‹ Œuvres completes de W. Robertson precedees d'une notice (volume 2)Chapitre 12 sur 116 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Les lords de la congrégation aperçurent bientêt que leur zèle les avait entraînés dans une entreprise, dont l'exécution était bien au-dessus de leurs forces. La garnison française, méprisant le nombre de leurs troupes indisciplinées, refusa de rendre Leilh, et de sor ir du royaume. Ces lords n’étaient point assez expérimentés dans l’art de la guerre pour espérer de réduire la place, et ils n'avoient d’ailleurs ni l'artillerie ni les magasins nécessaires pour y réussir. Leurs vassaux étaient courageux et intrépides ; mais ils étaient accoutumés à décider toutes leurs querelles dans une seule bataille ; ils ne connaissaient point les fatigues d'une longue campagne, ils s'impatientèrent bientôt de ce service régulier et assidu qu'un siège exige indispensa-

1 M. de Castelnau , après avoir blâmé les conseils dangereux des princes lorrains par rapport aux affaires d'Écosse, convient, avec sa franchise ordinaire, que lorsque les Écossais déclarèrent la guerre à la régente , ce ftil plutôt pour soutenir leurs privilèges que par aucun motif de religion. Min. Cartel. , 4 ig

blement. Les émissaires de la reine, qui trouvaient aisément le moyen de se mêler parmi leurs concitoyens , mettaient tout en usage pour nourrir et augmenter leurs méconlentemens. Les murmures, les plaintes, amenèrent bientôt l'armée à une rébellion ouverte, parce qu'on manquait d'argent pour payer les troupes. Les principaux chefs eurent bien de la peine à se

1 L'acte de la dépoftüon et la lettre des lords de la congrégation à ta reine régente, sont encore existant, et se trouvent dans Knox , p. 184. On jr aperçoit cet esprit mâle et celte intrépidité qui furent toujours le partage des hommes capables de se porter à une entreprise si téméraire. On y remarque encore une précision et une force.d'exprcssion surprenantes dans un siècle aussi peu éclairé. Op peut faire la même observation sur tous les papiers publics de ce temps-là. L'ignorance ou le mau vais gottt du siècle peuvent répandre de l'obscurité, de l'affectation, de t'alfturdité sur les ouvrages des auteurs de profession . mais le langage des affaires a presque toujours été le tnéinc dans tous Us temps, lorsque les hommes ont des idées nettes, lorsqu'ils sont remués puissamment par leur intérêt, ils s’expriment toujuurs avectarté et avec force.

[1569] 1.1 VuE III.

mettre à couvert de l'insolence effrénée des sol ■ dais. Les officiers d'un rani; inférieur, qui eurent la hardiesse de vouloir les contenir, devinrent la victime de leur raqe, et furent mis en pièces. L’irrésolution , la discorde, la consternation régnaient dans le camp des réformés. Le duc de Cliatellcrault, leur général, donna en cette occasion de nouvelles preuves de sa timidité. Saisi de terreur aux approches du danger, il avouait sa faute , et déplorait hautement sa témérité d'avoir embrassé une cause aussi désespérée.

Dans cette situation critique, la congrégation s'adressa it la reine Élisabeth , dont la protection seule pouvait leur faire concevoir des espérances raisonnables de succès. Quelques-uns des chefs les plus expérimentés, avaient prévu que le parti pourrait se trouver dans des circonstances difficiles. Ils avaient travaillé à assurer une ressource pour les cas de nécessité, en entretenant des correspondances secrètes à la cour d'Angleterre >. Élisabeth qui cherchait il prévenir les desseins dangereux que les princes lorrains avaient formés contre sa couronne, avait pressenti de quelle importance il serait pour elle d'arrêter les progrès des Français en Écosse, et d’étendre en même temps son crédit dans le royaume3. Elle aperçut alors les avantages réels qu’elle retirerait de ces soulèvemcns d'Écoss», qui pourraient détruire, ou du moins retarder les projets formés contre l’Angleterre; elle vit avec plaisir que les protestons avaient recodrs A sa protection, et elle leur donna des assurances positives d'un puissant secours. Randolph3, l’agent le plus propre A conduire de sourdes intrigues, fut dépéché en Écosse. Il y resta caché au milieu des lords de la congrégation; il observait leurs agitai ions, et il avait l'art de les encourager. Il parait que l'argent était alors la seule chose qui maoqo.1t aux nobles d'Écossc. La remise d’une somme, arrivée d'Angleterre4 fort à propos, les mit en état de tenir la campagne, et de s'avancer vers Lcith, Mais Élisabeth, qui se méfiait des Écossais, et qui voulait toujours cnnscrver quelques apparences de ménagement

