L'air y est sectes, et] LM, de B:
Hist. nat, Z 2M. de D Acosta, Æisi Herrera, De 5 Churchil Church., t.
xx. Voyas; ‘M. de Bi vels,t.h,p pag. 339.
ersaient et où nies. Il en périt violentes et in- Ceux qui échapcette contagion cieux effets du ription des annir en Europe rds languissans équivoques de les pays où ils
onde affectait e l'air, mais les ns. Le principe ns de force et nent. Malgré la a variété de ses d'animaux qui onnellement en le dans l’autre ns les iles que connus, dont | grosseur d’un de variété sur le que espèce ne ultiplier extré- Jeu tourmentés ncore ni assez été pour s'être ; cependant le peut être encore De deux cents des répandues n'en trouva en lorsqu'elle fut on - Seulement -Monde, mais ins vigoureuse upèdes qui apette partie du : inférieure ; ils | farouches que y en a aucun rer à l'éléphant eur, ni au lion
edo, Æist., lib. u, ist. 545; Decad.,
; pag. 86.
ou au tigre pour la force et la férocité (35). Le
tapir du Brésil, le plus grand des quadrupè-
des du Nouveau-Monde, est de la grosseur d'un | veau de six mois. Les pumas et les jaguars , les plus farouches des animaux carnassiers , et auxquels les Européens ont donné mal à propos | la dénomination de lions et de tigres, n'ont ni le courage intrépide des premiers ni la voracité cruelle des derniers !, Ils sont indolens et timides , peu redoutables pour l’homme , et ils
s'enfuient souvent àla moindre apparence de ré-
sistance ?, Les mêmes qualités du climat d’Amérique qui rendent les animaux indigènes plus petits, plus faibles et plus timides, ont exercé leur influence pernicieuse sur ceux qui y ont été transportés par les Européens 3. Les ours , les loups, les daims d'Amérique ne sont pas égaux en grandeur à ceux de l’ancien monde, La plupart des animaux domestiques , dont les Européens ont pourvu les provinces où ils se sont établis , ont dégénéré, et pour la grosseur et pour la qualité , dans un pays dont la température et le sol semblent être moins favorables à la force et à la perfection du genre animal (36).
Mais les mêmes causes qui concouraient à diminuer le volume et la vigueur des plus grands animaux, favorisaient la propagation et l’accroissement des reptiles et des insectes. Quoique cela ne soit pas particulier au Nouveau-Monde, et que ces odieuses familles, nées de la chaleur, de l'humidité et de la corruption, infeetent toutes les parties de la zone torride, elle se multiplient peut-être encore plus rapidement en Amérique, et les individys y parviennent à une grosseur plus extraordinaire. Comme cette contrée est en général moins cultivée et moins peuplée que les autres parties de la terre, le principe de la vie y consume son activité et sa force dans les productions de cette classe inférieure. L'air y est souvent obscurci par des nuées d’insectes, et la terre couverte de reptiles désagréa-
1M, de Buffon, Æist. nat, t. EX, p. 87. Margravi Hist. nat, Brasil., pag. 229.
?M. de Buffon, Æist. nat., tom. IX, pag. 13-203, Acosta, Æist., lib. 1v, cap. xxxiv. Pisonis Æist. , p. 6. Herrera, Decad. IV, lib. 1v, cap. 1: lib. x, Cap. XIII.
5 Churchil, tom. V, pag. 691. Ovalle, Relat. of Chili, Church., t. (1, p.10. Sommario de Oviedo, cap. x1vxx. Voyage de Des Marchais, t. 1, p. 299.
M, de Buffon, Zist. nat. ,t. IX, p. 103. Kalm, Tra-
vels, t, 1, p. 102. Biette, Foy. de la France équin., pag. 339. |
bles et malfaisans. Les environs de Porto-Bello produisent une ei grande multitude de crapauds que la surface de la terre en est entièrement ca-
Chée, Les serpens et les vipères ne sont guëre
moins nombreux à Guayaquil. Carthagène est infectée de troupes nombreuses de chauves-souris, qui tourmentent non-seulement les trou-
| peaux, mais les hommes mêmes {. Dans les Îles
on voit de temps en tempsdes légions de fourmis consumer toutes les productions végétales (37), et laisser la terre aussi parfaitement dépouillée
| Que si elle avait été dévorée par le feu. Les fo-
rêts humides ét le sol marécageux des pays qui bordent l’Orénoque et le Maragnon, fourmil-
lent de presque tous les êtres malfaisans et ver-
mineux auxquels l'activité d'un soleil brülant peut donner la vie 2.
