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dance et de pauvreté , aurait été une indécence qui répugnait également aux principes de la religion et aux maximes d'une saine politique. On aurait justifié par-là les imputations des ennemis de la réfbrmation , qui taxaient les prntestans d'avarice. Les revenus de l'église romaine étaient le seul fonds sur lequel on pouvait assigner l’entretien des ministres de la nouvelle religion ; mais pendant les trois dernières années , l’état de ces biens avait souffert une grande altération. La plupart des abbés , des prieurs , et autres chefs des maisons religieuses, avaient abjuré les erreurs du papisme, soit par le sentiment du devoir, soit par des vues d'intérêt ; et malgré leur changement de doctrine , ils avaient gardé les revenus dont ils jouissaient auparavant. Presque tout l’ordre des évêques et plusieurs autres prélats étaient restés attachés aux superstitions romaines ; et quoiqu'ils fussent destitués de toutes fonctions, quant au spirituel , ils continuaient à jouir du temporel de leurs bénéfices. Quelques laïques , et particulièrement ceux qui avaient mis le plus d’activité dans les progrès de la réformation , s’étaient emparés , sous différons prétextes et parmi la licence des guerres civiles, des biens qui appartenaient à l’église. Ainsi, avant que d'appliquer quelque partie des anciens revenus ecclésiastiques à l’entretien des ministres protestans , il fallait concilier bien des intérêts divers , examiner bien des prétentions, ménager les passions et les préjugés des deux partis opposés, et celte affaire demandait à être maniée avec beaucoup de délicatesse. Après bien des débats, on convint d'un plan, à la pluralité des voix , et le clergé papiste même y donna son consentement. On ordonna qu'il serait fait, dans tout le royaume, un état exact de la valeur des bénéfices ecclésiastiques; ceux qui en étaient actuellement pourvus, furent maintenus en possession , â quelque parti qu’ Is fussent attachés; on leur laissa pour leur usage les deux tiers de leurs revenu* ; le reste fut appliqué S la couronne, et sur cet excédant la reine se chargea d'assigner une subsistance honnête au clergé protestant b
Comme la plus grande partie des évêques et quelques autres prélats restaient toujours fortement attachés à la religion romaine , on pouvait
1 Keith , Upprnd. 175. Kuux, 11M.
104 HISTOIRE i
attendre du zèle des prédicateurs , et de l'esprit cpii avait jusqu'alors animé la nation , qu'on se porterait plutôt à la destruction totale des catholiques qu'à un acte de tolérance si extraordinaire. Mais les opérations qui n'avaient rapport qu'à la religion étaient traversées par d'autres principes. Le zélé pour la liberté et l’amour des richesses , passions extrêmement opposées , concoururent à déterminer les protestons à se prêter à un arrangement . si manifestement opposé aux maximes qui avaient jusqu’alors fait la régie de leur conduite.
Si les réformes avaient continué à agir d'une manière irréprochable , et s'ils avaient voulu n'admettre dans l'église aucune distinction , les revenus immenses attachés aux dignités ecclésiastiques ne pouvaient pas avec justice être laissés entre les mains de ceux qui les possédaient ; on aurait dû , ou les distribuer au clergé protestant qui remplissait toutes les fonctions ecclésiastiques, ou les remettre à la reine . puisque la plus grande partie de ces biens venait de la libéralité de scs ancêtres. Le premier arrangement , plus analogue à l'esprit de la religion qui régnait parmi le peuple, était sujet à beaucoup d'inconvéniens. l-n part que les ecclésiastiques papistes avaient acquise dans les propriétés de la nation , excédait de beaucoup la proportion qui convenait à l'avantage du royaume ; et les nobles s'étaient déterminés à remédier àee mal, en empêchant que ces vastes possessions ne retournassent entre les mains de l'église. le second expédient ne demandait pas moins de précaution , et mettait la constitution de l'état dans un péril évident. Les prérogatives accordées aux rois d'Écosse, circonscrites dans des bornes très étroites , étaient encore pour les nobles un objet de jalousie. Si les nobles avaient permis à la couronne de s'emparer des dépouilles de l’église , cet accroissement de propriété aurait été accompagné d'une augmentation de pouvoir qui aurait élevé la puissance royale au point de n'écouler aucune remontrance , et qui du prince de l'Europe le plus limité en aurait fait le monarque le plus absolu et le plus indépendant. Le règne d'Henri VIII en offrait un exemple tout récent et très capable d’alarmer. I,es richesses que ce prince accumula , en supprimant les monastères, lui firent changer scs maximes de gouvernement, et changèrent même le fonds de son
caractère. Il avait auparavant de la déférence |H>ur son parlement , et il était jaloux de l'amour de son peuple; il dicta alors des lois à cette auguste assemblée avec une arrogance insoutenable; il tyrannisa scs peuples avec une durc'é qu'on ne lui connaissait point ; et si les vues politiques de ce prince avaient été plus étendues , s'il n'avait point dissipé avec profusion les biens qu’il avait rassemblés avec tant d'avidité, s'il n'avait point déconcerté par-là ses projets ambitieux, il aurait introduit le despotisme en Angleterre, et il l’aurait établi sur des fondrmens si solides, que ses sujets, avec tous leurs efforts, ne seraient jamais parvenus à les ébranler. En Écosse,’ où les biens du clergé étaient dans la même proportion avec les richesses du royaume, l'acquisition des terres de l’église n’aurait pas été d'une moindre importance [iour la couronne, ni moins fatale à l'aristocratie. Ce fut par cette raison que les nobles évitèrent de donner un tel accroissement à l'autorité royale, et assurèrent ainsi leur indépendance.