Burn Ht'* Rrform., 3 Appcnd, 278. Keith , Ap p"t.l , 21.

1 Jppcntlix , n" t, p 2,3,1.

1 Keith , Appeml. , 2!).

' Knos ,211. Keilh, Àppetu , il.

pour la cour de France, donna d’abord des subsides très médiocres. La subsistance d'une armée et les dépenses d'un siège eurent bientôt épuisé ces faibles secours , auxquels les lords de la congrégation ne pouvaient ajouter que très prude chose de leurs propres fonds. Le parti se trouvait ainsi encore à la veille d'ètre dispersé et entièrement ruiné.

Pour prévenir ce danger, Giekburn d’Ormiston fut dépêché en grande diligence vers les gouverneurs des ville et cliâteau de Bcrvvick. Comme cette ville, située sur les frontières de l'Écosse , était alors de la plus grande importance, on en avait donné le commandement aux chevaliers Ralplie Sadler, et Jacques Grofls, personnages très distingués, et on avait laissé A leur discrétion le pouvoir d'accorder des secours aux mécontcns d'Écossc, suivant l’exigence de leurs affaires. Cockbum reçut de. ces gouverneurs quatre mille écus, somme trop peu considérable pour être de quelque avantage au parti, la' comte de Bothwell , à l'instigation de la reine régente, dressa une embuscade attendit Cockhum sur le chemin , chargea sa troupe . la mit en déroule, le blessa lui-mènie, et lui enleva son argent.

Ce contre-temps imprévu fut fatal aux protestans. Quelques-uns des plus zélés , par un coup de désespoir, donnèrent l'assaut il Leitli; mais ils furent repoussés avec perle, les Français s'emparèrent de leur canon, les poursuivirent jusqu'aux portes d’Édimbourg , et furent sur le point d'y entrer péle-mèle avec les fuyards. La terreur et la confusion se répandirent par toute la ville, ainsi qu'il arrive toujours A l'aspect du pillage et du massacre dans une ville prise d'assaut. les habitons coururent A la porte opposée pour échapper A la fureur de l'ennemi. l<es troupes de la congrégation étaient épouvantées, et ne savaient quel parti prendre; ceux qui, dans la ville, étaient attachés au parti de la reine, insultaient hautement les soldats et le peuple. Enfin quelques nobles hasardèrent de faire face A l'ennemi qui, après avoir brûlé quelques maisons dans les faubourgs, se retira avec son butin , et délivra la ville de cette terrible alarme.

Quelques jours après, une seconde rencontre eut une réussite aussi malheureuse. 1-es Français envoyèrent un détachement pour intercepter un convoi de provisions destinées pour Edimbourg.

Les lords de la congrégation en ayant eu avis , raarchèrcnt à la hâte avec un gros corps de troupes, et chargèrent l'ennemi entre Restalrlg et Leilh, avec plus de valeur que de conduite. Ils furent aussitôt presque investis par un second parti de Français qui s'avança pour soutenir le premier. Dans celte position la retraite était la seule ressource des Écossais ; mais elle ne pouvait pas se faire en bon ordre dans un terrain marécageux, devant unenncmi supérieur en nombre. Quelques troupes chargèrent leur arrière-garde, la confusion se mil dans leur infanterie et dans leur cavalerie, et ceux qui échappèrent au carnage ne durent leur salut qu'à la retenue et à la modération des Français.

