K IV
Ces insinualkms portèrent tout leur venin dans le cœur du roi. L’âme en proie à un concours de passions compliquées, sa fureur l'entraîna aux plus grands excès. Impatient plus que jamais de se venger, il ne veut plus différer, il promet même de frapper le coup de sa propre main. Il traite aussitôt avec les lords, on convient des préliminaires, on dresse des articles, chacun y stipule ses intérêts et sa sûreté. Le roi s'engage 4 empêcher la proscription des nobles exilés, à consentir i leur retour en Écosse, 4 obtenir pour eux la rémission et le pardon absolu de tous leurs crimes, et 4 soutenir de toute son autorité la religion actuellement établie dans le royaume. Les lords, de leur côté, promirent de faire tous leurs efforts pour procurer 4 Henri la couronne matrimoniale , et pour lui assurer le droit de succession dans le cas où la reine viendrait à mourir avant lui, et de défendre ce droit jusqu'4 la dernière extrémité, contre tous ceux qui voudraient le lui disputer. D’un autre côté, il était dit que si , dans la poursuite de c#tle entreprise, Rizio, ouqueiqu'autre, venait 4 être tué, le roi se reconnaîtrait lui-mêmeauteur du forfait, et protégerait tous ceux qui y auraient participé Il ne restait plus qu’à concerter le plan de l'exécution de ce crime, à choisir les acteurs et à leur distribuer les rôles qu’ils devaient jouer dans cette détestable tragédie. On est saisi d’horreur au récit de toutes les circonstances de cet événement, qui peignent au vrai, et qui caractérisent les mœurs des hommes de ce siècle. La place choisie pour commettre ce forfait fut U chambre même de la reine. Marie était dans le sixième mois de sa grossesse ; Riz» pouvait être pris partout ailleurs, et sans nulle difficulté; mais le roi ht choix de cet endroit pour jouir du plaisir barbare de reprocher 4 Rizio tous ses crimes en présence de la reine. Le comte de Morton, et le lord grand-chancelier se chargèrent de la direction d’une entreprise formée au mépris de toutes les lois dont Us étaient eux-
commerce criminel avec Rizio, & moins qu'on ne veuille la regarder comme une femme absolument abandonnée. Mai* la preuve la plu* assurée de l’innocence de la reine, c'est le silence de Randolph, résident d’Àn- Blelerre , homme très disposé à relever toutes les fautes de Marie, et même à les aecraver, et qui cependant ne donne pas une seule fois à entendre que la cc*» fiance quelle avait ci» Kizio cacbât rien de criminel 1 Good. , vol. 1, 2UG.
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mêmes les depositaires. Le lord Ruthven, retenu au lit depuis trois mois par une maladie très dangereuse, et qui était encore si faible qu’il avait peine à marcher et à porter le poids de ses armes, fut choisi [tour frapper le premier coup; et pendant qu'il ne pouvait se traîner qu'à l aide de deux hommes qui le soutenaient , il se mit en marche pour aller commettre un meurtre en la présence de sa souveraine.
Le 9 de mars , Morton entra dans la cour du palais avec cent soixautc hommes, et sans bruit, fans trouver aucune résistance , il se saisit de toutes les portes. La reine était à souper avec la comtesse d'Argyll , Rizio, et un petit nombre de domestiques. Le roi entre tout d'un coup dans l'appartement par un passage détourné. Après lui, venait Ruthven, armé de pied en cap, encore pâte et défait de sa longue maladie , le regard farouche et terrible, suivi de trois ou quatre de scs complices les plus affidés. Cette apparition subite et imprévue alarma tous ceux qui étaient présens. Rizio aperçut bientôt qu'il était la victime qu'on voulait immoler. Saisi d'effroi , il court se jeter derrière le fauteuil de la reine, et il s’y tient fortement attaché , espérant que le respect dû à la majesté royale pourrait le garantir de la mort qu'on lui préparait. Mais les conjurés avaient été trop loin pour être arrêtés par aucune considération de cette espèce. Une troupe de gens armés se précipitent dans la chambre. Ruthven lire son poignard , et d'un air menaçant, d’un ton de vuix furieux, il lui ordonne de quitter une place dont il était indigne, et qu'il occupait depuis trop long-temps. Marie eut recours aux larmes , aux menaces, pour sauver son favori ; tout fut inutile : le malheureux Rizio fut arraché d’auprès d’elle avec violence ; et sans se donner le temps de le traîner dans l'appartement voisin, ses ennemis assouvirent leur rage, et il tomba mort, percé de cinquantesix coups'.
Athol, Huntly, Bothwell, et d’autres confidens de la reine , qui entendirent la rumeur, furent alarmés et craignirent le même sort ; mais il n'y avait point eu apparemment de projet formé contre eux, ou bien les conjurés n'osèrent point répandre le plus noble sang du royaume , par ces voies illégitimes qu’ils avaient hasardées
1 Jppcnd,, n" XV |>. IU3 et <uiv.
contre un étrangcr.Quelques-unsdeccs seigneurs furent renvoyés , d'autres prirent la fuite.
Cependant les conjurés se rendirent maîtres du palais , et gardèrent la reine à vue, et avec le plus grand soin. Le roi fit publier une proclamation qui défendait au parlement de s'assembler au jour qui avait été indiqué , et il prit des mesures pour empêcher les séditions dans la ville1. Murray, Rolhcs, et leurs adliércns, informés de la manière dont on s'était défait de Rizio, arrivèrent le lendemain au soiràÉdimbourg. Murray fut très bien reçu du roi et de la reine. I,e bon accueil du roi était fondé sur 1rs conventions qu'ils avaient faites entre eux, et la reine espérait , par scs manières engageantes, de gagner Murray , et de l'cmpèchcr de se liguer avec les meurtriers de Rizio. Elle connaissait leur pouvoir, et elles les craignait. L'insulte qu'on venait de faire à son autorité, et même à sa personne, était si éloignée du caractère de Murray , qu'elle désirait infiniment de se réconcilier avec lui, dans l'espérance qu'il la servirait dans les projets de vengeance qu'elle méditait. Cependant Murray se trouvait obligé, par reconnaissance , de travailler à sauver des gens qui avaient hasardé leur vie pour lui ; la reine , qui d'ailleurs n'avait pas la liberté du choix , voulut bien admettre en sa présence Morton et Ruthven, et elle leur promit de leur accorder leur pardon dans les termes qu’ils jugeraient nécessaires pour leur plus grande sûreté.
Cependant le roi était lui-même étonné de la hardiesse et du succès de son entreprise, et il était incertain du parti qu'il devait prendre. La reine observait son irrésolution , et elle savait en tirer avantage. Elle employait tout son art pour faire rompre les engagemens qu'il avait pris avec ses nouveaux associés. Le roi, de son côté, tourmenté de remords, cherchait par toutes sortes de complaisances à réparer l'insulte qu'il avait faite à une femme illustre, et qui l'avait comblé de tant de bienfaits. Malgré les avis qu’il recevait de tous côtés, de se méfier des ar tificesde la reine, il consentit à renvoyer la garde que les conjurés avaient mise autour de sa personne. La même nuit il partit précipitamment avec la reine , accompagné seulement de trois personnes , et se retira à Dumbar. Le pro>
1 K ci ili , Jppcnd. , 126.
jet de cette fuite avait été concerté avccHuntly I grands biens, de perdre la fortune la plus
et Bothwell, qui les joignirent aussitôt avec quelques autres nobles. Bolliwcll avait ses biens dans cette partie du royaume ; les vassaux vinrent en Poule se joindre à leur chef, et formèrent un corps si nombreux, qu'avec ces secours la reine fut bientôt en état de tenir tète aux conjurés.
Cette fuite précipitée du roi et de la reine jeta les meurtriers de Rizio dans la plus grande consternation. Ils avaient obtenu la promesse de leur pardon, mais il paraissait par la conduite de la reine qu'elle n'avait eu intention que de gagner du temps et de les amuser. Cependant ils hasardèrent d'en demander l’exécution; mais celui qu'ils avaient chargé de ce message fut arrêté prisonnier; la reine s’avança vers Edimbourg à la tète d'un corps de huit mille hommes, et prit aussitôt le ton du ressentiment et de la vengeance. Elle avait eu en même temps l’adresse de détacher Murray et ses amis de leur union avec les assassins de Rizio. Elle avait aperçu que la réunion de ces deux partis pouvait former une confédération qui deviendrait formidable à la couronne; elle marqua beaucoup de disposition i rendre ses bonnes grâces au premier, et elle se montra, pour l'autre, inexorable. Murray et scs adhérens n'étaient pas moins empressés d'accepter leur pardon aux conditions que la reine leur proposait. Les meurtriers de Rizio, sans aucune ressource et hors d'état de faire la moindre résistance, s'enfuirent promptement en Angleterre , et , se trouvant dans la même position o fi étaient auparavant Murray et ses partisans , ils allèrent occuper le même asile que ces derniers avaient abandonné depuis peu de jours.
Jamais un homme aussi distingué que le comte de Morton, par sa rare prudence et même par son adresse et sa dextérité, ne s'était trouvé dans des circonstances plus malheureuses. Après avoir perdu la bienveillance du roi, qui avait eu la bassesse de nier hautement qu’il eût eu connaissance de la conspiration, et qui l'avait même fait publier par des proclamations; lâchement abandonne par Murray et par tous ceux de son parti ', Morton, fugitif, exilé du pays de sa naissance, était obligé de se démettre de la charge du royaume la plus importante, de quitter de
‘ Metvil, tjo.
brillante.
Marie, à son retour à Edimbourg , commença â procéder dans toute la rigueur des lois contre tous ceux qui avaient eu part au meurtre de Rizio. Cependant on doit remarquer, â la louange de la reine, qu'elle donna en cette occasion des marques de sa clémence. Il n’y eut pour ce crime que deux personnes condamnées au supplice, et qui n'étaient pas mèmed’un rang fort distingué 1 .
