‹ Œuvres completes de W. Robertson precedees d'une notice (volume 2)Chapitre 22 sur 116 · LIVR · texte numérisé non relu

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Crawfurd, une de ses créatures, qui par son ordre accuse Maitland d'avoir participé au meurtre du roi , et sous ce prétexte i! le fait conduire dans les prisons d'Édimbourg. On voulait procéder tout de suite au jugement de Maitland, et il ne dut sa délivrance qu'aux soins et à l'amitié de Kirkaldy , gouverneur du château d’Édimbourg. Le gouverneur , sur un ordre supposé du régent, le tira des mains de celui à qui on en avait confié la garde, et il le conduisit dans le château qui depuis resta entièrement au pouvoir de Maitland. la perte d'une place de cette importance, la défection d'un militaircaussi renommé que Kirkaldy , firent quelque tort au crédit et â la réputation du régent , mais cet échec fut abondamment compensé par les succès de la reine d’Angleterre son alliée.

L'intrigue formée pour mettre en liberté la reine d’Écosse ayant ainsi été découverte et déconcertée , on forma une entreprise pour exécuter le même dessein par la force des armes: mais elle n'eut pas un meilleur succès. Les comtes de Northumbcrland et de Westmorland, peu distingués parleur mérilepersonnel, étaient les plus anciens et les plus puissans pairs de l’Angleterre. Ils possédaient de grands biens dans les comtés septentrionaux, et ils avaient conservé sur les habitans ce crédit héréditaire dans les familles de Percy et de Nevil, si recommandables par leurs talens pour la guerre et par l’affection des peuples. Ils étaient l’un et l'autre également attachés à la religion papiste , et mécontcns de la cour , où ils voyaient avec chagrin dominer des hommes nouveaux et un nouveau système. Ils avaient pris avec chaleur les intérêts de Marie, dès le moment qu’elle était arrivée en Angleterre. Le zèle pour le papisme, l'opposition â la cour, la commisération qu'on ne peut refuser aux malheurs des personnes illustres , les avaient entraînés dans différais complots pour la délivrance de la reine d'Écosse. Malgré toute la vigilance des gardiens de Marie, ils entretenaient avec elle une étroite correspondance, et ils lui communiquaient tous leurs desseins <. Ils étaient initiés dans tous les secrets de Norfolk , mais la prudence et la circonspection de ce seigneur ne s’accordaient point avec leur ardeur et leur impétuosité. I a

' Ha y tic*, sflô. Murilin , 4-J . fi'J , ne.

liberté de la reine d'Écosse n'était pas le seul objet de leurs désirs ; ils méditaient un changement dans la religion, une révolution dans le gouvernement du royaume. Ils recherchèrent à cet effet l'assistance du roi d'Espagne , le prince de son siècle qui protégeait le plus ouvertement le papisme, et qui montrait le plus de zèle pour celte religion. Rien n'était plus analogue à l’esprit inquiet de Philippe, ni plus propre à faciliter l’exécution de ses projets dans les Pays- Bas, que d’entraîner l’Angleterre dans les troubles et les horreurs d'une guerre civile. Le duc d'Albe fut chargé par le roi d'Espagne d’encourager les deux comtes, et de leur promettre qu'aussitôt qu’ils se seraient mis en campagne avec leurs forces , ou qu'ils se seraient emparés de quelque place forte , ou bien qu'ils auraient mis en liberté la reine d’Écosse , le roi son maître leur donnerait des subsides en argent et un gros corps de troupes. La Motte, gouverneur de Dunkerque, vint, déguisé en matelot, sonder les portslesplus commodes pour un débarquement. Chiapini Vitelli , un des meilleurs officiers des troupes que le duc d'Albe avait sous ses ordres, fut dépéché en Angleterre , sous prétexte de réglerquelques différends qui s'étaient élevés sur le commerce entre les deux nations; mais le véri table objet de sa mission était d'assurer les rebelles d'un chef expérimenté , aussitôt qu'ils se seraient déterminés à prendre les armes >.

Cette négociation avait occasioné plusieurs entrevues et messages entre les deux comtes. Élisabeth en fut informée; mais comme elle n’avait aucun soupçon de leurs véritables desseins, elle en conclut seulement qu'ils étaient dans la confidence de Norfolk. Elle les fit sommer en conséquence de se rendre à la cour. Les remords du crime, l’effroi d'ètrc découverts, leur firent chercher des délais et les empêchèrent d’obéir. Ils reçurent une seconde sommation et dans des termes plus précis. Ils ne pouvaient plus alors éluder les ordres de la reine sans manquer au serment de fidélité ; et comme ils n'avaient pas le temps de délibérer, ils prirent aussitôt le parti de lever l’étendard de la rébellion contre leur souveraine. Le rétablissement de la religion catholique, le règlement de l’ordre de succession au trône d'Angleterre, et la défense de l'an-

