Herrera
aguaÿ, elc.
soupçonnerait plutôt quelque imperfection dans | leurs races, en voyant le nombre extraordinaire | d'individus qui y sont difformes, mutilés, aveu- | gles, sourds ou d’une petitesse monstrueuse !. Quelle que soit la faiblesse d'organisation des Américains, il est singulier que la forme humaine présente moins de variété dans ce nouveau continent que dans l’ancien. Lorsque Colomb et les autres Espagnols qui découvrirent le Nouveau-Monde visitèrent pour la première fois les différentes contrées situées sous la zone torride, ils durent s'attendre à y trouver des peuples ressemblans pour le teint et la peau à ceux qui vivent dans les régions correspondantes de l’autre hémisphère. Ils trouvèrent à leur grand étonnement qu'il ny avait point de nègres en Amérique ?, et la cause de ce phénomène extravrdinaire excita la curiosité des hommes instruits. C’est aux anatomistes à rechercher et à nous apprendre quelle est la partie ou membrane du corps où réside cette humeur qui teint d’un noir foncé la peau du nègre. L'action puissante de la chaleur parait être évidemment la cause qui produit cette variété singulière dans l'espèce humaine. Toute l'Europe, presque toute l'Asie, et les parties tempérées de l'Afrique, sont habitées par des hommes blancs. Toute la zone torride en Afrique, quel-
ques-unes des contrées les plus brülantes qui en |
approchent, et quelques cantons de l'Asie, sont habités par des peuples de couleur noire. Si nous suivons les nations de notre continent , en allant des pays froids et tempérés vers les ré-
gions exposées à l’action d’une chaleur forte et | | Ja faiblesse de croire trop que par l’orgueil dene
continue , nous trouverons que l’extrème blan-
cheur de la peau commence bientôt à diminuer; ! ! s'étendent et que la nature est observée par des
que la couleur du teint s’obscurcit par degrés à mesure que nous avançons, et qu'après avoir passé par toutes les nuances successives elle se ter-
mine à un noir décidé et uniforme. Mais en Amé- | | ont répandus sur l'Amérique; on a cherché en
rique, où l’action de la chaleur est balancée et affaiblie par différentes causes que j'ai déjà expliquées, le climat semble être privé de l’énergie qui produit ces effets étonnans sur la figure humaine. La couleur de ceux des Américains qui vivent sous la zone torride est à peine d’une nuance plus foncée que celle des peuples qui habitent les régions plus tempérées du même con-
! Voyage de Ulloa , 1, 233.
2 P, Mariyr, Decad. , ag. 71
tisent. Des observateurs attentifs, qui ont eu occasion de voir les Américains dans les différens climats et dans des contrées fort distantes les unes des autres, ont été frappés de la ressemblance étonnante qu'ils ont trouvée dans leur air et leur forme extérieure (47).
Mais si la main de la nature semble n'avoir suivi qu'un modèle en formant la figure humaine en Amérique, l'imagination y a créé des fantômes aussi bizarres que divers. Les mêmes fables qui s'étaient répandues dans l'ancien continent ont été ressuscitées dans le Nouveau- Monde, et l’Amérique a été peuplée aussi d’ètres humains d’une forme monstrueuse et fantastique, On a conté que certaines provinces étaient habitées par des pygmées de trois pieds de haut, et que telle autre contrée produisait des géans d'une énorme grandeur. Quelques voyageurs ont publié des descriptions de certains peuples qui n'avaient qu'un œil; d'autres prétendaient avoir découvert des hommes sans tête, dont les yeux et la bouche se trouvaient placés à la poitrine. Sans doute la variété de la nature dans ses productions est si grande, qu'il y aurait de la présomption à vouloir fixer des bornes à sa fécondité et à rejeter indistinctement toute relation qui ne serait pas entièrement conforme à notre expérience et à nos observations limitées. Mais se hâter d'adopter, sur les preuves les plus légères, tout ce qui porte un caractère de merveilleux , c’est une autre extrémité encore moins digne d’un esprit philosophe, d'autant que les hommes ont toujours été plus facilement entraînés dans l'erreur par
pas croire assez. À mesure que les connaissances
yeux plus exercés, on voit s’'évanouir les merveilles qui amusaient les siècles d'ignorance. On a oublié les contes que des voyageurs crédules
vain les moustres qu’ils ont décrits , et l'on sait aujourd'hui que ces provinces, où ils prétendaient avoir trouvé des habitans d’une forme si extraordinaire, sont habitées par des peuples qui ne diffèrent en rien des autres Américains (48).
