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du fanatisme , comme une effervescence de l'esprit humain , on me saura peut-être quelque jjrê du détail dans lequel je suis entré pour faire connaître l'activité et le zèle avec lesquels nos ancêtres se portèrent à embrasser les opinions des protestans, et à en favoriser la propagation : on pourra penser qu'il n'était pas tout-à-fait inutile de montrer que des motifs seuls d'une politique toute naturelle les y portèrent, et qu'ils étaient suffisant pour leur inspirer cette ardeur. Je quitte ma digression , et je reprends le fil de l'histoire.
La reine, élevée à la régence, paraissait transportée hors d'elle-mèmc. On la vit bientôt sortir des Inrncs de cette prudence et de cette modération qu'on avait tojours aperçues dans son ca- • ractère. Elle débuta , dans son administration , par donner plusieurs places de confiance et de dignité à des étrangers : démarche qui ne put avoir que des conséquences fâcheuses , tant parce que les étrangers ne sont point capables de mettre la vigueur nécessaire dans l'exercice de ces emplois qu'à cause de la jalousie que de pareilles promotions excitent parmi les naturels du pays. Vilmot fut fait contrôleur des finances, et eut le maniement des revenus publics; Bonot fut nommé gouverneur d'Orfcney; Hubay fut honoré de la garde du grand sceau et du titre de vice-chancelier1. Les Écossais furent saisis d'indignation en voyant les places de la plus grande importance, de la plus grande autorité, livrées à des étrangers. Ils publiaient que la reine, paé ces promotions, faisait insulte à leur capacité et à leur courage, en les regardant 4»mmc incapables de ces offices que leurs ancêtres avaient remplis avec tant de dignité, et en leursupposant assez de lâcheté et de soumission pour ne point se plaindre d'un affront qui, dans les siècles passés, n'aurait pas été souffert avec impunité.
Dans cette chaleur des esprits , un incident indis|H>sa plus que jamais les nobles contre les conseils de la France. Depuis les fameux démêlés entre les maisons de Valois et de Plantagenct, les Français avaient pris l'habitude de donner des affaires aux Anglais, et de les obliger à partager leurs forces par des incursions subites et formidables des Écossais leurs alliés.
I ficsly, de Keb. gesl icot., 189,
Mais comme ces incursions tournaient rarement à l'avantage réel de l’Écosse , et l'exposaient au ressentiment dangereux d'un voisin puissant , les Écossais commencèrent à devenir moins traitables, et i faire difficulté de servir un allié ambitieux au prix de leur tranquillité et de leur propre sûreté. Les changemens qui s'introduisaient de jour en jour dans l’art de la guerre , rendaient aussi les secours des Écossais moins intéressans pour les monarques français. C'est par cette raison qn'Hcnri 11, déterminé à déclarer la guerre à Philippe II, et prévoyant que la reine d’Angleterre prendrait part à la querelle de son mari , fut très empressé de s’assurer en Écosse du secours de quelques troupes qui fussent plus à son commandement qu'une armée indisciplinée conduite par des chefs absolument indépendans. la reine régente, pour seconder les vues de la France, mais sous prétexte de délivrer les nobles de la dépense et du danger de garder les frontières, proposa au parlement de dresser un état de la valeur des terres dans tout le royaume, d’imposer sur chacune une taxe médiocre, et d'en appliquer le produit au paiement d’un corps de troupes réglées toujours sur pied. Cette sorte d’imposition permanente sur les terres, introduite dans presque toutes les parties de l’Europe pour subvenir à l’augmentation des dépensesdu gouvernement, était alors une chose inconnue dans un gouvernement féodal,et qui paraissait tout-à-fait incompatibleavec l'esprit delibertéetd'indcpendanccqui y régnait. Rien ne pouvait être plus offensant pour une noblesse brave et généreuse que la proposition de confier à des bras mercenaires la défense de ces pays acquis et conservés au pris du sang de leurs ancêtres : aussi Fut-elle rejetée avec une extrême indignation. Près de trois cents petits barons se rendirent en corps chez la reine régente, et lui dirent leur sentiment sur l'innovation projetée , avec cette hardiesse mâle et déterminée si naturelle à uq peuple libre, dans un siècle où tout ne respirait que la guerre. La reine, alarmée de ces remontrances Faites avec vigueur, et soutenues par une troupe aussi formidable, abandonna prudemment un projet qui révoltait tous les esprits. Comme on savait que cette princesse connaissait parfaitement les sentimenset le génie de la nation, l'iniquité de cette entreprise fot absolument rejetée sur les sug-
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H estions et les conseils de l'étranger, et les Écossais parurent disposes à se porter aux dernières extrémités pour en tirer vengeance.
