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île celte affaire ainsi que de toutes celles du royaume , avait un intérêt marqué à étouffer et supprimer tout ce qui pouvait tendre à l'éclaircir et à lâcher de l'ensevelir , s'il était possible , dans l'ombre cl le sileuce. Cependant on fil quelques perquisitions; quelques personnes furent appelées devant le conseil; mais les informations se firent avec une négligence portée jusqu'à l’indécence , et de manière à répandre un voile épais sur celte scène d'horreur *.
Ce ne fut pas seulement en Écosse que Marie fut soupçonnée d'avoir trempé dans ce crime si opposé â tous les sentimens de la nature ; un bruit aussi déshonorant pour une reine n'avait point pris naissance au milieu des troubles et des factions, et ne devait point son origine aux ressentimens et i l'animosité des nobles d'Écossc et de ses propres sujets. Le récit de l'assassinat du roi , le détail de toutes ses circonstances se répandirent en un instant dans toute l'Europe ; et dans ce siècle où les actions île violence et les forfaits étaient si communs, ce crime nouveau fut généralement détesté. Les malheureuses contestations de la reine avec son mari avaient fait pendant si long-temps la matière de toutes les conversations , que les premières conjectures qu’on forma sur la mort extraordinaire du roi étaient toutes au désavantage de Marie. Ses amis, après avoir bit d'inutiles efforts pour justifier sa conduite, la supplièrent de faire poursuivre vivement les meurtriers , persuadés que la sévérité dont elle userait dans cette occasion ferait plus que toute autre chose l'apologie de la reine , et serait la preuve la plus assurée de son innocence *.
Cependant iennox pressait fortement la rrinc de poursuivre la vengeance du crime , et il la fatiguait par ses importunités. Ce seigneur avait partagé la disgrâce de son fils; la reine le frailait avec beaucoup d’indifférence, et il se tenait le plus qu'il pouvait éloigné de la cour. Un événement aussi douloureux pour le cœur d’un père , et qui détruisait en un moment tous les projets d'ambition de Lennox, ralluma son indignation , et lui fit prendre le parti d’écrire à la reine. 11 se hasarda à lui donner des avis sur les moyens les plus sûrs de découvrir et de con-
‘ Audcrs , vol. IV, 10?. IWJ. — * Keuli, Praf.JX.
vaincre les auteurs d'un crime qui lui enlevait un fils , et qui faisait perdre un mari â la reine. Il la pressait fortement de poursuivre avec vivacité les criminels, et de les mettre promptement entre les tnaius de la justice : il lui déclarait les soupçons qu’il avait deBothwellel de ceux qu'on accusait d’étre scs complices: il lui représentait qu’il était de la bienséance de foire arrêter ceux qui élaicut chargés d'un crime aussi atroce, ou du moins de les bannir de sa présence et de sa cour; et que ces moyens seraient les plus efficaces pour démasquer les criminels , et mettre leurs forfaits en évidence *.
Marie était alors à Seaton, où elle s'était retirée après les obsèques du roi. Le corps fut déposé avec ceux des monarques d'Écosse. la cérémonie se fit sans beaucoup d'appareil , mais avec décence J. La première partie de la demande du comte de Lennox ne pouvait être éludée sot us aucun prétexte. Il fut résolu qu'on traduirait Bothweil en justice réglée. Mais au lieu de le jeter dans une prison, Marie l’admettait dans tous ses conseils, et laissait un homme regardé généralement comme le meurtrier de son mari , jouir de toute 1a sécurité , de toute la dignité et de toute la puissance d'un fovori *. Les offices dont Bothweil était déjà pourvu fui donnaient le commandement sur toute la partie méridionale de l’Écosse. Le château d'Édimbourg était une place trop considérable pour ne pas être l’objet des désirs de Bothweil. La reine , pour engager le comte de Mar à remettre le gouvernement de cette place , consentit que la personne du jeune prince fût remise entre les mains de ce comte , et elle donna aussitôt le gouvernement de cette forteresse importante â Bothweil4. Tantdedémarches inconsidérées dans la conduite de la reine , des actions aussi opposées à toutes les règles de la sagesse et de la bienséance , ne pouvaient être attribuées qu’au comble de l’extravagance, ou aux transports de l'amour. On connaissait l'esprit et les taiens de Marie ; elle était , sur le premier point , hors de tout soupçon ; quant au second , on en eut bientôt des preuves frappantes et indubitables.
L'attentat de Bothweil n’était point encore dans toute son évidence. Ses accusateurs ne pro-
1 Keith . 31». — ’ Anderson , vol. I , 23,
• /</., ibid , V), ete. — ‘Id., ibid. Pr<rf.,(A. Keith,
(luisaient que de» raisonncmens vagues et des conjectures incertaines. On craignait que le temps ne dévoilât le crime , et ne répandit trop de lumière sur toutes les circonstances d'un forfait dans lequel tant de personnes étaient impliquées. Ce fut par ces considérations que , clans une assemblée du conseil privé, qui sc tint le 28 mars , on assigna le jugement de cette affaire au 12 avril. La loi permettait un délai bien plus long, et la manière dont les affaires criminelles setraitaient dans ce siècle paraissait même l'exiger ; cependant , par le détail des circonstances, on voit quece délai, quoique très court, fut encore considérablement abrégé, et que l’assignat ion envoyée à Lennox, ne lui donnait qu'onze jours pour se préparer à former son accusation contre un homme qui avait sur lui tant de supériorité, soit pourla puissance, soit pour la faveur1. Personne en Écosse n'était moins en état que Lennox d’entrer en lice contre un adversaire aussi puissamment soutenu. On avait rendu à Lennox les biens de ses pères lorsqu'il avait été rappelé en Écosse, mais pendant son bannissement il était bien déchu de son ancien état. Ses vassaux avaient profité de son séjour en Angleterre pour s’arroger une sorte d’indépendance, et Lennox n'avait point pris cet ascendant , ce pouvoir absolu , qu’un chef féodal avait ordinairement sur ses vassaux. Il ne pouvait attendre aucun secours de la part des diverses factions
' L'acte du conseil privé qui détermine te jour où Sothwell devait être juijé est daté du 28 mars, qui était an jeudi. ( Anders. , vol. 1 , 40 ) L'ordre de la reine, donné aux huissiers ou sergents , et qui les autorisait A sommer ' Lennox de se trouver au jugement , est daté du 29. ( Anders., vol. Il, 97.) Il fut sommé, par cri public, à la croix d'Edimbourg , le même jour 29 mars, (ibid., 100);
■i ves domiciles de Glasgow et de Dumbarton, les 30 mars, 1" et 2 avril). Ibid., 101; et A Perth, le t" avril, ibid., 102.) (Quoique Lennox fit alors sa résidence A quarante milles d Edimbourg, on aurait pu lui donner plus tdt la citation. Le délai inutile donna lieu A bien des soupçons.
