‹ Œuvres completes de W. Robertson precedees d'une notice (volume 2)Chapitre 21 sur 116 · Keith , Audcrs, vol. IV · texte numérisé non relu

Keith , Audcrs, vol. IV

le tableau de ses malheurs , un long détail de tout ce qu'elle avait eu à souffrir de ses propres sujets, et elle réclamait la commisération et l'assistance qui lui étaient si nécessaires dans le triste état où elle était réduite *. Un événement aussi extraordinaire et la conduite qu'on devait tenir dans cette occasion devinrent l’objet des attentions d'Elisabeth et de son conseil , et firent le sujet de leurs délibérations. S'ils ne s'étaient déterminés que par les régies de la justice et de la générosité, l'affaire n'aurait été ni difficile à résoudre ni d'une longue discussion. Une reine chassée par scs propres sujets, menacée par eux de la perte de sa vie et de sa liberté , fugitive pour se soustraire à leurs violences, venait se jeter elle- même entre les bras d'une reine dont les états confinaient aux siens , qui était sa plus proche parente , et dont elle avait reçu tant d'assurances d'amitié et de protection. Toutes ces raisons étaient autant de titres qui devaient lui attirer le respect et la compassion , et qui mettaient dans l’obligation ou de la rétablir sur son trône, ou de lui laisser au moins la liberté d'aller chercher des secours dans un autre pays. Mais Élisabeth et ses conseillers ne s’attachèrent point à examiner ce qui était le plus juste et le plus généreux , mais ce qui était le plus avantageux pour la reine et |>our la nation anglaise. Trois différais avis furent proposés dans le conseil d'Elisabeth au sujet de la reine d'Ecosse : de la rétablir dans son royaume, de lui permettre de se retirer en France ou ailleurs , ou bien de la retenir en Angleterre. Les conséquences de ces différentes opinions méritaient la plus grande attention. On voit aussi par les papiers qui nous sont restés 2 , quelles furent pesées avec le plus grand soin et examinées avec cette exactitude scrupuleuse que les ministres d’Elisabeth apportaient dans toutes les affaires d'unegrande importance.

Ils observèrent qu’en remettant Marie dans le plein exercice de l'autorité royale en Ecosse, on la rendrait plus puissante que jamais ; que les nobles d'Ecosse qui étaient le plus attachés aux intérêts de l'Angleterre éprouveraient bientôt tout l'effort du ressentiment de Marie. La reconnaissance est, disaient- ils, une vertu qui prend peu de force et de consistance dans l'âme

1 AnJcrs , vol. IV, 29. — > Ibid , vol. IV, 31,99, 102.

des princes lorsqu'il s'agit de leurs intérêts : Marie perdra bientôt la mémoire des services qu'Élisabelh lui aura rendus ; elle renouvellera aussitôt l'ancienne alliance de la nation écossaise avec la France, et elle fera revivre ses prétentions à la couronne d'Angleterre. Ils n'imaginaient point de conditions qu’on pût imposer â la reine d'Ecosse, et qui fussent capables de l’encbatner et de la lier de manière à prévenir ces dangers. Le parti de Marie en Écosse était nombreux et puissant. Son retour même, sans aucun soutien de la part de l'Angleterre, aurait encouragé les amis de la reine, leur aurait inspiré un nouveau zèle; une seule victoire pouvait leur rendre cette supériorité, qu'une seule défaite leur avait enlevée. Elle pouvait rendre Marie une rivale plus formidable que jamais pour Élisabeth.

Us apercevaient avec une égale évidence le danger qu'il y aurait à permettre â Marie de se retirer en France. Le roi de France ne pouvait pas refuser son secours pour remettre sur le trône une seeur et une alliée. Élisabeth verrait encore une armée étrangère aborder dans les lies britanniques, tenir en crainte les Écossais, et prèle à entrer dans son royaume; et si les soulèvemcns de France au sujet de la religion venaient à s'apaiser, les princes lorrains pouvaient reprendre leurs anciens projets; et les forces réunies de France et d'Écosse pouvaient envahir l'Angleterre par le côté le plus faible et le moins défendu.

Il ne restait donc plus d'autre parti à prendre que celui de retenir Marie en Angleterre , et de lui permettre d'y vivre en liberté , ou bien de la reléguer dans une prison. Le premier expédient était dangereux. La cour de Marie serait devenue un asile pour tous les catholiques romains, pour tous les mécontens, pour tous les gens avides de nouveautés. Élisabeth affectait de regarder les prétentions de Marie i la couronne d’Angleterre comme extravagantes et mal fondées; mais en même temps elle n'ignorait pas que ces prétentioas de la reine d’Écosse n'étaient point regardées du même œil par la nation, et que bien des gens donnaient même la préférence au droit de Marie sur celui d'Élisabeth. Si l'activité des émissaires de Marie lui avait acquis tant de partisans , que n'avait-on point à craindre de sa présence? L’admiration et la pitié que sa beauté,

son adresse et ses souffrances devaient naturellement exciter, ne pouvaient pas manquer d'entrainer dans son parti une infinité de personnes

Cependant Élisabeth devait craindre d'exciter contre elle-même une indignation générale en traitant Marie comme prisonnière, et de perdre cette réputation de justice et d'humanité qu'elle avait acquise, en usant alors d'une sévérité inouïe envers une reine qui avait imploré, et à qui elle avait promis sa protection; mais les monarques anglais avaient souvent été occupés de garantir leur royaume des entreprises des Écossais, et ils avaient rarement été scrupuleux sur les moyens qu'ils employaient pour y réussir. Henri 1Y avait fait arrêter le prince héréditaire du royaume d'Écosse , forcé par la tempête de relâcher dans un port d'Angleterre; et au mépris des droits de l'hospitalité, sans égard pour l'âge tendre du prince, pour les larmes et les supplications d'un père, il le retint prisonnier pendant plusieurs années. Ce procédé était en horreur â la postérité; cependant Élisabeth se détermina à le prendre pour modèle. Sa vertu ne fut pas plus à l’épreuve que celle de Henri IV contre la tentation de l'intérêt , et elle fut plus sensible à un avantage présent qu'au soin de sa réputation pour l'avenir. I-a satisfaction de mortifier une rivale dont la beauté et les talens étaient pour Élisabeth des objets perpétuels de jalousie, contribuèrent peut-être autant que les considérations politiques à déterminer la reine d'Angleterre au parti qu'elle prit dans cette conjoncture. Cependant pour éviter les justes reproches que cette conduite devait lui attirer, et pour faire croire que c'était plutôt par nécessité que par choix qu'elle traitait ainsi la reine d'Écosse , elle voulut conserver quelques apparences d'attention pour les intérêts de Marie , et de commisération pour les souffrances de cette princesse infortunée.

Dans cette vue, elle dépêcha à l'instant le lord Scroope, gardien des marches occidentales et le chevalier François Knollys , son vïce-chainbellan, vers la reine d'Écosse , et elle les cliargea de lettres remplies de termes d’affection pour cette reine , et d’expressions de regrets de ses infortunes. Mais , par des instructions parlicu-

’ Ander»., vol. IV,56,«0.

litres , elle les chargeait d’observer toutes les démarches de Marie, et de bien prendre garde qu'elle ne s’échappât pour retourner dans son royaume L A leur arrivée, Marie demanda une entrevue avec la reine , pour lui exposer toutes les injures qu'elles avait souffertes , et lui demander l’amitié et les bons offices qu'elle lui avait fait espérer. Ils lui répondirent que c’était avec regret qu’on lui refusait dans le moment présent cette entrevue; mais qu'étant chargée d’un crime aussi énorme que l’assassinat de son mari , la reine , leur maîtresse , à qui ce prince était aussi étroitement uni par les liens du sang, ne pouvait pas, sans faire tort à sa propre réputation, l’admettre en sa présence; cependant ils promettaient à Marie qu’aussitôt qu’elle se serait lavée de cette tacite, elle obtiendrait une réception convenable à sa dignité, et des secours proportionnés à ses malheurs s.

Rien de plus frivole que ce raisonnement , mais il était relatif aux vues d’Élisabeth et de scs ministres. Ils voulaient que Marie vint d’ellernéme s’embarrasser dans le piège qu'ils lui tendaient. La reine d’Écosse, qui ne s'attendaitpoint âla réponse desministresanglais, parut fort surprise du prétexte qu’ils prenaient pour éluder sa demande; mais elle avait reçu tant de protestations d’amitié de la part d’Élisabeth , qu'elle ne pouvait pas se résoudre ù douter de la sincérité de cette princesse. Elle répondit avec franchise aux envoyés , qu’elle offrait de soumettre sa cause aujugement d’Élisabeth, et elle leur dit qu'elle produirait tant de preuves de son innocence et de la fausseté des accusations qu’on avait intentées contre elle, qu'elle parviendrait aisément à détruire les préventions et i satisfaire la délicatesse de la reine d’Angleterre. C'était précisément là te point où Élisabeth voulait amener la reine d’Écossc. Cet appel de Marie au tribunal de la reine d’Angleterre rendait Élisabeth juge des démélés survenus entre la reine d'Écosse et scs sujets. On pouvait traîner les informations en longueur, et y faire naître tant d'embarras et de difficultés, que l’affaire ne pourrait jamais se terminer. Cependant Élisabeth ne manquerait pas de prétextes pour éloigner de sa cour la reine d'Écosse , et pour s’excuser de lui donner des secours pour la remettre

■Audcn , vol. IV, ne. 70. 92. — ‘/bi t., vol. IV,8, 33

sur son Irène. La conduite de Marie avait été très imprudente, les soupçons qu’on avait de son crime étaient fondés sur des présomptions très fortes, ses sujéls pouvaient parvenir à justifier les accusations qu’ils avaient formées contre elle; et si, par le résultat des perquisitions, son crime venait à être constaté . elle cessait d'èlrc un objet d’égards et de compassion, et la froideur et l'indifférence qu’Élisabeth lui marquait ne méritait plus aucun reproche. Dans une affaire aussi obscure et aussi compliquée, il n’était pas vraisemblable que Marie pût donner des preuves assez évidentes de son innocence, pour rendre la conduite de la reine d'Angleterre alisolument répréhensible. Marie pouvait aussi souffrir impatiemment la contrainte dans laquelle on la retenait, concevoir des soupçons de la partialité d’Élisabeth, découvrir les artifices de celle princesse, se laisser entraîner dans les cabales et des complots , et justifier ainsi la grande rigueur dont on voudrait user envers elle.