I. es Français, au lieu d'éteindre cet incendie, y donnèrent encore de l'activité. Ils avaient déjà commencé les hostilités contre l'Espagne, et Philippe avait obtenu de la reine d'Angleterre, qu’elle lui donnerait un gros corps de troupes pour renforcer l'armée espagnole. Henri , pour enlever ce secours au roi d'Espagne , eut recours aux Écossais, ainsi qu'il l'avait projeté , et essaya de les engager à faire une invasion en Angleterre. Mais comme les Écossais n'avaient rien à craindre de la reine Marie, éloignée de tous projets d'ambition , nullement disposée à inquiéter ses voisins , et uniquement occupée de ramener dans le sein de l'Église ses sujets hérétiques, les nobles assemblés par la reine régente à Mcwbottle reçurent avec froideur les invitations du monarque français , et refusèrent prudemment d'engager le royaume dans une entreprise si dangereuse et si peu nécessaire. I a reine régente, déchue de l'espérance de persuader les nobles , vint à bout de son dessein par un stratagème. Malgré la paix établie entre les deux royaumes, elle commanda à ses troupes françaises de relever près de Berwick quelques petits forts dont on avait stipulé la démolition par le dernier traité. La garnison anglaise de Berwick fit une sortie, interrompit les ouvrages, cl ravagea tout le pays des environs. Cette insulte provoqua l'esprit altier des Écossais. L'ardeur de repousser la moindre apparence d'injure faite à la nation fit évanouir en un instant ces résolutions sages et pacifiques qu'ils venaient de former. La guerre fut décidée, et les ordres aussitôt donnés pour lever une armée nombreuse. Mais avant que leurs forces fussent rassemblées, la chaleur de leur ressentiment eut le temps de se refroidir, et les Anglais ayant fait connaître qu'ils n'étaient pas dans l'intention de poursuivre la guerre avec vigueur, les nobles reprirent leur système pacifique, et se déterminèrent à se tenir toujours sur la défensive. Ils s'avancèrent sur les Imrds de la Twede 1 , ils se prémunirent contre les incursions
’ Twede miTunvrde, rivière de ff russe méridionale. File traverse la Twedalc.à laquelle elle tait porter sou nom : ensuite elle rouie entre la luiudrrdal et la Merrbe quelle laisse au nurd, et ta Tvvedale avec le ISortbuui-
D'ÊCOSSE. (1557]
de l'ennemi , et après avoir fait tout ce qu'ils jugèrent nécessaire pour la sûreté et l’honneur de la patrie, ni les supplications ni les artifices de la reine ne purent jamais engager à faire un seul pas en avant.
Pendant que les Écossais persistaient ainsi dans leur inaction , d'Oyscl , qui commandait les troupes de France, ctqui avait toute la confiance de la reine régente, essayait, de concert avec elle , d’engager les deux nations dans de nouvelles hostilités. Sans égard pour les ordres contraires du général écossais , il passa la Twede avec ses soldats , et fit. l'investissement de Wcrk, place où les Anglais avaient une garnison. las Écossais , bien loin de seconder son entreprise, furent extrêmement irrités de sa présomption. On soupçonnaildepuis long-temps la reine de partialité pour la France. On vit alors clairement quelle se jouait des intérêts de l’Écosse, et qu'elle en sacrifiait la paix et la sûreté aux prétentions ambitieuses d'un allié entreprenant. Sous le gouvernement féodal , les sujets étaient accoutumés à faire , dans des camps, à leurs souverains, les remontrances les plus hardies, lorsqu'ils étaient sous les armes, ils sentaient toute leur force ; toutes leurs représentations avaient alors le ton et l'autorité d'un commandement. Dans cette occasion , l’indignation des nobles éclata avec une telle violence, que la reine, apercevant qu'elle tenterait en vain de les engager à agir, se hâta de licencier son armée; elle se retira ensuite avec la honte et le dépit de voir son autorité méprisée, et sans avoir pu rien faire eu faveur de la France.
Il est à observer que cette première marqua de mépris |iour l'autorité de la reine régente ne peut en aucune manière être imputée aux influences des nouvelles opinions en matière de religion. las prétentions de la reine à la régence avaient été principalement appuyées par ceux qui favorisaient la réformation, et comme elle avait toujours besoin d'eux pour cuntrc-balancer l’autorité de l'archevêque de Saint-André et des partisans de la maison d'Ilamiltnn , elle avait alors pour eux beaucoup d’égards ; elle les favorisait, et leur accordait une confiance particulière. Kirkaldy de Grange et les autres
berland qui restent au midi, et elle se décharge dans ta mer à Berwick.
assassins du cardinal Beatoun , qui vivaient encore , furent , vers ce même temps , rappelés de leur exil, la faveur de la reine récente procura aux prédicateurs protestans un intervalle de tranquillité qui fut d'un grand avantage pour leurs opinions. Les protestans, flattés de ces marques de modération et d’humanité de la reine , laissèrent aux autres le soin de faire les remontrances, et les chefs du parti opposé leur enseignèrent les premiers à lutter contre les volontés du souverain.