Cette nouvelle disgrâce découragea les esprits et fit évanouir toutes les espérauces de la congrégation. Les protestans ne se crurent point en sûreté , même dans les rctranchemcns d'Édimbourg. Ils se déterminèrent aussitôt à se réfugier dansquelquc autre place bien plus éloignée de l'ennemi, lin vain le prieur de Saint-André et quelques autres voulurent s’opposer à celte fuite houleuse qui les couvrait d'ignominie. Ci crainte du danger présent l'emporta sur tous les sentimens d'honneur et sur le zèle qu'ils devaient au parti. A minuit ils sortirent d'Édimlxmrg en grand désordre, et marchèrent sans s'arrêter jusqu’à ce qu'ils fussent arrivés à Stirling.

Fendant ce dernier soulèvement presque tout le corps de la noblesse d'Kcosse s'était joint à la congrégation. Les lords Selon et Rorlhwick furent les seules personnes de marque qui prirent les armes pour la reine, cl qui l'aidèrent dans la défense tic Leilh1. liolltvvrll était ouvertement attaché au parti de la reine, mais il se tenait chez lui. Lecomte de Iluntly, suivant toujours un système |>u)iliquc de ruses et de subtilités qui faisait le fonds de son caractère, amusait par de belles promesses les chefs de la congrégation qu'il s'était engagé d’assister, mais il ne leur amena jamais un seul homme 2. la; comte de Morton , un îles membres de la congrégation , flottait dans ou état d'incertitude, et ne se porta jamais avec franchise â la défense de la cause cimmuue. le lord Krskinc, gouverneur d'Édiïnl.ourg, quoique protestant , gardait une ncutra-

1 Kriih, .*lt. Apjrrntl.

* hctlù, Apprntt., 33 Knox , 222.

lité qu'il regardait comme convenable à la dignité de son poste. Depuis que te parlement lut avait confié le commandement de la principale forteresse du royaume, il s'était déterminé à n'entrer dans aucune faction, et â ne laisser jamais entamer sur ce point.

Peu de jours avant la fuite des protestans , la reine avait fait une perte irréparable par la défection de son principal secrétaire, Guillaume Maitland de Lelhington. Le zèle de Maitland pour la religion réformée , les remontrances vives qu'il faisait à la reine sur les voies de rigueur qu’elle avait adoptées, lui avaient attiré la disgrâce de cette princesse, et le ressentiment de ses conseillers français. Les choses forent même portées si loin à cet égard que, croyant sa vie en danger, il partit secrètement de Leilh et vint chercher un asile près des lords de la congrégation ■. Ils le reçurent à bras ouverts, comme un prosélyte qui , par l'étendue de ses connaissances, pouvait augmenter considérablement les forces et la réputation du parti. Maitland, né avec les plus grands talcns pour les affaires, s'y était appliqué de bonne heure, et avec le secours des lettres il avait perfectionné ces heureuses dispositions. Dans ce temps de la vie où la jeunesse prend l'essor, pendant que scs compatriotes du même rang que lui se livraient au plaisir de la chasse, ou bien allairnt servir dans les armées de France en qualité de volontaires, il était déjà initié dans tous 1rs secrets de l'état, et allait depair avec les personnes de l'expérience la plus consommée dans le maniement des affaires publiques. Il avait une de cea âmes portées au grand, qui se plaisent à former des projets audacieux. Intrépide dans toutes ses entreprises, il possédait au plus haut point tout l'art, toute la dextérité nécessaire pour en assurer le succès. Mais ces grandes qualités étaient ternies par les vices qui marchent presque toujours â leur suite. Son adresse dégénérait souvent en fourberie : sa pénétration était accompagnée d'un excèsdc subtilité cl de raffinement : son esprit inventif , abusant de sa fertilité, était souvent en proie aux chimères, et l'entraînait en plusieurs occasions dans des systèmes d'une politique indiscrète et peu analogue au génie du siècle: son humeur entreprenante l’engageait

1 Knux , ti)2.

dans des projets vastes et brillans, mais qui dans l'exécution se trouvaient bien au-dessus de ses Forcis. Tous les écrivains contemporains de l'un et l'autre parti parlent de cet homme avec une admiration qui ne peut être excitée que par la plus grande supériorité d'esprit et de talens.