L'avarice eut part aussi à la conduite des nobles, et les porta à soutenir avec tant de chaleur les intérêts de leur ordre. Ia réunion des possessions de l'église à la couronne, ou le don qu'on en aurait fait au clergé protestant, aurait port»4 un coup fatal , tant au nobles qui s'étaient emparés par la fraude ou à force ouverte de ces revenus, qu'aux abbés et prieurs qui avaient absolument renoncé à leurs dignités ecclésiastiques. Mais comme le plan qui avait été proposé donnait un air de légitimité à leur usurpation, ils l'adoptèrent avec empressement , et ils le soutinrent de tout leur crédit. Les ecclésiastiques papistes , malgré le chagrin qu’ils avaient de se voir privés de leurs revenus, consentirent à sacrifier une partie de leurs possessions pour s'assurer du reste; et après s'être vus sur le point de tout perdre , ils regardèrent comme un gain ce qu'ils purent conserver. La plupart des anciens prélats étaient de familles nobles; et comme iis avaient perdu toute espérance de relever la religion romaine, ils aimaient mieux voir leurs familles enrichies des dépouilles de l’église, que de les laisser passer à la couronne ou au clergé protestant. Ils toléraient par celte raison ces usurpations des nobles; ils les aidaient même à satisfaire leur avidité, et ils les favorisèrent jusque dans les voies de fait qui furent employées.
Ils faisaient trafic du patrimoine de l'église et le distribuaient à leurs parens; le don qu’ils faisaient des biens ecclésiastiques , des baux à perpétuité des dîmes et des terres de l'église, paraissait justifier leur puissance excessive , et donnait un air de légitimité à leurs usurpations. On voit encore des vestiges de ces sortes d’aliénations1. Les nobles, soutenus par les prélats , faisaient tous les jours de nouvelles entreprises , et enlevaient peu il peu aux ecclésiastiques leurs revenus les plus considérables et leurs plus riches possessions. Ce tiers même qui avait été accordé pour apaiser les clameurs du clergé protestant , et pour donner à la couronne quelque équivalent de ses prétentions, fut réduit A une somme peu considérable. Les nobles les plus puissans , et particuliérement ceux qui avaient embrassé la réforme, furent presque tous déchargés de la partie de cette contribution de tiers qui leur était assignée. Les autres, en produisant des baux falsifiés, en estimant audessous de leur valeur le blé et les autres denrées |>ayables en nature , et en corrompant les receveurs, diminuèrent considérablement leurs charges*. Ainsi le# nobles avaient grande raison d’être satisfaits d'un expédient qui leur assurait à si peu de frais de si vastes possessions.
Le clergé protestant ne fit pas non plus un gain fort considérable A ce nouveau règlement. Il éprouva qu’il est plus aisé d'allumer le zèle que d’éteindre l’avarice. Ces mêmes hommes sur qui ils avaient autrefois une autorité absolue et une espèce de domination étaient devenus sourds A toutes leurs remontrances. Le prieur de Saint-André, le comte d’Argyll , le comte de Morton et Maitland, tous chefs les plus zélés de la congrégation, furent nommés pour assigner, ou, A proprement parler, pour modifier les honoraires du clergé. On assigna cent marcs d’Écosse A la plus grande partie des ministres protestans; quelques-uns, mais en petit nombre , en obtinrent trois cents 3. Environ vingt-quatre mille livres d’Écossc firent la totalité de la somme accordée pour l’entretien d’une église nationale établie par la loi, et regardée dans tout le royaume comme la véritable église de
1 Keith , 507. SpoUwnod ,175.
* Keith, Append. , 188. Spouwood, 183
* Kiwi, 301.
Dieu ’. Celte somme fut même payée avec |>cu d’exactitude, et les ministres furent toujours tenus dans le même état de iiauvrcté et de dépendance.
La douceur de l’administration de Marie et l'élégance de sa cour avaient en quelque manière modéré la férocité des nobles, et leur avaient inspiré plus de bienséance et d'humanité. D'un autre côté , la présence cl l’autorité de la reine tenaient en bride les factions et l'esprit de révolte. Mais comme le bon ordre et la tranquillité ne sont pas des choses naturelles dans un royaume féodal aristocratique , ils ne furent pas de longue durée, et cette année fut remarquable par une éruption terrible de discordes et d’animosités intestines.