On aperçoit dans cette conspiration une circonstance, qui à la vérité ne tient pas absolument à l’action, mais qui mérite d'ètrc observée. Le but principal de la confédération entre le roi et les conjurés était un assassinat. Cependant ils prirent soin de la conservation de l'église réformée, et cet article fut un de ceux dont ils parurent le plus occupés. Ces mêmes hommes, qui se préparaient â violer un des principes les plus essentiels de la morale, affectaient néanmoins le plus grand respect pour la religion. L!n historien rapporte ces inconséquences de l'esprit humain , sans prétendre ni les justifier ni même en rendre raison. Content de régler ses propres sentimens sur les lois éternelles et immuables de la justice et de la vertu, il remarque ces extravagances comme autant d'ombres au tableau du siècle qu'il décrit , et il les présente pour servir d'instruction aux siècles â venir.
Comme le meurtre de Rizio est dans le cours de cette histoire le second exemple d'un assassinat commis de dessein prémédité, et que dans la suite il s’en présentera encore quelques autres d'un pareil crime, nous croyons qu'il est â propos de rechercher avec soin les premières causes d'un usage si déshonorant pour l'humanité. Le ressentiment des injures est de toutes les passions celle qui agit le plus fortement sur l'âme : la raison en est simple, et elle se présente d'cllcmême. Une conséquence naturelle de cette passion était de rendre l’offensé arbitre de la réparation ; mais on aurait par-là sapé les fonde mens de la société. L'offensé n’aurait point mis de bornes à sa vengeance, à la durée , à la sévérité des peines. Ce fut par cette raison que, dans les premiers temps de la formation des sociétés, on ôla le glaive des mains du particulier pour le remettre entre celles du magistrat. Mais quoiq? s
1 Kt'ilb , Jppaul. . 130, 331.
130 111 ST 01 RK
le but des lois fût de réprimer la passion de la vengeance, elles ne firent d'abord que la fortifier réellement. La première peine et la plus simple qui fut prononcée pour la punition des crimes, fut la peine du talion. L’agresseur était condamné à perdre membre pour membre, vie pour vie. Le paiement fait par forme de compensation à la personne offensée succéda à la rigueur de cette première institution. Dans ces premiers étabiissemens, la loi n'avait en cela pour objet que la satisfaction de la vengeance particulière ; l'offensé était le seul qui avait le droit de poursuivre, d'exiger ou de remettre la punition. Mais pendant que 1rs lois accordaient ainsi une pleine satisfaction è l'une des parties, les intérêts de l’autre partie ne furent point négligés, lorsque le crime n'était pas mis en évidence par des preuves incontestables , ou bien si celui à qui le crime était imputé prétendait avoir été injustement accusé, il avait le droit de faire un défi à son adversaire et de l’appeler en duel; et, s’il avait la victoire, il recouvrait son honneur. Dans toutes les affaires importantes, civiles ou criminelles, on se servait aussi de la voie des armes pour défendre l’innocence ou les biens des parties. La justice se trouvait rarement dans le cas de faire usage de ses balances; l'épée seule décidait toutes les contestations. Tous ces moyens, et l’indulgence dont on usait tous les jours, ne servaient qu’à entretenir la passion de la vengeance, et la portèrent à un point incroyable. l,es hommes s’accoutumèrent au sang non-seulement en temps de guerre, mais même dans le sein de la paix, et par cette raison combinée avec plusieurs autres ils contractèrent une férocité singulière de mœurs et de caractère. Cependant ce fut cette férocité qui mit dans l'obligation d’abolir l'épreuve par le combat, de supprimer les paiemens en compensation dans les causes criminelles, et de chercher quelques moyens plus doux pour terminer les contestations dans les affaires civiles. Les punitions des crimes devinrent plus sévères , et les règlcmens au sujet de la propriété des biens plus fixes et plus déterminés. Mais les princes, & qui il appartenait d'infliger les peines et de soutenir les réglemcns, avaient peu de pouvoir. Un grand en contravention méprisait leur autorité; les petits se mettaient sous la juridiction de ceux dont ils espéraient que la protection leur procurerait
D’ECOSSE. tlft66]
l’impunité. L’administration de la justice était très faible et prolongée par des délais. Une action intentée pour punir les crimes d'un chef, ou même ceux de scs vassaux, excitait souvent des rébellions et des guerres civiles. Les procédures étaient trop lentes pour ces nobles altiers et indépendans , qui avaient souvent entre eux des querelles inévitables; qui étaient prompts à apercevoir une injure, et toujours impatiens d’en tirer vengeance; qui regardaient comme une infamie de céder à un ennemi, et comme une lâcheté de lui pardonner; qui croyaient que le droit de punir ceux qui les avaient offensés était un privilège de l'ordre de la noblesse et une marque de son indépendance. Le sang d'un adversaire était, suivant leurs idées, la seule chose qui pût laver un affront; lorsqu'il ne coulait point , ils croyaient leur vengeance manquée et qu’il restait une tache à leur honneur. Ils prenaient aisément de leur propre main cette vengeance, que l’autorité trop faible du magistrat ne pouvait pas leur procurer. Sous un pareil gouvernement, les hommes s'arrogeaient, ainsi que sous la loi de nature, le droit de juger et de se venger. Ce fut ainsi que l’assassinat, le crime, de tous le plus destructif de la société , devint non-seulement permis , mais fut même regardé comme honorable.
L’histoire de l’Europe, pendant les quatorzième et quinzième siècles, fournit une infinité d'exemples de ce crime détestable. Il régnait principalement chez les Français et les Écossais ; ces deux nations entretenaient alors une correspondance fort étroite, et l’on aperçoit dans le génie de ces peuples une ressemblance frappante. En l'année 1407, le frère unique du roi fot assassiné publiquement dans les rues de Paris. Au lieu de procéder à la punition de cette action qui fait horreur, on permit î un avocat fameux de plaider pour la défense du meurtrier, devant les pairs de France , et de soutenir publiquement la justice de l’assassinat. En l’année 1417 , il fallut toute l’autorité du fameux Gerson pour faire condamner, dans le concile de Constance , cette proposition : « qu'il y avait de certains cas « où l'assassinat était une vertu, plus méritoire « sur un chevalier que sur un écuyer, plus raéo ritoire sur un roi que sur un chevalier *. » Le
1 Lestant, Histoire du concile de Constance.
nombre des personnes de marque qui dirent assassinées en France et en Écosse , dans les quinzième et seizième siècles , pour des querelles particulières, politiques ou de religion , est presque incroyable. Lorsque les causes qui avaient d'abord donné naissance à celte coutume barbare eurent cessé; lorsque la jurisdiction des magistrats et l’autorité des lois furent mieux établies et devinrent plus générales ; lorsque les progrès des sciences et de la philosophie euent policé les mœurs , et que les hommes commencèrent à s’humaniser, ce crime ne laissa pas encore de se soutenir à un certain degré. Ce ne fut que vers la fin du dix-septième siècle qu’il disparut en France. La vigueur que l’avénement de Jacques VI au trône d’Angleterre donna 3 l'autorité royale , mit ce prince en état de le réprimer en Écosse.
Cependant il est à observer que les influences des coutumes nationales ont toujours agi fortement sur l’esprit et sur le cœur, et qu’elles ont dominé au point de pervertir et même d'éteindre entièrement les principes les plus sacrés de la morale. Les auteurs qui vivaient dans ces siècles pervers paraissent imbus des opinions de leurs contemporains au sujet de l'assassinat. Ces historiens avaient le temps de réfléchir et de juger ; cependant on leur voit aussi peu d'horreur pour ce crime qu’aux personnes mêmes qui s'étaient portées à le commettre dans la chaleur et dans l'impétuosité de la passion. Buchanan fait le récit du meurtre du cardinal Beatoun et de celui de Kizio , sans donner la moindre marque de l'émotion que de pareils forfaits doivent causer à un homme, ni de l’indignation qu'un historien doit en concevoir '. Knox, plus féroce et moins civilisé , parle de l’assassinat de Beatoun et de celui du duc de Guise non - seulement sans aucun blime , mais même avec une espèce de joie 3. D’un autre côté l’évêque de Ross rapporte le meurtre du comte de Murray avec quelques éloges 3. Blackwood triomphe d’une manière indécente en parlant de ce fait, et il ose l'appeler ouvertement un coup de la Providence 4. Le lord Ruthven , qui avait joué le rôle principal dans la conspiration contre Rizio , en écrivit la relation peu de temps avant
* Radian. , 295, 315. — ■ Knoi . 331.
• Andrrs. , tll , ai. — • Jclib, , Il , 263
sa mort , et dans tout ce récit très détaillé , on ne trouve pas nn seul mot de regret , pas une seule marque de repentir d'un crime aussi déshonorant que barbare *. Morton, égalementcoupable du même crime, était dans les mêmes sentimens à ce sujet , et jusqu'aux derniers momens de sa vie, ni lui ni les ministres qui l'assistèrent 3 la mort ne parurent considérer ce meurtre comme une action qui Fût sujette au repentir. Morton parlcaueontrairedu meurtre de David Rizio aussi froidement que si c’était une action indifférente , ou même recommandable J. Les vices des siècles passés nous étonnent et nous en sommes offensés ; nous nous familiarisons avec ceux qui se passent sous nos yeux et ils paraissent nous causer moins d’horreur. Je n’ai pu me refuser cette digression ; je reprends le fil de mon histoire.