Ij teneur et la confusion qui s'étaient mises dans la congrégation, lorsqu'elle avait pris le parti de se retirer précipitamment d'Édimbonrg , s’étaient accrues 5 un tel point qu’avant d'arriver A Stirling l'armée des protestans était réduite A un très petit nombre. MaisKnox,au sein de l'adversité , conserve toujours cette fermeté d’Ame que rien ne peut ébranler. Il monte en chaire , il adresse A ses auditeurs découragés une exhortation pathétique qui les relève de leur abattement. Knox nous a conservé dans son histoire les principaux points de son discours. On y voit un exemple frappant des réprimandes libres et hardies qui étaient alurs en usage parmi ces premiers réformateurs. On y aperçoit aussi toute l'adresse de l'orateur dans le choix des argumens les plus propres A subjuguer les esprits, et A tirer ses auditeurs de celte espèce de léthargie où ils étaient tombés. ,

On convoqua une assemblée des chefs pour délibérer sur ce qu'il convenait de faire dans un moment où toutes les ressources du parti étaient épuisées, et où sa perle entière paraissait inévitable sans quelque secours étranger. Les prolestans tournèrent encore les yeux du cùté de l’Angleterre, et se déterminèrent à implorer l'assistance d'Élisabeth pour achever une entreprise dans laquelle ils avaient fait une expérience si cruelle de leur propre faiblesse , et de la supériorité des forces de leurs adversaires. .Maitland, le plus habile négociateur du parti , fut choisi pour cette ambassade. Les chefs convinrent que durant son absence, et pendant la saison de l'année où l'on restait dans l'inaction , ils renverraient leurs troupes excédées des fatigues d'une campagne, prolongée bien au-delA du terme du service ordinaire. Cependant pour garantir les comtés les plus attachés au parti le prieur de Saint-André, avec une partie des chefs, se retira A Life , et le duc de Chatellcrault , avec les autres chefs, fit sa résidence à Hamillon. Mailland n’eut pas beaucoup de besoin ni de son adresse ni de son éloquence pour engager Élisabeth à prendre sous sa protection les protes-

tans d'Écosse. Cette reine voyait avec chagrin l'ascendant et les progrès des conseils et des armes des Français dans ce royaume. F.llc avait prévu le but dangereux de leurs projets, et elle avait déjà déterminé le rùle qu'elle voulait jouer sur ce théâtre, si leur puissance en Écosse devenait toujours de plus en plus formidable.

Il parait qu'il y avait alors en Angleterre un usage établi |iarmi les ministres. Ceux qui avaient quelque affaire de conséquence A porter devant la reine et A son conseil privé, faisaient des mémoires |iour mettre l'affaire dans tout son jour; ils y exposaient avec netteté le point sur lequel on avait A délibérer, ils y motivaient leurs avis, ils établissaient les fondemens du plan qu'on devait adopter, et ils proposaient les moyens de le mettre A exécution. On voit encore deux papirrs de cette espèce ', composés par le chevalier Guillaume Cecil , et écrits de sa main; ils sont intitulés : Discussion sommaire de i affaire, importante concernant /' Écosse. Ils font honneur A l'habileté et A la pénétration de ce grand ministre. Les raisons qui déterminèrent la reine d'Angleterre A prendre avec tant de chaleur le parti de la congrégation y sont présentées clairement et avec force. Les conséquences dangereusesde l'établissement des Français en Écosse y sont prévues avec beaucoup d'exartitude et de discernement.