Au milieu d’une noblesse nombreuse et indépendante, un monarque ne podVait avoir qu'une faible autorité, et sa juridiction ne pouvait avoir ni étendue ni sévérité. Des intérêts opposés, l’étal incertain des propriétés, des soulèvemens fréquens , la férocité des mœurs , avaient jeté parmi les familles des grands des semences de querelles et de dissensions, qui n’étaient jamais décidées par les lois, mais toujours par des voies de fait, ainsi que nous l’avons déjà observé. lin baron offensé , sans avoir recours au monarque, sans vouloir reconnaître l'autorité du souverain, assemblait ses propres vassaux , et entrait aussitôt A main année sur les terres de son ennemi. Chaque noble, en laissant A ses descendans ses biens et ses honneurs , leur transmettait toujours quelque querelle héréditaire, et sa postérité se faisait un point d’honneur de l’adopter , de la poursuivre, et de perpétuer celte haine invétérée.
Une inimitié de cette espèce existait entre la maison d'Hamillon et le comte de Bothwcll , et elle s’était considérablement accrue par des hostilités réciproques, pendant les derniers soulèvemens *. lorsqu'il arrivait au comte d’Arran et au comte de Bothwcll de se trouver de garde en même temps , les gens de leur suite prenaient querelle très souvent dans les rues d’Édimbourg, et excitaient dans celle ville des séditions dangereuses. A la fin, leurs amis, et particulièrement Knox, vinrent A bout de né-
* Keith, Appt tut., 188.
* Kciüi , Jppauiix, 215.
HISTOIRE D'ECOSSE
goticr une réconciliation, niais «|ui fui fatale à ces deux seigneurs *.
Quelques jours après ce raccommodement, le comte d'Arran vint trouver Knox et ensuite le prieur de Saint-André , et il leur déclara . avec l'air de la confusion et du plus grand effroi, que Bolhwetl et les liamilton, pareils de ce comte, avaient formé le complot d’assassiner le prieur de Saint-André, Mailland et les autres favoris de la reine, [huit s'emparer ensuite de toute la direction des affaires, la- duc de Chatellerault regardait le prieur comme un rival qui l'avait supplanté auprès de la reine, qui s’était rmparé du timon de l'état, et qui occupait une place que le duc croyait lui appartenir en sa qualité de premier prince du sang. la1 comte de Hothwel! n'était pas moins ai|;ri contre le prieur, it l'occasion des injures qu’il en avait reçues (tendant les derniers soulévemcns. Cependant la contrariété des historiens et la défectuosité des archives mettent dans l'impossibilité de déterminer si réellement Bothxvell et les Hamillon voulurent cimenter leur nouvelle union par l'effusion du sang de leur ennemi commun, nu bien si cette conspiration n'existait que dans l'imagination échauffée du comte d’Arran. Au reste, des hommes aigris par leurs ressentimens. et prompts à se venger, avaient pu se permettre quelques expressions inconsidérées, proposer des moyens violens et criminels; et sur ce fondement , le comte avait peut-être fabriqué tout l'édifice de cette conspiration. Toutes les personnes accusées nièrent le crime avec la plus grande confiance; mais le caractère des liommes de ce siècle, l'esprit d'emportement qui dominait alors, donnaient un air de vérité à cette accusation, et justifièrent pleinement la conduite du ministre de la reine, qui confina ISothwell, Arran et quelques autres de ces factieux dans des prisons séparées, et qui obligea le duc de Chalelleraull de rendre la forteresse de Dunbarton, que le duc avait gardée depuis qu’il s'était démis de l'office de régent *.
Les desseins du comte de Hunlly contre le prieur de Saint-André étaient couverts d'un voile plus épais , et produisirent des événemens plus mémorables et plus tragiques. George Gordon, comte de Hunlly, avait trempe dans la
: kimx , 3C à. — 1 Kuoï , 3üt, 308. kculi, 202.
conspiration des nobles contre Jacques III , et comme il avait été un de ceux qui jiortèrcnl Jacques IV sur le trône, il avait eu beaucoup de part à la confiance de ce prince généreux ■. I.i famille du comte, déj fi riche et puissante, obtint du roi un grand accroissement de biens et d'autorité. Après la mort de ce monarque , Alexandre, comte de Hunlly, successeur de George, ayant été frit lord-lieutenant dans Unis les comtés au-delà du Forlh, laissa les autres nobles se disputer les charges de la cour, et , se retirant dans le nord , oft les biens et son crédit se trouvaient réunis, il y fixa sa résidence; il y tranchait du prince et y affectait l'indépendance. Les autres nuhlrs de cette partie du royaume redoutaient la domination naissante de ce voisin dangereux, mais ils n'étaient point en état de s'opposer à ses entreprises. Il vint à bout de ruiner une partie de ses rivaux par des manoeuvres sourdes, et il soumit les autres à force ouverte. Scs biens excédaient ceux de tous les autres sujets, ses juridictions s'étendaient sur plusieurs comtés du nord. Avec celle immensité de pouvoir et de possessions, sous le gouvernement faible de deux longues iftinorités, (tendant les désordres des guerres civiles, les comtes de llunily auraient pu porter au plus haut point leurs vues et leurs espérances. Mais heureusement pour la couronne, l'esprit actif et en I reprenant n'était pas le caractère de cette famille, cl quel que fût l'objet de leur ambition, ils préféraient d’y parvenirpar l’adresse et par la politique, plutôt que de s'en emparer ouvertement et par la force des armes.
