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cet objet, ils montrent une fécondité d'invention et leurs sens ont acquis un degré de finesse qu'on a peine à concevoir. Ils distinguent les divers animaux à des traces de leurs pas. qui échapperaient à tous les autres yeux, et ils les poursuivent avec intrépidité à travers les forêts les plus impénétrables. Lorsqu'ils attaquent le
fibier directement, presque jamais leurs flèches
ne manquent ! le but, et lorsqu'ils lui tendent des piéges , il est presque impossible qu'il leur échappe. Dans quelques peuplades il n’était permis aux jeunes gens de se marier que lorsqu'ils avaient fait preuve de leur habileté dans la chasse et lorsqu'ils avaient montré bien évidemment qu'ils étaient capables de subvenir à tous les besoins d’une famille. Quoique l'esprit des Américains soit naturellement très peu actif, l’émulation qui les excite à chaque instant leur a fait imaginer des moyens qui facilitent beaucoup les succès de leur chasse. La plus remarquable de leurs découvertes en ce genre est celle d’un poison dans lequel ils trempent les flèches dont ils se servent. La plus légère blessure de ces flèches empoisonnées est toujours mortelle. Si elles percent seulement la peau, le sang se fige et se glace dans un moment ; l’animâl le plus vigoureux tombe sans mouvement sur la terre. Ce poison cependant, malgré sa violence et sasubtilité, ne corrompt point la chair de l'animal qu'il fait périr; on peut la manger en toute sûreté , et elle conserve toutes les qualités qui lui sont naturelles, Les peuples du Maragnon et de l'Orénoque composent principalement ce poison avec des sucs extraits d'une racine qu’ils nomment curare et qui est une espèce de liane ?,
Dans quelques autres pays de l'Amérique on emploie le suc du mancenilier, qui agit pour le moins avec autant d'activité. Pour les peuples
qui possèdent ce secret, l'arc est une arme plus |
meurtrière qu'un fusil , et dans leurs mains habiles sert à faire un grand carnage des oiseaux et des quadrupèdes dont les forêts de l’amérique sont remplies.
Mais la vie de chasseur n’est qu'un degré qui |
conduit l'homme àunétat de socièté plus avancé.
1Biet, Joy. de la Franc. équinoæ., 357. Pavies. Discov. of the river of Amaz. Purchas, IV, 1287.
? Gumilla, 11, 1. La Condamine, 208. Recherches philosoph., 11, 239, Bancroft, Mat. hist. of Guyana, 281.
aux plus cruelles extrémités (56), I1 n’est guère
La chasse dans les pays même où le gibier est
| le plus abondant et où les chasseurs ont le plus d'adresse , ne peut donner qu'une. subsistance incertaine et qui manque même totalement dans certaines saisons de l’année, Si Je sauvage fait ' dépendre entièrement sa subsistance de ses!
flèches , il se voit souvent réduit avec sa famille
de pays où. la terre produise assez d'elle-même pour suffire à tous les besoins de l'homme. Dans les climats les plus doux et où les terres.sont les plus fécondes , l'industrie et Ja prévoyance sont nécessaires jusqu'à un certain point pour s'assurer une subsistance constante. L'expérience des disettes qu'éprouvent les peuples chasseurs leur fait surmonter enfin cette horreur presque invincible qu'ils ont pour le travail et les oblige à avoir recours à la culture. des terres comme à un supplément à la chasse. Il y a des situations particulières où de petites tribus peuvent subsister de la pêche, indépendamment des productions que le travail peut arracher à la terre; mais dans toute l'étendue de l'Amérique il serait difficile de trouver quelque nation de chasseurs qui n'eût pas une espèce de culture.
Leur agriculture n’est cependant ni étendue ni pénible, Comme le gibier et le poisson font leur principale nourriture, ils ne se proposent en cultivant la terre que de suppléer au défaut accidentel de ces deux moyens de subsistance. Dans le continent méridional de l'Amérique , les naturels bornaient leur industrie à élever certains végétaux, qui, dans un sol riche et sous um climat chaud parviennent aisément à la maturité, Le principal était le maïs, plus connu en Europe sous le nom de blé d'inde ou de Turquie, espèce de grain très prolifique, d’une culture simple , agréable au goût et qui donne une nourriture forte et savoureuse, Le second de ces végétaux est le manioc, qui acquiert le volume d’un gros arbrisseau où d'un petit arbre, et produit des racines qui ressemblent asser. aux navets, Après en avoir exprimé avec soin le suc , On réduit ces racines en une poudre fine dont on fait des gâteaux minces, appelés pain de cassave , et qui, quoique insipides au goût, ne font point une mauvaise nourriture !, Comme
le suc du manioc est un poison mortel, quelques
!Sloane, Æist. of Jamaïca, Introd. , p. 18. Eabat, 1, 394. Acosta, Aist. Ind. occid. nat., lib. 1v, cap. xvre,
auteurs ont vanté l'industrie des Américains qui
ont su convertir en un aliment sain une plante | vénéneuse; mais on devrait plutôt n'y voir.
qu'un de ces expédiens auxquels la nécessité de trouver un moyen de subsistance force les nations sauvages, et peut-être les hommes n'ont-ils étéconduits à cette découverte que par des procédés gradués où il n'ya plus rien de merveilleux.
