I. archevêque porte le litre de pn'iSbl d'fcosse
pendant plus de trois semaines sans ponvoL avancer1 *.
A la fin le prieur de Saint-André, trop faible pour tenir plus long-temps la campagne, fut obligé de se retirer. Les Français se débarrassèrent dekirkaldy, et commencèrent à marcher le long des côtes pour gagner le château de Saint-André. Ils avaient à peine fait quelques milles , lorsque d’une éminence ils aperçurent une flotte nombreuse qui faisait route vers le golfe de Forth. Comme ils savaient que le marquis d'Elbeuf se préparait alors à faire voile en Écosse avec une armée nombreuse , ils conclurent aussitôt que ces vaisseaux venaient pour eux , et ils se livrèrent à des transports de joie immodérés , à la vue de ce secours si long-temps attendu. Ils firent des décharges de leur plus grasse artillerie pour saluer leurs amis, et pour répandre la terreur parmi leurs ennemis, en leur annonçant l’arrivée de ce renfort. Mais un petit bâtiment qui avait pris terre à la côte opposée fit bientôt évanouir ce triomphe et ces espérances prématurées, en leur apprenant que cette flotte qu’ils voyaient était celle d'Angleterre, quelle portait des secours à la congrégation, et qu’elle serait incessamment suivie par terre d’une armée formidable.
En parcourant les événetnens du règne d’Élisabeth , on voit que cette princesse eut toujours beaucoup de prudence, mais qu'elle savait se décider à propos. La promptitude qu’elle mettait dans l'exécution de ses projets, son attention à* ne les adopter qu’après une mûre délibération , rendent son gouvernement remarquable, autant par la vigueur que par la sagesse des opérations. Lorsqu'elle fut déterminée à accorder sa protection aux lords de la congrégation , ils éprouvèrent aussitôt toute l’activité et toute l’étendue de son pouvoir. U saison ne lui permettait pas de mettre en campagne ses troupes de terre; dans la crainte que, pendant l’hiver, les Français ne reçussent quelque renfort, elle envoya sur-le-champ une forte escadre , avec ordre de croiser dans le golfe de Forth. Il parait, par les instructions qu’elle donna à l'amiral Winster, commandant de cette escadre , qu'elle voulait conserver quelques apparences d’amitié avec ta France 3 ; mais ces démonstrations n’a-
1 Knoi, 202. — * Keith, dppendix, 45.
vaient rien de réel. Il était ordonné à l'amiral d'attaquer les Français s'ils voulaient aborder en Écosse, et de les en empêcher à force ouverte. C'était la vue de cette escadre qui avait causé d'abord tant de joie aux Français, qui leur inspira ensuite tant de terreur, et qui sauva Fifo •les effets de leur vengeance. Craignant d'être coupés et de 11e pouvoir plus joindre leurs compagnons qui étaient au rivage opposé, ils se retirèrent vers Stirling avec la plus grande précipitation, par des chemins impraticables, et malgré la rigueur de la saison ; ils arrivèrent à l.eith. harassés et excédés de fatigue1.
La flotte anglaise jeta l'ancre dans la rade de Lrith, et elle y resta jusqu'à la conclusion de la |taix. Elle empêcha la garnison de lrith de recevoir des secours de toute espèce, et elle facilita Iteaucoup les opérations de l'armée anglaise qui fut envoyée par terre.
Aussitôt après l'arrivée de la flotte d’Angleterre, les commissaires nommés par la congrégation se rendirent à Berwick, et ils y conclurent avec le duc de Norfolk le traité qui fut le lien d'union des protestons avec la reine Élisabeth , et qui procura au parti de si grands avantages. Le principal objet des parties contractantes était d'arrêter les progrès rapides et dangereux des armes françaises en K cosse. Pour y parvenir , les Écossais s'engagèrent à ne jamais souffrir que leur pays entrât dans aucune liaison étroite avec la France, et à se dépendre jusqu’à la dernière extrémité contre toute entreprisequ'on formerait pour conquérir l’Kcosse : Élisabeth promit, de son côté, de |x>rler une armée puissante en Écosse, destinée |MMtr le secours de la congrégation , et que les brossais tâcheraient de joindre avec toutes leurs forces. On convint qu’aucune place ne resterait entre les mains des Anglais , et que toutes celles qu’on prendrait sur l’ennemi seraient ou rasées, ou gardées par les Écossais à leur choix. Si l’Angleterre était menacée de quelque invasion, les Écossais s'obligeaient de secourir Élisabeth avec une partie de leurs forces, et pour assurance de leur fidélité à observer le traité, ils s’engageaient à donner des otages à la reine d'Angleterre avant que son armée se mit en marche pour l'Érosse. Enfin les Écossais termi-
' Kim , aOB.
D’ÉCOSSE. [lSfiO]
liaient le traité par toutes sortes de protestations d'obéissance et de fidélité envers leur propre reine , dans toutes les choses qui ne seraient point incompatibles avec leur religion et la liberté de la patrie
L’armée anglaise, composée de six mille hommes d'infanterie et de deux mille chevaux, et commandée par le lordGrey de Willon, entra en Écosse dès le premier jour du printemps. l,os membres de la congrégation se rassemblèrent de toutes les parties du royaume pour aller à la rencontre de leurs nouveaux alliés, lorsqu'ils les eurent joints avec une suite très nombreuse, ils marchèrent tous ensemble vers Leilli. Les Français n’étaient pas assez forts pour tenir la camp,qpie devant un ennemi aussi supérieur en nombre. Un corps de troupes considérable qu'on envoyait à leur secours , avait été dispersé par une tempête violente; une partie des vaisseaux de transport avait échoué sur les côtes de la France , et les autres avaient ru bien de la peine à regagner les ports de ce royaume2. Mais les Français espérèrent qu'ils pourraient défendre Lcith, jusqu'à ce que les princes lorrains eussent réalisé les promesses magnifiques qu’ils leur avaient faites et qu'ils renouvelaient tous les jours, ou bien jusqu'à ce que les Anglais fussent obligés par la disette de provisions de se retirer dans leur pays. Pour les y forcer, ils pillèrent et ravagèrent les campagnes des environs; coutume barbare, mais autorisée par les lois de la guerre pour arrêter une incursion, et couper les vivres à l’ennemi 3. Cependant le zèle de la nation fit échouer leur projet. Les peuples s’empressèrent de contribuer de tout leur pouvoir à repousser l’oppression, et ils ouvrirent tous leurs magasins de réserve pour soutenir leurs défenseurs. Iz's comtés voisins fournirent en abondance toutes les choses nécessaires, et les Anglais, an lieu de manquer de subsistances, trouvèrent leur camp rempli de toutes sortes de provisions, rt à si bon marché, que depuis long-temps on ne les avait vues à si bas prix dans celte partie du royaume 4.
Aux approches de l’armée anglaise, la reine régente se retira dans le château d'Edimbourg, foi santé était dans un état déplorable; elle avait
1 Knnx, 217.— * Ment, de Cad, In., MO.
* Kim , ÏÎS. — 4 !bb.
Digiti
[1 ôGO]
l'Ame abattue et consternée par les mauvais succès de son administration. Four éviter les dangers et la fatigue d’un siège, elle alla se mettre sous la protection du lord Krskine. Ce seigneur avait toujours gardé la neutralité; sa probité et son amour (tour la patrie lui avaient également concilié l’estime des deux partis. Il reçut la reine avec tout l’honneur et le respect qui lui étaient dus. mais il eut soin de ne pas laisser entrer avec elle une suite assez nombreuse pour exposer la sfireté du château, dont il avait le commandement *.
I-cs Anglais, peu de jours après leur arrivée en Kcossc, firent l'investissement de leith. La garnison, qui s'était renfermée dans la ville, était presque à moitié aussi forte que l'armée des assiégeans. Les Français se défendirent en désespérés, et leur résistance rendit le siège fort long. Les historiens contemporains ont écrit les circonstances de cette expédition , mais on voit que ces auteurs n'avaient ni connaissances ni expérience dans l'art de la guerre. Leurs relations sont très imparfaites et mêlées de tant d'obscurité, que, vuladistanccdcs temps, elles ne méritent pas assez d’attention pour être rapportées.
les Français essayèrent d'abord de s’emparer du mont de Hawk , colline qui s'élève A quelque distance de la ville; mais ils en furent délogés, principalement par la cavalerie écossaise, qui 1rs chargea vigoureusement. Leur perte dans celte occasion fut très considérable; mais quelques jours après, ayant fait une sortie avec un gros détachement, ils entrèrent dans les tranchées des Anglais, les en chassèrent, enclouèrent une partie de leur canon, et leur tuèrent beaucoup de monde. Io perle des Anglais se monta au moins au double de celle que les Français avaient faite dans faction précédente. Im Anglais ne furent pas plus heureux dans la ténlativc qu’ils firent de prendre la place d assaut. Ils y éprouvèrent encore le courage des Français , et ils furent repoussés avec une perte considérable. Le détail de ces circonstances , rapatriées par les historiens du temps , fait bien apercevoir le caractère différent des troupes françaises et des troupes anglaises. I>rs premières exercées, au armes sous ces règnes féconds en événemens de François 1er et d'Henri U, se
• Fvrbc's Collai., rot. I, 303. Keith, 122.
défendaient non-seulement avec bravoure, mais encore avec toute l'habileté de soldats vétérans. Les autres, plus accoutumées à vivre en paix , avaient toujours cette valeur, cette intrépidité particulières A la nation; ils se battaient en désespérés, mais ils ne donnaient guère de preuves de génie militaire ni d'expérience dans l’art de la guerre : il est évident que tous les contretemps , tous les malheurs qu’ils éprouvèrent durant le cours de ce siège , ne vinrent que de fautes grossières de leur part. Le succès des assiégés dans leurs sorties doit être attribué à la sécurité et A la négligence des Anglais. Plusieurs de leurs officiers étaient absens : leurs soldats avaient quitté leurs postes, et les tranchées n'étaient presque point gardées. Les échelles dont on avait fait provision pour l’assaut étaient beaucoup trop courtes, et les troupes commandées pour des coups de main ne furent point soutenues. Les tranchées avaient d'abord été ouvertes dans un endroit qui n’était pas convenable ; et comme on fut obligé de changer de terrain , tout le travail et tout le temps qu’on y avait employés furent perdus. La faiblesse des généraux anglais ne contribua pas moins que la vigueur de la garnison française à ralentir les progrès des Anglais. Quoique la longueur du siège et un accident de fou qui brûla plusieurs magasins des assiégés eût réduit les Français â la dernière extrémité, dans l’attente d'un renfort ils soutenaient cette situation avec une fermeté inébranlable.
Pendant que les espérances et le courage des Français prolongeaient le siège si fort au-delà du terme qu'on y avait donné , les chefs des protestans ne restaient pas dans l'inaction. Ils travaillaient A cimenter leur union et à fortifier le parti par de nouvelles confédérations. Ils ratifièrent publiquement le traité conclu à Bcrwick avec l’Angleterre, et ils prirent des mesures pour affermir leur alliance avec cette couronne et pour la rendre indissoluble. On trouve dans les actes faits A ce sujet la signature du comte de Ilunlly et celle de plusieurs autres seigneurs qui jusqu’alors n’avaient concouru A aucune des démarches de la congrégation >. Quelquesuns de ces lords, et nommément le comte de Hunlly, restaient toujours attachés A l’église ro-
1 Burn., vol. lit, 287. Koox, 221.
ma me ; mais dans celle occasion ils ne furent arrêtés ni par leurs sentimens sur la religion , ni par les maximes de prudence qu’ils avaient d’abord adoptées; le ressentiment et l'indignation générale contre la France prévalurent, et ils sc laissèrent entraîner par ce torrent *.
