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conclusion de la paix, la rendit bien plus agréable à toute la nation. Le cardinal Beatoun, élevé par sa dextérité au plus haut point de | pondeur, n'avait pas su user de son pouvoir avec prudence. Ses grandes qualités étaient ternies par les passions, les préjugés, l'emportement d'un chef de parti , défauts bien opposés à la douceur nécessaire pour gouverner un royaume divisé en factions. Ses rcssenlimens contre une partie des nobles, son insolence envers les autres, sa sévérité à l’égard drs réformateurs , et surtout le jugement contraire aux lois, et le supplice barbare du fameux Georges Vishart, homme d’une naissance distinguée et d’une piété exemplaire, auraient lassé la patience d'esprits moins féroces que ceux de ce siècle. Il ne manquait qu’une main hardie pour sacrifier la victime dévouée A la haine publique. Une querelle particulière mit les armes à la main à un furieux anime1 d’un faux zélé de religion. Norman Les] y , dis aîné du comte de Bothes, avait essuyé de la part du cardinal des injustices et des mépris. lai hauteur de Lesly, la barbarie du siècle, ne lui permettaient pas de digérer un affront. Son adversaire élait , par état , à couvert des procédés en usage dans ce qu’on appelle une affaire d’honneur : I-esly se détermina à sc procurer par lui-méme la satisfaction qu'il n'osait lui demander. Ce projet exécrable fut exécuté avec une prudence et un courage qui tiennent du prodige. Is? cardinal faisait alors sa résidence dans le château de Saint-André, qu’il avait fait fortifiera grands frais, et qui, suivant les connaissances de ce temps-là , passait pour être imprenable. Sa suite était nombreuse , la ville à sa dévotion , tout le pays des environs rempli de ses créatures. Dans celte position , seize personnes conçoivent le dessein d’aller le surprendre, et l’assassiner dans son château, et le succès répondit à la hardiesse de l’entreprise. Dés le grand matin, ils sc saisissent- d’une des portes du château , qu’on avait ouverte pour les ouvriers qui finissaient les fortifications. Ils placent des sentinelles à la porte de l'appartement du cardinal , réveillent l’un après l’autre tous ses domestiques, qui étaient en grand nombre, et les mettent à mesure iiurs du château. Ils s'avancent ensuite , sans brait , sans tumulte , sans faire d’aulrc violence, arrivent à la chambre de Bcatoun , et le font tomber mort à leurs pieds. Bien ne peut excuser
HISTOIRE DECOSSE.
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un pareil forfait, qui cependant délivra l'Écosse d’un ambitieux, dont l'orgueil était insupportable à la noblesse , et qui par sa cruauté et ses artifices était devenu le fléau de la réformation.
I„a mort du cardinal porta un coup fatal il la religion catholique et aux intérêts de la France en Écosse. Cependant une grande partie de la nation conservait toujours le même zèle pour ce parti : mais la mort d’un chef industrieux, puissant, expérimenté, le rendit bientôt infructueux. Il serait difficile de se représenter la consternation qui se répandit parmi les adhérons du cardinal i ce coup imprévu. I-c régent sentait une joie secrète de se voir délivré d'un rival qui éclipsait sa grandeur, et qui anéantissait presque entièrement son autorité : mais la bienséance, l’honneur de l'Église, les importunités de la reine douairière et de sa faction, les engagernens qu’il avait pris avec la France, le forcèrent de prendre les armes pour venger la mort d’un homme qu'il haïssait. Le régent y fut aussi principalement entraîné par le désir de délivrer son fils aîné , retenu depuis quelque temps à Saint-André par le cardinal comme un gage as la fidélité du comte, et qui lors de ta prise de ce château était tombé entre les mains des conjurés.
Le régent fit de grandes menaces, mais elles restèrent sans aucun effet. Une partie principale de la science qiilitaire, l'art d'assiéger des places, était alors inconnue en Êcoss.\ Les armes, la discipline , l’impétuosité des Écossais, qui faisaient l’avantage de leurs armées en pleine campagne, les rendaient incapables de faire des sièges. Un corps de rent cinquante hommes, le plus fort que lesconjurés avaient jamais pu rassembler, tint pendant cinq mois contre toutes les forces du régent >, dans une place qu'on prendrait aujourd'hui en peu d'heures avec un seul bataillon et quelques pièces de canon. Ce siège ennuyeux finit par une trêve. Le régent se chargea d'obtenir pour les meurtriers du cardinal l'absolution du pape et le pardon du parlement , cl à ces conditions les conjurés s’engagèrent de rendre le château de Saint-André , et de remettre en liberté le fils du régent.
Il y a lieu de croire qu'aucune des deux parties ne fut de bonne foi dans ce traité, et que de part et d'autre on ne songea qu'à s'amuser et à
gagner du temps. Le régent attendait le secours de la France, et espérait de forcer bientôt les meurtriers du cardinal à lui demander grâce. D'un autre côté , si Henri n'avait pas d’abord encouragé l^esly et ses associés au crime qu'ils venaient de commettre , il est au moins certain que dans la suite ils reçurent de ce prince de puissans secours. Malgré le silence que les historiens contemporains ont gardé sur ces faits, il y a de grandes présomptions du premier, et l’autre est de la dernière évidence ’. Pendant le siège, les meurtriers du cardinal avaient reçu d’Angleterre de l'argent et des provisions ; et comme Henri se disposait i renouveler scs propositions du mariage et de l'union qu'il avait projetés , et â faire avancer une armée formidable pour appuyer ces négociations, ils espéraient qu’en se joignant à lui, ils seraient bientôt dans le cas de n'avoir plus besoin de grâce, et même de demander une récompense.
La mort du roi d’Augletcrre, arrivée le 28 janvier 1547 , fit évanouir toutes leurs espérances. Le règne d'Henri VIII fut plus brillant que i glorieux , plus rempli de troubles que d'actions I de vigueur, tyrannique pour le gouvernement | de l'intérieur , inconséquent et irrégulier pour les affaires du dehors. Cependant les vices de ce prince furent plus avantageux à ses peuples que les vertus de ses prédécesseurs. Son avidité, sa prodigalité, sa tyrannie même, le rabaissement de l'ancienne noblesse , l'élévation des communes dont il accrut les possessions et l'autorité , jetèrent les premiers fondemens de la liberté britannique. Ses autres passions ne contribuèrent pas moins à la ruine du papisme , et à l’établissement de la liberté de la rcligiou dans le royaume. Son ressentiment le porta â abolir l'autorité de l'Église, cl sa cupidité à s’emparer des biens du clergé; en lui ôtant ces deux soutiens, il fut aisé, dans le règne suivant , de renverser tout l'édifice de la superstition.
François 1er ne survécut pas long-temps à ce prince, dont il avait été alternativement rival et ami. Henri II, successeur de François, ne perdit point de vue les intérêts de la France en Écosse. Il y envoya un corps considérable au secours du régent , sous le commandement de LéonStrozzi. læs Français, dans leurs guerres
' Epist Brs- Scot. , II, 3/0.
1 Keith , CO.
HISTOIRE D'ÉCOSSE
en Allemagne et en Italie, avaient acquis par une longue expérience , autant d'habileté pour la conduite des sièges que les Écossais y étaient ignorai». L'audace et le désespoir des conjurés ne purent trnir contre la supériorité des troupes françaises. Lesly et ses adhérens , après une courte résistance, se rendirent à Strozzi , qui s'engagea, au nom du roi son maître, 5 leur procurer la vie sauve, et les fit transporter en France comme prisonniers. Le chitteau de Saint- André, ce monument du pouvoir et de la vanité de llcatoun, fut démoli, suivant les règles du droit canonique, qui ordonne que les maisons oO le sang sacré d’un cardinal a été répandu
« aîné du régent fut déclaré déchu de tout droit « de succession publique ou particulière , tant « qu'il serait détenu prisonnier ; on lui substi- « tuait ses autres frères, suivant le rang de leur « naissance, et 5 leur defaut on appelait les plus " proches héritiers du régent •. » La succcssiode droit héréditaire est une idée si naturelle et si généralement reçue , qu’une nation se hasarde rarement à l'interrompre hors des cas d'une extrême nécessité, l-e parlement crut avoir aperçu cette nécessité pressante dans les occurrences actuelles, la haine contre l'Angleterre , fondée sur la mémoire des hostilités passées , réchauffée par la douleur vive d’injures encore
soient renversées de fond en comble.
le régent donna l'archevêché de Saint-André A Jean Ilamilton , abbé de Paisley , son frère naturel *.
