‹ Œuvres completes de W. Robertson precedees d'une notice (volume 2)Chapitre 11 sur 116 · U VUE II · texte numérisé non relu

U VUE II

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table. Tous les partis s'accordèrent à croire les Français coupables de celte action détestable; l'aversion qu'on avait pour eux augmenta A un point incroyable, et gagna toute la nation.

Les Français, malgré la réception froide que les députés d'Ecosse leur avaient faite lorsqu'ils avaient demandé la couronne matrimoniale , hasardèrent de porter celte même affaire au parlement de la nation. Les partisans de la maison d'Ilainilton, qui soupçonnaient la France d'avoir des vues sur la succession , s’y opposèrent avec beaucoup de zèle. Mais un parti que la faiblesse et l'inconstance de son chef avaient beaucoup décrédité était peu capable de résister au crédit de la France et à l'habileté de la reine régente, secondés dans celte occasion parles partisans nombreux de la réfbrmalion. La reine eut l'adresse de donner aux demandes de la France une tournure moins choquante , et elle y mit tant de restrictions, qu’elles paraissaient être de peu de conséquence. las Écossais séduits par ces artifices, ou délivrés de leurs craintes, curent la complaisance pour la reine, de passer un acte par lequel la couronne matrimoniale fut accordée au dauphin, et la faiblesse de se fier à de vaincs assurances de mots et de statuts pour se garantir des accroisscmcns d'un pouvoir dangereux1 II.

Ce concours des protestans avec la reine récente pour Favoriser les desseins de la France, |>endant que le clrr|;é papiste, animé par l’arrhevêquede Saint-André , s'v opposait de toutes ses forces 3 , est une de ces circonstances remarquables dans la conduite des deux partis, une de ces singularités dont cette période est remplie. On peut jusqu'à un certain point les attribuer à la politique de la reine récente, mais encore plus à la modération de ceux qui favorisaient la réforme. Les protestans étaient alors

I L'acte du parlement fut dressé arec la plus grande attention , din* In vu* de prévenir toute entreprise contre l’ordre de *urre**ion. Mai* le duc de Chatellerault ne *<* contenta point de cette assurance , et fit une prote*lation solennelle pour la conservation de son droit. Keith, 76.

II eut certain que le duc soupçonnait le* Français de tramer contre lui, et de vouloir le priver de «on droit de succession. En effet, ni la France n’avait pa* eu quelques vue* de cette e*pcce , la vivacité qu’elle mettait dan* la demande de cette couronne matrimoniale était une puérilité

i Melvil, V.

presque égaux aux catholiqurs, tant pour le nombre que pour la puissance; ils sentaient leur force, et souffraient impatiemment de voir les ecclésiastiques armés de l'autorité de la loi ancienne, exercer sur eux un pouvoir tyrannique. Ils désiraient avec passion de se sou^raire à une juridiction qui les opprimait , de pouvoir enseigner publiquement leurs opinions, et exercer un culte qu'une grande partie de la nation regardait comme fondé sur le vrai, et comme agréable à Dieu. Ils n'avaient que deux moyens [mur obtenir cette tolérance, à laquelle les prêtres opposaient tout le poids de leur autorité, ou de 1'arracber par force des mains du souverain, ou de se prêter prudemment aux vues du prince , et d'obtenir ainsi sa faveur, ou de le mettre nu moins dans le cas de la reconnaissance. Le premier de ces expédiens n’était guère praticable. Une nation ne se porte point tout d'un coup à la violence pour obtenir le redressement de scs griefs, et des sujets se liasardrnt rarement à résister à leur souverain ; c'est le dernier remède; il ne s'emploie que dans des ras d'une extrême nécessité. Les réformateurs s'al tachèrent donc à mériter la protection de la reine, en lui donnant des preuves de leur zèle pour l’avancement de scs desseins. La reine eut grand soin de les entretenir dans ces dispositions; elle sut les .amuser avec tant d’art, par des promesses et par des grâces, qu'avec leur assistance elle vint à bout de surmonter dans le parlement la fiircc de cette jalousie nationale et peut-être louable, qui sans cela y aurait prévalu à la pluralité des suffrages.

Une autre circonstance contribua encore à donner à la régente celte grande influence dans le parlement. En Écosse la nomination de tous les évécllés et de toutes les abbayes qui donnaient séance au parlement appartenait à la couronne '. La reine , depuis son avènement A la régence , avait gardé entre ses mains presque tous les bénéfices de cette espèce qui étaient venus à vaquer, à l’exception de ceux qui avaient été conférés à des étrangers au graud déplaisir de la nation. Le cardinal de Lorraine, frère de la reine régente , avait obtenu les abbayes de Kelso et de Melrose, deui des plus riches bénéfices du royaume1. La reine, par cette conduite,

1 Voyez 11», v . * Lcsly, 202.

avait affaibli le banc des ecclésiastiques qui était entièrement û la dévotion de l'archevêque de Saint André, et qui, par le nombre et l’autorité , avait ordinairement beaucoup de |K>ids dans les délibérations de la chambre : ce banc était alors si peu nombreux , que toutes ses oppositions ne pouvaient être que d'une très petite conséquence t.

I>c comte d'Argyll et Jacques Stewart , prieur de Saint-André, deux des chefs des prnteslans , l'un le plus puissant , l'autre le plus agréable au peuple, furent nommés pour porter au dauphin la couronne et les autres marques de la royauté. Mais ils furent bientôt appelés sur un plus grand théâtre, et ils y jouèrent un rôle bien plus intéressant.

Avant que d'entrer dans le récit de ces événemens , il est J propos d’observer que le 1 7 de novembre, Marie, reine d'Angleterre, termina ses jours. Son règne fut court et peu glorieux. Sa su*ur Élisabeth prit possession du trône sans aucune opposition, et la religion protestante fut alors établie en Angleterre, et autorisée par les lois. Toute l'Europe portait des regards attentifs sur l'avénement d’une reine qui par sa conduite dans des circonstances très difficiles avait annoncé ces grandes qualités qui se développèrent dans la suite, et donnèrent â son règne tant de célébrité. Les deux partis en Écosse ob-’ servaient avec le plus grand intérêt ses premières démarches, et pensaient bien qu’ils ne seraient pas long-temps spectateurs indifférons de tout ce qui se passait en Angleterre.

Cependant l’établissement de 13 réformation en Écosse avançait tous les jours, malgré les efforts qu’on faisait pour la décourager et l’opprimer. Toute la Basse-Ecosse, la partie du royaume la plus peuplée, et alors la plus belliqueuse, était fortement imbue des opinions protestantes : et si les mêmes impressions n'avaient pas gagné les comtés plus éloignés , ce n'était pas que les dispositions des peuples ne fussent partout les mêmes , mais la rareté des prédicateurs qui , malgré leur zèle infatigable, ne pouvaient pas suffire J l’avidité de ceux qui désiraient leurs instructions. la conduite paisible et régulière d’un corps aussi nombreux que le parti proies-

1 On voit par la li*te de* membres de ce parlement que Lesly appelle l’un de* plus eoinplei*, qu'il n’y avait de présens que sept évéques et seize abbés.

tant , est une chose bien surprenante chez un peuple tel que les Écossais, élevé dans les armes, prompt J se mutiner, et dans un siècle oô le goût pour la controverse, devenu passion, s’était emparé de l’esprit humain , le remuait et l'agitait avec tant de violence. Depuis la mort de M. Patrick Ilamilton, le premier qui souffrit en Écosse pour la religion protestante, trente années s'écoulèrent sans qu'011 vit pendant un si long espace de temps, l'ordre ou la tranquillité publique troublés en aucune manière par les réformés *. En bute aux plus cruels excès de la tyrannie ecclésiastique, ils ne se laissèrent jamais transporter par la colère hors des bornes du devoir que la loi prescrit A des sujets. Ij prudence de leurs chefs, la protection que la reine régente leur accordait par des vues de politique , jointes â la modération de l'archevêque de Saint -André, les entretenaient dans ces dispositions pacifiques. Ce prélat , que les historiens contemporains accusent de grands désordres dans sa vie privée *, gouverna l’église pendant quelques années avec une douceur et une prudence dont on voyait peu d'exemples dans ce siècle. Mais quelque temps avant la tenue du dernier parlement, l'archevèqucs’était départi de ces maximes d'humanité qui avaient jusque alors fait la règle de sa conduite. Soit pour foire dépit J la reine, qui était dans une union très étroite avec les protestans, soit par complaisance pour son clergé qui l’importunait de sollicitations, il se livra à toute la rage de la persécution contre les réformés. Un prêtre fort âgé, accusé d’avoir embrassé les opinions des protestans , fut condamné au feu , et on somma plusieurs autres, accusés du même crime , de comparaître devant une assemblée du clergé , qui devait être bientôt convoquée à Edimbourg.

Il serait impossible d’exprimer l'horreur dont les protestans furent saisis â cette exécution barbare et imprévue : on ne peut la comparer qu'au zèle avec lequel ils embrassèrent la défense d’une cause qui paraissait alors dévouée à la destruction. Ils eurent aussitôt recours à la reine régente ; et comme son crédit dans le parlement ,

1 laf meurtre du cardinal Beatoun fut la suite d'une vengeance particulière. Comme ce crime ne fut commis que par seize personnes, on ne peut pas avec justice l'imputer à tout le parti protestant.

* Kuox , Buchanan , Keilb , 208.

qui était sur le point de s'assembler, dépendait | de leur concours et de leur assistance , non-seulement elle Ips mit à couvert de l'orage qui les menaçait , mais même elle leur permit l'exercice de leur religion avec plus de liberté qu'ils n'en avaient eu jusqu'alors. Les protestans ne voulurent point s'en tenir à celte liberté précaire, et ils travaillèrent à en rendre la possession plus assurée et plus indépendante. Dans cette vue ils résolurent de présenter une requête au parlement pour réclamer la protection des lois contre le pouvoir exorbitant, la juridiction tyrannique des tribunaux ecclésiastiques, qui , suivant une forme de procédure arbitraire fondée sur leur droit canon, prononçaient des sentences con- 1 Ira ires 5 toute justice, répugnantes à l'humanité. Mais la reine , qui craignait les suites des débats qui pourraient s'élever sur une affaire aussi délicate, et qui prévoyait un soulèvement dépassions fortes et dangereuses, vint à bout de persuader aux chefs du parti de se désister de la requête projetée, en leur renouvelant les promesses de protection les plus solennelles, et en leur représentant, qu’attendu leur nombre et leur pouvoir dans le parlement , ils obtiendraient, selon toutes les apparences, tout ce qu'ils demandaient , ou bien au moins quelque adoucissement à leurs maux.