La reine régente, qui devait plutôt être regardée comme l’instrument que comme la cause principale des malheurs dont l’Kcossc élait alors accablée, mourut pendant le plus fort du siège de Leith. Jamais princesse ne posséda des qualités plus propres à illustrer une administration, et à rendre des peuples heureux. Elle avait autant d’adresse que de pénétration ; elle alliait la prudence avec un courage qui allait jusqu'à l'intrépidité; elle était douce et humaine sans faiblesse , zélée pour sa religion , mais ne donnant point dans la bigoterie; exacte à faire rendre la justice, mais éloignée de toutes les voies de rigueur. On peut néanmoins lui reprocher d’avoir été trop dévouée aux intérêts de la France, son pays natal, d’avoir eu pour les princes lorrains ses frères, un attachement sans réserve, et qui était devenu une espèce de passion. On la vit en effet sacrifier à ces deux objets de son affection , toutes les maximes de sagesse et d'humanité que la bonté de son caractère lui aurait fait adopter. Mais ces circonstances de sa vie qui obscurcirent toutes ses grandes qualités, qui firent le malheur de son gouvernement, et qui rendirent même son nom odieux , peuvent encore être attribuées plutôt à un excès de vertu qu'au penchant pour le vice. F.lle eut le malheur de survivre trop long-temps à cette réputation, à cet amour du peuple , qui lui avaient frayé le chemin à la place du royaume la plus élevée. Elle déshonora les dernières années de son ad-
* La Ifrreuv qu’on avait conçue du pouvoir de la f'rance l'emporta, en bien de* occasions, sur le zcle que 1rs noblrs catholiques avaient pour leur religion. On le voit évidemment par les mémoires dont Btirnct fait mention dans son Histoire de la Rt formation , vol. lit , p. Z8t. et publiés par ce même auteur dans 1 Jpp. , p. 278. On aperçoit encore avec plus de certitude , dans les instmciinna données par la reine Élisabeth à Randolph. «on agent en Écosse , que plusieurs papistes rélés pensaient que l'alliance avec l’Angleterre élait nécessaire pour la conservation de la liberté et de l'indépendance du royaume. (Kciih.1.08.) Huntly lui-méme avait commencé i lier une correspondance avec les ministres d'Élisabeth, avant que l’armée anglaise se mit en marche pour entrer en Écosse. üaynes's Papers , 261, 2(i) Jpprnd. , n" lit , p. 23, 21.
ministration par des actes de fausseté et par quelques autres de sévérité, qui lui firent perdre l'affection d’un peuple qui avait autrefois en elle une confiance sans bornes. Cependant ses ennemis mêmes attribuèrent toujours ses actions les plus inexcusables à son trop de facilité , et jamais à la dépravation de son naturel. Ils accusèrent les princes lorrains et les conseillers français d’emportement et de cruauté, mais ils donnèrent toujours à la reine les éloges qu'elle méritait par sa prudence et par sa modération 1 . Quelques jours avant sa mort, elle demanda une entrevue avec le prieur de Saint-André, le comte d’Argyll, et d’autres chefs de la congrégation. Elle déplora avec eux les suites lâcheuses des conseils violensqu’elleavait été forcée de suivre; et , avec la franchise d'une âme généreuse , elle avoua les fautes quelle avait commises pendant sa régence, et elle en demanda pardon à ceux qui en avaient reçu quelque préjudice; mais elle donna en même temps cet avis aux chefs de la congrégation, qu’au milieu des débats pour la défense de la liberté, parmi le tumulte des armes, ils ne devaient jamais perdre de vue la fidélité et la soumission ducs à leur souverain *. Elle se prépara ensuite à la mort par des méditations et des exercices de piété ; elle demanda même l'assistance de Willox , l’un des plus femeux prédicateurs parmi les réformés; elle écouta scs instructions avec beaucoup de respect et d’attention >; enfin elle vit approcher le terme fatal avec une constance admirable et la plus parfaite résignation.
Il ne restait plus de ressources aux Français enfermés dans Leith , que la prompte conclusion d'un traité de paix , ou l'arrivée d’une forte armée du continent. Les princes lorrains promettaient depuis long-temps ces secours aux gens de leur parti en Écosse, et ils soutenaient ainsi leur courage et leurs espérances. La situation des affaires de France les força à la fin de se prêter â des projets de pacification pour lesquels ils avaient eu jusqu’alors tant d'éloignement , et ils n'y furent engagés , ni par la terreur des armes anglaises, ni par les représentations des mécontens d’Écosse. Les protestons formaient alors en France un parti formidable par le nombre et encore plus par la valeur et le
’ Ruchanan , 321. — ■ l,cslv, de Rcb gest. Scot., 222
1 Kuox, 228.
génie entreprenant de leurs chefs. François II les avait traités avec une extrême rigueur, et sa conduite à leur égard annonçait à chaque instant la résolution oh il était de détruire leur religion et de perdre tous ceux qui la professaient. Les protestans furent alarmés à l'aspect du danger qui menaçait leurs personnes et leur doctrine, mais ils ne se laissèrent point vaincre par la terreur. Le zèle de religion , le ressentiment des injures , les anima à un tel point , qu'ils se déterminèrent à prendre des mesures pour se défendre , et même à prévenir par quelque coup hardi les projets de leurs ennemis; et comme ils imputaient aux princes lorrains toutes les mesures de violence que le roi prenait contre le parti protestant , ils les désignèrent comme les premières victimes qu'ils devaient sacrifier à leur indignation. Telle fut l'origine de la fameuse conspiration d'Amboise , qui ne fut le fruit ni de la rébellion ni d'un manque de fidélité (envers le roi. La vigilance et la bonne fortune des prince lorrains les préservèrent de ce danger, ils découvrirent et déconcertèrent le complot ; mais on apercevait de nouveaux orages se former , prêts à fondre sur toutes les provinces du royaume , et à y porter toutes les horreurs et la désolation d'une guerre civile. Dans ces circonstances les princes lorrains furent obligés de perdre toute idée de conquêtes étrangères , et de restreindre leur ambition à sauver l'honneur et la dignité de la couronne de France ; bien loin d'envoyer de nouveaux renforts en Écosse, ils se trouvèrent dans l'obligation d'en rappeler ces vieilles troupes qui avaient servi dans ce royaume1.
Dans des conjonctures si délicates, et pour négocier des affaires de cette importance , les princes lorrains firent choix de Moulue, évêque de Valence, et du sieur de Randan. Comme ces deux ministres , et particulièrement le premier, étaient regardés comme les plus adroits et les plus fins négociateurs de leur temps , Élisabeth nomma de son côté Oeil , son premier ministre, et peut-être l'homme le plus capable qui eût jamais occnpé une telle place, avec Wolton, doyen de Canterbury, qui avait vieilli dans les négociations , et qui avait été employé sous trois règnes consécutifs. Os affaires entre les cours
1 Lcsly, 224,
de France et d’Angleterre furent bientôt terminées par ces hommes d'une expérience consommée. la France ne fit aucune difficulté de retirer ses troupes de l'Écosse, et comme ce point avait été le principal motif de la guerre , les autees furent bientôt décidés , et ne donné rent pas lieu à de longues discussions.
Os griefs de la congrégation et les demandes que les protestans faisaient à leur souverain pour en obtenir le redressement prirent un temps plus considérable. La matière était délicate, les négociations demandaient beaucoup de dextérité. Après tant d'entreprises, ordonnées par le roi et la reine , et qui tendaient ouvertement à renverser l’ancienne constitution et à détruire la religion réformée, les nobles d’Écosse, qui avaient embrassé cette doctrine, ne pouvaient passe croire en sôrcté, si l'on ne mettait quelque barrière nouvelle pour arrêter, à l'avenir, les usurpations de l'autorité royale. L'embarras était de procéder, en cette occasion, par des voies légitimes. Les ambassadeurs de France pensaient qu'un traité avec des sujets , et avec des sujets rebelles , était une condescendance indigne de la majesté du trône. Leurs scrupules sur ce point auraient aussitôt rompu toutes les négociations , si l'empressement égal des deux partis pour la paix n'avait fait imaginer un expédient par lequel on espérait pourvoir à la sôrcté des sujets sans déroger ù l'honneur du priuce. Les nobles d'Écosse consentirent à ne point parler de droits ni de privilèges, et à recevoir, à titre de grâce, ce qu'ils obtiendraient du souverain. Tous les articles nouveaux demandés par les nobles , tant par inquiétude pour leur sûreté personnelle que par zèle pour leur liberté, furent accordés au nom de François et de Marie , comme des actes d'indulgence et de munifircnceroyale. Mais pour que ces concessions ne parussent point précaires ni sujettes à être révoquées par la même autorité d’où elles étaient émanées, 1rs ambassadeurs de France jugèrent à propos de les insérer dans le traité fait avec Élisabeth , (tour obliger ainsi le roi et la reine d'Écosse à observer inviolablement l'accord fait avec leurs sujets '.
les historiens contemporains qui ont donné le détail de cette transaction confondent les
1 Keilb, l.'ll, etc
concessions de François et de Marie A leurs sujets, avec le traité fait entre la France et l'Angleterre. Ce dernier , outre la ratification des précédons traités entre les deux royaumes , et les stipulations par rapport au temps et à la manière de retirer d'Écossc les troupes anglaises et françaises , contenait uu article auquel nous aurons souvent occasion d'avoir recours, parce qu’il est la source de plusieurs événemens im- I Mirions. I.e droit d'Élisabeth à la couronne d’Angleterre y était reconnu dans les termes les plus forts; François et Marie s’engageaient solennellement A ne jamais prendre à l’avenir le titre et 1rs armes de roi et de reine d’Angleterre.
Si cet article fut honorable pour Élisabeth , les conditions qu’elle obtint pour les Écossais, ses alliés , ne leur furent pas moins avantageuses. Moulue et Randan convinrent , au nom de François et de Marie , des articles suivans ; Que les troupes françaises qui étaient en Écosse en sortiraient incessamment et seraient renvoyées dans leur pays, et qu'il l'avenir on ne ferait point entrer de troupes étrangères dans le royaume sans en avoir auparavant donné connaissance au parlement , et avoir obteuu son consentement ; que les fortifications de lÆith et de Dumhar seraient au plus tût rasées, et qu’on n’en élèverait point de nouvelles sans la permission du parlement ; qu’on tiendrait un parlement le premier jour d’août , et que cette assemblée serait regardée A tous égards comme aussi légitime que si elle avait été convoquée par le commandement exprès du roi et de la reine ; que , conformément aux anciennes lois et coutumes du pays , le roi et la reine ne pourraient , ni déclarer la guerre , ni conclure la paix sans le concours du parlement ; que, pendant les absences de la reine, l'administration du gouvernement serait commise à douze personnes qu’on choisirait sur vingt-quatre proposées par le parlement , et dont sept seraient nommées par la reine et cinq par le parlement ; qu’à l’avenir le roi et la reiue n’élèveraient point d’étrangers aux places de confiance et de dignité dans le royaume, et qu’ils ne donneraient les offices de trésorier et de controleur des finances à aucun ecclésiastique ; qu’on passerait , dans le parlement suivant , un acte d'amnistie , portant abolition de tous crimes et de toutes offenses commis depuis le (> mars LV>8, et que cet acte serait
ratifié par le roi et la reine; que le roi et la reine ne pourraient point , sous prétexte de punir aucune offense contre leur autorité pendant cet espace de temps , chercher à priver aucun de leurs sujets des offices, bénéfices ou biens qu'ils possédaient actuellement ; et que les réparations dues aux ecclésiastiques pour les dommages et préjudices qu'ils avaient soufferts pendant les derniers soulévcmens seraient absolument du ressort du parlement. Quant aux disputes de religion , les ambassadeurs déclarèrent qu’ils ne voulaient point prendre sur eux de les décider, mais qu'ils consentaient à ce que le parlement, dans sa première assemblée, examinât les points de controverse, et en dit son avis au roi et A' la reine.