Élisabeth avait aperçu de bonne heure tous les avantages qu'elle retirerait de cet examen de la conduite de la reine d'Écosse , qui se ferait sous son autorité. On pouvait craindre néanmoins que Marie ne découvrit trop tôt les intentions d’Élisalteth, et qu’en retirant l'offre qu'elle avait faite de s’en rapporter au jugement de la reine d'Angleterre, elle n’arrélàt le cours des informations. Mais Élisabeth était déterminée à ne les point suspendre, et elle avait déjà imaginé divers expédicus pour les continuer, quelque chose qui pût arriver. la comtesse de Lcnnox était convaincue que Marie avait eu part au meurtre du roi d’Écossc; le désir de la vengeance, si naturel à une mère, avait porté lady lamnox à réclamer la justice d’Élisabeth, et à la supplier, les larmes aux yeux, tant en son nom qu'en celui du comte de Lennox, de mettre la reine d’Ecosse en justice pour ce crime '. les père et mère de l'infortuné Dandy étalent en droit de former celte accusation contre la reine d’Écosse, et Élisabeth, quiétait leur plus proche parente, ne pouvait pas être blâmée d'écouter une demande aussi juste. De plus, les nobles d’Écossc accusaient ouvertement Marie de ce même crime, et ils prétendaient être en état de

Camd. , 112. Ilaynts, 4G9.

donner des preuves assurées de ce qu'ils avançaient. Il n'étaitpas dif ficile de les engager à demander à Élisabeth de prendre connaissance de de la procédure qu'ils suivaient contre la reine , et l avis du conseil d'Angleterre était qu'il serait à propos de recevoir cette requête et d'y faire droit On commençait aussi daus ce même temps à réveiller cette prétention surannée de la prééminence de l'Angleterre sur l'Écosse, et on croyait en conséquence que le jugement des contestations entre la reine d'Écosse et scs sujets appartenait de droit à Élisabeth. Cependant Élisabeth , sans perdre de vue tous ces expédiens, et bien déterminée à s'en servir dans l'occasion , aurait désiré que ces recherches sur la conduite de Marie parussent ne se (aire que par complaisance pour celte princesse, à sa propre réquisition , et dans le dessein de faire éclater son innocence; et tant qu’on pourrait conserver ces apparences, Élisabeth était déterminée b ne point employer d'auLres moyens.

Lorsque Marie avait consenti à se soumettre au jugement d'Élisabeth , elle était bien éloignée d'en apercevoir les conséquences dangereuses, et de croire que cette démarche pût servir de fondement à des prétentions qui fussent à sa charge. Elle comptait ex|>oser les raisons qu'elle avait à alléguer pour sa défense , et qu'Élisabeth les écouterait et les examinerait; mais elle regardait la reine d'Angleterre comme son égale; elle voulait bien lui faire le détail de sa conduite et la soumettre à sa censure, mais non pas la reconnaître comme un supérieur devant qui elle était obligée de plaider sa cause. Élisabeth donnait un sens tout-ù-fait différent aux offres de Marie. Klle se considérait comme ayant été choisie pour juge entre la reine d'Écosse et ses sujets, et elle commença à agir en conséquencce. Elle proposa de nommer des commissaires pour entendre les plaidoyers des deux parties, et elle écrivit au régent d'Écosse de nommer et d'autoriser des personnes pour comparaître en son nom devant ces commissaires, et y produire les raisons qu'il aurait b alléguer pour justifier ses procédés envers sa souveraine.

Marie avait eu jusqu'alors une entière confiance dans les assurancesd affect ion qu’elle avait reçues d'Élisabeth, et elle espérait toujours que ces assu-

1 Auders, vol IV, 'Ï7. <

D’ÉCOSSE. Uô(i8J

rancesd’amitié tant de fois répétées seraient b la fin réalisées par quelques bons offices ; mats elle fin bientôt détrompée lorsqu'on lui proposa de plaider sa cause contradictoirement avec sessujels devant les commissaires nommés. Elle aperçut alors clairement tous les artifices d'Élisabeth ; elle sentit vivement tout le déshonneur de se mettre de niveau avec scs sujets rebelles , et de comparaître avec eux devant le tribunal d'un supérieur et d'un juge. Elle rétracta l'offre qu'elle avait faite , et dont on avait si indignement abusé en lui donnant un sens contraire A ses intentions ; elle insista plus que jamais sur la demande qu'elle avait faite d'être admise en la présence d'Élisabeth; elle changea de tou avec cette princesse, elle lui écrivit d'un style bien différent de celui dont elle avait usé jusqu'alors, elle lui ouvrit son cœur et elle exposa vivement les chagrins et le dépit dont il était dévoré, a Dans la position où je me trouve, je a ne veux ni ne puis, disait-elle, répondre aux « accusations que mes sujets tmt osé former con- «tre moi. Je vous ai offert de mettre sous vos a yeux U justification de ma conduite et de lever u tous vos scrupules, je suis prête encore b le « faire par amitié pour vous. Mes sujets ne sont « pas mes égaux : je ne veux point les recono naître pour tels , en paraissant avec eux en jusci lice réglée. Je me suis jetée entre vos bras, « j’ai eu recours à ma parente la plus proche; «j'ai espéré que je trouverais en vous une véritable amie. J'ai cru vous faire honneur, en «vous choisissant par préférence ù tout autre «prince, pour venger une injure faite b une « reine. A-t-on jamais vu un prince blâmé pour «avoir entendu en personne les plaintes de ceux «qui en appellent â sa justice, et ceux qui la «réclament contre les fausses accusations de «leurs ennemis? Vous admettez mon frère en « votre présence , un bâtard , un homme coupable «du crime de rébellion, et vous me refusez cet «honneur! A Dieu ne plaise que je donne jamais «lieu à rien qui puisse noircir votre réputation ! «j'ai voulu au contraire vous procurer une «craie sion d'en relever l'éclat par la manière dont «vous vous comporteriez à mon égard. Souffrez «que je réclame l'assistance d'autres princes «moins délicats sur ce point d'honneur, et plus «compalissans pour mes malheurs, ou laisscz- « moi recevoir de vous des secours qu'il vous

« convient mieux qu'à tout autre prince de m'aci corder, et metlez-moi dans le cas de m'attacher « à vous par les liens d'une étemelle reconnais- « sanre *.

Cette lettre ne laissa pas de déconcerter les mesures d'Élisahclh. mais elle n'en suivit pas ses projets avec moins de chaleur. Elle mit cette affaire en délibération dans son conseil privé , et il fut décidé que, malgré les instances et les représentations de la reine d'Écosse , on procéderait à l'examen de sa conduite ; qu'il fallait d'abord terminer ces informations, et qu’en attendant, Elisabeth ne pouvait , sans faire tort à sa réputation et sans risquer la sûreté de son gouvernement, ni donner à Marie l’assistance quelle lui demandait, ni lui permettre de sortir du royaume ; et dans la crainte que Marie ne trouvât l'occasion de s'échapper, si elle continuait sa résidence dans le voisinage de l'Ecosse, on jugea qu’il était à propos de la transférer dans quelque place très éloignée des frontières 3.

Pendant que la cour d’Angleterre était occupée à ces délibérations, le régent songeait à retirer tous les avantages de sa victoire de Langside. Cet événement était pour lui de la dernière importance. La reine, chassée de son propre royaume, laissait tous ceux de son parti dispersés, sans chef, et à la merci du régent. Il parut d’abord déterminé à procéder en toute rigueur contre les partisans de la reine. Six prisonniers de quelque distinction faits dans la bataille furent mis en justice et condamnés à mort, comme rebelles au gouvernement du roi. Ils furent conduits au lieu de l’exécution, mais Knox intercéda pour eux, et il eut le crédit de leur faire obtenir leur grâce. Ilamilton de Bothwellhaugh était de cc nombre , et il donna lieu dans la suite au régent et à Knox de se repentir de cet acte de clémence 3.

Aussitôt après , le régent marcha vers les frontières occidentales avec une armée composée de quatre mille chevaux et de mille hommes d'infanterie. l,es nobles de cette partie du royaume étaient affectionnés à la reine; mais comme ils n'étaient point assez en force pour tenir tète au régent , ils se voyaient obligés ou de se soumettre au roi , ou de laisser porter le fer et le feu

’ Ander*. , vol. IV , 91. — * Ibid. , 102. — » Calé. . vol. Il, 09.

dans leur pays. Mais Elisabeth, qui avait intérêt à entretenir les troubles en Écosse, en tenant la balance égale entre les deux partis, et qui cherchait à calmer Marie par quelques marques de condescendance , céda en cette occasion aux instances de la reine d'Écosse, et lui accorda son entremise. Le régent , après avoir tenu la campagne pendant quinze jours, licencia son armée, et une expédition qui devait être fatale à tout le parti opposé au régent se borna à quelques coups de main '.

Cependant la résolution prise par le conseil privé d’Angleterre, par rapport à la personne de Marie, fut aussitôt mise à exécution; et sans égards pour les représentations et les plaintes de celte reine infortunée, on la conduisit à Bolton, château appartenant au lord Scroope, sur les frontières de la province d’Yorck 2. La situation de cette place rendait la correspondance de Marie avec les ainis qu'elle avait en Écosse bien plus difficile , et elle lui ôtait toute espérance de pouvoir s'échapper. Elle vit bien alors qu'elle était en la puissance d’Élisabeth ; et quoiqu’on affectât encore de rendre à Marie tous les respects dus â une reine , elle était réellement dans la captivité. Elle ressentait vivement la perte de sa liberté, et elle regardait cette privation comme le plus grand de tous les malheurs : elle avait la mémoire encore toute récente des horreurs de la prison dont elle venait de sortir, et elle se voyait sur le point de rentrer dans une autre. Elisabeth sut profiter de ce moment d’agitation et de terreur, et elle jugea cette conjoncture favorable pour lui renouveler ses premières propositions. Elle fit demander à Marie de permettre que le régent et ses adhérens fussent appelés en Angleterre , et de consentir qu'ils fussent entendus dans les défenses qu'ils avaient à proposer pour la justification de leur conduite. Élisabeth promettait en même temps que, quel que fût le résultat de ces informations, elle emploierait tout son pouvoir pour rétablir Marie sur son trône, en y mettant seulement quelques conditions et restrictions, mais que personne ne pourrait regarder comme déraisonnables. La crainte , l’impatience, le désespoir balancés par ces espérances flatteuses dont Élisabeth accompagnait sa proposition, arra-

' Cald., vol. 11,99. — • Ander».. vol. IV, 14

dictent enfin le consentement de Marie, et elle I accorda à la reine d’ Angleterre tout ce qu’elle | lui demaudail '.