Quoiqu'on puisse , sans entrer dans aucune discussion , rejeter de pareilles relations comme fabuleuses, il y a d’autres variétés de l'espèce
humaine qu'on prétend avoir été observées dans
quelques parties du Nouveau-Monde, Ces rela- .
tions paraissant fondées sur des témoignages plus graves, méritent d'être examinées avec plus d'attention. Ces variétés ont été particulièrement observées en trois cantons différens ; la première se trouve à l’isthme de Darien près du centre de l'Amérique. Lionel Wafer, voyageur qui montre plus de curiosité et d'intelligence
qu'on ne s'attendrait à en trouver dans un a:
cié des boucaniers, découvrit en cet endroit une race d'hommes peu nombreuse mais singulière, Suivant sa description, ils sont d'une petite taille, d'une constitution délicate et incapable de supporter la fatigue. Leur teint est d'un blanc de lait fade, qui ne ressemble point à celui des blonds parmi les Européens, et sans la moindre nuance d'incarnat ou de rouge. Leur peau est couverte d'un duvet fin, couleur de craie blanche; leurs cheveux, leurs sourcils et leurs cils sont de la même nuance. Leurs yeux sont d’une forme singulière, et si faibles qu'ils ont de la peine à supporter la lumière du soleil ; mais ils voient distinctement à la lumière de la lune , et iis sont gais et actifs pendant la nuit !. On n’a découvert aucune race semblable dans les autres parties de l'Amérique. Cortès remarqua, il est vrai, parmi les animaux rares et monstrueux que Montézuma avait rassemblés, quelques créatures humaines ressemblant aux hommes blancs du Darien ?; mais comme l'empire du Mexique étendait sa domination jusqu'aux provinces qui bordent l'isthme de Darien , il est probable que c'étaient des êtres de la même race. Quelque singularité qu'il y ait dans la forme extérieure de ce petit peuple, on ne peut cependant pas le regarder comme constituant une espèce particulière. Parmi les nègres de l'Afrique, ainsi que dans quelques îles de l'Inde, la nature produit quelquefois un petit nombre d'individus qui ont tous les traits et toutes les qualités caractéristiques des hommes blancs du Darien ; les premiers sont appelés 4lbinos par les Portugais, et les derniers Xackerlakes par les Hollandais. Au Darien, les pères et les mères de ces hommes blancs sont de la même couleur que les autres habitans du pays: cette observation
? Wafer, Descript. de l'istime de Darien dans les voyages de Dampierre , tom. Mi.
? Cortès, ap. Ramus., pag. 241, E.
s'applique également à la progénituré anomale des nègres et des Indiens, La même mère qui met au monde quelques enfans d'une couleur qui n’est pas celle de la race, en produit d'autres de la couleur qui est propre à son pays !, On peut donc tirer une conclusion générale, relativement aux blancs de Wafer, aux #{binos et aux Aacherlakes; c'est qu'ils forment une ‘ice dégénérée et non une classe particulière l'hoïnmes, et que la couleur et la faiblesse pariculière qui marque leur dégradation , leur a été transmise par quelque maladie ou vice physique de leurs parens. On a observé, comme une preuve décisive de cette opinion, que ni les blancs du Darien, ni les Albinos d'Afrique ne propagent leur race: leurs enfans naissent avec la couleur et le tempérament propres aux autres habitans du même sol 2,
Le second district occupé par des habitans qui différent à l'extérieur des autres Américains, est situé sous une latitude fort avancée vers le nord , s'étendant de la côte de Labrador vers le pôle, tant que le pays est habitable, Les malheureux habitans de ces tristes régions, connus en Europe sous le nom d'Esquimaux, se sont donné lenom de Xeralit, qui veut dire somme, par un effet de ce sentiment d'orgueil national qui console les peuples les plus grossiers et les plus misérables. Ils sont robustes et d'une taille médiocre; ils ont la tête d'une grosseur démesurée et les pieds d'une petitesse également disproportionnée. Leur teint, quoique basané, parce qu’ils sont continuellement exposés à la rigueur d'un climat glacé, approche cependant plus du blanc des Européens que de la couleur cuivrée des Américains; et les hommes ont des barbes qui sont quelquefois longues et touffues %. Ces particularités distinctives , jointes à une autre encore moins équivoque qui est l’affinité de leur langue avec celle des Groënlandois, affinité dont j'ai déjà parlé, peuvent nous faire conclure avec assez de confiance que les Esquimaux sont une race différente des autres habitans de l'Amérique.
On ne peut pas prononcer avec la même cer-
? Margrav. ist. rer. nat. bras. , lib. vin, Cap. 1v.
+ Wafer, pag. 348. Demanet, Æist. de l'Afrique , M, 231. Recherches philos. sur les Améric. , M, 1, etc.
5 Ellis, Voyage à la baie d'Hudson , pag. 131-132.
De La Potherie, tom. 1, pag. 79. Wale's Journ. of a Foy. to Churchill river. Phil. Trans., vol LX, 109.
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