Marie n’avait plus pour Darnly cet ancien attachement qui avait répandu tant de douceurs sur les premiers momens de leur union. Le charme élait dissipé , l’amour ne couvrait plus de son voile favorable les vices et les extravagances du roi. Marie les apercevait tous et dans toute leur difformité 3. Henri avait publié une proclamation dans laquelle il désavouait d’avoir eu aucune connaissance de la conspiration contre Rizio , mais la reine était toujours fortement persuadée qu’il avait participé non-seulement au complot, mais même 3 l’exécution de ce crime odieux 4. La passion , la générosité , la candeur de la reine ne lui avaient point permis de concevoir des soupçons. Elle avait donné libéralement au roi une grande portion d’autorité , et ce prince s'en était servi pour insulter sa bienfaitrice , pour entreprendre sur ses prérogatives , pour mettre en danger sa propre personne. Aucune femme n'aurait pu supporter un tel outrage et n’en aurait perdu le souvenir, lin extérieur de politesse, mais froid et réservé, un fond de méfiance, des querelles fréquentes, prirent la place de ces premiers transports de confiance et d’affection. On s’aperçut bientôt que les grâces de la reine ne passaient plus par le même canal. Les courtisans cessèrent de rechercher la protection du roi, dont ils sentaient toute l’inutilité. Également décrédité parmi les
1 Keith, Jpperul-, 119. — 1 Grawf. , Mtm. Apprntt.
•Jppemi.j n"XVl, p. 10U etiuiv. — 4 Keith, 350.
ta
nobles, les uns craignaient scs fureurs, d'autres se plaignaient de sa perfidie , tous méprisaient la faiblesse de son esprit et scs inconstances, le peuple même remarquait qu'en bien des i luises sa conduite était peu convenable â la dignité d’un roi. Adonné fi l'ivrognerie, vice qui nctait pas flirt commun dans ce siècle , plongé dans 1rs débauches les plus outrées , et que toute la licence de la jeunesse ne peut excuser, scs excès portèrent l'amertume et l'aigreur dans le co'ur de la reine. L'âme agitée des passions les plus vives , elle versa souvent eu public et dans le particulier des larmes de dépit '. Sa haine pour Darnly prenait de jour en jour de nouvelles forces , cl elle ne pouvait plus la dissimuler. Darnly venait rarement à la cour , il y paraissait avec peu d'éclat . et il n’y avait aucun «Tcdit. Ceux qui cherchaient à plaire à la reine, les partisans de Morton et de scs associés , et les adhérens de la maison d'Ilamilton , évitaient également de se reucontrcr avec lui ; il restait ainsi presque seul et cet abandon n'excitait la compassion de personne.
Vers ce même temps un nouveau favori s'insinua daus les bonnes grâces de la reine, et prit bientôt beaucoup de crédit sur son esprit , et même un grand ascendant sur son cœur. Ce fut Jacques Hcpburn , comte de Bothwell , chef d’une ancienne famille, l'un des plus puissans seigneurs du royaume par scs grands biens et par le nombre de ses vassaux , homme d’un génie entreprenant, et qui, encouragé par la rapidité de ses premiers succès, suivit un plan qui lui fut fatal et qui devint la source de tous les malheurs de Marie. Daus ce siècle fécond en révolutions, où les circonstances présentaient aux esprits remuans tant de projets vastes â former, tant d'occasions pour les exécuter, aucun homme ambitieux ne montra plus d'audace que Bothwcll, et n’eut recours à des expédions plus singuliers et plus téméraires pour s’emparer de l'autorité. lorsque les personnes de distinction dans le royaume , papistes ou protestans , se furent presque tous réunis â la congrégation pour défendre la liberté de la nation contre les entreprises dangereuses de la France , Bothwell , quoique protestant déclaré , s'attacha à la reine régente et la servit avec beaucoup de
> Keith, m
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zèle Le succès des armes de la congrégation l'obligea de se retirer en France ; il entra alors au service de la reine , et il y resta jusqu’au retour de Marie en Écosse *. Ou le vit toujours depuis donner â la reine des marques de soumission et de déférence, et dans toutes les factions qui se formèrent, il ne prit jamais de mesures qui pussent être désagréables âsa majesté. Lorsque les procédés de Murray, â l’occasion du mariage de la reine, donnèrent de l’ombrage à celte princesse, elle rappela Bothwell de l'exil où elle ne l’avait envoyé qu'à regret , et elle regarda son habileté et son zèle comme les plus fermes appui de son autorité. Lorsque ceux qui avaient conspiré contre ltizio se saisirent de la personne de la reine , elle fut principalement redevable de sa liberté â Bothwell, qui la servit dans cette occasion avec autant de bonheur que de fidélité. Un bon office de cette importance laissa de fortes impressions dans l'esprit de la reine , et augmenta beaucoup la confiance quelle lui avait jusqu'alors accordée a. Elle fit éclater sa reconnaissance par des marques de bonté particulières. Elle l'éleva aux offices les plus avantageux pour les émolumens et pour le crédit, et elle ne traitait aucune matière intéressante sans le consulter 3. Bothwell , par ses complaisances et ses assiduités , confirma et fortifia ces heureuses dispositions de la reine en sa faveur , et il se fraya insensiblement le chemin i ce projet extraordinaire qu’une ambition démesurée lui avait peut-être déjà fait concevoir, et qu'il exécuta à la fin , au travers d'un nombre infini de difficultés, et au prix de tant de crimes.
Cependant la reine était dans le neuvième mois de sa grossesse et elle n’attendait que le moment de sa délivrance. Comme son palais n'était défendu que par une garde peu nombreuse on jugea qu'il serait imprudent de laisser la reine exposée aux insultes qu'elle pourrait recevoir dans un royaume déchiré de factions et de la paét d'un peuple toujours prêt à se mutiner. Le oonseil prive crut , par cette raison , qu'il était à propos que la reine fixât sa résidence dans le château d'Édimbourg, la place la plus forte du royaume et la plus convenable pour la
’ Auders., I, 90. — * Ibid. , |, 92, 93.
■Melnl, 133. Kuoi, 390.
sûreté de sa personne *. Pour rendre celte re- Iraite plus assurée, Marie travailla à éteindre les querelles domestiques qui subsistaient entre la plupart des nobles les plus distingués. Murray et Argyll étaient animés contre Huntly et Bolhwcll , et ces démêlés étaient fomentés par des injures réciproques et souvent répétées. La reine, |Kir ses instances et par son autorité , vint à bout de les réconcilier, et elle leur fit promettre qu'ils enseveliraient leurs animosités dans un étemel oubli. Marie avait tellement à cœur de rétablir la bonne intelligence entre ces seigneurs, qu'elle ne rendit ses bonnes grâces à Murray qu’à cette condition1.
Le 19 de juin , la reine mit au monde le prince , acques , son fils unique ; sa naissance fit le bonheur de tout le royaume de la Grande-Bretagne et ne fut malheureuse que pour celle qui lui avait donné le jour. L’avénement de ce prince au trône d’Angleterre fit cesser les divisions qui subsistaient entre les deux royaumes, les réunit en une seule monarchie puissante et établit le pouvoir de la Grande-Bretagne sur des fondemens très solides. Mais la reine, persécutée par sa malheureuse destinée, fut de bonne heure séparée de ce fils chéri , et ne put jamais se livrer aux transports de cette joie pure, de cette passion si légitime qui pénètre et qui remplit l'âme d'une mère tendre.
Mclvil fut aussitôt dépêché à Londres pour y porter la nouvelle de cet événement. Élisabeth en fut frappée au dernier point et laissa même dans les premiers instans apercevoir tout le trouble de son âme ; elle sentait tout l’avantage et toute la supériorité que la naissance de ce fils donnait sur elle à sa rivale. Cependant, avant que de donner audience à Melvil , elle avait déjà repris sur ses sens son empire accoutumé; elle le reçut honorablement , et même avec de grandes démonstrations de joie, et elle accepta de bonne grâce l’invitation que Marie lui faisait d’être la marraine de son fils >.
Marie , qui aimait l'éclat et la magnificence, voulut que le baptême du jeune prince se fit en grande pompe , et à cet effet . elle envoya pareillement inviter le roi de France et le duc de Sa-
’ Keith, 335.
* /bid., 330. dppend. , 139.
•Melvil, 138.
voie , onde de son premier mari , à tenir son fils sur les fonts de baptême.
La reine, après scs couches, ne parut point avoir changé de sentimens à l’égard du roi <• La mort de Rizio et uue action aussi insolente et aussi inexcusable, soutenue par le roi, se représentaient toujours à sa mémoire. Elle tombait souvent dans la rêverie et dans l’abattement2. Henri venait quelquefois à la cour, il accompa gnait même la reine dans les voyages de plaisir qu’elle faisait dans les différentes parties du royaume, mais les nobles lui portaient peu de respect ; Marie le traitait avec beaucoup de froideur et ne lui donnait pas la moindre autorité 3. La rupture entre le roi et la reine se manifestait de jour en jour 4 ; on essaya plusieurs fois de les réconcilier; Castelnau, ambassadeur de France, y donna particulièrement ses soins; mais après des querelles qui avaient éclaté avec tant de violence, il était difficile de resserrer les liens de l'amour conjugal. Castelnau vint à bout d’engager le roi et la reine à passer deux nuits ensemble5, et il comptait beaucoup sur cette apparence de réunion; mais il y a lieu de présumer qu’elle ne fut pas sincère, et nous pouvons dire avec certitude qu’elle ne fut pas de longue durée.
Cependant Bothwell était toujours le principal confident de la reine. Elle ne décidait aucune affaire , elle n’accordait aucune grâce sans sa participation; et si nous devons ajouter foi aux historiens contemporains, pendant que Bothwell prenait cette autorité dans les conseils de la reine, il acquérait un empire absolu sur son cœur. Savoir précisément dans quel temps ce lord ambitieux entreprit de jouer le rôle d'amant , et de substituer la galanterie à la soumission et au respect qu'un sujet doit à sa souveraine ; ou bien dans quel moment Marie, au lieu de la reconnaissance qu’elle devait à Bothwell pour ses bons et fidèles services , donna entrée dans son âme à des sentimens d’une autre nature, c’est une chose qu'il n’est point aisé de déterminer. Ce progrès des passions ne peut être aperçu que par ceux qui ont un libre accès auprès des personnes intéressées , et qui réunia-
• Jpptnd. , n* XVII , p. f 1 1 et «uiv.
• Melv. , 1 48. — • Keith , 350. Melvil ,132. ,
• Keith , dpptnd. 169. — 1 Ibid.
sent la tranquillité d’âme cl la sagacité nécessaires jxiur observer de sang-froid les mouvemens du cœur. Knox et Buchanan n'avaient aucun de ccs avantages. Ils n'étaient point d'unecondilion assez relevée pour approcher de la personne de la reine et de son favori ; de plus, l'ardeur de leur zélé, la violence de leurs préjugés, décréditent leurs opinions, qui sont souvent téméraires, précipitées et peu eiactes. On ne peut donc tirer de ces historiens aucun secours pour décider si cet amour était réciproque entre Bothwell et la reine; on ne peut en juger que par les effets que cette passion produisit , et par les événeniens que l'histoire va nous présenter.