La reine d’Écossc avait toujours été inflexible sur le point de la religion. Constamment attachée pendant tout le cours de ses malheurs à la religion romaine, elle fut également inébranlable dans les mêmes sentimeos jusqu'à la fin de ses jours et de ses infortunes. Cependant pour persuader quelle désirait sincèrement de se lier aussi étroitement qu'il lui serait possible avec Élisabeth, elle chercha à se concilier la bienveillance de cette princesse, en faisant paraître quelque disposition il se relâcher sur cet article. Elle marqua beaucoup de vénération pour la liturgie de l’églisé anglicane : elle assistait souvent au service divin suivant les rits de l’église réformée : elle fit le choix d’un ecclésiastique protestant pourdesservir sa chapelle; elle l’écoutait avec attention prêcher contre les erreurs du papisme, et elle paraissait l’entendre avec plaisir : elle dontsi même toutes les marques d'une conversion prochaine1. Mais la superstition de la reine d'Ecosse et son attachement au papisme étaient trop connus pour qu'on ajoutât aucune foi à la sincérité de ses démarches. RieD au contraire ne donnait des marques plus assurées de l’état misérable oh elle était réduite et de la terreur qui s’était emparée de son âme , que de se prêter ainsi â une basse dissimulation, et de trahir sa propre cousciencc, après avoir montré dans tous les temps sur le fait de la religion une délicatesse aussi scrupuleuse.

Hans ce même temps, le régent convoqua un parlement pour procéder au jugement et â la condamnation de ceux qui refusaient de reconnaître l'autorité du roi. La faction de la reine en fut alarmée. Argyll et Hunlly, que Marie avait nommés ses llcutenans , l’un dans le midi , l'autre dans le nord de l’Ecosse, commencèrent â rassembler leurs forces pour empêcher cette assemblée. On était touché de compassion pour les maux de la reine, on portait envie à ceux qui gouvernaient au nom du roi , et le parti de Marie s’était fortifié â un tel point que le régent aurait eu bien de la peine â lui résister. Mais

’ Andrra. , vol. IV, 100. H.ivrifS , 408. — * nid. , vol IV, 13. Hayncs,.m

Elisabeth pria Marie d’ordonner â ses amis de mettre bas les armes , et d'attendre tranquillement la décision qui serait prononcée en Angleterre; cl la reine d’Ecosse, qui avait soumis sa cause au jugement d’Élisabeth, ne put le lui refuser. Elisabeth, en procurant ainsi cette cessation d'armes, suivait ainsi toujours son plan d'équilibre entre les deux partis, et elle donna ainsi fort à propos â la faction du régent le même secours qu’elle avait précédemment accordé au parti de la reine *.

Cependant le régent , malgré les sollicitations d'Elisabeth, ne voulut jamais se désister de l’assemblée du parlement qu’il avait convoquée. Mais on y donna des marques de modération qui ne peuvent être attribuées qu'aux influences de la reine d’Angleterre et à l’éloquence dé Maitland, qui travailla avec zèle à empêcher ses concitoyens de s’armer les uns contre les autres. Ceux qui s’opposaient avec le plus dechaleur au gouvernement du roi , furent condamnés; on laissa toujours aux autres quelque espérance d’obtenir leur grâce *.

Aussitôt que la reine d’Ecosse eut soumis sa • cause au jugement de sa rivale, Élisabeth avait sommé le régent d’envoyer des députés à Yorck , munis des instructions nécessaires pour justifier sa conduite devant les commissaires anglais. Ce ne fut pas sans hésiter, ni sans de grandes inquiétudes, que le régent se détermina â faire celte démarche. Son autorité était établie en Écosse, et confirmée dans le parlement. Il était bien humiliant de souffrir qu’elle fût révoquée en doute, et soumise â l’examen d’une juridiction étrangère. Il était odieux d’intenter une accusation contre sa souveraine devant des étrangers, qui étaient les plus anciens ennemis du nom écossais. 11 était dangereux de succomber dans cette démarche, et désagréable d’y réussir. Mais le régent voyait de jour en jour les accroissemens de la faction qui lui était opposée. Il craignait qu’elle ne parvint â obtenir l’entremise et les secours du roi de France. Dans cette position , il était difficile de désobéir â Élisabeth , et de contester avec elle sur un point qu’elle suivait avec tant de vivacité 3.

L’obligation de comparaître en personne i

• Andrn., vcl. IV, 102. — ‘Buclian.,37!.— ‘Andrea. , 372. Appt ml., n" XXV, p. 187, IBS.

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Ynrck, foulait encore à l'ignominie de la démarche où le régeo t se trouvait engagé. Tous scs associés cherchaient à s'en excuser. Ils ne voulurent point apparemment s'exposer A la haine et aux dangers qu'il était aisé de prévoir en s'acquittant d'une pareille commission , A moins que le régent ne consentit A les partager avec eux. Le comte de Morton, Bothwell, évêque d'Orkney ; Pitcairn , commandeur de Dunfermling, et le lord Lindsay, furent associés au régent en qualité de commissaires. Macgill de Rankeilor et Balnaves de iialhil, deux fameux docteurs en droit civil ; George Buchanan , qui par la beauté de son génie faisait l’honneur de son siècle; Maitland, et quelques autres, furent nommés pour assister et accompagner les commissaires. Le régent n'aimait point Maitland , mais il le fit nommer, et il lui procura cette distinction parce qu’il le craignait. Maitland s'était élevé hautement contre cette démarche. Il désirait qu'on restât en bonne intelligence avec l'Angleterre, mais il ne voulait point que l'Écosse se mit dans la dépendance des Anglais ; et il aurait voulu qu’on rendit A la reine une portion d'autorité qui ne fût point incompatible avec celle que le roi possédait. Le régent ne pouvait pas avec sûreté laisser, pendant son absence , dans le royaume, un homme dont les vues étaient si opposées aux siennes , et qui par des talens supérieurs avait acquis dans la nation un crédit que d’autres ne devaient qu'à l'ancienneté et A la puissance de leurs familles '.

Marie choisit Lesly, évêque de Ross; le lord Livingston , le lord Boyd , le lord Herreis , Gavin Hamilton, commandeur de Kilvinning, le chevalier Jean Gordon de Lochiuvaret le chevalier Jacques Cockburn de Stirling , pour comparaître en son nom J.

Élisabeth nomma commissaires pour entendre les deux parties, Thomas Howard, duc de Norfolk , Thomas Rateliss , comte de Sussex , et le chevalier Ralph Sadler.

Le 4 octobre fut le jour fixé pour l'ouverture de la conférence. Les grands talens des députés de part et d'autre , la dignité des juges devant lesquels ils devaient comparaître, le rang suprême des personnes dont la cause devait être

’ Burb. , 372. Aodcrs., vol. IV, .15. Met»., 180. 188.

• Andcn. , vol. IV, 63.

; entendue, et l’importance des points qui étaient en contestation, rendaient cette assemblée également illustre et singulière. Rien n’est plus frappant que cette époque de la vie d'Élisabeth, et l’appareil de grandeur et de magnificence avec lequel elle parut dams cette occasiun. Une rivale, une reine indépendante, l’héritière d une ancienne race de rois , est prisonnière entre les mains d'Élisabeth , et comparait par des ambassadeurs devant son tribunal. Le régent d'Écosse, qui représentait la majesté du roi, et qui en possédait l'autorité . vient en personne se soumettre à ce même tribunal ; et Élisabeth se trouve maltresse absolue de disposer du sort de ce royaume dont ses ancêtres avaient tant de fois redouté la puissance , et qu'ils u'avaient jamais pu subjuguer par la force des armes.

Au reste lesparliesqui donnèrent leur consentement A cette conférence avaient des vues bien opposées et des espérances bien différentes.

1.0 principal objet de Marie était de recouvrer son ancienne autorité, et elle sc prêtait par cette raison A des mesures auxquelles elle avait résisté pendant si long-temps. Les promesses d'Élisabeth avaient fait concevoir à Marie l'espérance d'être rétablie dans son royaume; et elle aurait pour cela fait bien d'autres sacrifices au parti du roi ; de plus l'ennui de l’état oû elle se trouvait, l'impatience de s’en retirer, et le pouvoir d'Élisabeth étaient capables de déterminer Marie à des démarches encore bien plus extraordinaires1. Le régent n'avait point d'autre but que d'assurer à son parti la protection d'Élisabeth , et il ne parait pas qu'il eût eu la moindre idée de se prêter A aucun accommodement avec Marie. les vues d'Élisabeth étaient plus vastes, ses projets plus compliqués, et le plan qu’elle suivait était plus étendu. Elle paraissait uniquement occupée de l'honneur de Marie , empressée de voir effacer les taches qui avaient flétri la réputation de la reine d’Écosse, et elle prétendait que cette conférence n’avait point d'autre objet. Elle amusait ainsi Marie, et elle éludait les sollicitations de la France et de l’Espagne, en ne cessant de leur répéter qu’elle ne ferait aucun déplaisir à la reine d'Écossc , et que même elle l'assisterait lorsqu’elle pourrait le faire sans attirer sur elle tout le déshouneur. Mais sous ces

* Andprx . vol. IV, 33. Good. , vol. Il , 337.

