V R F, III
sislait entre lesdeux royaumes; que les Anglais, attachés à leur religion et jaloux de leur liberté, ne manqueraient pas, selon toulcsles apparences, de prendre des mesures préjudiciables aux droits de Marie à la couronne d’Angleterre; et que, comme elle le savait très bien , ils auraient assez de puissance , et qu’ils trouveraient assez de prétextes pour affaiblir et pour écarter ses prétentions. Ces menaces étaient accompagnées de belles promesses , mais conçues en termes captieux: que si Marie voulait faire choix d’un mari qui fût agréable à la nation anglaise , Élisabeth nommerait des personnes capables |K>ur examiner les droits de succession de la reine d Écosse, et quesionlestrouvailbien fondés, Élisabeth ordonnerait qu’ils fussent reconnus publiquement. Cependant Élisabeth affectait de ne point désigner celui auquel elle désirait que Marie donnât la préférence; elle se réservait de dévoiler ce mystère dans un autre tcm|>s, et elle voulait eu fïtire l’objet d'une autre négociation ; mais elle laissait entrevoir qu'un naturel des pays de la Bretagne, ou bien un homme qui n'aurait point le rang de prince , serait un choix bien plus sage, sujet â moins d’inconvénicns , et qui ne |K)urrait blesser aucune des parties intéressées Des conseils donnés avec cet air de commandement et de supériorité durent sans doute humilier l'orgueil de la reine d'Ecosse; mais dans les circonstances où elle se trouvait , elle fut obligée de dévorer cet affront. Dénuée de tout secours étranger, tout occu|tée de la succession d’Angleterre, qui Élisait le grand objet de ses dt’-sirs et de son ambition, elle se trouvait dans la nécessité de faire sa cour à sa rivale ; il aurait été de la dernière imprudence de se hasarder â l’offenser.
Une autre circonstance qui n'était pas moins intéressante, et à laquelle Marie fit dans cette conjoncture beaucoup d'attention , ce fut le voeu de ses propres sujets, la? premier mariage de la reine leur faisait redouter toute alliance avec un prince puissant, dont les forces pouvaient être employées à les opprimer, à les gésier dans leurs scnlimens de religion, et à empiéter sur leurs privilèges; ils en avaient fait une fatale expérience. Ils étaient effrayés d’un mariage avec un étranger. Ils prévoyaient que si la couronne recevait de nouveaux ac-
• Kri h, 212,215.
D'ECOSSE. LISC3J
croissemens de domaines ou d’alliances, l’autorité royale serait bientùt portée au-delà des bornes anciennes et marquées par la loi. Leur ardeur à prévenir cet abus les aurait infailliblement porté'sà réclamer lesecours de l’Angleterre, qui leur aurait tendu les bras. Élisabeth n’aurait pas manqué de leur donner des secours pour rompre des mesures qui lui étaient à clic-mèmè si désagréables. Il leur aurait été très facile de se saisir de la personne de leur souveraine. Ils pouvaient , avec le secours d'une flotte anglaise, rendre à un prince étranger les passages très difficiles pour aborder en Écosse, [.es catholiques romains, qui ne formaient point alors dans le royaume un corps bien considérable, découragés par la perte du comte de I luntly, n'étaient pas en état de traverser les entreprises des Écossais. L’horreur de la nation pour un joug étranger, cl les extrémités auxquelles les Écossais se porteraient [mur le secouer, étaient des clioses prouvées par les événemens passés, et qui se manifestèrent encore dans tout le cours de ce siècle.
Ces considérations engagèrent Marie à se détacher de toute alliance étrangère, et elle parut disposée â faire le sarrificcde son ambition |siur calmer les craintes de ses sujets, et pour ne donner à Élisabeth aucun sujet de jalousie.
le parlement s’assembla cette année, |iour la première fuis depuis le retour de la reine en Écosse. L'administration de Marie avait été jusqu’alors extrêmement populaire. Ses ministres avaient toute la confiance de la nation, et en conséquence on vit régner une parfaite unanimité dans les procédés de cette assemblée, l a donation du comté de Murray au prieur de Saint-André fut confirmée; le comte de I luntly cl plusieurs de ses vassaux, et gens de sa dépendance, furent déclarés atteints et convaincus du crime de rébellion; le bill de conviction qui avait passé contre kirkaldy de la Grange et quelques-uns de scs complices, à l’occasion du meurtre du cardinal Ueatoun, fut annulé1; l’acte d'amnistie, mentionné au traité d'Édi bourg, eut force de loi royale. Cependant Marie, qui était déterminée à ne jamais ratifier ec traité, eut soin de prendre les précautions nécessaires pour que celte légitimation ne ptt point être regardée comme une reconnaissance
' Kir.x , 3V.
de la validité du traité d'Edimbourg; elle ne donna même son consentement sur ce point que par condescendance pour les lords du parlement, qui la supplièrent à genoux de calmer les craintes et les jalousies de ses sujets par cette loi de clémence •.
On n’entreprit point dans ce parlement d’obtenir le consentement de la reine pour des lois tendantes A l'établissement de la religion protestante. Les ministres de la reine, quoique très zélés pour la réfbrmation, aperçurent qu’il y aurait de l’imprudence et même un danger évident à trop presser la reine sur cet article; ils avaient par leurs insinuations engagé la reine à tolérer et protéger la doctrine des réformés. Ils avaient même obtenu d'elle de faire poursuivre et emprisonner l’archevêque de Saint-André et le prieur de Withorn, pour avoir célébré la messe malgré les ordres portés en sa proclamation Cependant Marie était toujours fortement attachée à la religion romaine ; et quoique |>ar des motifs de politique elle eût accordé une protection passagère aux opinions qu'elle désapprouvait, il n’y avait pas lieu d'espérer qu'elle voulût consentir à les établir à perpétuité. Le moyen le plus sûr de réconcilier la reine avec la religion protestante était la modération de ceux qui en faisaient profession. Le temps pouvait miner sa bigoterie; scs préjugés pouvaient s’éteindre par degrés; elle aurait peut-être à la fin accordé aux désirs de ses peuples ce que la violence ou l'importunité ne lui aurait jamais arraché. On avait plusieurs lois importantes à proposer dans ce parlement. En faisant à la reine des demandes indiscrètes, hors de saison et sans espérance de succès, on aurait déconcerté des projets utiles; on aurait fait tort aux particuliers , et peut-être nui infiniment à la cause publique.
Le zèle du clergé protestant ne lui permettait pas de se prêter à toutes ces considérations politiques. Son ardeur et son impatience ne pouvaient souffrir aucun délai Sévère et inflexible, il ne voulait sc plier à aucune condescendance. Les chefs de cet ordre soutenaient qu'il ne fallait point négliger l’occasion favorable qui sc présentait d'établir la nouvelle religion en forme de loi. Ils appelaient apostasie la modération des
geps de la cour , et ils taxaient de servitude criminelle la déférence dont ils usaient pour gagner la bienveillance de la reine. Knox renonça hautement â l’amitié du comte de Murray , qui était, disait-il, un homme vendu A la reine, aveuglément zélé pour son servift , et parvenu au point de traiter avec indifférence des objets qu'il avait jusqu’alors regardés comme sacrés. Cette rupture , qui dura plus de dix-huit mois , prouve invinciblement que Murray était dans ce temps-lû fortement attaché à la reine *.
Les prédicateurs, se voyant abandonnés par ceux en qui ils avaient mis la plus grande confiance, laissèrent exhaler leur indignation dans les chaires. Elles retentirent plus que jamais d'invectives contre l'idolâtrie; de sinistres présages sur le mariage de la reine avec un étranger; de reproches amers contre ceux qui , par des motifs d'intérêt, abandonnaient une cause qu’ils sc croyaient autrefois obligés en conscience de soutenir. Le peuple , animé par la véhémence de ces déclamations, plutôt dictées par le zèle que la prudence, se porta à des actions téméraires, et à des excès inexcusables. Pendant une absence de la reine , qui voyageait dans la partie occidentale du royaume, on continuait à dire la messe dans la chapelle de son palais û I loi y- Rood. La foule de gens qui s'y trouvait offensa les hahitans d'Edimbourg. M'étant point alors contenus par la présence de la reine , ils s’assemblèrent tumultuairemcnt , interrompirent le service, et jetèrent toute l'assemblée dans la plus grande consternation. Deux des mutins furent pris dans le tumulte, et le jour fut indiqué pour les juger2.
Knox , qui approuvait le zèle de ces citoyens , et qui regardait leurs procédés comme méritoires, les honorait comme des hommes qui souffraient pour une bonne cause. Il entreprit de les tirer de cette mauvaise affaire, et il écrivit en conséquence des lettres circulaires, par lesquelles il invitait tous ceux qui professaient la véritable religion , ou qui s’intéressaient pour sa conservation , à se rassembler à Edimbourg le jour qu’on devait procéder au jugement des rebelles , et à venir encourager et assister leurs frères dans la détresse3. Une de ses lettres tomba entre les mains de la reine. On regarda
1 Spotsw. , 188. — ’ Keilh , 239.
j ' Knox, 331.— '/biil., 335 — 335.