Cependant la reine régente apercevait que son autorité serait toujours précaire et limitée tant qu’elle serait subordonnée à l'équilibre des factions contraires. Elle songea à l’établir sur des fondemens plus fermes et plus étendus , en accélérant la conclusion du*mariage de sa Allé avec le dauphin. La reine d'Écosse était dans la fleur de la jeunesse : elle en rassemblait toutes les grâces et tous les agrémens : elle ajoutait â la monarchie française un royaumed’une étendue considérable ; cependant on ne manqua pas de raisons à la cour de France pour dissuader le roi du mariage projeté. Le connétable de Montmorency, jaloux du nouvel éclat que cette alliance donnerait aux princes lorrains, avait employé tout son crédit pour la traverser. 11 avait représenté l’impossibilité de maintenir l’ordre et la tranquillité chez un peuple remuant pendant l’absence du souverain, et en conséquence il conseillait au roi de marier la jeune reine â un des princes du sang qui , résidant en Écosse , pourrait conserver ce royaume à la France comme un allié très utile; au lieu que par le mariage avec le dauphin , l’Écosse deviendrait une province séditieuse et difficile â gouverner Mais le connétable était alors prisonnier entre les mains des Espagnols, et les princes lorrains étaient au comble de la gloire. Leur crédit , secondé par les charmes de la jeune reine, prévalut sur les sages avis d'un rival jaloux , mais prudent.
Henri s’adressa en conséquence au parlement d’Ecosse , qui nomma huit de ses membres 1 pour représenter toute la nation au mariage de
1 Melvil, ftem., 15.
’ Ces huit personnes étaient : l'archevêque de Glasgow, l'évéque de Ross , l'évêque d’Orltney , tes comtes de Kotheset Cassils, te lord Kteeming, le prieur de Saint André , et Jean Krskiue de Dun.
la reine. Parmi ceux à qui on confia ce'tlc fonction honorable , il y avait quelques protestans déclarés, et même des plus zélés pour la réformation ; ce qui fait connaître le degré de considération où ce parti était parvenu dans le royaume , et jusqu’à quel point il s’était concilié la bienveillance du peuple. On a conservé les instructions que le parlement donna à ses commissaires 1 ; elles font honneur à la sagesse et à la droiture de cette assemblée. Iæs députés donnèrent, en ce qui concernait les acticles du mariage, les preuves d’un zèle très louable pour la dignité et les intérêts de leur souveraine ; mais ils prirent en même temps toutes les précautions que la prudence peut suggérer pour conserver la liberté et l’indépendance de la nation , et pour assurer la succession de la couronne à la maison d’Hamilton.
Les Ecossais obtinrent, par rapport à ces deux points , tout ce que leur crainte ou leur jalousie pouvaient exiger. La jeune reine , le dauphin et le roi de France ratifièrent tous les articles avec les sermens les plus solennels, et les confirmèrent par des actes en forme, signés de leur main et scellés de leurs sceaux. Mais tous ces bons procédés apparens de la part de la France n’étaient qu’un jeu , qu’une fourberie étudiée et masquée avec art. Avant que de passer toutes ces transactions publiques avec les députés d’Ecosse, on avait persuadé à Marie de signer en secret trois actes également injustes et non valables. l-a reine y déclarait, qu’au défaut d’héritiers provenus de son mariage, elle donnait le royaume d’Ecosse , avec tous les aecroisscmcns présens ou à venir, par héritages ou successions, en pur don à la couronne de France, déclarant milles et non obligatoires toutes promesses à ce contraires , que la nécessité de scs affaires ou les sollicitations de ses sujets auraient pu ou pourraient par la suite lui extorquer2. Cette circonstance nous offre le lablrau au vrai de la cour de France sous le règne d’Henri 11 , et il est encore à propos d’observer que les personnages qui jouèrent les rôles principaux dans cette trame de perfidie et de déshonneur furent le roi luimême, le garde des sceaux , le duc de Guise et le cardinal de Lorraine. La reine d'Écosse est la
1 Keith, Jppetul. , 13.
’ Corps iliplomal. , Iota. V, 21. Keith , 73.
seule qu'on puisse excuser dans celte scène d'iniquitè. Sa jeunesse, son manque d'expcricnce, son éducation en pays étranger , et sa déférence pour les volontés de tes oncles, doivent, au jugement de ceux qui seront exempts de partialité , la justifier pleinement dans cette occasion.