Un délai de quelques semaines aurait pu sauver les meurtriers de llcatoun. Les ministres d’Henri VIII, qui avaient la principale direction des affaires pendant la minorité de son fils Édouard VI, suivirent le système politique de leur défunt maître par rapport à l'Écosse; et pour amener les Écossais au traité d'union projeté depuis si long-temps, ils résolurent de leur arracher par la terreur, le consentement qu'ils | n'avaient pu obtenir par l'adresse et les négociations.
Mais avant que d'entrer dans le récit des événemens occasioués par l'invasion des Anglais en Écosse , je crois devoir m’arrêter A un fait dont nos historiens contemporains n'ont point fait mention, et qui èst cependant très intéressant pour donner une idée du génie et de la façon de penser des Écossais dans ce siècle. Ceux qui avaient conspiré contre la vie du cardinal llcatoun, trouvèrent dans le château de Saint-André le fils aine du régent. Comme ils avaient besoin de la protection de l'Angleterre, il était A craindre qu'ils ne cherchassent i se concilier la bienveillance des Anglais, en leur remettant un prisonnier de cette importance. L'héritier présomptif de la couronne entre les mains de l'ennemi juré de la nation , était une chose terrible à penser, l’ourse tirer de ce danger, le parlement s'avisa d'un moyen lout-à-fait extraordinaire. 11 fit un acte par lequel « le fils
toutes récentes, était alors le Ion dominant de la nation. Cette haine invétérée dicta ce statut singulier, qui dérangeait d’une manière si rc- ! marqnable la succession linéalc. Il parait qu'on ne connaissait point du tout alors cette maxime de nos jours, qui nous représente le droit de succession comme sacré, inviolable, et auquel on ne peut déroger par aucune sorte de considération.
Dans les premiers jours de septembre , le comte de Hartford, nouvellement créé duc de Sommersct, et protecteur d’Angleterre . entra en Écosse à la tète d'un corjis de dix-huit mille hommes, et dans le même temps une flotte de soixante voiles parut sur les côtes pour soutenir les forces de terre. Les Écossais qui avaient vu depuis quelque temps l’orage se former, avaient pris toutes leurs mesures pour s’en garantir. Leur année était presque le double de celle do l'ennemi et postée avec beaucoup d'avantage sur une cote qui s'élève au-dessus dcMussclbourg, A quelque distance des bords de la rivière d’Eske. le duc de Sommersct , instruit de toutes ces circonstances, apercevait le danger, et aurait bien voulu se tirer de ce mauvais pas, par quelque nouvelle ouverture de paix , A des conditions raisonnables. Mais sa modération fut imputée A timidité, et scs propositions furent rejetées avec la hauteur qu'inspire l'assurance du succès. Kn effet, si la conduite du régent, qui commandait l’armée d'Écosse , avait égalé sa présomption, la perte de l'armée anglaise était inévitable. l.es Écossais se trouvaient dans une position entièrement semblable à celle de
1 Huilai, UL\l. rtfurin ,J,3J8,
* Epist Krg Sait. , 11, 339.
leurs concitoyens , lors de l'expédition d'Olivier Cromwell dans le siècle suivant. Ils avaient si bien choisi leur terrain, qu'il était impossible de les fiwrer à donner la bataille. Les fourrages et les provisions de tout le pays des environs avaient été consommés en peu de jours. L’Anglais ne pouvait eu tirer que de sa (lotte, difficilement et en petite quantité. Sa retraite était ainsi indispensablement nécessaire : mais celte retraite pouvait être fatale J l’armée anglaise , et peut-être entraîner sa ruine totale.
fin rapprochant les circonstances de cette expédition et de celle de Cromwell , on voit que dans les deux occasions les Anglais durent leur salut 5 la chaleur et à l'impétuosité de la nation écossaise qui , par des démarches Inconsidérées, mit son pays dans le plus grand danger. La bravoure indisciplinée des soldats leur fil perdre patience à la vue de l’ennemi. Le général ne craignit rien que de voiries Anglais lui échapper par la fuite. Il quitte le camp où il était en sûreté, pour aller attaquer le duc de Sommerset près de Pinkcy : action téméraire, et qui eut aussi le plus mauvais succès. Cependant le duc avait conduit son armée sur une éminence, et avait ainsi regagné l’avantage du terrain. L'infanterie faisait la principale force de l'armée d'Êcossc. Cecorps, arméde piques très longues, marchait sur plusieurs files de hauteur, les rangs fort serrés. Il se forma en trois gros bataillons, et s'avança vers l’ennemi. Lorsqu'il eut passé la rivière, il se trouva exposé à tout le feu de la flotte anglaise, qui était mouillée dans la baie de Muselbourg 1 , et qu’on avait fait approcher du rivage. La cavalerie anglaise, enhardie par un léger avantage remporté quelques jours auparavant dans une escarmouche , cutnttirnça l’attaque avec plus d’ardeur que de conduite. L’infanterie écossaise, ferme et serrée, soutint aisément le choc de cette cavalerie, la rompit et la mit en déroute. Les Anglais firent avancer leur infanterie, et les Écossais se trouvèrent alors exposés d’un côté ù une nuée de flèches, sur le flanc, au feu roulant de quatre cents fusiliers qui servaient dans l’armée ennemie, et foudroyés en même temps par une batterie placée derrière l'infanterie anglaise sur l’endroit le plus élevé
1 Ou Mniwlborow, petite ville ou lmurg de la Lothiane en Écotte. Ce lieu eut sur le golfe de Fortb , à deux lieues d tdiinbourg, vers le levant.
de la colline. Alors cette épaisseur, cette profondeur des colonnes d’infanterie des Ecossais , tourna à leur désavantage , et les mit dans l'impossibilité de garder plus long-temps cette position. Le eomted’Angus, qui commandait l’avantgarde, voulut changer de terrain et se replier vers le gros de son armée. Malheureusement ses gens prirent ce mouvement pour une fuite , et la confusion se mit parmi eux. Alors la cavalerie anglaise se rallia et retourna à la charge; l'infanterie poursuivit son avantage; l'aspect de la victoire redoubla leur ardeur; en un instant la déroute de l'armée écossaise devint générale, sans qu'il fût possible de la rallier. le combat ne fut ni long ni meurtrier; mais, dans la poursuite, l'Anglais montra toute la rage, tout IV charncmcnt que pouvaient inspirer l’antipathie, l’émulation , les querelles , les hostilités réciproques entre les deux nations. On suivit les fuyards pendant cinq heures, et jusqu’à une distance fort éloignée. Les trois chemins différons que les Écossais avaient pris étaient semés de piques, d’épées , de boucliers, et jonchés de corps morts. Dans cette filiale journée, la plus malheureuse qu’on eût jamais vue en Écosse, plus de dix mille hommes restèrent sur la place. On fit peu de prisonniers, et il ne se trouva parmi eux que quelques personnes de distinction. Le protecteur pouvait alors se rendre maître d’un royaume dont il était sur le point , quelques heures auparavant , d’èlrc chassé avec ignominie *.