Les oiseaux du Nouveau-Monde ne sont pas distingués par des qualités aussi marquées et aussi caractéristiques que celles qui ont été observées dans les quadrupèdes. Les oiseaux sont plus indépendans de l’homme et moins affectés ps les changemens que son industrie et son travail opèrent dans l'état de la terre. Ils ont une grande propension à passer d’un pays à un autre, et ils peuvent aisément et sans danger satisfaire cet instinct de leur nature. Aussi le nombre des oiseaux communs aux deux continens est-il beaucoup plus grand que celui des quadrupèdes, et les espèces même particulières à l'Amérique ressemblent beaucoup à celles quel’ontrouve dans les régions correspondantes de l’ancien hémisphère. Les oiseaux américains de la zone torride, comme ceux du même climat, en Asie et en Afrique, sont parés d’un plumage qui éblouit l'œil par l'éclat et la beauté deses couleurs; mais
la nature , qui semble s'être contentée de leur
avoir donné cette agréable parure, a refusé à la plupart ce chant mélodieux et varié qui flatte et amuse l'oreille. Les oiseaux des climats tem-
| pérés dans le nouveau continent, de même que
dans le nôtre, ont un extérieur moins brillant, mais ils ont aussi en dédommagement une voix douce et mélodieuse.Dans quelques districts de
l'Amérique, la température malsaine de l'air
1 Voyage de Ulloa, t.1, p.89. Zdem, p.147. Herrera, Decad. 1, lib. 1x, cap. ur-xix.
3 Voyage de la Condamine, p. 167. Gumilla, t. Il, p. 120, etc. is. génér. des voyages, t. XIV, p. 317. Dumont, #ém. sur la Louisiane, t. 1, p. 108. Sommario de Oviedo, cap. n-Exn.
Sd RG RÉ AIS
semble avoir été nuisible même à cette partie de la nature animée; on y voit moins d'oiseaux que dans les autres contrées, et le voyageur est étonné de la solitude et du silence qui règnent dans les forêts !. IL est cependant remarquable que l'Amérique , où les quadrupèdes sont si poltrons, ait produit le condor à qui l’on ne peut refuser la prééminence sur toute la race ailée pour le volume, la force et le courage 2.
Dans un continent aussi étendu que l'Amérique, il doit nécessairement y avoir beaucoup de variété dans le sol, On trouve dans chaque province quelques particularités distinctives, mais dont la description doit être réservée à ceux qui en écrivent l'histoire détaillée. En général, nous observons que l'humidité et le froid qui dominent d’une manière si frappante dans toutes les parties de l'Amérique, doivent y avoir une grande influence sur la nature du sol. Des pays situés sous le même parallèle que des régions de l'ancien continent, où l'extrême rigueur de l'hiver ne se fait jamais sentir, sont entièrement gelés en Amérique pendant une grande partie de l'année, La terre, resserrée par ce froid excessif, n'y acquiert jamais une chaleur suffisante pour màrir les fruits qui se trouvent dans les parties correspondantes de l'autre hémisphère. Si l'on voulait faire crottre en Amérique les productions qui abondent dans quelques cantons particuliers du globe, on ne pourrait y réussir que dans les parties de ce continent qui se trouvent de plusieurs degrés plus près de la ligne que le sol naturel de ces productions, parce qu'on aurait besoin d’une augmentation de chaleur pour contre-balancer la froideur naturelle de la terre et du climat (38. Plusieurs des plantes et des fruits particuliers aux pays situés sous les tropiques ont été cultivés avec succès au cap de Bonne-Espérance, tandis qu’à Saint-Augustin dans la Floride, à Charles-Town dans la Caroline méridionale, qui sont beaucoup plus près de la ligne que le cap, les mêmes productions n'ont pu réussir également ( 39 ) Mais,
‘ Bouguer , Voyage au Pérou, pag. 17. Chanvalon, Voyage à la Martinique, p. 96. Warren, Descript. de Surinam. Osborn'’s, Collect., t. 11, p. 924. Lettres édifiantes, t. XXIV, p. 839. Charlevoix, ist. de la Nouvelle-France ,t WA, p. 155.