I 1 tarte, vol. lit, 489, 490. Cund., fcL

cienne noblesse, furent les motifs qu’ils publièrent pour justifier leur rébellion *. La populace en foule, armée de tout ce qu’elle avait pu rencontrer, venait les joindre; et si la capacité des chefs avait été en quelque sorte proportionnée à l’entreprise, le complot devenait formidable. Élisabeth se conduisit avec prudence et avec vigueur, ses sujets la servirent avec ardeur et fidélité. Au premier bruit du soulèvement, Marie fut transférée b Coventry, place forte, et qui ne pouvait être prise que par un siège en règle. IJn détachement des rebelles, qui vint pour s’en emparer, s'en retourna sans avoir remporté aucun avantage. On assembla des troupes dans les différentes parties du royaume, on les fit marcher ans rebelles, qui sc retirèrent aux approches de l'armée de la reine. La consternation fut générale dans l'armée des mécontens; plusieurs sc débandèrent dans la retraite. Quelques-uns réduits au désespoir, et ne sachant où se retirer, se tinrent encore réunis dans les montagnes de Northumberland. Mais ils furent à la fin obligés de sc disperser, et leurs chefs allèrent se réfugier vers les frontières de l’Écosse. l es deux comtes et la comtesse de Northumberlaud, après avoir erré pendant quelques jours dans les landes de Liddisdale, furent attaqués par des bandits qui les dépouillèrent de tout , et qui les laissèrent exposés aux rigueurs de la saison , manquant de toutes les choses nécessaires à la vie. Scott de Bucelcugh et Kcr de Feruiherst donnèrent asile au comte de Westmorland , qui , après être resté caché chez eux pendant quelque temps, fut conduit dans les Pays-Bas. Morthumberland fut pris par le régent , qui s'était avancé vers les frontières avec quelques troupes, pour empêcher que les rebelles ne fissent soulever les peuples remuans de ees provinces *.

Au milieu de ces événemens extraordinaires, j’ai perdu de vue depuis deux ans les affaires de l’église. Le clergé tenait régulièrement ses assemblées; mais on n’y traitait aucune affaire d'importance. Le clergé protestant augmentait tous les jours, et on apercevait ainsi de plus en plus l'insuffisance des fonds destinés pour son eutrrtieu. On fit quelques efforts pour recouvrer l'ancien patrimoine de l’église, ou tout au

< Strype, vol. I, itr. — * (jblutl , 171. Camd. 4X1.

D’ÉCOSSE. [Iù69]

moins ce qui avait été possédé par 1rs papistes, gens désormais devenus inutiles et même ù charge à la nation. Le régent recevait avec bonté les adresses et les plaintes des protestons; traitement bien différent de celui qu’ils avaient éprouvé jusqu'alors; mais on n'apportait point au mal les remèdes convenables. Le clergé pi otestant , opprimé à l’excès, réduit b la dernière misère, n'obtenait pour toute consolation dans ses malheurs que des paroles honnêtes et des promesses vagues et sans effet *.

Cependant Élisabeth commençait à apercevoir les inconvéniens de la détention de la reine d'Êcosse. Un prisonnier de cette importance lui paraissait un poids dangereux. Elle avait vu les premières années de son règne troublées par des conspirations secrètes de quelques nobles; d'autres avaient levé l'étendard de la rébellion , et elle accusait avec quelque fondement Marie d'ètrc le mobile caché de ces événemens. Élisabeth savait que parmi ses propres sujets, les uns favorisaient la reine captive; les autres étaient touchés de compassion de ses malheurs , et que les princes étrangers s'intéressaient fortement pour elle; elle prévoyait que si elle voulait retenir plus long-temps la reine d’Êcosse en Angleterre, elle fournirait des prétextes à des cabales et à des soulèvemens dans l’intérieur, et qu'elle s'exposerait à des entreprises et b des hostilités du dehors. Elle se détermina , par ces considérations, b remettre la reine d'Ecosse entre les mains du régent, qui, pour sa propre sûreté, n’était pas moins intéressé qu’Élisabeth à empêcher Marie de remonter sur le Irène. On entama la négociation à cet effet; elle fut suivie pendant quelque temps dans le plus grand secret, mais on ne put la dérober à la vigilance de l'évèque de Ross. L'évèque se joignit aux ambassadeurs de France et d’Espagne. Ils firent de concert les remontrances les plus vives sur l’infamie de ce procédé. Us représentèrent qu'Èlisabeth, livrant la reine à ses sujets rebelles, voulait apparemment de sa propre autorité la condamner b la mort. Os démarches occasionèrent un délai, et l'assassinat du régent fit perdre les idées de cet indigne projet 5.

Hamilton de Bolhwellhaugh fut l’instrument

1 laid. , vol. 11.80, de. — 1 Carie, vol. lit. 191. Anders. , vol. lit, 81.

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de cette action barbare. U avait été, coinn#nons l'avons déjà dit, condamné à mort aussitôt après la bataille de Langside, et il ne devait la vie qu’à la clémence du régent, qui cependant avait donné à un de ses favoris une partie des biens du proscrit. Cet homme s’était emparé de la maison où résidait ordinairement Mamillon , en avait chassé sa femme après l'avoir fait dépouiller et l’avoir laissée ainsi exposée toute nue en pleine campagne pendant une nuit très froide : ce cruel traitement lui fit perdre l'esprit, et on la trouva le lendemain matin attaquée d’un accès de folie et de fureur, (lamilton vivement touché de cette indignité oublia les bienfaits qu'il avait reçus du régent , et il jura dès ce moment qu’il se vengerait de cet affront sur la personne même du régent. La rage de parti se mêla au ressentiment de ses injures personnelles, t'enflamma et lui donna de nouvelles forces. Les Hamilton, ses parens, applaudirent à son projet. Les mœurs de ce siècle autorisaient la fureur et le désespoir lorsqu’il était question de se venger. Hamilton suivit le régent pendant quelque temps, épiant une occasion favorable pour frapper le coup. A la fin il se détermina à l’attendre à Liniithgow, par où le régent devait passer en allant de Stirling à Edimbourg. Il prend son poste dans une galerie de bois qui avait une fenêtre sur la rue, il répand la plume d'un lit sur le plancher pour empêcher le bruit qu’il pourrait faire en marchant, il tend derrière lui un morceau de drap noir pour empêcher que du dehors ou ne pût apercevoir le reflet de son ombre, et après tous ces préparatifs, il attend tranquillement le passagedu régent, qui , cette même nuit, avait couché dans une maison peu éloignée de cet endroit. Le régent avait eu quelque vent du danger qui le menaçait , et il y avait fait assez d’attention pour se déterminer à se détourner de son chemin, à sortir par la même porte par laquelle il était arrivé , et à faire en dehors le tour de la ville. Cependant comme il y avait un grand contours de peuple aux environs de cette porte, et que Murray était d’ailleurs inaccessible à la peur, il prit le chemin droit le long de la rue. La foule l’obligeait de marcher si lentement que l'assassin eut tout le temps d'ajuster son coup, et de le viser si bien , que d’une seule balle il lui perça le bas-ventre, et tua le cheval d'un gentilhomme qui était auprès de lui du cûté opposé. Toute la