Il est vrai que, par une lettre du 24 mars , Marie invite Lennox A venir la semaine suivante A Edimbourg. Elle l'avertit qu’elle est dans l’iutcnlioii de poursuivre le jugement sans délai, et cet avis n'est donné A Lennox que peu de jours auparavant Mais Lennox ne put savoir précisément te temps où l'on devait procéder au jugement, ni en étic instruit légalement et avec certitude, que onze uu douze jours avant celui auquel il fut sommé de comparaître. Suivant les lois et les usages de l'Ecosse de ce lenqw-IA, les parties devaient, dans le cas de crime de trahison, êire assignées quarante jours avant le jugement.
qui divisaient les nobles. Pendant la courte durée de la prospérité de son fils , 3 avait fait des démarches qui avaient indisposé contre lui le comte de Murray. Ce seigneur et tous scs adhérons avaient rompu ouvertement avec le comte de Lennox. Les partisans de la maison d'Hamilton étaient ses ennemis jurés, et cette haine était devenue héréditaire. Huntly était entré dans la plus étroite confédération avec Bothwell, et U avait ainsi encouru la disgrâce de la nation, lennox était seul , et il n'avait pour lui que la justice de sa cause qui appelait si hautement ses concitoyens à son secours , et qui réclamait les droits de l’honneur et de l'humanité.
Une chose qui est encore très remarquable , c’est que Bothwell assistait lui-mème Ace conseil privé où l’on réglait le temps et la forme de son jugement, et qu’il y siégeait comme un des membres; qu’il jouissait non-seulement d’une pleine liberté , mais qu’il était même admis en la présence de la reine, qui lui faisait toujours un accueil également distingué, et qui le traitait comme auparavant avec la plus grande familiarité '.
La précipitation du jugement des meurtriers du roi portait la douleur dans l’âme de lennox, el mettait le comble i ses ressentimens. Rien n’était plus crue! pour un père que de voir toutes ses démarches pour découvrir les meurtriers de son fils dirigées par la personne même qui était accusée , et concertées de manière à cacher plutôt le crime qu’à le découvrir. Lennox voyait que cette procédure n’était qu’un jeu, il apercevait quel en serait le succès, et voyait qu’en se hasardant de comparaître au jour marqué , ü risquait la sûreté de sa personne sans en retirer aucun avantage pour le bien de sa cause. Les premières lettres qu’il avait écrites à ce sujet étaient conçues dans les termes les plus respectueux , mais on y trouvait quelques traces de la méfiance qu’il avait de la reine. 11 prit alors un autre ton, et il parla sans voile ni déguisement: il se plaignit hautement de l'iijjusticc qu’on lui faisait en mettant dans ce jugement une précipitation 6i contraire aux lois : il fit de nouvelles représentations sur l’indécence qu’il y avait à laisser Bothwell jouird’une pleine liberté, età lui conserver même toute son influence dans les
1 Anders. , vol. 1, 50, 52
conseils de la reine. Il faisait encore sentir à la reine combien l'honneur de sa majesté était intéressé à donner quelques preuves de sa sincérité dans la poursuite des meurtriers du roi , en exilant un homme qu'on regardait comme l'auteur du crime , et contre lequel il y avait des soupçons aussi forts et aussi bien fondés. 11 finissait par déclarer qu'ilétaitdéterminé à ne se point trouver A un jugement dont la forme et les circonstances étaient si irrégulières et si peu satisfaisantes pour lui '.
Il parait néanmoins que Lennox comptait peu sur le succès de ses démarches auprès de Marie, car dans le même temps il suppliait Élisabeth de lui accorder son entremise pour obtenir le délai qu'il demandait 3. Lennox ne pouvait pas donner une plus forte preuve des soupçons qu’il avait conçus contre la reine, qu'en se rabaissant ainsi à implorer l'assistance d'une reine étrangère , qui avait donné A son fils tant de marques de mépris, et qui l'avait traité lui-méme et toute sa famille avec la plus grande rigueur. Élisabeth, disposée î saisir toutes les occasions qui se présentaient de se mêler des affaires de l’Écosse, écrivit sur-le-champ A Marie. Elle lui conseillait de différer pour quelque temps le jugement : elle lui répétait les mêmes argumens dont Lennox s'était servi , et elle lui faisait sentir dans les termes les plus forts et les plus capables de la convaincre, les interprétations peu favorables auxquelles sa conduite serait exposée si elle persistait dans la forme de procédure qu’elle avait jusqu'alors adoptée 3.
Ni les sollicitations d'Élisabeth , ni les supplications de Lennox ne purent rien gagner sur l'esprit de Marie. Le jugement ne fut point différé. Au jour marqué , Bothwell se présenta , mais avec une suite formidable, capable d'en imposer A ceux qui auraient voulu le condamner, et qui mettait dans l'impossibilité de le punir. Les amis et les vassaux de Bothwell, qui s'étaient rassemblés des différentes parties du royaume pour l’assister au jugement , formaient un corps très nombreux, et il était encore suivi par une troupe de soldats soudoyés qui marcliaieut , enseignes déployées, dans les ruesd’Édimbourg *. La cour de justice se tint suivant les formalités
* Ànders. , roi. 1 , 52. — 1 Good. , vol. Il, 352.
* Ancien. , Prcaf. 00. Jppend., n" XIX, p. 118, 119.