Les lords de la congrégation , par leur courage et par leur persévérance , amenèrent à ce point mémorable une entreprise qui dans ses commenccmens annonçait une issue bien différente. Le parti, faible et même méprisable dans ses commenccmens , s'accrut par degrés et parvint A un haut degré de puissance. Favorisé par quelques événemens heureux , il vint A bout de repousser tous les efforts de la reine, soutenue même par les forces d’un royaume encore plus puissant. L'autorité souveraine fut, par ce traité, remise entièrement entre les mains de la congrégation ; les prérogatives limitées que la couronne avait jusqu'alors |>ossédées furent totalement anéanties, et le gouvernement aristocratique, qui avait toujours été le système dominant dans le gouvernement d’Écosse, devint suprême et absolu. L’influence de la France , qui avait eu pendant long-temps un si grand poids dans les affaires de l'Écossc , fut aussi considérablement affaiblie parce même traité. On y réprimait, pour le temps présent, les projets d'usurpation d’un allié ambitieux, et l'on se précautionnait contre ceux qu’il pourrait former dans la suite, en se liguant avec l’Angleterre. Les points disputés en matière de religion étant soumis A l'examen du parlement, les proleslans pouvaient espérer d’obtenir les décisions les plus favorables aux opinions qu'ils avaient embrassées.
Peu de jours après la conclusion du traité , les troupes anglaises et françaises sortirent de l’Écossc.
Tout le royaume avait les yeux sur la pro-
Digitiza
ctiaine assemblée du parlement. Une assemblée convoquée d’une manière si extraordinaire, dans des conjonctures si critiques , pour délibérer sur des matières d’une si grande importance, tenait tous les esprits en suspens , et était attendue avec les plus grandes inquiétudes.
Suivant le génie aristocratique du gouvernement d’Kcosse, le parlement de ce royaume était proprement l'assemblée des nobles. Il était composé des évêques , des abbés , des torons et de quelques députés des bourgs, qui se rassemblaient dans une maison. Les petits torons pouvaient y assister, soit en personnes, soit par leurs rrprésentans , mais ils usaient rarement de ce droit. La dépense de cette sortede service, qui , suivant la mode du temps, se faisait avec une suite nombreuse de vassaux et de sujets ; le peu d'attention de ce siècle pour tout système régulier de gouvernement ; et plus que tout , le pouvoir exorbitant des grands nobles, qui s’étaient arrogé toute l’autorité, avaient tellement diminué la valeur de ce privilège, qu’il était extrêmement négligé. On voit par les anciens registres, que dans des temps de paix et de tranquillité , il n’y avait qu’un très petit nombre de députés des bourgs qui se rendissent au parlement, et presque aucun des petits barons. On abandonnait alors, sans scrupule et sans jalousie , l’administration ordinaire du gouvernement au roi et aux grands torons. Mais dans les cas extraordinaires , lorsque les débats pour la liberté s’échauffaient et se portaient jusqu'à la violence, lorsqu'on se trouvait en opposition avec le souverain, et que la fermentation des espritsétait portéeau plus haut point, les bourgeois et les petits torons sortaient de leur inaction, et paraissaient pour soutenir les droits de leur patrie. On voit dans le règne tumultueux de Jacqurs III plusieurs exemples qui justifient cette observation '. Les projets téméraires de ce prince faible et mal conseillé excitèrent contre lui l’indignation publique, et amenèrent au parlement un très grand nombre de petits torons , outre les nobles du premier ordre et les prélats qui étaient accoutumés de s’y rendre.
Les mêmes raisons appelèrent au parlement , qui se tint le lrr août, une affluence d'hommes de tous les états qui n’y était point ordinaire.
1 Keith, 147 U
RO
L'amour de la liberté civile et de ia liberté de conscience était devenu la passion dominante du toute la nation, et ne permettait qu'à très peu de personnes de rester spectateurs désintéressés d'une assemblée dont les actes devaient , selon toutes les apparences, être décisifs par rapport à ces deux objets. Les citoyens acrouraient de tous les coins du royaume, déterminés à soutenir de leurs voix dans le sénat celle même cause qu’ils avaient défendue les armes à la main en pleine campagne. La cour des pairs temporels et spirituels se trouva complète , et il y vint encore des représentais de presque tous les bourgs, et plus de cent torons, qui, quoique de la classe inférieure, étaient neanmoins des nobles des plus distingués dans la nation, tant par le rang que par la fortune '.
Le parlement était sur le point d’entamer ses délibérations avec tout le zèle dont ilétait animé, lorsqu'il s’éleva une difficulté au sujet de la légitimité de l’assemblée. Il n’avait point paru de commissaire de la part du roi et de la reine, et ils n’avaient point encore fait signifier leur consentement et leur approbation. Bien des gens regardaient ces formalités comme essentielles à l’existence d’un parlement. Mais on opposait à cette opinion les termes ex près du traité d’fidimbourg, par lequel cette assemblée était déclarée ’ aussi valable, à tous égards, que si elle avait été convoquée et assignée par exprès commandement du roi et de la reine. Comme les adhérens de la congrégation étaient en beaucoup plus grand nombre que leurs adversaires , ce dernier sentiment prévalut. Les chefs les plus audacieux du parti , et qui passaient pour avoir le plus de ferveur, furent choisis [tour lords des articles. Ils formèrent , suivant l’ancien usage, un comité qui eut toute l'influence qui lui appartenait autrefois dans le parlement d’Écosse. Les délibérationsdes lords des articles se firent avec la plus parfaite unanimitéet le zèleleplusardcnt. L’acte d’amnistie, la nomination des vingt-quatre personnes parmi lesquelles on en devait choisir douze pour former un conseil revêtu de l’autorité suprême , et toutes les autres choses prescrites par le dernier traité , ou qu'on jugea nécessaires pour en assurer l’observation, passèrent sans aucun débat ni délai. L'article de
1 KciUi , I K».
no HISTOIRE
la religion demanda plus de temps et rencontra de plus grandes difficultés. Il fut présenté au parlement par une requête au nom de ceux qui avaient adopté les principes de la réformalion. Ils prétendaient que plusieurs dogmes de l'église papiste choquaient la raison et déshonoraient la religion, que la discipline de cette église était corrompue et tyrannique, et que les revenus des ecclésiastiques étaient exorbitans et mal employés. Les protestans firent sur tous ces points les représentations les plus vives, et avec tout le fiel que les absurdités et les vues pernicieuses qu'ils reprochaient à l'église romaine avaient porté dans leurs âmes. Encouragés par le nombre et par le zèle de leurs amis, ils cherchèrent à profiter d'une conjoncture aussi favorable pour renverser tout l’édifice du papisme , et ils supplièrent le parlement d’interposer son autorité pour réprimer ces abus multipliés '.
Il y avait dans le parlement plusieurs prélats , partisans zélés des anciennes opinions. Mais pendant que les protestans agissaient avec tant de vigueur, ces prélats restèrent confondus, étonnés , et gardèrent constamment un silence qui fut fatal â leur cause. Ils entrent qu'il était impossible d'arrêter ou de détourner ce torrent de zèle religieux pendant qu'il était encore dans toute sa force; ils craignirent que leur opposition n'irritât leurs adversaires, et n'excitât de ‘ nouveaux actes de violence ; ils espéraient que le roi et la reine trouveraient bientôt l'occasion de réprimer l'insolence de leurs sujets, et qu'après les premiers éclats de cet orage , la tranquillité et le bon ordre pourraient être rétablis dans l'église et daus le royaume. Peut-être voulaient-ils sacrifier la doctrine et même l'autorité
e l'église â la sûreté de leurs personnes et à la conservation des biens qui étaient toujours entre leurs mains. Enfin, quels que fussent les motifs de leur conduite, ce silence extraordinaire fut pour les protestans un grand sujet de triomphe. Ils crurent y voir le désaveu tacite d'une mauvaise cause ; ils en prirent une nouvelle audace, et ils se portèrent avec plus d'ardeur et de courage que jamais à l'exécution de leurs desseins J.
le parlement ne crut pas devoir s'en tenir ù condamner simplement les dogmes allégués
•Kooi.237. -
dans la requête des protestans. U fit plus : il approuva par un acte la profession de foi qui lui fut présentée par les ministres protestans ’, et qui était composée, comme ou pouvait s’y attendre en de pareilles circonstances , dans la vue de tourner en ridicule les opinions et les pratiques de l'église romaine. Par un autre acte , la juridiction des tribunaux ecclésiastiques fut abolie, et la connaissance des affaires qui étaient ci-devant portées â ces tribunaux fut attribuée aux juges séculiers 2. Un troisième statut défendait l’exercice du culte religieux suivant les rites de l’église romaine. La rigueur des injonctions du parlement pour assurer l'observation de cette loi fait apercevoir toute la chaleur qui régnait dans cette assemblée. la première transgression emportait la perte des biens et une punition corporelle , â la volonté du juge ; le bannissement était la peine de la récidive; le troisième violentent de la toi devenait un crime capital 5. Tel était le génie des hommes de ce siècle. Ne connaissant ni les règles d'une sage tolérance ni les lois de l’humanité, ces mêmes hommes , qui venaient de se soustraire à la tyrannie ecclésiastique , se portèrent avec une précipitation indécente â imiter ces exemples de sévérité qui avaient excité de leur part de si justes plaintes.