suite du régent se mit aussitôt en devoir d'enfoncer la porte de la maison d’où l’on avait vu partir le coup, mais ils la trouvèrent tellement barricadée, qu’avant qu'ils eussent pu la forcer, Hamilton avait eu le temps de monter sur un cheval de course qu’on lui tenait prêt à une porte de derrière, et de s'enfuir avec tant de vitesse qu’en peu d'heures il fut à l’abri de leurs poursuites. Le régent mourut le même jour de sa blessure.

Aucuu personnage de ce siècle n’a partagé les suffrages et les récits des historiens autant que ie comte de Murray, régent d’Ecosse ; aucun caractère n’a été peint avec des couleurs si variées. Personne ne lui refuse l’intrépidité, la science militaire, la sagacité et la vigueur dans l’administration des affaires. Ses ennemis même conviennent qu’il possédait ces qualités dans le plus haut degré. Quant à scs vertus morales , elles ne se présentent pas avec la même évidence. On ne peut , sur ce point , le louer ou le blâmer qu'avec beaucoup de réserve et de discernement. Dans un siècle barbare, il savait user de la victoire avec humanité, traiter les vaincus avec modération. Il osa se déclarer protecteur des lettres parmi des nobles guerriers qui n’en avaient aucune connaissance ou qui les méprisaient. 11 parvint à se distinguer par son zèle pour la religion , dans un temps où tout le monde se piquait de cette vertu. La confiance qu’il avait eu ses amis était portée à l’excès, mais sa libéralité envers eux était encore supérieure, et sur cet article, il ne connaissait point de bornes. Plein d’amour pour la liberté de son pays, sans égard pour ses propres intérêts, il s'opposa avec courage au système pernicieux que la reine-mère avait adopté à l’instigation des princes lorrains, lorsque Marie revint en Ecosse , le régent la servit avec zèle et avec affection , et il renonça pour elle à l’amitié de ceux sur qui il pouvait le plus compter, et qui lui avaient donné les plus grandes marques d’attachement. Mais d’un autre côté, dévoré d'une ambition immodérée, il saisit toutes les occasions qui donnaient carrière à ses vastes projets, qui flattaient son génie entreprenant, et il se laissa entraîner à des démarches incompatibles avec les devoirs d’un sujet. Les traitemens qu’il fit à la reine sa sœur, à qui il avait 1rs plus grandes obligations, déshonorent un frère , et le rendent coupable de

r>4 HISTOIRE

In plus noire ingratitude. 11 mit l'Ecosse dans la di'|iendancc d'Élisabeth, et il devint par-lA odieux A la nalion. Il trompa cl trahit Norfolk avec une bassesse indigne d'un homme d'honneur, l’orté A un degré d’élévation bien supérieur à tout ce qu'il pouvait espérer, il se livra A des passions nouvelles, il devint haut et réservé, il quitta son air brusque, son caractère de franchise, et il força son naturel pour affecter le» talens de la finesse et de la dissimulation. Vers la fin de scs jours , follement entêté des flatteurs , il écoulait impatiemment ceux qui lui dormaient des avis. Ses créatures , en nourrissant sa vanité , l'entraînèrent A sa perte pendant que ses véritables amis , se tenant A l'écart , apercevaient avec dott-

D’ÉtOSSE. [IÔ701

leur «a chute prochaine. Cependant au milieu des troubles et des factions, pendant que tonte l'Érosse était en combustion, le comte de Murray donnait des soins particuliers A l'administration de la justice : il la rendait sans partialité; il vint About par son courage de réprimer la licence des hahitans de» frontières; il établit daDs sou pays un ordre et une tranquillité qui n'y étaient point ordinaires. Cette sagesse dans son gouvernement , ces bienfaits envers sa patrie, lui concilièrent l'affection des peuples; sa mémoire fut long-temps en vénération dans toute l'Ecosse ; on se rappelait avec satisfaction le souvenir du bon régent, titre honorable que le peuple lui donna, tribut de la reconnaissance de scs concitoyens.