Il y a une espèce de manioc, entièrement dépouillée de qualité nuisible , et qu'on peut manger sans aucune autre préparation que celle de le faire griller sur la cendre chaude. Il est probable que cette espèce fut la première dont les Américains firent leur nourriture, et la nécessité leur ayant appris par degrés l’art de séparer les sucs
nuisibles de l'autre espèce, ils ont ensuite trouvé |
par les expériences que celle-ci était la plus prolifique ainsi que la plus nourrissante des
deux (57) !. Le troisième des végétaux dont nous |
avons parlé est Le plantain , qui s'élève à la hauteur d’un arbre, et qui cependant croit avec une telle rapidité, qu’en moins d'un an il récompense de ses fruits l'industrie du cultivateur qui
l'a planté. Le plantain grillé tient lieu de pain | | genre de nourriture. Dans certaines saisons, les
et donne un aliment agréable et nourrissant (58).
Le quatrième est la patate, dont la culture et
les qualités sont trop connues pour avoir besoin d'êtredécrites. Lecinquièmeest le piment, arbuste qui produit une épicerie aromatique et forte. Les Américains, qui, comme les autres habitans des climats chauds, aiment les saveurs chaudes et piquantes, regardent cet assaisonnement comme un besoin de la vie et le mêlent en grande quantité avec tous les alimens dont ils se nourrissent ?.
Telles sont les diverses productions qui formaient le principal objet de la culture chez les peuples chasseurs du continent de l'Amérique. Avec une industrie médiocrement active et un peu de prévoyance, ces productions auraient suffi pour subvenir aux besoins d’un peuple nombreux. Mais des hommes accoutumés à la vie libre et errante de chasseurs sont incapables de toute assiduité régulière au travail, et regardent l'agriculture comme une occupation d'un ordre
Ulloa, 1, 62. Aublet, Mém. sur le manioc. Hist. des plantes, t. 1, p.65, etc.
! Martyr, Decad , 301. Labat, 1, 411. Gumilla, Hi, 192. Machnca, Milic. Indiana, 164. ? Guimilla, HI, 117. Acosta, lib. 1v, cap. xx.
inférieur. Ainsi les provisions de subsistance que les Américains tiraient de la culture étaient si bornées et si peu assurées, que si quelque accident rendait leurs chasses moins heureuses qu'à l'ordinaire, ils étaient souvent réduits à la plus grande disette.
Dans les îles, la manière de vivre était fort différente. On n’y connaissait aucun des grands animaux qui abondent sur le continent ; on n'y a trouvé que quatre espèces de quadrupèdes, outre une race de petits chiens muets, et les plus grands de ces quadrupèdes n’excédaient pas la grosseur d’un lapin !. Il ne fallait ni activité ni courage pour aller à la chasse de si petits animaux ; aussi la principale occupation d’un chasseur dans ces îles était de tuer des oiseaux qui sur le continent étaient regardés comme un gibier ignoble, abandonné à la poursuite des jeunes garçons 2. Les habitans des iles ont donc été forcés par ce défaut de gibier et par leur situation même, à chercher dans la pèche leur principal moyen de subsistance à : leurs rivières, et la mer dont ils étaient envi-
ronnés, leur fournissaient avec abondance ce
tortues, les crabes, et d’autres coquillages, se
| trouvaient sur les côtes en si grande quantité, que ces insulaires trouvaient à s'en nourrir avec une facilité qui convenait fort à leur indolencef, En d’autres temps, ils mangeaient des lézards et d’autres reptiles dégoûtans 5. Ils joignaient d'ailleurs à la pèche quelque sorte de culture. Le maïs (59), le manioc, et d’autres plantes étaient cultivés dans les îles de la mème manière que sur le continent; mais tout le produit de leur in-
| dustrie, joint à ce que la terre produisait d’elle-
| même, n'était pour eux qu'une faible ressource. Quoiqu'ils se contentassent d’une petite quantité
: de nourriture, à peine tiraient-ils de la terre ce qui était nécessaire à leur consommation, et si quelques Espagnols venaient à s'établir dans un canton, il suffisait de ce petit surcroit de bouches surnuméraires pour épuiser les provisions et amener la famine,
! Oviedo, lib. xu, én prœm.
3 Ribas, Æist, de los Triumf., p. 13. Le la Potherie, 11, 33; IE, 20.
5 Oviedo, lib. xut, cop. 1. Gomara, Aist. génér., Cap. XXVIX, 4 Gomara, Aist. gén., cap. 1x. Labat, 11, 221, etc. 4 S Oviedo, lib. xiLE, Cap. Wir,
Deu nation:
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Le la Potherie, Hist. génér.,
11,221, etc.
Deux circonstances, communes à toutes les næions sauvages de l'Amérique, concoururent avec celles dont j'ai déjà parlé non-seulement à rendre leur agriculture très imparfaite, mais encore à restreindre leur industrie dans toutes leurs opérations. Ils n'avaient point d'animaux domestiques, et ils ne connaissaient point l'usage des métaux.