On est frappé de la témérité de Bothwell d'avoir osé aspirer à la main de la reine; cependant on aperçoit que ce projet fut formé et suivi dans des circonstances très favorables. Marie était jeune , elle avait de la douceur et de l’enjouement. Naturellement sensible , elle était portée à la tendresse et capable de s'attacher fortement. L’objet de ses premières affections en était devenu tout-à-fait indigne; il la payait d'ingratitude, il la négligeait , il la traitait avec insolence, avec brutalité. Elle était piquée et irritée au dernier point de ces procédés de Dandy. Dans celte situation, les attentions et 1rs complaisances d'un homme qui avait soutenu son autorité, qui avait veillé à la sûreté de sa personne, qui était ratrédans toutes ses vues, qui avait flatté toutes ses passions, qui épiait les momrns de l'entretenir de son amour ■, et qui savait en profiter, ne pouvaient pas manquer de laisser de fortes impressions dans un cœur aussi tendre que celui de Marie.
L’esprit altier de Darnly nourri dans la flatterie, accoutumé â commander, ne pouvait supporter le mépris dans lequel il était tombé, et l’état d'inutilité où il se voyait réduit. Mais dans un pays où il était généralement haï et décrié, il ne pouvait point espérer de former un parti qui voulût seconder les entreprises qu'il formerait pour recouvrer son autorité. 11 prit le parti de s’adresser au pape et aux rois de France et d'Espagne ; il leur fit des protestations de son zèle pour la religion catholique , et de grandes plaintes du peu de soin que la reine avait de soutenir les intérêts de cette religion 3. Aussitôt
* laden , ! . sa , M. — * Knox , 380.
après, il forma un projet également extravagant et dangereux, d'aller s'embarquer sur un vaisseau qu'il avait retenu , et de s’enfuir dans les pays étrangers. Il est presque impossiblede former aucune conjecture satisfaisante sur les motifs qui purent déterminer cet esprit bizarre et inconséquent â une démarche aussi extraordinaire. Il espérait peut-être de captiver la bienveillance des princes catholiques du continent par son zèle pour la religion , et qu'ils emploieraient leur entremise pour le remettre en possession de l'autorité qu’il avait perdue. Peut-être aussi n'avait-il en vue que de cacher sa disgrâce en se retirant chez des étrangers qui u'araient point été témoins de sa prospérité.
Le roi communiqua son dessein à son père , le comte de Lennox , et à de Croc , ambassadeur de France. L’un et l’autre essayèrent, mais inutilement , de le dissuader. Lennox , qui paraissait avoir perdu, ainsi que son fils, la bienveillance de la reine , et qui alors venait rarement â la cour, écrivit promptement à la reine pour lui faire part du dessein de Darnly. Henri , qui avait refusé d'accompagner la reine de Stirling à Edimbourg , était danS'CC même temps absent de la cour. Cependant il se mit en chemin , et il y arriva le même jour que la lettre qui annonçait sa fuite préméditée; il y parut plus fantasque et plus chagrin qu’à son ordinaire; il ne voulut point entrer dans le palais jusqu’à ce qu’on eût renvoyé certains lords qui étaient auprès de la reine. Marie fut obligée d’aller audevant de lui hors des portes de la ville. Il se laissa â la fin conduire à son appartement. La reine essaya de tirer de lui les raisons de cette étrange résolution qu'il avait prise, et del'en détourner. 11 ne voulut point écouter scs sollicitations, il resta inflexible à ses prières, et il garda toujours un morne silence. Le lendemain, le conseil privé fit , par les ordres de la reine, les mêmes instances auprès du roi. Il persista danssa mauvaise humeur et dans son opiniâtreté; il ne daigna entrer dans aucune explication sur les motifs de sa conduite , ni marquer la moindre disposition à changer de résolution. Lorsqu'il sortit de son appartement, il se retourna vers la reine, et lui dit que, de long-temps , elle ne le verrait. Quelques jours après il écrivit â la reine , et il lui exposait deux raisons principales de sou mécoutciiiemcnt: qu'clle-méme depuis
long-icmps ne lui donnait plus aucune part dans sa confiance ; qu'elle ne lui laissait plus aucune autorité , et que les nobles , à son exemple , l’abandonnaient si ouvertement , qu'il ne paraissait plus en aucun endroit avec la dignité et l'éclat convenables i un roi.
Rien ne pouvait être plus affligeant pour Marie que cette fuite projetée du roi. Elle répandait par toute l'Europe le bruit dclcurs querelles domestiques et de leur déshonneur. Un monarque qui paraissait forcé à s’exiler lui-même par l’abandon et les mauvais traitemens de sa femme devait naturellement exciter la compassion , jeter des soupçons sur les causes de ces démêlés, et entretenir dans les esprits des sentimens peu avantageux à la reine. Pour remédier à ces inconvéniens , prévenir ses alliés en sa faveur, et pour mettre sa réputation à couvert de toutes les imputations dont Darnly cherchait à la noircir, le conseil -privé fit passer au roi et à la reine-mère de France un détail circonstancié de tout cet événement. Le narré était fait avec art, et mettait la conduite de Marie dans le jour le plus favorable *.
Vers ce même temps, la licence des habitons des frontières demandait A être réprimée. Marie ayant résolu de tenir sa cour de justice à Jedbourg, on donna ordre, suivant l'usage, aux habitans de quelques comtés adjacens de prendre les armes et d’accompagner leursouveraine J. Bothwell était alors lieutenant ou gardien de toutes les marches, l'un des offices les plus importans du royaume, ordinairement partagé en trois gouvernemens, mais que la reine avait réunis pour former i son favori une place distinguée. Bothwell, pour répondre à cette marque de confiance, et pour faire parade de sa valeur et de son activité , entreprit d'aller attaquer une troupe de bandits qui se tenaient cachés aux environs des marches de Liddesdalc , et qui de II infestaient tous les pays d'alentour. Dans une rencontre où il s'abandonna sur un de ces brigands, qui se battait en désespéré, il reçut tant de blessures qu’il resta sur la place, et que scs gens furent obligés de le transporter au chilteau de l’Ermitage. Marie y courut surle-champ avec une impatience et une précipitation qui marquaient le trouble et les inquiétudes
> Keith, 315 , 317. - 'nid., 353. Good., vol. 1, 302.
de l’amour, et qui étaient peu convenables à la dignité d’une reine Lorsqu'elle vit que les blessures de Bothwell n’avaient aucun symptôme dangereux, elle retourna le même jour à Jedbourg. Accablée de la fatigue de cette journée , encore émue de l'extrême douleur quelle avait ressentie de l'accident de Bothwell , elle se réveilla le lendemain avec une fièvre ardente s. La maladie fit de tels progrès, qu’on désespérait de sa vie. Mais sa jeunesse et la bonté de son tempérament surmontèrent à la fin la force du mal. Tendant tout le cours de la maladie de la reine , le roi , qui résidait à Stirling, n’approcha pas de Jedbourg 5 ; et lorsque , dans la convalescence, il jugea 5 propos d’y paraître, il y fut reçu si froidement qu’il ne fut pas encouragé A y faire un long séjour 4. Marie reprit ses forces en peu de temps , se mit en chemin le long des frontières orientales et se rendit à Donhar.
Marie , pendant son séjour à Dunbar , s'occupa des affaires relatives à l'Angleterre. Élisabeth, malgré ses promesses et les proclamations qu’elle avait faites, non-seulement permettait A Morton et A ses associés de rester en Angleterre, mais même elle les y engageait ». Marie , de son côté , accordait sa protection A plusieurs Anglais réfugiés dans scs états. Les deux reines observaient réciproquement leurs démarches avec la plus grande attention, et chacune d'elles favorisait secrètement les intrigues qui se tramaient pour troubler l'administration de sa rivale.
Robert Melvil , ambassadeur de Marie, et scs autres émissaires, agissaient en conséquence
1 L'Ermitage e*t à dix -huit mille* de Jedbourg, et le* chemins sont impraticables. La saison élail fort avancée; il paraît que Bothwell ne fut point blotsé dans un soulèvement Général des habitant drs frontières , mais dan* un combat particulier , occawoné par le désespoir d’un seul homme. On ne voit point que la reine eût une grande suite lorsqu’elle fil celle course à l'Ermitage. Aucune opération militaire ne l’y appelait , comme on a voulu le supposer. (Good. , vol. I, p. 301.) Il aurait d’ailleur* été fort imprudent de risquer la personne de la reine dans une expédition contre de* brigand*. Lorsque la reiue vit que Bothwell n'était point en dauger, elle retourna sur-le-champ à Jedbourg. On n’eniendit plu* après parler de soulèvement, et on n’a aucune preuve que les mutins se fussent retirés en Angleterre. Le motif que nous donnons à la conduite de la reine est doue le seul qui puisse être proposé raisonnablement.
• Keilb, 357, 352. - » Append ., 133.
« Kuox , 4U0. — » Ibid., Cald. , vol. II. 15.
avec beaucoup d'activité et de succès; et c'est principalement à leurs menées qu'on doit attribuer cet esprit qui prévalut dans le parlement , celte tempête, plus dangereuse pour la tranquillité d'Élisabeth qu'aucun autre événement de son règne, et qui pour être calmée demanda toute l'adresse et toute l'habileté de cette princesse.
Il y avait huit ans qu'Élisabcth était sur le trône, sans marquer la moindre intention de se marier. Une maladie violente qu'elle venait d’avoir, et qui avait mis sa vie en danger, alarmait la nation , qui prévoyait les malheurs qu'une succession douteuse et disputée pouvait occasioner. On avait proposé dans le parlement de présenter une adresse à la reine, pour la supplier de prévenir le danger dont ou était menacé , soit en déclarant sa volonté de se marier, ou bien en donnant son consentement & un acte qui établirait l'ordre de succession à la couronne ; et cette proposition avait été agitée dans les deux chambres avec beaucoup de vivacité *. On prétendait que l'amour de la reine pour ses sujets , ses devoirs envers scs peuples, ses attentions pour la postérité non-seulement devaient l'engager à prendre un de ces deux partis, mais même qu'ils lui en imposaient l'obligation. L’aversion insurmontable qu'Élisabcth avait toujours montrée pour le mariage lui faisait rejeter le premier; et si elle acceptait le second , il n’y avait point de droit à la couronne qu'on pût , sous aucune apparence de justice, mettre en opposition à celui de la reine d’Écosse. Élisabeth avait assez de pénétration pour apercevoir toutes les conséquences de cette proposition, et elle les observait avec beaucoup d'inquiétude. Marie, par ses refus tant de fois réitérés de ratifier le traité d'Édimbourg , avait clairement fait apercevoir l’intention où elle était de saisir la première occasion qui se présenterait de faire valoir ses droits à la couronne d'Angleterre, et par des négociations secrètes elle s’était fait un grand nombre de partisans qui favorisaient scs prétentions Tous les catholiques romains désiraient avec ardeur que son droit de succession fût établi, la douceur de son caractère et son humanité avaient beaucoup diminué les appréhensions que les protestons avaient par rapport à la religion
1 DKwet , Journ nf Pari., tOt. — * Mclvü, 13C.
qu’elle professait, ta faction des courtisans, jaloux du pouvoir de Cecil , et qui travaillaient à lui faire ôter l'administration des affaires, appuyait les prétentions de la reine d'Écossc pour contrecarrer ce ministre. Tous les gens sages des deux nations désiraient l'union des deux royaumes ; la naissance du jeune prince était une assurance de la continuation du bonheur de cette réunion , et donnait même des espérances de le voir perpétuer.