Cecil y prend pour liase un principe également conforme au droit divin et aux lois de la nature ; que toute société a le droit de se garantir non-seulement du danger présent , mais même de tous ceux qu'on peut craindre pour l'avenir avec quelque vraisemblance. Il ajoute que la nature et la raison enseignent A chaque prince A se servir pour sa défense des mêmes moyens que ses adversaires emploient pour lui susciter des embarras. Il établit sur ces fondemens le droit qu'avait l’Angleterre de se mêler des affaires de l'Ecosse et de prévenir la conquête de ce royaume, qui était manifestement le but où tendaient toutes les démarches de la France. Les Français . dit-il , sont de tout temps les ennemis irréconciliables de l’Angleterre. Les hostilités ont continué pendant plusieurs siècles entre les deux nations, et jamais la cordialité ni la franchise n'ont présidé aux traités de paix

> Burn., vol. III. /tppend., 283. Keilh, dpprnthz.H.

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«|u'on a fails avec eux. On ne peut donc point compter sur le dernier traité; ils y ont été forces par la nécessité des conjonctures présentes; ils l'observeront avec négligence; ils le rompront sur les prétextes les plus frivoles. !.a France aura bientôt repris son ancien état d'opulence: elle est actuellement épuisée d'hommes et d'argent par uue guerre longue et malheureuse; mais elle se relèvera en peu de temps de ses perles , elle se trouvera bientôt en étal d’agir, et l'action lui deviendra nécessaire pour donner de la pâture à l'esprit inquiet et guerrier de ses peuples. Les princes lorrains, qui ont actuellement en France toute la direction des affaires, nourrissent la haine la plus envenimée contre la nation anglaise. Ils révoquent hautement en doute la légitimité de la naissance de la reine, et . en soutenant le titre et les prétentions de la reine d'Écosse , leur nièce, ils aspirent ouvertement â dépouiller Élisabeth de la couronne d'Angleterre. Ils ont dans cette vue travaillé à exclure les Anglais du traité de Cateau-Cambresis, et entrepris de faire séparément la paix avec l'Espaguc. Ils ont engagé Henri II â permettre â la reine d'Écosse , sa belle-fille , de prendre le titre et les armes de reine d’Anglcirrre. Ils ont sollicité et obtenu à Rome, même depuis la conclusion de la paix entre les deux royaumes, une bulle du pape qui déclare illégitime la naissance d'Élisabeth. Leurs entreprises ont été néanmoins pendant quelque temps suspendues par la sagesse du connétable de Montmorency ; mais aujourd'hui que la mort de Henri II et la disgrâce du connétable leur a laissé le champ lilire, on doit s’attendre qu’ils se porteront aux plus grands excès, et l’on a tout â craindre de la fureur de ces ambitieux, armés du pouvoir souverain. L’Écosse est le côté par lequel ils peuvent attaquer l’Angleterre avec le plus d’avantage. Une guerre sur les frontières de ce pays ne peut exposer la France â aucun danger : une bataille malheureuse peut meure au hasard la couronne d’Angleterre et bouleverser le gouvernement de ce royaume. En fait de politique, il est puéril d’attendre que les desseins de l’ennemi soient parvenus au degré de maturité pour l’exécution. Les nobles d’Écosse, après avoir fait les derniers efforts, ont été obligés de battre la retraite, et, bien loin d’ètre en état de chasser ces hôtes dangereux qui envahissent leur liberté, ils voient de

tour en jour les acrroissrmens du pouvoir de I? France, et ils abandonneront â la fin une querelle qu'ils soutiennent avec des forces aussi inégales. L'invasion de l’Angleterre suivra immédiatement la réduction des méconlens d’Écosse. Élisabeth, en. les abandonnant â la merci des Français, ouvre à scs ennemis le chemin dans le cœur de son royaume; elle l'expose aux calamités de la guerre; elle le met en danger de devenir la conquête de la France. Dans ces circonstances, le seul parti qu'on ait à prendre est donc d'aller au-devant de l’ennemi pendant qu'il est encore à quelque distance de l'Angleterre, de soutenir la congrégation avec une forte armée , de rendre l'Écosse le théâtre de la guerre, d’élouffcr dans leur enfance les projets des princes lorrains, et , par un effort soudain et imprévu , de chasser les Français de la Bretagne avant qu’ils y aient pris racine , et qu'ils aient eu le temps d'élever leur puissance ù un degré formidable. Cependant , comme cette affaire est infiniment importante, et qu’elle mérite la plus grande attention, elle doit être mûrement examinée ; la sagesse doit présider aux délibérai ions, mais elles doivent être suivies d'une exécution prompte et courageuse; le danger est pressant, un moment de perdu le rendrait inévitable