En d’autres parties du globe, l'homme, même
dans l’état de société le plus sauvage, se montre encore comme le maître de la terre, donnant des lois aux différentes classes d'animaux, qu'il a apprivoisées et réduites en servitude. Le Tartare
poursuit sa proie sur le cheval qu'il a élevé, ou |
conduit les nombreux troupeaux qui lui fournissent la nourriture et le vêtement. L'Arabe a rendu le chameau docile et fait servir à son usage la force et la patience de cet animal. Le Lapon a soumis le renne à sa volonté, et les habitansmême du Kamtschatka ont formé les chiens au travail. C'est une des plus belles prérogatives de l'homme, un des plus grands efforts de son intelligence et de son pouvoir, que cet empire qu'il exerce sur les créatures d'une classe inférieure. Sans cet empire, sa domination est imparfaite : c'est un monarque sans sujets, un maitre sans serviteurs. Il est obligé d'exécuter tous ses travaux par la force seule de ses bras, et telle était la condition des nations sauvages en Amérique. Leur esprit était si peu cultivé, leur union sociale si imparfaite, qu'ils ne pa-
raissaient pas sentir la supériorité de leur na- :
ture, et qu'ils laissaient tous les animaux jouir de leur liberté , sans songer à exercer leur pouvoir sur aucun. Il est vrai que la plupart des animaux qui ont été rendus domestiques sur notre continent n'existaient pas dans le Nouveau- Monde; mais ceux qui sont particuliers à l’Amé-
rique ne sont ni assez farouches ni assez redou- |
tables pour n'avoir pu être domptés et asservis. Il y a quelques animaux dont l:s espèces sont communes aux deux continens; mais le renne, qui à été apprivoisé et soumis au joug dans un des deux hémisphères, est resté sauvage dans l'autre, Le bison d'Amérique est évidemment de la même espèce que le bœuf d'Europe !, Les nations même les plus grossières de notre conti-
nent ont rendu cet animal domestique, et c’est |
M. de Buffon, Æist. nal., article Bison.
par son secours que les homines ont su exécuter des travaux nécessaires avec plus de facilité, et augmenter utilement leurs moyens de subsistance. Les habitans de plusieurs régions du Nouveau-Monde, où le bison est très commun, en auraient pu tirer les mêmes avantages; il n’est pas d’une nature si indocile qu'on n'eût pu l’élever à rendre aux hommes les mêmes services que leur rendent les bêtes à cornes, Mais, dans l'état où les Américains ont été trouvés lors de la découverte, un sauvage est l'ennemi des autres animaux , non leur supérieur. Il les chasse et les détruit ; mais il ne sait ni les multiplier ni les gouverner 2.
Cette circonstance forme peut-être la distinction la plus importante qu'il y aitentre les habitans de l'Ancien et du Nouveau-Monde, celle qui donne aux peuples civilisés plus de supériorité sur ceux qui restent sauvages. Les plus grandes opérations de l'homme pour changer et embellir la face de la nature, et ses efforts les plus puissans pour augmenter la fécondité de la terre, s’exécutent au moyen des secours qu'il reçoit des animaux qu'il a apprivoisés et formés au travail. C’est par leur force qu'il parvient à dompter le sol rebelle et à convertir en champs fertiles les déserts et les marais, Mais l'homme, dans l'état de civilisation, est si familiarisé avec l'usage des animaux domestiques qu'il ne réfléchit guère sur les avantages inestimables qu'il en retire, Supposons-le cependant, même dans l'état de société le plus parfait, privé de l'utile secours de ces animaux, nous verrons cesser à quelques égards son empire sur la nature, et il restera un animal faible, embarrassé de trouver les moyens de subsister, et incapable de tenter ces entreprises pénibles que leur assistance le met en état d'exécuter avec tant de facilité.
IL est très difficile de décider si l'empire que l'homme exerce sur les animaux , ou l'usage qu'il a su faire des métaux, a le plus contribué à étendre son pouvoir. L'époque de cette importante découverte est inconnue, et dans notre hémisphère elle ne peut être que très reculée. Il n'ya que la tradition et quelques instrumens grossiers de nos ancêtres, retrouvés par hasard,
!Rennepin, Mouv. déc., p. 192. Kalm, Für. dans l’Amér. septentr., 1, 207.
* M. de Buffon, Aist. nat. , IX, 95, Hist. philos. et politique des deux Indes, V1, 361.
qui nous apprennent que les hommes ignoraient
anciennement l'usage des métaux et tâchaient !
d'y suppléer, en employant les cailloux, les coquilles, les os et d’autres substances dures , aux mêmes usages auxquels les peuples policés font servir les métaux.
La nature complète la formation de quelques ‘métaux : l'or, l'argent et le cuivre, se trouvent purs et parfaits dans les fentes des rochers, dans le sein des montagnes, dans le lit des rivières. Ces métaux furent donc les premiers qu'on dut connaître et les premiers dont on fit usage, Mais le fer, qui est le plus utile de tous et celui auquel l’homme a le plus d'obligation, ne se trouve jamais dans son état parfait; son minerai grossier et rebelle doit être soumis deux fois à la puissance du feu et subir deux opérations pénibles avant de devenir propre à aucun service. L'homme a dù connaître pendant long-temps les autres métaux avant que d'acquérir l'art de fabriquer le fer, et avant que d'arriver au degré d'industrie nécessaire pour perfectionner une invention qui lui fournit les instrumens au moyen desque!; il subjugue la terre et commande à tous ses habitans. Mais à cet égard, ainsi qu'à plusieurs autres, l’infériorité des Américains était bien frappante. Toutes les tribus sauvages, dispersées sur le continent et dans les îles, ne connaissaient point du tout les métaux que le sol produit en abondance, si nous en exceptons un peu d’or qu'ils recueillaient dans les torrens qui tombaient des montagnes, et dont ils faisaient quelques ornemens. Les moyens qu'ils avaient imaginés pour suppléer au défaut de ces métaux nécessaires, étaient extrêmement grossiers, L'ouvrage le plus simple était pour eux de la plus grande difficulté et exigeait les plus grands efforts de travail. Ils n'avaient pour abattre les bois que des haches de pierre, et ils y employaient des mois entiers. Creuser un canot était pour eux l'ouvrage d’une année, et souvent le bois dont ils le faisaient était pourri avant que le canot fût achevé. Leurs travaux pour l’agriculture étaient également lents et imparfaits. Dans les contrées couvertes de hautes forêts, il fallait les efforts réunis d'une peuplade entière pour nettoyer le champ qu’on destinait à la culture, et te travail demandait beaucoup de temps et beaucoup d'efforts. Les hommes croyaient avoir assez fait, quandils avaient ainsi préparé grossiè-
| rement la terre ; les femmes, chargées du reste : de la culture, la creusaient où du moins la’ re- , muaient avec des hoyaux de bois, et semaient ou plantaient ensuite. Là se terminaient tous les travaux, et la fertilité naturelle du sol devait faire le reste. L'agriculture , lors même que l’homme est secondé par les animaux qu'il a soumis à son joug et par les instrumens divers qu'il | à su fabriquer depuis la découverte des métaux, . st toujours un travail très pénible. Ce n'est jamais qu’à la sueur de notre front que nous pouvons féconder la terre. Il n’est donc pas étonnant que des peuples privés de tous ces secours atent toujours dépendu pour leur subsistance de Ja pêdhe et de la chasse, beaucoup plus que des productions qu'ils tiraient de la terre.