1 Anders. , vol 1,135.
tl.
ordinaires. On présenta l'accusation formée contre Bothwell, et Lennox, demandeur, fot appelé pour la soutenir. Robert Cunningham , attaché à Lenuox, comparut au nom de son maître. II fit i l'assemblée des excuses de l’absence de Lennox qui, attendu la brièveté des délais, n'avait pas eu le temps d'assembler ses amis et ses vassaux , sans le secours desquels il ne pouvait pas risquer de se rendre partie contre un adversaire aussi puissant. 11 demandait en conséquence à la cour de suspendre la procédure, et il protesta contre toute sentence qui serait rendue dans le moment présent , déclarant qu'elle devait être regardée comme nulle et illégitime. Bothwell, de son côté, insistait pour que la cour procédAt dans l'instant même au jugement. On produisit une lettre de Lennox , par laquelle il demandait lui-méme A la reine de poursuivre les meurtriers sans aucun délai. la» objections de Cunningham ne furent poiut écoutées, et les commissaires, composés de pairs et de barons du premier ordre , prononcèrent que liothwetl n’était point coupable du crime qu'on lui imputait.
Personne ne comparut pour se rendre accusateur de Bothwell , on n'entendit pas un seul témoin, on ne produisit contre lui aucune preuve évidente. Les juges ne purent ainsi se dispenser de le décharger de l'accusation. Cependant celte sentence ne répondit point aux voeux du peuple, et n'apaisa point ses murmures. Toutes les circonstances du procès donnaient lieu A des soupçons qui paraissaient fondés, et qui excitaient l'indignation ; et le jugement qui fut prononcé, fut plutôt regardé comme un indice du crime de Bothwell que comme une preuve de son innocence. On afficha en différens endroits , des écrits injurieux, des satires envenimées, qui exprimaient dans les termes les plus forts tout le ressentiment du peuple.
11 parut même que les juges avaient prévu les reproches que leur manière de procéder pouvait leur attirer , et qu’ils crurent devoir les prévenir. Dans le même temps qu'ils firent le rapport de leur sentence, qui déeltargeait Bothwell, le comte de Cailhness protesta en leur nom qu’on ne pouvait dans cette occasion les taxer d'aucun crime puisqu'il n’avait point paru d'accusateur, et qu'on n’avait fourni aucune preuve de l'accusation. II observa aussi que dans la déuonciatiou
on avait donné le !) février au lien du 10, pour le jour auquel le meurtre avait été commis , circonstance qui prouvait que le projet d'accusation avait été dressé avec la plus grande négligence, cl dans un temps où les esprits étaient disposés, et avec raison , à prendre ombrage de tout. Cette remarque minutieuse fortifia et confirma les sou|k;ous
Bothwell lui-même ne se fiait point au jugement qui avait été rendu en sa faveur, et il ne le regardait point comme une entière justification. Aussitôt après qu’il eut été déchargé de l'accusation, il profita d'un usage qui n'était point encore abrogé, et il publia un écrit dans lequel il offrait le combat singulier i tout noble de bonne renommée qui oserait l'accuser d'avoir eu part au meurtre du roi.
Cependant Marie continuait à traiter Bothwell comme s'il eût été pleinement justifié. L’ascendant qu’il avait pris sur son cœur, et le crédit prédominant qu’il avait dans ses conseils, se manifestaient tous les jours de plus en plus. Lcnnox, qui ne pouvait pas se croire en sûreté dans un pays où le meurtrier de son fils avait été a!>sous contre toute justice , où le criminel était comblé d'honneurs, contre toutes les règles de la bienséance , prit le parti de la fuite , et se retira précipitamment en Angleterre *.
Deux jours après le jugement, le parlement s’assembla , et à l’ouverture des séances, la reine donna à Bothwell une marque de distinction, en le chargeant de porter le sceptre devant die *. la plupart des actes qui furent passés avaient pour but de fortifier le parti de Bothwell et de favoriser l'avancement de ses projets. Il y obtint la confirmation de toutes les possessions et de tous les honneurs qu’il tenait de l’affection de la reine; et dans l’actc qui fut passé à cet effet , on faisait les plus grands éloges des fidèles services qu'il avait rendus dans tous les temps à 1a couronne. On y confirmait aussi la démission que le comte de Mar avait donnée de son gouvernement du château d'Êdimbourg. La sentence de proscription contre Huntly fut révoquée, lui et scs partisans furent rétablis dans tous les honneurs et biens de leurs ancêtres. I jl plupart des membres de la commission qui avait absous
1 Jnr.riHml de Bothwell , etc. And. , vol. 1 , 97.
* Keith, 378, note a. — • AL, ibid.
D’ÉCOSSK. UMî7j
Bothwell obtinrent la ratification des concessions faites en leur faveur; et comme les esprits satiriques se multipliaient de jour en jour, on fit une loi par laquelle il était ordonné i tous ceux entre les mains de qni des papiers de cette espèce pourraient tomber, de les supprimer à l’instant; et s'il arrivait que par leur négligence de pareils papiers fussent distribués, ils étaient déclarés atteints de crime capital, comme s’ils en avaient eux-mèmes été les auteurs.
Mais le consentement que la reine donna à nn acte du parlement qui fut alors rendu en faveur de la religion protestante, prouva invinciblement l’empire absolu que Bothwell avait pris sur l'esprit de Marie. L’attachement qnc la reine avait pour la religion romaine était toujours le même, et toujours également superstitieux. Elle n'avait jamais abandonné le projet de la rétablir, ni perdu l’espérance d’y réussir. Elle avait encore pris depuis peu , à cet effet , de nouveaux engagemens , elle avait hasardé publiquement des démarches plus hardies qu’aucune de celles qui les avalent précédées. Mais des motifs très puissans cnconragcaient Bothwell à favoriser cette loi si avantageuse à la réformation. Cet homme avait commis des crimes qui le rendaient, et avec juste raison , l’objet de l’exécration publique. Il reniait dans sa tète d’autres projets , et il prévoyait que ces nouvelles entreprises exciteraient plus que jamais contre lui une indignation générale. Il espérait que cette loi, agréable au peuple, pourrait faire une diversion, et éloigner les ressentimens de la nation. 11 se Battait d’expier tous ses forfaits, en procurant ù la religion protestante une sécurité il laquelle on n'avait pas lieu de s’attendre; d’apaiser par ce moyen les clameurs du clergé , et d’amener le peuple à soutenir ses entreprises criminelles, on du moins à les tolérer. En effet, ce nouvel acte était si favorable à la doctrine des réformés , que le parlement, qui s’assembla l’année suivante sous des chefs disposés bien plus favorablement pour la réforme, ne put y rien ajouter de plus fort ni de plus clair, et jugea qu’il suffisait de le ratifier de point en point *. L'approbation d’un acte de celte espèce était de la plus grande inconséquence par rapport à toutes les maximes que la reine avait adoptées
> Part. I.Jac. VI.C.31.
dans toutes les époques de sa vie; mais le crédit prédominant de Bothwell triompha de la résistance de Marie, et il obtint d'elle une chose qu’elle avait constamment refusée aux sollicitations des assemblées de l'église, et aux supplications de ses peuples *.