Dans ce siècle où l'irrésolution, l'inconstance et la ruse étaient le génie dominant , la conduite de George, comte actuel de lluntly, pendant les derniers troubles, avait toujours été conforme à l'esprit de sa famille. Tant que le succès des lords de la congrégation fut incertain, il assista la reine régente dans les entreprises qu'elle forma pour les détruire, lorsque les affaires des protestons prirent une tournure pins favorable, il fit semblant de se réunir avec eux, mais il ne fut jamais attaché sincèrement à leur parti. Il était également craint et recherché par les catholiques et les protestans. Les uns et les autres favorisaient scs usurpations dans le nord. Il sa-
1 Grjwf officers ot State , 36.
11ÔG2J
vnit employer alternativement et à propos l’art cl la force , et il augmentait chaque jour les richesses et l'autorité exorbitantes qu’il possédait.
la: comte de Huntly voyait avec la plus grande jalousie et le plus grand chagrin les progrès de la réputation et de l'autorité du prieur de Saint-André , et il le regardait comme un rival qui avait usurpé sur l'esprit de la reine la confiance que le comte croyait lui appartenir à plus juste titre, A cause du zèle qu'il avait marqué pour la religion romaine. Des injures personnelles augmentèrent bientôt la mésintelligence ocrasionée par la rivalité de puissance, lai reine ayant résolu de récompenser les services du prieur de Saint-André en l'élevant au rang de comte, lui assigna Mar comme le lieu dont il prendrait le titre; et pour qu’il fût plus en état de soutenir sa nouvelle dignité, elle lui donna en même temps les pays compris sous cette même dénomination. Ces pays faisaient partie des domaines de la couronne1, mais on avait accordé la possession aux «mîtes de llunlly pour quelques années2. 1.c comte se plaignit , et avec quelque raison, de la perle qu’on lui faisait souffrir, et il conçut en même temps de vives alarmes et très bien fondées, de voir qu’on lui envoyait dans le cu'ùr de scs terres un voisin formidable qui serait en état de balancer son autorité, et d’encourager ses vassaux opprimés à secouer le joug.
l’n aceidentqui arriva peu de temps après, fortifia et confirma les soupçons du comte de Iluntly. Le chevalier Jean Gordon, son troisième fils, et le lord Ogilvie eurent une dispute au sujet de la propriété d’un bien. Ce démêlé dégénéra bientôt en une querelle fatale. Malheureusement ces deux seigneurs, suivis l’un et l’autre d’un nombre de gens armés, se rencontrèrent dans les rues d'Édimbourg. Le combat s'engagea, et le lord Ogilvie y fut dangereusement blesse1 par le chevalier Jean Gordon. I.es magistrats firent arrêter les délinquans, et la reine ordonna qu'ils fussent resserrés fort étroitement. Dans tout gouvernement régulier, une telle infraction à l’ordre et à la paix publique aurait exposé les coupables à quelque punition. Il était alors encore plus nécessaire d'user de rigueur, j>our venger l’autorité de la reine de l’insulte la
1 tira»! Pcer,‘i)7. — ' Bucbau., 331.
plus odieuse qui lui eût été faite depuis son retour en Laisse. Mais dans un siècle accoutumé à la licence et A l’anarchie, cet ordre d'emprisonner les coupables, exercice d’autorité très modéré, fut regardé comme un acte de sévérité insupportable, l-es amis de chaque parti commencèrent par convoquer leurs vassaux et autres gens de leur dépendance, pour suspendre ou empêcher le cours de la justice1. Cependant Gordon trouva le moyen de s'échapper de sa prison, se réfugia dans la province d’Aberdeen, et là, se répandit en plaintes amères sur l’indignité avec laquelle il avait été traité. Comme toutes les actions de la reine étaient alors imputées au comtede Mar, cet événement fortifia considérablement la haine que Huntly avait conçue contre ce seigneur.
Dans ce même temps, où les passions fermentaient avec tant de violence dans les esprits du comte de Huntly et de sa famille, la reine se mit en chemin pour visiter les parties septentrionales du royaume , et elle y fut accompagnée par les comtes de Mar et de Morton, Maitland et les autres chefs du parti. La présence de la reine dans un pays oû depuis bien des années on ne connaissait point de nom plus révéré que celui du comte de Huntly, ni d’autorité supérieure à celle qu’il y exerçait, était un événement bien capable par lui-même de blesser infiniment la fierté de ce seigneur hautain. Mais de plus, tant que la reine se gouverna par les seules impulsions du comte de Mar, toutes les actions de cette princesse furent toujours mal interprétées et regardées comme autant d'injures. Mille autres circonstances pouvaient ainsi concourir à réveiller la jalousie de Huntly, à blesser son orgueil, à enflammer ses ressentfmens. L’effervesecnce de ces passions violentes devait nécessairement 'produire quelque éclat.