Après avoir fait connaître la manière de subsister des peuplades grossières de l'Amérique , nous pouvons en déduire la forme et l'esprit de leurs institutions politiques, et indiquer les différences les plus frappantes qui se remarquent entre ces peuples sauvages et les nations civilisées.
L. Ils sont partagés en petites communautés indépendantes. Quand la chasse seule fournit à la subsistance de l'homme, il faut une grande étendue de terrain pour nourrir un très petit nombre d'hommes. A mesure que les hommes se multiplient , les animaux qui leur servent de proie diminuent ou fuient à de grandes distances des habitations de leur ennemi. Tant que la chasse est le principal moyen de subsistance, la population est fort bornée, et les hommes sont obligés de se disperser, comme le gibier même qu'ils poursuivent, Les animaux de proie, solitaires et insociables de leur nature, ne vont | point à la chasse en compagnie ; ils se plaisent | dans les profondeurs des forêts, où, sans être | troublés, ils peuvent errer et détruire les autres | animaux. Les peuples chasseurs ressemblent , par leurs occupations et par leur génie, à ces animaux de proie. Ils ne peuvent former de grands corps, parce qu’il leur serait impossible de trouver leur subsistance, et ils sont forcés de se séparer les uns des autres par de très grandes distances. Tel était l’état des tribus américaines : leur nombre était toujours très petit, quoiqu'’elles fussent répandues sur de très vastes contrées : elles étaient très éloignées les unes des autres, et dans des guerres et des
rivalités nation que da plique :
sées qu mais ‘qu dérable:
La Guy.
et divis contena Dans le fait plus sans ren meme € le nord goureu la dépo] là qu'on forèts e ne peut chasse pour sa Il. Le le droit nourriss ses soin.
tant qu’ où le gi dre sans à s'appr aisémen rare qué exigent de tout égaleme monde :
pédition sont con qui a 1 rivales.
dividu particuli les autre tient ég dans le de la ch:
sa subsis cipale 0 aux tray gricultu
chargées du reste su du moins la’ re- Jois, et semaient ou rminaient tous les relle du sol devait , lors même que nimaux qu'il a souumens divers qu'il iverte des métaux, nible. Ce n'est jaont que nous poudonc pas étonnant S ces secours atent subsistance de la up plus que des la terre.
a manière de subes de l'Amérique, rme et l'esprit de t'indiquer les difui se remarquent | les nations civi-
tes communautés se seule fournit à faut une grande rrir un très petit que les hommes ai leur servent de de grandes disennemi. Tant que n de subsistance, , et les hommes comme le gibier nimaux de proie, nature, ne vont e;ils se plaisent {s, Où, sans être étruire les autres 1rs ressemblent , eur génie, à ces ivent former de serait impossible et ils sont forcés tres par de très l'état des tribus it toujours très pandues sur de nt très éloignées s guerres et des
rivalités continuelles. En Amérique le mot de nation ne réveille pas d'aussi grandes idées que dans lès autres parties du globe. On l'applique à de petites sociétés qui ne sont: composées que de deux ou de trois cents personnes, mais ‘qui occupent souvent des pays plus considérables que certains royaumes de l'Europe.
La Guyane, quoique plus étendue que la France et divisée en un grand nombre de nations, ne contenait pas plus de vingt-cinq mille habitans. Dans les plaines des bords de l'Orénoque, on fait plus de cent milles en différentes directions sans rencontrer une scule cabane, et sans trouver même des traces de créatures humaines, Dans e nord de l'Amérique, où le climat est plus rigoureux et la terre moins fertile, la misère et la dépopulation sont encore plus grandes. C'est là qu'on fait des centaines de lieues à travers des forêts et des campagnes désertes (60). L'homme ne peut guère occuper toute la terre, tant que la chasse continue d’être sa principale ressource pour sa subsistance (61).