!Ü ■ II1ST0IHE
nininie une trahison d oser assembler des sujets sans l'autorité du souverain , et on prit la résolution de traduire Knox devant le conseil privé, comme coupable de ce crime. I leureusement pour lui , ses juges étaient protestans zélés , et qui plus est , ce s ifièmes hommes qui , dans les derniers soulévemens , avaient osé provoquer l'autorité de la reine et lui résister en face. La conduite de ces conseillers avait servi comme de sauvegarde à Knoi dans les émotions précédentes, ainsi il leur était difficile de trouver dans les circonstances des temps , des différences assez marquées pour pouvoir déclarer Knox coupable sans se condamner eux-mêmes. Après une longue audience, Knox fut absous tout d'une voix. Sinclair, évêque de Ross, et président de la cour de session , papiste des plus zélés, se porta d'affection à concourir à cette décision avec les autres conseillers, circonstance remarquable qui fait apercevoir la mauvaise forme du gouvernement d'alors, la dégradation humiliante de l'autorité royale, l'audace encouragée par l'impunité, des sujets envahissans des droits de la couronne que nous regardons aujourd'hui comme sacrés.
le mariage de la reine d'Écosse était toujours, pour les différentes cours de l'Europe , un objet dallent ion et d'intrigues. Élisabet h, dans le temps même qu'elle prétendait diriger la conduite de la reine d'Écosse , la traitait avec une réserve offensante, la tenait en suspens sans aucune nécessité, et laissait entrevoir celui quelle lui destinait pour mari, sans néanmoins le déclarer ouvertement ; cependant Marie mesurait toutes ses démarches, et s'attachait prudrmmcnt à donner il la reine d'Angleterre tant de marques de respect, que tous les prinecsélrangers commencèrent à croire que Marie s'était elle-même entièrement aliandonnéc à la direction d'Élisabeth la perspective de cette union alarma Catherine de Médicis. Catherine s'était attachée depuis long-temps à rendre de mauvais offices à la reine d'Écosse : depuis la mort du duc de Guise, elle lui avait donilé toutes sortes de mortifications, et l’avait même traitée d'une manière outrageante. Elle avait arrêté le paiement de son douaire; elle avait été au duc de Chatcllerault , son sujet , la pension qu'il avait de la France, et
• Keith. 21*.
elle avait donné A un Français le commandement de la garde écossaise '. Mais dans cette occasion, elle résolut d’empêcher cette union dangereuse des deux reines de la Bretagne. Dans cette vue, elle employa tout son art pour apaiser Marie, qu'elle avait si cruellement offensée. Elle lui fit aussitôt payer les arrérages de son douaire; on lui promit des remises plus exactes pour l’avenir; on lui offrit de rétablir et même d'étendre les privilèges de 1a nation écossaise en France. Marie n'eut pas de peine à pénétrer les motifs de ce éhangement subit. Elle connaissait parfaitement le caractère de sa bellemère, et elle faisait peu de fonds sur les marques d'amitié d'une princesse aussi fausse qu'insensible.
Cependant ces démarehesde la reine dcFrance n'interrompirent point les négociations avec l'Angleterre au sujet du mariage de la reine d'Écosse. Marie, par complaisance pour ses sujets. et par d'autres motifs d'intérêt très puissaus. était déterminée à ne pas différer plus long-temps à se marier. Élisabeth fut ainsi obligée de rompre A la fin ce silence obstiné quelle affectait de garder depuis si long-tenqis. Ce grand secret fut découvert , et elle déclara que son favori , le lord Robert Dudley , depuis comte de Leicester, était ce mortel heureux sur qui elle avait jeté les yeux pour être le mari d’une reine recherchée par tant de princes.
la sagesse et la pénétration d’Élisabeth étaient remarquables dans le choix quelle faisait de ses ministres, mais ses grandes qualités ne brillaient pas dans le même degré , lorsqu'elle déclarait ceux en qui elle avait placé ses affections. Des talcns d'une espèce toute différente la déterminaient dans des circonstances aussi opposées. L'étendue des connaissances, la capacité dans les affaires , une prudence consommée, décidaient entièrement du choix de ses ministres, lai brauté, les grâces de la personne, la politesse dans les manières, de l'adresse de cour, étaient les perfections qu'elle exigeait dans ses favoris. D'un côté elle se conduisait avecla sagesse d'une reine, de l'autre elle laissait apercevoir toutes les faiblesses d'une femme, et Leicester devait toute sa grandeur â ces faiblesses. Tout annonçait la partialité de la reine
• Kt-iib, AM.
pour ce seigneur , qui n'était remarquable ni par scs vertus ni par la supériorité de ses connaissances. Elle l'éleva au plus haut degré des honneurs] elle lui confia les emplois les plus importans, et elle lui donna des marques de bienveillance qu'il méritait si peu , que, suivant le génie de ce siècle , on ne pouvait expliquer ce phénomène extraordinaire que par lesjnfluences des astres
L'esprit superbe de la reine d’Écosse ne pouvait point s’accommoder de cette première ouverture d'un mariage avec un sujet. Son rang, l'éclat de son premier mariage, les sollicitations de tant de princes puissans, se retraçaient dans son imagination , lui donnaient matière à une infinité de réflexions, et lui faisaient sentir vivement toute l’humiliation qui se trouvait pour elle dans la proposition d'Élisabeth. Elle dissimula néanmoins avec le ministre anglais ; elle lui déclara, dans les termes les plus forts, à la vérité, la disproportion infinie qu'elle apercevait dans cette alliance, qui ne présentait pas d'ailleurs des avantages assez considérables pour la justifier de l'oubli qu’elle ferait de sa dignité; mais elle parla en même temps du comte de Leiccster dans des termes remplis d’estime et de considération
Il y a lieu de croire qu'Élisabeth ne désirait pas que sa proposition fût reçue plus favorablement. Après les marques d'attachement si extraordinaires qu'elle avait données à Leiceslcr, pendant que ce seigneur était toujours auprès d’elle dans la plus haute faveur, était-il vraisemblable qu'elle songeât sérieusement A le céder à un autre. Son but était d'amuser Marie, et nullement de la persuader -, 11 y avait près de trois ans que Marie était de retour en Écosse. Malgré les sollicitations de scs sujets , les recherches des plus grands princes de l'Europe , son mariage avait toujours rencontré des obstacles, la plupart suscités par les intrigues d’Élisabeth. Si la reine d'Angleterre avait pu alors engager Marie à écouter ses propositions en faveur du comte de Leiccster, l'autorité qu'Élisabeth avait sur ce seigneur, qui était sa créature, la mettait en état de prolonger la négociation de cette affaire aussi long-temps qu'elle l'aurait
* Camden , 549. L'aslrolofiio judiciaire calait fort h la mode dan* ce ftièclc : on naît combien Catherine de Médicii en était enlétéc. — 1 Mchil , 104, 105.
voulu. Plus elle aurait tenu sa rivale dans le célibat , moins les droits de Marie à la couronne d’Angleterre auraient attiré les suffrages et l’attention des Anglais.
D'un autre côté la situation du comte de Leicester était très délicate et extrêmement embarrassante. L'ambition d'un sujet, d'un étal même plus distingué que le comte, devait être flattée d'avoir en sa possession la femme la plus aimable de ce siècle, de remporter le prix sur tant de princes qui se la disputaient , de monter enfin sur le trône d’un ancien royaume. Leiccster apercevait , sans doute , tous ces avantages , et ils faisaient en secret sur lui la plus forte impression; mais il aurait pu offenser Élisabeth s'il avait osé manifester ses senliraens, ou faire quelques démarches pour se faciliter l'acquisition d'un objet si digne de ses désirs.
De plus , la bienveillance particulière qu'Élisabeth avait pour le comte, et qu'çllc ne se donnait pas la peine de cacher 1 , pouvait lui faire concevoir l'espérance de parvenir au rang suprême dans un royaume plus considérable que celui d'Écosse. Élisabeth avait souvent déclaré que rien n'aurait pu l'empêcher de prendre le comte de Leiccster pour son mari , si elle n'avait pas pris la résolution de vivre dans le célibat , et si le comte n’avait pas été son sujet. Cependant l'amour a souvent triomphé de la prudence humaine, et Leiccster pouvait se flatter que la violence de la passion de la reine l'emporterait û la fin sur les maximes de sa politique, et sur les scrupules de son orgueil. Ces réflexions |K>rlèrent souvent le comte à penser que la (imposition de son mariage avec la reine d'Écosse était un projet formé pour sa destruction, et il l'imputait à la jalousie dcCecil, qui, sous le prétexte spécieux de lui procurer cet honneur, voulait le perdre dans l'esprit d'Élisahelli et dans celui de Marie
Toutes ces circonstances des négociations en lamées pour le mariage de la reine d’Écosse étaient combinées de manière à faire juger qu’il ne réussirait point. La reine d’Angleterre qui le proposait en craignait le succès. La reine d'Écosse qui paraissait s'y prêter, était en secret déterminée à le refuser. Celui même qui y était le plus intéressé , et qui devait , selon toutes les
' .Met ni, 01, M. - ■ Ibul. , toi.
apparences, en retirer toute la gloire et tous les avantages, ne le désirait que faiblement. Cependant Élisabeth et Marie continuaient à agir avec une égale dissimulation. Élisabeth, malgré la crainte qu'elle avait de perdre le comte de Lcicester, sollicitait fortement en sa faveur. Marie, qui avait déjà jeté les yeux sur un autre sujet d'Angleterre , n’osait pas néanmoins rejeter définitivement la proposition d'Élisabeth.
llcnri Stuart, lord Darnly , fils alité du comte de lennox, était celui qui commençait à devenir l'objet des attentions de Marie. I.ennox avait été chassé d’Écosse pendant la régence du duc de Clialcllerault, cl il vivait dans l'exil depuis vingt années. Milady Marguerite Douglas, femme de Lennox, était la rivale de Marie, et la plus dangereuse, par rapport à ses prétentions au trône d’Angleterre. Elle était fille de Marguerite, sœur aînée d'Henri VIII, et du comte d'Angus, que cette reine avait épousé après la mort du roi Jacques IV, son premier mari. Le droit et l'ordre de succession n'étaient point alors aussi exactement déterminés qu'ils le sont aujourd'hui. Le temps et la décision de presque tous les cas possibles ont à la fin mis de la certitude dans une matière sujette par sa nature à toutes sortes de variations , et souvent embrouillée pat le caprice de législateurs guidés par des rapports et des convenances obscures et souvent imaginaires. Milady Lennox , quoique née d'un second mariage , était plus proche que Marie d'un degré du ^ang royal d'Angleterre; elle était fille de Marguerite, dont Marie n'était que petite-fille. Milady Lennox avait encore sur Marie un autre avantage; elle était née en Angleterre, et suivant les lois de ce pays à l'égard des successions entre particuliers : a quiconque n'était point né « en Angleterre, ou bien au moins de parens « étant lors de sa naissance sous l'obéissance du « roi d’Angleterre, ne pouvait recueillir aucun a héritage dans le royaume *. » Haies, jurisconsulte anglais, avait avancé cette maxime dans un traité qu'il venait de publier, et il s'efforçait d'appliquer le sens de la loi au droit de succession à la couronne. Ce point de la loi peut, dans une affaire entre particuliers, donner matière à des doutes et à de longs plaidoyers ; mais lorsqu'il est question du sort d’une
Carte, Hist.of En$l. , vol. III, 422.
| couronue , on doit éviter avec soin ces disputes frivoles, ces vaines subtilités. Si Darnly s'était allié à une des familles puissantes d’Angleterre, ou qu'il eût pris le parti de faire publiquement profossion delà religion protestante, ces lieux communs plausibles et agréables au peuple pouvaient être employés de manière à produire un effet fatal aux prétentions d’un étranger et d'un papiste.