A l'arrivée de Marie dans le nord , Huntly chargea sa femme de travailler à apaiser la reine, et d'intercéder auprès d’elle pour obtenir le pardon de leur fils. Personne n'avait plus de liant dans l’esprit, plus de dextérité que la comtesse de Huntly , et n'était plus capable de se bien acquitter de cette commission. Cependant elle ne put rien gagner sur l’esprit de la reine,
1 Kciib , 223.
10S IIISTOIRK
qui ré|tondit affirmativement qu'il fallait que Gordon se remit lui-même entre 1rs mains de la justice, et qu'il eût recours à sa clémence. Gordon y était déterminé , cl lorsqu’il reçut les ordresde la reine pour se rendre au château de Slirlinjî, il déclara qu’il était prêt â obéir à ses commandcmens. la1 lord Erskinc, oncle du comte de Mar, était alors|;ouverncurde cette forteresse, la sévérité de la reine, et la place qu’on avait choisie pour la prison de Gordon , furent interprétés par les Gordon comme de nouvelles preuves de la haine du comte de Mar, et augmentèrent encore leur aversion contre ce ministre.
Cependant le chevalier Jean Gordon se mit en marche vers Stirling ; mais au lieu d’exécuter la promesse- qu’il avait faite â la reine , il s'échappa de ses (perdes et alla se mettre â la tète de ses vassaux, qui avaient pris les armes dans tout le nord. .Sou père avait fait ces dis|>ositions pour assurer et soutenir le coup qu’il méditait en secret pour faire tomber d’un seul coup les têtes de Mar, de Morton et de Maitland, scs principaux adversaires. Le temps et te lieu avaient souvent été désignés pour l'exécution de cet horrible furfait. Il manqua par une de ces circonstances merveilleuses, par un de cesévéncmens imprévus, que la Providence a tant de fois suscités (Miur porter l’effroi dans le cœur des assassins, et pour déconcerter leurs projets *. la maison du comte de llunlly â Stratlibogic était le dernier endroit qu’on avait fixé, et le théâtre le plus commode pour donner ce spectacle d’horreur. Comme la reine s'y acheminait, elle apprit dans sa marche la fuite et la révolte du jeune Gordon. Dans les premiers transports de son indignation, elle refusa d’entrer dans la maison du père d’un rebelle, et parce! heureux essor de son ressentiment, elle garantit ses ministres de leur perte inévitable 2.
Le comtcde llunlly, déchu de ses espérances, privé , par le mauvais succès de son entreprise, des moyens de ce venger en secret, se précipita ouvertement dans la rébellion. Comme la reine ne se conduisait que par les conseils des rivaux du comte, il ne pouvait pas travailler â leur perte sans manquer au serment de fidélité qu’il avait fait à sa souveraine. Lorsque la reine arriva â
' Keith, 230. — * Kihjx , 318.
D ÉCO SSE. llôfi-1
Inverties*, l’officier qui commandait dans le château lui en ferma les |torles par les ordres de IIuntly.ElIe fut obligéede loger dansla ville, qui était ouverte et sans défense, et elle y fut bientôt entourée d’une multitude de vassaux du comte de llunlly'. I.a reine, qui avait une suite peu nombreuse, tomba dans la plus grande consternation. Elle s'attendait â chaque instant à voir avancer les rebelles, et il y avait déjà des vaisseaux commandés sur le rivage pour lui assurer sa retraite. La fidélité des Montrozes, des f'razcry, des Markintnshcs, et de quelques autres Iribuç voisines qui prirent les armes pour sa défense, la tira de ce danger. Elle se trouva même en état avec leurs secours, de forcer le château de se rendre, et elle fit subir au gouverneur la peine que son insolence méritait.
Cet acte de désobéissance auquel llunlly s’était porté sans aucun déguisement , lui attira de la part de la reine des traitemens plus rigoureux qu’il n’en avait encore éprouvé, le lord Erskine ayant formé des prétentions sur le comté de Mar, Stuart s’en démit en sa faveur, et la reine donna aussitôt à ce dernier le titre de comlede Murray, avec tous lesbiens attachés â cette dignité et qui étaient depuis l’année- 1548 en la possession du comte de llunlly-'. la- comte jugea par-lâ que sa famille était dévouée à la destruction. 11 craignit de se voir dépouillé peu à peu de ccs biens qu'il avait obtenus pour récompense de scs services , et que la couronne avait accordés par reconnaissance â lui-même et â scs ancêtres. Alors il ne cacha plus ses desseins, et dans la crainte que la reine ne publiât , contre lui un édit , il prit ouvertement les armes. Au lieu de remettre les places fortes que la reine lui redemandait , les vassaux du comte dispersèrent ou taillèrent en pièces tous les partis qu'on avait envoyés pour en prendre jtossession 3. llunlly lui-même s’avança avec un corps de troupes considérable vers Aberdeen , oû la reine était retournée, et il répandit l’effroi dans sa petite cour. Le nouveau comte de Murray n'avait qu’une poignée de monde en qui il pût avoir quelque confiance '. Pour former une espèce d’armée, il fui obligé d’avoir recours aux barons voisins : mais comme presque tous , ou
1 Grawf. oFfierr» nf Sia:r. — * Gravvf t'rcr , .1 .0
1 Knm , 319. — ‘ Kciili, 230
[I.îCÎ]
Favorisaient les desseins de Ilunlly, ou bien étaient dans sa dépendance, il ne pouvait en attendre ni service réel ni véritable affection.