I. Les peuples chasseurs ne connaissent pas ke droit de propriété. Comme les animaux qui nourrissent le chasseur ne sont point élevés par ses soins, il ne peut avoir aucun droit sur eux tant qu’ils errent dans les forèts. Dans les pays où le gibier est si abondant qu'on peut le prendre sans beaucoup de peine, on ne songe point à s'approprier ce qu’on peut toujours avoir si aisément. Dans les pays au contraire où il est si rare que les dangers et les fatigues de la chasse exigent les efforts réunis de toute une tribu, de tout un village, il doit paraître appartenir également à tout le monde, parce que tout le monde à également contribué au succès de l’expédition. Les forêts, chez les peuples chasseurs, sont considérées comme la propriété d’unetribu, qui a le droit d'en exclure toutes les tribus rivales. Mais parmi ces tribus iln'est point d’individu qui puisse s’arroger quelque portion particulière de propriété exclusivement ‘à tous les autres membres de la société. Tout appartient également à tous, et chacun va prendre,
dans le magasin cornmun où l'on a mis le butin |
de la chasse , tout ce qui lui est nécessaire pour sa subsistance. Les principes qui règlent la principale occupation de leur vie s'étendent aussi aux travaux accessoires qu'ils y joignent. L'agriculture même n'a pu introcaire parmi eux
une idée complète de la propriété. Tandis que les hommes chassent , les femmes travaillent à la terre, et tous ensemble, après avoir fini leurs tâches , jouissent en commun du fruit de leurs travaux. Parmi quelques tribus, toutes les pro-
-ductionis de la terre sont déposées dans des gre-
niers publics pour être partagées ensuite entre tous les membres, suivant une juste proportion de leurs besoins (62). Quoiqu'on les renferme dans des greniers séparés, parmi quelques autres tribus , on n'y peut cependant jamais acquérir un droit assez exclusif de propriété pour qu'il soit permis À quelqu'un de joui: du superflu, tandis qu'autour de lui quelqw'un manque du nécessaire, Toutes les distin s qui naissent de l'inégalité des richesses leur sont inconnues. Les noms même de riche et de pauvre n'ont pu pénétrer dans leurs langues. Ils sont enfin absolument étrangers à tous les rapports qui naissent de la propriété, ce grand objet des lois et de la politique, cette base principale de tous les gouvernemens que le genre humain a établis sur la terre.
IT. Les hommes, dans cet état, conservent toujours un sentiment très fort de leur indépendance et de leur égalité. Partout où la propriété n’est point établie, les distinctions qui naissent des qualités personnelles sont les seule: que l'on puisse connaître, et ces distinctions mêmes ne peuvent se rendre sensibles que dans les occasions où les hommes sont forcés de déployer toutes leurs facultés. Dans les temps de grand danger et dans les affaires difficiles , on consulte la sagesse et l'expérience des vieillards, et l'on suit leurs conseils. Lorsqu'ils entrent en campagne contre l'ennemi, le guerrier le plus dis-
| tingué par son courage se met à la tête de la
jeunesse et la conduit aux combats {. Quand ils vont en troupe à la chasse, le chasseur le plus adroit et le plus heureux dans ses entreprises se met encore à la tête de la troupe et en règle tous les mouvemens. Mais dans les temps de re. pos et de tranquillité, où l'on n’a plus aucune occasion de développer ces talens naturels, on ne connaît plus aucune espèce de prééminence. Toutes les circonstances de la vie rappellent toujours aux membres de la communauté qu'ils sont égaux. [ls sont tous vêtus, nourris et logés
l Acosta, Æist., tom. VI, cap xix. Stadius, Æise, Brasil., lib. 11, cap. xnr. De Bry, Ill, 10. Biet, 361.
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de la même manière. Rien, de ce qui constitue la supériorité d'une part et la dépendance de l’autre n'est connu chez eux. Tout homme libre défend avec la plus grande fermeté les droits attachés à sa condition {. Ce. sentiment d'indépendance est tellement gravé dans leurs âmes que rien ne peut l’en arracher, ei que jamais le malheur n’a pu soumettre leur fierté à la servitude. Accoutumés à être les maîtres absolus de leurs actions, ils dédaignent d'exécuter les ordres d’un supérieur. N'ayant jamais essuyé aucune réprimande, ils ne peuvent souffrir aucune correction (63). Un grand nombre d’Amnéricains, lorsqu'ils virent queles Espagnols les traitaient en esclaves, moururent de. douleur ou se tuérent de désespoir 2,
IV. Les idées de la subordination civile sont toujours très imparfaites, et le gouvernement n'a jamais qu'une autorité bien faible chez les peuples qui sont restés dans cet état. Quand la propriété est inconnue dans une nation, ou qu’elle n’en a que des idées incomplètes; quand les productions de l'industrie et les fruits spontanés de la terresont considérés comme appartenant à la société entière, il est difficile qu’il naisse parmi les concitoyens aucune de ces discussions qui exigent l'intervention des lois et de l’autorité publique.
Quand les droits qui naissent d’une propriété exclusive ne sont pas connus encore, le grand objet des lois et du pouvoir judiciaire ne saurait exister. Lorsque les sauvages vont aux combats, ou pour leur propre défense ou pour envahir le territoire d'un ennemi, et lorsqu'ils sont engagés dans quelque entreprise de chasse difficile ct périlleuse, alors on s'aperçoit que les membres d’une tribu font partie d'un corps politique ; alors ils sentent qu’its ont une existence commune avec les compagnons de leurs travaux, et ils suivent avec soumission celui qui s'est distingué par sa valeur et par sa sagesse. Mais hors de ces cas, où ils réunissent leurs efforts pour un intérêt commun, on n’aperçoit parmi eux aucune trace d'union politique ; on ne voit aucune forme de gouvernement. Les noms de magistrat et de sujet n’y sont pas
Labat, VI, 124. Brickell, Aist. of Carol., 310.
* Oviedo, lib. ur, cap. vi, pag. 97. Vega, Conquista de la Florida, \, 30; 11, 416. Labat, Il, 138, Benzo, Hist. nov. erb., lib. 1v. cap. xxv.