Marie apercevait toutes çcs choses , cl pour prévenir le danger qui pouvait la menacer, elle s'était attachée de bonne heure à cultiver une correspondance d'amitié avec la famille de lennox. En l'année 1662 1 , Élisabeth avait fait arrêter le comte de I.ennox et milady Marguerite, sur ce qu'on disait qu’ils entretenaient une correspondance secrète avec b reine d'Écosse.
Depuis que Marie avait senti les difficultés qui se rencontraient à son mariage avec un étranger, elle avait formé uneliaison plus étroite avec le comte de Lennox J, et elle l’avait invité à revenir en Écosse. Elle voulait cacher cette démarche à Élisabeth , mais une chose de cette importance ne pouvait pas échapper à la vigilance d, cette princesse. Elle en fut informée , et elle ne voulut point s’y opposer. Rien ne pou vait s'accorder plus parfaitement à ses vues par rapport aux affaires de l’Écosse. Elle était bien aise de voir l’orgueil de la reine d'Écosse rabaissé, au point de songer à partager son lit avec un sujet. Darnly n'était point dans une position à lui donner ni craintes ni jalousies. les biens de son père étaient situés en Angleterre , et au moyen de ce gage, elle espérait qu’elle pourrait diriger à son gré cette négociation , y faire jouer les mêmes ressorts, et y employer les ruses et les délais dont elle avait formé le plan , si sa recommandation en faveurdu comte de Lciccster avait été reçue plus favorablement.
Avant la réunion des deux couronnes , un sujet ne pouvait pas aller d'un royaume dans l'autre sans la permission des deux souverains, lennox demanda à Élisabeth la permission de passer en Écosse , sous prétexte de suivre les prétentions de sa femme sur le comté d'Angus et il l'obtint sur-le-champ. Élisabeth lui donna en même temps des lettres de recommandation
1 Caméra, 390 - 1 Ibid.
[ISM]
tris fortes , dans lesquelles elle demandait à Marie , avec beaucoup d'empressement , de favoriser la personne et les intérêts de Lennox Mais comme Élisabeth s'était fait le plan de répandre toujours des doutes et des embarras dans toutes ses opérations relatives au royaume d’Écosse , et qu’elle y affectait une sorte d’inconséquence , elle avertissait Marie que sa bienveillance pour Lennox pourrait lui être fatale , et que le retour de ce seigneur en Écosse ne manquerait pas de révgiller les anciennes animosités entre lui et la maison d’Hamilton.
Cet avis captieux jeta des soupçons dans l’esprit de Marie, et attira de sa part une réponse très vive qui interrompit pendant quelque temps toute correspondance entre les deux reines Marie fut très alarmée de cette mésintelligence. Elle craignait les effets du ressentiment d’Élisabeth , et elle apercevait tout le désavantage d'être privée d’une correspondance libre avec l'Angleterre, où ses ambassadeurs suivaient depuis long-temps avec assez de succès des négociations secrètes qui augmentaient le nombre de ses partisans, et qui lui frayaient le chemin au trône. Pour remédier à ces inconvé- • niens, Melvil fut envoyé à la cour, d'Angleterre. II ne trouva aucune difficulté à faire la réconciliation. Les apparences de la bonne amitié furent aussitôt rétablies , mais sans aucune confiance. Ce fut tout le fruit des démarches de Melvil, et les choses restèrent sur ce pied- U, pendant quelque temps, entre les deux reines.
Pendant le cours de cette négociation , les protestations d'attachement de la part d'Élisabeth pour Marie , et les réponses de Melvil au nom de sa maîtresse se faisaient dans le langage de l’amitié la plus forte et la plus sincère. Mais l'observation de Melvil au sujet d'Élisabeth peut, sans injustice, être appliquée aux deux reines. « Il n’y eut , dit-il , dans toute cette af- « faire, .ni droiture ni sincérité; il n’y eut que o crainte, que jalousies, et une grande dissimu- « la lion 3. b
Cependant Lennox, muni de la permission qu’il avait demandée , se mit en chemin pour l'Écosse. Il y fut reçu par la reine non-seulement avec les égards dus i un seigneur qui ap-
1 KcWh, 255. 208. — • Ibid. , 253. Mclr., 83.
■ Melvil, 101.
partenait d'aussi près à la famille royale, mais encore avec une ouverture de cœur et des marques d’amitié si distinguées , qu’elles ne pouvaient pas manquer de lui faire concevoir les plus hautes espérances. Le bruit du mariage de son fils avec la reine commençait à se répandre dans le royaume , et attirait sur lui les regards de tous les Écossais comme sur le père de leur maître futur. Le duc de Chatellerault fut le premier à en prendre l’alarme. II regardait lennox comme un ennemi ancien et héréditaire de la maison d'Hamilton ; il croyait voir sa ruine entière et celle de tous ses parens dans l'élévation du comte de Lennox. Mais la reine intcrpnAi son autorité pour empêcher les voies de fait , et elle vint à bout d'engager ces deux seigneurs à transiger sur tous leurs différends *.
La famille puissante des Douglas ne redoutait pas moins le retour de Lennox , qui pouvait lui enlever le comté d'Angus. Mais la reine, apercevant combien il serait dangereux d’irriter Morton et les autres grands de cette maison , obtint de Lennox qu’il rechercherait l’amitié des Douglas , et qu'il ne serait point fait mention des prétentions de sa femme sur le comté d’Angus 1 2.
Après ces démarches préliminaires , Marie hasarda d’assembler le parlement. L’acte de confiscation prononcé contre Lennox en l'année 15-15 fut cassé, et il fut publiquement rétabli dans les honneurs et biens de ses ancêtres 3.
Il ne se passa rien de fort considérable pendant le cours de celte année au sujet des affaires de l'église. On porta dans les assemblées les mêmes plaintes de l'accroissement de l'idolâtrie, on y renouvela les mêmes représentations sur la pauvreté du clergé. Les réponses de la reine furent plus satisfaisantes pour les protestans qu’aucune de celles qu’ils avaient jusqu’alors obtenues *. Cependant malgré ces déclarations favorables, ils ne pouvaient s'empêcher de soupçonner Marie d’avoir des desseins contre leur religion. Elle n’avait jamais voulu entendre aucun prédicateur de la réforme. Elle n’avait rien diminué de son attachement à la religion romaine. L’esprit de cette religion , éloigné dans tous les temps de la tolérance, était alors cruel
1 Keilfa , 259. — ’ Ibid. , 268 , nol. b. — 'Jpprndix u" IX , p 55 et Miiv. — ‘ tLeiili , 533, 539.
ns HISTOIRE
et inflexible. Marie avait donné à ses parais du continent des assurances réitérées de la résolution où elle était de rétablir l'église catholique Elle avait évité avec art toutes les occasions de ratifier les actes du parlement de 1 500, en faveur de la réfbrmation. La protection quelle avait accordée . depuis son retour , à la religion protestante , n’était que passagère ; elle avait même déclaré par sa proclamation qu’elle y était forcée, et que ce n'était « qu'en « attendant qu'elle eût pris quelque arrangeo ment définitif au sujet de la religion » Aucune de ces circonstances n’échappait au zèle et à la vigilance des prédicateurs. La froideur de leurs principaux chefs , qui étaient alors entièrement dévoués à la cour, augmentait encore leurs soupçons et leurs craintes. Ils inspiraient au peuple ces mêmes défiances , dans un langage qu'ils jugeaient convenable à la nécessité des temps , et que la reine traitait d’insolence et de manque de respect. Dans une des séances de l'assemblée générale , Mailland accusa publiquement Knox d’enseigner une doctrine séditieuse , en donnant aux sujets le droit de résister à leur souverain lorsqu’ils sortaient des bornes de leurs devoirs envers leurs peuples. Knox ne recula point , et entreprit de justifier ce qu'il avait avancé. Cette doctrine de la résistance , selon lui si conforme au droit naturel , mais dont l'application aux cas particuliers est si délicate , fit naître îles débats dans lesquels on vit briller les talens et le caractère des deux personnagesqui étaient entrésen lice: la sagacité de Mailland. ornée des agrémens de la littérature , mais trop portée à la subtilité ; l'âme nerveuse de Knox , toujours prêt à soutenir des scnlimens audacieux , et supérieur â toutes les craintes 3.
Deux années s'étaient déjà écoulées depuis qu'il était question du mariage de la reine d'Écosse, et les négociations étaient toujours également infructueuses. Marie avait eu le temps et les occasions d’apercevoir toute la fausseté de la conduite de la reine d'Angleterre dans cette affaire. Mais pour mettre les véritables sentimens de cette princesse dans tout leur jour, et la forcer de déclarer ouvertement ses intentions,
1 farte, vol. III . IIS. — ’ Kiilh, .101, 510.
• Km» , 319.
Marie déclara à Handolpli , que si on voulait reconnaître publiquement son droit de succession à la couronne d'Angleterre, elle était prête à se rendre aux sollicitations de sa maltresse, en faveur du comte de Lcicester '. Élisabeth était bien éloignée d'accepter une telle proposition. Le droit de succession était un my stère que sa jalousie ne lui permettait pas de dévoiler, et qui resta impénétrable pendant tout le cours de son règne. Cependant lorsqu’elle avait commencé à s'intéresser au mariage de la reine d'Écosse, elle avait déjà promis tout ce qu'on lui demandait alors. Comment refuser aujourd'hui avec bienséance, ce qu elle avait offert elle-même dès le commencement de la négociation? comment éluder ses premières propositions? La conjoncture était embarrassante, et jetait Élisabeth dans une grande perplexité.