* Voyage de Ulloa, t.1,p. 363. Voyage de la Condamine, p.175.M. de Buffon, Aist. nat., t. XVI, p.184. Voyage de Des Marchais, t. M, p. 320.
en tenant compte de cette différence de tempé. rature, le sol de l'Amérique est naturellement aussi riche et aussi fertile qu'aucune autre portion du globe. Comme le pays n'avait qu'un petit nombre d'habitans peu industrieux et privés du secours des animaux domestiques dont les nations civilisées élèvent de si grandes multi.
tudes, la terre n'était pas épuisée par leur con- :
sommation. Les végétaux produits par sa fertilité restaient souvent entiers, et en se pourrissant sur sa surface rentraient dans son sein en y portant un surcroît de matière végétale !, Comme les arbres et les plantes tirent de l'air et de !'o1o une grande partie de leur nourriture, s’ils n'étaient pas détruits par l'homme et par les autres animaux, ils rendraient à la terre plus qu'ils n'en reçoivent et l'enrichiraient plutôt que de l'appauvrir ; ainsi les terres inhabitées de l'Amérique pouvaient continuer de s’engraisser pendant plusieurs siècles. Le nombre prodigieux et l'énorme grosseur des arbres de ce continent atvestent la vigueur extraordinaire du sol dans son état naturel. Lorsque les Européens commencérent à cultiver le Nouveau-Monde, ils furent #onnés de l'exubérance et de l’activité de la végétation dans son moule primitif, et en plusieurs endroits, l'industrie du planteur s'exerce encore à diminuer et à épuiser une fécondité superflue, afin de réduire la terre à un état pro: pre à une culture utile (40).
Après avoir ainsi observé l’état du Nouveau- Monde à l'époque de sa découverte, et considéré les traits particuliers qui le distinguent et le caractérisent, l'objet qui mérite de fixer notre attention, c’est de rechercher comment l’Amérique a été peuplée, par quelle route les hommes ont passé d’un continent à l’autre, et dans quelle partie du globe il est le plus probable que s'est établie une communication entre les deux hémisphères,
Nous savons avec une certitude infaillible que toute la race humaine est sortie de la même source, et que les descendans d'un seul homme, sous la protection divine et obéissant aux ordres du ciel, se sont multipliés et ont peuplé la terre.
M. de Buffon, Æist. nat.,t. 1, p. 242. Kalm, t.1, pag. 151.
? Charlevoix, Æist. de la Nouvelle-France, tom. |. p. 405. Voyage de Des Marchaïs, 1, 111, p. 229, Lery, ap. Debry, t. I, p 174.
Mais nil ples ner où ils ont où ils son ni suivre ni indique parations dues sur | même les authentiq remonte & donc pas l'Amériqu ni curiosit sance de le les Esquir parties de cien contil lument in moyens di ou les an devons le ce objet, :
à l'esprit :
Lorsqu.
inattendu grande d alors de l’ dont l'ext blement d sité et l'a turelleme:
ces peupl des théor nées sur ( des idées croirais f:
lecteurs 5 tail ou d présompt l’'Amériqu mun de t( une race :
ticuliers corps et d esprit. D de quelqu terre écha
1 Venega
ence de tempé.
naturellement cune autre poravait qu'un petrieux et privés tiques dont les grandes multi-
ée par leur con. ‘
s par sa fertilité
se pourrissant n sein en y porétale !, Comme l'air et de lon ture, s'ils n'ét par les autres plus qu’ils n'en ôt que de l'aps de l'Amérique aisser pendant odigieux et l'ée continent ate du sol dans uropéens com- Monde, ils fude l’activité de aitif, et en pluanteur s'exerce une fécondité > à un état pro:
t du Nouveauerte, et considistinguent et de fixer notre mment l’Améte les hommes et dans quelle bable que s'est les deux hé-
infaillible que * de la même n seul homme, int aux ordres euplé la terre.