1 On trouve dans un journal rare et précieux de ï’ex pédiliou du protecteur en Écosse, écrit par Cuill. Pal* ten , commissaire adjoint à Cecil , comme juge maréchal des armées, et imprimé en 1518, te passage suivant qui mérite d’étre rapporté ici , parce qu'il donne une idée claire de la discipline militaire établie dans ces temps-15 chez les Écossais. «Je crois qu'il est nécessaire de rendre a compte de ce que j’ai appris depuis, particulièrement « au sujet de leur discipline, de leur armure et de leur « manière de faire la guerre, tant offensive que défen- « sive. Ils se mettent en campagne, bienéquippés de tout : « cotte de mailles, pot en tête, dague, bouclier, épées a fort larges et bien affilées , d’une trempe excellente , et a en général si tranchantes, que je n'en ai jamais vu o d’aussi bonnes, et que je crois qu'il serait difficile d’en « trouver de meilleures. Outre cela , chaque homme a sa « pique et un grand mouchoir entortillé deux ou trois « fois autour de son col, non pas pour le froid, mais b pour les blessures. Lorsqu’ils marchent pour atlrr à n l'ennemi , ils sont collés et serrés de si près dans le pre- « tnier rang, épaule contre épaule, tenant 5 drux mains « leurs piques allongées devant eux , et ceux qui les sui - ' u vent dans te même ordre sont tellement pressés sur
Cependant il ne lira aucun avantage réel de cette victoire signalée, soit manque de temps, soit faute d'habileté pour savoir la mettre à profit. Chaque nouvelle offense éloignait de plus en plus les Écossais de l'union projetée avec l'Angleterre, et le protecteur négligea le seul moyen qu'il avait de les forcer à y donner leur consentement. Il s’amusa à faire le dégât dans un pays tout ouvert, â prendre ou à construire quelques petits châteaux : au lieu qu'en fortifiant un petit nombre de places accessibles par mer, il aurait en peu de temps contraint les Écossais, ou d'accepter ses conditions, ou de se soumettre à sa puissance. Telle fut la conduitedc Cromwell, lorsque après la victoire remportée à Dunbar il se rendit maître de l'Écosse. La bataille de l’inkey n'eut d'autre effet que d'entraîner les Ecossais dans de nouveaux engagemens avec la France. Ce qui se passait alors à la cour d'Angleterre peut néanmoins excuser la conduite du duc de Sommerset. Il se formait contre lui une cabale , sa fin tragique était déjà préméditée. Pendant qu'il triomphait en Écosse, on travaillait sourdement à ruiner en Angleterre son pouvoir et sou crédit. Instruit de ces menées, il fut obligé de songer â sa conservation, de préférer sa sûreté au désir de la gloire , et de s'en retourner en Angleterre sans avoir recueilli les fruiisde sa victoire. Cependant l'orage alors se dissipa, la conspiration qui fit tomber Sommerset n'avait point encore pris toute sa consistance , l'arrivée
« leur do* , passant leur» pique» par-de*sus le» épaule» de « ceux du premier rang , que lorsqu'on en est assailli .1 « t'improvisie, il n’y a point de force qui puisse leur ré-
• situer. Lorsqu'ils se tiennent sur la défensive , ils ont « pareiileineut les épaules serrées les uns contre les att- « très; le premier rang est courbé fort bas, comme des « gens a nouons ; leurs camarades tiennent derrière eux « leurs piques a deux mains, et de plus, daus la gauche, n leurs boucliers, un bout de lapique appuyé contre leur n pied droit et l'autre présenté à la hauteur de la poitrine o de l'ennemi ; ceux qui les suivent ont leurs piques en
• avant, anisées avec Icsleura, et aiusi de suilc aussi « près les uns des autres que l'espace et le lieu peuvent « le permettre, et si serrés dans [unie l'eieuduc du bail laillon, qu'il ne serait pas plus ailé de déranger le front ode leurs piques, que de percer avec le doigt nu la o peau d'un hérisson en colère.» On trouve dans ce journal plusieurs autres détails fort» curieux, dont le chevalier Jean Hayward s’est servi pour composer son histoire de cette eipéditiou. f'ie li Edouard y), 279, etc.
La longueur des piques des Écossais fut fixée, par Acl. 44, p. 1471, à six aunes, c'est-à dire dix-huit pieds mi pouces.
D’ÉCOSSK. [1547]
du duc en suspendit pour quelque temps les effets. Il conserva toujours le pouvoir suprême, et il s'en servit pour lâcher de reprendre l'avantage qu'il avait perdu. Il envoya un corps de troupes pour s'emparer d'Iladdiugloun, qu'il filforlifier. Maiscette place, éloignée de la mer, et de toutes les garnisons anglaises, ne pouvait èlrédcfendue qu a grands frais, et avec beaucoup de dangers.
Cependant les Français gagnèrent plus à la défaite de leurs alliés que les Anglais ne tirèrent de fruit de leur victoire. Après la mort du cardinal Beauloun, Marie de Guise, reine douairière d'Écosse , eut beaucoup de part à la direction des affaires. Attachée par le sang et par inclination aux intérêts de la France, elle ne fut occupée que de les favoriser, et elle sut profiler avec adresse de toutes les circonstances qui se présentèrent. La déroute de l’inkey avait affaissé tout le génie, toute la vigueur de la nation écossaise. Dans une assemblée de nobles qui se tenait â Stirling (jour délibérer sur la situation critique des affaires de l'Écosse, tous les regards se portèrent vers la France; on y vit le port de salut, on ne mit de confiance que dans ses secours. Mais comme Henri II était alors en paix avec l'Angleterre, la reine leur représenta adroitement qu'ils ne pouvaient pas espérer que ce prince voulût prendre part à leur querelle , sans avoir quelque vue d'avantage personnel ; et que sans quelque concession extraordinaire en sa faveur, ils ne pouvaient point en attendre des secours proportionnés aux circonstances fâcheuses où ils se trouvaient. La prévention générale favorisa puissamment ces représentations de la reine. Ce qui , dans une assemblée, arrive assez souvent â quelques particuliers , saisit alors tous les esprits. Guidés par leurs passions, uniquement occupés de les satisfaire, tous de concert abandonnèrent leurs anciens principes, perdirent de vue leurs véritables intérêts. I tans la violence de leur ressentiment , ils oublièrent cet ancien zèle des Écossais pour l'indépendance qui leur avait fait rejeter les propositions d'Henri VIII; ils offrirent d’eux-mèmes leur jeune reine en mariage au dauphin, fils aîné d'Henri II; ils firent plus, ils proposèrent d'envoyer Marie à la cour de France pour y être élevée, et de la faire parlirsur-le-champ. La «oif de la vengeance tira deux un consentement que le salut même de la patrie n'avait jamais pu leur arracher. La
France aperçut tout l'avantage rie l'acquisition d'un royaume tel que l'Écosse. Henri accepta sans hésiter les offres des ambassadeurs écossais, et fit des propositions de défendre avec vigueur cette espèce de conquête. On vit arriver à Leith un corps «le six mille hommes de vieilles troupes, commandé par un Français nommé Dessë, qui avait sous ses ordres d'excellens officiers , exercés dans les longues guerres de François 1er. Ce corps servit en Écosse pendant deux ans, avec une valeur et une distinction égales à sa renommée. Mais ses expéditions furent de peu d'importance: il fut mal soutenu par les Écossais , qui conçurent bientôt de la jalousie des desseins de la France. De plus, la précaution des Anglais , qui se tinrent toujours sur la défensive, empêcha les Français de former aucune entreprise de conséquence, cl les mil dans le cas d’épuiser leurs forces à des sièges très longs , et entrepris contre toute apparence de succès. Cependant les efforts de la France ne furent pas loul-à-fait infructueux à l'Écosse. Les Anglais furrnt obligés d'évacuer Haddingtoun, et de rendre quelques petits forts qu'ils tenaient dans différens endroits du royaume.