I,e coup final et imprévu qui avait tranché les jours cl les espérances du régent jeta les partisans du roi dans la plus grande consternation. Élisabeth regarda la mort du comte de Murray comme un des plus grands malheurs qui pftt arriver A son royaume. Elle exprima publiquement scs regrets , elle se livra A une douleur immodérée et peu convenable A la dignité du trône. Les partisans de Marie triomphaient; ils se croyaient désormais assurés du rétablissement de la reine, ils l'apercevaient même comme très prochain. L’horreur d’un crime tombe naturellement sur ceux qui paraissent l’avouer par des transports de joie indécens. L'assassin s'était sauvé sur un cheval qui appartenait au lord Claude Hamilton ; il s'était réfugié directement A Hamilton; il y avait été reçu comme en triomphe. Ces circonstances firent juger que le régent avait plutôt été sacrifie au ressentiment du parti de la reine qu'A la vengeance d'un particulier. Le lendemain de l'assassinat du régent, Scott de Buccleugii et Ker de Ferniherst, l'un et l'autre passionnés [tour la cause de la reine , firent une irruption en Angleterre, surprirent les habitans, qui ne s'attendaient point A cette insulte, pillèrent et brûlèrent tout le pays. Du vivant du ré-

gent , ces liommes n'auraient point formé une entreprise aussi téméraire, et ils ne s'y seraient point hasardés immédiatement après sa mort, s'ils n’avaient pas été complices du crime.

Ce procédé injuste et barbare ne fut |ias le seul de cette espèce. L'anarchie, qui suivit la mort du régent , ouvrit la porte A une licence effrénée. Le désordre et la confusion , répandus dans tout le royaume , inspiraient de l'audace ; on se croyait sûr de l'impunité, on se portait A toutes sortes d'excès. 11 était impossible de les réprimer sans régler la forme du gouvernement. On convoqua une assemblée extraordinaire des nobles pour procéder A l'élection d’un régent. Les partisans delà reine refusèrent de s'y rendre, et protestèrent d'avance contre tout ce qui y serait décidé. Le parti du roi flottait dans l'incertitude, et les sculimens y étaient partages. Maitland , qui avait obtenu sa liberté par les soins de kirkaldy, et qui venait d’être décharge par les nobles alors assemblés de l'accusation qu’on avait portée contre lui , travaillait A réunir les deux partis, et proposait que la reine fût admise A l'administration du gouvernement , conjointement avec le roi son fils. Élisabeth , toujours attachée A son ancien système par rapport

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aux affaires de l'Êcosse , insensible aux sollicitations des amis de Marie ne songeait qu’à mulliplier et à perpétuer les factions qui déchiraient ce royaume. Aussitôt quelle eut reçu la nouvelle de la mort du régent , elle dépêcha en Écosse Randolpli , son agent ordinaire pour de pareils messages. Il y trouva tant d’aigreur entre les partis , les nobles animés les uns contre les autres d’une haine tellement irréconciliable , qu'il n’eut pas besoin de ses talens pour y entretenir le feu de la discorde. L’assemblée se sépara sans avoir rien fait, et on en indiqua une autre pour le 1" mai, où tous les nobles des deux partis furent invités *.

Cependant Maitland et Kirkaldy, qui reconnaissaient encore alors l’autorité du roi , se donnaient tous les soins imaginables pour rétablir la bonne intelligence entre leurs concitoyens. Ils engagèrent à cet effet les chefs des deux partis à se trouver à une conférence, et à tâcher d’y terminer leurs différends à l’amiable. Mais les uns demandaient le rétablissement de la reine comme le seul moyen de ramener la tranquillité publique; les autres regardaient l’autorité du roi comme sacrée, et prétendaient qu’on ne devait ni la révoquer en doute ni la restreindre. Chacun demeurant ferme dans son opinion sans vouloir se relâcher sur aucun point , on se sépara sans aucune apparence de pouvoir se réunir. Des espérances de secours du dehors éloignèrent plusque jamais toute réconciliation. Un envoyé de France arriva , annonçant de la part du roi son maître aux partisans de la reine une forte assistance; et comme les guerres civiles de France étaient sur le point d'ètre terminées par un traité, on jugeait que Charles serait bientôt en état de tenir scs promesses. D’un autre côté , le comte de Sussex rassemblait sur les frontières une armée formidable, et ses opérations ne pouvaient (>as manquer de donner du courage cl de la force au parti du roi 3.

Cependant les démarches inutiles qu'on avait faites pourune réunion servirent aumoinsà modérer ou â suspendre la fureur des factions : elles recommencèrent bientôt avec leur violence ordinaire. Morton , le chef le plus habile et le plus actif du côté du mi, pressait Élisabeth de

’ Appcml. .n’I.lfl auiv. — ’Grawf. , Ném , 131. Calderw, II, 157. — ‘Grawf., mm., 131.

ne point différer à s’intéresser pour un parti si dévoué à ses intérêts , et qui avait un besoin si réel de son assistance. Les chefs du parti de la reine, assemblés à Linlithgow , marchèrent à Édimbourg , et Kirkaldy, gouverneur du cliâteau , et en même temps prévôt de la ville, persuada , quoique avec peine , aux habitans de leur ouvrir les portes, Kirkaldy se déclara alors ouvertement pour la reine , ainsi que le comte d’Atholie et Maitland. Le duc de Cbatellerault et le lord Herreis, qui étaient redevables de leur liberté à Kirkaldy, se joignirent à eux, et reprirent les places qu’ils avaient anciennement occupées dans ce parti. Les chefs, encouragés par l’acquisition de personnages également recommandables par l'éclat de leur naissance et par leurs grands talens , publièrent une proclamation dans laquelle ils proclamaient leur intention de soutenir l'autorité de la reine; ils y paraissaient aussi déterminés à ne [joint quitter la ville d’Édimbourg jusqu'à l'ouverture de la prochaine assemblée, dans laquelle ils se flattaient d’avoir pour eux, par leur nombre et par leur crédit, la pluralité des vbix '.