242, Kalm, t. 1,
France, tom. |, 11, p. 229, Lery,
Mais ni les annales ni les traditions des peuples ne remontent jusqu’à ces temps éloignés | où ils ont pris possession des diverses contrées où ils sont à présent établis. Nous ne pouvons ai suivre les branches de ces premières familles, ni indiquer avec certitude l'époque de leurs séparations et la manière dont elles sesont répandues sur la surface du globe. Chez les nations même les plus éclairées, le période de l’histoire authentique est extrêmement court, et tout ce qui remonte au-delà est fabuleux ou obscur. Il n'est donc pas étonnant que les naturels ignorans de l'Amérique, qui n'ont ni inquiétude sur l'avenir ni curiosité sur le passé, n'aient aucune connaissance de leur propre origine. LesCaliforniens et les Esquimaux en particulier , qui occupent les parties de l'Amérique les plus voisines de l’ancien continent , sont si grossiers qu’il serait absolument inutile de chercher parmi eux quelques moyens de découvrir le lieu d'où ils sont venus, ou les ancêtres dont ils sont descendus {, Nous devons le peu de lumière que nous avons sur ce objet, non aux naturels de l'Amérique, mais à l'esprit de recherche de leurs conquérans. Lorsque les Européens firent la découverte inattendue d'un monde nouveau, placé à une grande distance de toutes les parties connues alors de l’ancien continent, et rempli d'habitans dont l'extérieur et les mœurs différaient sensiblement du reste de l'espèce humaine, la curiosité et l'attention des hommes instruits dut naturellement les porter à rechercher l'origine de
ces peuples. On remplirait plusieurs volumes | des théories et des spéculations qu'on a imagi- |
nées sur ce sujet; mais ce sont pour la plupart des idées si bizarres et si chimériques, que je croirais faire un affront à l'intelligence de mes lecteurs si j'entreprenais de les exposer en détail ou de les réfuter. Quelques-uns ont eu la présomption d'imaginer que les habitans de l'Amérique ne descendaient pas du père commun de tous les hommes, mais qu'ils formaient une race séparée, distinguée par des traits particuliers et dans la forme extérieure de leur corps et dans les qualités caractéristiques de leur esprit. D'autres prétendent qu'ils sont descendus
de quelques restes des anciens habitans de la !
terre échappés au déluge, qui, du temps de Noé, univers. hist. , vol. XX, pag. 164. P. Feyjoo, Teatrc
! critico , tom. V, pag. 304, etc. Acosta, Aist. mor. novi
* Venegas, ist. de la Californie, tom. 1, pag. 60.
a détruit la plus grande partie de l'espèce humaine, et ils regardent, contre toute raison, des tribus grossières et sauvages, dispersées sur un continent inculte, comme la race d'hommes la plus ancienne qu'il y ait sur la terre. Il n'y a guère de nation depuis le pôle du nord jusqu’à celui du sud , à laquelle quelque antiquaire livré à la folie des conjectures n'ait attribué l'honneur d'avoir peuplé l'Amérique. On a supposé tour à tour que les Juifs, les Cananéens, les Phéniciens, les Carthaginois, les Grecs, les Scythes avaient , dans les temps anciens , formé des établissemens sur cet hémisphère occidental. On a dit que, dans des temps postérieurs , les Chinois, les Suédois, les Norwégiens, les Gallois, les Espagnols y avaient formé des colonies en différentes circonstances et à des époques diverses. Les prétentions respectives de ces peuples ont trouvé de zélés partisans, et quoique les raisons les plus plausibles dont ils appuyassent leurs hypothèses ne fussent que des rapports accidentels de quelques coutumes ou une ressemblance équivoque de quelques mots dans les langues respectives, on a employé de part et d'autre beaucoup d'’érudition et encore plus de chaleur à défendre sans beaucoup d'utilité les hypothèses contraires. Ces objets de conjecture et de controverse n'appartiennent pas à l'historien : renfermé dans des limites plus étroites, il se borne à recueillir ce qui paraît fondé sur des témoignages certains ou très probables. Je ne crois pas franchir ces limites en présentant ici quelques observations qui peuvent contribuer à répandre de la lumière sur ces questions curieuses et si souvent agitées.
1911 y a des auteurs qui ont tâché d'expliquer par de pures conjectures la population de l’Amérique. Quelques-uns ont supposé qu'elle avait été originairement unie à l’ancien continent et qu’elle en avait été séparée par un tremblement de terre ou l’irruption d’un déluge, D’autres ont imaginé qu’un vaisseau, détourné de sa route par la violence d’un vent d'ouest, avait pu être poussé par accident sur la côte d'Amérique et avoir commencé à peupler ce continent désert f. Il serait inutile d'examiner et de discuter ces
1 Parson’s Remains of Faphet, pag. 240. Ancient
orbis , lib. 1, cap. XvVI-xIX.
hypothèses, parce qu'il est impossible d'en tirer aucun résultat certain. Les événemens qu’on y suppose sont simplement possibles; mais nous p’avons aucune preuve qu'ils soient arrdés, ni par le témoignage positif de l'histoire, ni par les suppositions vagues de la tradition.