Mais les opérations de ces troupes furent d'une utilité bien plus réelle pour le roi deFrancc. Elles firent une diversion qui lui donna la facilité de chasser de Boulogne sur mer les Anglais qui s’en étaient emparés : de plus, la présence de l'armée française en Écosse fit consentir le parlement aux ouvertures qui lui avaient été faites par les nobles assemblés, a Stirling, au sujet de l'éducation de la reine à la cour de France, et de son mariage avec le dauphin. Quelques patriotes zélés s'élevèrent en vain contre ces démarches insensées, qui faisaient de l'Écosse une province de la France; qui du roi de France auparavant allié, en faisaient un maître; qui rendaient l'amitié de la France plus fatale à l'Écosse que l'inimitié de l’Angleterre; et qui faisaient prodiguer à l'une de ces puissances ce qu'on avait courageusement refusé à l’autre. Une affaire de cette importance fut décidée il la hâte dans un parlement assemblé dans le camp devant Haddingtoun. Les intrigues de la reine douairière, le zèle du clergé, le ressentiment contre l'Angleterre, avaient déjà gagné une grande partie de la nation, la libéralité et les promesses du général ambassadeur de France
firent encore plus d'effet. le régent lui-mème eut la bassesse d'accepter une pension de la France, et le titre de duc de Chatellerault dans ce royaume. Presque toutes les voix furent pour la conclusion du traité, et les intérêts d'une troupe de factieux furent préférés à l'honneur de la nation.
I.n France, après avoir entraîné les Écossais dans cette résolution fatale et inconsidérée, source de tant de malheurs pour eux et pour leur souveraine, ne leur laissa pas le temps de la réflexion ni du repentir. La flotte qui avait amené les troupes françaises en Écosse était restée dans le port de Leith; elle transporta aussitôt la reine en France. Marie, qui n'avait alors que six ans, reçut à la cour de France , l'une des plus polies, mais des plus corrompues de l’Europe , une éducation qui augmeuta les charmes de sa personne, qui perfectionna ses talens naturels, qui la rendit une femme accomplie; mais comme reine, elle y prit des préjugés qui dans la suite furent la cause de toutes ses infortunes.
L’arrivée de Marie en France changea le système politique de cette cour. Henri , maître de la personne de la jeune reine , laissa languir la guerre en Écosse, et porta toutes ses attentions au recouvrement du Boulonnais. Pour exécuter ce projet , une légère diversion dans la Grande- Bretagne, qui obligerait l'Anglais à partager ses forces, était suffisante. L'Angleterre , énervée par des dissensions domestiques , avait beaucoup perdu de son ancienne vigueur, manquait de têtes dans l'intérieur, n'avait plus de bras à porter au dehors , et venait d’éprouver une révolution dans son gouvernement. Le duc de Sommerset avait envahi toute l'autorité. Un pouvoir acquis par la force, exercé avec peu de modération, ne devait pas être de longue durée. De grandes qualités, un grand amour pour la patrie , ne purent expier l'ambition démesurée du protecteur,quiavait pris la direction de toutes les affaires. Plusieurs seigneurs, des plus distingués de la cour, se liguèrent contre lui. Le comte de Warwick , chef de ce complot, n'avait pas moins d'ambition que Sommerset , mais il possédait dans un degré bien supérieur l'art et le liant nécessaires pour parvenir à ses fins. Il conduisit son projet avec tant d’adresse, qu'il vint à bout de perdre son rival et de s’élever sur scs ruines. Il évita le nom odieux de protecteur;
mais il eut tout le pouvoir, il prit tout l'ascendant de Sommersct. Il aperçut bientôt que la pais était nécessaire pour raffermissement de sa nouvelle autorité , et pour l'exécution de ses vastes dessrins.
Henri était bien instruit de la situation où se trouvait le comte de Warwiclc. Il sut profiter des avis qu'il recevait d'Angleterre. pour amener les négociations à la conclusion d'une paix générale. Il prescrivit toutes les conditions qu'il voulut au ministre anglais, qui n’hésita sur aucune, quelque avantageuses qu'elles pussent être au monarque français et à ses alliés. L’Angleterre rendit à la France Boulogne avec tontes ses dépendances , et se désista de toutes ses prétentions, tant au mariage de la reine d'Ecosse qu'à la conquête de ce royaume. Quelqurs petits forts, que les troupes anglaises occupaient encore en Écosse, furent rases, et la paix entre les deux royaumes fut rétablie sur scs anciens fondemens.
Cependant ces malheureuses querelles entre les deux nations britanniques leur firent perdre tout leur crédit cl leur considération. La guerre entreprise de part et d'autre, sans aucun motif réel, uniquement fondée sur la jalousie et le ressentiment, fut conduite par les animosités nationales, toujours aveugles sur les véritables intérêts. La France, qui y avait pris part avec froideur, s'y conduisit avec beaucoup d’adresse : elle sut se prévaloir de toutes les circonstances qui se présentèrent, elle rentra en possession d'un pays important qu’elle avait perdu, et elle ajouta un nouveau royaume à sa monarchie. L'ambition , la trahison du ministre anglais lui procurèrent le premier de ces avantages , clic dut le second à la haine inconsidérée des Écossais contre leurs anciens ennemis ; clic mérita l'un et l'autre par son habileté et par sa bonne politique.
Aussilùl après la conclusion de la paix, les troupes françaises sortirent de l'Écossc , aussi contentes de s'en aller que la nation le fut de les voir partir, I,cs Écossais n'avaient pas lardé à s'apercevoir du danger auquel ils s’étaient exposés en appelant à leur secours une puissance qui avait sur eux tant desupériorité. Insupportaient impatiemment de voir ceux qui étaient venus pour protéger le royaume, s'y arroger toute l’autorité : ils se reprochaient leur impudence de
les y avoir attirés, et ils curent en plusieurs occasions sujet de s'en repentir. Le génie particulier à la nation française augmentait encore le dégoût des Écossais, et les disposa à secouer le joug avant même que d'avoir commencé à le subir. Les Français étaient alors ce qu'ils sont encore aujourd'hui , l'une des nations les plus polies de l'Kurope. Mais on a remarqué que dans toutes leurs expéditions aux paysétrangers, soit vers le midi , soit vers le nord , leurs mœurs se sont toujours trouvées singulièrement incompatiblcsavec celles des autres peuples. Les Barbares sont attachés fortement à leurs coutumes cl .à leurs usages , parce qu'ils manquent de goût et de discernement pour apercevoir ce qu'il y a de judicieux cl de convenable dans ceux des autres nations. Les pruples qui tiennent le premier rang parmi les nations les plus civilisées sont très souvent , par orgueil , aussi entêtés des usages qu'i’s ont adoptés. Les Grecs étaient dans leur temps ce que les Français sont dans le nùtrc: toujours contensd'eux-mêmcs, jaloux d'être imités par leurs voisins, accoutumés à regarder leurs modes comme l'enseigne du bon goût et de l'élégance , dédaignant de se contraindre, et refusant de se prêter à tous les usages différons des leurs. Ces raisons ont, dans tous les temps, rendu les troupes françaises insupportables aux étrangers; clics se sont toujours attiré la haine cil d'autres pays, elles y er.t souvent trouvé leur destruction. Hans le cours de ce siècle, les Français inondèrent quatre fois l'Italie; ils y firent des conquêtes par leur valeur, et ils les perdirent autant de fois par leur insolence. Les Écossais, peuple naturellement colère et allier, incapables , plus qu'aucune autre nation, de soutenir la moindre apparence de mépris, notaient pas d'humeur à reconnaître les prétentions de ce» bûtes présomptueux. I es deux peuples donnèrent bientôt des marques sensibles de leur antipathie: les Ecossais secondèrent les opérations des troupes françaises avec une extrême froideur; leur dégoût s’accrut insensiblement cl fut porté par degrés jusqu a l'indignation; pleins d'un ressentiment qu'ilsavaient peine à contenir, ils. le firent éclater à l'occasion d'un événement de peu d’importance. Un soldat français avait pris querelle avec un bourgrois d'Edimbourg [tour une cause très légère : aussitôt les deux nations courent aux armes avec une égale fureur pour la défense
de leur concitoyen. Le prévôt d'Edimbourg, son fils, et plusieurs autres personnes de distinction furent tués dans cette émeute , et les Français furent obligés de sortir de la ville pour se soustraire à la furie des babitans. Malgré celte ancienne alliance entre la France et l’Écosse, malgré cette longue suite de bons offices mutuels entre les deux nations, les Écossais commencèrent A prendre pour les Français une aversion qui jeta bientôt de profondes racines, et qui fut suivie des plus tristes effets.