Jusqu’alors Bothwell avait eu dans ses entreprises tout le succès que l'audace la plus téméraire pouvait lui foire espérer. Il avait gagné entièrement le cœur de la reine ; le meurtre du roi n'avait excité aucun soulèvement parmi le peuple; les pairs l'avaient renvoyé absous, avaient déclaré qu’il n'avait aucune part à ce crime, et le parlement avait en quelque sorte ratifié cette décision. Mais dans un royaume où l'autorité royale était extrêmement limitée, où la puissance des nobles était formidable, il n'osa pas, sans leur approbation , risquer une démarche qui était le terme de tons ses désirs, et le but où tendaient tous ses projets ambitieux. 11 voulut donc commencer par s’assurer de la noblesse; el à cet effet, il prit le moment où le parlement se séparait pour inviter tons les nobles qui y avaient assisté , à se rendre chez lui. Sa maison était remplie de ses amis et vassaux qu’il y avait rassemblés, et il avait eu soin de la foire entourer de gens armés *. Il déclara alors aux nobles le dessein qu'il avait formé d'épouser la reine, dont il avait déjà, disait-il, obtenu le consentement , et il leur demanda leur approbation sur un mariage qui, selon lui, n’était pas moins agréable à la reine qu’honorable pour luimème *. Iluntly el Scalun , confidens et complices de tous les projets de Bothwel! , et qui travaillaient avec zèle à en assurer la réussite,
1 Buchanan, Hist., 3 55, ne fait aucune mention de crue loi : il ateur* au contraire que la reine, maigre les promesses qu'elle avait faites en faveur de la religion réformée, ne voulut laisser passer aucun acte à l'avantage •le celle religion, cl qu'elle congédia même avec mépris les députés du clergé. Spouwood, 202, et Calderwuod, vol. III , 41 , affirment les mêmes choses. J’aurais pu me dispenser de remarquer le peu d'exactitude de Buchanan , mais il est étonnant qu'un auteur aussi versé dans la connaissance de nos lois que Spotswood, qu’un homme aussi savant que Caldcrwood , aient pu tomber dans une pareille erreur, pendant que le statut en original est encore existant dans tes registres du parlement de Marie, el qu'il» avaient même sous leurs yeux les actes imprimés du parlement de Murray. Oïl voit aussi que Buchanan lui -mémo avait eu cunnaissance de cet acte.
1 lîood , ' ol II , 141. — * Anders. , vol. I, OU-
applaudirent aussitôt à la proposition de Bothwcll , et ils forent secondés par les ecclésiastiques papistes, gens entièrement dévoués à la reine, et loqjours disposés à flatter ses passions. Les autres, intimidés par le crédit immense de Bothwel! , et qui apercevaient dans toutes les démarches de la reine les progrès étonnans de l’affection qu'elle avait pour lui, se déterminèrent à souffrir ce qu’ils ne pouvaient empêcher; et sentant qu'ils chercheraient inutilement J s’y opposer, ils voulurent se foire nn mérite de leur approbation. D'autres, mais en petit nombre, paraissaient déconcertés et furieux. Mais à la fln Bothwell sut employer si à propos les caresses, les menaces, les espérances, la terreur et la force, qu'il vint enfin à bout de foire signer à tous ceux qui étaient présens un écrit déshonorant pour la nation , et qui répandit sur le génie et sur l’honneur des Écossais une noie d’opprobre dont on n’avait point eu d’exemple dans tout le cours de ce siècle.
Ce papier contenait les déclarations les plus précises de l'innocence de Bothwell , les expressions de reconnaissance les plus fortes , pour les bons services qu'il avait rendus au royaume. Si dans la suite on venait i former quelque accusation contre lui pour raison du meurtre du roi , les nobles qui avaient donné leurs signatures s'engageaient ù se réunir comme un seul hommp, à se tenir fortement attachés à lui, et à risquer leurs biens et leurs vies pour sa défense. Ils le recommandaient ù la reine comme celui qu'elle devait choisir pour mari préférablement à tout attire, et ils ajoutaient que si elle se déterminait â lui donner celte marque distinguée de son affection, ils sc chargeraient de faire réussir le mariage, et de sc joindre à Bothwell avec toutes leurs forces pour s’opposer à tous ceux qui voudraient y apporter quelque empêchement '.
Parmi ceux qui signèrent ce papier, les uns étaient les principaux confidens de la reine , les autres n’avaient point entrée dans ses conseils, et avaient même encouru sa disgrâce : quelquesuns lui restèrent fidèlement attachés dans tons les revers de sa fortune, d’autres furent les principaux instrumens de scs malheurs : on y voyait un mélange des personnes qui étaient les plus attachées aux superstitions romaines, et
1 Anders, vol I, 177.
des plus zélés défenseurs de la religion protestante On ne peut pas supposer que l'intérêt commun eût porté des hommes engagés dans des partis si opposés et de sentimens si différons, Â se réunir pour encourager la reine i une démarche aussi déshonorante , et qui fut si fatale il sa tranquillité. Ce bizarre assemblage fut l'effet des artifices de Bothwell. 11 fit dans cette occasion un coup de maître, et qui peut être regardé comme un trait de la politique la plus adroite et la plus audacieuse. One chose remarquable, c’est que dans tous les démêlés qui s’élevèrent dans la suite entre les deui partis, dans tous les reproches qu’ils se firent . il ne fut jamais parlé de cette indigne convention. Forcés par le témoignage de leur propre conscience à condamner eux-mêmes la conduite qu’ils avaient tenue dans cette occasion , ils sentaient qu’à l'examen elle serait toujours susceptible de mauvaises interprétations, et qu’elle ferait le plus grand tort à leur réputation. Ils évitaient toujours avec soin d'en faire mention, ils voulaient sans doute la laisser dans l’obscurité et l’ensevelir dans un éternel oubli. Cependant comme ce |»pirr avait été signé par un si grand nombre de personnes alors en faveur auprès de la reine , et qui s'y maintinrent encore dans la suite, les soupçons qu'on avait conçus contre Marie se fortifièrent; on jugea qu'elle avait eu connaissance des projets ambitieux de Bothwell, et qu'elle ne les avait point désapprouvés *.