Les protestans prirent une autre voie, et s’adressèrent 5 l'assemblée du clergé papiste. Mais leur démarche eut le mauvais succès qu'on avait toujours éprouvé lorsqu'on avait parlé de réformation aux ecclésiastiques romains. Abandonner un pouvoir usurpé , renoncer à une erreur lucrative, sont des sacrifices que des particuliers ont offerts à l'amour du vrai dans quelques occasions , mais on ne peut jamais attendre un pareil effort d'une société d'hommes réunis. La corruption d'une telle société favorisée par les avantages que la communauté en retire, justifiée par une pratique générale, est aperçue par tous ses membres sans honte et sans horreur. Jamais la réforme ne peut venir de leur propre mouvement , il faut qu'ils y soient toujours forcés par quelque main étrangère. L’assemblée du clergé romain se gouverna dans ces circonstances suivant ces mêmes principes d'insensibilité et d'infleiibiliié.Joutes les demandes des protestans furent rejetées avec mépris ; le clergé papiste , au lieu de se relâcher prudem-

| ment sur quelques points, et d’essayer de ramener par la douceur un corps aussi nombreux , soutint les maximes de son église, sur quelques articles des plus indifférais, avec une rigueur mal entendue, et qui fournit encore de nouveaux griefs 1 aux protestans.

Pendant que l’assemblée du clergé se tenait, les protestans commencèrent à soupçonner quelque changement dans les dispositions de la régente à leur égard. Son union avec eux depuis quelques années était dictée par l’intérêt : ils croyaient qu'elle leur était attachée par les liens les plus forts d'affection et de reconnaissance; mais ils découvrirent , dans cette occasion , des marques évidentes, non-seulement de froideur, mais même d'un commencement de dégoût et d'aversion. Nos hisloricas , en rapportant ce fait , ne se sont presque attachés qu'à des lieux communs de morale. Ils s’étendent beaucoup sur les influences de la prospérité sur l’esprit humain ; ils dépeignent le changement qu'elle fait dans le caractère, la corruption qu'elle met dans le cœur. La reine, disent-ils, parvenue au dernier terme de son ambition, ne se tint pas longtemps dans les bornes de sa modération accoutumée; l’arrogance ordinaire aux gens fortunés lui fit bientôt regarder avec dédain ceux dont l'assistance luftvait servi à s'élever ù un si haut point d'autorité. Cependant il est certain que la conduite de la reine , dans ces circonstances , ne doit être attribuée ni à la dépravation du cœur humain ni à l'ingratitude de cette princesse; son changement venait d'une source bien différente et bien plus éloignée. C'est ce que nous allons tâcher de développer avec exactitude, pour répaudre la lumière sur toute la suite des événemens.

Les princes lorrains avaient eu jusqu'alors autant de bonheur que d'audace ; mais leur ambition était saus bornes, et était principalement caractérisée par l’étendue immense de leurs projets. Étrangers à la cour de France, leurs grandes qualités les avaient élevés, en fort peu de temps, au plus haut degré de puissance , les avaient placés au-dessus de tous lesautres sujets, les avaient mis sur la même ligneque les princes du sang. L’église , les armées , les finances , étaient sous leur direction. Il ne leur manquait

< Keith, 8t.

que la dignité royale , et ils s'en étaien* fort approchés par le mariage de la reine d'Ëcosse avec le dauphin. Pour flatter leur vanité, et pour rendre leur nièce plus digne de l'héritier présomptif du royaume de France , ils formèrent une prétention à la couronne d'Angleterre, et elle n'était pas toul-à-fait destituée de fondement.

Tout le monde connaît les funestes amours, et les mariages tragiques d'Henri VIII. Ce monarque impatient et despotique , entraîné par le caprice de ses passions et de ses ressentimens , avait répudié ou fait décapiter quatre des six reines qu’il avait épousées. Le parlement , pour fui complaire, avait déclaré par un acte scs deux Allés illégitimes. Cependant, pat une suite de ces boutades et de ces irrésolutions qui faisaient le propre de son caractère, en faisant son testament , dans lequel on l'avait autorisé à régler l’ordre de la succession , il appela ses deux filles au tronc, après la mort de leur frère Édouard. Par ce même acte, il donna l’exclusion à la postérité de sa soeur aînée Marguerite, reine d’Ecosse, et il flt passer le droit de succéder aux deseendans de sa sœur cadette, lu duchesse de Sliffolck.

En conséquence de ers dispositions , dont la validité fut reconnue en Anglelejïc , mai, qui ne furent jamais adoptées par les éRingcrs, Marie avait régné en Angleterre sans aucune plainte de la part des princes voisins. Mais les mêmes raisons qui avaient favorisé son avènement au trône furent des obstacles à l’élévation de sa sœur Elisabeth , et rendirent la possession de celle-ci précaire et mal assurée. Rome tremblait pour la fui catholique , sous le gouvernement d’une reine protestante , qui possédait de si grandes qualités. La cour d'Espagne était agitée des mêmes craintes. I j France voyait avec indignation un trône auquel la reine d’Écosse avait tant de prétentions, occupé par une rivale, que l'illégitimité de sa naissance aurait dû , suivant l'opinion des bons catholiques, priver de tout i droit à la succession. La haine impuissante du pontife romain , le faible gouvernement de Philippe 11 , ne pouvaient produire aucun effet subit ou dangereux. L’ardeur, l’impétuosité , l'ambition démesurée dcs’princes lorrains , qui gouvernaient alors la cour de France, annonçaient des événemens bien plus décisifs, et bien plus è craindre. Aussitôt après la mort de Marie,

D’ÉCOSSE. [lf>69]

Henri II, encouragé par leurs conseils, persuada à son flls et à sa belle-fille de prendre le titre de roi et reine d’Angleterre , et ils affectèrent de publier cette résolution dans toute l'Europe. Ils se servaient de ce style et de ces dénominations dans tous les papiers publics, dont quelques-uns sont encore existans l. Les armes d’Angleterre étaient gravées sur leur vaisselle, sur leurs monnaies, et ils les portaient dans toutes les occasions. Cependant on n'avait fait aucun préparatif pour soutenir une entreprise aussi imprudente et aussi prématurée. Elisabeth était déjà assise sur le trône; une fermeté d’àme à toute épreuve, secondée par tout l'art de la politique, lui fournissait les moyens nécessaires pour s’y maintenir. Les forces navales de l’Angleterre avaient acquis une grande réputation. La marine de France était absolument négligée, et l'Ecosse était le seul chemin ouvert à celle puissance pour arriver aux pays où régnait Elisabeth. Ce fut aussi de ce côté que les princes lorrains dirigèrent leurs attaques, espérant qu’à l'appui du nom et des prétentions de la reine d’Ecosse ils viendraient à bout de faire soulever les catholiques anglais, alors formidables par leur zèle et par leur nombre, cl aigris au dernier point contre Élisabeth , à cause des changemens quelle avait faits dans la religion du pays.

On ne pouvait espérer aucun secours des protestans d'Ecosse pour détrôner unereinc que toute l'Europe regardait comme le soutien et le plus ferme appui delà réformation; la destruction du pouvoir et de la réputation de ce parti en Écosse était même le premier pas qu’il fallait faire pour se disposer à l'invasion de l'Angleterre. Iæs princes lorrains se déterminèrent par ces considérations à entamer par-là leurs projets; et comme la persécution était le seul moyen connu dans ce siècle pour détruire les opinions nouvelles sur la religion, moyen dicté par l’esprit despotique et sanguinaire de ceux de la communion romaine , ils résolurent de s'en servir, et de se portersur ce point aux dernières extrémités. Lecomte d’Argylle, prieur de Saint- André, et les autres chefs du parti, furent les premières victimes dévouées à la mort 1 , dans l’espérance que cet exemple terrible en impose-

’ Anderson, Diplom. Scot., n01 68 et 164.

* Forbe*, i, 152.

rait à leurs sectateurs. On envoya J cct effet , de la cour de France, des instructions à la reine régente : cette princesse , qui avait de la douceur dans le caractère et de la pénétration , condamnait un projet également violent et contraire aux règles de la saine politique ; une longue résidence en Écosse lui avait appris à connaître le caractère violent et impétueux de la nation ; elle savait que les chefs des protestans étaient puissans , nombreux , et bien venus du peuple ; et elle avait été témoin de l'intrépidité et du courage invincible que la ferveur de religion peut inspirer. En effet, qu’aurait-on gagné à soulever des esprits dangereux, qui jusqu'alors n’avaient pas pu être réprimés par tous les ressorts de la politique? Si la rage et le désespoir s’en emparaient , l’autorité d’une régente aurait été trop faible pour les subjuguer , ou même pour les modérer. Si on appelait des forces étrangères pour étouffer la sédition, cette démarche mettait l'alarme dans toute la nation , déjà irritée contre le pouvoir excessif des Français dans le royaume , et- jalouse de tous leurs projets. Dans le tumulte qui ne pouvait manquer de s’élever à cette occasion , bien loin de pouvoir se flatter d’exterminer les protestans et leur doctrine , il fallait s'estimer heureux si tout l'édifice de l’ancienne église n’était pas ébranlé, et peut-être même renversé jusqu’aux fondetnens. Ces représentations dictées par la prudence ne firent aucune impression sur les frères de la reine régente. Ces princes avides des entreprises les plus périlleuses, inflexibles dans toutes leurs résolutions, insistèrent pour que leur plan fût exécuté en entier et à toute rigueur. Marie passionnée pour les intérêts de la France, et disposée à sacrifier toujours scs sentimens particuliers aux inclinations de scs frères, se prépara à exécuter leurs ordres avec une soumission aveugle 1 ; agissant contre ses propres lumières et contre toutes les règles de la bonne politique, elle devint l’instrument des malheurs de l'Écosse, et de ces guerres civiles qui ne se terminèrent que par la ruine du pouvoir de la France et ]«r la destruction du papisme en Écosse.