Cependant Murray, qui n'aurait rien gagné dans le retardement, se mit à la tète de ces troupes et marcha hardiment <1 l'ennemi, qu'il rencontra à Corrichie dans un poste très avantageux. Il commanda à ses associés du nord de commencer sur-le-champ l’attaque. Mais au premier mouvement que fit l’ennemi, ces traîtres tournèrent lâchement le dos. Les gens du comte de Iluntly jettent aussitôt leurs piques, rompent leurs rangs, mettent l'épée à la main , et s'abandonnent â la poursuite des fuyards. Ce fut alors que le comte de Murray donna des preuves et d'un courage intrépide et de la conduite la plus prudente. Il tint ferme sur un tertre élevé avec un corps peu nombreux , mais composé de gens fidèles , et reçut l'ennemi avec une fermeté à laquelle il ne s’attendait point. Les épées larges des montagnards ne sont pas des armes faites pour se mesurer avec les piques des Écossais. On avait reconnu la supériorité de ces piques dans tous les temps de troubles , et elles avaient toujours décidé le sort des batailles. Dans cette occasion , l’attaque irrégulière des troupes de Iluntly fut aisément repoussée par le bataillon ferme et serré du comte de Murray. Les troupes de Murray, qui avaient d'abord pris la fuite , voulant effacer leur honte aux yeux de ceux pour qui la victoire sc déclarait, chargèrent 1rs gens de Iluntly sans leur donner le temps de se remettre du désordre occasioné par celte résistance imprévue , et rendirent leur déroute complète. Iluntly lui-mème, qui était extrêmement gros , fut renversé , foulé aux pieds , et trouvé mort dans la poursuite des fuyards. Ses fils, les chevaliers Jean et Adam furent pris, et Murray retourna triomphant à Aberdeen avec ses prisonniers.
la; procès fut bientôt fait à des rebelles pris les armes â la main contre leursouveraine. Trois jours après la liataille, le chevalier Jean Gordon fut décapité â Aberdeen. On pardonna â son frère Adam à cause de sa jeunesse. Le lord Gordon , qui avait eu connaissance des desseins de son père , fut pris dans la partie méridionale du royaume , jugé et déclaré coupable de trahison , et il n'écliap|>a au supplice que par la clémence de la reine. I/C premier parlement qui
se tint , procéda contre celle famille , qui était fort étendue , dans toute la rigueur des lois , et réduisit sa puissance et sa fortune au plus bas état '.
1 La conspiration du comte de Iluntly est un des faits les plus compliqués et les plus embrouillés de l'histoire d'Ecosse. Comme cet événement ne regardait que l'intérieur de ce royaume, et que l’Angleterre y prit peu d’intérét . on ne trouve qu'uu petit nombre de papiers originaux 5 ce sujet dans la collerlion de Cecil , qui est la source où l'on peut puiser le plus de lumière et d'instruction pour le* affaires de ce temps.
Buchanan prétend que Marie avait alors formé le dessein de perdre Murray, et qu’elle s’était servie, à cet effet, de la puissance du comte de Iluntly. Mais la manière dont il rapporte toutes les circonstances de cet événement a si peu l’air de vérité et même de probabilité , qu’elle ne mérite pas une grande discussion. L'autorité de la reine n'était pas assez bien établie , et il ne paraît pas qu’elle fût portée à exercer aucun acte de violence contre le comte de Murray, son frère naturel.
On a formé deux conjecture* pour donner l'explication de ce fait. Mais elles me paraissent également dénuées de toute apparence de vérité.
On a dit que le voyage de Marie dans le nord était un projet concerté par Murray pour perdre le comte de Iluntly. 1° Huntly avait presque toujours été à la cour depuis le retour de la reine. Keith, 1U8. Appcntl ., 175, etc. C’était le véritable endroit où l’on aurait pu aisémeut ne saisir de sa personne. Aller l'attaquer dans la province d'Aberdeen , le siège de son autorité, et ail milieu de scs vassaux , c'était uu projet également insensé et périlleux. 2° Marie n’avail pas un corps de troupes assez considérable pour agir contre Iluntly à force ouverte. I a suite de la reiue n'était pas plus nombreuse qu'à l’ordinaire dans les temps delà plus grande tranquillité. Keith, 230. 3° On a encore deux lettres originales au sujet de celle conspiration, l’une de Kandolph , résident d’Angleterre, l'autre de Maiiland, toutes les deux adressées à Cecil. Elles font mention des menées de Iluntly comme d'une trahison notoire. Randnlphe y parle de plusieurs entreprises formées par Iluntly pour assassiner Murray, etc. Il n’y donne avis d'aucune entreprise préméditée par les ministres de Marte pour perdre Iluntly et sa famille. St ce projet avait jamais existé, il était du devoir de Raudolph de le pénétrer, et Maitland n'aurait point voulu en faire mystère au ministre d'Angleterre. Keith, 229, 232.