Us avaient, dans le même temps, formé le dessein d'allumer la guerre entre les deux royaumes d'Angleterre et d’Écosse, et de réveiller l’ancienne antipathie des deux nations. Ils espéraient non -seulement d’enlever au parti du roi une alliance très avantageuse, mais même de réconcilier avec la nation la reine d'Écosse, rivale naturelle d'Élisabeth , et la plus dangereuse qu'elle pôt avoir. Immédiatement après l’assassinat du régent, ils commencèrent leurs menées pour l'exécution de leurs projets. Ce fut à leur instigation que Scott et Ker commirent les premières hostilités , et continuèrent dans la suite à étendre leurs déprédations. Élisabeth apercevait d’un côté les conséquences dangereuses de ces premiers mouvemens , si on les laissait devenir querelles nationales; d’un autre côté, elle était déterminée i ne point souffrir que sous son règne des insultes de cette espèce restassent im punies 2. Elle publia en conséquence , par une proclamation, qu’elle u 'imputait [joint â la nalion écossaise les outrages que ses sujets avaient reçus; qu’ils ne pouvaient provenir que de personnes malintentionnées, gens réduits au déscs

' Grawf., mm . 137. Ca Idem., Il, 176— ’ tbht.

poir ; quelle {tait dans la ferme résolution d’entretenir iuviolablement la bonne amitié et la bonne intelligence avec la nation écossaise; mais que ses devoirs envers ses propres sujets la mettaient dans l’obligation de châtier l'iusolence de ces malfaiteurs *. Susses et Scroop marchèrent rn conséquence vers les frontières, l’un au levant, l’aulredu côtédu couchant, entrèrent en Écosse et portèrent le fer et le feu dans tous les pays drs environs J. La renommée enfla le nombre et les succès de leurs armées, et les adhérens de Marie se retirèrent â Linlithgow, ne sc croyant pas en sûreté dans Edimbourg, dont ils savaient que les habitans étaient malintentionnés pour le parti de la reine. Ils publièrent ensuite une proclamation dans laquelle ils avançaient qu’on ne devait point reconnaître d'autre autorité que celle de la reine , faisant défense d’obéir â d'autres qu'au duc d’Argyll ou au comte de Huntly, que Marie avait nommés ses Ueutenans dans le royaume.

la défection de tant de nobles avait affaibli considérablement le parti du roi. Cependant ceux qui lui étaient restés fidèles s'assemblèrent â Édimbourg, et par une contre-proclamation déclarèrent ennemis de la patrie tous ceux qui étaient attachés à la reine , les accusant en même temps et du meurtre du roi et de celui du régent. Cependant ils ne comptaient pas encore assez sur leurs propres forces pour hasarder l'élection d'un régent , ni pour oser tenir la campagne contre le parti de la reine, mais les secours qu’ils reçurent d’Élisabeth les mirent bientôt en état de tout entreprendre. Élisabeth ht marcher en Écosse le chevalier Guillaume Drury , à la tète de mille fantassins et de trois cents chevaux ; les partisans du roi le joignirent avec un corps de troupes considérable; et ils s'avancèrent vers Glasgow , où les adhérens de la reine avaient commencé les hostilités par l’attaque du château. Ils les forcèrent de se retirer, pillèrent tous les pays des environs qui appartenaient aux Ilamilton ; et après s’ètre emparés de quelques-uns de leurs châteaux et en avoir rasé quelques autres, ils s’en retournèrent â Édimbourg.

Le comte de Lennox revint eu Écosse sous ta protection de Drury. Il était naturel de confier au comte le gouvernement du royaume pendant

‘Uld.,11, 181. —'Ulula, 174.

la minorité de son petit-fils. La naissance illustre de Lennox, son alliance avec les familles royales d’Angleterre et d’Écosse , le rendaient digne de cet honneur. Ses ressentimens et sa haine implacable contre Marie, ses biens situés en Angleterre, sa famille qui y faisait sa résidence, le faisaient regarder par Élisabeth comme un homme qui , par inclination et par intérêt , devait agir de concert avec elle , et elle désirait ardemment de le voir succéder au comte de Murray dans l’office de régent. Mais par bien des considérations, Élisabeth jugea qu’elle ferait une imprudence si elle découvrait ses sentimens sur ce point, et si elle favorisait trop ouvertement les prétentions de Lennox â la régence. Les guerres civiles de France, excitées par un faux zèle de religion et poursuivies avec une bar!»rie capable de déshonorer des chrétiens , paraissaient viser â leur fin ; et après avoir versé le sang le plus pur, après avoir dévasté les plus riches provinces du royaume, les deux partis paraissaient désirer la paix avec une égale ardeur, et se prêter mutuellement â faciliter les négociations qu’on avait entamées. On connaissait les sentimens de Charles IX pour Marie. On savait qu’il était passionnément épris de sa beauté. 11 ne pouvait pas non plus par honneur laisser languir dans une situation aussi cruelle une reine douairière de France, la plus ancienne alliée de cette couronne, sans essayer de lui procurer quelque soulagement. Charles avait jusqu’alors été obligé de s’en tenir à faire des représentations par ses ambassadeurs au sujet du trailcmrnt indigne qu’on faisait â la reine d’Écossc. Mais s’il se trouvait un jour en pleine liberté de suivre son inclination, Élisabeth avait tout i craindre de l’impétuosité de Charles et de ta force de ses armes. Elle était donc obligée d’agir avec beaucoup de réserve , et de ne point appuyer ouvertement l’élection d'un régent au mépris de l'autorité de Marie. La jalousie et les préjugés des Écossais ne demandaient pas moins de ménagemens de la part de la reine d'Angleterre. Si elle avait soutenu ouvertement les prétentions de Lennox, si elle l’avait recommandé à la convention comme le candidat â qui elle donnait son suffrage, elle aurait pu soulever l’esprit d'indépendance di s nobles; et en déclarant trop ouvertement ses intentions , elle pouvait gâter les affaires de Lennox. Elle prit doue