Le clergé papiste , sous la conduite de l'archevêque de Saint-André, s’était opposé à tous les

' Melvil, 48. Mém. de Castelnau, dans Jtbb, vol. Il,

desseins de la reine, tandis qu’elle était en concurrence avec le duc de Chatellerault pour la régence. Le premier pas qu'elle fit vers son nouveau système fut de s'attacher à regagner la bienveillance du clergé romain. Cette réconciliation ne fut pas une chose bien difficile, les ecclésiastiques papistes, séparés du reste du genre humain par cette politique hardie et heureuse qui leur a prescrit le célibat, unis entre eux par les liens les plus intimes et les plus sacrés , étaient dans l’usage constant de sacrifier toutes leurs passions secrètes et particulières, à la dignité et à l’intérêt de leur ordre. L’espérance de triompher d’un parti dont ils avaiem tant redouté les accroissemens, ainsi que celle de soutenir leur grandeur tombée en décadence, et de la rétablir sur une base plus assurée, les encouragea , les séduisit au point d'effacer en un instant de leur mémoire toutes les injures passées, et les porta à seconder la reine dans tout ce qu’elle fit pour arrêter les progrès de la réformation. La reine, assurée Je leur assistance, approuva ouvertement les décrets de l'assemblée du clergé, qui condamnaient les principes des réformés , et dans le même temps elle fit publier un édit par lequel il était enjoint aux personnes de tout état et condition de célébrer, suivant le rit romain , la fête de Pâques , qui approchait.

Comme on ne pouvait plus douter des intentions de la reine, les protestans cherchèrent les moyens d’éviter le danger qui les menaçait de si près. Ils chargèrent le comte de Glcncairn et le chevalier Hugues Campbell de Loudon, d'avoir une explication avec la reine , et de lui porter leurs plaintes sur son changement et sur cette sévérité dont leurs anciens services auraient dû les garantir, et à laquelle ils avaient si peu raison de s'attendre, après les promesse» qu’elle leur avait tant de fois réitérées. I j reine, sans user d'aucune dissimulation, sans cherchci à faire l'apologie de sa conduite , leur déclara la résolution où elle était d'extirper du royaume la religion réformée; les députés insistèrent sur ses premiers engagemens , et les lui représentèrent sans aucun détour, mais avec une hardiesse respectueuse. Alors la reine, sortant des bornes do sa modération accoutumée, s'oublia au point de faire parade d’une maxime qui n'es‘ que trop ordinaire aux princes, mais que la prudence devrait leur faire cacher avec le plus grand soin.

« Les promesses des princes ne sont point faites, dit-elle , pour qu’on eu conserve le souvenir avec tant de soin, et on ne doit point en exiger l'accomplissement , à moins qu’elles ne soient conformes il leurs intérêts. »

I j colère, qui avait trahi les scntimrns de la reine, et qui lui avait arraché des expressions si peu mesurées, n’était rien en comparaison de celle dont elle fut transportée lorsqu'elle apprit que l'exercice public de la religion réformée était établi dans la ville de Pertli ; elle leva aussitôt le masque, et ordonna que tous les prédicateurs protestans fussent sommés de comparaître devant une cour de justice indiquée il Stirling pour le 10 de mai. Les protestans, qui , depuis leur union, commentaient alors il être connus sous le nom de congrégation , furent alarmés du danger , mais ils n’en furent point intimidés. Ils se déterminèrent sur-le-champ il ne point abandonner des hommes il qui ils étaient redevables de la connaissance de la vérité, le plus précieux de tous les biens. Il y avait alors une coutume établie en Ecosse, et qui se pratiquait dans toutes les affaires criminelles; elle venait originairement de l’institution du vasselagc et des tribus, et elle avait dans la suite été tolérée par la faiblesse du gouvernement. Toute personne accusée d’un crime était accompagnée au lieu où le jugement devait se rendre, par tous ses amis et adhérons, qui se rassemblaient de tous les coins du royaume. Les réformés, autorisés par cet ancien usage, se ras semblèrent et se mirent en marche vers Stirling pour y assister leurs pasteurs. La rcine.inlimidéeaux approches d'un corps aussi nombreux, quoiqu'il fût sans armes, crut devoir prendre des mesures pour l'empêcher d’avancer plus loin. Ole s'adressa à Jean Erskine de Dun, personnage qui avait dans le parti la plus grande autorité, et elle lui donna plein |>ouvoir de promettre, en son nom, que la procédure criminelle serait arrêtée, si les prédicateurs et leur suite voulaient suspendre leur marche , et ne l>as s'avancer plus près de Stirling. Erskine persuadé de la sincérité de la reine, la servit avec beaucoup de zèle, et les protestans, éloignés de tout acte de violence, écoutèrent avec plaisir des propositions aussi pacifiques. Les prédicateurs restèrent à Pcrth avec quelques chefs du parti; la multitude rassemblée des dif-

férentes parties du royaume se dispersa, et chacun se retira dans le lieu de sa demeure ordinaire.

La reine, malgré celle promesse solennelle, fit appeler en justice, le 10 de mai, ceux qui avaient été assignés, et faute par eux de comparaître, ils éprouvèrent toute la rigueur de la justice, et furent condamnés et proscrits. Marie, parce bas artifice , indigne d’une reine, incompatible avec cette probité qui doit paraître dans tous les traités entre les souverains et leurs sujets, perdit entièrement l'estime et la confiance de toute la nation, ta» protestans , animés également, et par l'indécence avec laquelle on avait violé la foi publique , et par le danger qui les menaçait, se préparèrent à une vigoureuse défense. Erskine, outré d'avoir été l'instrument dont on s’était servi pour tromper ceux de son parti, sortit aussitôt de Slirliug, regagna Pcrth , et alluma encore le zèle de ses associés en leur représentant l'inflexibilité de la reine et la ferme résolution où elle était d’anéantir leur religion.

Ces représentations furent puissamment fécondées par Knox , homme éloquent , et qui possédait l’art d’entraîner le peuple. Knox, conduit prisonnier en France, avec les autres personnes arrêtées dans le château de Saint-André, avait presque aussitôt trouvé le moyen de s’évader. Ensuite résidant tantôt en Angleterre, tantôt en Écosse , il avait à la fin été diassé de ces deux royaumes par le clergé papiste, et forcé de se réfugier à Genève. Il en fut rappelé par les chefs du parti protestant en Écosse. Il se rendit à leurs sollicitations , fit voile vers son pays natal , et y arriva peu de jours avant l’éta blisscment de la cour de justice à Stirling. 11 court aussitôt à Pcrth, dans le dessein de partager les dangers avec ses frères, ou de les aider de scs conseils pour le bien de la cause commune. Il saisit le moment de la fermentation des esprits révoltés de la perfidie de la reine : tout occupé du péril présent il monte en chaire, il s’emporte avec véhémence contre l’idolâtrie , il enflamme la multitude et la porte au dernier degré de rage et de fureur. Immédiatement après le sermon de Knox , un prêtre se mit à décorer un autel, et se préparait â y dire la messe ; cette indiscrétion précipita l’incendie. Le peuple en fureur, sans que rien pût l'arrêter,

court tumuttuairement 5 toutes les églises de la ville, s'y jette en foule, renverse les autels, met en pièces les statues et les images, marche ensuite aux monastères, et dans peu d'heures renverse de fond en comble ces somptueux édifices. Ce soulèvement et ces excès ne furent l'effet d'aucun dessein prémédité, d'aucunes délibérations précédentes; ils furent blâmés parles prédicateurs de la réforme , et condamnés publiquement par ceux qui avaient le plus de crédit et d'autorité dans le parti ; il est certain qu’ils ne pouvaient être regardés que comme j l’effet subit et imprévu d’une rage populaire.

Mais la reine aperçut cet événement sous un point de vue bien différent. Son autorité avait été ouvertement méprisée, les protestans avaient insulté à ce qu'il y avait, suivant ses idées, de plus respectable et de plus sacré dans la religion. Ces raisons la déterminèrent à s'en prendre à tout le parti , et à en tirer une vengeance éclatante. Elle avait déjà fait venir â Stirling les troupes soudoyées par la France; elle y joignit ce qu’elle put faire lever à la hâte en Écosse , et marcha droit i Perth , dans l'espérance d’y surprendre les chefs des protestans avant qu'ils eussent pu rassembler tous leurs gens, qu'ils avaient congédiés imprudemment par trop de confiance en ses promesses trompeuses. On eut bientôt nouvelle à Perth des préparatifs et des menaces de la reine. Les protestans auraientbicn voulu essayer de l'adoucir, soit en s'adressant â elle-même directement, nu par le moyen des personnes qui avaient le plus de crédit â sa cour ; mais la trouvant inexorable , ils prirent avec vigueur toutes les mesures nécessaires pour leur propre défense, leurs adhérens, animés du zèle de religion, empressés de prodiguer leur vie pour une si bonne cause , se rendirent en foule à Perth, mirent bientôt la ville hors de tout danger, et furent même, en peu de jours, en état de se mettre en campagne, et de tenir tète à la reine , qui s'avançait avec un corps de sept mille hommes.