On a encore supposé que le comte de Huntly avait formé le projet de se saisir de la personne de la reine, et de ses ministres , mais c’est une chose qu’il n’est pas plus aisé de prouver. 1° A l'arrivée de la reine dans le nord, il travailla sincèrement à gagner les bonnes grâces de la reine et à obtenir le pardon de son fils. Knox , 318. 2° Il alla trouver ta reine, premièrement à Aberdeen, ensuite à Rotbemai ; et il n'aurait pas osé s'y risquer s’il avait tramé quelque trahison. Knox , 318. 3° lies irrésolutions de Iluntly , sa conduite chancelante, marquaient plutôt un homme déconcerté par un danger imprévu qu’un homme exécutant un plan formé depuis longtemps. 4° Les personnes les plus considérables de sa tribu se soumirent à la reine, et crurent devoir, pour
Comme la chute de lluntly est un des événemens les plus importans de celle année , je n’ai pas cru devoir en interrompre la narration par le récit de faits moins considérables, et dont il est également à propos de donner actuellement le détail.
Au commencement de l'été, Marie, qui désirait de lier avec Élisabeth une correspondance et une familiarité plus étroites, chargea Maitland de lui demander une entrevue en quelque endroit du nord de 1'Anglrterrc. Comme la proposition ne pouvait pas être rejetée avec bienséance, on convint aussitôt du temps, du lieu et des circonstances de cette visite. Mais Élisabeth avait trop de prudence pour laisser venir dans son royaume une rivale qui la ternissait par l’éclat de sa beauté, par les grâces de sa personne, et qui la surpassait d'ailleurs infiniment dans tout l’art de captiver les esprits et de gagner les cœurs. -I.a reine d'Angleterre remit doncâ un autre temps celte entrevue ', sous préleste des affaires importantes qui la retenaient â lamdrcs, et de l’obligation où elle était de donner toutes ses attentions aux guerres civiles de France. Elle dérola ainsi à ses sujets la présence de la reine d'Écosse , dont elle redoutait, et avec quelque raison, les charmes et les attraits séduisaus.
I>e clergé s’assembla deux fois pendant celte année. On y porta chaque fois de grandes plaintes au sujet de l’état de pauvreté et de dépendance dans lequel l’église se trouvait. Il s'éleva bien des murmures contre la négligence et l’avarice de ceux qui avaient été chargés du recouvrement et de la distribution des fonds médiocres qui avaient été assignés pour l'entretien des prédicateurs3. On présenta, mais sans aucun succès, â la reine, une requête pour demander le redressement de ces griefs. On ne devait pas
leur sûreté, obéir â ses commandement. Keitb, 226. Si te comte eût précédemment formé le projet de prendre te* armes contre la reine, et défaire arrêter scs ministres, il est à présumer qu’il en aurait fait part à scs principaux vassaux, et qu’ils ne l'auraient pas abandonné comme ils le firent.
G'rst par ces considérations que j’ai, d’une part, disculpé le comte de Murray d’avoir jamais eu de dessein formé de perdre la famille de Gordon ; et que, d’un autre côté , j’altriliuc les excès du coinie de lluntly aux premiers transports de sou ressentiment , sans l'accuser d’avoir prémédité aucun projet de rébellion.
* K eu li , 21 G. — 1 Knox ,312, 323.
non plus s'attendre que la reine marquât beaucoup d'empressement à se rendre â de telles représentations. Scs ministres, quoique protestans zélés, s'étaient eux-mémes enrichis des dépouilles de l'église, et ils étaient par celte raison peu sensibles à t'indigence et aux demandes de leurs frères.
11 y avait déjà près de deux ans que Marie était veuve. I-a douceur de son gouverne ment lui avait gagné les cours de tous ses sujets. Ils désiraient son mariage avec impatience, et ils formaient des vœux pour voir la couronne établie dans la descendance directe de leurs anciens monarques. I j reine était la femme de son siècle la plus aimable et la plus accomplie. La répulalion de ses talens, soutenue des circonstances favorables de la possession d’une couronne, et de l’espérance d’une aulre, lui attiraient les hommages de plusieurs princes qui briguaient avec ardeur une si belle alliance. Iji situation avantageuse de l’Écosse lui donnait un si grand poids dans la balance de l’Europe, que tous les souverains observaient avec inquiétude en faveur de qui Marie se déterminerait. De tous les événemens de ce siècle, aucun ne réveilla les craintes et les jalousies politiques plus vivement que le mariage de la reine d'Écosse; aucun ne remua plus fortement les passions de quelques princes, et aucun ne donna naissance à plus d'intrigues opposées.
La maison d'Aulrichc se rappelait les vastes projets que la France avait fondés sur le premier mariagede la reine d'Écosse. Ils n'avaient élé déconcertés que par des circonstances imprévues : premièrement, par la mort de Henri Mil; ensuite, par celle de François II. Si Marie avait encore voulu s'allier â quelque prince français, les mêmes projets pouvaient revivre et être suivis avec plus de succès.