Nous n'avons rien dit de l'état de la religion en Écosse depuis la mort du cardinal Beatoun. Pendant le cours de la guerre avec l’Angleterre, ré clergé n'avait pas eu le temps d'inquiéter les protestans, et ces derniers n'étaient pas assez en force pour espérer autre chose que la tolérance et l'impunité. La nouvelle doctrine était encore dans son enfance : dans un court espace de tranquillité elle prit des forces, et s'avança à pas fermes et rapides vers son entier établissement dans le royaume. Les premiers qui prêchèrent en Écosse contre le papisme, et dont quel ques-uns avaient déjA paru sous le règne de Jac ques V, étaient plus recommandables par leur piété et leur zèle que par leur savoir. Ils ne connaissaient les principes de la réforme qu’imparfailement, et ne les tenaient que de la seconde main. Quelques-uns de ces prédicateurs avaient été élevés en Angleterre, et tous avaient emprunté leurs idées deslivres publiés dansce pays. Dans les faibles commencemrns de cette aurore naissante, ce n'était qu'en tremblant qu'ils faisaient quelques pas de plus que leurs maîtres; mais bientôt la doctrine et les écrits des réformateurs étrangers furent généralement connus, et dans ce siècle où l'on voulait tout approfondir, on força tous les obstacles pour arriver A la connaissance du vrai; la découverte d’une erreur apprit à en dévoiler d'autres; une imposture démasquée en laissa voir une multitude; tout ledifice , élevé dans des temps de ténèbres par les mains de l'ignorance et de la superstition, commença A chanceler : il ne fallait plus pour le détruire entièrement , qu’un chef audacieux et entreprenant , capable de diriger l'attaque. Tel fut le fameux Jean Knox, qui joignait à des connaissances et à des vues plus étendues que celles de ses prédécesseurs, une intrépidité qui le mettait au-dessus de tçutes craintes. Il commença à
prêcher publiquement à Saint-André, en l'année 1547 , avec tout le succès qui accompagne ordinairement une éloquence hardie et populaire. Au lieu de s’amuser à élaguer les branches du papisme, il en frappa directement les racines, et il attaqua en même temps la doctrine et la discipline de l'ancienne église, avec une véhémence qui lui était particulière, et tout-A-fait analogue aux mœurs et au goût de ce siècle.
Un adversaire tel que Knox ne pouvait pas aisément échapper A la fureur du clergé , qui apercevait avec douleur le but et les progrès de ses opinions. Knox se réfugia d'abord dans le chAteau de Saint-André, et tant que les conjurés s'y maintinrent, il y prêcha publiquement sous leur protection. I a grande révolution arrivée en Angleterre après la mort de Henri VIII ne contribua pas moins que le zèle de Knox au renversement del'église romaine en Écosse. Henri avait relAché les chaînes du papisme, il en avait rendu le joug plus léger. Les ministres de son fils Édouard VI les brisèrent entièrement, et établirent la religion protestante A peu près sur le même pied où elle est aujourd’hui dansce royaume. Cet exemple influa sur l’Écosse, et les heureux effets de la liberté religieuse recouvrécchez une nation inspirèrent A l’autre un désir égal de la recouvrer. Les réformateurs avaient jusque alors été obligés d'user de beaucoup de précautions; ils se hasardaient rarement A prêcher en public; ils se tenaient toujours dans quelques maisons particulières, et A une certaine distance de la cour. Us s'accréditèrent peu A peu , principalement parmi le peuple et les personnes d'un moyen état , ainsi qu’il arrive toujours A la naissance d’une religion nouvelle. Mais quelques nobles de la première distinction ayant alors adopté publiquement leurs principes, ils ne furent plus dans la nécessite de se conduire avec la même circonspection; la sécurité et l'encouragement donnèrent du ressort A leurs prédications, et en étendirent les succès. Les moyens d'acquérir des idées nouvelles cl de les répandre furent plus communs, et le goût d'innover, qui dominait alors, devint de jour en jour plus général et plus entreprenant.
Ce zèle pour la nouveauté fut néanmoins un peu modéré , au grand avantage de la réformatiozi, qui n'avait pas encore pris assez de vigueur et de consistance pour renverser un système
fondé .sur la politique la plus raffinée, et soutenu par un pouvoir formidable. Dans ces circonstances, toute entreprise delà part des proteslans aurait été fatale à leur doctrine , et ce fut une preuve bien sensible, tant de l'autorité que de la pénétration des chefs de ce parti, d’avoir su modérer le zèle d'un peuple violent et impétueux, et d'avoir attendu des conjonctures plus favorables, qui rendirent chaque pas décisif, et qui assurèrent toutes leurs démarches.
Cependant leur cause reçut de nouveaux secours de deux endroits différons, d’où elle semblait ne devoir pas les attendre. L'ambition de la maison de Guise , et le zclc aveugle de Marie, reine d'Angleterre, hâtèrent le renversement du trône pontifical en Ecosse , et par une combinaison singulière d’événemens , les personnes qui s'opposaient avec le plus de chaleur à la réliirmation dans les autres parties de l'Europe devinrent les instrumens des progrès du protestantisme en Écosse.
Marie de Guise avait toute l'audace, toute l'ambition qui faisaient le caractère distinctif des princes de sa maison. Mais en elle ces passions étaient tempérées par l'amcnité particulière à son sexe, par une modération et une dextérité singulière; scs frères suivaient avec témérité les plus grands objets, prenaient des mesures hardies pour arriver à leurs fins, et les soutenaient par un grand courage, la reine avait soin de cacher ses desseins avec tout l'art dont une femme est capable; la politique la plus fine et la plus prudente la portait par degré au pouvoir suprême. L'beureusc application de scs talons lui donni une grande influence dans les conseils d'une nation qui jusque-là n'avait point connu le gouvernement d'une femme; et sans avoir aurun droit de prendre part à l'administration des affaires, elle vint à bout d'en envahir la principale direction. Mais elle se lassa bientôt de ce pouvoir précaire, de cette autorité partagée, que l'inconstance du régent ou l'ambition de ceux qui le gouvernaient, pouvait aisément détruire. Elle commença à tramer de nouvelles intrigues, elle travailla sourdement à perdre le régent, et à se frayer le chemin au poste éminent qu'il occupait. Ses frères entrèrent dans son projet avec chaleur, et l'appuyèrent de tout leur crédit à la cour de France. Henri II adopta avec plaisir des mesures qui lui donnaient l'cspé-
Ü’ÉCOSSE. tlSâO]
I rance de diriger à son gré les mouvemens de l'Écosse , et de pouvoir à la première rupture avec l'Angleterre , tourner toutes ses forces contre ce royaume.
I-i reine douairière avait deux moyens à choisir pour arriver au point d'élévation quelle ambitionnait , ou d'enlever à force ouverte le pouvoir au régent . ou de l'obtenir de son propre consentement. Ij circonstance d'une minorité, le génie remuant d'un peuple porté à la guerre cl aux factions , rendaient le premier de ces expédiens incertain et très dangereux; l'autre paraissait absôluinent impraticable. Persuader à un homme de se démettre volontairement du pouvoir suprême, de descendre au niveau de ceux qu’il avait vus à ses pieds, et de se contenter de la seconde place après avoir occupé la première, était un projet qu'un pouvait regarder comme chimérique et extravagant. Ce fut néanmoins celui à qui la reine donna la préférence, et cette entreprise singulière fut amplement justifiée par le succès.