2 Rien ne peut être plus frivole ou plus incertain que de chercher à découvrir l'origine des Américains, en observant simplement les ressemblances qui peuvent se trouver entre leurs mœurs et celles de quelque nation particulière de l'ancien continent. Si l'on suppose deux peuples placés aux deux extrémités de la terre, mais dans un état de société également avancée pour la civilisation et l'industrie, ils éprouveront les mêmes besoins , et feront les mêmes efforts pour les satisfaire : attirés par les mêmes objets, animés des mêmes passions, les mêmes idées et les mêmes sentimens s'élèveront dans leur âme. Le caractère et les occupations du chasseur d'Amérique seront peu différens
de ceux d'un Asiatique qui tire également sa |
subsistance de la chasse. Une tribu de sauvages sur les bords du Danube ressemblera beaucoup À ceux qui vivent dans les plaines qu'arrose le Mississipi. Au lieu donc de présumer , d’après de pareils rapports, qu'il y ait quelque affinité
entre ces peuples divers, nous devons seulement en conclure que les dispositions et les mœurs des hommes sont formées par leur situation et naissent de l'état de sociabilité où ils se trouvent. Du moment où ces circonstances commencent à s'altérer, le caractère d’un peuple doit changer, et à proportion qu'il fait des pro- |
grès dans la civilisation, ses mœurs se raffinent, ses facultés et ses talens se développent. Les progrès de l’homme ont été à peu près les mêmes dans toutes les parties du globe, et nous pouvons le suivre dans sa marche de la simplicité grossière d’une vie sauvage jusqu’à ce qu’il arrive à l'industrie, aux arts et à l'élégance des sociétés policées. F1 n’y a donc rien de mervcilleux dans les ressemblances qu'on a observées entre les Américains et les nations barbares de notre continent. Si Lafiteau, Garcia, et plusieurs autres auteurs, avaient fait ces réflexions, ils n'auraient pas embrouillé le sujet qu'ils voulaient éclaircir, par leurs vains efforts pour établir une affinité entre différentes nations de l'ancien et du nouveau continent , sans en avoir
d'autre preuve que cette ressemblance dans les mœurs, qui est le produit nécessaire d'un état semblable de sociabilité. Il est vrai qu'il y a, chez tous les peuples, certaines coutumes qui, n'ayant leur source dans aucun besoin naturel, ni dans aueun désir partieulier à leur situation, peuvent être regardées comme des usages d'une institution arbitraire, Si l'on découvrait entre deux peuples établis dans des régions fort éloignées l'une de l’autre une parfaite conformité dans quelques-uns de ces usages, il serait naturel de sour;onner que ces deux peuples ont été liés par quelque affinité. Si l’on trouvait en Amérique une mation qui consacrât tous les sepiièmes jours à un repos religieux ; si, chez une autre, la première apparition de la nouvelle lune était célébrée avec appareil, on pourrait supposer avec raison que la première a reçu des Juifs cet usage d'institution arbitraire; mais la fête observée par la seconde ne devrait être regardée que comme une expression de joie naturelle à l'homme en voyant reparaître la planète qui le guide et l’éclaire pendant la nuit.
| Les exemples de coutumes purement arbitraires | et communes aux habitans des deux hémisphères, | sont, à la vérité, si équivoques et en si petit nom-
bre qu'on ne peut en déduire aucune théorie sur la manière dont le Nouveau-Monde a été peuplé.
3° Les hypothèses que l’on a faites sur l'origine des Américains, d’après l'observation de leurs rites et de leurs pratiques religieuses, ne
| sont pas moins imaginaires et destituées de
fondemens solides. Lorsque les opinions reli-
| gieuses d'un peuple ne sont ni le résultat d’une
combinaison raisonnée ni l'effet de la révélation,
| elles ne peuvent être que bizarres et extrava- | gantes; mais les nations barbares sont incapa- ! bles de suivre la première méthode, et n’ont pas | été favorisées des avantages de la révélatior
| Cependant l'esprit humain a des procédés si
réguliers , lors même que ses opérations sem-
| blent n’annoncer que de la bizarrerie et du ca-
price, que, dans tous les âges et dans tous les pays, la prédominance de certaines passions sera constamment suivie des mêmes effets. Le sauvage, soit d'Europe, soit d'Amérique, qu'agite la crainte superstitieuse des êtres invisibles ou le désir inquiet de pénétrer dans l'avenir, éprouve également les mouvemens de la terreur
vu de l'i et à des:
tourner | pour de:
Ainsi , le nent sem copie de phère; semblable tent que sanguina sans avoi entre ces que leur:
transmise on peut plusieurs nante, à et de l'en humain.