Cependant aucun des deux partis ne s'empressait d'en venir aux mains. La reine craignait l'événement d'une bataille avec des gens exaltés par la ferveur de religion , et qui ne connaissaient plus ni la crainte ni le danger. Les pro- I es tans voyaient avec regret le comte d’Argyll, le prieur de Saint-André, et plusieurs autres

personnes considérables de leur parti , toujours attachés à la reine. Privés de leurs secours et de leurs conseils , ils craignaient le mauvais succès d'un combat qui pouvait entraîner la ruine de leur faction. Ces considérations rendirent l'idée d'un accommodement très agréable aux deux partis ; et il y a lieu de croire qu’Argyll et le prieur, nommés par la reine pour conduire la négociation, désiraient sincèrement la réconciliation. L'arrivée du comte de Clcncairn, qui amena à la congrégation un renfort considérable qu'elle n’attendait point , augmenta encore le désir que la reine avait de la paix. Le traité fut conclu â ces conditions ; qu'on licencierait les deux armées , et que les portes de la ville de Perth seraient ouvertes à la reine ; qu’on indemniserait les habitansde la ville et les autres des dommages qu'ils avaient soufferts dans le dernier soulèvement ; qu'on ne laisserait point de garnison française dans Perth; que les soldats français ne pourraient pas approcher de celte place de plus de trois milles; et qu'on tiendrait au plus tét un parlement pour y terminer tous les différends qui pouvaient encore subsister1.

Les chefs de la congrégation, qui se défiaient de la sincérité de la reine, et qui apercevaient que des concessions extorquées par la nécessité des conjonctures, et si contraires à scs inclinations, ne conserveraient pas long-temps leur validité, firent entre eux une nouvelle association, par laquelle ils convinrent qu’à la première infraction du traité , ou sur la moindre apparence de danger pour leur religion, ils rassembleraient toutes leurs forces, et qu'ils prendraient les ar- * mes pour la défense de ce qu’ils regardaient comme la cause de Dieu et de la patrie.

La reine fit voir par sa conduite que les craintes des chefs des reformés étaient bien fondées et leurs précautions fort sages. Aussitôt que les protestans curent congédié leurs troupes, elle viola tous les articles du traité; elle introduisit des troupes françaises dans la ville de Perth , elle mit â l'amende quelques habitans , elle en condamna d'autres au bannissement; elle priva les magistrats de leurs offices, et, en s’en retournant à Stirling , elle laissa une garnison de six cents hommes, avec ordre de ne permettre l'exercice d'aucune autre religion que delà catholique

> Ktiili, su.

romaine.il parait que la situation de Pcrlli, place assez forte pour ce temps-lit , et la plus commode qu'il y eût dans le royaume pour y tenir une i;ariiison, avait séduit la reine au point de l'entraîner â ce manquement de foi inexcusable, et d'ailleurs mal concerté. Elle lâcha de se justifier, en disant que le corps qu'elle laissait dans l'erth était â la vérité soudoyé par le roi de * France mais qu'il était entièrement composé d'Ecossais.

Les vues de la reine commencèrent â se développer par degrés ; on vit alors clairement que non-seulement la religion était menacée , mais qu'on en voulait encore aux libertés du royaume, et que les troupes françaises étaient les iustrumensdont on devait se servir pour imposer le joug de la servitude et le cimenter. Le génie des Ecossais les portail à la. (pierre, mais la pauvreté de leur pays les mettait dans l’impossibilité de tenir long-temps des armées sur pied. Un corps peu considérable de troupes réglées devenait ainsi formidable à la nation , quoique tout homme y fût soldat. Cependant il serait difficile de déterminer avec certitude le nombre des troupes françaises qui étaient alors en Écosse, et de découvrir dans quel temps et et sous quel prétexte elles revinrent dans le royaume, dont on les avait fait sortir en l'année 1 550. Les historiens contemporains ont souvent été peu judicieux dans le choix des circonstances qu'ilsont transmises û la postérité, pendant qu'ils laissent les siècles suivans dans une entière obscurité sur des faits les plus intéressans et de la plus grande importance. Cependant on peut conjecturer par quelques passages de Buchanan, que les Français et les Écossais soudoyés par la F rance montaient au moins à trois mille hommes, sous le commandement de 'd'Oysel , créature de la maison de Guise, et que ce corps de troupes fut bientôt augmenté et porté à un nombre formidable.

La reine, enhardie parccstroupcs nombreuses et bien disciplinées qui étaient à scs ordres, et encouragée par les conseils violens de d'Oysel , avait hasardé , comme nous venons de le dire, de violer le traité dePerth; et parcette conduite inconsidérée, elle avait jeté plus que jamais la nation dans les convulsions les plus dangereuses. Le comte d’Argyll et le prieur de Saint-André quittèrent aussitôt la cour, d'oû la bonne foi et

D’ÉCOSSE. (16S9t

l'honneur paraissaient bannies pour jamais, la» barons des comtés voisins se rendirent auprès deux , les prédicateurs appelèrent le peuple aux armes, et partout où ils se montrèrent , les mêmes violences , qui n’avaient été à Pertli qu’un effet du hasard, furent d’abord excitées par des raisons de politique. On déchaina la rage de la multitude; on sacrifia à son zèle les églises et les monastères, monumens pompeux du luxe et de l'orgueil des ecclésiastiques.

I „a reine, sans perdre un instant, mit aussitôt ses troupes en campagne pour arrêter ce torrent. Mais le zèle de la congrégation rendit encore sa vigilance et son activité inutiles. Dans ce siècle guerrier, où tous les hommes étaient accoutumés aux armes et toujours prêts â y courir â la moindre apparence de danger, les chefs des protestai» n’eurent point de peine à lever une armée. Ils étaient partis de Saint-André avec une faible suite de ccnt chevaux seulement ; pendant leur marche, on courut en foule de tous les côtés se ranger sous leurs étendards, et avant que d’arriver à Falkland, village qui n'était éloigné de Saint-André que de dix milles, ils étaient déjà en état d'aller à la rencontre de la reine avec des forces supérieures aux siennes '.

La reine, étonnée aux approches d'un corps aussi formidable, et que les chefs avaient rangé de manière â le faire paraître plus nombreux , eut encore recours aux négociations. Mais elle s'aperçut bientôt que le zèle pour la conservation delà religion protestante, qui avait d 'a! tord fait prendre les armes aux chefs de la congrégation, n’était pas alors le seul motif de leurs griefs. Un objet plus intéressant les animait; c'était l'amour de la liberté qu’ils croyaient dans le plus grand danger, par les entreprises des troupes de France. Le concours de ces passions réunies se prêtaient mutuellement de nouvelles forces. La réformation , qui avait donné du ressort à l'esprit humain, qui avait éclairci ses idées sur la religion, avait aussi inspiré aux hommes des senlimens plus nobles et plus généreux par rapport au gouvernement civil. Le génie du papisme est très favorable au pouvoir des princes ; cette soumission aveugle que la cour de Rome exige pour tous ses décrets, terrasse les âmes et

• Knox.tlt.

Ira prépare au juu|; politique de la servitude, pendant que les dogmes des réformés sapaient lu tyrannie par ses principaux fdndcmens, en renversant le système établi de superstition. Les hommes, amenés par des recherches hardies à rejeter des'errenrs métaphysiques, portaient ce même esprit ^'examen dans les autres sciences, et l'amour de la vérité se fortifiait partout. Un nouveau genre d'études qui s'introduisit alors , fortifiait considérablement l’esprit de liberté. On commençait à s’attacher à la lecture des auteurs grecs et romains ; on trouvait dans ces sources de parfaits modèles d'un gouvernement libre, et bien supérieur au système mal digéré et tyrannique des lois féodales; ces auteurs présentaient de grands exemples de vertu et d’amour du bien public, singulièrement analogues aux circonstances présentes et au génie du siècle. Plusieurs protestait» des plus distingués étaient eux-mèmes très versés dans la connaissance des anciens, et tous adoptaient avec chaleur les maximes et l’esprit de gouvernement répandus dans leurs écrits *. L'amour ardent de la liberté accompagnait la religion protestante dans tous ses progrès. L’esprit d’indépendance s’emparait de tous ceux qui embrassaient les nouvelles opinions; comme sujets, ils devenaient attentifs à leurs privilèges et jaloux des usurpations de leurs souverains. Knox et les autres prédicateurs de la réforme inspiraient à leurs auditeurs des sentimens généreux sur le gouvernement; et les barons d’Écosse, naturellement francs et hardis, étaient encouragés à soutenir leurs droits avec plus d’audace cl de liberté que jamais. Aulicu d'obéir à la reine régente, qui leur avait ordonné de mettre bas les armes, non-seulement ils renouvelèrent leurs plaintes et leurs demandes au sujet de la religion, mais pour apaiser la nation et assurer sa liberté, ils exigèrent que les troupes

1 Cet enthousiasme pour la politique des anciens donna occasion au fameux ouvrage de Knox sur le gouvernement des femmes. F.n conséquence de» maxime* de* ancien* législateur», il prononce que l’élévation de* in n mn. a la xupréme autorité e»l la destruction enliere du t ion gouvernement : maxime dont de* expérience* de no* jour* ont prouvé la fausseté. I.c* principe* de Knox, le* autorités et le# exemple* qu’il rapporte, sont tou* tiré* de* anciens auteur*. Ou remarque la même chose dan* le dialogue de Buchanan , de Jure regni apud Scotos. le* principes répandu* dans cet ouvrage ne sont l'oint fondé* sur le* maxime* du gouvernement féodal , tuau suc celle* du gouvernement de* aucien*.

de France fussent aussitôt renvoyées d’Ecosse. La reine ne pouvait pas accorder une demande de celle importance sans la participation du roi de France ; elle demanda du temps pour l’obtenir, et elle espérait que pendant cet intervalle elle pourrait recevoir un renfort suffisant pour l’accomplissement de ce projet qu'elle avait tenté deux fois avec des forces inégales. Cependant elle consentit à une suspension d'armes pendant huit jours, et elle promit qu'avant que cet armistice fût expiré clic ferait passer les troupes françaises au côté méridional du Forth, et qu’elle enverrait des commissaires i Saint-André , qui travailleraient à terminer les démêlés par un accommodement. Comme la reine espérait qu’avec les troupes de France elle pourrait en imposer aux protestans dans les comtés méridionaux, le premier article du traité fut ponctuellement exécuté; mais le dernier qui n’avait élé mis que pour amuser la congrégation, fut bientôt oublié.