le parti de dissimuler, et elle ne rendit que des réponses ambiguës aux messages qu’elle reçut des partisans du roi. Cependant on obtint à la fin une déclaration plus précise de ses sentimens, et un événement d'une es|>ècc fort extraordinaire y donna occasion. Le pape Pie V Fulmina une bulle d'excommunication contre Élisabeth, dans laquelle il la privait de son royaume, et déliait scs sujets du serment de fidélité. Un Anglais , nommé Felton , eut la hardiesse d’afficher cette bulle aux portes du palais de l'évêque de Londres. Dans tes siècles précédens , un pape , remué par son ambition , par son orgueil ou par un faux zèle, rendait de ces sentences fatales contre les plus grands monarques; mais comme l’autoritéde la cour de Rome était alors bien moins respectée, elle mettait plusdecirconspection dans ses procédés, et ne faisait gronder les foudresde l’église que lorsqu'elle était appuyée par quclqueprince puissant. Élisabeth attribua donc cette démarche du pape i une ligue formée contre elle par les princes catholiques romains , et elle soupçonna en même temps quelque complot en laveur de la reine d’Écosse. Elle sentit que, si ses doutes étaient fondés , la sûreté de son propre royaume dépendait de la conservation de son crédit en Écosse. Elle s’attacha en conséquence à le fortifier. Elle renouvela les assurances de sa protection aux partisans du roi , elle les encouragea à procéder 4 l'élection d’un régent , elle se hasarda même il leur désigner le comte de Lennoi comme celui dont les droits étaient les plus certains. Sur cette recommandation, l'assemblée des nobles du parti du roi qui se tint le 12 juillet , accorda tout d'une voix la régence au comte de Lcnriox '.

Le premier soin du régent fut d’empècher l'assemblée du parlement, que les partisans du roi avaient convoqué à Linlithgow. Il marcha ensuite contre le comte de Huntly, lieutenant de Marie dans la partie septentrionale du royaume, il força la garnison placée dans Brcchin de se rendre à discrétion, et il s'empara aussitôt après de plusieurs autres châteaux. Encouragé par ces succès et par l'arrivée du comte de Susses sur les frontières avec une armée formidable , il déposséda Maitland de son office de secrétaire , et il déclara par une proclamation le duc

’ SpoUvv. , 210. Cald., Il, 186. Appaul. , u* XXXVI.

de Cbatellerault , Huntly et les autres chefs du parti de la reine, traîtres et ennemis de la patrie *.

Les partisans de la reine .dans cet état désespéré de leurs affaires , eurent recours au roi d’Espagne 3 , avec qui Marie avait toujours entretenu une étroite correspondance depuis qu'elle était prisonnière en Angleterre. Le duc d'Albe, à leur sollicitation, envoya deux de ses officiers pour prendre connaissance du pays , pour examiner les côtes et les ports, et il leur accorda quelques secours d'armes et d'argent , qui furent envoyés au comte de Huntly s. Mais cette assistance, si disproportionnée i leurs besoins, aurait été pour eux d’une faible ressource. Ils durent leur salut â un traité qu'Élisabeth négociait pour rétablir, disait-elle, la reine captive sur le trône d'Écosse. Cette négociation avait été entamée dans le mois de mai , mais depuis ce temps elle avait fait peu de progrès. La paix conclue en France entre les catholiques romains et les huguenots, la crainte de voir Charles IX prendre avec chaleur les intérêts de la reine sa belle -sccur, redoublèrent les intrigues d'Élisabeth. Elle affecta de traiter sa prisonnière avec plus d'humanité , elle donnait des audiences plus favorables aux ambassadeurs étrangers qui îa sollicitaient en faveur delà reine d'Écosse , et elle paraissait absolument déterminée â la rétablir sur le trône de ses ancêtres. Élisabeth, pour achever de donner î ses démarches un air de sincérité , travailla h procurer une suspension d’armes en Écosse entre les deux partis. Lennox, toujours heureux depuis qu'il avait pris le timon des affaires, se flattait de triompher sans peine de tous ses ennemis, dont les biens étaient dévastés et les troupes découragées. 11 refusa par cette raison, pendant quelque temps, de se prêter aux vues d’Élisabeth. Mais il aperçut bientôt le danger et les inconvéniens de vouloir s’opposer aux volontés de sa protectrice. On convint d’une cessation de toutes hostilités pendant deux mois , à commencer du 3 septembre ; elle fut depuis renouvelée de temps en temps et continuée jusqu'au 1er avril de l’année suivante «.

Élisabeth dépêcha aussitôt vers la reine d'É-

■ Appt ml , u° Ht — * Gnwf. , Mim. , 1 JB. Cild. , Il , 196. — * Anderl . lit, 1J3. Grawf. , Mtm, ISA — ‘ Anden. , 123. Grawf. , Mùn , 1S3