4° Nou certain d:
n'a été pe continent dans la ci Monde ét avancé qi premiers tions mêr n'avaient ventions s la société qu'on retr la vie civil qui origin taient de barbares « ils ont été les arts de ou périr p tions et le exposées ; peuvent pl une fois vicissitude en subsist( des homm connu aux ancêtres ; :
rue, une I
Nance dans les aire d’un état iqu'il y a, chez es qui, n'ayant turel, ni dans tuation, peuusages d'une couvrait entre sions fort éloiite conformité , il serait nax peuples ont on trouvait en acrât tous les ieux ; si, chez on de la nourreil, on pourremière a reçu rbitraire; mais 1e devrait être ession de joie reparaître la endant la nuit.
ent arbitraires xhémisphères, n si petit nomaucune théorie Monde a été
aites sur l’oriobservation de religieuses, ne destituées de opinions relirésultat d’une e la révélation, res et extrava- »s sont incapale, et n’ont pas la révélatior es procédés si érations semrerie et du cat dans tous les S passions sera effets. Le sauique, qu’agite s invisibles ou dans l'avenir, 1 de la terreur
vu de l’impatience; il a recours à des prodiges et à des moyens de même espèce, soit pour détourner le malheur dont il se croit menacé, soit pour deviner le secret qui excite sa curiosité. Ainsi, le rituel de la superstition sur un continent semble, à plusieurs égards, n'être que la copie de celui qu'on trouve dans l’autre hémisphère ; l’un et l'autre autorisent des institutions semblables, quelquefois si frivoles qu'elles n'excitent que la pitié, quelquefois si barbares et si sanguinaires qu'elles inspirent l'horreur, Mais, sans avoir besoin de supposer aucune affinité entre ces nations éloignées, et sans imaginer que leurs cérémonies religieuses eussent été transmises par la tradition de l’une à l’autre, on peut attribuer cette uniformité, qui, en plusieurs exemples, semble en effet très étonnante, à l'influence naturelle de la superstition et de l'enthousiasme sur la faiblesse de l'esprit humain.
4° Nous pouvons établir comme un principe certain dans cette discussion, que l'Amérique n'a été peuplée par aucune nation de l'ancien continent qui eût fait des progrès considérables dans la civilisation. Les habitans du Nouveau- Monde étaient dans un état de société si peu avancé qu'ils ignoraient les arts qui sont les premiers essais de l'industrie humaine. Les nations même les plus cultivées de l'Amérique
n'avaient aucune connaissance de plusieurs in- |
ventions simples, presqué aussi anciennes que la société dans les autres parties du monde, et qu'on retrouve dans les premières époques de la vie civile, Il est manifeste par-là que les tribus, qui originairement ont passé en Amérique, sortaient de nations qui doivent avoir été aussi barbares que leurs descendans l’étaient quand ils ont été découverts par les Européens; car les arts de goût et de luxe peuvent bien décliner ou périr par les secousses violentes, les révolutions et les désastres auxquels les nations sont exposées; mais les arts nécessaires à la vie ne peuvent plus se perdre chez un peuple qui les a une fois connus; ils ne sont sujets à aucune des vicissitudes des choses humaines , et la pratique en subsiste aussi long-temps que la race même des hommes. Si l'usage du fer avait jamais été connu aux sauvages de l'Amérique ou à leurs ancêtres ; s'ils avaient jamais employé une charrue, une navette où une forge, l'utilité de ces
inventions les aurait conservées , et il est impossible qu'elles eussent pu être oubliées ou abandonnées, Nous pouvons donc en conclure que les Américains sont descendus de quelque peuple qui se trouvait dans un état de société trop peu avancé pour connaître les arts nécessaires, puisque ces mêmes arts étaient inconnus à leurs descendans.