Ce don que Marie fit à des étrangers de ses héritages et de son royaume fut caché à ses sujets avec le plus grand soin. Il parait néanmoins qu'ils n'ignoraient pas tout-à-fait le dessein que la France avait formé de renverser l'ordre de succession au royaume d'Écosse au préjudice du duc de Chatellcrault. Le zèle de l'archevêque de Saint-André, qui cherchait A eontreminer tous les projets de la reine régente, provenait manifestement des craintes et des soupçons que ce prélat judicieux avait sur ce point1.
Cependant le mariage fut célébré avec pompe et magnificence, et les Français, qui avaient jusqu'a'orsaffeclédc cacher leurs vues sur l' Écosse, commencèrent à dévoiler leurs intentions et à suivre leurs projets sans aucun déguisement. Dans le traité du mariage, les députés avoient consenti que le dauphin prit le nom de roi d'Écosse. Ils ne regardaient ce nom que comme un litre d’honneur; mais la France entreprit d'y attacher des privilèges et une autorité plus réelle. File demandait que ce titre accordé au dauphin fût reconnu publiquement; que la couronne matrimoniale lui fût conférée, et qu'on réunit en sa personne tous 1rs droits appartenant au mari d'une reine. Suivant les lois de l’Écosse, lorsqu'un homme épousait une héritière, le mari restait pendant toute sa vie en possession des biens s’il survivait à sa femme, et aux enfans nés de ce mariage2 ; cela s'appelait la courtoisie d'Écosse. Le but de la France était de tirer avantage de cette loi , qui ne regardait que les héritages des particuliers, et d’en faire l'application à la succession du royaume; il parait même que ce projet était renfermé implicitement dans la demande que les Français avaient faite de la couronne matrimoniale , expres-
1 Ver* ce temps-lit la France paraissait avoir quelque envie île faire revivre les prétrmions du comte de (.eiinos a la succession du royaume d'Écosse, pour intimider et alarmer le duc de Uiatellerault. Haynes, 215, 219. fortes, Cotisa. , vol. 1 . 189.
’ fii’lj. maj. lib. 11,38.
, sions familières aux historiens d’Écosse, mais I dont ils ont négligé de donner l’interprétation. : Les Français, qui s'attendaient avec raison A rencontrer beaucoup de difficultés dans l’exécution de ce projet, commencèrent par sonder les députés qui étaient alors à Paris. Les Anglais , dans les articles du mariage de leur rrine avec Philippe, roi d'Espagne, avaient donné A ce siècle un exemple des soupçons et de la circonspection que la prudence exige lorsqu’un étranger reçu dans un royaume s’avance aussi près du trône. Les expressions mesurées que les députés d'Écosse employèrent dans le serment de fidélité fait au dauphin sont remarquables, et prouvent qu’ils étaient pleins de ces mêmes idées1, leur réprçisc aux sollicitations de la France fut très respectueuse, mais ferme, et ils déclarèrent nettement qu’ils ne consentiraient jamais A rien qui pût altérer l'ordre de la succession établi pour le royaume d'Écosse.
Quatre de ces députés2 moururent avant que de retourner en Écosse. On crut généralement qu'ils avaient été empoisonnés, et on publia que ce crime avait été commis par des émissaires de la maison de Guise. Les historiens de toutes les nations sont d’une crédulité étonnante pour les faits de cette espèce; comme ces traits d'histoire flattent la malignité de quelques hommes et la passion de tous pour le merveilleux , on voit que dans tous les temps ils ont été saisis avec avidité, adoptés sans examen, et crus contre toute raison. Ce bruit se répandit en Écosse et y prit faveur. Il était naturel aux Écossais, animés contre les princes lorrains, de se prêter à ces soupçons, qui étaient d’ailleurs fortement autorisés par le caractère de ces princes , ou'on accusait d’être peu scrupuleux sur la justice de leurs vues, et peu délicats sur le choix des moyens. Cependant on doit observer, pour l'honneur du genre humain, qu'il ne serait pas possible d’imaginer le motif qui lesaurait portés A commettre un pareil ciine, et qu'il est également impossible d'en donner des preuves. Mais les Écossais étaient alors tellement prévenus de haines et de préjugés nationaux , qu'ils étaient incapables d'examiner de sang-froid les circonstances du fait , et d’en porter un jugement équi-
1 Keith , A ppc ntl. , 20.
* l/évéque d Orkney, le comte de Rolhes , le comte de Cassils et le lord Fleeming.
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