L'humeur vague et les irrésolutionsdu régent, le royaume tombé dans d’affreuses calamités sous son administration, avaient porté contre lui , au plus haut point, les préventions des nobles et du peuple ; la reine sut adroitement et avec le plus grand secret , fomenter ces dispositions. Tous ceux qui aspiraient au changement étaient assurés de trouver à sa cour un accueil favorable : on entretenait leur mécontentement par des promesses et des espérances , qui dans tous les temps ont séduit la crédulité des esprits séditieux. Les partisans de la réformation étant le corps le plus nombreux parmi les ennemis du régent, et qui faisait le plus de progrès, la reine s'attacha à les gagner, et suivit ce plan avec une attention particulière. Ses moeurs douces et engageantes, une indifférence apparente pour les points de religion contestés, donnaient un air de vérité aux assurances de protection et de tolérance qu'elle prodiguait. Certaine de voir entrer dans ses vues une partie aussi considérable de la nation, elle partit pour s’en aller en France, sous prétexte d’y voir sa fille. Elle eut soin de se faire accompagner par ceux de la noblesse qui avaient le plus de crédit et d'autorité parmi leurs concitoyens. Ces nobles, amollis par les délices d'une cour élégante , flattés des prévenances du roi de France, séduits par les
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caresses de la maison de Guise, gagnés par quelques faibles grâces distribuées à propos, et par de grandes promesses, furent à la fin disposés â seconder les vues de la reine et à favoriser toutes ses prétentions.
Pendant que la reine avançait ainsi par des voies lentes, mais assurées, l'accomplissement de ses desseins , le régent , ou ne prévit point , ou négligea de prévenir le danger qui le menaçait. La première nouvelle qu’il reçut du complot qui se tramait lui fut apportée par deux de ses plus intimes confidens, Carnegie de Riunaird,et Panther, évêque de Ross, que la reine avait gagnés^! qu’elleavait employés comme lesinstrumens les plus propres â obtenir le consentement du régent. On lui fit les premières ouvertures au nom du roi de France. Elles furent soutenues par des menaces capables d'en imposer à l'âme | l imidc du régent , et adoucies par toutes les promesses qui pouvaient lui faire accepter une proposition aussi désagréable. D'une part, on lui offrait la confirmation du titre de duc qu'il avait en France, avec une forte pension ; de faire reconnaître par le parlement d'Écosse son droit de succession â la couronne , et de faire ratifier publiquement tout ce qu'il avait fait pendant sa régence. D’un autre côté , on lui peignait avec les plus vives couleurs le danger d’encourir la disgrâce du roi de France , l’autorité de la reine douairière, et son crédit parmi le peuple, la haine que les nobles lui portaient , et les dangers auxquels il s'exposerait s'il était obligé de rendre compte de son administration. Il n'était pas possible de souscrire sans quelque difficulté à une proposition aussi imprévue et aussi extraordinaire; et si l'archevêque de Saint-André eût été présent pour fixer l'irrésolution du régent , et donner de la consistance à un esprit susceptible de toutes sortes d'impressions, le régent aurait, selon toutes les apparences, rejeté avec dédain les offres et la proposition; mais heureusement pour la reine , ses desseins ne pouvaient point alors être traversés par la sagacité et l’ambition du prélat ; il était malade â toute extrémité, et pendant son absence, les manœuvres des émissaires de la reine agirent aisément sur uneâme flexible ,coutre-balancèrentractivité des plus fortes passions humaines, et déterminèrent enfin le régent â se démettre volontairement du pouvoir suprême.
La reine, après avoir gagné un point de cette importance avec tant de facilité, repassa en Ecosse, parfaitement convaincue qu’elle allait se mettre en possession de sa nouvelle dignité. Mais elle trouva l’archevêque rétabli de cette maladie que les médecins ignorans d’Écosse avaient regardée comme incurable; le prélat dut $â guérison aux soins du fameux Cardan , l'un de ces aventuriers philosophes sans aveu , dont l'Italie fourmillait alors. Un génie actif et entreprenant lui avait fait faire plusieurs découvertes dignes de l’estime d’un siècle même plus éclairé ; une imagination déréglée l'avait entraîné dans ces sciences chimériques qui attiraient l’admiration de ses contcin|>orains ; comme astrologue et magicien, il était révéré: on venait le consulter de tous les endroits de l’Europe : comme pltilo- ; sophe qui étudiait la nature et qui avait fait des progrès dans celte science, il n'était que médiocrement connu. Il y a lieu de croire que l'archevêque ne voyait en lui que le magicien , lorsque dans sa maladie il le fit appeler : cependant ce fut au philosophe expérimenté qu'il dut sa guérison
L'archevêque ainsi revenu des portes de la mort, reprit tout son ascendant sur l'esprit du régent. Son premier soin fut de l'engager â rétracter cette promesse déshonorante qui lui avait été extorquée par les artifices de la reine : cette nouvelle inconstance du régent irrita celte princesse au dernier point; elle fut néanmoins obligée de dissimuler sa surprise et son indignation , pourse donner le temps de renouer ses intrigurs dans les différons partis. Elle s’attacha plus que jamais â favoriser et â caresser les protestons ; elle usa de divers artifices pour se rendre agréable aux nobles ; elle entreprit même de regagner le régent , et elle fit jouer tous les ressorts imaginables pour en venir à bout. Mais les insinuations de ses émissaires, qui avaient fait de si fortes impressions sur l’esprit timide du régent, n'étaient pas capables de subjuguer ni d’intimider l'archevêque. L’adresse du prélat, qui faisait languir les menées et les négociations de la reine,
’ Cardan lui-même était plut jaloux d’être regardé comme astrologue que comme philosophe. On trouve daus sou livre de Genituris, un calcul sur la naissance de l’archevêque. Cardan prétendait que par ce calcul il avait prévu et guéri ta maladie du préiat. Il reçut de l'archevêque une récompense de 1800 écus, somme considérable en ce temps lâ. De yud »uâ, p. 32.
choses qui attira son attention. Long- temps avant que Luther eût publié ses thèses fameuses qui ébranlèrent le trône pontifical , la science et la philosophie avaient découvert à quelques Italiens les impostures et les absurdités de la superstition établie. Ces peuples qui ont en partage la fine^jp et la subtilité, contensd'avoir fait cil secret ces découvertes, étaient peu disposés à prendre le caractère dangereux de réformateurs; il n'appartient , disaient-ils, qu'aux sages de connaître le vrai , pendant que lis âmes vulgaires sont intimidées et gouvernées par les erreurs populaires. Les théologiens allemands , animés d’un zèle plus noble et plus désintéressé , relevèrent hardiment l'étendard de la vérité, et le soutinrent avec une intrépidité digne de l'admiration et de la reconnaissance des siècles suivans.
Pour peu qu'on soit versé dans la connaissance de l'histoire, on sait à quelle occasion Luther s'éloigna des dogmes de l’église romaine, et comment une querelle très légère dans ses commencemcus, s'échauffa au point de devenir une rupture ouverte et irréparable. Du sein de l'Allemagne les opinions de Luther se répandirent par toute l'Europe avec une rapidité étonnante, et partout où elles furent précitées . elles ébranlèrent ou renversèrent totalement le système ancien , mais établi sur de mauvais fbnde- ■nens. La vigilance et l'adresse de la cour de Home, la puissance et le fanatisme de la maison d’Autriche, étouffèrent ces nouvelles opinions dès leur naissance dans les pays méridionaux de l'Europe. Mais les esprits courageux du nord, aigris par des taxes multipliées, ne purent être ni adoucis par les mêmes artifices , ni subjugués par la même autorité. Ces peuples, animés par la piété de quelques princes, par l'avarice de quelques autres, déconcertèrent aisément les faibles oppositions d'un clergé sans lettres et sans moeurs.
Le papisme parait avoir pris un vol plus extravagant dans les pays situés aux différentes extrémités de l’Europe. La force d'imagination et la sensibilité particulières aux habitans des pays méridionaux les rendaient plus susceptibles des impressions fortes de la terreur superstitieuse et de la crédulité. L’ignorance et la barbarie des nations du nord ne furent pas moins favorables aux progrès de ce même esprit de su-
perstition ; ne sachant rien , ils étaient disposés à tout croire; les absurdités les plus frappantes ne révoltaient point leur entendement grossier, et les fictions les moins probables étaient reçues avec une docilité stupide et une aveugle admiration.