5° Il ne paraît pas moins évident que l'Amérique n’a été peuplée par aucune colonie des nations plus méridionales de l'ancien continent, On ne peut pas supposer qu'aucune des tribus sauvages, établies dans cette partie de notre hémiephère, ait été chercher un pays si éloigné. Elles n'avaient ni l'audace, ni l'industrie, ni la force qui pouvaient leur inspirer le désir, et leur fournir les moyens d'exécuter un si long voyage. Les Américains ne peuvent pas non plus être descendus des nations plus civilisées Asie et d'Afrique; et cela est prouvé non-seulement par les observations que j'ai déjà faites sur l'ignoe rance où ils étaient des arts les plus simples et les plus nécessaires, mais encore par une circonstance qui mérite d’être remarquée. Lorsqu'un peuple a éprouvé une fois les avantages que procurent aux hommes en société les animaux domestiques, il ne peut plus ni subsister sans la nourriture qu'il en tire, ni continuer ses travaux sans leur secours. Aussi le premier soin des Espagnols, lorsqu'ils s'établirent en Amé-
| rique, fut d'y porter tous les animaux domes- | tiques d'Europe; et si, avant eux, les Tyriens, les
Carthaginois, les Chinois, ou quelque autre peuple policf, avaient pris possession de ce continent , nous y aurions trouvé les animaux particuliers aux régions d’où ils auraient été apportés. Mais, dans toute l'Amérique, il n'y a pas un seul
| quadrupède, apprivoisé ou sauvage, qui appar-
tienne proprement aux pays chauds, ou même aux climats plus tempérés de l’ancien continent, Le chameau, le dromadaire, le cheval, le bœuf, étaient aussi inconnus en Amérique que le lion et l'éléphant. Il est évident par-là que le peuple qui s'établit le premier dans le monde occidental ne venait pas des pays où ces animaux abondent; car des hommes accoutumés à en faire usage auraient naturellement regardé leur secours non-seulement comme utile, mais encore comme nécessaire pour l'amélioration et mème pour la conservation de la société civile.
6° En considérant les animaux dont l'Amérique est pourvue, on peut conclure que le point de contact le plus voisin de l'ancien et du nouveau continent se trouve vers l'extrémité septentrionale de l’un et de l’autre, et que c’est par là que la communication s'est ouverte et qu'il s'est établi une correspondance entre ces deux parties du globe. Les vastes contrées d'Amérique, qui sont situées sous les tropiques ou qui en approchent, sont remplies d'animaux indigènes de différentes espèces, entièrement différentes de celles qui se trouvent dans les parties correspondantes de l’ancien continent. Mais les provinces septentrionales du Nouveau-Monde sont peuplées d'animaux sauvages, communs aux parties de notre hémisphère situées sous les mêmes latitudes. L'ours, le loup , le renard, le lièvre, le daim, le chevreuil, l'élan et plusieurs autres espèces, abondent dansles forêts de l'Amérique septentrionale, ainsi que dans celles du nord de l'Europe et de l'Asie !. Il paraît donc évident que les deux continens s'approchent l'un de l'autre par ce côté, et sont unis ou si voisins, que ces animaux ont pu passer de l’un à l'autre.
7° Le voisinage actuel des deux continens est clairement prouvé par des découvertes modernes qui ont détruit la principale difficulté sur la manière dont s'est peuplée l'Amérique. Tant que les vastes régions qui s'étendent vers l’est , depuis la rivière d'Oby jusqu'à la mer de Kamstchatka , ont été inconnues ou imparfaitement décrites, l'extrémité nord-est denotre hémisphère était supposée à une si grande distance du Nouveau-Monde qu'il n'était pas aisé de concevoir comment il aurait pu s'établir une communication entre les deux continens. Mais les Russes, ayant soumis à leur domination la partie occidentale de la Sibérie, acquirent par degrés la connaissance de cette vaste contrée, en pénétrant vers l'est dans des provinces jusqu'alors inconnues. Elles furent découvertes par des chasseurs qui suivaient le gibier, ou par des soidats employés à lever les impôts; mais la cour de Moscou n'évaluait l'importance de ces nouvelles provinces que par la petite addition de revenu qui en résultait. Enfin Pierre-le-Grand monta sur le trône de Russie. Son génie vaste
1 M. de Buffon, Æist. nat., tom. IX, pag. 97, etc.
et éclairé, occupé à saisir toutes les circons. tances qui pouvaient agrandir son empire ou il. lustrer son règne, aperçut dans ces découvertes des conséquences qui avaient échappé aux regards de ses ignorans prédécesseurs. Il sentit que les régions d'Asie, en s'étendant vers l’est, s'approchaient dans la même proportion vers l'Amérique; qu'on trouverait probablement par là cette communication entre les deux continens qu'on cherchait depuis si long-temps en vain, et qu'en ouvrant lui-même cette communication il pourrait faire couler dans ses domaines, par un nouveau canal, une partie du commerce et des richesses du monde occidental, Un tel projet était digne d’un génie qui aimait les grandes entreprises. Pierre rédigea de sa propre main des instructions pour suivre ce plan, et donna des ordres pour le mettre en exécution {.