5 Lozano, Descr. del gran Chaco, 93. Melendez, Tesoros verdaderos , 11, 23,
mème en usage. Chacun semble jouir encore de toute son indépendance naturelle. Si l'on propose quelque entreprise pour l'utilité publique, chaque membre de la communauté est libre d'y concourir ou de ne pas ÿ concourir. Aucun règlement n'exige d'eux un service comme devoir. Toutes leurs résolutions sont volontaires et partent toujours des mouvemens naturels de leur 4met. Dans la plupart de ces peuplades grossières, on n’a pas même fait encore le premier pas qui conduit à l'établissement du pouvoir judiciaire, Le droit de la vengeance est laissé entre les mains des particuliers2. Lorsqu’il y a eu quelque violence commise ou du sang répandu, la communauté ne se. charge point d’infliger ou de modérer la punition. C'est aux parens ou aux amis à venger l'offensé ou la victime, et à recevoir la réparation offerte par le coupable. Si les vieillards s’entremettent , ce n'est jamais pour décider l'affaire, mais pour donner des conseils qui ne sont presque jamais écoutés. Comme il paraît honteux de laisser une offense impunie, le ressentiment est toujours implacable et éternel. On peut dire que, parmi les sauvages, l'objet du gouvernement ne s'étend pas au-delà de l’intérieur des familles. Ils ne s'occupent jamais à maintenir un ordre général et public per l'exercice d'une autorité permanente; et si des travaux communs maintiennent quelque union entre les membres d'une tribu, c'est surtor pour attaquer ou repousser l’ennemi avec plus de vigueur et d'avantage.
Telle était la forme de l’ordre politique établi chez presque toutes les nations de l'Amérique. C’est dans cet état que se trouvent toutes les peuplades répandues dans les vastes provinces qu'arrose le Mississipi, depuis l'embouchure du fleuve Saint-Laurent , jusqu'aux confins de la Floride. Les peuples du Brésil, les habitans du Chili, quelques tribus du Paraguay et de la Guyane et celles qui s'étendent depuis l'embouchure de l’Orénoque jusqu’à la péninsule d'Yucatan, étaient aussi dans le même état. Dans ces sociétés si petites et si nombreuses, il devait y avoir sans doute quelques variétés qui
1 Charlevoix, Æist. de la Nouvelle - France, I, 266, 268.
3 Herrera, Decad. VIII, lib. 1v, cap. vin.
& Charlevoix, Aist. de la Nouv.-Franc., II, 261,
Lafitau, ?, 486, Cassanni Æist. del nuevo reyno de Granada, 226.
marqua la civilis:
chercher pas été démèler les natio les ont « que cho:
tracer cc l’Amériq aux pro Quelq paraisse qui avai les natio et de là d'agricu pend:.nc faibles, actions ( verneme Californ habitent peuples de Sain!
de Gren Mais çoit à p lier, où si étroit tions qu ble opp En obse par l’ho la civil ques-ur de tout nement lois et « dans le:
quelqu les peu nom co ses et s les fair gine.
Dan:
! Ven
of Para XIV, 74
jouir encore de le. Si l'on protilité publique, té est libre d'y urir, Aucun ré.
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lle - France , W, , VIIL,
Franc., II, 251, o reyno de Gra-
marquaient des différences dans les progrès de la civilisation. Mais ce serait en vain que nous chercherions ces variétés, parce qu'elles n’ont pas été observées par des hommes en état de démèéler ces légères différences qui distinguent les nations les unes des autres, lors même qu'’elles ont en général le mème caractère. À quelque chose près, le tableau que nous venons de tracer convient également à tous les peuples de l'Amérique qui joignaient un peu d'agriculture aux produits de l« chasse et de la pêche. .
Quelque imparfaites ct grossières que nous paraissent ces institutions, il y avait des tribps qui avaient fait encore moins de progrès. Parmi les nations qui vivaient uniquement de la chasse et de là pêche et qui n'avaient aucune espèce d'agriculture , l’union et le sentiment de la dépend:.nce mutuelle entre les membres étaient si faibles, qu'on avait peine à découvrir dans leurs
actions quelque apparence d'ordre et de gou- |
vernement. 11 faut placer dans cette classe les Californiens, plusieurs des petites nations qui habitent la vaste contrée du Paraguay, quelques peuples des bords de 1’Orénoque et de la rivière de Sainte-Magdeleine dans le nouveau royaume de Grenade!.
Mais parmi ces nations même où l’on aperçoit à peine l'ombre d’un gouvernement régulier, où l'autorité est resserrée dans des bornes si étroites, on trouve quelquefois des institutions qui donnent au chef un pouvoir qui semble opposé au caractère des peuples sauvages. En observant les institutions politiques établies par l’homme, soit dans l’état sauvage, soit dans la civilisation, on en découvre toujours quelques-unes d'irrégulières qui contrarient l'ordre de toutes les autres, et qu'on s’efforcerait vainement de concilier avec le système général des lois et des principes qui gouvernent les sociétés dans les mêmes circonstances. On en rencontre quelques-unes de semblables en Amérique, parmi les peuples que nous avons confondus sous le nom commun de sauvages. Elles sont si curieuses et si importantes que je crois nécessaire de les faire connaître et de remonter à leur origine.