IKO HISTOIRE

apparences d'affection et de générosité, Elisabeth cachait des scntimens d’une espèce bien différente. Elle comptait que le régent accuserait Marie d’avoir trempé dans l’assassinat de son mari, et elle l’encourageait, autant que la bienséance pouvait le permettre, à cette démarche hardie et dangereuse *. Cette accusation pouvait se terminer en deux manières, et dans l’un et l’autre cas Elisabeth avait formé le plan de la conduite quelle devait tenir. Si les imputations contre Marie paraissaient bien fondées, Élisabeth était déterminée à prononcer que la reine d’Ecosse était indigne de porter la couronne, et à déclarer qu’elle ne chargerait jamais sa conscience d’une action aussi détestable que celle de rétablir Marie dans son royaume2. Si les allégations des accusateurs de la reine d’Ecosse ne fournissaient aucune preuve de crime, mais seulement de mauvaise administration , Elisabeth comptait faire alors un traité pour la rétablir, mais A de telles conditions , qu’elle rendrait Marie pour toujours dépendante de l’Angleterre , et esclave de ses propres sujets3. Comme Élisabeth disposait également des progrès et du résultat de la conférence, elle avait toujours la liberté de choisir celui des deux partis qu’elle voudrait prendre; et si elle trouvait quelque danger ou quelque inconvénient A suivre l’un ou l’autre, elle pouvait traîner l'affaire en longueur, y faire naître des difficultés sans fin, et susciter des embarras dont on ne pourrait jamais sortir.

Cependant la conférenrc s’ouvrit avec de grandes solennités. On aperçut dès le commencement que le dessein d'Elisabeth était de fomenter en Écosse le feu de la discorde, et d’entretenir les dissensions et les animosités qui s'étaient élevées dans ce royaume; on ne chercha point à réconcilier les parties, ni à calmer la violence de leur haine , en engageant la reine A offrir de pardonner tout le passé . ou bien eu portant scs sujets A lui promettre de lui rendre à l’avenir l’obéissance qu'ils lui devaient. On permit au contraire aux commissaires de Marie de présenter une plainte contre le régent et scs adhérens. On y faisait une longue énumération de toutes leurs trahisons, de l’audace qu’ils avaient eue de prendre les armes contre leur

‘Andro.v IV, II. — 'Ibid,, v. IV, ti. — * ll.it nés, «7

D’ECOSSE. IIÛ68]

reine , de se saisir par force de sa personne , de la jeter dans une prison, de la forcer d'abdiquer la couronne, de s'emparer de l’autorité royale, et d'abuser du nom de son fils pour colorer leur usurpation. Ils demandaient une réparation prompte et effective de tous ces crimes énormes, et telle que les injures faites A une reine l’exigeaient de la justice d’une autre souveraine1.

On s'attendait alors que le régent allait révéler toutes les circonstances de ce crime barbare auquel il prétendait que la reine avait participe, et qu'il les mettrait dans l'évidence nécessaire pour constater l'accusation qu'il avait formée. Mais le régent , bien loin d'accuser Marie , ne daigna pas seulement répondre aux imputations dont il était lui-méme chargé. Il montra dr la répugnance A faire le personnage d’accusateur; il proposa A ce sujet plusieurs doutes et scrupules, sur lesquels il consulta Élisabeth elle-même2. La plus grande partie des commissaires anglais, et les associés même du régent, furent également surpris de rette réserve et de cette irrésolution du comte de Murray. Ils savaient qu’il ne pouvait justifier sa propre conduite sans charger la reine du meurtre du roi , et que jusqu’alors il n’avait pas montré beaucoup de délicatesse sur ce point. Une intrigue qui avait été conduite dans le plus grand secret depuis l’arrivée du régent A Yorck dévoila tout ce mystère.

Le duc de Norfulk était alors un des plus puissans seigneurs de l’Angleterre et des plus agréables au peuple. Il venait de perdre sa femme, et II avait aussitôt formé le projet, qu’il suivit dans la suite plus ouvertement , de se placer sur le trône d’Ecosse en épousant la reine, il voyait l’infamie qui résulterait d'une accusation formée publiquement contre Marie, et le lort que cela ferait A cette princesse pour les prétentions qu elle avait A la succession d’Angleterre. Norfolk entreprit de garantir la reine d’Ecosse de cette ignominie. Il s’adressa d'abord A Maitland. «Je suis étonné, lui dit-il, qu’un homme «comme vous , jouissant d’une aussi grande ré- « putation de sagesse et de prudence, se soit en- «gagé avec le régent dans des mesures aussi «déshonorantes pour vous-méme, pour votre

» Anderi., vol. IV, «2. — ’ llaynes, 17a

«reine et pour votre patrie; que vous ayez souamis les affaires publiques de votre nation au a jugement des etrangers ; que vous ayez publie aies fautes et l’ignominie de votre souveraine , «pendant que, suivant toutes les règles du de- « voir et de la saine politique, vous auriez dû les « vacher et les ensevelir dans l'oubli, s Maitland , qui était dans les mêmes sentimens que le duc, se justifia aisément de ces reproches. Il l’assura qu'il avait employé tout son crédit pour dissuader scs concitoyens, et qu'il contribuerait toujours de tout son pouvoir à les détourner de celte entreprise. Norfolk , encouragé par le succès de cette première démarche, va trouver le régent, lui communique ces mêmes idées, lui répète tout ce qu’il avait dit 5 Maitland, ajoute encore de nouvelles raisons, lui représente ledanger auquel il s’expose par une action de violence aussi téméraire que celle d'accuser publiquement sa souveraine. «Croyez-vous, lui disait-il, que Marie « puisse jamais vous pardonner la note d'infamie a dont vous avez voulu la noircirPSi elle parvient «un jour à recouvrer la moindre portion de «son autorité, votre perte est inévitable, vous «serez la première victime qu’elle immolera i «son ressentiment, et vous l’aurez justement « mérité. Vous ne devez point compter sur la pro- «tection d'Élisabeth : voudrait-elle approuver «publiquement votre conduite? De plus , quelques preuves que vous puissiez donner du «crime de Marie, Élisabeth ne se déterminera «jamais à prononcer dans cette affaire une sen- «tence définitive. Faites-lui demander que la « cause soit jugée aussitôt que les preuves auront «été produites, et vous serez alors pleinement «convaincu que scs intentions sont fausses, que «ses démarches sont insidieuses, et que par con- «séq unit il ne vous convient en aucune manière «de vous porter pour accusateur de votre souveraine ‘.«La candeur de Norfolk, la justesse de ses raisonnemens. la vérité de scs représentations, touchèrent le régent, et firent sur lui de fortes impressions. De plus, il recevait tous les jours de la part de Marie de nouvelles assurances de l'intention oô elle était de se réconcilier avec luis'il voulait sedésisterde l'accusation et ne la point charger de ce crime odieux; mais elle lui annonçait une haine irréconciliable s’il

> Metr., 187. Ilayu». 573.

prenait un parti contraire '. Toutes ces considérations et ces circonstances déterminèrent le régent ù changer le plan de sa conduite, et à profiter des ouvertures et des avis du duc de Norfolk.

Le régent déclara , en conséquence , qu’avant que d’aller plus avant , il désirait de savoir si les commissaires anglais étaient munis de pleins pouvoirs suffisans pour prononcer judiciairement sur le crime imputé à la reine, et pour la déclarer coupable; s'ils voulaient promettre de donner leur sentence sans aucun délai ; si la reine serait gardée assez étroitement pour lui Oter tous les moyens de troubler le gouvernement qu'on venait d’établir en Écosse; et si Élisabeth , en cas qu’elle approuvât les démarches du parti du roi , s’engagerait i lui accorder sa protection pour l’avenir2. Ces demandes du régent furent rédigées par écrit , signées de lui seul, et sans qu'il les eôt même communiquées à aucun de ceux qui l’avaient accompagné , excepté à Maitland et à Melvil 3. On ne pouvait pas blâmer le régent de ses inquiétudes , il était naturel qu'il voulût savoir â quoi s’en tenir. Il aurait agi avec une imprudence impardonnable s'il s’était engagé dans une entreprise aussi extraordinaire et aussi dangereuse que celle d'accuser sa souveraine, sans savoir auparavant s'il pouvait agir avec sûreté. Cependant Élisabeth , qui ne s’attendait pas , de la part du régent , à des difficultés de cette espèce, n’avait pas donné aux commissaires anglais des pouvoirs assez étendus pour qu’ils fussent en état de le satisfaire sur de pareilles demandes. On fut donc obligé de les faire passer à la reine d’Angleterre ; les articles furent dressés par le duc de Norfolk ; il eut soin de mettre les demandes du régent dans tout leur jour, et le tour qu’il leur donna fit bien connaître qu'il avait eu dessein de laisser de fortes impressions dans l’âme d'Élisabeth, et d'en imposer à ses ministres. «Votre majesté «pcnsc-t-elle, disait Norfolk à la reine, que les «Écossais poussent trop loin les scrupules et « l'exactitude? Considérons leur conduite comme «nous voudrions que la nôtre fût considérée en «pareil ras. Ils courent de grands hasards, ils «risquent leurs biens, leur vie, leur honneur.

’ Aodrn* , vol. IV, 77. Good. , vol. Il, 157. Appctxi. . n" XXVI p. IBS. 1KI. — * A nder». , vol. IV. 55.

■/Mt/.,5S.Melv . ISO.

«Ils peuvent dans le moment présent , ou se ré- | o concilier avec leur reine, ou l'offenser irrémis- I lisiblement*. Dans une affaire de cette impor- j stance, les précautions portées au dernier point ! a ne peuvent jamais être regardées comme ex- ! «ccssives. »

Pendant que les commissaires anglais atten- ! daient de plus amples instructions relativement aux demandes du régent celui-ci travaillait de son côté à répondre aux plaintes qu'on avait formées contre lui au nom de la reine d'Ecosse. L’écrit du régent était conçu dans des termes entièrement conformes au système qu'il avait alors adopté; il n'y était fait aucune mention que la reine eût eu part au meurtre de son mari; le style d'aigreur, particulier à ce siècle, y était considérablement adouci; il soutenait que l'infamie du mariage de Bothwell avait mis dans la nécessité de prendre les armes pour le faire casser; que l’attachement de Marie pour cet homme odieux justifiait la prison dans laquelle cette princesse avait été retenue pendant quelque temps; au reste il ne disait rien par rapport A ces deux objets que ce qui était indispensablement nécessaire pour sa propre défense, lats commissaires ne manquèrent pas de répliquer A l’écrit du régent Mais tant qu'il ne fut point question du meurtre du roi, ces débats n'étaient que des espèces d'escarmouches; on se battait de loin, sans que cela fût d'aucune utilité pour terminer la querelle ; Élisabeth et ses commissaires y faisaient aussi fort peu d’attention.