Le lord Dandy obtint alors la permission d’aller à la cour d’Écosse; celte complaisance d'Élisabeth venait , selon toutes les apparences , de la difficulté des circonstances où elle se trouvait. Depuis l’ambassade de Melvil en Angleterre, lady Lennox avait fortement sollicité la liberté de son fils. Elle avait déjà reçu plusieurs avis de ses ministres , qui l’instruisaient du coin-' menccmcnt et des progrès des sentimens de la reine d'Écosse pour Darnly1 2. Élisabeth était absolument la maîtresse d'cmpèchcr Darnly de sortir de Londres , mais alors le voyage de ce seigneur en Écosse était |iour elle un avantage réel. Elle avait déjà produit sur la scène un acteur dont elle dirigeait tous les mouvemens , cl elle était ainsi venue à bout d’amuser pendant long-temps la reine d'Écosse. Elle espérait de gouverner avec le même empire le lord Darnly, qui était pareillement son sujet; elle pouvait ainsi engager Marie dans de nouvelles intrigues,dans une négociation longue et importune. Ces considérations déterminèrent Élisabeth et ses ministres à céder aux instances de lady I*cnnox.
Cependant tout ce plan d’intrigues obscures fut en un moment déconcerté. Ces événemens imprévus qui tiennent du roman , et que l’imagination des poètes attribue au [touvoir de l’amour, sont en effet quelquefois produits réellement par les mouveinens de cette passion. Lue
1 Kcitfa , 209 — * Ibid., 259. 261, Mf
11565] 1.1 Vil K 111. 110
affaire qui avait fait jouer tant de ressorts po- priinn dans les ternies les plus torts la douleur liliques, qui avait remué et intéressé tant de qu'elle en ressentait
princes, fut décidée en un instant par la sympa- L'effet de ces emportemens fut d'augmenter t hic de deux jeunes personnes. Darnly était l'ardeur avec laquelle Marie suivait l'exécution alors dans la force de l'âge, dans la première de son dessein. Aveuglée également par sa pasllrur de la jeunesse. 11 effaçait tous ceux de son sion et par ses ressentiraens , elle ne vit plus temps par ses grâces et par sa beauté. Il pos- aucun défaut dans l’homme dont elle avait fait sédait , dans le plus haut degré , tous les talens choix , et elle commença à faire les démarches qui pouvaient donner un air d’aisance et d'élé- nécessaires pour exécuter son projet avec toute gance aux agrémens extérieurs de sa figure, l'impatience naturelle 5 ces sortes de passions, tuules les qualités capables d éblouir et de char- Comme Darnly était proche parent de la reine, mer. Marie était d'âge et de complcxion à en res- les lois canoniques le mettaient dans la nécessité sentir vivement l'effet. On aperçut dès le pre- d'obtenir une dispense du pape avant la célémier moment de l'entrevue toute l'impression bration du mariage. La reine se pressa d'établir que le lord Darnly faisait sur l’esprit de la reine, à cet effet une négociation à la cour de Rome -, La cour ne fut plus occupée que du soin de Tac- Marie travailla en même temps à obtenir le cueillir et de l'amuser. Au milieu de ces réjouis- consentement du roi de France, et celui de sa sances, les talens de Darnly , propres aux fêtes mère. Elle communiqua son dessein 5 Caslelel aux spectacles , parurent avec le plus grand nau , ambassadeur de France , et elle lui fit part avantage. Il triompha du cœur de la reine, la des motifs qui avaient déterminé son choix, le force de l'attrait précipita la conclusion d'un regardant comme l'homme le plus propre à faire mariage dont lesprcmièrespro|xisitionsn'étaient entrer sa cour dans toutes ses vues. Castelnau fondées que sur des vues purement politiques. représenta entre autres choses à la cour de
Élisabeth contribua, et peut-être à dessein, 5 France, la violence de l'attachement de Marie
augmenter la violence de cette passion. Aussitôt pour Darnly, et cette passion si profondément
après l'arrivée de Darnly en Écosse, elle répon- enracinée, qu'il n'était plus possible à la reine
dit au message par lequel Marie avait déclaré de rompre cet engagement 3. Le ministre de
qu'elle était disposée à accepter Leicesler, et elle France se porta volontiers 5 encourager la pas-
s exprima dans des termes qui dévoilèrent plei- sion de la reine d'Écosse. Il savait que l’orgueil
nement ses véritables intentions depuis le com- de Marie ne lui permettrait jamais de s'allier mcncement de cette intrigue '. Elle déclara que avec un sujet du roi de France. Le choix de ,Ma-
si le mariage de la reine d'Ecosse se faisait avec rie délivrait la France de l'appréhension d'un
Leicestcr, elle élèverait ce seigneur aux plus mariage avec un prince autrichien, et en même
grands honneurs; maisque par rapport au droit temps du danger d'une union trop étroite avec de Marie à la succession d’Angleterre, elle ne Élisabeth. De plus, comme Darnly faisait prosouffrirait point qu’on fit sur cela aucun exa- fession de la religion catholique romaine, cela inen juridique , et quelle ne permettrait point convenait parfaitement au plan de superstition qu'il fût publiquement reconnu , jusqu'à ce adopté par celte cour, qu’elle eût elle-même déclaré qu'elle ne se ma- Pendant que Marie était occupée à faire aprierait jamais. Malgré les promesses précéden- prouver aux cours étrangères des mesures qui tes et tout opposées d'Élisabeth, Marie aurait lui tenaient si fort au cœur, Darnly et son père pu s'attendre à cette dernière réponse. Cepcn- se faisaient , par leur mauvaise conduite, dans dantsa fierté fut blessée d’une marque de mépris l'intérieur du royaume, des ennemis capables aussi cruelle; elle perdit toute patience lors- de les traverser. Lennox, pendant les premières qu’elle avait été pendant si long-temps le jouet années de sa vie, avait montré peu d'habileté et d'Élisabeth, qui, sous des apparences d'amitié, de connaissances politiques; on ne voyait en l’avait abusée par de lâches artifices. L'indigna- lui qu'un homme de peu d'esprit , mais agité de lion lui arracha un torrent de larmes , et elle ex-
1 Krith, Appeutl. . 150. — * Unnlm ’WO- 1 Km b , 270. A ntl. , tâtt. i 'Casiclnau, tiit.
passions fortes. Darnly n'avait ni plus d’esprit ni plus d'intelligence que son père, et scs passions étaient bien plus impétueuses *. II joignait a ces défauts toute l'insolence qu'une figure avantageuse peut inspirer, lorsqu'elle n'est point accompagnée de qualités plus estimables. Enivré du haut degré de faveur où il était auprès de la reine, il commençait â prendre le tonde hauteur d'un roi, et cct air impérieux que la majesté même du trône peut â peine rendre supportable.
C’était par l’avis de Murray et de ceux de son parti, ou bien au moins avec leur consentement, qu'on avait invité Lennox à venir en Ecosse 2. Cependant , aussitôt que ce seigneur se fut affermi dans le royaume , il commença à cabaler en secret avec les nobles qu'il savait ennemis déclarés de Murray, et qu'il connaissait pour être , sur le fait de la religion , ou indifférons, ou zélés fauteurs du papisme 3. Damly, encore plus imprudent que son pire, laissait échapper des propos indiscrets sur les grâces que Murray avait obtenues des bontés de la reine *.
Mais ce qui déplaisait le plus aux nobles et ce qui augmentait leur indignation, c'était la familiarité dans laquelle Darnly vivait avec un Italien nommé David Rizio.
La basse extraction et l'état d'indigence de cet homme l'avaient mis dans une position qui devait naturellement dérober son nom â la postérité. Mais le rôle qu’il était destiné à jouer en Écosse, et sa catastrophe singulière, obligent l'histoire de descendre de sa dignité et de se rabaisser au récit de ses aventures. 11 était fils d’un musicien de Turin; il vint en Écosse à la suite de l'ambassadeur de Piémont ; son talent pour la musique lui donna entrée dans la maison de la reine. Sa profession servile lui avait rendu l'esprit souple et les manières insinuantes, il parvint à se concilier la bienveillance de la reine, et elle lui donna la préférence pour remplir la place de son secrétaire français, qui avait demandé à repasser dans son pays natal. Il commença alors à jouer un rôle à la cour et à y figurer comme un homme de poids et d'importance. Il fut aussitôt entouré de toute la cohorte de ccs
’ Koitli, 272. 273 - * Knox, 307. Keitb, 271.
* Keilb , 272. -•/«</., 274.
D’ÉCOSSIJ. 115651
esclaves ambitieux dont les cours sont remplies, et qui ont une merveilleuse sagacité pour découvrir les routes les plus assurées pour parvenir à leurs fins. On apercevait que scs recommandations avaient une grande influence sur l'esprit de la reine; on commença â le regarder non-seulement comme un favori , mais même comme un ministre. Rizio ne sc donnait pas la peine de diminuer l'envie qu'on porte toujours à ces révolutions de fortune, subites et extraordinaires. Il sc plaisait au contraire â faire parade de tout son crédit. Il affectait de parler souvent à la reine en public et avec beaucoup de familiarité : il tranchait du grand , il allait de pair avec les citoyens les plus riches pour la magnificence de scs habillemcns, pour le nombre de scs domestiques; il affichait dans toute sa conduite et dans son maintien cette insolence empruntée que la prospérité sans mérite inspire aux âmes basses. les nobles étaient indignés â l'excès de voir l'autorité usurpée de cct indigne favori, et ils supportaient impatiemment son arrogance. A peine pouvaient-ils sc contenir < n présence même de la reine, et s'empêcher de donner à Rizio les plus grandes marques de mépris. Le pouv oir exorbitant de cet homme n'était pas le seul motif de la haine envenimée des Écossais; ils le regardaient comme un ennemi dangereux de la religion protestante, et ils le soupçonnaient avec quelque fondement d'entretenir à ce sujet des correspondances secrètes avec la cour de Rome '.