La reine , par ces perfidies indecenles et réité rées , avait perdu toute la confiance. Ses ennemis ne voyant plus d'autre moyen de pourvoir à leur sûreté, coururent aux armes avec un redoublement de fureur , et des projets bien plus hardis et bien plus étendus. L'éloignement des troupes françaises laissait ouvert aux proteslans tout le pays situé entre le Forth et le Tay. Les habitans de Pcrlh restant seuls exposés i l’insolence et aux exactions de la garnison que la reine y avait laissée , réclamèrent les secours des chefs delà congrégation, qui marchèrent aussitôt A Pcrlh. Après avoir inutilement sommé la reine d’évacuer la ville aux termes du premier trailé , ils se préparèrent à en faire le siège en forme. Iji reine voulut, par l’entremise du comte de Huntly et du lord Erskine, Ifs détourner deccltc entreprise. Mais les artifices honteux de celle princesse ne pouvaient plus lui servir de rien : trop souvent répétés, ils avaient perdu toute leur valeur. Les protestans, sans écouler 1rs offres de la reine , continuèrent le siège, et forcèrent bientôt la garnison à capituler.

La reine, après avoir ainsi jierdu la ville de Penh, essaya de s’emparer de Stirling, place assez forle, et par ses ordres on voulut sc rendre maître du seul |>oin qui fût sur le Forlh , et qui était un poste de la dernière importance. Mais les rliefs de la congrégation, inslruilsde ses desseins , en prévinrent l'exécmiuit en si

portant à Stirling avec une partie de leurs forces par une marche précipitée. Les babitans de Stirling, partisans zélés de la réforme, leur ouvrirent les portes de la ville. De là ils s'avancèrent avec la même rapidité vers Edimbourg. La reine, à leur approche, en sortit avec précipitation , et se retira à Dumbar.

Partout où l'armée protestante dirigeait sa marche , elle allumait et étendait le zèle de la réformation. On se porta aux derniers excès , on commit toutes sortes de violences daus les églises et dans les monastères, les églises forent dépouillées de leurs omemens , qu'on regardait alors comme sacrés , et les monastères forent entièrement rasés. En parcourant les événemens de ces temps reculés, nous sommes disposés à condamner ce zèle forirux des réformés. Nous ne pouvons bous empêcher de déplorer la destruction de tant de superbes édifices, monumens de la magnificence de nos ancêtres , objets de décoration dans le royaume ; cependant en observant qu'une réformation ne peut s'établir que par des coups deforccetens'armant contre l'autorité des lois, il parait que quelques irrégularités étaient inévitables, 1 et peut-être ne pouvait-on point en permettre de plus propres à gagner et à intéresser la multitude, et de plus fatales à la grandeur de l'église romaine Quelque mal fondées que fussent les erreurs du papisme, il Fallait de l'attention et des recherches pour les découvrir. Scs abus et la corruption qui s'étaient glissés dans le culte de cette église forent mis à découvert; et plus ils frappèrent les sens, plus ils excitèrent un dégoût général. Il parait que sous le règne trop long du paganisme, la superstition avait tellement épuisé toutes les ressources de l’invention, que lorsque la superstition s'introduisit dans l'église chrétienne, on fut obligé d'imiter les païens dans la pompe et la maguificence de leurs cérémonies, et d'emprunter d'eux les omemens et la décoration de leurs temples. On substitua au culte pur et simple des premiers chrétiens tout l'appareil de leur idolâtrie. Ces usages empruntés des païens, si conformes à leurs modèles, et si contraires à l'esprit du christianisme, forent, dans le système

1 Le* excès auxquels sc porieDt le» peuples aqilés par des passions violentes, religieuses ou politique», oot toujours été S peu prés les îu&uet. Le» forme» cbangeut, l'homme reste.

de l’église romaine , une des premières choses qui excita l'indignation des réformés. Ils leur appliquèrent ce qui est prononcé dans l'ancien testament contre l'idolâtrie, et ils imaginèrent qu'ils ne pouvaient pas se porter avec trop de zèle à les abolir. On ne pouvait pas donner à la multitude une commission qui. lui fût plus agréable que celle de renverser ces trônes de la superstition. Elle y courait avec émulation. L'n homme s'estimait heureux lorsque sa main jiouvait contribuer à l’exécution d'une entrepriseque l’imagination avait sanctifiée. Les chefs du parti ne travaillaient pointa refréner l'esprit impétueux de la réformation : plus ses saillies étaient déréglées et violentes , plus elles tendaient directement au but qu'ils s'étaient proposé ; car en détruisant les monastères par tout le royaume, en mettant en liberté ces créatures malheureuses qui les habitaient , ils espéraient qu'on serait dans l'impossibilité de relever ces édifices et de les repeupler.

Cependant , au milieu de tous ces désordres , il est à propos d'observer une circonstance qui fait l’éloge de la conduite et de l'humanité des chefs de la congrégation. Ils s'attachèrent à contenir l'emportement de leurs troupes , à tempérer leur chaleur et leur zèle, et ils y réussirent de manière qu’il n'y eut qu’un très petit nombre de catholiques qui essuyèrent des insultes personnelles, et qu'aucun d'eux ne périt '.

la facilité avec laquelle ces grandes révolutions se développèrent , nous fait encore apercevoir la passion subite et effrénée de la nation pour la réforme. Il n était sorti de Perth que trois cents hommes, sous la conduite du comte d’Argyll et du prieur de Saint-André. Ces deux chefs s’étaient mis en campagne avec cette faible escorte. Mais partout où ils passèrent , le peuple venait par troupes sc joindre â eux, et bientôt leur armée se monta presque h cinq mille hommes. On leur ouvrait les portes de toutes les villes, on les recevait, et sans tirer un seul coup ils se rendirent maîtres de la capitale du royaume.

Ces succès rapides et surprenans relevèrent le courage des réformés. Ils portèrent bien plus loin leurs vues et leurs prétentions. Ils ne voulurent plus, comme autrefois, s'en tenir àdeman-

1 Leslv, 231.

der la tolérance de leur religion, ils visèrent ouvertement A établir la doctrine protestante sur les ruines du papisme. Ils se déterminèrent A fixer leur résidence A Edimbourg; et en conséquence de leurs arrangemens, Knox et quelques autres prédicateurs prirent possession des chaires que les ecclésiastiques effrayés avaient abandonnées, et ils y déclamèrent avec tant de zèle et de véhémence contre les erreurs du papisme, qu'ils se firent bientôt un grand nombre de prosélytes.

Cependant la reine apercevant qu'elle ne pouvait pas arrêter ce torrent , avait eu la prudence de lui laisser un libre cours, et elle remarquait avec satisfaction que l’orage commençait a se calmer. Les chefs de la congrégation avaient été cous les armes pendant plus de deux mois , et les dépenses d une campagne prolongée bien audelA du terme usité dansce siècle pour le service militaire avaient épuisé tout l'argent qu'on avait pu tirerd'unpaysoùles richesses n’étaient pas abondantes. Ici multitude, éblouie des premiers succès, croyait que tout était fini, et chacun s'était retiré dans ses habitations. Il n'y avait A Edimbourg, avec les prédicateurs, qu'un petit nombre de barons des plus zélés et des plus riches. Comme il est fort aisé, pendant les guerres civiles, d'entretenir des correspondances secrètes, on était averti sur-le-champ A Dumbar de tout ce qui se passait A Edimbourg, la reine réglait sa conduite sur la situation de ses adversaires, et les amusait avec art par les espérances prochaines d'un accommodement. Elle traînait en même temps les négociations en longueur, et par ces délais étudiés elle vint à bout de miner le parti , qui se trouva réduit presque A rien, et qui négligeait même entièrement la discipline militaire, comme si on eèt déjà été en pleine paix. La reine, qui épiait ce moment, s'avança de nuit avec toutes scs forces, et par une marche forcée parut inopinément devant Edimbourg, et mit toute la ville dans la plus grandeconsternatiou. Les protestons, affaiblis par le départ imprudent de leurs troupes , n'osaient tenir la campagne devant celles de France, et étaient même hors d'état de soutenir les assauts dans une ville mal fortifiée. Cependant, comme ils ne pouvaient sc résoudre à abandonner les babilans A la merci de la reine, ils firent face A l’armée ennemie pour gagner

du temps, et tAcher de rassembler leurs adhéreus. Mais la reine , malgré cette résistance , se serait facilement ouvert le chemin de la ville, si une trêve couclue fort A propos ne lui en avait procuré l'entrée sans aucune effusion de sang.

Dans l'état dangereux où se trouvait la congrégation , elle écouta volontiers quelques ouvertures de paix, et la reine, qui attendait de jour en jour de France un renfort considérable, et qui espérait retirer de grands avantages d'une suspension d'armes, se prêta A des conditions assez égales pour l'un et l'autre parti. On convint dune cessation de toutes hostilités, depuis le vingt-quatre de juillet jusqu'au dix de janvier; que, d'une part, les protestans ouvriraient le lendemain au matin les portes d'Edimbourg A la reine régente; qu'ils se soumettraient, ainsi qu'il convenait A son gouvernement ; qu'ils s'abstiendraient A l'avenir de toutes violences contre les maisons religieuses, et qu'ils ne traverseraient point le clcrgéétabli,soitdans l'exercice de ses fonctions, soit dans la jouissance de ses bénéfices. De l'autre part, la reine promit de ne point molester les prédicateurs ou sectateurs de la religion protestante, de ne point souffrir dans Edimbourg d'autre culte que celui des réformés , et d'en permettre l'exercice libre et public dans tout le royaume. La reine en accordant si généreusement aux protestans les articles qui concernaient leur religion espérait de les amadouer, et crut qu'en flattant leur passion favorite elle les rendrait plus traitables sur les autres points, particulièrement sur le renvoi des troupes françaises hors de l'Ecosse. L'empressement de la reine A gagner ce corps de troupes, les inquiétudes quelle faisait apercevoir A ce sujet, exposèrent plus que jamais les Français A la haine et A la jalousie de la nation : on demanda encore leur expulsion, avec la plus grande chaleur. Mais la reine sentant scs avantages et la détresse du parti protestant, éluda la requête, et accorda seulement qu’on ne ferait point entrer de garnison française dans Edimbourg.