Cependant ces opéeations de la conférence avaient jusqu'alors été dirigées de manière qu'Klisabeth voyait ses projets déconcertés, sans avoir pu en retirer aucun des éclaircissemens qu'elle en avait espérés. La distance d'Yorck à Urndres, et la nécessité de consulter la reine sur chaque difficulté qui se présentait, faisaient perdre beaucoup de temps. De plus , les intrigues de Norfolk avec le régent d’Écosse, quoique tramées dans le plus grand secret , n’étaient pas vraisemblablement inconnues ù une princesse qui avait autant de sagacité qu’Élisabeth, autant d'adresse à découvrir les desseins de ses ennemis. et A pénétrer leurs projets les plus cachés 3. Ce fut sans doute ce qui la détermina A ne faire

’ Andcrs., vol. IV, 77. — 'Ibid. , 64, 80. — » Good. , vol. Il, 180. Andcrs , vol. III, 2t.

aucune réponse aux demandes du régent; à transférer la conférence d'Yorck à Westminster, et A nommer de nouveaux commissaires, en qui elle pût avoir une entière confiance. Elle n’eut pas de peine A faire approuver ces nouveaux arrangemens par la reine d’Écosse et par le régent

On voit qu’alnrs Marie se vantait souvent de la supériorité de ses commissaires dans la conférence d'Yorck, et qu’elle se glorifiait de re qu'ils étaient venus A bout par la force de leurs raisons de confondre leurs adversaires et d’éluder toutes leurs chicanes 2. En effet , les débats entre son parti et celui de scs adversaires étaient établis sur un pied qui rendait sa victoire très facile. L’accusation d'avoir participé au meurtre du roi était la seule chose qui pouvait justifier les procédés violens de ses sujets. Or, comme ils évitaient avec soin de faire mention de ce point, leur cause perdait beaucoup par la suppression de ce moyen essentiel , et celle de la reine gagnait A proportion.

Élisabeth prit le parti d'empéchcr Marie de jouir de ce même avantage dans la conférence qui se tiendrait A Westminster. Elle délibéra avec la plus grande attention sur les mesures qu’elle prendrait pour lever les scrupules du régent et pour l’engager à accuser la reine, et sur les moyens les plus propres A persuader aux commissaires de la reine de répondre A ce chef d’accusalioo. Elle aperçut que les promesses qu’elle serait obligée de faire au régent pour le gagner ne pourraient point être ignorées par la reine d’Écosse, et qu'elle en serait aigrie au dernier |»int. Élisabeth se détermina en conséquence A resserrer Marie plus étroitement ; et quoique le lord Scroopc n'eût donné aucun lieu dedoulerdc sa vigilance et de sa fidélité , cependant comme il était beau-frère du duc de Norfolk, Élisabeth crut qu’il était A propos de transférer Marie le plus tôt qu'il serait possible à Tuthbury, dans la province de Stafford, et de la confier A la garde du comte de Shrewsbury, A qui le chAteau de Tuthbury appartenait 3.

Marie commença à pénétrer le but où tendait cette seconde conférence, et quoiqu'elle eût d'abord marqué beaucoup de satisfaction de voir

1 Haynes, Ancien., vol. IV, 91 — -Good., vol. Ilk 186,284 850. — * Havnes , 487.

flüGSj LIVRE V. 183

sa cause portée plus immédiatement sous les yeux de In reine ', elle donna de nouvelles instructions à scs commissaires, et clic prit des précautions pour éviter d’ètre obligée de répondre à ses sujets , s'ils poussaient l'audace jusqu'à former une accusation contre elle1 2. La reine d'Kco&se vit bientôt ses soupçons confirmés par une circonstance dont elle fut vivement touchée, le régent , arrivé à Londres pour se trouver à la conférence, fut aussitôt admis en la présence de la reine , qui le reçut d'une manière très distinguée et même avec de grands témoignages d'affection. Marie vit avec douleur le crédit que ses adversaires avaient auprès d'Élisabeth, qui donnait des preuves aussi claires de sa partialité, la reine d’Écosse , dans la première chaleur de son ressentiment , écrivit à ses commissaires. Elle leur ordonnait de se plaindre en présence des nobles d'Angleterre et des ambassadeurs des princes etrangers du traitement qu'elle avait iusqu'alors éprouvés et des injures qu’elle avait lieu d'appréhender pour l'avenir ; de représenter qu'elle était bannie de la présence de la reine, et que des sujets rebelles y étaient admis; qu'on les laissait jouird'unc liberté entière; et qu’on la taisait languir dans une longue prison ; qu’on les encourageait à former contre elle une accusation , pendant qu'on ne lui permettait de se défendre qu’avec beaucoup de désavantage. Elle renouvelait en conséquence la demande qu’elle avait déjà faite d'une entrevue avec la reine ; et, dans le cas d’un refus , les commissaires de Marie étaient autorisés pour déclarer eu son nom quelle révoquait le consentement qu’elle avait donné à la conférence de Westminster; qu'elle protestait contre tout ce qui serait fait dans cette assemblée , et qui devait être dès à présent regardé comme nul et de nulle valeur 3.

Marie se conduisit dans cette occasion avec beaucoup de prudence. Les prétextes dont elle se servait pour décliner la juridiction de la conférence étaient plausibles : elle avait saisi un moment favorable. Mais soit que la lettre de la reine n'eût point été rendue assez tôt à ses commissaires , soit qu’ils se fussent laissé gagner par les protestations d’Élisabeth, qui affectait des sentimens d'amitié pour leur maîtresse, ils

1 Gond. , vol. Il , 319 — 5 Âppcml. , il* XXVI, p U»

et suiv. — * Good. , vol. Il, 181.

donnèrent leur consentement à l'ouverture de la conférence '.

Élisabeth augmenta le nombre de ses commissaires; le chevalier Nicolas Bacon, garde du grand sceau ; les comtes d'Arundel et de Lciccx- (er. le lord Clinton et le chevalier Guillaume Cccil , furent associés à ceux qui avaient déjà comparu en son nom à la conférence d’Yorck le- s difficultés survenues à Yorck dans le cours des délibérations furent bientôt écartées; on donna au régent des réponses satisfaisantes sur ses demandes, et d'ailleurs il n’élait plus dans les mêmes dispositions d'hésiter dans ses démarches ou de former de nouvelles objections. Ses intrigues avec Norfolk avaient été découvertes par quelques personnes de la suite de Marie, qui en avaient fait part à Morton, et celui-ci les avait communiquées à Cecil 3. la conservation de la personne du régent, ainsi que la continuation de son autorité, dépendaient d'Élisabeth. Elle pouvait, en favorisant Marie, perdre le régent ; elle avait d'ailleurs eu l’adresse d'élever une question, savoir : A qui , suivant les lois de l’Écossc , la régence devait appartenir pendant une minorité; et elle laissait aiusi apercevoir que, sans rétablir la reine, elle pouvait dé|>osséder le régent de la direction suprême des affaires *. Ce* considérations, qui furent puissamment secondées par les avis de plusieurs associés du régent, le déterminèrent à la fin à intenter son accusation contre la reine 5.

Cependant il sentit combien cette démarche était déshonorante pour lui, et il chercha à en diminuer l’opprobre en protestant que ce n'était qu’avec une extrême répugnance qu'il entreprenait une affaire aussi désagréable; que ceux de son parti avaient souffert pendant long-temps les reproches les plus vifs, les sinistres interprétations qu'on donnait à leur conduite, plutôt que d'exposer les crimes de leur souveraine aux regards des étrangers; mais que l’insolence et les persécutions du parti contraire étaient portées à un tel point, qu'ils étaient maintenant forcés de publier ce qu'ils avaient jusqu’alors essayé de tenir caché, même à leur grand préjudice. Ces prétextes étaient honnêtes, et si le parti dans tout le reste de sa conduite avait

' Amiens., vol. lit. 25 — * /Ni/., v ai, IV, 99

• Melv., 191.— •Havne», 181. — , n’XXVI,

18i HISTOIRE

i n: ni I n- quelque délicatesse ou quelque réserve par rapport aux actions de la reine, on aurait pu croire qu'il agissait réellement sur ces principes; mais la manière dont il avait précédemment traité la reine empêchait qu'on ne pût ajouter foi à ces protestations. Quant au régent, il est certain qu'il fut entraîné par la nécessité de ses affaires et par les artifices d'Élisabeth , et qu’il se trouvait dans une situation où il n'avait plus la liberté du chois. Il était obligé ou de s'avouer coupable du crime de rébellion, ou d'accuser Marie d'avoir commis l'assassinat de son mari.

I/accusation était d'ailleurs conçue dans les termes les plus forts. Marie était chargée nonseulement d'avoir consenti au meurtre du roi , niais même d’avoir trempé dans le complot formé pour l'esécution du crime. On avançait que Bolhwell n'avait échappé aux poursuites de la justice que par la protection de la reine; quelle avait formé des projets également dangereux pour la vie du jeune prince , et capables de renverser les privilèges et les constitutions du royaume. Que si on voulait nier quelqu'un de ces crimes, on était prêt à en produire des preuves invincibles, bien circonstanciées, et qui mettraient ces forfaits dans la plus grande évidence '.