Ce fut un grand malheur pour Darnly d’être tombé entre les mains de cct homme, et de s’être livré â lui. Rizio, par des louanges excessives et par des assiduités, flattait sa vanité, et il triompha bientôt de son peu d'expérience. Darnly crut ne pouvoir mieux faire que d’employer tout le crédit de Rizio, et celui-ci contribua eu effet ù concilier de plus en plus à Darnly la bienveillance et les affections de la reine 2. Mais tous les avantages qu'il retira des bons offices de Rizio ne pouvaient contrc-balanccr le mépris yl même l'infamie dont il se couvrait par ses liaisons et sa familiarité avec ce vil personnage.
Malgré tout l'empire que Darnly prenait de jour en jour sur le crnnr de la reine, celte princesse sc conduisait avec tant de circonspection ,
1 Duchan. , 3t0. Milv. , 107 - • Ibid. , 1 1l.
qu'elle trompa Randolpb , résident d'Annie- ! terre, homme d'ailleurs fin et pénétrant. On voit par les lettres que ce ministre écrivait à sa cour qu'il n'avait pas la moindre connaissance de l'intrigue qui sc tramait, et il assurait continuellement la reine d’Angleterre que Marie n’était point dans ( intention d'épouser Dandy1. Pendant que le ministre anglais vivait ; dans cette sécurité, la reine dépéclia Maitland , en Angleterre pour déclarer ses intentions à Élisabeth, pour lui faire part de son mariage avec Darnly, et pour lui demander son agrément. Cette ambassade fut la première chose qui fit A la fin ouvrir les yeux A Randolpb.
Élisabeth affecta la plus grande surprise en apprenant celte prompte détermination de la reine d'Écosse. Elle n’avait cependant aucune raison A donner de son étounemeut , puisque c'était elle-même qui avait tendu ce piège à Marie, et qu'elle devait s'attendre A voir l'effet de ses menées. Elle désapprouva hautement ce mariage; elle en exprima son mécontentement dans les termes les plus forts, et elle prétendit y apercevoir toutes sortes de dangers et d'inconvéniens pour les deux royaumes. Mais ce n’était encore qu’une pure dissimulation. Marie avait souvent et très expressément déclaré la résolution oA elle était de se marier. Il était impossible qu’elle fit un choix moins dangereux. On évitait par-là un concours d'intérêts étrangers dans la Bretagne, ce qti’Élisabelh craignait, et avec juste raison. Darnly était A la vérité allié des deux couronnes, et il avait des terres dans les deux royaumes, mais ni l'un ni l'autre n'avaient rien A en redouter. Far ces considérations, il est évident qu'il ne pouvait y avoir aucune réalité dans ces appréhensions d'Élisabeth, dans ces dangers qu'elle présageait, et que ses emportemens contre Darnly n’étaient que feinte et déguisement 3.
* Keith, 273. A ppc ntl. , 139.
9 Les historiens contemporains conviennent que te mariage de la reine d’tcosse avec un sujet n'était nullement désagréable A Élisabeth. Kuox , 309 , 373. Bûchait. . 339.
Castelnau, qui était alors bien au fait des deux cours de la Bretagne, assure que ce mariage était entièrement l’ouvrage d'Élisabeth, et il appuie cette opinion sur des raisons de la ptusgrande vraisemblance. Casleln. , 402.
On voit même, par les lettres des ambassadeurs d'Élisabeth, que cette princesse fut très couieuie de ce mariage Keith , 280, 288.
Cependant Élisabeth ne manquait poii.t de raisons politiques, et même très importantes, pour donner en cette occasion des marques de mécontentement. Marie, intimidée par ces démonstrations, aurait peut être différé son mariage, et Élisabeth, par une faiblesse indigne d'une grande Ame, et messéante dans une reine, désirait d'y apporter des obstacles. De plus, le grand objet de la politique d'Élisabeth était de maintenir la tranquillité dans son royaume; en désavouant hautement la conduite de Marie, elle espérait de porter l’alarme en Écosse dans le parti qui était attaché aux intérêts de l'Angleterre, d'encourager les nobles qui désapprouvaient secrètement ce mariage, et de les engager A s'y opposer ouvertement. Far ce moyen , des semences de discorde pouvaient se répandre dans tout le royaume et y exciter des troubles intestins. Fendant ces révolutions. Marie sc serait trouvée dans l'impossibilité de fi >rmer de ces projets dangereux que l'union de ses pruplrs lui aurait facilités. Élisabeth pouvait alors devenir l’arbitre entre Ja reine d’Écossc et ses sujets rebelles; et l’Anglais, spectateur tranquille de celte tempêle qu’il aurait excitée, serait venu A bout de ruiner le seul royaume qui pouvait lui susciter des troubles et des embarras.
Ce fut pour l’exécution de ce plan qu’Élisabelh porta A son conseil privé le message de la reine d’Écossc, et elle le consulta sur la réponse quelle devait y faire. le résultat de ce conseil fut , comme on peut bien se l’imaginer, parfaitement conforme aux vues secrètes de la reine. 11 lui fit des représentations sur le mariage projeté, et il lui exposa fort au long les dangers imaginaires dont cet événement menaçait le royaume '. Élisabeth ne cnit pas devoir s’en tenir A faire signifier son désaveu du mariage projeté, soit par Randolpb, son résident en Écosse , ou par Maitland , ambassadeur de Marie à la cour d'Angleterre. Pour donner un air de dignité A la comédie qu’elle voulait jouer, clic nomma le chevalier Nicolas Throgmorton , son ambassadeur extraordinaire en Écosse, et elle lui ordonna de déclarer dans les termes les plus forts le mécontentement quelle avait du mariage que Marie se proposait de contracter, et de produire en même temps la décision de son conseil
1 Keith , 27 4. Appciul., u° X , p. 68 et suiv.
privé , pour donner des preuves évidentes que le veru de la nation anglaise ne différait point des senlitnens particuliers de la reine. Peu de temps après, Élisabeth fit arrêter lady Lennox , la tint d'abord renfermée comme prisonnière dans sa propre maisun , et ensuite l’envoya à la Tour
On était déjà instruit en Écosse de toutes ces menées avant l'arrivée del'ambassadcuranglais. Marie, dans les premiers transports de sa colère, se détermina A ne plus i;arder de mesures avec Élisabeth. Elle envoya ordre A Maitland, qui venait avec Throgmorten , de retourner sur-lechamp A la cour d' Angleterre , et de déclarer A Élisabeth , qu'a près avoir été amusée si longtemps . et après avoir été jouée et trompée si grossièrement partant d'artifices, elle était déterminée A suivre sa propre inclination pour le choix de celui quelle devait épouser, sans demander d’autre consentement que celui de ses propres sujets. Maitland, avec sa pénétration ordinaire . aperçut toutes les suites de la commission qu'on lui donnait, toute l'aigreur et toute l'imprudence de la déclaration dont il était chargé. Il préféra de risquer d’encourir la disgrâce de sa maîtresse en désobéissant A ses ordres, plutôt que de devenir l’agent d’une démarche téméraire, et qui briserait avec tant d’éclat le peu de liens qui formaient encore une sorte d'union entre les deux reines -,
Marie elle-même reconnut bientôt sa faute. Elle reçut honorablement l'ambassadeur d'Angleterre. Elle entra avec lui dans le détail de sa conduite, cl elle chercha avec bienséance A la justifier. Quoique ferme dans sa résolution , elle affecta un désir inquiet de ramener A ses vues la reine d’Angleterre. Elle alla même jusqu'A déclarer que , par complaisance pour Élisabeth , elle différerait de quelques mois la consommation du mariage3. Cependant il y a lieu de croire que la dispense du pape, qu'on attendait, et l’envie de se donner le temps d’obtenir le consentement de ses sujets, furent les vrais motifs de ce délai.
Marie se donna beaucoup de soins pour obtenir ce consentement , et elle y employa toute son industrie. Lecomte de Murray était l'homme
1 Keitti, Appcnd 10t. — 'Keith, Appcntl , tGÜ.
• Keith, A ype ntl., -'78.
du royaume dont il lui était le plus intéressant de gagner le suffrage, mais elle avait des raisons pour craindre de ne pouvoir y réussir qu'avec une extrême difficulté. Depuis que Lennox était de retour en Écosse , Murray s’apercevait que la bienveillance que la reine avait pour lui diminuait de jour en jour. Dandy, Athol, Rizio, tous trois favoris de la reine, s'étaient ligués contre lui. L'esprit ambitieux du comte ne pouvait supporter cette diminution de crédit, dont ses longs et anciens services auraient dû le garantir. 11 se relira à la campagne, et laissa le champ libre A des rivaux avec lesquels il ne se sentait point assez de force pour entrer en lice ’. le comte de Rolhwell , son ennemi déclaré , et qui avait même été accusé d'avoir voulu attenter A sa vie, était de retour en Écosse, après avoir passé quelque temps dans les pays étrangers. Murray se crut obligé de pourvoir A sa sûreté , et toutes les instances de la reine ne purent jamais l'engager A se réconcilier avec ce seigneur. Il voulut absolument le traduire en justice; cl A force d'importunités, il obtint un jour marqué pour procéder A son jugement. Holhwell n'osa pas paraître devant Murray , qui arriva au lieu désigné , suivi de cinq mille de ses vassaux A cheval ; et il fut encore une fois obligé de sortir du royaume. Mais, par le commandement exprès de la reine, la sentence de proscription qu’il avait encourue, faute de comparoir, ne fut |M)int prononcée
Cependant Marie apercevait de quelle importance il était pour elle de gagner un sujet aussi puissant et aussi aimé du peuple que le comte de Murray. Elle le rappela A la cour , cl elle le reçut avec les plus grandes marques de confiance cl de considération. A la fin elle lui demanda de signer un papier qui contenait une approbation formelledu mariage de la reine avec Darnly, et de donner ainsi l'exemple A ses autres sujets. Murray avait bien des raisons de balancer sur une pareille demande , et même de s’y refuser entièrement. Darnly avait ruiné le cnMit de Murray auprès de la reine, et il affectait encore de montrer contre lui, dans toutes les occasions, une haine enracinée. En consentant A l’élévation de Darnly au tronc, Murray contribuait A lui donner une augmentation de pouvoir et de dignité
1 hall). 172, 274. Appcnd 159. — 1 Keith, iltid., Itiü.