La vigueur des statuts du parlement renversa en peu de jours l'ancien système de religion établi depuis tant de siècles. Les nobles se portèrent à la réforme de la doctrine et de la discipline de l'église avec une ardeur égale à celle de Knox lui-même, et ils surpassèrent toutes ses espérances. Mais leurs procédés rapides et impétueux, par rapport à ces deux objets, sc ralentirent sur l'examen des revenus ecclésiastiques, et on les vit affecter des délais lorsqu'il fut question de délibérer sur ce point. Plusieurs laïquesétaient déjà enrichis des dépouilles de l'église; les autres dévoraient en espérance tous les riches bénéfices auxquels on n'avait point encore touché. I-es changemens faits dans la religion procurèrent même â plusieurs ecclésiastiques constitués en dignité l'occasion de satisfaire leur avarice cl leur ambition. la démolition des monastères avait rendu la liberté â ions les religieux qui y étaient confinés , et presque tous avaient pris quelque emploi séculier. Les nb-
1 Knox , 233. — ’ Keith, 152 — ! knox, 251.
bés qui avaient embrassé par conviction les principes de la réforme, ou qui avaient eu l’adresse de les adopter par politique, s'étaient emparés de tous les revenus de la communauté , et les avaient appliques à leur usage particulier, â l'exception de quelques pensions alimentaires accordées à des moines d'un âge fort avancé *. l,es prédicateurs de la réforme demandaient que ces revenus fussent employés à l’entretien des ministres, à l'éducation de la jeunesse et au soutien des pauvres. Cette proposition effrayait également les gens de tous états qui retenaient ces biens. Ils s'y opposèrent avec chaleur; ils prévalurent aisément par leur nombre et par leur autorité dans le parlement, et ils empêchèrent que cette demande ne fût écoutée 3. Le zèle dont les premiers réformateurs étaient animés , une noblesse de sentimens qui les mettait bien au-dessus de ce vil intérêt, les rendirent • très sensibles â la bassesse de leurs adhérens. Ils les virent avec indignation débuter par ces marques d'avarice et d’attachement â leur intérêt personnel. Knox , dans ses écrits , se plaint amèrement des refus dédaigneux qu’il eut à essuyer de la part de bien des gens de qui il attendait des sentimens plus généreux, et plus de zèle pour l'avadcement de la religion et pour l'honneur de ses ministres3.
Il s'éleva une difficulté au sujet des actes du parlement qui concernaient la religion. Cette difficulté, frivole en elle-même, et regardée comme de peu d'importance dans ces temps éloignés , était fondée sur les termes du traité d'Édimbourg. 11 y était dit que le parlement examinerait l'état de la religion , et qu'il exposerait ses sentimens sur ce point au roi et â la reine. Cependant, au lieu de présenter les demandes au souverain dans la forme respectueuse d’une supplication ou adresse, le parlement en forma autant d’actes qui , sans être revêtus du consentement royal , prirent force de loi dans tout le royaume. En exécution deeequi y était ordonné, le système établi de religion fut partout renversé, et celui qui était annoncé par les réformateurs y fut substitué. la: peuple ne fit pas semblant d'apercevoir ce qui pouvait manquer aux actes du parlement; le zèle et la partialité
1 Keiiti, ion. Mppentl. tao, 191.
* Jppcnil., n” IV, p. 29. — * Knox , 299, 290.
suppléèrent au défaut de formalité , et ces nouveaux statuts furent plus généralement observés qu'aucun de ceux qui étaient ci-devant émanés des assemblées les plus régulières et les plus conformes aux constitutions. Cependant ou est forcé d’avouer que , par ces procédés , le parlement , ou plutôt la nation , viola le dernier article du traité d'Édimbourg, et qu'elle alla même beaucoup au-delà des bornes prescrites à des sujets; mais lorsque des hommes ont une-fois secoué le joug, lorsque les esprits sont échauffés par les passions que la guerre civile inspire , il y aurait de l’ignorance ou de la pédanterie â vouloir condamner une nation d'après des règles qui ne peuvent être observées que dans un gouvernement où le bon ordre est établi , et où règne une parfaite tranquillité. Un peuple qui se croit obligé à faire des efforts si extraordinaires pour la défonce de sa liberté, cherche â se prévaloir de tout ce qui peut tendre à ce but, et la nécessité des circonstances, ainsi que l’importance de l’objet , paraissent le justifier en quelque manière , lorsqu’il s'écarte des formes ordinaires prescrites par la constitution.
Suivant les termes du traité d'Édimbourg , et en conséquence de la forme établie pour de pareilles affitires, on était obligé de présenter au roi et â la reine les procédures du parlement. Le chevalier Sandilands de Calder, lord Saint- Jean , fot chargé de se rendre pour cet effet â la cour de France. Les nobles, après avoir tenu une conduite si irrégulière , ne pouvaient fias se flatter que François et Marie approuvassent leur conduite , et encore moins espérer que leurs majestés voulussent la confirmer par le consentement royal, la réception de leur ambassadeur fut telle qu'ils avaient pu s’y attendre. Le roi et la reine le reçurent très froidement, et il fut renvoyé sans avoir obtenu la ratification des status du parlement. L’ambassadeur essuya d'ailleurs , de la part des princes lorrains et de leurs partisans , toutes les insultes et les mépris qu'ilsélaient dans l'usage de prodiguer au parti dont il était le représentant '.
On fit à la cour d'Angleterre une réception bien différente au comtes de Morton , de Glrncairn , et Maitlandde Lethington, ambassadeurs du parlement vers Élisabeth, sa protectrice.
1 Knox . 259. Bucbaion , 327 .
Cependant ils ne furent pas plus heureux dans une pari if de la négociation confiée à leurs soins. Les Écossais, sensibles aux avantages qu’ils retiraient de leur union avec l'Angleterre et â la sûreté quelle leur procurait, désiraient beaucoup de la rendre indissoluble. Dans cette vue, ils chargèrent leurs ambassadeurs de témoigner à la reine Élisabeth leur reconnaissance pour les secours quelle leur avait donnés si A propas et avec tant d’efficacité; et en même temps de la supplier de rendre perpétuelle l’union des deux nations, en consentant A épouser le comte d’Arran.qui, quoique sujet, était le plus proche allié de la famille royale d’Écosse, et après Marie, l’héritier présomptif de la couronne.
Élisabeth écouta avec beaucoup de plaisir la première partie de la commission, et elle encouragea les Écossais en les assurant de la continuation de ses bons offices dans toutes les occasions. Quant au second point elle laissa apercevoir les sentimens auxquels elle resta attachée pendant tout le cours de sou règne. Élisabeth avait beaucoup d’éloignement pour le mariage. Quelques-uns l'ont attribué à son goût particulier, d’autres, avec plusde vraisemblance, en ont donné des raisons politiques. Cette princesse ambitieuse ne voulait partager le trône avec personne; elle ne voulait s’exposera aucune contradiction , et elle sacrifiait à la jouissance de ce pouvoir absolu les espérances de transmettre la couronne à sa postérité. Le mariage qu'on lui proposait avec le comte d'Arran ne lui présentait pas d’assez grands avantages pour l’ébranler dans sa résolution; elle s'en excusa, et elle assaisonna ce refus de beaucoup de marques d'affection pour la nation écossaise et de considération pour le comte d’Arran '.
Cette année, si féconde en révolutionsextraordinaircs , se termina par un événement de la plus grande importance. Le 4 décembre fut le terme fatal de la vie de François II , prince d'une complexion Faible et d’un esprit très borné. Comme il ne laissait point d'enfans de la reine, sa mort était le coup le plus heureux pour tous ceux qui avaient suivi le parti de la congrégation. Marie, par les charmes de sa personne, avait pris sur son mari le plus grand ascendant ; elle l'avait rendu entièrement soumis comme
D’ÉCOSSE. llôfiO]
elle aux princes lorrains ses oncles, et le roi suivait aveuglément la route qu’ils jugeaient A propos de lui tracer. Le pouvoir de la France ainsi dirigé alarmait les mécontens d’Écosse. En effet, le péril était grand, et les craintes étaient très bien fondées. La fureur des troubles intestins qui désolaient la France, et les secours qui étaient venus si h propos d’Angleterre à la congrégation, avaient jusqu’alors empêché les princes lorrains d’exécuter les projets qu’ils avaient formés sur l'Écosse. Mais sous un gouvernement aussi ferme et aussi absolu que celui de ces princes, il était- impossible que les soulèvcmens de France fussent d’une longue durée; plusieurs événemens pouvaient donner des affaires à Élisabeth et l’empèchcr de porter son attention sur celles de l’Écosse. Dans l'une ou l'autre de ces circonstances, les Écossais restaient exposés A toute la vengeance que les ressentimens de la cour de France pouvaient lui inspirer. Plus le coup avait été long-temps suspendu, plus il devenait inévitable, plus il menaçait de tomber avec une force redoublée. I a mort de François délivra l’Écosse de celle perspective effrayante. L'ancienne confédération entre les royaumes de France et d’fecossc ne subsistait ’ plus depuis quelque terfips, et cet événement avait rompu le seul lien d’union qui restât. Catherine de Médicis, qui pendant la minorité de Charles IX, son second fils, avait pris la -direction des affaires de France, cl qui présidait à tous les conseils, était bien éloignée de songer ;) soutenir l’autorité de la reine d’Écosse. Catherine et Marie avaient été rivales sous le règne de François II , et s’étaient disputé le gouvernement de ce prince faible et sans expérience. Mais les attraits de l'épouse avaient aisément triomphé du crédit de la mère. Catherine n'oublia jamais qu’elle avait été traversée dans sa passion Favorite, et elle vit alors avec une secrète satisfaction les peines et les embarras dont sa belle-fille allait être accablée. Marie, succombant aux chagrins qu’un revrrs de fortune aussi cruel pouvait lui donner, prit le parti de la fuite , quitta la reine-mère 1 cç se retira à Reims. Abandonnée de cette foule de courtisans qui la suivaient dans sa prospérité, elle se livra dans la solitude â toute sa douleur, et y dévora
1 Üut il. 3. ippend. , jüt>. Keith , Jôf , de
1 tlciiauli, Castelnau, 4SI.
son dépit. Les princes lorrains furent cux-mémes obligés de restreindre leurs vues ambitieuses et de quitter le soin des affaires du dehors pour ne s'occuper que de celles de l'intérieur. Au lieu de ces vastes projets qu’ils avaient formés sur la Grande-Bretagne, ils crurent ne devoir songer qu'à se faire une existence et à s'accréditer sous le nouveau gouvernement.
Il serait impossible de décrire les transports de joie que ce tableau de la cour de France excita parmi les Écossais. Ils regardèrent la mort 1du monarque français comme le seul événement capable de donner de la force et de la consistance au système de religion et de gouvernement qui venait d’ètre adopté. Ainsi l'on ne doit pas s'étonner d’entendre les historiens contemporains se récrier sur les soins immédiats de la Providence qui, |ki* des ressorts inconnus, assure la paix et la tranquillité des états, dans des circonstances où tontes les ressources de la prudence et de l’industrie humaines sont épuisées, et où tout parait désespéré •.
L’église protestante commençait alors à prendre en Écosse une forme plus régulière. Les principes de la réfnrmalion avaient été confirmés par l’autorité publique; :! était nécessaire d’établir quelques règles fixes de police extérieure pour le gouvernement et la conservation d’une société qui était encore dans son enfance. I a: plan adopté par les réformateurs était tris différent de celui qui était établi depuis si longtemps. Ix-s motifs qui les portèrent à s’éloigner à ce point de l'ancien système méritent d'être développés.