Dans ces circonstances, et pendant que les esprits étaient dans celte fermentation , une déclaration du parlement qui aurait assuré le droit de Marie aurait fait i Élisabeth un tort considérable. L’état incertain de la succession ajoutait beaucoup A son pouvoir. Son resseutiment seul pouvait aller jusqu'à donner l’exclusion à tous ceux qui prétendaient à la couronne, et cette considération avait jusqu’alors retenu et réprimé l’ambition de la reiue d’Écosse. Mais ce frein étant rompu par une reconnaissance légale du titre de Marie, elle aurait été en pleine liberté de suivre ses desseins dangereux et d’agir sans crainte et sans réserve. Scs partisans formaient déjà des projets de soulèvemcns en différons endroits du royaume *. L'n acte du parlement qui aurait constaté les droits de la princesse dont ils favorisaient les prétentions, aurait été le signal pour prendre les armes, aurait pu ébranler Élisabeth sur son trône, et même la mettre dans leplus grand danger , malgré les justes raisons que cette princesse avait de prétendre à l’affection de scs sujets.
Pendant qu'on était à délibérer sur celte affaire dans les deux chambres du parlement, Marie en reçut avis par Mclvi), son ambassadeur. Comme elle ne manquait pas de partisans qui soutenaient son droit , même parmi ceux qui approchaient de plus près de la personne d’Élisabeth, elle s'attacha à cultiver la disposition où l'on paraissait être de prononcer en sa faveur sur le droit de succession , et elle écrivit à cet effet aux conseillers du conseil privé d'Angleterre. Elle y témoignait sa reconnaissance des marques d'amitié quelle recevait d'Élisabeth, et dont elle disait qu'elle était principalement redevable aux bons offices qu’ils lui rendaient auprès de leur souveraine. Elle déclarait qu'elle était dans
1 Helril , 1 17.
Il 5661 LIVRE IV. 143
la résolution de vivre dans une amitié perpétuelle avec l’Angleterre, sans solliciter ni poursuivre scs prétentions b la couronne, avec un empressement qui pût être désagréable à Élisabeth. Mais elle ajoutait que, comme son droit b la succession n'était pas douteux , elle espérait qu’il serait examiné avec équité, et jugé sans partialité. Les nobles qui étaient û sa cour écrivirent dans les mêmes termes au conseil privé d'Angleterre *. Marie avait fait écrire ces lettres avec tant d’art, qu’elles ne paraissaient contenir que l’expression de sa reconnaissance et de celle de scs sujets envers Élisabeth. Mais comme la reine d'Écosse ne pouvait pas ignorer les craintes et les jalousies qu’Élisabeth avait conçues des procédés du parlement , elle devait bien sentir qu’une démarche aussi extraordinaire que celle d'entretenir une correspondance publique avec le conseil privé d’un autre prince, ne pouvait être interprétée que comme un dessein formé d'encourager les opinions qui commençaient à prévaloir parmi les Anglais. Il parait aussi que les menées de la reine d’Écosse firent cette impression sur l'esprit d’Élisabeth ; mais comme la disposition qu'elle apercevait dans ses peuples en faveur de Marie la mettait dans l’obligation de garder de grands ménagemens avec cette princesse et de parattre faire beaucoup d’attention à scs droits, elle s’expliqua b ce sujet dans les termes les plus doux et les plus honnêtes.
Cependant les sentimens qui s’étaient manifestés dans les deux chambres du parlement étaient bien capables d’afHigcr à l’excès une princesse du caractère d'Élisabeth. Elle fit jouer tous les ressorts de sa politique pour les détruire, ou du moins pour les éluder. Après avoir laissé évaporer la chaleur de leur zèle, elle manda un certain nombre de membres de chaque chambre; elle leur parla d’abord dans les termes les plus flatteurs et les plus propres il les calmer; elle employa ensuite successivement les promesses et les menaces ; elle fit la remise des subsides qui lui étaient dus, elle refusa ceux qui lui étaient offerts; enfin elle vint à bout de foire renvoyer à une autre session cette proposition qui était pour clic un objet de terreur. La fortune acheva ce que la politique d’Élisabeth
* Kciii, 35t. Appcnd . . 136.
avait commencé avec tant de succès. La conduite singulière de Marie et la suite de ses malheurs empêchèrent qu'on ne remit sur le tapis, dans aucun autre parlement , cette affaire importante de la succession au trône d’Angleterre *.
Cependant Élisabeth voulut toujours se conserver, sur ce point , la réputation d'impartialité, et éviter en même temps de porter Marie à quelques mesures de désespoir. Elle envoya b la Tour un nommé Thornton , qui avait publié quelques écrits tendant à détruire les droits de la branche d'Écosse 1 , et elle marqua son mécontentement b un membre de la chambre des communes, qui, dans une conversation, avait tenu quelques propos qui paraissaient regarder indirectement la reine d'Écosse 3.
Marie . occupée de ces affaires importantes , ne perdait point de vue l'avancement de la religion qu’elle professait. On voit dans tout le cours de son règne, que le rétablissement de la religion romaine fut toujours sa passion favorite. Elle cachait avec soin ce projet, elle le conduisait avec précaution, mais elle le suivait avec zèle et persévérance. Elle hasarda alors de ne plus agir avec sa prudence et sa circonspection ordinaires. Encouragée par les secours quelle attendait des princes papistes engagés dans la ligue de Bayonne , elle fit une démarche qui , par rapport au génie de la nation, était une entreprise téméraire. Elle commença par établir une correspondance secrète avec la cour de Rome, et elle se détermina ensuite ù recevoir publiquement dans scs états un uoncc du pape. Le cardinal Laurea, évêque de Mondovi, fut nommé à cette nonciature par le pape Pic V, qui envoyait en même temps à la reine un présent de vingt mille couronnes *. La cour de Rome n’est point dans l’usage de dissiper ses trésors sur des espérances vagues et éloignées. La commission du nonce se réduisait cependant ô entreprendre la réconciliation du royaume avec le siège de Rome. Marie se chargea elle-même du succès de l’entreprise , et dans la réponse qu’elle fit ô la lettre qu’elle avait reçue du pape, après lui avoir exprimé sa reconnaissance de ses soins paternels et de sa liliéralilé, elle promettait d'employer toutes ses forces pour le rétablissc-
’ DT.we». , Joum. , 101 , 130. Camd . 399. Melv. , 1 ta Hjvm's , 440. — ’Camden, 40t. — ‘ llayncs, 449.
• l'ita Card. Laur^, Aiipcnd.. Puni., vol III, 325.
ment et la propagation de la foi catholique , de recevoir le nonce avec toutes sortes de marques de respect , et d'appuyer de toute son autorité les entreprises qu'il formerait pour la gloire de Dieu et pour le rétablissement de la paix dans le royaume; de faire célébrer le baptême du prince avec les cérémonies prescrites dans le rituel romain, exemple qui pourrait ramener ses sujets au respect dé aux sacremens de l'église , qu’ils avaient regardés pendant si long-temps avec tant de mépris; de donner tous ses soins pour inspirer de bonne heure à son fils les principes d'un amour et d’un attachement sincère pour la foi catholique *. Cependant le nonce s’était mis en chemin et était déjà arrivé à Paris; il avait même envoyé devant lui quelques gens de sa suite avec une partie de l'argent dont le pape faisait présent à la reine; mais Marie ne jugea point les conjonctures favorables pour la réception du nonce. Élisabeth se préparait à envoyer en Écosse une magnifique ambassade, vers le même temps où le prince devait être baptisé, et comme il aurait été imprudent d'offenser la reine d’Angleterre, Marie fit sagement de retenir à Paris le cardinal I-iurea , sous différens prétextes 3. Le royaume fut ensuite agité de convulsions si violentes, qu'il fut impossible au nonce de continuer sa route et de risquer de paraître en Écosse.
Dans le temps même que Marie négociait ainsi en secret le renversement de l'église réformée, elle ne se faisait point de scrupule d’employer publiquement son autorité pour procurer aux ministres protestans une subsistance plus forte et plus assurée3. Pendant le cours de cette année elle fit publier plusieurs édits et arrêls de son conseil par rapport i cet objet , et elle approuva sans hésiter tous les plans qui lui furent proposés pour fixer le peicment de leurs honoraires. Cette époque du règne de Marie ne fait pas l’éloge de sa probité. Quoique sa conduite paraisse justifiée par l’exemple de quelques princes qui ont regardé la fausseté et la supercherie comme des qualités nécessaires dans l'art de gouverner; quoiqu'elle soit même autorisée par la morale pernicieuse de quelques casuistes romains qui ont ôté le manquement de foi, en-
Concci vita Varia , Jppend. Jeb. , vol. Il , SI .
• Keith , dppenil , US. — * Keith , 501 , 562.
vers les hérétiques, de la liste des crimes pour le mettre sur celle des devoirs , cependant la dissimulation portée à ce point doit être regardée comme une de ces taches qui ne doivent point ternir une âme véritablement grande et généreuse.