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qu'on n'accorde pas volontiers à son ennemi. Les conséquences malheureuses d’une rupture avec l'Angleterre étaient un autre objet d'attention très intéressant pour Murray. Il avait ouvertement fait préférer l'alliance de l'Angleterre à l’ancienne alliance avec la France. Il avait été le principal mobile de ce changement dans le système politique de la nation. On avait fait une confédération avec l'Angleterre; pouvait-il approuver que la reine sacrifiât à une passion folle et inconsidérée une union si avantageuse pour le royaume et quelui-mème et les nobles étaient obligés, par toutes sortes de raisons , de maintenir 1 ? L'intérêt de la religion était aussi un des principaux objets des attentions de Murray. Marie était , à la vérité, entourée de conseillers protestans , mais elle avait trouvé le moyen d'entretenir avec les catholiques étrangers des correspondances dangereuses. Elle avait même recherché la protection du pape, qui lui avait envoyé un subside de huit mille écus2. ÿurrav s'était jusqu’alors attaché à modérer le zèle du clergé réformé , et à présenter la conduite de la reine sous l’aspect le plus favorable ; mais il ne pouvait pas s’empêcher d'être alarme de l'etitêtement qu'il apercevait dansla reine pour la religion romaine, et la résolution qu’elle prenait d'épouser un papiste faisait perdre la seule espérance qu'on pouvait avoir de la ramener. Toutes ces considérations agissaient fortement sur l'esprit du comte de Murray , et elles le déterminèrent alors à éluder les propositions de la reine.
1-es nobles, qui s'assemblèrent quelques jours après, parurent très disposés A se prêter aux vues de Marie. Plusieurs donnèrent sans hésiter leur approbation au mariage quelle désirait. Mais comme quelques autres, effrayés des mêmes dangers qui avaient alarmé Murray, ou bien encouragés par son exemple, refusèrent leur consentement , on indiqua une autre assemblée à Perth , pour délibérer A fond sur cette affaire 3.
Cependant Marie donna publiquement des preuves de son inclination pour Damly en lui accordant des honneurs réservés à la famille royale. L'opposition qu'elle avait rencontrée jusqu’alors, les ressorts qu’on fit jouer pour
• Keitb, U». - * Ibid . va. Melvil, 114.
* Keitb, 283. Knox, 273.
traverser et déconcerter son projet , firent sur elle l'effet qu'ils produisent ordinairement snr le cœur humain. Ils la confirmèrent dans ses sentimens, ils augmentèrent la violence de sa passion. La crédulité de ce siècle cherchait dans l'art de la magic les causes de cet attachement porté à l'excès >. Cependant celte prétendue sorcellerie se réduisait aux influences ordinaires de la jeunesse et de la beauté sur un cœur jeune et tendre,. Damly devint insolent dans sa prospérité. Flatté de l'amour de la reine, enivré des applaudissemens de la plupart de ses sujets , il perdit la tète ; sa fierté naturelle s’accrut au point de devenir insupportable; il ne pouvait plus souffrir d’être contredit , il ne voulait pas même recevoir des avis. Le lord Hulhven lui apprenant que la reine, pour apaiser Elisabeth , avait différé pour quelque temps de le créer duc d’Albanie, Damly, transporté de rage, tira son poignard et voulait le tuer sur-le-champ2. Marie eut bien de la peine A excuser relie conduite extraordinaire , et A empêcher Damly de tomber dans le mépris qu'il méritait.
Marie, dans tout le cours de sa vie, ne donna jamais tant de preuves de sa finesse et de son habileté. L'amour la rendait ingénieuse , et lui faisait chercher tous les moyens de se concilier l’affection de ses sujets. Elle gagna par adresse qurlques-uns des nobles, et plusieurs autres par des promesses. Elle leur distribuait des terres , elle leur accordait de nouveaux titres d'honneur *. Elle daigna même se donner des soins pour se rendre agréable au clouté protestant. Elle fit venir trois surintendans A Stirling, et elle leur déclara expressément qu'elle était dans la résolution de protéger leur religion , quelle assisterait volontiers à une conférence sur les points contestés entre les papistes et les protestans; et elle alla même jusqu’à marquer quelque désir d'entendre ceux de leurs prédicateurs qui s'étaient distingués par leur modération ( . la reine, par ces artifices, s'accrédita merveilleusement parmi le peuple , qui malgré les vexations qu'il avait tant de fois éprouvées, était toujours disposé à voir les actions de sa souveraine avec des yeux d’indulgence.
D'un autre côté , Murray et ses associés eurent
1 Keith , 2R3. — * Ibid , dppend , 160.
•Keith, 283. - ‘Knox, 373
la .simplicité de se laisser séduire parla politique d'Élisabeth. Elle s'exprimait arec tant de hauteur sur le mêcontentcmcut qu’elle avait du mariage de la reine; elle traitait lady Lennox avec tant de rigueur, elle écrivait à la reine d’Ecosse dans des termes si forts, elle rappela le comte de Lennox et son fils avec de telles menaces de sa vengeance s’ils osaient lui désobéir *, que Murray et ses amis furent pleinement les dupes de ces démonstrations, et ne doujérent point de la sincérité d'Éli.sabeth. Cette crédulité fortifia leurs doutes et leurs craintes sur le mariage de Dandy avec la reine, cl les encouragea â s’y opposer. Ils commencèrent à former entre eux des ligues et des confédéral ions pour leur défense mutuelle; ils lièrent des correspondances secrètes avec le résident anglais ; ils firent assurer Élisabeth de leur assistance, si elle jugeait quelle fflt nécessaire - ; ils travaillèrent a répandre dans la nation la terreur du danger dont elle était menacée , et a contrc-balanccr ainsi les moyens que la reine employait avec tant d'art pour arriver au but de ses désirs.
Ces intrigues étaient accompagnées de desseins plus criminels, plus analogues ;i l'esprit de ce siècle , et qui se tramaient dans le secret entre les deux partis. Darnly, impatient de l'opposition qu'il rencontrait, et qu'il attribuait entièrement à Murray, prit la résolution de se délivrer à quelque prix que ce fût d'un ennemi si puissant , et il forma le complot de l'assassiner pendant la tenue de l'assemblée de Perth. Murray,^ son côté, avait concerté des mesures avec le duc de Cbatellcrault et le comte d'Arjçyll, pour se saisir de Darnly et l'envoyer prisonnier en Angleterre , n’espérant plus de trouver d’autre moyen d'empêcher son mariage avec la reine.
Si l'une ou l’autre de ces conspirations avait eu son effet , l’assemblée de Pertli serait devenue un théâtre d’horreurs. Maie ces complots furent déconcertés par la vigilance ou par la bonne fortune de ceux contre lesquels ils étaient formés. Murray averti du danger où il était, par quelques personnes de la cour qui lui étaient affidées , et qui étaient restées attachées à ses intérêts, évita le coup qu'on voulait lui porter, en ne se trouvant point à rassemblée d Perth.
• Kent] , 285, 286. - * Ibid. , 288, 292, 296.
[lâCô]
Marie col avis de l’entreprise de Murray, partit en grande hâte avec Darnly , et se relira de l'autre côté du Fortli. Les coupables, dévorés de remords, l'âme en proie à leurs ressent imens, ne pouvaient ni se dissimuler à eux-mêmes la noirceur de leurs forfaits, ni perdre le souvenir des injures méditées contre eux. Dès lors toute espérance de réconciliation s'évanouit, et l'animosité entre Darnly cl Murray éclata avec les symptômes d’une haine implacable *.
1 I. Les circonstances, et même ta réalité de ces deux conspiration* respective», oui donné lieu à pinceur» dispute* et h de Grande* roni radie lion* entre le* historiens. Quelques-uns ont nié absolument qu'il y ciU eu aucun dessein formé contre la rie de Murray. D'autre* ont réroqué en doute la conspiration contre Darnly. Il parait qu'on a de tri abonnes raison* pour ajouter foi â ce* deux é'éiiemens; nui* il est certain que le* historiens des partis opposés, par zèle ou par crédulité , en ont exagéré le* circonstances. On voit, par exemple, qu'il y a tout lieu de croire qu'on avait projeté quelques voies de fait contre Murray.
1° Le fpit est avancé comme certain par Buchanan, 341. 2° Le résident anglais écrit à Oeil , que Murray avait été informé avec certitude qu’on voulait l'assassiner à Perth, et il lui fait le détail de la manière dont ce complot de vait être exécuté. Keith, 287.
3° Murray assura lui -même et soutint publiquement qu'on avait eu réellement dessein d’attenter à sa vie. (Keith, dppend. , 108.) Il est vrai qu’il fut appelé par la reine pour donner juridiquement des preuve* de cette assertion, et qu’on lui offrit un sauf-conduit pour le temps qu'il passerait à la cour à cet effet. {Ibid.) Mai* si f'on considéré la position où Murray se trouvait, et l’esprit qui réftnait alors & la cour, on nes'étonnera pas qu'il n'ait point voulu se risquer sur de telles assurance*.
4° Les passions et les fureurs de Darnly, la férocité de son ressentiment , son peu de délicatesse sur les moyens de l’assouvir, et les mœurs du siècle en Général, donnent beaucoup de vraisemblance à cette imputation.
II. Que Murray et ses associés eussent formé la résolu tion de se saisir de la personne de Darnly, c’est un fait qui parait prouvé avec la plus Grande certitude : 1° par le témoignage de Melvil , qui l’avance comme une chose assurée, 112, quoique fiuchauan, p. 341, et Kuox , 377, affectent, mais sans aucune preuve, de le rapporter comme un simple bruit. 2° On demanda à Randotph si le Gouverneur de Berwick recevrait Lennox et son fils , en cas qu’on les menât prisonniers dans cette place ; ce qui prouve la réalité de quelque projet de celle espèce , et la réponse de Randotph ne fu^ point découraReante. (Keith, 290.} 3° La précipitation avec laquelle la reine se retira , et la raison qu’elle donna de cette fuite, sont rapportées par Randotph. (Keitb, 291.) 4° Une grande partie de» nobles d’Écossc, et enir’aulres, les comte* d'Àrgyll et de Rothes, qui étaient instruits du projet, affirment la réalité de la conspiration. Good. , vol 11 , 558.