Quant au genre de papisme qui prévalut en Écosse, il était plus que partout ailleurs infecté de superstition et d’ignorance. Les sentimens les plus capables de révolter l'entendement humain , des légendes qui passaient toute croyance, étaient pro]>osés au peuple sans 'aucun palliatif, sans aucun ménagement , et on ne s'y donnait pas la peine de discuter ni de douter.
La puissance et les richesses de l’église suivaient d'un pas égal les progrès de la superstition , dont te propre est de ne point mettre de bornes à sa vénération et à scs libéralités envers ceux dont elle regarde le caractère comme sacré. Les rois d'Écossc montrèrent de bonne heure jusqu'à quel point ils en ressentaient les influences , par la quantité de biens et d'immunités qu'ils prodiguèrent au clergé. La piété somptueuse de David 1er, qui lui mérita le nom de saint , livra aux ecclésiastiques presque tous les domaines de la couronne, qui étaient alors d’une fort grande étendue. L'exemple de ce prince vertueux fut suivi par ses successeurs ; le même esprit gagna les hommes de tous les états, qui comblèrent le sacerdoce de nouveaux biens. Les richesses de l'église dans tous les pays de l'Europe devinrent immenses, mais l'Ecosse fut un de ceux où elles sortirent le plus tôt de leur juste proportion. Le clergé d’Écosse payait la moitié de toutes les taxes imposées dans le royaume sur les terres : or comme il y a lieu de croire que dans ce siècle les ecclésiastiques n’étaient point surchargés, on peut en conclure que dans le temps de la réformation , la moitié, ou à peu près, des biens de la nation était tombée entre les mains de ce corps, qui peut toujours acquérir et qui ne peut jamais aliéner.
L’espèce de la plupart des biens que le clergé possédait , augmentait encore son crédit. Plusieurs terres, dans toute l’étendue du royaume, relevaient des ecclésiastiques. Les terres de l’église étaient données à loyer à un prix modique, et étaient tenues par des cadets ou dcsccndans des meilleures maisons '. las rapports entre Ip
' Kcilb, 521, Dole b.
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suzerain et le vassal, entre le seigneur et le tenancier, formaient des dépendances, étaient une source d'unions , dont l’église tirait les plus grands avantages : pour apprécier le pouvoir des ecclésiastiques papistes sur la nation, ces rapports méritent d'ètre observés avec la même attention que le montant réel de leurs revenus, et doivent entrer dans le calcul de leur puissance.
Cette part extraordinaire dans les biens de la nation était accompagnée d'un poids et d'une considération proportionnés dans le conseil suprême du royaume. Lorsque les pairs séculiers étaient en très petit nombre , lorsque les petits barons et les représentans des bourgs se trouvaient rarement aux parlemcns, les ecclésiastiques en faisaient la partie la plus considérable. On voit par les anciens registres du parlement , et parla forme d'élection des lords des articles, que les décisions de cette cour suprême dépendaient en grande partie des ecclésiastiques ".
Le respect dù à leur caractère sacré, qui était souvent porté à un point incroyable, ne contribuait pas peu à l'accroissement de leur autorité. I-a dignité, les titres et la préséance, attribués au clergé papiste , sont remarquables, tant pour les causes que pour les effets de celte domination qu'il avait usurpée sur le reste du genre humain, le peuple crédule regardait les prêtres comme des êtres d une espèce supérieure : ils n'étaient soumis ni aux mêmes lois ni aux mêmes juges. Toute la protection que la religion peut donner était accordée à leur puissance , à leurs possessions, à leurs personnes, et on essaya, même avec succès, de faire passer toutes ces choses comme également sacrées.
Toutes les sciences, qui néanmoins se réduisaient alorsà fort peu de choses, étaient regardées tomme concentrées dans le clergé, et cette réputation ajoutait encore au tribut de respect qu'il tirait de la religion. Les principes de la saine philosophie et du bon goût étaient entièrement inconnus : des études barbares, et qui n'apprenaient rien, en avaient pris la place. Comme les ecclésiastiques seuls étaient versés dans cette sorte de science, elle leur attirait l'estime et la considération ; des connaissances superficielles excitaient l'admiration de ces siècles grossiers, plongés dans l’ignorance. La guerre était la
' Spot, Uist. ofthe Ch ofScot , 113.
seule occupation des nobles, la chasse leur principal amusement ; ces occupations partageaient tout leur temps. L'ignorance des arts libéraux et des sciences propres à polir les mœurs leur faisait dédaigner tout ce qui était étranger au métier de la guerre, ou qui aurait demandé plus de pénétration et d'habileté qu^de vigueur de corps. On confiait au clergé toutes les fonctions où les talens de l’esprit étaient nécessaires, parce qu’il avait seul toutes les qualités requises pour attirer la confiance; presque toutes les grandes charges dans le gouvernement civil lui étaient dévolues. Le lord chancelier était la première personne dans le royaume, tant pour la dignité que pour l'étendue de son pouvoir. Depuis les premiers temps de la monarchie jusqu'il la mort du cardinal Beatoun , cinquante-quatre personnes occupèrent cette dignité éminente, et de ce nombre , quarante - trois étaient ecclésiastiques ■. Les lords de session étaient les juges suprêmes dans toutes les matières de droit civil ; et par la constitution même de ce tribunal , il avait été établi dès son origine que le président et la moitié des sénateurs seraient des gens d'église.
On peut ajouter à tout cc qui vient d'être dit , que le clergé étant séparé du genre humain par la loi du célibat, dégagé de tous les soins, de toutes les affaires qui occupent et qui absorlient le reste des hommes, il pouvait, sans être distrait par aucun autre objet , ménager scs propres intérêts, les suivre tranquillement, et en faire son unique occupation.
La nature de ses fonctions lui donnait accès auprès de toutes sortes de personnes, et à tous les inslans; il pouvait employer tous les motifs de crainte et d'espérance , de terreur et de cousolation qui agissent le plus puissamment sur l’esprit des hommes. Les ecclésiastiques obsédaient les personnes faibles et crédules; ils assiégeaient les lits des malades, ils ne les laissaient pas mourir sans donner des marques de leur libéralité à l'église ; ils leur enseignaient à composer pour leurs péchés avec le Tout-Puissant , en faisant des largesses â ceux qui se disent ses serviteurs.
lorsque l’adresse des ecclésiastiques, ou la superstition des hommes n'avaient point pro-
1 Crawf., O f/ir. of State.
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duit leur effet, le clergé avait assez de crédit pour faire autoriser toutes scs prétentions par les lois. Quiconque mourait sans faire de testament, était présumé avoir destiné son mobilier ù de pieux usages. L'église s'en mettait en possession ; les enfans , la veuve , les créanciers d'un liomme décédé étaient souvent exclus de tout partage dans les propriétés qui étaient regardées connue sacrées 1 . Comme les hommes ont la folle présomption de croire que leur vie doit être de longue durée, et la puérilité d'éloigner d'eux toutes les idées qui les rappellent à la mort , plusieurs meurent sans mettre ordre à leurs affaires , ni déclarer leurs dernières volontés. I-cs usurpations hardies du clergé dans ces occasions, usurpations dont on voit des vestiges fréquens dans nos lois, quoique nos historiens n'en fassent aucune mention, peuvent encore être regardées comme une des sources les plus abondantes des richesses de l'église.
Dans ce même temps, toutes les causes matrimoniales ou testamentaires ne pouvaient être jugées que parles cours ecclésiastiques, et suivant les lois que le clergé lui-méme avait faites. I as amendes et peines pécuniaires qui venaient à l'appui des décisions de ces tribunaux augmentaient encore leur autorité. Une sentence d'excommunication n'était pas moins formidable qu'un bannissement. Ces excommunications étaient lancées en plusieurs occasions et pour divers crimes : outre l'exclusion des privilèges du chrétien, elles renfermaient encore la privation de tous les droits de l'homme et du citoyen. Ces foudres de l'église, appuyées du concours delà puissance séculière et de la superstition, portaient également la destruction et la terreur.