Los ambassadeurs de France et de Piémont n’étaient point encore arrivés, et le baptême du prince se différait de jour en jour. Cependant Marie avait fixé sa résidence à Craigmillar *. La situation actuelle de son âme lui avait peut-être fait choisir cette retraile par préférence à son palais d'Holyroodhouse. Son aversion pour son mari augmentait tous les jours , et était portée â un tel point qu’il n'était plus possible d'y apporter de remède. Une sombre mélancolie avait pris la place de cette gatlé d'esprit qui lui était naturelle; l'imprudence et la légèreté de son choix la couvraient de confusion; l'ingratitude et l'indocilité du roi la jetaient dans le désespoir. Un assemblage confus de passions de toute espèce dévorait son âme, agitait tous ses sens avec violence, portait dans son cceur le trouble et la désolation , et lui arrachait souvent ce dernier vœu des hommes infortunés , le désir insensé de voir terminer scs jours s.
Murray et Maitland observaient avec soin le combat cl les progrès de toutes ces passions dans le cœur de la reine, et ils espéraient d'en retirer de grands avantages pour eux-mêmes, et pour Morton et les autres meurtriers de Rizio, leurs anciens amis. Ces derniers étaient toujours en exil, et la haine que la reine avait conçue contre eux se soutenait avec la même force. Murray et Maitland espéraient que le désir que la reine aurait d’être séparée de Darnly surmonterait â la fin cette aversion si profondément enracinée, et que l’espérance de cet événement l’amènerait â se réconcilier avec tous ceux qui avaient trempé dans la conspiration. La conduite extraordinaire du roi fournissait assez de moyens pour asseoir la sentence de divorce et ils avaient assez de crédit pour l'obtenir et pour la faire confirmer dans le parlement. Ils se proposaient de demander â la reine, pour prix de ce service important , le pardon de Morton et de ses complices. Ce projet fut d'abord communiqué à d'Argyll qui devait , ainsi que Murray,
■Keith, 35$. - • Keith, Praf. VU.
Cooglt
«on rappel en Écosse â la conspiration contre Rizio. Huntly et Bothwell , qui avaient alors la principale influence dans les conseils de Marie, Furent ensuite admis dans le complot. Ils se réunirent pour faire part â la reine de ce dessein , et ils appuyèrent cette proposition de toute l’éloquence de Maitland <. Marie désirait ardemment de n'ètre plus assujettie aux caprices de Darnly; l’attrait qu’on lui présentait était séduisant , mais elle avait en même temps des raisons très fortes pour ne point accepter la voie qu’on lui proposait pour lui procurer sa délivrance. La naissance de son fils fortifiait son droit à la succession au trône d’Angleterre , donnait plus de hardiesse â scs partisans , et les encourageait à agir avec plus de vigueur. Le divorce avec son mari pouvait donner lieu à des soupçons désavantageux sur la naissance de cet enfant. 11 pouvait fournir matière à de nouvelles disputes sur son droit de succession , et mettre Élisabeth et ses ministres en état de révoquer en doute la légitimité du prince, ou bien au moins de livrer cette question aux lenteurs et aux subtilités d’un examen juridique. La crainte de ces inconvéniensagit si fortement sur l’esprit de la reine, qu'elle se détermina à s'abandonner à sa cruelle destinée, plutôt que d'avoir recours à un expédient dont les suites pouvaient être si dangereuses.
Cependant le comte de Bedford, ambassadeur d'Angleterre , et le comte de Bricnne , ambassadeur de France , étant arrivés , Marie se mit en chemin pour aller â Stirling célébrer le baptême de son fils. Bedford avait une suite nombreuse , un train superbe, et il apportait de la part d'Élisabeth des présens dignes de la magnificence de celte reine, et convenables au respect avec lequel elle affectait alors de traiter la reine d’Écosse. Marie avait fait faire les plus grands préparatifs pour la cérémonie du baptême, et avait étalé, dans cette occasion, une magnificence bien supérieure à tout ce qu’on avait vu jusqu’alors dans ce genre en Écosse. Le baptême se fit suivant les rits de l’église romaine. Bedford et les nobles d'Écosse qui faisaient profession de la religion protestante n’entrèrent point dans la chapelle. L’esprit d'inflexibilité qui dominait dans ce siècle ne leur permit point de
1 Àndcrs , vol. IV, part, n, 188.
se rendre à aucune sollicitation; et ils ne voulurent jamais avoir la complaisance d'assister à une cérémonie qu’ils regardaient comme un acte d’idolâtrie.
La conduite d'Henri dans cette circonstance donna de nouvelles preuves de l’excès de ses caprices et de son extravagance. Il avait établi sa résidence à Stirling, mais il se tint toujours enfermé dans son appartement ; et comme la reine prenait de la méfiance contre tous les nobles qui risquaient de le fréquenter, il y resta dans une entière solitude. Tout le monde fut surpris de la conduite singulière du roi, qui rendait le public témoin du mépris dans lequel il était tomlié, et qui exposait aux yeux de tant d'étrangers les malheurs domestiques de la reine ; on crut même qu'il n'avait fait cette démarche que pour la mortifier et l’offenser. Marie sentit vivement cette insulte. Elle fit effort sur elle-même pour paraître avec la galté qui convenait dans celte occasion, et qui lui était nécessaire pour bien recevoir les étrangers; mais elle était souvent obligée de se retirer pour se livrer â sa douleur, et pour donner un libre cours à ses larmes '. Cependant le roi persistait dans son dessein de passer dans les pays étrangers, et il menaçait tous les jours de le mettre à exécution 'J.
' Keith, Praf.,rn.
' Cainden assure, 401, que Bedford avait ordre d'flisa l*th de ne point donner â Darnly le titre de roi. I.a reine et «on mari furent également offense» d'une indignité de celte espèce, et l'on assure que ce lut par celle raison que le roi ne voulut point assister au baptême de son fils. (Keith, 300. Good. , 319.) Mais , 1° cet ordre de la reine d'Angleterre ne se trouve point dans les instructions du comte de Bedford , qu'on a encore en original. (Keith, 356.) 2° L’avis que Metvil donne à la reine au sujet de L'envoi de Bedford ne s'accorde en aucune manière avec ce qui est avancé par Camden. (Melvil, 153.) Le rapport de Melvil e»t confirmé par les instructions qu’Élisabeth donna an chevalier Henri Norris, dans lesquelles elle sature qu'elle avait ordonné è Bedford d'employer tous ses bons offices pour réconcilier Marie avec son mari, ce que Bedford entreprit inutilement. (Itiggrs's compt. Ambasi., p. 13.) Un papier publié dans VApp , n. XVIII, p. 115, 116, prouve la même chose. 3“ Ile Croc, ambassadeur de France, parle de l'absence du roi, mais sans en donner la raison qu'on a voulu alléguer d’après le passage de Camden. Cependant, si relie raison avait eu quelque réalité, il n'aurait pas manqué d'en faire mention. J’ai suivi pour ce fait le détail qu’en donne cet ambassadeur. (Keith, Pnef.Jf/I.) 4° Il mande 4 sa cour, que sur ce qu'il a appris des démélés entre le roi et la reine , il n’a plus voulu avoir de correspondance avec le roi-, et il parait qu'en plusieurs occasions il avait
I jh commission de Bedford ne se liornait point à assister au baptême du prince. U était chargé par scs instructions de faire une ouverture qui aurait absolument éteint les jalousies qui subsistaient depuis si long-temps etitre les deux reines. Le traité d'Édimbourg, dont il a été parlé tant de fois, était la principale cause de ces démêlés. Élisabeth , alarmée de l'esprit qui avait paru dominer dans le dernier parlement , du grand crédit de ceux qui favorisaient le titre de la reine d’Écosse, du nombre et de l'activité des agents de cette princesse dans les différentes parties du royaume , se détermina à renoncer à tous les avantages qu'elle pouvait retirer des termes ambigus et captieux de ce traité. On ne demandait plus i Marie que de renoncer i tout droit à la couronne d'Angleterre pendant la vie d'Élisabeth, et tant que sa postérité subsisterait ; et Élisabeth , de son c6té , s'engageait à ne faire aucune démarche qui pût préjudicier aux prétentions de Marie à la succession d'Angleterre1.
Marie ne pouvait pas avec bienséance rejeter une proposition aussi raisonnable; cependant elle insista toujours pour que le droit qu'elle réclamait fût, par les ordres d'Élisabeth, légalement examiné et publiquement reconnu. Elle demandait aussi que le testament d'Henri VIII, par lequel il excluait les descendait» de la reine d'Écosse , sa sœur aînée , du rang qui leur appartenait dans l'ordre de succession, fût produit et soumis à l'examen de la noblesse anglaise. Les ministres de Marie avaient adopté avec trop de crédulité une opinion qui s'était répandue surec testament qu'on regardait comme supposé, et ils avaient en plusieurs occasions pressé Élisabeth de le produire. Marie aurait perdu considérablement si clic avait obtenu ce qu'elle demandait. Le testament existe encore en original , et il n’est pas possible de former le moindre doute sur son authenticité. Mais l'intention d'Élisabeth n'était pas d’affaiblir ni de
été Mm plus intime confident, (Md.) 5* Comme le roi ne fut point présent au baptême , U parait qu'il n'eut aucune part i toute la conduite de cette affaire. On trouve dans Keith , S62, deux aclei du conseil privé, l'un du 20 , l'autre du 21 décembre : loua les deux vont au nom de la reine aeule. 11 ne pareil poim que le roi f fût prévent. Cela ue peut poim être attribué aux instructions données par Elisabeth à Bedford , son ambassadeur.
1 Keith, 3SB-
D’KCOSSE. 11Û6C]
détruire le titre de la maison de Stuart. Hile ne voulait que laisser le droit de succession dans l'incertitude et l'indécision, et elle rendit alors un service réel à Marie en éludant la demande indiscrète que cette princesse lui faisait '.
Quelques jours après le baptême du priuce, Morton et les autres seigneurs qui avaient eu part à la conjuration contre Rizio obtinrent leur pardon, et la permission de revenir en Écosse. Marie, jusqu’alors inexorable à toutes les instances qu'on lui avait faites en leur faveur, se rendit i la fin aux sollicitations de Bothwrll *. Cet homme, qui ne mettait point de I «ornes à son ambition, ne pouvait espérer de réussir dans le projet audacieux qu'il avait formé, qu'en se procurant de tous côtés des secours assurés. Après avoir fait obtenir à Morton et a ses associés une grâce dont ils devaient, par tant de raisons, avoir perdu l'espérance, Bot ltwell croyait pouvoir trouver en eux des partisans fidèles et déterminés.