Le comte de lamnox se présenta dans la première assemblée que tinrent les commissaires A Westminster, et, après avoir déploré le malheureux sort, la mort tragique et violente de son fils, il implora la justice d'Êlisabeth contre la reine d'Ecosse, qu'il accusait avec serment d'ètrc l'auteur de ce crime , et il produisait des écrits qui prouvaient , A ce qu'il prétendait , tout ce qu'il avait avancé. Le début de ce nouvel acteur, introduit si ù propos sur la scène dans une conjoncture aussi critique, ne pouvait point être regardé comme l'effet du hasard. On vit bien que c'était une suite des intrigues d’Élisaiieth, qui, par cette accusation subsidiaire, voulait décrier de plus en plus la reine d'Écosse 2

Les commissaires de la reine marquèrent la plus grande surprise, et témoignèrent leur indignation du procédé du régent, qui osait charger la reine de calomnies qu'elle avait, disaientils, si peu méritées. Mais au lieu de chercher A venger son honneur et de répondre à l'accusa-

’ A inters., vol. IV, 119. —Vint.

lion , ils s'attachèrent A un point de leurs instructions, qu'ils avaient négligé de suivre dans un moment plus convenable. Ils demandèrent une audience A Élisabeth, et, après avoir renouvelé au nom de leur maîtresse la proposition d’une entrevue entre les deux reines , ils déclarèrent qu'en cas de refus de la part d’Élisabeth ils protestaient contre tout ce qui serait fait à l’avenir par les commissaires *. Une protestation de cette espèce, faite dans un moment aussi critique , lorsqu’on venait d’intenter contre Marie une accusation aussi grave, lursqu'on était sur le point de procéder A l'examen des preuves aliénées pour la soutenir, donnait lien de croire que la reine d'Écosse craignait le résultat de cet examen. Ce soupçon fut encore accrédité par une autre circonstance; Ross et llerreis, avant que d'étre admis A l'audience d’Élisabeth pour y faire leur protestation , insinuèrent en particulier A I^icester et A Cecil que leur maîtresse avait , dès le commencement , marqué le désir quelle avait de voir terminer A l'amiable les démêlés qui s'étaient élevés entre elle et ses sujets, et que, malgré l'accusation audacieuse du régent, elle était toujours daas les mêmes dispositions 2.

Une telle modérai ion est rarement compatible avec la force du ressentiment qui doit naturellement remuer l'Ame d'an innocent calomnié; elle n’était pas moins extraordinaire de la part de la reine d’Écosse, qui avait toujours montré tant d'ardeur A se venger. Dans la situation où Marie se trouvait, une proposition faite ainsi A contre- temps ne pouvait être considérée que comme un aveu de la faiblesse de sa cause. On connaissait le caractère et les talens de ses commissaires, on ne pouvait ni les taxer d'imprudence ni les soupçonner de trahison. Il était plus naturel de penser qu'ils étaient intérieurement convaincus que la conduite de leur maîtresse ne pourrait point soutenir la rigueur des recherches, et qu’ils s'étaient par cette raison engagés dans cette démarche inconsidérée pour éviter l'examen.

Aucune de ces observations n'échappa aux regards attentifs d'Élisabeth, et elles lui servirent de prétexte pour rejeter les voies de con-

1 Anders. , vol. IV, 133, tin. — « Ibid. , 131. Cibfallu, 137.

ciliation. « Dan» les conjonctures présentes , «disait -elle aux commissaires de Marie, un « accommodement serait pour votre maîtresse « le comble du déshonneur. Il paraîtrait qu’on « n’aurait eu en vue que d'embrouiller ainsi la « matière pour supprimer les preuves , et cacher « la bonté de la reine d'Ëcosse ; quant à moi , « je ne puis avec bienséance, accorder à Marie « l’entrevue qu'elle me demande, tant qu’elle « sera chargée de l'infamie d’une accusation « publique. »

les commissaires de Marie se retirèrent avec cette réponse, et comme iis évitaient de produire leurs défenses contre l’accusation , il semblait que le régent n’était plus dans l'obligation de produire ses preuves pour soutenir ce qu’il avait avancé. Mais les vuesd’Élisabcth n’auraient point été entièrement remplies si ces preuves n’avaient pas été remises entre ses mains. Elle eut recours à ses artifices ordinaires, et elle les employa avec le même succès qui avait jusqu’alors accompagné toutes ses entreprises. Elle ordonna à ses commissaires de déclarer qu'elle était irritée et indignée de la présomption du régent , qui oubliait les devoirs d'un sujet au point d’oser accuser sa souveraine de crimes aussi atroces. Le régent , craignant de se décrédiler dans l’esprit d'Elisabeth et de perdre une aussi puissante protection, offrit aussitôt de prouver que les accusations qu'il avait formées n'étaient ni mal fondées ni l’effet d’aucune mauvaise volonté. Il produisit alors les actes du parlement d'Écosse , qui confirmaient l'autorité de la régence , la résignation de la reine , les dépositions de ceux qui avaient été exécutés pour le meurtre du roi , et cette fatale cassette qui renfermait les lettres, les sonnets, les conventions entre la reine et Bothwell , dont nous avons déjà parlé , et il remit le tout aux commissaires anglais.

Élisabeth, munie de cesarmescontresa rivale, changea de ton , et ne se servit plus, comme auparavant, dans ses lettres à la reine d'Écosse. d'expressions de respect et d’affection. Elle écrivit à la reine d'Écosse : « J’ai , lui disait • Élisabeth, entre les mains, des présomptions « très fortes de votre crime et qui approchent « de la certitude; vous avez tort de refuser de « vous justifier d'une accusation à laquelle vous «■ ne pouvez pas vous dispenser de répondre n.

« sans compromettre ouvertement la dignité de « votre caractère et votre réputation ; je vous « déclare que , si vous ne prenez le parti de « vous défendre , vous ne devez espérer aucun « changement dans votre situation '. » Le dessein d'Elisabeth, en faisant une déclarai ion aussi précise de ses sentimens, était d'intimider Marie , sans lui donner le temps de se reconnaître et de se remettre du coup porté à sa réputation par le régent. Elle voulait forcer Marie à confirmer la résignation qu’elle avait faite de la couronne ; à ratifier l'autorité de régent au comte de Murray; et à consentir à venir elle- même et son fils résider en Angleterre , sous la protection de la reine. Élisabeth suivait ce plan avec ardeur, elle faisait ces propositions tantôt à Marie, tantôt aux commissaires de la reine d’Êcosse; elle les soutenait par les raisons les plus fortes , elle employait tout son art pour les faire accepter. Marie, de son côté, apercevait qu'en cédant ce qu'on lui demandait , elle portait un coup fatal à sa réputation , qu’elle ruinait ses prétentions, et qu’elle risquait même la sûreté de sa personne. Elle rejeta, sans hésiter, les propositions d'Élisabeth. « La mort, disait-elle, « est moins à craindre pour moi qu'une démar- « che aussi honteuse; je risquerais mille fois ma « vie plutôt que de laisser tomber de mes mains « la couronne que je liens de mes ancêtres; les a derniers roots que je proférerai sortiront de « la bouche de la reine d'Écosse »

Cependant Marie parut sensible au tort qu'elle ferait à sa réputation si elle restait sans réponse sur une accusation aussi publique. Quoique la conférence Eût alors séparée, elle donna pouvoir à ses commissaires de présenter un mémoire pour réfuter les allégations de ses ennemis. Elle y niait absolument les crimes qu’on lui imputait ; elle chargeait en récrimination le régent et ses adhérons d'avoir concerté et exécute le meurtre du roi 3 ; mais le régent et ses associes soutinrent leur innocence avec beaucoup de chaleur. Cependant Marie insistait toujours sur une entrevue personnelle avec Elisabeth . quoiqu’elle sût que cet article ne serait jamais accordé*. Élisabeth, de son côté, pressait Marie de

1 Andcr*. , vol. IV, 179, 183. Good. , roi. Il, '266.

1 Haynes, 497. Good., vol. Il, 274,30t. ÀpfxwU. , n° XXVII, p. 172 tl suiv.— ‘Good., 11,285. —

(86 HISTOIRE l

«e justifier et de venger son honneur. Mais les défaites, les subterfuges, les delais que les deux reines employèrent tour à tour, prouvaient évidemment que Marie évitait la continuation des recherches , et qu'Élisabeth ne désirait point de les suivre.

Le régent était impatient de retourner en Laisse , ofl ses adversaires cherchaient à exciter des soulèvcmens pendant son absence. Avant son départ , il fut appelé au consril privé pour y recevoir la dernière déclaration des sentimeas d'Êlisabeth. Cecil déclara, au nom de la reine , que d’une part on n'avait rien allégué à la charge du régent qui ptlt blesser son honneur, ni qui fût incompatible avec ses devoirs; mais que, d'un autre eûlé.ccquc le régent avait produit contre sa souveraine n'était pas suffisant pour asseoir des opinions désavantageuses sur la conduite de la reine dit cosse; que par cette raison Élisabeth était déterminée à laisser les affaires d'Ecosse absolument dans la même situation où elle les avait trouvées au commencement de la conférence. Les commissaires de Marie furent tous congédiés avec une pareille réponse

le résultat de cette conférence, qui depuis plus de quatre mois fixait l'attention et les regards des deux nations, paraît au premier coup d'oeil une chose triviale et ridicule. Cependant, en examinant les vues d’Élisabeth dans leur source, on aperçoit que rien n'était plus conforme à scs idées, ni plus avantageux pour assurer à l'avenir l'exécution du plan qu’elle avait formé. Elle affectait d'être impartiale, mais son dessein n'était pas de rester neutre dans cette affaire , et elle ne balançait point sur le parti auquel elle voulait accorder sa protection. Avant que le régent partit de Londres , Elisabeth lui avait fait remettre une somme d'argent considérable, cl' elle l’avait engagé à soutenir de tout son pouvoir l’autorité du roi d'Ecosse 2. Marie , par sa conduite, fortifia Élisabeth dans ces résolutions. La reine d'Écosse avait découvert, pendant la tenue de la conférence, les artifices et la fourberie d'Élisabeth. Furieuse de se voir ainsi jouer indignement et sans relâche , hors de toute espérance de recevoir d’Élisabeth aucun secottr, elle entreprit de soulever ses adhérens en Écosse eide leur faire prendre les armes, en

't'.cod. ,3, 315, 333. — ’ Ibid , 213. tarte , lit, 4/8.

ECOSSE. • [fA68]

imputant à 1a reine d'Angleterre et à Murray des projets qui ne pouvaient pas manquer de porter l'indignation dans le cœur des Ecussais. Elle publia que le prince son fils allait être conduit en Angleterre , et que Murray y avait donné son consentement; que le régent était convenu de remettre à Élisabeth les places les plus fortes du royaume , et de reconnaître la nation écossaise dépendante de la nation anglaise ; que Murray , pour récompense de sa. trahison, devait être déclaré héritier légitime de li couroune d’Ecosse; que, dauslemêmc temps, la question au sujet de la succession d'Angleterre devait être décidée en faveur du comte de Hartford , qui avait promis d'épouser la fille de Cecil. Le bruit de ces projets chimériques et extravagans fut semé adroitement parmi les Ecossais. Élisabeth vit bien qu'on avait le dessein de décrier son gouvernement; elle travailla à en prévenir les effets par une déclaration qui détruisait tout ce qu'on avait avancé; et sa haine |>our la reine d'Écosse devint plus forte que jamais •.