' Keith, 38 1.
• Parmi loua le» raisonnement tpi’on » formé» sur ret événement , ceux deCamden paraissent le» moins eueu et le» plus mal fondés II prétend que Bothwell avait eneouru la haine de Murray, de Morion et autre» qui avaient été ses complice» et se» associés dans le meurtre du roi, et qui cherchaient ator» â perdre Bothwell. Il affirme en même temp» qne Murray et tes associé» obtinrent le» signatures de eet écrit , sans croire que Bothwcl ptl! remplir toute» set espérance», ni révéler le secret du complot (404). Mais outre qu'il est absurde de supposer que les ennrmit d'un homme veuillent l’élever S un si haut point de grandeur sur des espérance» incertaines de le détruire dans la tuile; outre l'impossibilité de faire un tel mariage si ta reine n’en avait pas eu connaissance, ou s'il lui avait été désagréable, il est 4 propos d'observer que roue supposition est détruire par le témoignage même de la reine, qui allribue le couseniement des nobles aux artifices de Bothwell , qui t'obtint, dit-elle, en leur ttoniuint à entendre que nous en étions content. (Anden., vol. 1,91.) Ce n'aurait pas été un petit avantage |mur Marie si elle avait pu rrpréicuter
Ces soupçons sont confirmés par les preuves les plus évidentes. Melvil était alors en grande faveur auprès de la reine. It avait conservé, ainsi que son frère, des correspondances secrètes en Angleterre, avec ceux qui favorisaient les prétentions de Marie à cette couronne. Le bruit qui s’était déjà répandu dans ce royaume du mariage projeté de la reine avec Bothwell , y avait excité une indignation générale. Melvil en avait reçu des lettres qui lui annonçaient, dans les termes les plus forts, les funeste* effets de cette démarche imprudente. Il les remit entre les rntiins de la reine, et il les appuya avec force. Non-seulement la reine n'eut aucun égard à ces vives remontrances , mais elle communiqua même le tout à Bothwell; et Melvil, pour mettre sa vie en sûreté , fut obligé de s'enfuir de la cour, où il n’osa plus revenir jusqu'à ce que la colère du comte fût apaisée f. Dans le
le consentement de* noble* comme ayant été de leur propre mouvement. Il e*t encore plus surprenant de voir Lesly, évéque de Ro**, attribuer cet écrit à Murray et à sa faction. (Aoder*., vol. I, 26.)Cet évéque était luiroéme un de ceux qui l’avaient «igné. (Keith , 383.) Dan* la conférence qui se tint à Yorck, en 1568, le* commissaires du roi avancèrent qu'aucun des nobles, excepté le comte de Huntly, n’avait voulu signer le papier jusqu’à ce qu’on eôt montré un ordre de la reine par lequel il leur serait permis de te faire ; et les commissaires qui étaient porteurs de cet ordre 1e produisirent aussitôt. ( Anders., vol. IV, part, u, 50.) Ce récit diffère de celui de Buchanan, qui prétend que tous les nobles qui étaient présens signèrent l'écrit 1e 19 avril , et que le lendemain ils obtinrent l'approbation de ce qu’ils avait fait, comme pour leur servir de décharge et sdreté (555).
* Melvil, 156. Suivant le rapport de Melvil, le lord Herreis fit aussi de très sages remontrances contre 1e mariage. Il sc jeta, dit cet historien , aux genoux de la reine, et il la supplia d’abandonner ces idées d’une al liance aussi déshonorante (156). On répond à cela : 1° Que Herreis fut un des nobles qui signèrent l’écrit te 19 avril. (Keith, 383.) 2° Que le 14 mai il fut un des témoins lorsqu'on dressa les article* du mariage entre la reine et Bothwel. (Good, vol. Il, 61.) 3° Que le 17 mai il était dans le conseil avec Bothwell. (Keith, 386 ) Mais ecs remontrances du lord Herreis contre le mariage avaient précédé celles de Melvil ( 157 ). I*s remontrance* de Melvil peuvent avoir été faite* avant l’assemblée du parlement ; rar après avoir offensé Bothwell, il se relira de la cour, U laissa à la colère de Bothwell le temps de se calmer, et il ne revint auprès de la reine qu’après le mariait accompli le 24 avril (158). Suivant cr détail , il put s'écouler un temps suffisant pour gagner Herreis, pour le déiadwr de ses oppositions au mariage, et le faire deveuir partisan zélé J*s dissent* de Bothwell. Melvil , dan* le récit de ce
même temps Élisabeth avertissait Marie de l'infamie et des dangers auxquels elle s'exposait par l'indécence de son choix. Mais Marie eut encore moins d'égards pour les représentations et les avis de la reine d'Angleterre h
Trois jours après la séparation du parlement , Marie vint d'Edimbourg à Stirling, pour y voir le prince son fils. Cependant les projets de Bothwell étaient parvenus â leur maturité. Il avait pris toutes les précautions nécessaires pour pouvoir en toute sûreté hasarder le coup décisif, et qui devait mettre fin à ses entreprises. Son if impétuosité naturelle ne lui permit pas de délibérer plus long-temps. Il rassemble scs vassaux sous le prétexte d’une expédition contre des brigands qui infestaient les frontières : il sort d'Edimbourg avec mille chevaux, tourne tout court vers Liulithgow, rencontre la reine en chemin pour revenir, et à peu de distance de son palais, écarte sa suite, qui était peu nombreuse, et qui lâcha pied sans faire de résistance, se saisit de la personne de la reine , la conduit comme prisonnière dans son château de Dumbar, et fait en même temps arrêter quelques gens de sa cour. On n'aperçut de la part de la reine ni surprise , ni terreur, ui indignation d'un tel outrage fait â sa personne, de cette insulte faite à son autorité : elle parut au contraire céder sans efforts et sans regrets 3. Melvil était alors â sa suite, et l’officier qui l’arrêta lui dit que rien ne s'était fait sans le consentement de la reine 3. Si l’on doit ^jouter foi aux lettres publiées sous le nom de Marie, le plan de celte entreprise lui avait été communiqué, et toutes les démarches pour y réussir s'étaient faites avec sa participation et par ses avis*.
