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| enlevérent ceux des Russes qui étaient descendus
et détruisirent leur chaloupe. La violence du temps et l'état déplorable où se trouvait l'équi-
page obligèrent les deux capitaines à abandon=
ner ces côtes inhospitalières. En revenant, ils touchèrent à différentes Îles qui forment une chaîne, de l’est à l'ouest, entre le pays qu'ils avaient découvert et la côte d'Asie, Ils eurent quelque communication avec les naturels de ces Îles, qui leur parurent avoir beaucoup de ressem-
blance avec ceux de l'Amérique septentrionale.
Ils présentérent aux Russes le calumet où tuyau de paix, symbole d'amitié, d'un usage universel chez tous les habitans du nord de l'Amérique, et qui paraît être une institution part.culière à ces peuples.
Les iles de ce nouvel archipel ont été fréquentées depuis par les chasseurs russes; mais la cour semblait avoir abandonné son premier plan de poursuivre les découvertes de ce côté, Ce projet fut repris tout à coup en 1768, et le capitaine Krenitzin eut le commandement de deux yetits vaisseaux équipés pour cet objet. Il tint dans son voyage à peu près la même route que les premiers navigateurs; il toucha aux mêmes iles, dont il observa avec plus de soin la situation et les productions, et il en découvrit plusieurs nouvelles que les autres n'avaient pas rencontrées. IL n'alla pas assez avant vers l'est pour reconnaître le pays que Berring et Tschirikow avaient jugé faire partie du continent de l'Amérique; mais, en revenant par une rouic beaucoup plus au nord que celle qu'ils avaient tenue, il corrigea quelques erreurs importantes dans lesquelles ils étaient tombés, et son expédition servira du moins à faciliter les progrès des navigateurs qui voudront le suivre dans cs mers (42).
La possibilité d’une communication entre les deux continens par cette partie du globe, n’est plus fondée sur de simples conjectures, mais sur des preuves incontestables !. ILse peut qu'une tribu ou quelques familles de Tartares errans , guidés par ce besoin d'activité particulier à ce
| peuple, aient passé dans les iles les plus voisi- , nes; et quelque grossière que fût leur manière . de naviguer, elles ont pu, en allant d’une ile à
mais, à l’un de ces débarquemens, les habitans | s’enfuirent à l'approche des Russes ; à l’autre, ils |
une autre, arriver enfin à la côte d'Amérique et
1 Por. et Dec. de Muller, tom. L 3j
commencer à peupler ce continent. La distance
des tles Mariannes où des Larrons à la terre d'A- | et glacée! C'est à eux qu'on doit beaucoup de
sie la plus voisine, est encore plus considérable
que celle qui se trouve entre la partie d'Ainéri- | que que les Russes ont découverte et la côte de : Kamchatka. Cependant les habitans des îles Ma- ! riannes sont évidemment d'origine asiatique. Si, , malgré l'éloignement, nous reconnaissons que | ces iles ont été peuplées par des émigrations de
notre continent, la distance seule n’est pas une | raison pour nous empêcher d'attribuer à la !
même origine la population de l'Amérique. Il est
probable que les navigateurs qui visiteront dans | la suite ces mers, découvriront, en remontant | davantage vers le nord, que le continent de | l'Amérique est encore plus près de l'Asie, Les ! habitans encore barbares du pays situé autour |
du cap nord-ouest de l'Asie, prétendent qu'il y a à la hauteur de leur côte une petite île où ils
peuvent arriver en moins d'un jour, et que de | là on découvre un grand continent qui, selon | leur récit, est couvert de forêts et occupé par un | peuple dont ils n'entendent pas la langue. Ils | reçoivent de ce peuple des peaux de marte, ani- : mal inconnu dans les parties septentrionales de |
là Sibérie et qui ne se trouve que dans les pays où il y a beaucoup d’arbres. Si nous pouvions
ajouter foi à ce récit , il faudrait en conclure |
que le continent d'Amérique n’est séparé du nôtre que par un can. étroit, et alors toutes les difficultés sur leur communication s’évanouiraient. La proximité des deux continens a été découverte depuis ma première édition et suivie
dans un voyage entrepris d'après des principes |
si libéraux et conduit avec tant de science, qu’il jette à la fois le plus grand éelat sur le règne de k souveraine qui en a conçu le plan , et sur les officiers qui l’ont mis à exécution (43).
Il est évident aussi, d’après des découvertes récentes, qu’une communication entre notre continent et l'Amérique a pu s'établir avec une égale facilité par l'extrémité nord-ouest de l’Europe. Dès le neuvième siècle, les Norwégiens découvrirent le Groenland et y plantèrent des colonies ; cette communication , après avoir été long-temps interrampue, s’est renouvelée dans le siècle dernier, Quelques missionnaires luthériens et moraves, animés par un zèle ardent
\ Vor. et Dec, de Muller, tom. i,
pour la propagation de la foi chrétienne, n'ont pas craint de s'établir dans cette région inculte
détails curieux sur la nature du pays et sur les habitans. Ils nous ont appris que la côte nordouest du Groenland est séparée de l'Amérique par un détroit très resserré ; qu’au fond de la baïe où aboutit ce détroit il est très probable que les deux continens sont unis! ; que les habitans de l'un et de l’autre ont des relations entre eux ; que les Esquimaux d'Amérique ressemblent parfaitement aux Groenlandais pour la figure, le vêtement et la manière de vivre ; que des matelots qui avaient appris quelques mots groenlandais, avaient rapporté que ces mêmes motsétaient entendus par les Esquimaux ; enfin qu'un missionnaire morave, très versé dans la langue du Groenland, ayant visité le pays des Esquimaux, découvrit, à son grand étonnement, qu'ils parlaient la même langue que les Groenlandais, que c'était à tous égards le même peuple, et qu’en conséquence il en fut reçu et traité comme un ami et un frère.
Ces faits décisifs établissent non-seulement la consanguinité des Esquimaux et dos Groenlandais, ils démontrent encore la possibilité que l'Amérique ait été peuplée par le nord de l’Europe. Si les Norwégiens , dans un siècle barbare où la science n'avait pas encore commencé à éclairer de ses rayons le nord de notre hémisphère, ont été cependant assez bons navigateurs pour s'ouvrir une communication avec le Groenland, il ne serait pas étonnant que leurs ancêtres , aussi accoutumés à errer dans les mers que les Tartares le sont à errer par terre. eusseni, à une époque plus reculée, exécuté le même voyage et laissé au Groenland une colonie dont les descendans ont pu dans la suite des temps passer en Amérique. Mais si, au lieu de se hasarder à voguer directement de leur côte au Graeuland, nous supposons que les Norwégiens oni suivi une route moins hardie, en s'avançant deShetland aux îles Feroë et de là en Islande, et qu'ils ont établi des colonies en ces différentes ‘les, leurs progrès peuvent avoir été tellement
? Crantz, Æist. du Groenland, tom, 1. Aist. génér. des voyages, tom. 1, pag. 152.
+ Eggede, Aist. du Groenland, pag. 2, 3.
1 Crantz, Hist. du Groenland, pag. 261, 262.
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