Dans le Nouveau-Monde, comme dans toutes
1 Venegas, 1, 68. Lettr. édif., 1, 176. Techo, Hist.
of Parag Churchill, VI, 78. Aist. génér. des voyages, XIV, 74.
les autres parties du globe, les contrées froides et tempérées sont le siége favori de la liberté et de l’indépendance. Là les âmes sont fortes et vigoureuses comme les corps. Plein du sentiment de sa dignité personnelle et capable des plus grands efforts pour la faire respecter, l’home y aspire toujours à l'indépendance, et rien ne peut soumettre sa fierté opiniâtre au joug de la servitude. Dans les climats chauds, où les corps sont toujours énervés, où une sensa-
| tion agréable et présente paraît la suprême féli-
cité, l'homme consent aisément à passer sous la puissance d'un maître. Aussi, en parcourant le continent de l'Amérique du nord au sud, nous verrons toujours l'autorité s’accroître avec la chaleur du climat, et les hommes perdre de leur activité à mesure que le soleil en acquiert davantage. Dans la Floride, l’autorité des chefs et
des caciques était non-seulement permanente, mais héréditaire. On les avait distingués par des ornemens particuliers, par des prérogatives de différens genres, et leurs sujets n’osaient les approcher qu'avec ces démonstrations de respect et de vénération que les sujets d’un despote sont accoutumés à employer en approchant du trône de leur maître ‘. Chez les Natchez, nation qui habite sur les bords du Mississipi, on connaît des différences de rang qui sont absolument ignorées des nations septentrionales. Quelques familles sont réputées nobles et jouissent de plusieurs dignités héréditaires. Le corps du peuple est considéré comme vil et formé seulement pour la sujétion. Ces distinctions sont fixées par des noms qui marquent l'élévation de la première classe et l'abaissement ignominieux de la seconde. On donne aux nobles le nom de respectables , et aux gens du peuple celui de puants. Le premier chef, celui dans lequel réside l'autorité suprême, est considéré comme un être d’une nature supérieure, comme le fils du soleil, le seul objet de leurs adorations. On n’en approche qu'avecune vénération religieuse, et on lui rend les honneurs qui sont dus au représentant de la Divinité. Ses volontés sont des lois auxquelles on doit une obéissance aveugle. La vie de ses sujets est tellement dans sa dépen-
1 Cardenas y Caro,Ensayo chronol. à la hist. de Florida, p. 46. Lemoine de Morgues, Zcones Floride, ap. de Bry, p. 1, 4, etc. Charlevoix, Æist. de la Nouv.-Franc.', M1, 467.
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dance, que le malheureux, qui a pu lui, déplaire va lui offrir sa tête avec.une profonde humilité, Sa puissance ne finit pas avec sa vie : il doit être accompagné. dans l'autre monde par les personnes qui l'ont servi dans celui-ci : plusieurs de ses domestiques, ses principaux offciers et ses femmes les. plus chéries, sont immolés sur sa tombe; et telle est la vénération qu'il a inspirée, que toutes ces victimes vont avec joie à la mort et regardent comme la distinction la plus honorable et la récompense la plus belle de leur fidélité 1 d'être choisies, pour accompagner leur maître au tombeau. Ainsi l'on voit établi chez les Natchez un despotisme parfait avec tout son cortége de superstition, d'arrogance et de cruauté; et par une singulière fatalité, ce peuple a éprouvé toutes les calamités qui appartiennent aux nations policées, quoiqu'il n’ait pas fait dans les arts et dans la civilisation beaucoup plus de progrès que les tribus dont il est entouré.
A Hispaniola, à Cuba et dans les grandes îles, les caciques et les chefs jouissaient d’un pouvoir fort étendu , et leur dignité se transmettait par droit héréditaire du père au fils, avec les honneurs et les prérogatives distinguées qui, y étaient attachées. Les, sujets avaient un grand respect pour leur chef, et se soumettaient à ses ordres sans réserve et sans résistance 2. Les caciques étaient distingués par des ornemens particuliers; et pour augmenter et maintenir la vénération des peuples, ils avaient eu l'art d'appeler la superstition au secours de leur autorité, Ils présentaient leurs commandemens comme les oracles du ciel, et prétendaient être doués du pouvoir de régler les saisons, et de dispenser le soleil et la pluie, selon que leurs sujets en avaient besoin.
Daus quelques parties du continent l'autorité des caciques semble avoir été aussi étendue que dans les iles. Dans Bogota, qui est aujourd'hui une province du nouveau royaume de Grenade, il y avait une nation plus nombreuse. et plus avancée dans les différens arts qu'aucun autre peuple d'Amérique, à l'exception des Mexicains et des Péruviens. Elle subsistait principalement
? Dumont, Mém. hist, sur la Louisiane, 1, 175. Charlevoix, Æist, de la Nouv. -Franc., I, 419, etc. Lettr. édif., 20, 106, 111.
* Herrera, Decad. 1, lib.1, cap. xvr; lib. 15, Cap. XV, pag. 58. Vie de Colomb, chap. xxx. :
du produit de l'agriculture. L'idée de propriété y était établie, et les droits en étaient maintenus par des lois, transmises par tradition et observées ayec un grand soin. {. Ce peuple vivait dans de grandes villes; il était vêtu d’une manière convenable, et il avait des maisons qu'on pouvait regarder comme commodes en comparaison de celles des nations qui l’environnaient. Cette civilisation extraordinaire avait produit des effets sensibles. I y avait une forme régulière de gouvernement et un tribunal établi pour connaître des différens crimes et les punir avec sévérité. On y connaissait la distinction des rangs. Le chef, à qui les Espagnols donnaient le titre de monarque, et qui méritait ce nom par l'appareil et l'étendue de son autorité, gouvernaît avec un pouvoir absolu. Il avait des officiers de différens grades, et il ne paraissait jamais en public sans une suite nombreuse : il était porté avec beaucoup de pompe dans une espèce de palanquin, précédé par des coureurs qui allaient en avant pour faire nettoyer la route sur son passage et la joncher de fleurs. La dépense de cette pompe extraordinaire se prenait sur les impôts et sur les présens qu’il recevait du peuple, pour qui ce prince était un objet de vénération si imposant que personne n’osait le regarder en face, ni même s'approcher de, lui autrement. qu'en détournant le visage 2, 11. y avait sur le même continent d’autres tribus moins avancées dans la civilisation .que le peuple de Bogota, chez lesquelles cependant l’esprit de liberté et d’indépendance, si naturel à l’homme sauvage, était déjà soumis à une sorte de police, et qui avaient des caciques revêtus d’une autorité assez étendue.