Les vices du clergé avaient d'abord excité l'indignation publique et animé cet esprit de recherche qui devint si fatal au papisme. Le mépris qu'on avait conçu pour les défauts des ecclésiastiques se porta bientôt sur les fonctions mêmes qu'ils exerçaient. La réfbrmation, après avoir attaqué la doctrine de l'église papiste, devait aussi renverser la forme de son gouvernement. Cependant les opérations de la réforme furent modérées, par l'autorité et ia politique des princes, dans une grande partie de l'Allemagne , en Angleterre et dans les royaumes du nord. La juridiction épiscopale fut conservée , mais avec quelques restrictions, dans les églises
de ces pays. Il parait que la hiérarchie épiscopale était plus conforme à ia pratique de l'église lorsque le christianisme devint la religion dominante dans l'empire romain. I.e gouvernement ecclésiastique, modelé entièrement sur le gouvernement civil, en emprunta la forme et eu tira toute son autorité. Les diocèses et les juridictinnsdes patriarches, archevêques et évêques, répondirent à la division et à la constitution de l'empire. En Suisse et dans les Pays-Bas, où. la nature du gouvernement donnait pleine carrière au génie de la réfbrmation, la prééminence de l'ordre ecclésiastique fut entièrement abolie, et on y établit une égalité plus analogue à l'esprit républicain. La forme de la primitive église donna l'idée, et fournit le modèle de ce dernier système qui fut depuis apjwlé presbytérien, la s premiers chrétiens, exposés à des persécutions continuelles, et obligés de tenir secrètes leurs assemblées religieuses, se contentaient d'une forme de gouvernement très simple. L'esprit de la religion et le sentiment du danger concouraient à éteindre en eux toute sorte d'ambitiun, à établir un esprit d'égalité, effets de leurs souffrances et source de presque toutes leurs vertus. Calvin, dont les décisions furent reçues par les protestans de ce siècle avec une soumission incroyable, fut le protecteur et le restaurateur de ce système de police ecclésiastique. L’église de Genève , formée sous ses yeux et par sa direction , était regardée comme le plus parfait modèle de celle espèce de gouvernement ; et Knox, qui pendant son séjour danscetteville, en avait fait une étude particulière et en avait été touché d'admiration , recommanda fortement à ses concitoyens de le suivre et de l'imiter.
Parmi les nobles d’Écosse , quelques-uns haïssaient la personne des ecclésiastiques, d’autres enviaient les richesses de ceux constitués en di- . gnité. En abolissant cette classe d'hommes dans l’état, les uns suivaient leur ressentiment, les autres espéraient de contenter leur avarice. Le peuple avait conçu l'aversion la plus forte contre le papisme ; il approuvait tout système qui s’écartait le plus des usages reçus dans l'église romaine , et il adoptait avec la plus grande satisfaction, un plan qui flattait si agréablement sa passion dominante. D'un autre côte , les partisans de la liberté civile voyaient avec plaisir le clergé protestant renverser de ses propres
Knoi , 250.
mains cet édifice dn pouvoir ecclésiastique que ses prédécesseurs avaient élevé avec tant d'art et d’industrie ; ils espéraient qu'en lui prêtant leurs secours , ils pourraient dépouiller les ecclésiastiques de leurs dignités et de leurs richesses, et délivrer entièrement la nation de leur juridiction excessive et tyrannique. La nouvelle forme de gouvernement prit aisément faveur parmi les hommes ainsi disposés S la recevoir , et par l'impulsion de leurs divers intérêts, et par le mouvement de leurs passions.
Cependant Knox jugea que dans les premiers temps de rétablissement de ce système, il n'était pas à propos de s'écarter entièrement de la forme ancienne '. Au lieu des évêques, il proposa d'établir dix ou douze surintendans répartis dans les différentes provinces du royaume. Ces officiers étaient , comme le nom le porte , autorisés pour avoir l'inspection sur la doctrine et les mœurs du reste du clergé. Ils présidaient aux tribunaux ecclésiastiques subalternes, et ils remplissaient quelques autres parties des fonctions épiscopales. Mais leur juridiction ne s’étendait que sur les choses sacrées; ils ne pouvaient avoir séance au parlement , ni prétendre aucun droit à la dignité ni aux revenus des anciens évêques.
Le bas dergé, qui pouvait être chargé du soin des paroisses , était peu nombreux. Ceux qui le composaient avaient embrassé la réforme en différera temps et par divers motifs. Pendant les soulèvcmens, ils avaient été dispersés au hasard dans les differentes provinces du royaume , et ils n’avaient formé qu’en fort peu d’endroits des classes et des sociétés régulières. La première assemblée générale de l'église qui se tint en cette année, portait toutes les marques d’une association informe et encore dans son enfance, l es membres qui la composaient étaient en petit 'nombre et peu considérables pour le rang , et il parait que dans leur élection on n'avait observé aucune règle fixe et uniforme. Il n'y vint point de représentons de la plus grande partie du royaume; il n’y avait qu'une seule personne pour quelques comtés tout entiers, pendant qu'en d'autres endroits , une seule ville ou église avait envoyé plusieurs députés. L'nc assemblée aussi faible et aussi irrégulière ne pou-
1 SpoiswiMid . 158.
vait pas avoir une grande autorité. Les membres qui en sentaieut eux-mèmes toute l'insuffisance, mirent bientôt fin aux délibérations , sans oser risquer de donner des décisions sur aucune affaire importante '.
Knox , pour donner plus de force et de consistance au système presbytérien . composa , avec le secours de scs frères , le premier livre de discipline, qui contient le modèle ou la base de la police qu'ils avaient dessein d'établir Ils le présentèrent à l’assemblée des états, qui se tint au commencement de cette année. Les états auraient aisément donné leur consentement à tous les règlemens proposés par rapport à la discipline et à la juridiction ecclésiastique; mais le dessein de recouvrer le patrimoine de l'église, dont il était fait quelque mention dans cet écrit, éprouva une réception bieif différente.
Ce fut en vain que le clergé exposa les avantages que le public retirerait d'une application convenable des revenus ecclésiastiques ; qu'il proposa l'avancement de la véritable religion, l’encouragement des sciences , le soutien des pauvres, qui résulteraient d'une distribution de ces fonds faite sans partialité; qu’il menaça même de la vengeance divine ceux qui retenaient injustement des biens destinés ù de pieux usages; les nobles ne voulurent jamais lâcher la proie dont ils s'étaient saisis; ils traitèrent ces propositions de dévotions fantastiques et chimériques, et ils les reçurent avec le dernier mépris J.
L'assemblée du clergé protestant députa le prieur de Saint-André à la reine, pour l’inviter à revenir dans le pays de sa naissance , et à reprendre les rênes du gouvernement qui avaient été trop long-temps en d'autres mains. Quelques-uns de ses sujets craignaient son retour, d’autres apercevaient qu’il pourrait avoir des suites dangereuses4 : cependant le grand nombre le désirait avec tant d'ardeur, que l'invitation paraissait faite avec la plus grande unanimité. Mais les catholiques romains gagnèrent de vitesse le prieur de Saint-André, et arrivèrent les premiers auprès de la reine*. Lesly, qui fut depuis évêque de Roff, et qui avait été député par les catholiques, devança le prieur à l'endroit où Marie avait établi sa résidence. Il
1 Keith , 108. — * Spolsvr., 152. — 1 Knox , 256.
' 1 ppc nt! , n' V, p. 36 et suiv. — • Lesly, 227.
s'efforça de jeter des soupçons dans l'esprit de la reine contre ses sujets protcstans, et de lui persuader de donner toute sa confiance à ceux qui étaient restés attachés 5 la religion romaine. Il insista en conséquence pour qu’elle vint prendre terre à Aberdeen. Il lui représenta que la doctrine des protestans n'ayant fait que très peu de progrès dans cette partie du royaume , elle était assurée d’y rassembler en peu de jours une armée de vingt mille hommes , et il la flattait qu'avec ce secours elle pourrait aisément renverser l'église réformée avant qu'elle se fût affermie sur ses fbndemrns.
Les princes lorrains n'étaient pas disposés à écouter ces propositions extravagantes et dangereuses. Uniquement occupés 5 se défendre des pièges de Catherine de Médicis , qui employait tous les ressorts de sa politique pour ruiner leur pquvoir exorbitant, ils n'avaient pas le temps de s'occuper des affaires de l'Écossc, et ils désiraient que leur nièce prit paisiblement possession de son royaume. Les officiers français qui avaient servi en Écosse détournaient aussi la reine de prendre un parti violent. Us lui représentaient l'impossibilité de résister à la puissance et au nombre des protestans ; ils la déterminèrent ainsi à tâcher de les gagner par toutes sortes de voies , et à prendre pour ses ministres les chefs de ce parti , plutôt que de les irriter par des violences inutiles et de s’en faire des ennemis. De lâ vinrent ces marques de confiance et d’affection que la reine donna au prieur de Saint-André; le tableau qu’il fit à la reine de l'état actuel du royaume, le mit en grand crédit auprès de sa majesté ; et Lesly vit avec douleur ce nouveau canal par où il paraissait que les grâces de la cour allaient découler 1 .
Il se tint au mois de mai une autre assemblée des états du royaume, etqui fut, àce qu’il parait , occasionée par l’arrivée d'un ambassadeur de France. Ce ministre était chargé, par ses instructions, d’engager les Écossais à renouveler leur ancienne alliance avec la France, A rompre leur nouvelle considération avec l'Angleterre , A remettre les écclcsiastiques papistes en possession de leurs revenus, et â les rétablir dans l’exercice de leurs fonctions. Il serait difficile de former
’ JMr. , et.
aucune conjecture sur les motifs qui purent engager la cour de France â faire des propositions aussi extraordinaires et si fort â contre-temps. Files furent rejetées avec ce mépris qu'on pouvait attendre du génie de la nation écossaise1.
le clergé protestant n'eut pas dans cette assemblée une audience plus favorable qu'il ne l'avait eue dans la précédente. le projet de recouvrer le patrimoine de l'église resta plus que jamais dans l’éloignement et dans l'incertitude. Quant à l'autre point , on trouva dans les nobles le même zèle et la même résolution. Le livre qu'on avait composé pour l'établissement de la discipline ecclésiastique paraissait demander que les monumens du papisme qui restaient encore dans le royaume fussent démolis2. On n'avait plus les mêmes prétextes politiques, on ne pouvait plus alléguer la rage effrénée du peuple pour justifier ou excuser ces ravages et ces exécutions barbares. Cependant l'assemblée considérant ces édifices religieux comme des restes d'idolâtrie , rendit une sentence , les condamna par un acte en forme, et commit pour la mettre à exécution les personnes qui s'étaient le plus distinguées par leur zèle et par leur activité. Les abbayes, les cathédrales, les églises paroissiales, les bibliothèques, les archives, les sépulcres même des morts, furent enveloppés dans la destruction générale. Les premiers soulèvemens du peuple avaient formé une horrible tempête, rien n’avait pu résister à son impétuosité; mais elle ne s'était étendue que dans quelques comtés, et sa fureur s'était bientôt dissipée. Mais alors un brigandage universel , entrepris avec mûre délibération, acheva la ruine totale de tous ces superbes édifices, de tous ces monumens respectables qui avaient écliappé à la fureur des premières séditions2.
Cependant Marie ne se pressait pas de retourner en Écosse. Accoutumée A l'élégance, au brillant, à l'enjouement, A la politesse de la cour do France, elle ne pouvait se résoudre A quitter ce pays de délices, et elle envisageait avec hor reur la barbarie de son pays, la turbulence et la férocité de ses sujets, qui lui présentaient un spectacle bien différent. File fut néanmoins obli-
1 Knox , 260, 273. — * £polswood, 153.
* Spomvood , 174.
géc rtc céder à la fin à l'impalicncc de ses peuples el aux conseils de ses oncles. L'indifférence avec laquelle la reine-mère affectait de la traiter, et les mortifications qu'elle lui donnait, contribuèrent aussi plus que toute autre chose a la déterminer A ce voyage qui lui était si désagréable •. Ce fut pendant qu'elle en faisait les préparatifs, qu'on commença à jeter ces scmenres de discorde et de jalousie entre elle et la reine Élisabeth, qui répandirent tant d’amertume dans toute la vie de la reine d’Écossc, et qui abrégèrent le cours de sa destinée.