L'état désespéré des affaires de la congrégation la mit dans la nécessité de sc contenter de cet article , qui cependant ne suffisait pas pour la satisfaire. Les craintes que les Écossais avaient conçues du séjour des troupes françaises dans le royaume étaient pleinement justifiées par tout ce qui s'était passé dans les dernières ré-

volutions. Un faible corps de ces tçoupes tou- I jours en paye, et redoutable par une discipline régulière, arrêta les progrès d'un peuple guerrier , animé du zèle de la religion et de la | liberté. Pour peu que ce corps s'augmentât, c’en était fait de la liberté de la nation, et la reine attendait de jour en jour un renfort considérable. Le royaume d’Écosse était ainsi menacé de perdre son indépendance, et de se voir réduit à la vile condition d'une province ajoutée à l'empire d'un allié trop puissant.

Ce péril éminent (■chauffa le zèle du duc de Chatellerault et du comte de Huntly ; ils résolurent de le prévenir. Aussitôt après la conclusion de la trêve , ils demandèrent une entrevue aux chcfsdc la congrégation. Ces deux seigneurs, chefs du parti attaché à l’ancienne église, étaient alors les plus puissans de l'Ècosse. Ils avaient suivi la reine pendant les derniers soulèvcmens. L'accès qu'ils avaient auprès de sa personne les avait mis â portée d’observer plus exactement les vues dangereuses de ses ministres. L'horreur des fers qu'on préparait à leur patrie prévalut en eux sur toute autre considération. Ils aimèrent mieux mettre en danger la religion qu'ils professaient , que de se prêter à l'exécution des pernicieux desseins de la reine. Ils firent plus : ils promirent au comte d'Argyll , à Glencairn , rt au prieur de Saint-André, qui avaient été nommés pour conférer avec eux, que si la reine, ‘avec son infidélité accoutumée, violait en quelque point le dernier traité , ou refusait aux désirs de toute la nation le renvoi des troupes françaises, ils se joindraient aussitôt A leurs concitoyens pour la forcer â prendre des mesures que la sûreté publique et la conservation de la liberté rendaient indispensables '.

Dans le même temps mourut Henri II , roi de France, lorsqu'il était sur le point d'adopter, par rapport aux affaires d'Écosse , un système qui aurait, selon toutes les apparences, rétabli l'union et la tranquillité dans ce royaume1. Vers la fin de ce règne, le crédit des princes lorrains commençait à diminuer sensiblement en France. Le connétable de Montmorency, soutenu par la duchesse de Valentinois, reprenait beaucoup d'ascendant sur l'esprit de son maître. Il parais-

1 Knox , 151.

fMelvil, ©.

D'ÉCOSSE. [15ù9j

sait digne de cette faveur par sa grande expérience, par sa fidélité , et par de longs services, quoique souvent malheureux. Le connétable attribuait uniquement tous les soulèvemens d'Ecosse au duc de Guise et au cardinal de Lorraine. Les conseils violcns et pernicieux de ces princes ne pouvaient manquer, disait il, de faire franchir toutes les bornes de la modération â des esprits animés par les passions inséparables de l'amour de la liberté, et embrasés du zèle de la religion. Pour montrer au roi qu'il ne cherchait point, par une basse jalousie, à calomnier ses rivaux , le connétable obtint qu'un de ses gentilshommes, nommé Mclvil , Écossais de nation, serait envoyé dans son pays natal , et qu’il y serait chargé d'observer les intrigues de la reine régente et les inouvemens du parti opposé. 1-e roi était en même temps convenu qu'il réglerait à l'avenir toutes ses démarches en Écosse sur les rapports de Mclvil.

Si l'histoire permettait de se livrer aux spéculations, il serait amusant d'examiner l’effet de cette détermination du roi de France sur le génie des Écossais, l'influence de sa majesté dans les affaires publiques de l'Écossc, et de quelle manière elle aurait dirigé la catastrophe des révolutions de ce royaume sur le rapport de Melvil , qui aurait .-ans doute présenté dans le jour le plus favorable la conduite des méconlrns. Peut-être qu'un traitement plus doux, une politique plus adroite aurait arrêté les progrès de la réformation , cl aurait mis l'Ècosse dans la dépendance de la France. Les Français, possesseurs d'un pays qui leur frayait un chemin pour passer en Angleterre, se couvrant du prétexte de soutenir les droits de Marie â cette couronne, auraient pu rétablir dans ce royaume la religion catholique romaine, et y détruire la liberté. Mais un historien ne doit point se livrer â dépareillés excursions dans le vaste champ de l'imagination et des conjectures : son devoir est de rapporter les événemens constatés, et d’eu exposer au vrai les causes et les effets.

La mort tragique et prématurée du monarque français fit disparaître desa cour tous les projets de modération qu'on y avait formés pour la pacification de l'Ècosse. Aussitôt après l'avéncment de François II , prince d'un faible génie et qui n'avait aucune expérience , le duc de Guise et te cardinal de Lorraine, son frère, s'emparèrent

de la principale dircclion des affaires de la France. Le mariage de la reine d'Écosse. leur nièce, avec le jeune roi. les avait placés si près du trône, qu’il ne leur manquait plus alors que le titre de roi ; ils en avaient d’ailleurstoutc l’autorité, et elle ne resta pas long-temps sans activité dans leurs mains. Ils reprirent ces mêmes projets vastes et ambitieux qu’ils avaient formés sous le règne précédent. Un pouvoir sans bornes les mettait plus que jamais en état de les suivre avec vigueur, et avec les plus grandes apparences de succès. Les progrès de la religion protestante en Ecosse leur faisaient ombrage : ils apercevaient quelle formait un obstacle insurmontable à l’exécution de leurs desseins : ils mi rent tout en usage |mur l'empêcher de s’étendre avant qu'elle eût pris de nouvelles forces, lis firent A cet effet leurs préparatifs avec toute la diligence possible, ils encouragèrent la reine régente, leur sœur, en lui annonçant incessamment l’arrivée d’une armée si formidable, que tout le zèle, le désespoir même de ses adversaires ne pourrait pas leur inspirer l'audace de lui résister.

Les lords de la congrégation n’ignoraient pas les conseils violons qui avaient prévalu à la cour de France depuis la mort d'Henri II. Ils ne manquèrent pas non plus de prévoyance pour se garantir du danger qui les menaçait. Les succès de leur parti , ainsi que leur propre sûreté, dépendaient entièrement de l'unanimité et de la vigueur de leurs résolutions. Ils s'attachèrent A prévenir la division et à cimenter plus que jamais leur union , en formant une confédération plus étroite pour leur défense commune. Le duc de Chatellerault, et son fils aîné le comte d'Arran , qui entrèrent dans cette nouvelle association, augmentèrent beaucoup le crédit et la considération du parti. Le comte d'Arran avait résidé en France pendaut quelques années; il y commandait la garde écossaise; il y avait été instruit de la doctrine des protestans, et il en avait adopté les opinions. Emporté par la fougue de la jeunesse , et par le zèle d’un nouveau prosélyte, il déclara ses sentimens sur les points en controverse avec une liberté peu convenable au ton d'une cour vouée au papisme, tout occupée alors de l'anéantissement de la religion protestante, et qui se portait aux plus grands excès pour y parvenir. On permettait A l’église d'ex-

lt.

haler scs fureurs contre tous ceux qui étaient soupçonnés d’hérésie. On avait érigé dans toutes les provinces de France des tribunaux auxquels on attribuait la connaissance de ce crime, et par leurs jugemens plusieurs personnes de la première distinction furent condamnées aux flammes.

Les princes lorrains voulurent encore répandre la terreur par quelque coup d'éclat. Ils conçurent le projet de sacrifier une personne de marque, dont la chute pût convaincre les hommes de tous les étals, que ni l'éclat de la naissance, ni l'élévation du rang, ne pourraient jamais soustraire A la punition ceux qui seraient convaincus de ce crime irrémissible. Le comte d’Arran fut la malheureuse victime destinée A cet horrible sacrifice '. Ce jeune seigneur, voisin d'un trône par une alliance, était héritier présomptif d’un autre; il était dans son pays au premier rang, en France dans un poste honorable; sa condamnation ne pouvait manquer de flore dans tout le royaume cette sensation vive qu’on désirait. Mais le cardinal de lorraine laissa échapper quelques propos qui donnèrent des soupçons au comte d'Arran. Le comte se douta qu'on en voulait A sa vie, et il s’évada fort A propos pour éviter le coup qui le menaçait. L’indignation, le zèle, le ressentiment, tout le portait A la vengeance contre les persécuteurs de sa personne et de sa religion. 11 traversa l'Angleterre pour retourner au pays de sa naissance. Il vit en passant la reine Élisabeth. Fille enflamma les passions qui fermentaient dans l’Ame du comte, et elle le renvoya en Écosse tout rempli de cette haine implacable contre la France, dont la plupart de ses concitoyens étaient animés. Il s'empressa de communiquer ses sentimens A son père le duc de Chatellerault, qui était déjA extrêmement dégoûté de tout ce qui se faisait en Écosse. Comme la destinée de ce seigneur était d’être toujours gouverné par ceux qui l’environnaient , il se bissa encore entraîner dans cette occasion. Il abandonna b reine régente, il se joignit A 1a congrégation , et il fot depuis ce temps-b regardé comme le chef du parti.