Ses successeurs ont adopté ses idées et suivi son projet; mais les officiers que la cour de Russie a employés à cette expédition ont trouvé tant de difficultés à vaincre, que leurs projets ont été extrêmement lents. Quelques traditions obscures, conservées chez les peuples de Sibérie, sur un voyage qui se fit heureusement en 1648 autour du promontoire nord-est de l'Asie, encouragèrent les Russes à suivre la même route, Dans cette vue, on équipa en différens temps des vaisseaux sur les rivières de Léna et de Kolyma; mais dans un océan glacé, que la nature ne semble pas avoir destiné à la navigation, ces vaisseaux éprouvèrent des désastres multipliés, et ne purent remplir l'objet qu’on s'était proposé. Aucun vaisseau armé par la cour de Russie n’a jamais doublé ce cap formidable (41); tout ce qu'on connaît de ces extrémités de l'Asie est dû aux découvertes qui ont été faites dans des excursions par terre. On trouve dans toutes ces provinces une opinion établie, qu'il y a des contrées vastes et fertiles à une distance peu considérable de leurs côtes ; les Russes imaginèrent que ces contrées faisaient partie de l'Amérique, et plusieurs circonstances concouraient non-seulement à les confirmer dans cette opinion, mais encore à leur persuader qu'une portion de ce continent ne pouvait pas être très éloignée. Des arbres de différentes espèces, in-
1 Muller, Foyages et découvertes des Russes , t. |, p. 4, 5, 141.
connu chassé vent y tantes tous servé | merce à l'est Apr avoir qu'ils du no connu rait d tion n diffici On dc Ochot vaient couve ue pr tion € bois « les co pareil les pi porté rie, s par d du 50 mont bout reillè des c recon l'on leur | les d {oind autr( ranc( ue fl comi faire suive à qu Calif desc:
mais s’enf
ites les circons.
on empire ou il.
s ces découvertes échappé aux rersseurs. Îl sentit endant vers l’est, proportion vers robablement par les deux contii long-temps en nème cette comuler dans ses do- , une partie du nonde occidental, génie qui aimait re rédigea de sa pour suivre ce ur le mettre en
ses idées et suivi
que la cour de dition ont trouvé que leurs projets elques traditions ‘uples de Sibérie, usement en 1648 est de l'Asie, ene la même route.
fférens temps des na et de Kolyma ; jue la nature ne navigation, ces astres multipliés, qu'on s'était pror la cour de Rusformidable (41); trémités de l'Asie it été faites dans ouve dans toutes lie, qu'il y a des ne distance peu »s Russes imagi- | partie de l’Améces concouraient * dans cette opiader qu'une porit pas être très entes espèces, ines des Russes , t. |,
connues dans ces régions stériles de l'Asie, sont chassés sur la côte par un vent d'est; le même vent y amène en peu de jours des glaces flottantes; de grandes troupes d'oiseaux arrivent tous les ans du mème côté; enfin il s'est conservé parmi les habitans la tradition d’un commerce établi anciennement avec des pays situés à l'est.
Après avoir pesé toutes ces circonstances, et avoir comparé la position des contrées d'Asie qu'ils avaient découvertes avec celles des parties du nord-ouest de l'Amérique qui étaient déjà connues, la cour de Russie forma un plan qu'aurait difficilement osé concevoir toute autre nation moins accuutumée à tenter des entreprises difficiles et à lutter contre de grands obstacles. On donna ordre de construire deux vaisseaux à Ochotz, dans la mer de Kamchatka, d'où ils devaient mettre à la voile pour aller faire des découvertes. Quoique cette région inculte et stérile ne produisit rien qui pût servir à la construction de ces vaisseaux, à l'exception de quelque bois de mélèse; quoique non-seulement le fer, les cordages, les voiles et tous les nombreux appareils nécessaires pour les équiper, mais encore les provisions et les vivres dussent être transportés à travers les immenses déserts de la Sihérie, sur des rivières d'une navigation difficile et par des routes presque impraticables, la volonté du souverain et la patience du peuple russe surmontèrent à la fin tous les obstacles. On vint à bout de construire les deux vaisseaux, qui appareillérent de Kamchatka sous le commandement des capitaines Berring et Tschirikow, pour aller reconnaître le Nouveau-Monde par un côté où l'on n'en avait jamais approché. Ils dirigèrent leur route vers l’est; une tempête sépara bientôt les deux vaisseaux qui ne purent plus se rejoindre; mais, malgré cet accident et plusieurs autres désastres qu’ils éprouvèrent, les espérances qu'on avait conçues de cette expédition ue furent pas absolument frustrées. Chacun des commandans découvrit une terre qui leur parut faire partie du continent d'Amérique, et qui, suivant leurs observations, semble être située à quelques degrés au nord-ouest de la côte de la Californie. Les deux commandans firent aussi descendre à terre quelques-uns de leurs gens;