La ratification du dernier traité d'Édimbourg , fut la cause actuelle et apparente de cette fatale animosité entre les deux reines : mais ces funestes démêlés prenaient leur source de plus loin. I’resquc tous les articles du traité d'Edimbourg avaient été exécutés par les deux partis avec l'exactitude la plus scrupuleuse. Les fortifications de Lcith avaient été rasées; les armées de France et d'Angleterre étaient sorties de l'Écosse dans le temps prescrit ; les mécontens d'Écosse avaient obtenu le redressement de leurs griefo, et on leur avait d'ailleurs accordé tout ce qu'ils avaient demandé pour leur sûreté A l'avenir. Sur tous ces points Marie avait peu de raisons de refuser la ratification du traité, et Élisabeth n'en avait pas davantage pour la solliciter avec empressement.
la; sixième article souffrait plus de difficulté , et il devint en effet comme le foyer de toutes les querelles. Jamais ministre ne fut plus adroit que Cecil A pénétrer les vues de son maître; on n'en vit jamais de plus habile ni de plus heureux dans l'exécution. Sa conduite aux négociations d'Édimbourg fit bien connaître tout l’ascendant qu'un jugement sain donnait A cet habile politique sur les intrigues et les rafinemens de Monluc. Il eut l'adresse d'engager les ambassadeurs français, non-seulement A reconnaître que les couronnes d’Angleterre et d'Irlande appartenaient de droit A Élisabeth seule, mais aussi de promettre qu'A l'avenir Marie s'abstiendrait de prendre les titres et les armes de ces royaumes.
I-i ratification de eet article aurait été delà plus fatale conséquence pour Marie. La couronne d'Angleterre était un objet digne de son
1 Spolsxvond , 174.
ambition, les prétentions quelle y avait lui donnaient beaucoup d'iui|M)rtance et de dignité aux yeux de toute l'Europe. Plusieurs même croyaient que son droit était mieux fondé que celui d'Élisabeth. En Angleterre les catholiques romains, qui formaient alors un corps nombreux et actif, adoptaient ouvertement cette opinion, et les protestans même qui soutenaient Élisabeth sur le trône, ne pouvaient pas nier que la reine d'Écosse ne fût l'héritière présomptive de la couronne d'Angleterre. Suivant le cours ordinaire des choses humaines, l'occasion de se prévaloir de tous ces avantages pouvait n’ètrc pas fort éloignée et plusieurs événemens pouvaient encore la rapprocher. Si , dans ces circirconstances, Marie avait ratifié l'article en question, elle aurait perdu le rang qu'elle avait jusqu'alors tenu parmi les princes voisins, le zèle de ses adhérens se serait peu A peu refroidi, et dés ce moment elle aurait été obligée de renoncer A toute espérance de parvenir jamais A la couronne d'Angleterre.
Toutes ces considérations qui devaient déterminer Marie A refuser sa ratification n'avaient point échappé A la pénétration d'Élisabeth. Elle eut aussi recours A tout ce quelle crut capable d'adoucir ou d'ébranler la reine d'Écosse; les caresses et les menaces furent successivement employées pour l’amener à ce qu’on désirait ; et si cette princesse avait eu la faiblesse d'avouer la conduite inconsidérée de ses ambassadeurs, et de ratifier ce qu'ils avaient accordé, Élisabeth aurait eu sur elle un avantage considérable , et qui, ménagé par cette reine habile, pouvait avoir de grandes suites. Marie, eu renonçant aux armes et aux titres des royaumes d'Angleterre et d’Irlande, affaiblissait son droit A la succession , et paraissait laisser sur ce point la question indécise. Élisabeth aurait pu ainsi tenir sa rivale dans de perpétuelles inquiétudes, dans une continuelle dépendance; elle pouvait encore, avec l’autorité du parlement, interrompre l’ordre de succession linéale, et transmettre la couronne A d'autres descendans du sang royal. Elle suivit ce premier plan de conduite A l'égard de Jacques VI , et pendant tout le cours de son règne, elle tint ce prince dans une sujétion et des appréhensions continuelles ; elle aurait, selon toutes les apparences, adopté le second et le plus rigoureux contre Marie qui . par bien des raisons,
HISTOIRE D'ECOSSE
était pour Elisabeth un objet de jalousie et de haine.
Cettcinlerruption de la succession linéale n'aurait point excédé le pouvoir d’Élisabeth ; elleétait autorisée par des exemples, et elle n'était point incompatible avec la constitution du royaume. Quoique la succession héréditaire soit tellement fondée sur les lois de la nature et sur l'affection des peuples , quelle est reçue chez presque toutes les nations civilisées, l’histoire d' Angleterre prouve néanmoins qu'en plusieurs occasions remarquables on a dérogé à ce droit. la couronne d’Angleterre , devenue la proie d'un conquérant, anima l'audace , encouragea les entreprises de tous ceux qui voulurent dans la suite imiter une ambition illustrée par le succès, et éprouver les caprices de la fortune. Depuis Guillaume , duc de .Normandie, on y vit rarement les règles de la descendance observées pendant trois règnes consécutif!;. Les princes qui, par leurs intrigues ou par leur valeur, s’étaient frayé le chemin au trône, avaient recours 5 l’autorité du grand conseil de la nation, pour légitimer leurs titres incertains. Le droit parlementaire ou le droit héréditaire de suecession acquirent par-là eu Angleterre un égaldegrédeconsidération. Cette assemblée auguste réclama et posséda réellement le pouvoir de changer l’ordre de la successiou royale. On vit même dans des temps plus rapprochés, sous le règne d’Henri VIII, le parlement se prêter aux fantaisies de ce monarque , et l'autoriser à régler l'ordre de succession suivant son bon plaisir. Les Anglais, jaloux de la liberté de religion, et qui ne pouvaient supporter la domination des étrangers, auraient avidement adopté les passions de leur souveraine, et on leur aurait aisément persuadé d'exclure la branche d’Écosse du droit de succéder à la couronne d'Angleterre. Telles étaient vraisemblablement les vues des deux reines, et de là vinrent les difficultés qui retardèrent la ratification du traité d'Edimbourg.
Mais si les sources de discorde entre Élisabeth et Marie n'avaient pas remonté plus haut que le traité, un changement peu considérable dans les mots aurait amené les choses à une composition amiable. I,es expressions vagues et ambiguës que Ceci! avait insérées dans le traité auraient pu être changées en des termes plus clairs et plus nrécis. Au lieu de faire promettre
à Marie que, dans tous les temps à venir, elle ne porterait point le titre de reine d'Angleterre, on aurait pu l'engager à promettre de ne point prendre ce titre du vivant d'Elisabeth , ou de ses desccudans légitimes.
Cependant cet adoucissement dans les' termes du traité n'aurait peut-être point encore répondu aux vues des deux reines. Marie avait été obligée de suspendre pour quelque temps ses prétentions au titre de reine d'Angleterre; mais elle ne les avait jamais abandonnées. Elle était bien déterminée à les faire revivre aux premières apparences de succès , et elle ne voulait point se lier ni s’engager formellement à ne point profiter des circonstances favorables qui pourraient se présenter. Le changement des termes n'aurait pas été pins agréable à Elisabeth. Si elle l'avait approuvé, elle aurait paru reconnaître tacitement les prétentions de sa rivale. Marie restait en droit de monter sur le trône d'Angleterre après la mort d'Elisabeth. Mais ni la reine d'Ecosse ni la reine d'Angleterre n'osaient avouer leurs secrets sentimens. I„i moindre démonstration de vouloir exciter des troubles en Angleterre ou arracher le sceptre des mains d’Elisabeth , serait devenur fatale à la reine d'Ecosse, aurait exposé Élisabeth à des reproches très bien fondés, et lui aurait suscité un grand nombre d'ennemis dangereux. Cependant il y a lieu de croire que ces projets que les deux reines radiaient avec tant de soin et tant d'art , étaient les véritables mm ifs qui engageaient l'une à solliciter, et l'autreà refuser la ratification du traité dans la forme où il avait été rédigé, puisque aucune des deux n'eut recours à une explication qui aurait paru simple et naturelle à des âmes moins affectées de I intérêt politique, cl qui auraient désiré de lionne foi l'union et la bonne intelligence.
Mais si l'intérêt fut le premier motif de la rupture entre les deux reines de la Bretagne, une rivalité d'une autre espèce contribua » prolonger leur mésintelligence, et des jalousie* de femme augmentèrent la violence de la haine politique. Élisabeth, douée de ces qualités extraordinaires, égales ou même supérieures à celles de toutes les personnes de son sexe, et qui lui firent un si grand nom, était éprise d’une folle admiration de sa personne, et elle la poussait i un tel point , que des femmes ordinaires
sujettes à la même faiblesse , auraient cru devoir s'en guérir, ou du moins la cacher avec prudence, la recherche dans ses ajustemens , son affectation à déployer tous ses charmes 1 , son goût pour les adulations, étaient portés â l'excès, et ces défauts ne se bornèrent point à rc temps de la vie où ils paraissent le plus pardonnables; dans l'âge même le plus avancé, la femme la plus sage de son temps , et peut-être de tous les autres siècles, prenait un soin particulier de sa parure , cherchait à se donner tous les agrémens de la jeunesse. Élisabeth, qui possédait bien plus que Marie la science de la politique et l'art de gouverner, lui était très inférieure pour les grâces et la beauté de la personne, et elle avait rependant la faiblesse de se comparer à la reine d'Ecosse s. Connue elle ne pouvait pas se dissimuler que dans celle comparaison tout l'avantage était du côté de Marie, elle lui portail envie , et elle la haïssait comme une rivale qui l'éclipsait. Lorsque nous portons notre jugement sur la conduite des princes , nous sommes disjxtsés à donner trop â la politique , et point assez aux passions qui leur sont communes avec le reste des hommes. Pour juger des procédés actuels d'Élisabeth envers la reine d'Écosse, et de la manière dont elle la traita dans la suite, il ne faut pas toujours la considérer comme reine, on doit quelquefois la regarder comme une femme maîtrisée par sa jalousie.
Élisabeth n'ignorait point les difficultés qui pouvaient se rencontrer dans le traité par rapport â la reine d'Ecosse: cependant elle redoublait ses instances pour l'engager â le ratifier 3. Marie, sous différens prétextes, éludait la demande et cherchait â gagner du temps. Mais pendant ces contestations entre les deux reines, l une persévérant dans ses importunités , l'autre cherchant avec art à s’en garantir, elles avaient soin de conserver dans toute leur conduite un i vléricur de politesse; elles se prodiguaient ré- ( iproqucinent des protestations d'amour fraterii. I , des assurances d'une estime et d'une amitié V:c rien ne pourrait altérer.
Marie ne fut pas long-temps sans s'apercevoir qu'entre les princes les expressions d'amitié s'ac-
* Johnston, ffùt. rer. ffrilan., 315,317. Carte, vol. lit, 6tat. Catalogue of Royal noble aulhors.
1 vil, O', art. Essex.