La reine et Bothwell espéraient l’un et l’autre tirer avantage de cette violence apparente. la reine croyait qu'elle pourrait lui servir d’un prétexte honnête pour excuser sa conduite, et qu’en publiant qu'elle s’était rendue â la force, elle sauverait sa réputation chez les étrangers, ou qu’elle diminuerait au moins les reproches auxquels elle s’était exposée. Bothwell n’avait
bit , peut être tombé dans quelque erreur pour ce qui concerne le lord Herreis ; mai» cct historien ne peut point s'étre trompé dans ce qui le concerne personnelle ment.
■ Andcre., vol. I, 106. — • Keith , 383. — * Melvil, 158.
* ttood., vol. Il, 37.
pas une entière confiance dans les moyens qu’il avait jusqu'alors employés pour se justifier d'avoir eu part à l’assassinat du roi. Tourmenté par ses remords , par cette terreur inséparable du crime, il ne se croyait point en sûreté s'il n’obtenait des lettres de rémission scellées du grand sceau. Suivant les lois d'Ecosse, le crime le plus atroce doit être nommé dans les lettres dt grâce, et alors toutes les fautes légères que le coupable a pu commettre sont censées comprises dans celte clause générale, et tous autres crimes quelconques. Se saisir de la personne du prince est un crime de haute trahison. Bothwcll espérait que le pardon qu'il obtiendrait pour ce crime entraînerait la rémission de l’assassinat dont il était accusé '.
Bothwell ayant ainsi la reine en sa possession, ne pouvait, sans manquer à toutes les règles de la politique et â celles de la galanterie, différer plus long-temps l’exécution de ses projets. A cet effet il présenta aussitôt une requête pour obtenir une sentence de séparation d'avec sa femme, lady Jeanne Gordon, sumr du comte de Iluntly. Ce procès fut suivi en même temps devant des juges protestans et devant des juges catholiques : les premiers formant une cour de commissaires , les autres la cour ecclésiastique ou officialité de l'arcltevèque de Saint-André , dout la reine venait de rétablir la juridiction. Les moyens qui furent plaidés n’étaient que des trivialités et des prétextes scandaleux. L’affaire ne fut point pesée au poids du sanctuaire de la justice, l’autorité de Bolhwell fit pencher la balance. La sentence de divorce fut prononcée dans les deux tribunaux avec la même indécence, la même précipitation, et elle donna lieu aux mêmes soupçons s.
Pendant le cours de cette infâme négociation, la reine se tenait à Dumbar, où elle était gardée comme prisonnière , mais toujours traitée avec les plus grandes marques de respect. Aussitôt que la sentence fut prononcée, Bothwell , suivi d'une troupe nombreuse de gens dans sa dépendance, vint prendre la reine et la conduisit â Édimbourg. Mais au lieu de 1a loger dans le palais d’Ilolyroodhouse , il la plaça dans le cliâleau dont il était gouverneur. Le mécontentement de la nation rendait cette précaution
1 Arrière. , vol. IV, part, il, 61. — 1 Ibid. , vot. 1, 132.
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nécessaire. I* palais n'avait point de fortifications ; on aurait pu facilement enlever la reine et la tirer des mains de Botliwell. Dans une place fortifiée, il était à couvert de toutes les entreprises de ses ennemis.
Il restait encore un obstacle à surmonter. Bothwell tenait la reine dans une sorte de captivité. Un mariage qu'elle aurait contracté dans ces cil-constances aurait eu l’air d'avoir été extorqué par la force, et aurait pu être taxé de nullité. Pour remédier â cet inconvénient , Marie se rendit à la cour de session , et là en présence du chancelier, des autres juges , et de plusieurs membres de 1a noblesse : < Je suis , dit-elle , « actuellement en pleine liberté : la violence « que Botliwell avait exercée contre moi en se < saisissant de ma personne, avait dans les pre- « roiers momens excité mon indignation , mais « depuis il s'est comporté à mon égard d’une « manière si respectueuse , qu’il a non-seule- « ment calmé tous mes ressentimens, mais que
• je suis même déterminée i l'élever aux plus
• grands honneurs *. »
Le public apprit bientôt quels étaient ces honneurs que Marie préparait à Bothwell. Il obtint d'abord le titre de duc d’Orkney , et le 15 mai sou mariage avec la reine fut célébré , ce mariage qui avait été si long-temps l'objet de tous scs désirs , la source et le motif de tous ses crimes. Adam Bothwell , évêque d'Orlmey, un des prélats qui, en petit nombre, avaient embrassé le parti de la réformation , fit la cérémonie en public suivant les rils de l'église protestante ; et le même jour elle fot faite en particulier, conformément aux usages de l'église romaine *. Tout annonça manifestement St la reine Ifs vives impressions que sou mariage faisait sur tous les esprits , le mécontentement général de scs propres sujets. Craig, ministre protestant, chargé de la publication des bans, déclama avec véhémence contre le dessciu de la reine; on vit très peu de nobles â la cérémonie, lorsque la reine sc montra en public , un silence morne et méprisant lui fit apercevoir les sentimens du peuple ; elle connut ceux de ses alliés par le refus que fit du Croc, ambassadeur de France, de se trouver il la célébration du mariage et au festin des noces, et elle vit clairement ce qu'ils pen-
saient de la conduite qu'elle avait tenue dans cette occasion. En effet , Marie pouvait justifier toutes ses autres démarches ; scs actions, pendant tout le cours de sa vie, paraissaient dirigées avec prudence , fondées sur les principes de la vertu; mais ce mariage fatal, qui portait le caractère du crime , laissa au moins des preuves incontestables de son peu de jugement.
Le premier soin de la reine fut de foire distribuer dans les cours de France et d’Angleterre une apologie de sa conduite. On a encore les instructions qu'elle donna & cet effet à scs ambassadeurs. On voit qu’elles avaient été dressées par une main habile. Cependant malgré tout l'art qui y est employé , au travers des fausses couleurs qu'on cherche à y donner à cet événement, il est aisé d'apercevoir que toutes les démarches de la reine , en cette occasion , étaient inexcusables, et qu’elle était elle- même intérieurement convaincue de l’irrégularité de sa conduite*.