Toutes ces circonstances laissent peu de doutes sur la réalité de ce* conspirations. Cependant je crois qu’il est 5
Lorsque Marie fut revenue A Edimbourg, elle convoqua scs vassaux par uuc proclamation , et leur manda de venir la trouver en armes , pour la défendre contre scs ennemis étrangers et domestiques*. Elle fut obéic avec tome la joie et la vivacité qu'une administration douce et populaire peut inspirer A des sujets. Cependant Marie devait en grande partie cette affection de ses peuples au comte de Murray, dont l'administration avait toujours été très sage. Mais il s’était opposé au mariage de la reine, et ce crime avait effacé la mémoire de tousses services passés. Marie, qui ne pouvait supporter la contradiction , et qui regardait comme ennemis de sa personne tous ceux qui résistaient à ses volontés, résolut de faire sentir à Murray tout le poids de sa vengeance. A cet effet , elle le fit sommer de comparaître par-devant elle sans aucun délai, pour y répondre sur divers chefs d'accu-
aropo* d’observer combien ce* preuves, quoique tirée* de* écrit* public*, sont encore éloignées d’établir l’évidence et l’auitienlictté de l'un et l’autre de ce* événement Itochauan et (tandolph, dans le récit qu’ils font de la conspiration contre Murray, different sur presque tous le* points de délai). On ne trouve ni plu* de suite ni plu* de coufonnité dans le récit de l’entreprise faite ctiinre Darnly. Melvil rapporte que le dessein de* conjuré* était d’emmener Darnly prisonnier en Angleterre : ce fait se rappone avec la proposition faite a Randolpb. Randolph dit que leur projet était de conduire la reine à Saint - André, .et Darnly au rliâlrau de Campbell, te* lord*, dans leur déclaration , affirment que le dessein de* coojuré* était de tuer Darnly et ion pere, de confiner la reine , pour toute ta vie , dan* Lochlewen , et de «'emparer du gouvernement. Le* «avan* qui s'attachent J la recherche de* antiquité* «ont ordinairement portés b croire aveuglément tout ce qu'il* trouvent dans le* écrit*. Cependant ce* antienne* chronique* ne contiennent le plu* souvent que le* calomnie* débitée* par un parti et le* mensonges du jour. La déclaration de* noble* qui e*t rapportée est de cette espèce : elle e*t remplie de fiel et d'animosité ; on voit qu'elle e*t écrile avec toute ta chaleur de l’esprit de faction. Plusieurs choses qui y sont affirmée* «mit eu évidemment f -lasses ou exagérée*. En supposant a Murray et J «** confédéré* tome l'ambition qu’on leur prête, il fallait qu’il* eussent quelques prétexle* , quelque* raison* plausible* , pour se hasarder b emprisonner leur souveraine et b sc saisir des réues du gouvernement. Mai* alor* la conduite de la reine ne leur fournissait aucune raison apparente pour excuser de tellesextrémité*. Il est encore b remarquer que dans toute* le* proclamations contre Murray, et qui «e trourent en si grande quantité dans Keith, Appt ml. , 108, etc., il n’e*l pas fait mention une seule fois ni du complot contre Darnly , ni de celui qu'on dit qu'il avait formé contre ta reine.
• Kcitb , 298.
station intentés contre lui 1 . Dans ce même temps, Murray elles lords sesadliérens étaient assemblés à Stirling, pour délibérer sur le parti qu'ils devaient prendre dans des conjonctures aussi difficiles. Mais ils avaient tellement contre eux la voix du peuple, et la nation, malgré ses craintes et scs ombrages, était si généralement disposée il complaireà la reine sur un point qui la touchait si sensiblement , que Murray et scs associés ne trouvèrent point d'autre expédient que d'avoir recours A la protection de la reine d'Angleterre. Ils terminèrent ainsi leurs délibérations infructueuses; l’assemblée se sépara, et chacun se retira chez soi.
Pendant que la reine apercevait avec la plus grande satisfaction la faiblesse de ses ennemis, l'affluence de ses sujets qui venaient de tous 1rs coins du royaume sc rendre auprès d'elle lui donnait des preuves assurées de toute la force de son autorité. Marie voulut profiler de ces circonstances favorables pour terminer enfin celle affaire de cœur dont clic était occupée depuis si long-temps. Le 29 juillet, elle épousa lord Darnly. Le mariage fut célébré dans la chapelle de la reine suivant 1rs rits de l’église romaine, après l’arrivée de la bulle du pape qu'on attendait pour la dispense de parenté 2. la reine fit aussitôt proclamer son ntari roi des Ecossais, et l'édit qui lui accordait cc titre fut accompagné d'un autre qui ordonnait qu'à l'avenir tous 1rs actes publics fussent expédiés au nom du roi et de la reine 3. Cc dernier trait représenta toute la violence de l'amour de Marie, ou bien toute la faiblesse de ses conseils. Marie pouvait-elle se déterminer sur le choix d’un mari sans le consentement du parlement? C’était un point qui, dans ce siècle, pouvait être un objet de discussion *, Mais d'accorder de sa propre autorité A cc mari le titre et la dignité de roi, de donner par une simple proclamation un maître A scs peuples; l'irrégularité de cc procédé ne pouvait pas être révoquée en doute. François II avait, A la vérité, porté le même litre, mais il le tenait du vœu de la nation et non pas de la libéralité de la reine; et avant que de se hasarder A le prendre il avait obtenu le consentement du parlement. Darnly, né sujet, était plus qu'aucun
* Keith , Append. , !08. — * Keith , 307. — 1 Antiers., 1,33. Appcrul. , n° XI, p. 81 et «uiv. — 4 Buchanan, 311.
I2li HISTOIRE
autre dans la nécessité de réclamer le concours de l'autorité du conseil suprême en sa faveur. Cette extension de l'autorité royale , cette entreprise inouïe et despotique de substituer une proclamation à un acte de parlement, pouvait causer à la nation de justes alarmes. Mais la reine possédait alors à un tel degré la confiance de ses sujets, que, malgré les clameurs des méconteus, le corps de la nation ne donna dans cette occasion aucune marque de déplaisir.
Cependant , au milieu des fêles et des réjouissances , dansces'pretniers transports d'un amour Iteureux , la reine ne donnait point de rellclic à ses ressentimens, et elle était continuellement occupécdes moyens d'en faire ressentir les effets aux nobles méconteus. Trois jours après le mariage, Murray fut encore sommé, et sous les peiues les plus sévères , de se. rendre a la cour. Faute par lui de comparaître il éprouva toute la rigueur de la justice-, il fut condamné |wr contumace et proscrit Dans le même temps la reine mit en liberté lord Gordon, qui était dans les prisons depuis la rébellion de son père, en l'année 1 562. Elle rappela le comte de Sutherland. qui avait été accusé d’avuir pris part à cette conspiration, et qui s'était réfugié en Flandre; et elle permit à llolhwcll de revenir en Écosse. Gordon etBothwell étaient les seigneurs les plus puissans du royaume, et ils étaient, ainsi que Sutherland, ennemis jurésde Murray, qu’ils regardaient comme l’ennemi de leurs familles et comme l'auteur de leurs souffrances. Cette haine pour Murray qui leur était commune fut le fondement de l’union la plus étroite avec la reine , et leur procura un grand ascendant dans tous les conseils. Murray lui-même regardait cette union intime de Marie avec ses ennemis déclarés comme la plus importante de toutes les mesures qu’on avait prises contre lui, et comme la marque la plus assurée du ressentiment implacable de la reine.
Les roécontens n'avaient point encore pris ouvertement les armes5. Mais la reine ayant
' Keilk, 309,310,
* Après la délibération infructueuse des lords à Stirling , ils s'étaient retirés chacun chez eux. (Keith , 304.) Murray resta toujours à Saint-André jusqu’au T2 juillet, i Keith, 306 ) Suivant les places de rendez-vous marquées aux habitai!» des différons comtés , au 4 août , il parait que le dessein de la reine étaïL de marcher dans le comté de Fife , où Murray, Rolhet , Kirkaldy et les autres chefs
D’F.COSSF.. [1565)
i ordonné à ses sujets de marcher contre eux, ils furent poussés aux dernières extrémités. Comme ils n’étaient point en état de résister aux forces que la reine avait rassemblées , ils se réfugièrent dans la province d'Argyll dans l'espérance d’y recevoir des nouvelles d'Klisabelb, dont ils avaient réclamé secrètement le secours, et à qui ils avaient demandé une prompte assistance *.
Cependant Élisabeth cherchait à jeter Marie dans de nouveaux embarras, en lui faisant encore signifier le mécontentement qu’elle avait dj sa conduite. Elle blâmait, et le choix qu'elle avait fait de lord Dnrnly, et la précipitation avec laquelle elle avait conclu ce mariage. Elle demandait que Leunnx et Darnly, quelle appelait toujours ses sujets , retournassent en Angleterre ; | elle intercédait en même temps avec chaleur en faveur de Murray, dont elle prétendait que la conduite était non-seulement exempte de reproches , mais même digne de toutes socles d’éloges. Ces conditions si mortifiantes pour l’orgueil delà reine, et si pleines de mépris pour son mari , furent rendues encore plus insupportables par l’efFroulerie et l’insolence de Tamworth qui en fut chargé 5. Marie justifia sa conduite avec beaucoup de vivacité, mais eu même temps avec une grande force de raisonnement. Elle rejeta les sollicitations d'Élisabeth en faveur du comte de Murray, et elle fit paraître son ressentiment de ce que la reine d’Angleterre prétendait s’ingérer du gouvernement intérieur du royaume d’tcosse 5.