Le roi était resté à Stirling, toujours dans la même solitude, et toujours également méprisé. L'ennni de cette position, et l'alarme qu’il prit d'un bruit qui se répandait qu'on vott'ait se saisir de sa personne et le reléguer dans une prison 3, le déterminèrent à quitter précipitamment cette ville et à se retirer chez son père, à Glasgow.
Le clergé s’assembla deux fois pendant le cours de cette année. On y fit, et avec de justes raisons, de nouvelles représentations sur le peu d'égards qu’on avait pour le clergé protestant, et sur la pauvreté dans laquelle on le laissait languir. On avait assigné une somme très modique pour sa subsistance , cl il n'avait encore rien reçu de ce qui lui était dû pour l'année précédente 4. 11 n’y avait qu’un zèle persévérant et prêt i tout souffrir pour une bouiie cause, qui pût engager des I «mimes à rester attacliés à uue église aussi pauvre et aussi négligée. Ire dépenses extraordinaires occasionées par le baptême du prince, avaient épuisé le trésor de la reine, et les sommes destinées à l'entretien du clergé avaient été diverties à d'autres usages. La reine était obligée de prévenir les justes remontrances de rassemblée , en cherchant quel-
1 Keith, 3(51 , 358, noter. Mtinlin , 368. — * Qootl., *ol. I, 140. Mclv. , 154.— * Kcilh, Prarf., Il U —
4 Ibid., 5 02.
Digiti.
11SGCJ
que nouveau moyen de accourir l'église. Dans une occasion où il s'agissait de calmer le clergé et de l'empêcher de publier ses griefs, on devait s'attendre à quelques marques distinguées de libéralité , même à une sorte de prodigalité. Cependant la reine et les nobles qui s’étaient emparés des richesses de l'église, et qui ne voulaient point s'en dessaisir, assignèrent une somme qui pouvait tout an plus se monter à la valeur de neuf mille livres sterling *, et ces hommes qui avaient vu , peu de temps auparavant, un seul monastère posséder des revenus bien plus considérables , jugèrent que celte somme était suffisante pour l’entretien d'une église nationale.
Les ecclésiastiques de ce siècle souffraient avec une patience merveilleuse les peines qui leur étaient personnelles; mais lorsqu'ils apercevaient le muindre danger pour la religion réformée, ils prenaient aussitôt l'alarme et publiaient hautement leurseraintes. Quelque temps avant l'ouverture de l'assemblée, il sa présenta une occasion de cette espèce. La juridiction usurpée et tyrannique des cours ecclésiastiques avait été abolie dans le parlement de l'année 1660, et on avait nommé des commissaires pour instruire et juger les causes qui étaient auparavant portées devant ces tribunaux *. Marie, qui avait eu peu d'égards pour les actes de ce parlement, parut donner quelque attention & celui-ci. Elle confirma l'autorité des commissaires nommés, et elle leur donna des instructions pour l'ordre de la procédure 5, qui est toujours d'un grand poids dans la juridiction ecclésiastique. Ces juges avaient toujours depuis continué l'exercice de leur fonction sans aucune opposition, lorsque tout d'un coup la reine publia un édit qui rétablissait l’archevêque de Saint-André dans son ancienne juridiction, et qui ôtait aux commissaires toute leur autorité *.
(Jn motif inexcusable avait porté la reine à hasarder cette démarche téméraire. Elle chercliait depuis quelque temps les moyens de faire revivre la religion papiste, et le rétablissement de l'ancienne juridiction des ecclésiastiques romains était un pas qui paraissait très important pour l'accomplissement de ce dessein. Mats cette
'Kcilti, 5C2. — « nid., 152. — * nid., 25t. — * Knox , 4IU
action de la reine doit particulièrement être attribuée au crédit de Bothweü, qui agissait par des motifs bien plus criminels >. Son ambition démesurée lui avait déjà fait enfanter ce projet audacieux , qu'il mil bientôt après à exécution, l.’usage qu'il fit dans la suite de celte autorité rendue aux ecclésiastiques papistes, fait apercevoir les raisons qu'il cul alors de contribuer de tout son pouvoir à leur procurer cet avantage. Cependant le clergé proteslant n'était pas spectateur tranquille d'une démarche qui tendait à la ruine totale et inévitable de la religion réformée. Mais comme il désespérait d’obtenir de la reine les remèdes convenables au mal dont il était menacé, il adressa ses représentations à tout le corps de la noblrssc protestante. On connaissait le zèle ardent des nobles pour la religion nouvelle, et on avait lien de croire qu’ils seraient émus à l’aspect du danger auqnel elle se trouvait exposée a. Noos ignorons quel fut le succès de ces exhortations pathétiques du clergé protestant. La scène changea tout d'un coup, et présenta des événemens d’une espèce bien différente. Un spectacle d’horreur attira tous les regards, et la nation ne fut plus occupée que de cette sanglante tragédie.
Le roi, après avoir quitté Stirling et avant que d'être arrivé à Glasgow, tomba dans un état très dangereux. La violence de la maladie et ses symptômes extraordinaires firent naître aussitôt des soupçons assez communs dans ce siècle ; on jugea que le roi avait été empoisonné 3. Les historiens sont tellement en contradiction sur ce fait, qu’on ne peut rien dérider avec certitude, ni sur la nature ni sur les causes de la maladie du roi «. Sa vie fut dans le plus grand danger.
1 Knox , 403. — • Kt-ilh , 587. — 1 Mcl* il , ISJ K nos
4 1° Buchanan et Knox disent positivement que le roi avait été empoisonné, et qu’il avait le corps tout couvert de pustules noires cl putrides. Buchanan ajoute qn'Àberneihy, médecin du roi, déclara publiquement que ces symptômes étaient les effets du poison , ci que la reine avait refusé d’envoyer son médecin pour visiter le roi. (Btich. , 349. Knox, 40.) 2° Blackwood , Cousin , etc. Jebb., vol. Il, 24,59, assurent que la maladie du roi était la petite -vérole. La reine, dans une de ses lettres , l'appelle Pockisck mon. ( Good. , vol. Il , 15. ) Cette opi • nioi) parait encore autorisée par ce que dit François Paris, que le roi fut logé à Kir h of Field , parce que s’il était resté dans le palais, le jeune prince aurait pu ! gagner la maladie contagieuse. (Anders. . vol. Il . l'Jd.) I Carte rapporte comme une preuve de l'attachement «le
Cependant, après avoir langui pendant quelques semaines, la force de sa constitution prit enfin le dessus et le tira des portes de la mort.
Marie traita le roi dans eette occasion avec la même indifférence qu'il lui avait marquée lorsqu'elle était malade à Jedbourg. Elle ne ressentait plus ces charmes de l'amour conjugal , cette heureuse sympathie , cette tendresse qui rend ingénieux à soulager les maux d'une personne qu'on aime, et qui fait trouver du plaisir A les partager. Dans une conjoncture aussi critique, elle ne laissa apercevoir aucune trace de cette passion si douce et si légitime. Pendant le plus fort de la maladie du roi, elle ne s'occupait que de voyages d’amusement en différens endroits du pays, et elle laissa passer près d'un mois avaut que de songer A l’aller voir A Glasgow. Cependant la violence du mal se dissipa, et, lorsqu’elle y fut, ce prince était encore faible et languissant, mais hors de tout dangrr.
La mésintelligence entre la reine et son mari n’était point occasionéc par ces légères altercations, par ces petites querelles passagères qui jettent quelquefois du froid entre un mari et une femme, mais qui ne détruisent pas entièrement leur union. Cette querelle fatale était fomentée par le concours de toutes les passions qui agissent avec le plus de violence sur le cœur d:une femme, et qui peuvent la porter aux dernières extrémités. I.e roi payait d’ingratitude les faveurs dont elle l’avait comblé; il la traitait avec mépris, il avait violé la foi conjugale, il empiétait sur son autorité , il conspirait contre ses favoris; on ne voyait en lui que jalousie, insolenre et opiniâtreté. Marie se plaignait, et avec juste raison, de tant d’injures; elle les ressentait vivement : la douleur de voir son amour outragé et méprisé la transportait hors d'ellc-même, cl la porta A ces marques de désespoir dont nous avons déjà fait le récit. Son animosité contre le roi ne s'était point ralentie depuis que ce prince était sorti de Stirling. On voit encore une lettre
b reine pour ton mari , que celle princesse , qui n’avsit poiul eu la petile vérole, risqua de l’aller voir. (Vol. lit, 446 ) Si eela élail vrai, la reine aurait eu on prétexte pour Cire lon^-temps sans le voir ; mais Marie avait eu la petite vérole dans son enfance. (Sadler's Lcttrrs.) 3° L'évéque Les! y assure que la maladie du roi était la vérole. (Keith, 3 <H, nol. 6.) Celle maladie était alors regardée comme tellement contagieuse, que ceux qui en étaient attaqués étaient séquestrés hors des remparts des villes.
I lotir I
écrite de sa propre main, immédiatement avant son départ pour Glasgow, A son ambassadeur en France, et on n’y aperçoit aucun indice d'une prochaine réconciliation. La reine y parle au contraire avec aigreur de l'ingratitude du roi , de la jaloosie avec laquelle il épiait toutes ses actions, du désir qu'il marquait de la troubler dans son administration, et elle paraissait en même temps regarder toutes ses entreprises avec le dernier mépris
Après avoir reconnu ces sentimens dans le cœur de Marie , on ne s'attendrait point à la voir partir pour se rendre auprès du roi ; on jugerait au moins que, dans une telle entrevue, il ne pouvait y avoir que beaucoup de réserve , de méfiance et de soupçons. Cependant les choses se passèrent bien différemment ; non-seulement la reine alla voir Henri A Glasgow, mais elle s’efforça dans toutes ses paroles et par toutes ses actions de lui donner des marques d'une affection extraordinaire. Ces démonstrations d’atnitié firent tout leur effet sur l'esprit du roi aussi souple et aussi crédule dans certains montras qu'il était entité et inflexible dans d'autres occasions. Mais ce changement subit dans la conduite de la reine paraîtra suspect A ceux qui connaissent le cœur humain , qui savent combien les maux qui viennent troubler la tranquillité domestique sont difficiles à guérir, et combien les remèdes qu'on veut y apporter agissent lentement. On y reconnaîtra l'artifice , et on jugera que cette démarche extraordinaire et imprévue de la reine ne pouvait être que le prélude de quelque noir complol.