On peut donc attribuer à ces causes générales l'accroissement immense des richesses et du pouvoir de l'église romaine; et sans entrer dans un plus grand détail, elles sont suffisantes pour faire apercevoir les fondemensquiont servi de base à cet édifice prodigieux.
Cependant leslaîqucsqui avaientcontribué par leur superstition et leurs largesses excessives à élever le clergé d’un état pauvre et obscur , aux richesses et à la prééminence , commencèrent peu à peu à se ressentir et à murmurer de ses usurpations. Peut-on s'étonner que l'àmc altière
1 Essays on Brit. Anliq , 174.
et martiale des barons fût affectée de jalousie a à la vue dejcelle immensité de pouvoir et de richesses du clergé , et qu'ils regardassent avec le dernier mépris la fainéantise et l'oisiveté des ecclésiastiques? D'un Jaulrc côté le peuple était justement indigné de la vie indécente et licencieuse des gens d'église, et perdait beaucoup de la vénération qu’il avait ordinairement pour les hommes de cet état.
Une abondance de richesses, une extrême indolence, une ignorance crasse, et par-dessus tout cela une sévère injonction de garder le célibat, furent les causes principales qui contribuèrent à introduire la corruption des mœurs dans le clergé. Les ecclésiastiques, présumant trop du respect et de la soumission du peuple , ne se donnaient pas la peine de cacher, ni même de déguiser leurs vices. Suivant le rapport des écrivains protestans, avoués par quelques historiens papistes, la dissolution des mœurs la plus scandaleuse régnait ouvertement parmi le clergé d' Écosse *. Le cardinal Iicatoun fit célébrer publiquement le mariage de sa fille naturelle avec le fils du comte de Crawfurd , et la cérémonie se fit avec toute la pompe usitée pour les enfans légitimes 2 : et si l'on peut ajouter foi au rapport de Knox, ce cardinal continua jusqu’à la fin de scs jours à entretenir un commerce criminel avec la mère , qui était une femme de qualité. Il parait que les autres prélats n’étaient pas plus réguliers, et ne vivaient pas plus exemplairement que leur primat 3.
Des hommes de ce caractère auraient dû raisonnablement être alarmés aux premières clameurs qui s'élevèrent contre les dogmes de
1 Winzet ap. Keith , A ppc ml , 202 , 205. Lefl. , de Reb. gest. Scot. , 232.
* On voit encore les articles du mariage signes de t. propre main du cardinal , qui y appelle ta mariée ma fille. Keith, p. 42,
* On trouve daus tes registres publics une preuve remarquable de la dissolution du clergé, tlaus les urine premières années, après ta réformation, on obtint un plus grand nombre de lettres de légitimation qu'il n'en fut accordé dans tout te temps qui s’est écoulé depuis. Os lettres furent obtenues par des enfans d'ecclesiastiques papistes. Ceux 5 qui l'on permit de garder leur* licne tires les vendirent à leurs enfans, et ceux ri étant devenus riches , voulurent effacer de leur famille la tache d'illégitimité. Hans le catalogue des évêques d’Écosse. rapporté par Keith , on trouve plusieurs exemples de biens vendus par des papistes à leurs enfans naturels.
l'église , de la part des prédicateurs protestans ; mais les ecclésiastiques papistes, soit par orgueil , soit par ignorance , négligèrent les vrais moyens de leur imposer silence. Au lieu de réformer leur vie, ou de masquer leurs vices, ils affectèrent de mépriser les censures du peuple ; et pendant que les réformés , par leurs mortifications et leurs austérité, essayaient de ressembler aux premiers prédicateurs du christianisme , on comparait le clergé papiste à ces personnages qui ont joué dans l'histoire les rôles les plus infâmes par une vie scandaleuse , et les crimes les plus énormes *.
D'un autre côté, au lieu d'adoucir la rigueur, ou de colorer les absurdités des dogmes reçus , au lieu d'essayer d'en trouver le fondement dans les écrituresou de les réconcilier avec la raison, on ne les appuyait que de l'autorité de l'église et des décrets des conciles. Les fables concernant le purgatoire, la vertu des pèlerinages, et les mérites des "saints, étaient des lieux communs sur lesquels ils insistaient dans les sermons qu'ils faisaient au peuple. Le devoir de la prédication étant abandonné aux moines des ordres les moins considérés et les plus ignorans , leurs compositions étaient encore plus pitoyables et plus méprisables que les sujets qu'ils traitaient. Pendant que les réformateurs attiraient à leurs sermons une fuule d'auditeurs saisis d'admiration, les prédicateurs papistes étaient ou totalement abandonnés, ou écoutés avec mépris.
Le seul moyen qu'ils employèrent pour rétablir leur réputation, et pour soutenir la loi chancelante du peuple, fut également imprudent et infructueux. Comme plusieurs maximes de l’église romaine sciaient établies par le secours de faux miracles, ils essayèrent de les rappeler â leur secours Mais ces pieux mensonges, qui, dans des temps d'obscurité et d'ignorance , étaient admirés sans soupçon , et reçus avec une foi implicite, furent regardés bien différemment dans un siècle plus éclairé. La vigilance des réformateurs ôtait le masque à l'imposture, et
1 Robertson commet ici une erreur de date. Les vices dont il parle s'élaieui sans doute souvent montrés d'une maniéré éclatante avant l'époque de la réforme; mais l'exemple de la régularité sévère des premiers ministres réformés ne larda pas à réagir sur ceux inéme qui condamnaient hautement leurs opinions religieuses.
' Spotwood , 18.
faisait sentir le ridicule non -seulement de ce faux merveilleux , mais même de la cause qui avait besoin d'ètre soutenue par de tels artifices.
Pendant que les ecclésiastiques papistes devenaient de plus en' plus les objets de la haine et du mépris , les discours des réformateurs étaient écoutés comme autant d'invitations à la liberté. Ces discours excitaient l'indignation contre la doctrine corrompue qui avait perverti la véritable nature du christianisme ; ils inspiraient le désir de connaître la vérité et la pureté de la religion; ils firent naître aussi dans l'âme des nobles d'Écosse d’autres vues et d'autres passions. Ils conçurent l'espérance de secouer le joug de la domination des ecclésiastiques, dont ils avaient depuis si long-temps senti la pesanteur, et qu'ils regardaient alors comme opposé au christianisme ; ils s'attendaient à entrer en possession des revenus de leglisc, qu’on leur avait appris â considérer comme des aliénations faites par leurs ancêtres, avec une profusion aussi indiscrète qu'illimitée1 ils se flattaient qu'on mettrait des entraves à l'orgueil et â l'incontinence du clergé , qui serait désormais obligé de respecter tui-mème son caractère sacré, et de ne pas franchir les bornes qui lui sont prescrites. Une aversion pour l'église établie , aversion fondée sur le concours de tant de circonstances , excitée par des motifs de religion, soutenue par des vues de politique , se répandit dans toute la nation, y fermenta pendant long-temps, et éclata à la fin avec une violence ù laquelle rien ne put résister.
Les points controversés avec l’église de Rome étaient d'une telle importance pour le bonheur du genre humain, et si essentiels au christianisme , que les motifs de religion seuls auraient été suffisant pour allumer le zèle des réformateurs. Mais attendu que la réformation a été représentée comme l'effet de l'enthousiasme et
1 Robertson touche ici t un des points capitaux qui firent remonter la réforme de l’esprit du peuple â l’esprit de ses gouvernails. La conviction eut plus d’empire sur tes premiers, les motifs d'iniérét plus de force sur tes derniers. En supprimant 1rs couvrus, des biens immenses allaient être dévolus par la confiscation au bon plaisir du souverain, qui pouvait rn récomprusrr les siens. On ne songeait pas alors qu'une appropna- Uon plus utile pouvait être donnée dans l'iulérét matériel rl tuoral de tous.