Cependant cette dénomination n’était qu'un vain titre d’honneur accordé A 1a personne du duc de Chatellerault. Jacques Stuart, prieur de

1 De Ttaou, I. niv.

Saint-André, était le premier mobile de toutes les démarches des protrstans. Lui seul mettait en action tout le corps des réformés, qui avaient en lui une confiance sans bornes. Le prieur la méritait par son attachement courageux à leurs intérêts et par sa grande habileté. Il était fils naturel de Jacques V, qui l’avait eu de la fille du lord Krskine. Ce monarque, trop livré à la passion de l'amour, avait laissé plusieurs autres bâtards, qui étaient à charge â la couronne. On les destina tous â l’église, pour leur procurer à moins de frais des places et une subsistance honorables. I.e prieuré de Saint-André avait été donné A Jacques en conséquence de celte détermination. Mais Jacques, né dans un siècle de révolutions, prit bientôt du dégoût pour la retraite et pour l’indolence de la vie monastique. Son génie, fait pour les grandes entreprises, l'cntralna hors du cloître et le porta sur un théâtre bien plus distingué. Il y joua toujours les rôles principaux , et la scène où il débuta demandait un assemblage de talens de toutes espèces, las vertus militaires, I cspril de politique et de discernement lui étaient également nécessaires pour se faire un nom. Il possédait les uns et les autres dans le plus haut degré, line bravoure universellement reconnue était accompagnée d’une grande capacité dans l’art de la guerre, et toutes ses expéditions furent couronnées par des succès. Sa sagacité et sa pénétration dans les affaires le soutenaient dans les conjonctures difficiles, et lui faisaient toujours tenir la route la plus assurée dans les temps de troubles et de factions. Il savait allier les bienséances de son état avec un courage intrépide, lorsqu'il s’agissait de la défense de la réformât ion ; il y joignait une pureté de mœurs qu’il portait même jusqu'à l’austérité, et il se fit ainsi la réputation d’ètre sincèrement attaché à sa religion , vertu indispensablement nécessaire alors pour s’accréditer parmi les hommes et prendre de l’ascendant sur eux.

La reine redoutait avec raison un adversaire d’un mérite si rare, et plus en état qu'aucun autre de traverser tous scs projets. Elle n’aurait pas pu, avec toute son adresse, répandre le moindre nuage sur la fidélité du prieur; elle essaya de le rendre suspect à ses associés, de jeter contre lui des semences de jalousie, et de le perdre en insinuant qu'il supportait impa-

D'RCOSSE. 11559]

liemment la condition de sujet, et qu’il n’aspirait à rien moins qu'à se mettre la couronne sur la tête.

Une accusation si peu vraisemblable ne prit point faveur dans le public. Si des succès inespérés, si l'élévation au rang le plus éminent dans le royaume, purent , dans des temps postérieurs, faire soupçonner le prieur de Saint-André de concevoir des pensées de celte espèce, et de se porter à ce point de présomption ; il est au moins certain qu'alors il n’avait point formé de si vastes desseins. Détrôner une reine, héritière naturelle de tant de rois, qui n'avait pas encore perdu l’estime et l'affection de ses sujets, qui pouvait employer, pour la défense de ses droits, les forces (tym royaume bien plus puissant que le sien: vouloir mettre en sa place une personne , qui par illégitimité de sa naissance et suivant l’usage établi chez toutes les nations civilisées, était inhabile à recueillir aucune succession publique ou particulière; c’était un projet chimérique et tel que l’ambition la plus extravagante n’aurait pu ni l’enfanter, ni le regarder comme possible dans l'exécution. De plus, la promesse que le prieur fit à Mclvil 1 de le laisser toujours résider en France, pourvu qu’on fit cesser les sujets de plainte de la nation ; les marques de confiance que le duc de Chatellcrault et son fils, héritiers présomptifs de la couronne , donnèrent au prieur; l’empressement de presque tous les nobles d’Ecosse à concourir au succès des mesures qu'il prenait pour déconcerter celles de la cour de France, sont autant de preuves qui le justifient pleinement des imputations dont la reine avait voulu le charger.

L’arrivée d’un corps de mille Français dédommagea en quelque façon la reine de la perte qu'elle avait faite par la défection du duc de Chatellerault. Ces troupes furent aussitôt commandées pour renforcer la garnison de Leitb, place que la reine avait choisie pour le quartier principal des troupes étrangères, à cause de la commodité de son port , et de la fertilité du pays où elle émit située, dans le voisinage d’Édimbourg. Cet arrangement désagréable au peuple , le devint encore davantage par la manière dont il fut exécuté. Les Français qui eu rent cette ville à leur disposition en firent sort

* Mclvil , 54.

la plus grande partie des anciens habitans, les forcèrent d'abandonner leurs maisons, dont ils se mirent en possession , et présentèrent ainsi aux Écossais deux objets également capables d'exciter leur colère et leur indignation : d'un côté un grand nombre de leurs concitoyens chassés de leurs habitations, errant dans le pays, sans aucune demeure assurée; d’un autre côté, une colonie d'étrangers établis avec leurs femmes et leurs enfans dans le coeur de l’Écosse , recevant tous les jours de nouveaux renforts, et présentant l'aspect d'un joug auquel tout le royaume devait nécessairement se soumettre, à moins que l’esprit national ne fit quelque effort prompt et puissant , capable de sauver l'état.

Les lords de la congrégation virent avec douleur ce pas hardi et décisif de la reine régente; ils se déterminèrent aussitôt à employer toutes leurs forces pour sauver leur religion et la liberté de la ruine prochaine dont elles étaient menacées. Cependant , pour justifier leur conduite et rejeter entièrement le blâme sur leurs adversaires, ils se proposèrent de conserver l’extérieur de bienséance et de respect envers leurs supérieurs, et de n’avoir recours aux armes que dans le cas d'une nécessité pressante et bien avérée. Ils se réunirent à cet effet pour présenter une adresse â la régente. Ils y exposèrent dans les termes les plus forts le mécontentement qu’ils ressentaient des mesures qu'elle prenait, et ils la supplièrent de calmer les craintes et les inquiétudes de la nation, en se désistant de la résolution oit elle était de fortifier Ieith. La reine, qui sentait tous les avantages de sa position présente, encouragée par l'espérance des nouveaux secours qu'elle attendait, ne voulut point écouter des demandes si contraires à ses desseins, et qui lui étaient faites avec cette importunité audacieuse, toujours désagréable aux princes.

Il est certain que les conseillers français qui entouraient la reine, lui suggéraient cet éloignement pour toutes les voies de conciliation. Cette princcsscavait montré, dans toutes les occasions, une déférence extraordinaire pour leurs avis. Ses frères apercevant que la reine désavouait en secret les mesures violentes auxquelles on voulait la porter, prirent la précaution de mettre auprès d’elle des personnes qui la séduisirent par leurs insinuations, et qui la portèrent à des démarches

que la justesse de son esprit lui aurait fait désavouer hautement. Comme dans ces circonstances où tout menaçait d’une prochaine révolution , le succès des entreprises des princes lorrains dépendait de la fermeté de ta reine, ils ne voulurent pas s’en reposer entièrement sur leurs agens ordinaires. Pour donner plus de poids â leurs conseils', il les firent seconder par des ministres de la religion, dans l’espérance que l'autorité de leur caractère sacré agirait plus efficacement sur l'esprit de la reine leurscrur, et l'entraînerait plus sûrement dans ce système de rigueur qu'ils avaient adopté L Ils firent venir â cet effet des théologiens de France, qu'ou paya pour résider en Écosse , et ils couvrirent cette démarche du prétexte de confondre les protestans par les argumensdeces habiles maîtres en controverse. A la tête de ces docteurs, était Pellevé, évêque d’Amiens, muni du titre de légat du pape, et qui fut depuis archevêque de Sens et cardinal. Ce dévot fanatique -, servilement dévoué à la maison de Guise , était l'instrument le plus propre â encourager à l'exécution des mesures les plus outrées.

Au milieu des dangers et du fracas des guerres civiles, les docteurs français eurent peu d’occasions de déployer leur adresse â manier leurs armes scolastiques, mais ils offensèrent grièvement la nation par un autre procédé. Ils persuadèrent â la reine de s'emparer de l'église de Saint-Gilles à Edimbourg, qui, depuis la trêve dernière , était restée entre les mains des proteslans. Ils la consacrèrent de nouveau avec de grandes solennités, pour la purifier des souillures qu’ils prétendaient qu'elle avait contractées par le culte profane des protestans; et contre la disposition expresse d’un des articles du dernier traité, ils y rétablirent les rils de l’église romaine. Ces entreprises, jointes à l’indifférence, et même au mépris avec lequel la reine avait reçu les remontrances des lords de la congrégation, firent connaître avec certitude aux réformés qu'ils n’avaient rien â attendre de la régente, et qu’ils ne pouvaient même se dispenser de prendre les armes pour leur propre défense.

Ces réflexions dictées par une sage politique, animées par l’esprit ardent et impétueux de la

> t .est v, 215, Castelnau, dans Jebb, vol. Il, 446, 473.

' Davila, Branldme.,

nation, les portèrent à une entreprise bien liardir. Les troupes auxiliaires arrivéesde France étaient encore en petit nombre; les fortifications de Leilli, quoique poussées vivement, étaient bien loin d'ètrc achevées. les protestons crurent qu'il ne serait pas impassible de surprendre le parti de la reine , de faire un coup de main hardi et décisif, et de prévenir- ainsi de plus longues querelles et une plus grande effusion de sang. Pleins de ces espérances, ils s'avancèrent ;l la hâte vers Edimbourg, avec une armée nombreuse. Mais il n'était pas aisé de tromper un adversaire aussi vigilant et aussi attentif que la reine régente. Elle avait prévu le danger avec sa sagacité ordinaire, et elle avait pris le seul parti convenable pour s’en garantir. Au lieu de tenir la campagne devant un ennemi plein d’ardeur et de courage, et surtout formidable en un jour de bataille, elle se renferma dans Leilli, déterminée à y attendre, sans faire aucun mouvement, un nouveau renfort. Les fortifications de Leilli, quoique encore imparfaites , ne craignaient pas les efforts d'une armée qui n’avait ni gros canons ni munitions de guerre, et qui n’avait d'autre méthode d'attaquer une placequc celle qu'on employait anciennement contre ccs tours autrefois élevées, dans tout le royaume, pour défendre les biens des particuliers contre les incursions des bandits.