* Keith tâJ- 160, etc. Jppentl. , n* VI , p. 11 et Miiv.
cordent rarement avec les sentimens du cœur. Pour aller de France en Écosse, il faut passer le long des cèles de l’Angleterre. Marie craignant d’être insultée par la flotte anglaise , et désirant de s'assurer une retraite dans les ports d’Angleterre en cas de tempête , envoya M. d'Oysel demander un sauf- conduit pour le temps du voyage. Cette demande usitée entre les princes , et qui ne peut pas se refuser avec bienséance, fut rejetée par Élisabeth , de manière à la faire soupçonner fortement d'avoir eu dessein ou de fermer les passages à Marie, ou de s’assurer de sa personne '.
Celte conduite peu généreuse d'Élisabeth remplit d'indignation la reine d'Écosse, qui ne voulut pas néanmoins retarder son départ de France. Elle vint s'embarquer â Calais, et y fut accompagnée convenablement â sa dignité , comme reine de deux puissans royaumes. Six princes lorrains, ses oncles, et un grand nombre de seigneurs français des plus distingués étaient â sa suite. Catherine, qui se réjouissait en secret de la voir sortir de France, employa tout pour donner â ce voyage un air de magnificence et de respect. Marie, après avoir fait de tristes adieux à ses serviteurs , l'âme accablée de chagrins, les yeux baignés de larmes, quitta ce royaume, le seul théâtre où, pendant tout le murs de sa vie, la fortune l'avait favorisée d'un sourire qui ne dura qu'un instant. Elle fixa ses yeux sur les côtes de France, et elle ne cessa point d'y porter ses regards aussi long-temps qu'elle put les apercevoir. Plongée dans la mélancolie, elle méditait sur ces événemens qui la faisaient déchoir de ce haut degré de fortune ; elle prévoyait peut-être cette longue suite de malheurs qui répandirent tant d'amertume sur le reste de ses jours. l,a voix entrecoupée de sanglots, elle s'écriait : Adieu, France ; ailieu, pays chéri, </ue jette reverrai jamais. Elle ne permettait pas même aux ténèbres de la nuit de lui cacher cette terre de délices. Elle ne voulut point se retirer dans sa chambre , elle refusa de prendre aucune nourriture, et elle ordonna qu'on portât son lit sur le tillac. Elle attendit là avec la plus grande impatience le retour «h; la lumière. I j fortune en cette occasion seconda sesdésirs. la galère où elle était fil peu de chemin pendant la nuit. A la
1 Keith, 171 Cainden, dppend. , n* VI, p. Il cl uiir.
3gle
pointe du jour les côtes de France s'offrirent encore à sa vue, et de si loin qu’elle put les apercevoir, l'accablement et la douleur lui arrachèrent ces mêmes expressions de regrets1. A la fin il s’éleva un vent frais qui se soutint pendant quelques jours: ensuite, à la faveur d'un brouillard épais, Marie échappa à la poursuite des vaisseaux anglais qui croisaient pour l’arrêter dans la traversée2 : et le 19 août, après une absence de treize années, elle aborda heureusement dans son royaume et dans le pays de sa naissance.
Marie fut reçue par ses sujets avec des cris de joie, des acclamations et toutes sortes de témoignages d’affection et de respect. Mais comme on ne s’attendait point à son arrivée, on n’avait pas fait les préparatifs convenables pour sa réception. Ainsi les Écossais, malgré tous leurs empressemens, ne purent cacher la pauvreté de leur pays , et furent obligés de la conduire avec peu de pompe et d’appareil au palais de Holyroodhouse. La reine, accoutumée dès son enfance â l’éclat et à la tqignificcnce, qu’elle aimait avec passion, comme il était naturel à son âge, ne put se contenir en voyant un si grand changement dans sa situation, et elle parut vivement affectée 3.
Jamais prince n’était monté sur le trône dans des circonstances plus délicates, et qui demandassent plus de sagesse dans le conseil, plus de courage et de fermeté dans l'exécution. La fureur des controverses de religion était montée au plus haut degré. Les prolcstans étaient aigris par le souvenir de l'oppression ; des injures plus récentes mettaient les papistes au désespoir; les deux partis étaient zélés, féroces et irréconciliables. La longue absence du souverain avait accoutumé les nobles à l'indépendance , et l>cndant les derniers soulèvcmcns, ils avaient acquis un tel accroissement de richesses , que le poids qu’ils avaient mis dans la balance de l'aristocratie n’avait plus besoin d’augmentation. Le royaume avait été long-temps gouverné par des régens qui, exerçant une juridiction précaire, avaient peu d’autorité et étaient peu respectés. L'anarchie avait prévalu dans un état
1 Brantôme, 483, qui était lui-méine dans le vaisseau avec ta reine.
1 Goudal, vut. 1 , 175. Castelneau, 455.
* Brantôme, 484.
qui depuis deux ans était sans régence , sans conseil suprême, sans puissance et même sans aucune forme de gouvernement régulier >. Un esprit de licence, qui ne pouvait souffrir la subordination et qui dédaignait la contrainte des lois et de la justice, s'était répandu parmi les hommes de tous les ordres. Les influences de la France, cette ancienne alliée de l’Écosse, étaient ou rejetées ou méprisées. Les Anglais , d'ennemis devenus confédérés , avaient acquis toute la confiance de la nation , et avaient un ascendant marqué dans tous les conseils. les monarques écossais ne pouvaient pas tirer un grand avantage de l'amitié de la France pour augmenter leur pouvoir et leur dignité, et ils devaient craindre de se voir insultés et rabaissés par les menées de l’Angleterre. Élisabeth, par toutes sortes de considérations, soit d’intérêt, soit de sa conservation personnelle, devait s’attacher à diminuer l'autorité royale en Écosse, et à susciter au souverain de ce pays des embarras continuels en fomentant les mécontcntemens parmi le peuple.
Tel était l’état des affaires de l'Écossc, lorsque l’administration tomba entre les mains d’une jeune reine qui n’était pas encore à la dixneuvième année de son âge , qui ne connaissait ni les mœurs, ni les lois de son pays, et qui était comme étrangère au milieu de ses sujets, sans expérience, sans alliés et presque sans amis.
D’un autre côté, on aperçoit dans la position de Marie quelques circonstances qui ne pouvaient pas à la vérité contre-balancer ces désavantages, mais qui pouvaient les adoucir, et qui, ménagées avec adresse, auraient pu produire de grands effets. Ses sujets, qui n'étaient point accoutumés au long séjour de leur prince dans le royaume, étaient éblouis par l'éclat de la présence royale; la nouveauté du spectacle leur inspirait la crainte et la vénération. Les places honorables et lucratives que le prince accorde, sa protection, sa familiarité, un souris, un regard de bienveillance, flattent les sujets et gagnent les cœurs, les nobles étaient venus en foule de tous les coins du royaume pour rendre leurs devoirs â la reine et pour lui donner des marques de leur attachement. Us faisaient tous leurs efforts pour lui dérober le souvenir de leurs fautes passées, et
* Kcïih. Jrwerulix , 92.
lui présenter les espérances d'une conduite plus régulière à l’avenir. Lesamuserocns et l'enjoueinent de la cour, remplie des seigneurs de France les plus accomplis qui avaient accompagné la reine, commençaient à adoucir et à civiliser les nururs grossières de la nation. La beauté et les grâces de sa personne excitaient l’admiration ; l'élégance et la politesse de scs manières attiraient le respect. Tous les agrémens de son sexe étaient accompagnés de plusieurs talens; elle avait fait de grands progrès dans les arts et les sciences, qu'on regardait alors comme de nécessité et d’agrément, et elle les avait poussés beaucoup plus loin que ne le font ordinairement les princes. L'assemblage de toutes ces perfections devenait encore plus séduisant par une politesse cl une affabilité qui, sans déroger à la majesté du trône, s'insinuent dans les ctrurs des sujets, et les entraînent par une espèce d'enchantement.
Par ces considérations, malgré l'aspect effrayant des affaires de l’Écosse à l'arrivée de Marie, malgré les orages qui paraissaient se former de toutes parts , un politique dans ses spéculations n'aurait jamais pu prévoir le sort de son règne ; et quelque penchant qu'il eût aperçu dans la nation pour les soulèvcmens subits, il n’aurait pu prédire la tempête violente et destructive qui s'éleva bicntùt après.
Pendant que les partis différens se disputaient à qui donnerait le plus de marques de respect et d’attachement à la reine, l'esprit de zèle et d’emportement de ce siècle éclata dans une occasion bien remarquable. Le premier dimanche après l’arrivée de la reine, elle ordonna qu'on dit la messe dans la chapelle de son palais. Au premier bruit qui s'en répandit, il s’éleva quelques murmures parmi 1rs protestans qui étaient à la cour. On en vint bientôt aux plaintes et aux menaces. Ceux qui desservaient la chapelle furent insultés et chargés d’injures; et si le prieur de Saint- André n’était pas venu interposer son autorité, les mutins se seraient portés aux plus grands excès
Aujourd'hui que l’état des choses est bien différent, on a peine A concevoir le fanatisme de ces temps éloignés et ce zèle effréné de la nation contre le papisme. La moindre condescendance |K>ur les catholiques romains était regar-
< Knox , m
déc comme un acte d'apostasie; la célébration d'une seule messe était un sujet d'effroi ; l'entrée d'une armée de dix mille hommes dans le pays aurait répandu moins de terreur *. La plupart des protestans, entêtés de ces opinions, étaient sur le point de se |>ortcr à des extrémités dangereuses, et, sans essayer de convaincre la reine par des représentations ou de la ramener par la douceur, ils lui auraient refusé durement la liberté de rendre à Dieu le culte quelle regardait comme le seul qui lui fût agréable, si le prieur de Saint-André et les autres chefs du parti n'avaient arrêté la fougue des esprits. En dépit des murmures du peuple et des déclamations des prédicateurs, ils obtinrent pour la reine et pour ses domestiques le libre exercice de la religion catholique. Environ cent ans après cette époque, lorsque la violence des animosités de religion commençait à se calmer, lorsque le temps et les progrès dans les arts avaient étendu les connaissances de l’esprit humain , la chambre des communes, en Angleterre, refusa à la femme de son roi la permission de faire dire la messe dans l’intérienr de son appartient. On ne peut que donner des éloges à la sagesse et il la modération des chefs des protestans d’Écosse, qui tinrent en cette occasion une conduite bien différente. Mais en même temps, lorsqu’on fait attention à l’esprit d'usurpation et d'intolérance du papisme, on ne peut pas regarder les craintes cl les précautions des réformateurs zélés comme destituées de tout fondement et purement fantastiques.
Cependant les protestans, par cette complaisance pour les préjugés de la reine, obtinrent une proclamation 1 bien favorableà leur religion, la doctrine des réformés était établie par tout le royaume, mais elle n'avait point encore l'appui et la confrmation de l'autorité royale. la reine, en cette occasion , déclara que toute entreprise tendant à altérer ou détruire cette doctrine serait regardée comme un crime capital.