Le régent, à son retour en Écosse, trouva le royaume dans la plus parfaite tranquillité. Mais la fureur des adhérens de la reine n'était que suspendue. Ils s'étaient flattés que la conférence d’Angleterre se terminerait â leur avantage. Trompés dans leur attente , leur rage était prête à éclater , tout menaçait des horreurs d'une guerre civile. Ils étaient d’ailleurs encouragés par la présence d’un chef à qui l'éclat de la naissance et de hautes prétentions donnaient beaucoup d'autorité dans la nation. le duc de Chatcllerault , qui avait résidé en France pendant quelques années, venait d'être envoyé par celte cour en Écosse, dans l'espérance que le premier noble du royaume pourrait par sa présence fortifier considérablement le parti de la reine. Élisabeth avait retenu le duc en Angleterre, pendant quelques mois, sous divers prétextes , mais elle avait à la fin été obligée de lui laisser continuer son voyage. Avant son départ d’Angleterre, Marie lui avait donné l’office de son lieutenant général en Écosse, cl elle y avait ajouté le titre imaginaire de père adoptif de la rciDe.

Le régent ne voulut point donner le temps 1 llayiir», 300 , 503. J ppc lui., ir» XX VIII , p. 176.

[1ÙC9J LIVRE V. 187

au duc de Chalcllerault de rassembler ses adhérens , et d'en former une troupe régulière. U assembla son armée, et avec son activité ordinaire, il marcha à Glasgow. Les vassaux d’Argyll et de Ilnntly, qui composaient la partie principale de la Faction de la reine, étant dispersés en différais coins du royaume, et la plupart de ceux du duc de Chatellerault ayant été tués ou pris dans la bataille de Laogside , l’esprit et la force de ce parti furent totalement abattus, et la seule chose que le duc put faire pour empêcher la perte de ses biens et de ses vassaux fut de s'accommoder avec le régent. L’accord se Ht sans difficulté , et à des conditions assez raisonnables. Le duc promettait de reconnaître l'autorité du roi et celle du régent, et de ne réclamer aucune juridiction en conséquence de la commission de lieutenant général que la reine lui avait donnée. Le régent s’engageait à révoquer l’acte de proscription qu’il avait fait passer contre quelques adhéfens de la reine, de rétablir dans leurs honneurs et biens tous ceux qui voudraient se soumettre au gouvernement du roi, et détenir une assemblée, dans laquelle tous les différends entre les deux partis seraient terminés d’un commun consentement. Le duc livra des otages pour assurance de sa fidélité A accomplir le traité; il donna aussi des preuves de sa sincérité ainsi que le lord Herreis, en accompagnant le régent à Stirling, où ces deux seigneurs présentèrent leurs respects au roi. Le régent mit en liberté les prisonniers faits à Langside *.

Argyll et Ilnntly refusèrent d’ètre compris dans le traité. On négociait secrètement en Angleterre en laveur de la reine captive, et avec tant de succès que ses affaires commençaient à prendre une meilleure face, et que son retour dans son royaume ne paraissait pas fort éloigné. I>e roi de France venait de remporter de grands avantages sur lits huguenots ; la ruine entière de ce parti paraissait inévitable, et la France, délivrée de ses troubles domestiques, n'avait plus rien qui l'empêchât de protéger les amis qu'elle avait dans la Bretagne. Ces circonstances encouragèrent Argyll et Huntly, et elles firent de si vivis impressions sur l'esprit du duc de Chatellerault , qu'il commença à paraître chancelant,

* Cabbala, 16t. tirawf. , Mtm. , 100.

irrésolu, et qu'il marquait même le désir qu’il avait d’éluder l’accomplissement du traité qu'il avait signé. Le régent aperçut le danger de laisser le duc manquer à ses engagemens, et il prit aussitôt un parti violent, mais justifié par la politique. Le duc était dans sa maison d’Édimbourg, et il y était venu pour attendre l’assemblée à laquelle il avait donné son consentement. Le régent ordonna à ses gardes d'aller l'arrêter dans sa propre maison ; et sans égard pour la dignitéduduc, le premier seigneur du royaume, l'héritier présomptif de la couronne, malgré les assurances qu'il lui avait données de sûreté personnelle , et sur lesquelles le duc se reposait , il l’envoya, lui et le lord Herreis, prisonniers dans le château d'Êdimbourg Ce coup fatal et imprévu découragea le parti. Argyll se soumit à l'autorité du roi , et fit sa paix avec le régent sans se rendre difficile sur les conditions. Huntly, resté seul, fut obligé de mettre bas les armes.

Aussitôt après, le lord Boyd revint en Ecosse avec des lettres des deux reines, d'Angleterre et d'Ecosse , adressées au régent. On tint une assemblée extraordinaire à Perlh pour les examiner. La lettre d’Élisabeth contenait trois propositions différentes par rapport â Marie : qu'elle fût remise en pleine possession de son ancienne autorité; ou qu'elle fût admise à régner conjointement avec le roi son fils; ou bien enfin qu'on lui permit de résider en Écosse dans une retraite avec un état honnête, et sans avoir aucune part à l’administration du gouvernement. Ces ouvertures de la part d’Élisabeth lui avaient été extorquées par Fénelon , ambassadeur de France. Elles avaient un air de bienveillance pour la reine d'Ecosse, mais dans le fond elles étaient parfaitement analogues au plan qu'Élisabetli s'était formé par rapport aux affaires de l'Ecosse. Elle jugeait bien du parti qu'on prendrait sur des propositions si différentes et si disproportionnées. Les deux premières furent rejetées et la dernière demandait nécessairement de longs délais, entraînait une foule de difficultés avant qu’un pût combiner tous les arrangemens relatifs à son exécution 2.

Marie demandait dans sa lettre, que son mariage avec Rothwell fût examiné de nouveau

’ Crawfs, iVern , III. Met». , at!. — ’ Spots. , 230.

HISTOIRE D'ECOSSE

par des juges compéleus ; et s'il était déclaré nul , , qu'il fût cassé légalement par une sentence de divorce. Ce mariage fatal était la source principale de tous les malheurs dont elle était accablée depuis deui ans. lin divorce était la seule chose qui pût rétablir sa réputation , et remédier au tort que cette action infâme lui avait fait dans le public. Il aurait été de son intérêt d'en faire plus tût la proposition, et il ne lui était pas facile de justifier le long silence qu’elle avait |;ardé sur cet article. On devina alors aisément le motif particulier qui la faisait agir, et sa demande fut rejetée par l'assemblée des états. On l'attribuait bien moins â l'horreur qu'elle pouvait concevoir de son mariage avec Botbwell qu'à l’empressement qu'elle avait de contracter de nouveaux engagemens avec le duc de Norfolk.

Ce projet de mariage avec ce seigneur, était l’objet d'une négociation qui se tramait secrètement en Angleterre, comme nous l'avons déjà dit : mais elle se termina tragiquement , ainsi que toutes les mesures qu’on avait concertées jusqu'alors pour la délivrance de la reine d'Écossc. Maitland fut le premier qui en eut l’idée : son génie fertile et entreprenant enfanta ce projet. Il le communiqua à l'évêque de Ross et au duc loi -même pendant la conférence qui se tenait à Yorck. Le duc adopta aisément un plan qui flattait à un tel point son ambition, et Maitland le regardait comme un expédient qui devait , selon toutes les apparences , mettre sa maltresse en liberté et la rétablir sur son trône. Marie, qui entretenait une correspondance avec le duc de Norfolk par l'entremise de lady Scroop, saur du duc, n'était pas non plus éloignée d'un arrangement qui pouvait la rétablir dans son royaume avec tant d'éclat '. lorsque la conférence d’Yorck fut transférée subitement à Westminster, l'intrigue fut suspendue, mais elle ne fut jamais entièrement rompue. Maitland et l'évèquc de Ross encourageaient toujours le dur, et ils étaient scs agens pour faire aller et venir, entre la reine et lui , les lettres et les billets d’amour.

Cependant comme Norfolk ne pouvait pas se flatter de tromper la vigilance d’Élisabeth, ni de lui dérober long-temps la connaissance de cette intrigue, il entreprit de la surprendre par des

1 Caml., 419. Hunes, 573. Siale Thaïs, I, 73

apparences de candeur, et par des artifices qui manquent rarement de réussir. Il lui parla des bruits qui se répandaient de son mariage avec la reine d'Écosse; il s'en plaignit comme d'une calomnie qui n'avait aucun fondement : il désavoua toute idée de cette espèce, et il s'exprima même avec beaucoup de mépris sur le caractère de Marie et sur ses étals. Élisal>eth, toujours en réserve sur les choses qui avaient rapport à la reine d’Écosse, fit semblant d’ajouter foi à ces protestations Mais au lieu de rompre l'intrigue, elle la laissa se renouer plus étroitement , elle y introduisit de nouveaux acteurs. Le régent d'Écosse fut de ce nombre. 11 avait offensé grièvement Norfolk en accusant publiquement la reine, après avoir pris à Yorck avec le duc des arrangemens tout-à-fait opposés. Il était alors sur le point de retourner en Écosse : le duc avait un grand crédit dans le nord de l’Angleterre. Les comtes de Norlhumberland et de Wcslntoreland , les deux seigneurs les plus puissans dans cette partie du royaume, menaçaient de tirer vengeance de l’injure que le régent avait faite à sa souveraine. la- régent , pour assurer sa retraite, s'adressa au duc de Norfolk. Après lui avoir fait l'apologie de sa conduite passée :• J’approuve infiniment, lui dit- « il , le dessein que vous aveï d'épouser la reine «ma sœur; cette affaire est également avanla- «geuse pour les deux royaumes : je me porterai

• avec ardeur à concourir à l’exécution d’une

• chose dont la réussite et si intéressante2. «Norfolk écouta le régent avec plaisir, et ajouta foi à ses promesses avec cette confiance si naturelle à ceux qui , passionnés pour une entreprise . sont toujours portés à croire ce qui peut les fiai 1er du succès. Il écrivit aux denx comtes de ne commettre aucune hostilité contre Murray, et il se chargea de lui procurer le passage libre , sans trouble ni empêchement, par les comtés du nord.