Marie, malgré les représentations d’Élisabeth, ne diminua rien de l'ardeur avec laquelle elle poursuivait Murray et scs adhérens V Ils avaient pris ouvertement les armes, et, après avoir reçu d'Élisabeth quelques secours d’argent5, ils travaillaient à faire soulever leurs vassaux des comtés occidentaux. La vigilance de Marie les em-
des mécontrn» faisaient leur résidence fKeilb, 310.) l-enr fuite dans les pays occidentaux (Keith, 319', fit manquer cette expédition, et les premiers rendez-vous furent changés- Keith, 310.
1 Keith, 312. Knox , 380. — * Canidcn , 3S8
* Keith , A ppc ml , 09.
4 Les personnes les plus considérables qui s’élaienl jointes à Murray, étaient le duc de Chalellerault, les comtes d'Argyll, de Cleucairn, et de Etulhcs; les lords Boyd ei Ochiltree ; parmi les nobles, de Grange, Cunuingbamhcad, Balcomie, Carinyllc : les avocats, Bar, [>reghorn , Pilarrow. Knox , 382.
4 Knox , 380.
pécha de s’assembler et de tonner un coq» considérable. Toutes les opérations militaires de la reine étaient alors concertées avec sagesse, exécutées avec vigueur et toujours suivies du succès. Pour encourager scs troupes, elle marchait elle-même à leur tête, toujours à cheval, ses pistolets chargés 1 ; elle supportait toutes les fatigues de la guerre avec une force admirable. •Son air de gaîté et de résolution inspirait un courage invincible à scs troupes; elles étaient d’ailleurs infiniment supérieures pour le nombre à celles des méeontcns, qui n'osaient pas tenir la campagne. Mais ils trouvèrent le moyen de dépasser l’armée de la reine, et ils marchèrent en grande hâte à Edimbourg, où ils essayèrent de faire soulever les habitans et de leur faire prendre les armes. I J reine, sans leur donner le temps de se reconnaître, se mit à leur poursuite, et les joignit en peu de temps. Aux premières approches de son armée, les mécontens forent obligés d'abandonner la place et de se retirer en grand désordre vers 1rs frontières occidentales*. Comment! fut pendant quelque temps incertain de la route qu’ils avaient prise , Marie employa cet intervalle â pourvoir â la sûreté des comtés situés dans le cour du royaume. Elle s’empara des places fortes qui appartenaient aux rebelles, et elle obligea dans ces provinces les barons les plus suspects de former des associations et de s’armer pour sa défense 3. Après avoir établi la tranquillité dans tous les pays qu’elle laissait derrière elle, elle marcha avec une armée de dixhuit mille hommes à Dumfrics, où les rebelles étaient alors. Pendant leur retraite , ils avaient écrit à la reine, de tous les endroits où ils s’étaient arrêtés, des lettres remplies de soumission, et qui contenaient quelques ouvertures d'accommodement. Mais Marie, qui était déterminée â ne point laisser échapper une occasion aussi favorable d'alxittrc les esprits mutins de ses sujets, rejeta ces propositions avec dédain. A mesure quelle avançait , les mécontens se retiraient; et comme ils ne recevaient d'Élisabeth aucun secours effectif 4 , privés de toute espérance, ils ne virent plus d'autre ressource que de se réfugier en Angleterre, et ils allèrent se raet-
1 Keith , Append , 1HÎ.
* Kcilh , Append , 315.
* Keith, Append. ,113.
4 Append , il” XII , XIII . p 89, 92 et wiv.
Ire sous la protection du comte de Bedford, gardien des marches.
Bedford, qui était ami particulier de Murray, n'oublia rien pour adoucir leurs malheurs et pour leur rendre cette retraite agréable. Mais Élisabeth les traita avec une extrême indifférence : elle était parvenue à ses fins, elle s’était servie d’eux pour semer la discorde parmi les Écossais et pour susciter des troubles qui devaient, selon toutes les apparences, donner pour long-temps des affaires à Marie et affaiblir ses conseils. Elle ne songeait plus alors qu’à sauver les apparences et à se justifier des imputations des ministres de France et d’Espagne, qui l’accusaient d’avoir fomenté les troubles en Écosse par ses intrigues. L’expédient qu’elle imagina pour se laver de ce reproche peint bien au vrai le caractère de cette princesse, et la malheureuse condition des exilés qui sont obligés de se mettre sous la dépendance d'un prince étranger. Murray, Hamilton et l'abbé de Kilwinning, avaient été députés vers Élisabeth par les autres fugitifs. Au lieu d’y trouver la bonne réception due à des hommes qui, par confiance en ses promesses, avaient risqué leur vie et leur fortune, ils ne purent pas même obtenir la simple faveur d’une audience, sans avoir auparavant consenti à déclarer, en la présence des ambassadeurs de France et d’Espagne, qu'Ëlisabeth ne les avait encouragés en aucune manière à prendre les armes. A peine curent- ils proféré ces mots, qu'Ëlisabeth, à leur grand étonnement, leur fit cette réponse : « Vous avez dit la vérité. Je suis «bien éloignée de donner l’exemple de la rébellion à mes propres sujets, en soutenant ceux «qui se révoltent contre leur prince légitime. «Votre trahison est un crime détestable, et, «comme traîtres, je vous bannis de ma pré- «sence *. » Malgré celte comédie indécente, cette scène de fausseté, dont tous les acteurs partagèrent également le déshonneur, Elisabeth permit aux mécontens de rester tranquillement dans ses états; elle leur fit sous main distribuer de l’argent, et elle renouvela ses instances en leur faveur auprès de la reine d’Écosse *.
L’avantage que Marie avait remporté sur les mécontens ne remplissait point enoorg tout l'objet de ses désirs; elle résolut de pousser les
1 Melvil, 112, — * Knox , 389.
>gi,
cluses plus loin, et d’cmpècher que le parti qu'elle craignait pût jamais reprendre pied dans le royaume. Dans cette vue , clic convoqua une assemblée du parlement , et pour que la sentence de confiscation Fût prononcée légalement contre ; les lords bannis, elle les fit sommer par une proclamation publique de comparaître par-devant elle
Le duc de Chatellerault obtint par ses soumissions son pardon en particulier, et ce ne fut qu’avec beaucoup de peine , parce que le roi s’y opposait fortement. Mais le duc fut obligé de quitter le royaume et d’aller pendant quelque temps demeurer en France J.
Les forces nombreuses que Marie avait mises en campagne , la vigueur avec laquelle elle avait agi , des troupes tenues sous les armes pendant une aussi longue expédition , semblent supposer une puissance et des richesses bien plus considérables que celles de la reine d'Écossc. Mais dans ce royaume, les princes mettaient alors des armées sur pied , et les entretenaient à peu de frais Le vassal suivait son seigneur suzerain , et le seigneur accompagnait le monarque, l’un et l'autre û ses [impies dépens. Cependant la reine, outre sa garde ordinaire, soudoyait six cents hommes de cavalerie et trois compagnies d'infanterie. Cette dépense extraordinaire, et les frais occasionés par son mariage, avaient épuisé sou trésor, qui était peu considérable. Dans celte nécessité, on proposa plusieurs expédions pour lui procurer de l’argent. On fil payer des amendes aux villes de Saint- André, de Perth et de Dundee, qui étaient soupçonnées de favoriser les mécontcns. On imposa une taxe extraordinaire sur les bourgs dans tout le royaume , et on demanda une grosse somme , par forme d’emprunt, aux citoyens d'Edimbourg. Ces exactions , jusqu'alors inconnues, alarmèrent les peuples. Ils prirent des délais, iis formèrent des difficultés pour s’y soustraire. Marie déclara qu'elle regardait ces démarches comme des actes marqués de désobéissance, et elle envoya aussitôt plusieurs citoyens dans les prisons. Celte sévérité fut inutile , et rien ne put dompter l'esprit de liberté qui régnait parmi les habilans d'Édimbourg. La reine fut obligée de leur hypothéquer la suze-
» Keilti, 320.
*Keuli,3«l.
D’ECOSSE. [lôCô]
raineté de la petite ville de Leith 1 , et elle obtint par ce moyen une somme d’argent considérable 3. Elle retira encore quelques secours du tiers des revenus des bénéfices ecclésiastiques. Vers ce même temps leelergé protestant se plaignait plus que jamais de sa pauvreté. Les armées avaient apparemment épuisé une grande partie des revenus destinés pour son entretien 3.
Le clergé ne fut point spectateur oisif des troubles de cette année, si féconde en révolutions. Quelques-uns des nobles mécontcns se trouvèrent A l'assemblée du 24 juin , et il parait qu’ils eurent une grande influence sur les délibérations du clergé. Le ton de hauteur qu’on aperçoit dans l'adresse qui fut présentée A la reine ne peut être attribué qu'aux crainlrs et aux jalousies de ces nobles, par rapport A la religion, et au désir qu’ils avaient de les inspirer A la nation. L'assemblée se plaignait avec amertume des entraves qu'on avait mises aux progrès de la réformation depuis l’arrivée de la reine en Écosse. On demandait non-seulement la suppression entière du culte romain dans tout le royaume, mais même dans la propre chapelle de la reine; que la religion protestante fût établie légalement , et que Marie elle-même en fit profession publiquement. La reine, après quelqursdélibératiuns, répondit queni sa conscience ni son intérêt ne lui permettaient de se prêter A de telles propositions; que la première lui attirerait le reproche d’un changement qui ne serait pas fondé sur sa propre conviction, et que la seconde souffrait beaucoup d'inconvénicns, en ce queson apostasie ofFenscrait grièvement le roi de France et scs autres alliés du continent *.
11 est A remarquer que la situation avantageuse des affaires de la reine pendant le cours de cette année commença A upérer quelques ehangemens en faveur de la religion romaine. Les comtes de Lennox, d’Athol et de Cassils, assistèrent publiquement A la messe; la reine elle-même accorda plus ouvertement que jamais sa protection aux catholiques romains; et quelques anciens moines se hasardèrent, avec sa permission , à prêcher publiquement devant le peuple *.
1 Bourg, ou petite ville *ur le golfe d'Édimbourg , A mille pas de la ville de ce nuin. — * Kuox , 383 , 380.
* iMaiUand , Hisl. d‘ Éilimbuurfi , X7.
* Kuox , 37 1 , 376- — ‘ Kiwi , 3tW, 390.