Marie, suivant le plan qui avait été concerté en France, confia l'entière administration des affaires aux protestans. Son conseil était rempli des personnages les plus distingués dans le parti, pas un seul papiste n’obtint auprès d'elle le
1 Knox, *287.
’Oii appelle en Angleterre proclamation , re que nous appelions eu France déclaration du roi.
moindre degré de confiance Le prieur de Saint-André , et Maitland de Lclhington paraissaient avoir le pins de part A l'affection de la reine ; ils avaient tout le crédit et toute la considération de ministres favoris*. Son chois ne |Hiuvait pas tomber sur des personnes plus agréables A son peuple. Par leurs sages avis, Marie se conduisit avec tant de modération et de déférence pour les sentimens de la nation , qu'elle ne |>ouvait manqimp de gagner le cœur de scs sujets3 ; fondement le plus assuré de l'autorité d’un souverain, source unique et véritable de son bonheur cl de sa gloire.
line réconciliation sincère avec Élisabeth était un autre objrt de la plus grande importance pour la reine d’Ëcossc. Elle parut aussi la désirer avec beaucoup d'empressemeat dans les commcnccmens de son administration. Mais divers événemens contribuèrent A éloigner une réunion si désirable. Cc[>endant comme les princes cherchent rarement A se dispenser des formalités de l'amitié, Elisabeth, qui avait entrepris si ouvertement de mettre des obstacles au voyage de la reine en Écosse , ne manqua pas d'envoyer Randolph la complimenter sur son heureux retour. Marie , pour se tenir dans les mêmes termes vis-A-vis d'Élisabeth, envoya Maitland A la cour d’Angleterre, et le chargea de complimens très affectueux pour la reine l Les ambassadeurs furent reçus dans les deux cours avec beaucoup de politesse, et les protestations d'amitié réciproque, faites de part et d’autre avec aussi peu de sincérité , furent reçues avec une égale indifférence.
Cependant ces ambassades ne furent pas une pure cérémonie; les deux ministresétaient chargés d’autres instructions. Randolph fit de nouvelles instances à Marie pour l’engager A ratifier le traité d’Edimbourg; et Maitland essaya d’amuser Elisabeth en faisant l’apologie de sa maîtresse et en cherchant A excuser les retardemens qu'elle apportait dans cette affaire. Ses grandes occupations depuis son arrivée en Écosse, l’importance du point sur lequel on était en contestation, l’absence de quelques nobles avec lesquels elle était obligée par bienséance de délibérer, furent les prétextes allégués pour justifier sa
’Keilti , SW. — ’ Knox , 285. — * Lcsly, 235.
‘ tteilb, 181, etc.
conduite; mais les véritables raisonsélaienl celles dont nous avons déjà fait mention. Cependant pour tirer Marie des embarras où le traité d'Edimbourg la jetait, on l’avait engagée A se relâcher sur un point qu’elle paraissait auparavan' déterminée A ne jamais céder. Elle chargq Maitland de déclarer qu’clleconsentait A renonces A tout droit A la couronne d’Angleterre, du vivant d’Élisabeth et de sa postérité, pourvu que par un acte du parlement elle fût déclarée , A leur défaut, héritière présomptive de ce royaume.
Cette proposition qui paraissait raisonnable A Marie , puisqu’elle s'ôtait par-là tous les moyens de troubler la reine d’Angleterre dans la possession du trône, était néanmoins la chose la plus incompatible avec les intérêts d’Élisabeth , et la plus opposée A la passion qui dominait dans son caractère. Malgré les grandes qualités qui illustrèrent le règne de cette princesse, on aperçoit qu'elle conserva toujours un fonds de jalousie sur son droit à la couronne, et celte passion l'entratna souvent dans des passions basses et peu généreuses. Ce sentiment pouvait être entretenu et fortifié en elle par les circonstances particulières de sa situation, mais il lui venait d'une source plus éloignée. Elle le tenait d'Henri VII, son grand-père , A qui elle ressemblait parfaitement en plusieurs traitsde son caractère. Comme lui elle supporta les doutes et les contestations qui s’étaient élevés au sujet du droit en vertu duquel elle possédait la couronne, plutôt que de se soumettre A l'examen du parlement, ou de tenir de cette assemblée quelque augmentation A ses droits. Comme lui elle observait tous ceux qui pouvaient prétendre à sa succession , nonseulement avec les soins que la prudence exige, mais avec toute l'aversion qu'un esprit soupçonneux est capable de concevoir. L'incertitude où l’on se trouvait alors à l'égard du droit de succession au trône de l’Angleterre, produisait pour Élisabeth les plus grands avantages, soit de la part de scs sujets, soit de celle de ses rivaux. Parmi les premiers , ceux qui avaient dans le coeur l’amour de la patrie, regardaient la vie de la reine comme le gage le plus assuré de la tranquillité de la nation; et ils aimaient mieux reconnaître un titre douteux que de s’engager ! dans des recherches sur un autre titre qui leur était inconnu. Les autres fiottaut dans une l'oit-
tinuellc incertitude, restaient dans sa dépendance, et étaient obligés de lui faire la cour. I,a manière dont elle reçut la proposition indiscrète de la reine d'Ecosse fut telle qu'on pouvait s'y attendre. Elle la rejeta d'un Ion absolu, en déclarant qu'elle était dans la résolution de ne jamais permettre qu’on traitât une matière si délicate.
Vers le même temps Marie fit en grande |K>mpc son entrée à Edimbourg. On n’y oublia rien de ce qui pouvait exprimer le respect et l'affection des citoyens envers leur souveraine. Mais, au milieu de ces démonstrations, le génie et les sentimens de la nation se manifestèrent dans une circonstance, à la vérité peu importante, mais qui mérite d'ètrc remarquée. Il était d'usage alors dans toutes les solennités publiques de donner quelques spectacles. La plupart de ceux qui furent représentés, ne roulaient que sur les peines que le Tout-Puissant avait prononcées contre l’idolâtrie. Pendant que les sujets étaient occupés 4 flatter leur •eine et à l'amuser, ils ne pouvaient s'empècht de témoigner l'horreur qu'ils avaient pour la religion qu'elle professait.
Marie porta scs premières attentions sur la régularité de l'administration de la justice et sur la réforme de la police intérieure du royaume. Les lois qui avaient été faites pour ta conservation de l'ordre public et pour la sûreté des biens des particuliers, étaient à peu près les mêmes en Ecosse que dans tous les autres pays civilisés. Mais la nature de la constitution de l'Ecosse, la faiblesse de l'autorité royale, le pouvoir exorbitant des nobles, la violence des factions et la férocité des peuples, rendaient l'exécution de ces lois faible , irrégulière et sujette à la partialité. Ce désordre était plus sensible dans les comtés limitrophes de l’Angleterre, et les conséquences en étaient plus dangereuses. Les habitons de cette partie de l'Ecosse, sans industrie. sans goût pour le travail , sans aucune connaissance des arts de la paix, ne vivaient que de larcins et de brigandages. Partagés en classes ou tribus confédérées, ils commettaient avec impunité toutes sortes d'excès, ils y attachaient même une sorte d'honneur. Les désordres qui régnaient dans le royaume depuis la mort de Jacques V avaient favorisé celte licence effrénée , et l'avaient portée au plus haut poiut. I es
incursions et les rapines étaient devenues aussi insupportables aux citoyens mêmes qu’aux Anglais. L'humanité exigeait également dans les deux royaumes que ces outrages fussent réprimés et punis. Le prieur de Saint-André fut choisi pour cette fonction importante. On lui donna à cet effet des pouvoirs très étendus et 1» litre de lieutenant de la reine.
Lorsqu'on est accoutumé à un gouvernement régulier , on ne peuflpas voir sans étonnement les préparatifs qui se firent pour exécuter cette commission. Ils forent tels, qu'on n’aurait rien fait de plus dans ces temps de barbarie où les sociétés étaient encore dans toute leur imperfecl ion. Les francs-tenanciers d'environ onze comtés furent mandés avec leurs vassaux armes de pied en cap, pour venir assista r le lieutenant dans les fonctions de son office , et cet appareil avait beaucoup plus l'air d'une expédition militaire que d'uu procédé d'une cour de justice Le prieur exécuta les ordres de la reine avec ce courage et cette prudence qui lui avaient acquis une si grande réputation parmi ses concitoyens. L’n grand nombre de coupables subirent la peine duc à leurs crimes , et la justice rendue avec rigueur et sans partialité, rétablit l'ordre et la tranquillité dans cette partie du royaume.
Il parait que pendant l'absence du prieur de Saint- André, les chefs de la faction contraire avaient fait quelques démarches |>our s'insinuer dans les bonnes grâces de la reine et gagner sa confiance1. Mais l’archevêque de Saint-André, le personnage le plus expérimenté du parti , et le plus adroit en politique , fut reçu peu favorablement à la cour. Quelque partialité que la reine eût en secret pour ceux qui faisaient profession de sa religion , elle ne marqua alors aucun désir de changer l'administration des affaires et de la mettre en d’autres mains.
1 J froide réception de l'archevêque de Saint- André fut occasionée par ses liaisons avec la maison d'Hamilton, pour laquelle la reine avait beaucoup d'éloignement. Les princes voient rarement leurs successeurs sans défiance et sans jalousie. De plus, ses oncles, le duc de Guise et le cardinal de Lorraine, ne pouvaient oublier le zèle avec lequel le duc de Chatcllerault et son fils, le comte d'Arran, avaient épousé le parti de
'Kii;h, l «. -’/but , m.
ta congrégation. D'un autre côté, le prieur de Saint-André craignait le duc de Chateilcrault , qu’il regardait comme un rival de son autorité. Tontes ces circonstances réunies avaient inspiré à la reine une grande aversion pour cette famille. Le duc de Chateilcrault se livrant à son goût pour la retraite, vivait éloigné de la cour, sans se donner aucun soin pour se mettre en faveur, et le comte d’Arran poussait l'imprudence à un point impardonnable. Il aspirait ouvertement à épouser la reine, et il fut le seul noble de distinction qui s’opposa 5 ce qu’on accordât à cette princesse l’eiercice de sa religion. Il osa même faire à ce sujet des protestations publiques, et il perdit ainsi tout crédit auprès de Marie'. Dans le même temps le penchant de son père pour l’économie et même pour une épargne sordide, mettait le comte dans la nécessité ou de se cacher nu de se montrer dans un équipage peu convenable â la dign ité de premier prince du sang, et qui s'accordait peu avec les hautes prétentions d’u n homme qui adressait ses vœux à la reine *. Son amour enflammé par les obstacles , ses empressemens aigris par l'indifférence , altérèrent peu à peu sa raison , le portèrent à mille extravagances , et le conduisirent par degrés â une véritable frénésie.
Vers la fin de cette année , on tint une assemblée des états, qui avait principalement pour objet les affaires de l'église. L’assemblée du clergé, qui se tenait dans le même temps , présenta une requête contenant plusieurs demandes relatives à la destruction du papisme , â l’encouragement de la religion protestante , et aux dispositions nécessaires pour fournir à l’entretien des ecclésiastiques3. Ce dernier point était de la plus grande importance, et je crois devoir entrer dans le détail des mesures qu’on prit à ce sujet.
Le nombre des prédicateurs protestans était considérablement augmenté; cependant on en manquait encore dans bien des endroits du royaume. La loi n’avait rien ordonné pour leur entretien , et ils n 'avaient jusqu’alors tiré qu’une subsistance modique et précaire de la bienveillance des peu pies. Souffrir que les ministres d'une église établie restassent dans cet état de dépen-
1 Keith . 201 . a)f Km» . 28(1. — > Krilb, 103.