Norfolk se croyant assuré du régent , et fier de cette victoire, entreprit de faire entrer dans ses vues les nobles d'Angleterre. Ij nation anglaise commençait à désespérer qu’Élisabelh voulût se marier. On voyait que celle princesse alfeelait de laisser toujours en suspens la question au sujet du droit de succession. On avait la

1 Ha vîtes, £71. State Triait, 1, 7‘J, 80 — ’Attdrr»., «tl

mémoire encore toute récente des fameuses querelles entre les maisons d’Yorck et de (encastre, et des guerres civiles qui avaient désolé l'Angleterre pendant plus d'un siècle. Toute la noblesse ancienne de l’Angleterre avait péri dans ces malheureuses contestations, et la nation entière s'était vue au montent de sa destruction. Le droit de la reine d' finisse au trône de l’Angleterre était regardé comme indubitable; cependant on prévoyait qu'elle pourrait avoir des concurrens formidables. Hile pouvait épouser un prince étranger, un papiste, et mettre ainsi en danger la liberté et la religion. On croyait prévenir ces malheurs en lui donnant pour mari un Anglais jBe plus puissant de tous les nobles, le plus généralement aimé, le plus zélé pour la religion protestante. Presque tous les pairs du royaume approuvaient ouvertement ou dans le secret cet établissement , et regardaient ce projet comme une chose utile et salutaire, Les comtes d'Arundel, de Pembroke.de I.eicrster et le lord l.umley, adressèrent une lettre à la reine d’Écosse, écrite de la propre main du comte de (.eiccster, et dans laquelle ils lui recommandaient ce mariage avec beaucoup d’empressement , mais ils exigeaient préalablement de Marte qu'elle promettrait de ne former, en conséquence de ses prétentions à la couronne d’Angleterre , aucune entreprise préjudiciable à Élisabeth ou à sa postérité ; de donner son consentement à une ligue offensive entre les deux royaumes ; de confirmer la religion actuellement établie en Écosse , et de rendre ses bonnes grâces A ceux de ses sujets qui avaient pris les armes contre elle. Si elle agréait ce mariage, et si elle voulait signer et ratifier ces articles, ces seigneurs lui promettaient le concours des nobles d’Angleterre non-seulement pour la rétablir iqcessamment sur le trône d'Écosse , mais même pour lui assurer son droit de réversion au trône d'Angleterre. Marie accepta sans hésiter toutes ces propositions, à l’exception du second article, sur lequel elle demanda quelque temps pour con sultcr le roi de France , son ancien allié '.

On avait caché avec soin toute celte négociation â Élisabeth. On connaissait sa jalousie contre la reine d'Écosse. On n’espérait pas qu’elle voulôt se prêter à des mesures qui ten-

daient si visiblement â sauver la réputation et â augmenter la puissance de sa rivale. Mais dans une affaire de cette importance pour la nation, quelques démarches faites sans sa participation ne pouvaient pas être regardées comme criminelles ; et comme toutes les personnes intéressées, Marie même et Norfolk , avaient déclare que rien ne serait conclu sans avoir précédemment obtenu le consentement de la reine d’Angleterre, 1rs sujets ne sortaient point des bornes de leur devoir, et ne manquaient point â leur serment de fidélité.

La plupart des nobles d’Angleterre pensaient ainsi , mais ceux qui avaient tramé l'intrigue avaient des vues plus éloignées et bien plus dangereuses. Ils apercevaient dans le traité des avantages présens et certains pour Marie , cl l’exécution des points qu’elle avait été obligée de souscrire était éloignée et incertaine. Ils avaient de bonne heure communiqué leur plan aux rois de France et d'Espagne , et ils avaient obtenu leur approbation1. Un traité sur lequel ils consultaient des princes étrangers, pendant qu’ils en faisaient mystère â leur souveraine, pouvait-il être regardé comme exempt de tout reproche ? Mais ils espéraient que le concours de tant de nobles mettrait Élisabeth dans la nécessité de donner son consentement; ils se flattaient que rien ne serait jamais capable de résister à une ligue aussi forte; et ils se croyaient tellement assurés du succès , que lorsqu’on eut formé le complot dans le nord de l’Angleterre pour enlever Marie â ceux qui la gardaient, Norfolk craignant que la reine, se voyant en liberté, ne changeât de sentimrns à son égard, employa tout son crédit pour détourner les conjurés de cette entreprise8.-

Telle était la situation drs affaires lorsque le lord Boyd arriva d’Angleterre, chargé des lettres des deux reines, qu’il remit publiquement, et de quelques autres en chiffres, qu’il apportait au régent et à Maitland de la part de Norfolk et de Throgmorton. Dans ces dernières , ceux du parti de Norfolk prenaient le ton de la plus forte présomption : «Nous avons, disaiento ils, pour nous le concours de toute la noblesse «d’Angleterre qui favorise notre dessein. Tous «les préliminaires sont réglés. Il n’est pas pos-

1 Amlrrs. , vol. lit, 57. Canut. , <2.1.

1 Amlers. , vol lit , 03. — * Camd. , 120.

1!tO

«siblc au'un projet appuyé sur des fondemens «aussi solides, «induit avec tant d'art, sou- « tenu par le pouvoir et par le nombre , puisse « être déconcerté ni traversé dans son exécu- « lion. Il ne nous reste plus que de procéder « à la célébration du mariage. Il ne dépend «que du régent d'en bâter le moment en fai- «sant prononcer la sentence de divorce, et le- « vant ainsi le seul obstacle que nous puissions « rencontrer. On attend de lui cet office , en con- « séquence de la parole qu'il a donnée à Norfolk. «Si le régent a soin de ses intérêts, de son hon- «neur, et même de sa propre sûreté, il ne peut • ni de doit manquer â scs engagemens <. «

Cependant le régent se trouvait dans des circonstances bien différentes. Les raisons qui l’avaient engagé à consentir en apparence aux projets de Norfolk ne -subsistaient plus. Il voyait sa chute assurée si le duc venait A bout de son entreprise. Si la reine, qui regardait le régent «mime le principal auteur de tous ses malheurs, recouvrait son ancienne autorité, Murray ne pouvait pas espérer de rentrer dans toutes les bonnes grâces de sa majesté, A peine pouvait-il se flatter de l'impunité. Il devait donc naturellement éviter une démarche qui lui aurait été aussi fatale, qui aurait renversé toute sa grandeur, et qui en aurait élevé uu autre sur ces ruines. Le refus du régent occasions un délai. Mais, comme d’ailleurs tout était arrangé, l'évéque de Ross, au nom de sa maîtresse, et le duc, en personne, déclarèrent en présence de l’ambassadeur de France leur consentement mutuel au mariage projeté, et le conlract signé fut remis en dépôt entre les mains de l’ambassadeur J.

Trop de gens se mêlaient alors de cette intrigue pour quelle pût rester long-temps secrète. Elle commença A transpirer A la cour. Élisabeth manda le duc de Norfolk , lui reprocha sa conduite avec des termes remplis d’indignation, et lui ordonna d’abandonner ces idées, et de cesser de suivre un projet aussi dangereux. Immédiatement après, l-eicester vint révéler A la reine toutes les circonstances du complot , et peut-être avait-il médité cette trahison lorsqu’il avait paru favoriser l'entreprise ; Pembrokc ,

llayties, MO. Spot*.. 230 JppcntL, n" XXIX, 181 ci Miiv. — a Carte, vot. lit, 483.

Arundel , l.umly et Throgmorton furent arrêtés et interrogés. Marie fut resserrée plus étroitement; llastings, qui prétendait lui disputer le droit de succession au trône d'Angleterre, fut associé A Shrewsbury pour la garder, et il lui rendit sa prison plus insupportable par un excès de rigueur et de vigilance'. Le régent, menacé de la disgrâce d'Élisabeth , se détermina A trahir le duc; il remit A la reine les lettres de Norfolk et il donna A sa majesté toutes les connaissances qu’il pouvait avoirdu complot J. le duc lui-même abandonna la partie, et se retira d'abord A Howard-! louse. Ensuite, sans égard pour la sommation qui lui avait été faite de cumparaltre devant le conseil privé, il s'enfuit dans soa château de Norfolk. Cependant , intimidé par la détention de ses associés , reçu froidement dans ce comté parsesamis, u’ayant fait aucun préparatifpour une rébellion , et n’étant peut-être point dans le dessein de se révolter, après être resté pendant quelques jours dans l'incertitude du parti qu'il prendrait, il obéit A la fin A la seconde sommation , et se rendit A Windsor. Il fut d'abord renfermé dans une maison particulière, ensuite envoyé à la Tour. Après y avoir été retenu pendant plus de neuf mois, il obtint sa liberté par les plus humbles soumissions , et en promettant à la reine, sous la foi du serment de fidélité qu'il lui avait prêté, qu’il n'entretiendrait plus A l'avenir aucune correspondance avec la reine d'Écosse 3. Pendant le cours de* négociations de Norfolk , les partisans de la reine d'Écosse . qui ne doutaient point de leur succès , du rétablissement de la reine sur son trône, de l'accroissement de son autorité, ne mettaient point de bornes A leur joie et A leurs espérances. Maitlaod était l'Ame de ce parti. Il était aussi relui dont le régent redoutait le plus le pouvoir et l’activité. Célait Mailland qui avait tracé le plan de cette intrigue, qui avait mis toute l’Angleterre en combustion. 11 continuait A fomenter l’esprit de mécontentement en Écosse, cl il avait débauché au régent le lord Home, Kirkaldy, et plusieurs autres de ses anciens associés. Le régent ne pouvait pas se flatter de conserver son autorité si Maitland restait en liberté. Pour se délivrer de cet ennemi dangereux, il se sert du capitaine

• liâmes, 525, 52B, 530,532. — * Jpptnil. n" XXX, 180, 100. — * Uaynfs.520, 537.

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