Tout fut accordé à Bothwell , à l’exception du titre de roi. Marie l'avait donné à Darnly, mais elle avait senti les inconvéniens de cette démarche imprudente. Malgré la violence de sa passion pour Bothwell, cllene put sc déterminer à lui déférer cet honneur; mais elle permit que louslrs actes qui seraient publiés en son nom fussent munis de la signature de Bothwell, par forme de consentement*. Au reste, cctlc réservede la reine n'était qu'une simple formalité; elle abandonnait réellement à Bothwell toute l’autorité d'un roi. Il était pins que jamais entouré d'un cortège nombreux de gens qui lui étaient dévoués. Maître absolu de la personne de la reine, aucun sujet ne pouvait obtenir d’audience sans la permission de Botliwell; scs confidcns avaient seuls la permission de converser avec la reine. On était accoutumé à voir les rois d'Ecosse vivre en pères avec leurs sujets , sur un ton d’égalité , sans grande pompe ni appareil , et sans donner aucune marque de méfiance, line garde armée toujours aux portes du palais , un accès difficile , l'éloignement et la retraite du souverain étaient des choses nouvelles et désagréables au peuple.
Cependant Bothwell était obligé de prendre ’ toutes ces précautions |H)ur maintenir et assurer
HISTOIRE D ÊCOSSE.
1 An tiers. , vol. Il ,87. — * /Ht/., I3fi, 2 , 276.
Audrrs. , vol. • (iooil. , 2, (10.
le defjré de puissance où il était parvenu, liais il regardait conuuc précaire et incertain tout ce qu'il avait obtenu jusqu'alors , s'il ne se rendait pas maître de la personne du jeune prince, la reine avait confié son fils aux soins du comte de Mar. la probité et la fidélité de ce seigneur étaient trop connues pour espérer qu'il voulût consentir A remettre le prince entre les mains de celui qui était si violemment soupçonné d'avoir été le meurtrier du roi. liolhwell travaillait néanmoins avec tant d'empressement et d'inquiétude A se faire remettre le jeune prince, qu'il donnait lieu aux plus noirs soupçons. Il employa toute son adresse et toute son autorité (tour venir A bout de son dessein, et |>onr y faire consentir le comte de Mar, par la forée ou par les voies de la persuasion Le comte résista A toutes les sollicitations , et sa généreuse résistance fit bien l’éloge de son courage et de sa dextérité. Il parvint A empêcher qu'une vie aussi intéressante pour la nation que celle du jeune prince, fût livrée A la merci d'un homme que la terreur ou l'ambition pouvaient porter aux dernières extrémités, et aux entreprises les plu» violentes.
Toutes les nations voisines portaient des regards attentifs sur ces étranges révolutions arrivées en Écosse dans le cours de trois mois. Un roi assassiné cruellement A la fleur de son âge , dans sa ville capitale; celui qui était soupçonné de ce crime odieux non-seulement se montrant en public avec assurance, mais même admis en la présence de la reine, honoré des marques particulières de sa bienveillance, et chargé de la principale direction de ses affaires ; traduit devant un tribunal qui le juge avec une partialité honteuse, et qui l'absout par une sentence qui ne sert qu'A confirmer les soupçons et A constater son crime; séparé d’avec sa femme sous des prétextes frivoles et innocens; ensuite, au lieu d’être couvert de l'ignominie due A tant de forfaits, au lieu de subir les peines qu'il avait méritées par tant de crimes, on lui permet ouvertement, et sans aucune opposition, d'épouser la reine, la femme de ce prince qu'il avait assassiné, de ce monarque gardien de ces mêmes lois que Bothwell avait si indignement violées. On ne trouve dans aucune autre histoire cette
■ M.ltil, IflO. Ruchan , 361
suite rapide d’événemens aussi atroces et aussi singuliers, les étrangers les regardèrent comme une note d'infamie imprimée sur la nation. I.es Écossais n'étaient vus qu'avec horreur dans imite l’Europe ; ils n'osaient se montrer dans aucun lieu public, .-qirès avoir laissé commettre avec impunité des actions aussi détestables; on tes accusait généralement d’ètrc des gens sans courage, sans humanité, et également indifférons pour la réputation de leur reine et pour l'Itonncor de leur pays '.
Ce cri général de toutes les nations réveilla les nobles écossais de leur assoupissement. Bothwell les avait jusqu'alors séduits par ses artifices , ou intimidés par l'étendue de son pouvoir, la manière impérieuse avec laquelle il exerçait l'autorité qu'il avait acquise , scs entreprises répétées pour se rendre maître de la personne du jeune prince, quelques paroles indiscrètes et menaçantes qui lui échappèrent, et qui laissaient apercevoir qu’entre ses mains la vie du prince serait eu danger 2, firent prendre aux nobles des résolutions violentes. Ils s'assemblèrent en grand nombre A Stirling , et ils y formèrent une association pour la défense de la personne du prince. Argyll , Athol , Mar, Morton , Glencairn , 1 Ionie , Undsay, Boid, Murray de TuUibardin , Kirkaldi de la Grange et le secrétaire Maitland furent les die fs de cette confédération 3. Stuart, comte d' Athol , s'était toujours distingué par son attachement constant et superstitieux pour le papisme; mais l'indignation qu’il avait conçue du meurtre du roi dont il était proche parent , son zèle pour la conservation des jours do prince, l’emportèrent en ce moment sur toute autre considération , et l’engagèrent A se réunir avec les protestans les plus zélés. Quelques-uns des autres nobles agirent avec franchise, par des motifs louables, pour la sûreté do prince et l'honneur de leur patrie. Mais, pendant le cours de ces révolutions, quelques autres se conduisirent de manière à faire apercevoir qu’ils n'agissaieut réellement que par des motifs d'ambition et de ressentiment, cl qu'en soutenant une cause juste et nécessaire, ils étaient souvent agités de passions et conduits par des principes absolument inexcusables.
1 Andrrs. , vol. 1 , 134. Melv. ,103. Jpjh iut. , n" X X .
p. 121, 122 — * Melv., Hit. — * Keith , 304.