Cependant la reine ne négligea point ses ressources ordinaires, ccs artifices qui lui avaient tant de fois réussi. Elle s'attacha à semer la division parmi les adversaires et ù les affaiblir. Elle employa en secret la voie des sollicitations et des promesses; elle ébranla ainsi la fidélité ou ralentit l'ardeur de quelques-uns; elle noircit la réputation nu diminua l'autorité de quelques autres par des reproches et des accusations qu’elle faisait répandre dans le public. Ses émissaires étaient partout en action, cl il parait que, malgré le zèle du parti pour la religion et la liberté, leurs manœuvres ne furent pas tout-è-fait inutiles. On voit daus ces conjonctures Knox exhaler sa douleur avec son éloquence ordinaire, et déplorer dans ses prédications la tiédeur, l'indifférence , la langueur, qui commcnçiicnt à gagner le parti protestant, et qui avaient saisi tous les esprits '. Mais si le zèle des protestans

1 Knoi , 180.

D’ECOSSE. Llô.'iO!

se ralentit pour quelques momens; s'il souffrit quelque interruption passagère, il se manifesta bientôt avec une vigueur nouvelle , et il se porta à un point auquel il n'était jamais parvenu.

la reine elle-même y donna occasion par la réponse qu’elle fit aux nouvelles remontrance? des lords de la congrégation, en arrivant à Edimbourg; ils représentèrent encore plus fortement à la reine les dangers qui résulteraient de l'augmentation des troupes françaises, des fortifications de Leilli et de scs autres dispositions , qu'ils regardaient comme destructives de la paix et de la liberté du royaume. Ils prirent, dans cette adresse, le ton le plus ferme, et ils déclarèrent plus ouvertement que jamais la résolution où ils étaient de se porter aux dernières extrémités pour mettre des bornes à des entreprises si dangereuses. Une harangue de cette espèce, des instances faites avec tant d’audace offensèrent la reine, qui y répondit avec la même vigueur et dans des termes aussi clairs. Elle déclara quelle ne se croyait , sur aucun point , responsable de sa conduite aux lords de la congrégation: que, malgré leurs représentations, elle n'abandonnerait point les mesures qu'elle jugerait nécessaires, qu’elle ne congédierait point' les troupes dont elle croyait avoir besoin, et qu’elle ne ferait point démolir les fortifications dont elle connaissait tous les avantages. Elle leur ordonna en même temps, sous peine d'être déclarés criminels de haute trahison, de licencier l'armée qu'ils avaient rassemblée.

Ce ton de hauteur et d'empire parut bien dur aux nobles écossais, qui, suivant le génie de la nation , étaient incapables de supporter la moinbre apparence d'injure et de mépris. Ils étaient accoutumés ù être traités, même par leurs monarques, avec la plus grande considération. La forme du gouvernement aristocratique leur donnait une autorité toujours égale . et souvent même en opposition A celle du souverain. Il furent touchés de l'indignité avec laquelle on les traitait , et en même temps alarmés de la déclaration précise que la reine faisait de scs intentions. 11 ne restait plus qu'un pas à faire; pleins de courage . pénétrés d'amour pour le bien public, ils n'hésitèrent pas à le franchir.

Cependant, afin de ne point paraître s'écarter des formes établies par les lois fondamentales de l'état , pour lesquelles les hommes cotiser-

[1.ÏS9I

vent loujours une grande vénération , au milieu même des plus furies révolutions, ils assemblèrent tous les pairs, barons , et représentâtes des bourgs attachés ù leur parti. Ils formèrent ainsi une convention ', aussi auguste et bien plus nombreuse que les assemblées ordinaires du parlement. Les chefs de la congrégation présentèrent à cette assemblée extraordinaire la déclaration que la reine avait faite en réponse à leurs remontrances. Ils observèrent que suivant les projets que la reine avouait et qu'elle prétendait justifier, la perte entière du royaume était inévitable : et ils demandèrent à tous les membres de la convention de les diriger sur l'obéissance qu'on devait à une administration si injuste, et qui tendait si manifestement à l'oppression ; question la plus délicate et la plus intéressante qu'on puisse soumettre aux réflexions et aux délibérations des sujets.

L'assemblée ne laissa pas attendre long temps sa décision : elle fut prompte et unanime. Un peuple guerrier ne connaît point ces formalités qui ne servent qua prolonger les affaires; dépourvu de ces talens qui font briller dans les débats, plus propre à agir qu’à discourir, il marche rapidement à la conclusion, et conduit ses délibérations par les voies les plus abrégées. Ce problème délicat, sur la conduite que doivent tenir des sujets vis-à-vis d'un prince qui abuse de son pouvoir , fut examiné et décidé en un seul jour. Cependant la fougue apparente de ce procédé fut accompagnée de quelques solennités; les protestons comprirent que la décision de celte grande question n'appartenait pas moins au clergé qu’aux laïques, et ilsappelèrenldesthéologiens pour les aider de leurs avis. Knox et Willox se présentèrent comme députés de tout leur ordre, et prononcèrent sans hésiter que, tant par les préceptes que par les exemples tirés de l'écriture, il était permis aux sujets non-seulement de résister à des princes tyrans , mais même de les déposséderd’une autorité qui devenait dans leurs mains un instrument de destruction , pendant que le Tout-Puissant ne la leur avait confiée que (tour protéger les peuples. La décision de ces personnages infiniment respectes par leur caractère

1 Ce nom est celui que tes Attelais ont donné, en 1689, à une assemblée extraordinaire du parlement, sans lettres patentes du roi et qui se substitue a l'autorité souveraine.

sacré , et estimés par leur zèle cl leur piété , fut d'un grand poids dans toute l'assemblée. On ne se contenta point d’un concours de suffrages donnés indistinctement. Tous les assistans furent appelés séparément pour dire leur avis ; chacun se leva à son rang , donna sa voix , et tous se réunirent à destituer la reine de l’office de régente quelle remplissait d'une manière si pernicieuse pour le royaume

Cette sentence extraordinaire fut autant dictée par l'amour de la liberté que par le zèle de religion. On ne parla que très légèrement de ce dernier article dans l'acte de déposition de la reine. Les lords de la congrégation, pour jus tifier leur procédé et en prouver même la nécessité, insistèrent principalement sur les atteintes que la régente avait données aux lois civiles du royaume. L'introduction des troupes étrangères en flcossc pendant qu'on était en paix avec toutes les puissances; des villes occupées et fortifiées en différens endroits du pays; la promotion d'étrangers aux offices les plus importuns pour le crédit et la dignité; le rabais du titre de la monnaie3; la subversion des anciennes lois; l'imposition de taxes nouvelles et très onéreuses; le projet de subjuguer le royaume , et de ruiner ses privilèges par des actes de violence publics et répétés, furent représentés fort au long, et mis dans le plus grand jour. Sur cet exposé , la congrégation prétendit que les nobles étaient en droit d’intervenir comme conseillers - nés de leurs monarques , et comme gardiens et protecteurs des lois fondamentales; et en conséquence de ce droit, ils prononcèrent au nom du roi et de la reine, mais dans des termes pleins de respect et de soumission pour leurs majestés, qu'ils dépossédaient la reine régente de son office, et

1 Knox , 184

* l-e litre de la monnaie variait continuellement eu Écosse. Dans la seixiéme armée du rèqne de Jacques V, l'an 152), une livre d’or pesant , étant monnayé, produisait 103 livres de monnaie courante; et sous l’administration de la reine récente, en 1556, une livre d'or pesant , quoiqu'on y eût mis beaucoup d’alliace, produisait 144 livres de monnaie ayant cours. Kn 152), une livre pesant d’arcent produisait, étant monnayé, Otivres isola; et en 1556 , le même poids produisait 13 livres de monnaie courante. Ruddim , Vrafat. ad. Jniierx. Oipto mat. Scotue , p. 80, 81. On voit, parce détail, que ces plaintes souvent répétées par les méconlens, n’étaient pas tout-â-fait tant fbndemeut.

qu'ils ordonnaient qu'à l'avenir ou ne rendit ! plus aucune obéissance à ses rommandrmens 1 .

On est frappé de ce procédé des lords de la i congrégation , et l'on ne peut s'empêcher de le ' regarder comme un aclc de violence. Cependant on trouve des principes dans la constitution de ; l'état , on voit des exemples dans l’histoire d'Écosse qui paraîtraient l’autoriser, et même en quelque sorte le justifier. Suivant la forme du gouvernement aristocratique, établi en Écosse, lepouvoirduprinceétailcxtrêmomrnt limité. I.cs nobles du premier ordre étaient eux-mêmes de petits princes. Ils avaient une juridiction fort étendue et presque indépendante de la cou- j ronne ; ils étaient suivis par un grand nombre I de vassaux, qui dans tous les débats épousaient I la querelle de leur chef, et tenaient tête au roi. El de là celte quantité de traits de notre histoire oit l'impuissance de l'autorité royale parait sensiblement. Dans tous les temps , les nobles

d'Écosseunt pruendu avoir le droit decontrùler les actions du roi , et ils ont même usé réellement de cette prérogative. Jaloux de ce privilège, toujours prêts à se mettre cil campagne pour le soutenir, ils épiaient toutes les fautes du gouvernement , et chaque entreprise sur les droits de l'aristocratie allumait leur indignation. Jamais un prince nes'exposait à passer les bornes que la loi avait mises à son pouvoir , sauséprois ver une forte résistance qui ébranlait son Irûtic. et qui même le renversait. la’s lords de la cor. • grégation, encouragés par l'esprit des lois fondamentales de l'Écosse,el autorisés per l'exemple de leurs ancêtres, pensèrent que dans les conjonctures il leur appartenait d’examiner la mauvaise administration de la reine régente, de mettre des obstacles à ses pernicieux desseins, d’empêcher que la patrie ne devint sa conquête , et de préserver la nation de l'esclavage qui la menaçait ■.

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