|j)8 HISTOIRE

cosse , Ceci! et le chevalier Walter Mildmay, l'un premier ministre, l'autre chancelier de l'échiquier, et le plus habile homme qu’elle eût alors dans son conseil. L'importance et la dignité de ces ambassadeurs persuadèrent A toutes les parties que la négociation était sérieuse; on crut voir approcher le moment de la lilierté de Marie. Les propositions dont ils étaient chargés étaient avantageuses J Élisabeth , mais telles que Marie pouvait les espérer dans la situation où elle se I rouvait. On demandait à la reine d'Écosse qu'elle ratifiât le traité d'Edimbourg ; qu'elle renonçât à toutes prétentions à la couronne d’Angleterre, du vivant d'Élisabeth , et tant que sa postérité subsisterait ; qu'elle adliérât A l'alliance formée entre les deux royaumes; qu’elle pardonnât à ses sujets qui avaient pris les armes contre elle, et qu’elle s'engageât à n'entretenir aucune correspondance, et à ne soutenir aucune entreprise qui pût troubler le gouvernement d'Élisabeth. Ces articles étaient les principaux; on exigeait, pour la sûreté de l'exécution , que quelques personnes de rang fussent données en otages, que le prince d'Écosse fit sa résidence en Angleterre, et que quelques châteaux sur les frontières fussent remis entre les mains d'Élisabeth. Marie accepta une partie de ces propositions; elle essaya d'obtenir des adoucissemcns sur quelques points; elle aurait bien voulu en éluder quelques autres. Cependant elle envoya des copies au pape, aux rois de France et d'Espagne, et au duc d'Albe, en leur faisant observer que sans un secours prompt et efficace elle se trouverait obligée de souscrire â des conditions aussi dures, et d'acheter sa liberté à quelque prix que ce fût. Mais le pape était un allié faible et éloigné, et les efforts qu'il avait faits contre les Turcs avaient totalement épuisé scs trésors. Charles roulait déjà dans sa tète cette fameuse conspiration contre les huguenots , ce projet exécrable qui imprima sur son règne une note d’infamie et d’horreur. Il avait besoin de repos et d'une parfaite tranquillité pour laisser mûrir ses desseins et en assurer l’exécution. Le roi d'Espagne était occupé des préparatifs de cette flotte qui fit un si grand renom aux armes des chrétiens, par la victoire signalée qu’ils remportèrent à Lépante sur les infidèles. Ce prince était d’ailleurs menacé d’un soulèvement des Mores en Espagne, et ses sujets des Pays-Bas, poussés â

bout par les indignités qu'on leur faisait souffrir et par la tyrannie du joug espagnol , avaient enfin levé l’étendard de la 'rébellion. Tous ces princes, par ces différens motifs, déclarèrent à Marie qu'ils ne pouvaient lui donner aucun secours, et qu’ils lui conseillaient de conclure son traité aux meilleures conditions qu'elle pourrait se procurer '.

Marie , en conséquence, accorda presque toutes les demandes d'Élisabeth , et montra de la disposition â avoir encore sur les autres points beaucoup de complaisance. Mais â quelque degré que Marie eût porté la condescendance, elle n’aurait jamais pu satisfaire Élisabeth. Malgré les protestations que la reine d'Angleterre faisait aux ambassadeurs étrangers de la pureté des ses intentions , malgré tout l'appareil qu’elle mettait dans ces négociations , son seul objet était d'amuser les alliés de Marie et de gagnerdu temps*. Et en effet Élisabeth pouvait-elle avec sûreté relâcher une reine qui était venue lui demander un asile, et quelle avait, contre le droit des gens, traitée depuis si loug-temps avec tant d'inhumanité? Marie, dans les rigueurs de la captivité , était venue à bout d'exciter en Angleterre des soulèvemens formidables; que n'avaiton point à craindre des effets de son désespoir et de son ressentiment lorsqu'elle serait en liberté et en possession de son ancienne autorité? Quels engagemens assez forts pouvait-on lui faire contracter pour l'empêcher de tirer vengeance des maux qu'elle avait soufferts, et do saisir les occasions favorables qui pouvaient très naturellement se présenter ? Quelles sûretés pouvait-elle donner, quelles assurances de sa conduite â venir qui fussent capables de calmer ces soupçons et ces craintes? N’avait-on donc pas raison de conclure que tous les bienfaits dont on pourrait la combler ne lui feraient jamais perdre le souvenir des injures passées? Tels étaient les raisonnemens d'Élisabeth , qui néanmoins continuait à dissimuler et â agir comme si ses vues avaient été tout-û-fait différentes. Elle nomma sept de ses conseillers privés commissaires â l’effet de rédiger les articles du traité : et comme Marie avait déjà désigné pour ses ambassadeurs les évêques de Ross et de Galloway,

' Anders. , vol. III, 109, 120. — * Disse*, Comp. , Amb. , 78.

|lâ70] LIVR

et le lord Levingston, Élisabeth demanda au régent d'autoriser de sou côté des personnes pour comparaître au nom du roi et plaider sa cause. Le comte de Morton , Pitcairn , abbé de Dunfermliug, et le chevalier Jacques Macgill, furent choisis par le régent pour cette commission. Ils furent si long-temps il faire les préparatifs de leur voyage qu’Élisabeth elle -même n'aurait pas pu désirer un plus long délai. A la fin ils arrivèrent à Londres , et ils s'assemblèrent avec les commissaires des deux reines. Les ambassadeurs de Marie parurent très disposés ù consentir à tout , et à lever tous les obstacles qui pourraient se rencontrer à la délivrance de leur maîtresse. Mais lorsque Morton et ses collègues furent appelés pour rendre raison de leur conduite, et pour exposer les sentimens de leur parti, ils entreprirent d’abord de justifier le traitement qu'ils avaient fait à la reine. Ils avancèrent à ee sujet des maximes si fortes sur le pouvoir limité des princes, sur le droit que des sujets devaient naturellement avoir de censurer les actions du prince, et même de s'opposer à ses volontés, qu'Élisabcth , plus entêtée qu’aucun autre souverain des prérogatives de l'autorité royale , fut extrêmement choquée de leur audace. Quant à l'autorité que le jeune roi d'Écosse possédait alors, ils déclarèrent qu'ils n'avaient point d'instructions à ce sujet , et que toutes celles qu’ils pourraient recevoir dans la suite ne les autoriseraient jamais à donner leur consentement à aucun traité qui tendrait à la détruire ou même à lui donner la moindre atteinte Rien n’était plus trivial et plus ridicule que ce raisonnement des commissaires du roi d'Écosse visà-vis de la reine d'Angleterre. Le parti du jeune roi était absolument dans la dépendance d'Élisabeth. Elle l'avait placé sur le trône, il ne pouvait s'y maintenir que par l'autorité de sa majesté britannique. Élisabeth pouvait trèsaisément forcer lis commissaires du roi à parier sur un autre Ion, et quelques conditions qu’elle eût .voulu leur prescrire, ils n’avaient point d'autre parti à prendre que celui de la soumission. Cependant Élisabeth jugea à propos de faire de cet événement une affaire d’importance , et d'affecter de regarder cette déclaration comme une difficulté insurmontable. Elle voyait qu'elle n'avait rien à