Pour éviter ce danger, l'empereur entra en négociation avec le cardinal de Lorraine, qui avait proposé le mariage de la reine d'Écosse avec l’arcbiduc Charles , troisième fils de Ferdinand. L’affaire fut proposée à Marie; elle chargea Mt-lvil , qui était alors â la cour de l'électeur palatin, de prendre des informations sur le caractère et les qualités personnelles de l’archiduc
1 Net vil , 63 , 65. Keith, 233. Jppendix , n°Vll, p. 40 et tuiv.
Philippe II ne craignait pas moins que l'empereur de voir Marie tomber encore entre les mains de la France; mais il enviait à son oncle Ferdinand Irr l'acquisition d'un trésor de cette importance. Philippe avait une ambition démesurée qui lui faisait envahir en idée tous les royaumes de l'Europe. Il chargea son ambassadeur â la cour de France de solliciter les princes lorrains en faveur de son fils don Carlos, qui était alors héritier présomptif des domaines immenses qui appartenaient à la monarchie espagnole
Catherine de Médicis s'opposait de son côté il ce que ta reine d'Ecosse épousât aucun des princes autrichiens, dans la crainte de voir augmenter par-IA le pouvoir et les prétentions de cette race ambitieuse. Sa jalousie contre les princes lorrains ne lui donnait pas moins d’éloignement pour une alliance qui leur aurait assuré la protection de l’empereur ou du roi d'Espagne, qui aurait augmenté leur audace, fortifié leur esprit entreprenant, et qui les aurait mis en état d’attaquer ouvertement l'autorité dont ifs s'étaient déjà déclarés rivaux. Catherine, craignant que la jeune reine ne fiit éblouie par les propositions de la maison d’Autriche, dépêcha Castelnau en Écosse pour lui proposer le mariage du duc d’Anjou, frère de François 11 , son premier mari, et qui monta bientôt sur le trône de France sous le nom de Henri 111.
Marie délibéra avec attention sur les offres de tous ces prétendans. L’archiduc n’était guère recommandable que par sa haute naissance. I.’exemple de Henri VIH la détournait d’épouser le frère de son premier mari , et elle ne pouvait d’ailleurs supporter l'idée de paraître A la cour de France dans un rang inférieur à celui qu’elle avait tenu dans ce royaume. Elle écoulait avec plus d’intérêt les propositions d’Espagne; le coup d’œil de cette étendue de puissance, de ces vastes états, flattait l’ambition d'une jeune princesse1 faite pour aspirer an grand.
Cependant quelques circonstances détournèrent Marie de penser ;’t faire aucune alliance en pays étranger : la première fut le meurtre de son oncle, le duc de Guise. L’impétuosité et l'ambition de ce seigneur avaient plongé sa pa-
1 Caslrtnau. ICI. AJtlii. 1 la1 Ijltourcur, 501, 503.
* Lu*!) I;mu , 1U}.
trie dans une guerre civile qui s’était faite avec fureur et avec une alternative de bons et de mauvais succès. A la fin, le duc mit le siège devant Orléans, le boulevart des protestans, et il avait réduit la ville aux dernières extrémités , lorsqu’il fut assassiné par un fanatique nommé Poltrot. Cette mort porta un coup fatal à la reine d'Écossc. Le fils du feu duc était mineur, et le cardinal de Lorraine, qui avait un esprit d’intrigue et de subtilité, manquait de ce courage indomptable et entreprenant qui rendait l'ambition de son frère si redoutable. Catherine, au lieu de favoriser les desseins de sa belle-fille et de soutenir ses prétentions , se faisait un plaisir de l’humilier et de déconcerter scs projets. Marie, dans cette position, et depuis qu’elle avait perdu un protecteur tel que le duc de Guise, se trouvait dans la nécessité de restreindre ses vues, d’agir avec beaucoup de précaution, de se refuser même h l’attrait des avantages qui pouvaient se présenter, plutôt que de s'engager dans des démarches incertaines et dangereuses.
Marie était encore extrêmement gênée par les sentimens de la reine d’Angleterre. Le mariage de la reine d’Ecosse était un objet de spéculation plus intéressant pour Élisabeth que pour aucun autre prince; elle observait aussi les délibérations de Marie sur cet objet avec une attention mêlée d'inquiétudes. On croit qu’Élisabelh avait formé de très bonne heure la résolution de vivre dans le célibat, et il parait qu'elle aurait bien voulu imposer la même loi it la reine d'Écossc. Élisabeth avait éprouvé qu’on pouvait envahir ses domaines et la troubler dans la possession de sa couronne, en sc servant du pouvoir et des prêtent ions de Marie. La mort de François II avait à la vérité délivré la reine d’Angleterre de ces appréhensions, mais elle était dans la ferme résolution de tout mettre en usage pour s’en garantir à l’avenir. L’ambition et l'activité des princes autrichiens , et la protection déclarée qu’ils accordaient 5 la religion romaine, lui faisaient redouter de tels voisins. Elle chargea Randolph de faire à -Marie les représentations les plus fortes pour la détourner de cettcalliance; de lui déclarer qu'elle regarderait ce mariage comme la rupture de la bonne amitié qui était si heureusement établie entre elle et la reine d'Écossc, et que la nation anglaise le prendrait (tour une rupture ouverte de l'alliance qui sub-