Cesraisonnemens solides firent tout leur effet sur l’esprit de la reine d’Angleterre, également jalouse de s’opposer â tous ceux qui pouvaient prétendre à sa couronne, et de procurrr le bonheur et la tranquillité de scs sujets. Ces motifs l'avaient déterminée à envoyer fort â propos â la congrégation un secours d’argent : elle se détermina parles mêmes considérations à lui donner alors une assistance bien plus réelle et proportionnée au besoin présent. Un homme de la suite de Maitland fut aussitôt dépéché en Écosse avec les plus fortes assurances de la protection de la reine, et on manda aux Jords de la congrégation d'envoyer des députés en Angleterre pour y conclure un traité, et pour concerter avec le duc de Norfolk les opérations de la campagne ’.

Cependant la reine régente, instruite des

1 Les raisons que les Écossais employèrent pour obtenir le secours dblisabetb, sont exposées avec beaucoup de force dans un des papiers de Maitland. Apptntl. , n" Il , p. 6 et suir.

' Keith, 114.

flôôDJ

démarches de la congrégation, qui ne pouvaient pas rester long -temps cachées, craignait les suites de ces négociations^ la cour d'Angleterre, et prévoyait qu'il lui serait impossible de résister ans forces réunies des deux royaumes. Elle se détermina en conséquence à prévenir, s’il était possible, la reine Élisabeth, et A hasarder, malgré la rigueur de la saison, d'attaquer les méconlens au moment où ils étaient dispersés et dans une situation désespérée. Elle espérait ainsi mettre fin à la guerre avant l'arrivée des secours de l'Angleterre.

Un corps considérable de troupes françaises qui venait encore d'èlre renforcé par l'arrivée du comte de Martigues , avec mille soldats vétérans et quelques escadrons de cavalerie, fut commandé pour marcher à Stirling. Ces troupes passèrent le Fort h, et avancèrent le long des eûtes du comté de Fifc, pillant et ravageant avec fureur les terres et les maisons de ceux qu’ils regardaient comme leurs ennemis. Fife était un des comtés des plus peuplés et des plus puissans du royaume. Il était dévoué à la congrégation , qui en avait jusque-là tiré de grands secours d'hommes et de provisions. Les Français, en pillant le pays pour punir les babitans de leur attachement au parti des méconlens , voulaient en même temps se rendre maîtres de Saint- André, le fortifier, et laisser une garnison capable de contenir les esprits mutins de la province , et de conserver la possession d'un port situé sur l’Océan '.

Le prieur de Saint-André , le lord Ruthven , Kirkaldi de Grange , et quelques autres chefs des plus actifs de la congrégation, rendirent en cette occasion au parti un service important, par leur bravoure et leur bonne conduite. Avec six cents chevaux qu’ils avaient rassemblés, ils inquiétèrent les Français par des incursions continuelles; ils enlevaient leurs quartiers , ils interceptaient leurs convois de provisions , ils taillaient en pièces les partis qui s'écartaient du gros de leur armée , et ils les harassèrent tellement par ces alarmes répétées , qu’ils furent

1 Saint-André , ville de l’Éroue méridionale . située

sur la cdte du comté de Fife, duquel elle est capitale. Cette ville pur assez bien bâtie. dam une belle plaine: elle a un bon port, une université et un archevêché ; elle avait autrefois une citadelle qui est actuellement en ruines.

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