Mais ce ne fut pas sur de simples soupçons que Marie fut alors taxée de dissimulai ion. Deux lettres qu'elle écrivit A Bothwell pendant le séjour qu'elle fit A Glasgow , et qui sont devenues fameuses, développent entièrement toute cette scène d'iniquité. Bothwell avait eu un succès prodigieux dans toutes ses entreprises ambitieuses et criminelles , et il était venu au point de 'gagner un empire absolu sur l'esprit de la reine. Dans les circonstances où Marie se trouvait, on pouvait présumer qu’un homme d'un mérite moins distingué que Bothwell , moins adroit et moins insinuant que lui, et qui aurait rendu des services bien moins importons,.
1 Keith , Prirf-, VIH.
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«erait venu â bout de gagner imperceptiblement le cœur d’une femme , et de le subjuguer entièrement. la fui conjugale est rarement observée parmi les personnes du plus haut rang. Ce vœu sacré pour les gens du commun n'excite malheureusement dans l'âme des grands que des scrupules très faibles et très rares, les mœurs de la cour où Marie avait été élevée avaient contribué â établir et à fortifier ce vice dans son cœur. Le ton de galanterie de la cour de France, sous les règnes de François 1er et Henri II, la grossièreté du génie militaire dans ce siècle; la permission d'aller dans toutes les compagnies , qu’on commençait alors à donner aux femmes, avant qu'elles eussent acquis cette délicatesse de sentimens, cette politesse réservée, si nécessaires pour y conserver la pureté des mœurs, avaient introduit parmi les Français une dissolution et une licence qni étaient portées à un point excessif. De tels exemples devenus familiers à Marie dès son enfance ne pouvaient pas manquer d’éteindre en elle cette horreur du vice si naturelle aux âmes vertueuses. La conduite singulière du roi et scs débordemens diminuaient sans doute la répugnance que Marie pouvait avoir à ouvrir son cœur à des sentimens criminels; les chagrins de la reine et le dépit de voir son amour méprisé pouvaient justifier à ses yeux tout ce qui lui annonçait ie plaisir de la vengeance; toutes ces causes réunies contribuèrent peut-être à allumer dans son cœur une liassion nouvelle.
Mais sans avoir recours aux conjectures qu'on peut former sur l’origine et les progrès de cette passion , les lettres mêmes de la reine ne respirent que la tendresse , et sont dictées par l’amour le plus ardent. Les termes dans lesquels Marie exprime son affection pour Bothwell ne laissent aucun doute sur les motifs de la conduite que la reine tint dans la suite, et donnent l’explication de plusieurs faits qui , sans cette passion pour Bothwell , ne seraient que mystères, inconséquences et absurdités. Si l'on veut croire que celte réconciliation avec son mari fut sincère , il est impossible d’en reudre raison d’une manière satisfaisante; mais écoutons la reine elie-mêtnc , et nous verrons que , de son propre aveu , ce prétendu raccommodement n'était qu’artificc et tromperie. Comme tout le monde était instruit de son aversion [tour son mari ,
des soupçons qu'elle avait sur sa conduite, de l'attention avec laquelle elle observait toutes ses démarches , des gens officieux , toujours prêts à saisir de pareilles occasions, l’entretenaient continuellement des actions du roi , et leurs récits étaient toujours chargés de circonstances absurdes, ou tout au moins exagérées. Iæs uns lui disaient que le roi voulait se saisir de la personne du prince son fils, et s’emparer du gouvernement sous lenom du jeune prince; d'autres assuraient que le roi était déterminé à sortir sans délai du royaume, et qu’il y avait déjà sur la rivière de Clyde un vaisseau frété à cet effet , et prêt à le transporter 1 ; cette dernière chose était ce que Marie redoutait le plus, la retraite d'Henri dans les pays étrangers aurait été infiniment déshonorante pour la rrine, et aurait entièrement déconcerté les mesures de Bothwell. le roi étant â Glascow , dans la partie du royaume où sa famille avait le plus de crédit, et â une distance éloignée de la résidence de la reine, pouvait trouver bien plus de facilité â l'exécution de scs desseins; il fallait donc, pour l’empêcher de réussir dans des projets bizarres de cette espèce , l’attirer en quelque endroit où il fût plus immédiatement sous les yeux de la reine. A cet effet Marie employa tout son art pour regagner la confiance du roi , et lorsqu’elle y fut parvenue, elle lui proposa de se rapprocher du voisinage d’Ëdimbourg, sous le prétexte qu’il y serait plus commodément pour y recevoir les avis des médecins, et qu’elle-même serait plus à portée de le venir voir sans être trop long-temps éloignée de son fils 2. Le roi eut la faiblesse de se rendre à ces représentations , et comme il n’était pas en état de supporter ta fatigue du voyage , on le mit dans une litière, et on lui fit prendre le chemin d’Édimbourg.
I/endroit préparé pour recevoir le roi était une maison appartenant au prévôt d’une église collégiale , appelée Kirk of Field, l'église des champs; elle était presque sur le même terrain où est actuellement la maison du principal de l'université *. Sa situation dans une place isolée sur un terrain élevé, lui donnait tous les avantages de la salubrité de l'air; mais en même temps la solitude de ce lieu le rendait très pro-
' Keith, Pref. VU. — • Good., vut. Il, 8.
* M. Robertson occupa plus tari cette maison fameuse connue principal de iTniversilé UTdnnbour”.
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jirc à faire un mauvais coup; et il paraissait manifestement qu'on Tarait choisi à dessein pour l'exécution du crime qu'on méditait.
■Cependant Marie continuait ses soins et scs assiduités auprès du roi , et elle était rarement un jour sans le voir. Elle coucha même plusieurs nuits dans une chambre qui était sous son appartement ; elle lui prodiguait tant de marques de tendresse et de confiance qu'elle vint enfin à (tout de calmer presque entièrement les soupçons et les craintes qui avaient troublé le roi pendant si longtemps. Mais |>cndant que le roi se livrait follement aux illusions d'un beau rêve, pendant qu’il croyait apercevoir le retour de son ancienne prospérité, il touebaitau moment de sa perte. I.e dimanche 9 février, la reine partit à onze heures du soir de Kirh of Field pour se trouver & un liai qui se donnait au palais d'Edimbourg. Le lendemain , A deux heures du matin, la maison où était le roi sauta par l'effet d'une mine. L'ébranlement et le fracas occasionnés par celte explosion subite jetèrent l'alarme dans toute la ville; les habitans coururent b l'endroit d'où venait le bruit. On trouva le corps du roi et celui d'un domestique couché dans la même chambre, étendus morts dans un jardin voisin , qui était en dehors des remparts de la ville, lats corps n’étaient point endommagés par le feu , ils n'avaient pas la moindre contusion; on n'y apercevait même aucune marque de violence.
Tel fut le malheureux sort d’Henri Stuart, lord Daruly, lorsqu'il n'était encore que dans la vingt et unième année de son Age. Un extérieur avantageux, qui n'était soutenu d’aucun mérite personnel , mais qui fut secondé par les caprices de la fortune, le porta à un degré d'élévation dont il était fort indigne. Scs extravagances et son ingratitude lui firent perdre le cœur d'une femme qui avait tout sacrifié à la passion déréglée qu’elle avait conçue pour lui; son insolence et sa légèreté avaient éloigné de lui tous les nobles qui avaient contribué avec le plus de zèle ù son agrandissement ; scs caprices l'avaient exposé au mépris du peuple , qui le regardait autrefois avec vénération comme le descendant de ses anciens rois, et de ces fameux héros de l’Ecosse. Si une mort naturelle avait terminé ses jours il aurait emporté peu de regrets, et il serait bientôt tombé dans l'oubli ; mais la cruauté de sa destinée le peu d'empressement avec le-
quel on poursuivit la vengeance de ce meurtre ont rendu son nom mémorable, et le présentent à la postérité comme l'objet d’une commisération qu’il n’aurait jamais excitée, si sa mort avait été moins extraordinaire.
Tous les esprits étaient en suspens. On cherchait à pénétrer quels pouvaient être les auteurs de ce forfait. Presque tous les soupçons tombaient sur Botbwell 1 , et on jetait quelques propos qui chargeaient la reine d’avoir eu connaissance de ce complot détestable. Les preuves qui nous sont restées contre Botbwell mettent son exécrable crime dans toute l'évidence dont une action de cette espèce peut être susceptible. Les sentimens si connus de la reine pour son mari justifient les soupçons qu’on forma alors contre elle ou les rendent au moins probables.
Deux jours après l'assassinat du roi, la reine fit publier une déclaration par laquelle elle promettait une forte récompense k quiconque découvrirait les auteurs de ce crime affreux *. Botbwell était alors un des sqjets les plus puissant du royaume, au comble de la faveur auprès de la reine qui le protégeait ouvertement , et devenu formidable par son autorité personnelle; cependant le peuple ne put ni dissimuler ses sentimens ni contenir l’indignation qu’il avait conçue contre lui. On vit aussitôt, dans presque toutes les places publiques, des placards dans lesquels on l’accusait du meurtre, et oô ses complices étaient nommés; des peintures faites dans la même vue, et qui représentaient le crime et les auteurs; on entendait dans le silence de la nuit , des voix qui lui attribuaient cette action barbare, et ceux qui faisaient courir ces bruits ne s’en tenaient pas seulement A accuser Bothwcll, ils faisaient entendre que la reine cilcmème avait participé au crime 3. Cette accusation hardie, qui attaquait si directement la réputation de Marie, attira toute l’attention de son conseil ; et en s'attacliant A la recherche des auteurs de ces libelles, on se ralentit sur celle des meurtriers du roi *. On ne pouvait pas non plus s'attendre que Marie fût fort empressée de découvrir ceux qui l’avaient délivrée d’un mari pour lequel elle avait une haine si envenimée. Botbwell , qui avait la suprême direction
1 Met vit , 155. Anders. , vol. I, 156. — • Andcrs. , vol. I, 3>i. — 5 ma., voi. il, 15«. — * ma , rut i . :w.