Les premières nouvelles que la reine et Bolhwcll reçurent de cette ligue les jetèrent dans la plus grande consternation. Ils n'ignoraient point ee que la nation pensait de leur conduite; on ne s'était point à la vérité opposé publiquement à leur mariage, mais ils savaient qu'il avait excité le mécontentement et les murmures des personnes de tous les états. Ils prévoyaient que ces sent imens d'indignation, renfermés pendant si long-temps, éclateraient bientôt avec violence. Marie, pour prévenir cet orage, fit publier une déclaration par laquelle elle demandait à ses sujets de prendre les armes et de se rendre à jour nommé auprès de son mari. Dans le même temps, elle fit répandre nne espèce de manifeste où elle faisait l'apologie de sa conduite et de son gouvernement, et où elle exposait dans les termes les plus pathétiques scs soins et ses attentions pour la sûreté et prospérité du prince son fils. Ces démarches ne produisirent pas de grands effets : on obéit mal à sa proclamation, et on ajouta peu de foi â son manifeste
Les lords confédérés faisaient de leur côté leurs préparatifs avec autant d'activité et avec bien plus de succès. Des hommes puissans et agréables à la nation ne trouvèrent pas de grandes difficultés à appeler aux armes un peuple guerrier, et ils eurent bientôt mis une armée sur pied; ils étaient prêts à se mettre en marche avant que la reine et Bothwell fassent en état de leur résister. Le château d'Edimbourg était la place la plus sôrc pour la personne de la reine, et dans laquelle elle devait naturellement se retirer. Mais les confédérés avaient trouvé le moyen d’ébranler ou de corrompre la fidélité du lieutenant du roi, le chevalier Jacques Balfbur, et Bothwell n'osa pas lui confier un dépôt de celle importance. II conduisit la reine au château de Rorthwick, et le lord Home s'étant montré devant cette place â la tète de scs vassaux, Bothwell s'enfuit avec précipitation î Dumhar, et la reine l’y suivit déguisée en homme. Les confédérés s'avancèrent vers Edimbourg. Huntly essaya inutilement d'encourager les habitans à défendre leur ville; les lords associés y entrèrent sans aucune opposition ; plusieurs citoyens vinrent se joindre aux confédérés, et devinrent par leur zèle le plus ferme appui du parti J.
< Kriih , 387, 39S, 396. — » /Mc/. , 398.
Iæs nobles associés travaillèrent ensuite â justifier leur conduite, â la mettre dans le jour le plus favorable, et â exciter l'indignation publique contre Bothwell. Ils publièrent à cet effet une déclaration, où ils exposaient les motifs qui les avaient engagés â prendre les armes. Tous les crimes passés de Bothwell y étaient rapportés dams le plus grand détail : toutes ses intentions perverses y étaient développées et même exagérées, et ils y exhortaient tout fidèle Ecossais à se joindre â eux pour tirer vengeance du passé, et pour prévenir les noirs desseins de Bothwell
Cependant Bothwell rassemblait ses forces i Dumbar; et comme il avait dans ce canton beaucoup de gens dans sa dépendance, il eut bientôt formé un corps de troupes assez considérable pour hasarder de se mettre en campagne, et de marcher aux confédérés : leurs troupes étaient peu nombreuses. Leur entreprise avait été si prompte et si secrète, que ceux de leurs amis qui étaient éloignés n'avaient pas eu le temps de les joindre. Comme ils n'avaient point reçu de subsides d'Angleterre, et qu’il ne parait pas même qu'Ëlisabeth les eût , sur cela , entretenus d’aucune espérance, ils n’auraient pas pu se tenir long-temps rassemblés en corps d’armée. Bothwell n'osait pas risquer un délai J; son armée ne le suivait qu’avec répugnance, et ne le servait point dans cette querelle avec affection. la seule espérance de succès qui lui restait était de surprendre l’ennemi , et de frapper le coup avant que ses troupes eussent le temps de se reconnaître, avant qu'elles fussent imbues des opinions désavantageuses qu’on avait de ses actions, et qui étaient répandues dans tout le reste de la nation. Ces raisons déterminèrent la reine à marcher en avant avec une précipitation imprudente et qui lui fot fatale.
Aussitôt que les confédérés eurent nouvelles que la reine approchait , ils s’avancèrent (tour aller â sa rencontre : ils trouvèrent ses troupes campées sur le même terrain que les Anglais avaient occupé en l’année 1647 â la bataille de Pinkey. Les deux armées étaient à peu près égales pour le nombre, mais elles étaient bien différentes pour l'ordre et la discipline. L’armée de la reine était composée d'une multitude ras-
* Anders , vol. 1 , 128. — • Keilh, 401.
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semblée à la hâte , n'ayant ni courage ni expérience dans l'art de la guerre. Iæs troupes des confédérés étaient formées de la réunion des nobles du premier ordre et de la plus grande réputation , et ils étaient suivis de leurs vassaux les plus affidés, qui n’étaient ni moins braves que leurs chefs , ni moins zélés pour la cause qu’ils défendaient <.
Du Croc, ambassadeur de France, travaillait par ses négociations, tant auprès de la reine qu'auprès des nobles, à terminer la querelle sans effusion de sang. Il représentait aux confédérés que la reine ne désirait que la paix, et qu’elle était disposée à pardonner toutes les offenses qu’elle avait reçues de leur part. Morton répliqua avec chaleur qu’ils n'avaient point pris les armes contre la reine, mais contre le meurtrier de son mari ; que si sa majesté voulait livrer le coupable entre les mains de la justice ou le bannir de sa présence , ils étaient prêts â lui rendre l’obéissance que des sujets doivent â leur souverain. Glencairn ajouta qu’ils n’étaient pas venus pour demander pardon d'aucune offense, mais pour punir ceux qui avaibnt offensé. L'audace et la fierté de ces réponses firent juger à ■ ambassadeur que sa médiation serait inutile, et que les esprits étaient trop échauffés pour entendre â aucune proposition de paix , ou pour consentir à se retirer après avoir été si loin J.
L’armée de la reine était postée avantageusement sur une éminence. Les confédérés s'avançaient fièrement pour l’attaquer, mais en bon ordre, et avec les précautions nécessaires à ceux qui ont le désavantage du terrain. Les troupes de la reine prirent l'alarme à leur approche et ne marquaient aucun désir de combattre. Marie essaya en vain de les encourager : ses larmes, ses menaces, des reproches de leur lâcheté , tout fut inutile. Un petit nombre de gens de la suite de Bothwell , et qui lui étaient le plus attachés, montraient de l'ardeur pour le combat, les autres étaient chancelans, irrésolus, et quelques-uns même commençaient â se disperser dans la campagne et â déserter. Bothwell entreprit de les ranimer, en offrant de décider lui seul la querelle , et de justifier son innocence par un combat singulier contre celui de ses adversaires qui voudrait se présenter. Kirkaldy de
1 Calé., vol. Il , 48 , 49. — • Keilh, 40t.