IL n'est pas aisé d'indiquer les circonstances ni de démêler, les causes qui ont contribué à introduire et à établir parmi ces peuples une forme de gouvernement si différente de celui des tribus qui les environnent, et si opposé au génie des nations sauvages. Si les hommes qui ont eu occasion de les observer dans leur état primitif, y avaient apporté plus d'attention et. de discernement, nous aurions pu en recevoir des lumières suffisantes pour nous guider dans cette recherche. Si d’un autre côté l'histoire d’un
1 Piedrahita, Æist. de las conquistas del nuevo reino de gran., pag. 46.
2 Herrera, Decad. Vi, lib. 1, cap. 1; lib. V, Cap. LvI. Piedrahita, cap. v, p. 25, etc. Gomara, Æist., cap. Lxxu.
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1; lib. vV, Cap. LVI.
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peuple à qui l'usage de l'écriture est inconuu , n'était pas enveluppée de ténèbres impénétrables, nous pourrions tirer de cette source quelques éclaircissemens. Mais nous ne pouvons rien recueillir de satisfaisant ni des relations des Espagnols, ui des traditions même des habitans; il faut ayoir recours aux conjectures pour expliquer les irrégularités qui se présentent. dans l'état politique des peuples dont nous parlons, Comme toutes ces tribus, qui avaient déjà perdu leur liberté et leur indépendance naturelle, étaient situées sous la zone torride ou dans des pays qui en sont voisins, on peut supposer que le climat a contribué à les disposer à cet état de servitude, qui semble être la destinée de l’homme dans ces régions de la terre. Mais quoique l’influence du climat, plus puissante que celle d’aucune autre cause naturelle, ne doive pas être négligée, cette circonstance seule.ne peut cependant pas suffire pour donner la solution du problème. Les actions des hommes sont si compliquées qu’il ne faut pas se hâter d'attribuer à un seul principe la forme particulière qu’on leur voit prendre. Quoique le despotisme ne se trouve en Amérique que sous la zone torride et dans les pays chauds qui l’avoisinent, j'ai déjà observé que ces pays sont habités par différentes tribus, dont les unes jouissent d’une. grande liberté, et les autres ne sont soumises à aucune espèce de police. L'indolence et la timidité particulièresauxhabitans des Îles les rendaient tellement incapables des sentimens et des efforts nécessaires. pour, rester dans l'indépendance, qu'il serait inutile de chercher quelque autre cause de leur lâche soumission à la volonté d'un, chef. La servitude des Natchez. et des habitans de Bogota semble avoir été un effet naturel de la différence qu’il y avait entre leur état et celui des autres Américains. Ils formaient des nations fixes, résidant constamment, Gans, le: même lieu. La chasse n’était point la principale occupation des premiers , et les derniers ne paraissent pas avoir compté sur celte ressource pour en faire un moyen de subsistance. Les uns et les autres avaient fait assez de progrès dans Y'agriculture et dans les arts, pour avoir pu introduire dans leur policeune idée plus ou moins précise de la propriété. Dans cet état de société, l’avarice et l'ambition ont déjà des ‘objets sur lesquels elles peuvent exercer leur influence. Des
: vuesd’intérêtattirent leshommes égoïstes ; le dé-
sir de la prééminence excite les esprits entrepre-
| nans : les uns et les autres aspirent à la domi- | nation, et des passions inconnues à l'homme
sauvage les portent à empiéter.sur les droits de leurs concitoyens. Des motifs. qui sont égaler ment, étrangers à toutes les nations sauvages obligent le peuple à se soumettre sans résistance à l'autorité usurpée de ses supérieurs; mais parmi ces nations mêmes, on n'aurait pas pu, sans le secours de la superstition, rendre l’esprit des peuples si docile et le pouvoir des chefs si étendu, C’est la fatale influence de la superstition qui, à tous les degrés de la. société, abaisse et dégrade l'esprit humain, brise sa vigueur et son indépendance naturelle. Quiconque sait manier cet instrument redoutable est.sûr de dominer sur son espèce, Malheureusement pour les peuples dont les institutions sont l'objet de nos recherches, ce pouvoir était entre les mains de leurs chefs. Les caciques. des îles pouvaient faire parler comme il leur plaisait, leurs cémis ou divinités, et c'était par leur interposition. et en leur nom qu’ils imposaient des tributs et des charges sur le peuple !. Le grand chef des Natchez était le principal ministre, ainsi que le représentant du soleil qwils adoraient, Le. respect que le peuple de Bogota avait pour. ses monarques était dicté par la religion ; l'héritier appa-, rent du royaume était élevé dans l’intérieur du temple principal, sous une discipline austère et avec des cérémonies particulières, propres à ins pirer à ses sujets la plus haute opinion.de la sainteté de son caractère et de la dignité de sa. place?. Ainsi la superstition, qui, dans les premiers périodes de la société. est entièrement in connue , ou qui épuise toulesa force en pratiques vaines et puériles , avait déjà pris un empin. marqué sur les peuples américains qui avaienf. fait quelques progrès vers la civilisation; ain. c'était déjà le principal instrument qui avait serv à plier leur âme à une servitude prématurée ; et dès le commence nent de leur carrière politique. elle les, avait soumis à un despotisme presque aussi rigoureux que celui qui opprime les nations dans le dernier période de leur corruption et de leur décadence.