‹ Œuvres completes de W. Robertson precedees d'une notice (volume 2)Chapitre 19 sur 116 · KF. IV. ICI · texte numérisé non relu

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la Grange, Murray de Tullibardin et le lord Lindsay se disputèrent l'honneur d’entrer en lice contre Bothwell. Mais on vit bientôt que ce défi n’était qu’une bravade. Bothwell, qui se sentait coupable , refusa le cartel qu'on lui envoya , soit que son âme , énervée par les remords , eût perdu toute sa fermeté, soit que la reine eût employé son autorité pour empêcher qu’un homme qui lui était si cher risquât sa vie dans un combat singulier *.

Marie , qui voyait la terreur répandue dans son armée, aurait fait une faute inexcusable si elle avait hasardé la bataille; le parti de la retraite était une chose impraticable en présence de l’ennemi qui avait déjà investi avec une partie de sa cavalerie la colline sur laquelle était assis le camp de la reine. Dans cette position, elle se trouvait réduite i la cruelle nécessité de se remettre elle-même entre les mains de ses sujets qui avaient pris les armes contre elle. Elle dedemanda une entrevue à Kirkaldy, homme brave et généreux , qui commandait un corps avancé des ennemis. Kirkaldy, après avoir pris le consentement des autres chefs du parti , vint la trouver et lui promit en leur nom , que si elle voulait bannir Bothwell de sa prcsencc et gouverner le royaume par les avis des nobles, elle recevrait de leur part toutes les preuves du respect et de l’obéissance qu’ils devaient â leur souveraine *.

Pendant cette conférence, Bothwell fit ses derniers adieux â la reine et prit la fuite accompagné. de quelques-uns de scs vassaux , mais en petit nombre. Il éprouva ce fatal revers de fortune précisément un mois après avoir accompli ce mariage qui lui avait coûté tant de crimes, et qui a laissé sur la mémoire de Marie une tache ineffaçable.

Aussitôt après la retraite de Bothwell , la reine se rendit à Kirkaldy qui la conduisit â l’armée des confédérés. Les chefs la reçurent avec

■ Cald. ,vol. Il, 50.

La Grange lui envoya donrf a Bothwell ) un cartel , â quoi l'autre lui répondit qu’il n’était ni comte ni lord , mais baron seulement, et qu'ainai il y avait trop d'inégalité entre leur» personnes. Il St la même réponse a Tul libardin ; et quand â la lin milord Lindsay le défia , ce qui ôta tout prétexte de refuser le combat , le cœur lui manqua , et l'on connut que son bras n'était pas si vaillant que aa langue. Melvil, trad., p. 292. La Hase, 1091, 2vol. in- 12. — 1 Gond. , vol. Il, 164. Mel. , 165.

tout le respect qui lui était dû, et Morton lui fit en leur nom les plus fortes protestations de fidélité et d'obéissance pour l'avenir *. Mais les soldats la traitèrent avec insolence et avec la dernière indignité. Lorsqu'elle passa le long des rangs , ils la chargèrent d'opprobre , ils lui donnèrent les noms les plus odieux rCt qu'on n'emploie ordinairement que pour les criminels les plus infimes et de la plus vile condition. Partout où elle portait scs regards on lui présentait une espèce d'étendard sur lequel était peint le corps du feu roi étendu sur la terre, le jeune prince à genoux devant le cadavre , et proférant ces mots : Juge et venge ma cause, 6 Seigneur! Marie détournait ses yeux de ce spectacle horrible et si insultant pour elle. Elle commença dès lors à ressentir la triste condition d’un prince réduit à la captivité. Elle déplorait amèrement son malheureux sort , elle versait uu torrent de larmes : on pouvait à peine la soutenir sur son cheval et l'empéchcr de succomber entièrement à sa douleur. Les confédérés lui firent prendre la route d'Edimbourg, où ils arrivèrent après une marche prolongée par les délais affectés de la reine. Celte princesse infortunée se nourrissait de ces vaincs espérances si ordinaires au comble du malheur, et elle se flattait toujours de recevoir quelque secours extraordinaire et

inopiné. Lorsqu'elle entra dans Edimbourg , le peuple aocourait en foule dans les rues par où elle passait. Un coup de théâtre aussi nouveau y avait rassemblé une infinité de gens, les uns conduits par leur zèle, les autres attirés par la curiosité. La reine, excédée de fatigue , couverte de poussière, baignée dans ses larmes, fut ainsi donnée en spectacle à scs propres sujets et conuite dans la maison du prevdt. Malgré toutes ses instances et ses supplications, on porta toujours devant elle ce tableau affreux; on ne cessa point de l'insulter et de l'accabler des mêmes reproches. Une femme jeune, belle, et dans l’adversité, doit naturellement exciter la compassion. On est ordinairement touché des malheurs des personnages illustres ; nous nous sentons attendris lorsque nous comparons leur misère présente avec leur ancienne splendeur. Mais, dans cette occasion, le peuple regardait d'un œil tranquille l'état déplorable où la reine était réduite , et ne donna aucune marque de sensibilité. Les Ecossais étaient si fortement persuadés que la reine était coupable; leur indignation contre elle était portée à un tel point que toutes les souffrances de Marie ue pouvaient calmer leur ressentiment , ni exciter en eux cette commisération qu'on refuse rarement aux princes infortunés '.

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