E VI. liV»

craindre de la part du roi de France . qui n'avait pas montré pour les intérêts de Marie autant d’ardeur qu’on l’avait présumé. I„i réponse de Morton fournissait à la reine d'Angleterre un prélcxtc de suspendre la négociation jusqu'à ce que le régent eût envoyé déplus amples instructions à scs ambassadeurs. Marie se vit ainsi frustrée de toute espérance de recouvrer sa liberté, après avoir été amusée pendant dix mois; et cette reine infortunée fut resserrée plus étroitement que jamais. Cependant ceux de ses sujets qui lui étaient restés attachés se trouvaient sans alliés, sans protecteur, ixposés à toute la rage de leurs ennemis, devenus encore plus insolcus par les avantages qu'ils avaient remportés dans cette négociation *.

Le lendemain de l'expiration de la trêve , qui de part et d’autre avait été peu exactement observée, le capitaine Crawford de Jordanhill, brave officier, homme entreprenant , surprit le chàleau de Dunbarton, el rendit, par celte expédition, un service signalé au régent. Ce château était la seule place fortifiée qui fût restée en la possession de la reine depuis le commencement des guerres civiles. Sa situation, au milieu d'une plaine , sur la cime d’un roc d'une hauteur prodigieuse et presque inaccessible , le rendait extrêmement fort , et dans ce siècle il passait pour imprenable. Il commandait sur la rivière de Clyde, et il était par cette raison regardé comme une place très importante el la plus propre à l'abord des troupes étrangères qui pouvaient venir au secours de Marie. la1 lord Fleming, gouverneur de ce château, se reposant trop sur les avantages de sa situation, y vivait avec plus de sécurité qu'il lie convenait dans une place de cette importance, lit soldat, qui avait servi dans sa garnison, rt qu'il avait dégoûté par quelque mauvais traitement , pro- |iosa au régent le plan de l’enlreprise, s’efforça de lui prouver qu'elle était praticable , le offrit même de marcher au premier rang avec ceux qui seraient commandés pour l'expédition. On jugea qu’il était à propos de risquer quelque chose pour une prise de celle importance. On sc munit d'échelles pour escalader, ainsi que de toutes les autres choses nécessaires; et ces préparatifs se firent avee promptitude et dans

1 CaUl , II, 231. Itigijes, 61. ttaynes, 623, 621.

1 AaUcrs , lit, 01, etc.

le plus grand secret. On avait eu soin de s'emparer de toutes les avenues du château pour empocher que le gouverneur ne pût avoir vent du projet. Sur le soir, Crawford sort de Glasgow avec une faillie escorte, mais composée de gens d'élite et déterminés. A minuit , ils arrivent au pied du rocher. La lune était retirée, et le ciel, jusqu'à ce moment très serein, était alors obscurci par un brouillard fort épais. Les assaillans dirigèrent leur attaque par l'endroit du roc le plus élevé, persuadés qu'il y aurait moins de monde, et que les sentinelles y seraient moins sur leurs gardes. A peiue la première échelle était attachée, que le poids et la vivacité de ceux qui montaient la renversèrent. Aucun des assaillans ne fut blessé par la chute; personne de la garnison ne fut éveillé par le bruit. Le guide et Crawford gravirent le roc , et attachèrent l'échelle aux racines d'un arbre qui avait crû dans une fente. Us ne gagnèrent cet endroit qu’avec des difficultés incroyables , et ils étaient encore à une grande distance du pied du rempart. Enfin ils vinrent à bout de placer leurs échelles pour la seconde fois , mais comme ils y montaient et qu’ ils avaient déjà fiait la moitié du chemin , un accident imprévu les jeta dans uu nouvel embarras. Un soldat se trouva mal et resta comme sans vie, couché sur l'échelle. Toute la file fut obligée de s’arrêter; il était impossible de lui passer sur le corps, il y aurait eu de la barbarie à le précipiter, et cela aurait pu d'ailleurs les faire découvrir. La présence d'esprit de Crawford les tira de ce mauvais pas. Il fit attacher le soldat fortement à l’échelle , et de manière qu'il ne pût pas tomber s'il revenait de son évanouissement; il fit ensuite retourner l'échelle et on monta aisément par-dessus le ventre du soldat. Le jour commençait à paraître, cl il leur restait encore un rempart à franchir; mais ce dernier obstacle n'était rien au prix de ceux qu'ils avaient déjà surmontés : en un moment le rempart fot escaladé ; une sentinelle aperçut le premier homme qui parut sur le parapet , et elle n’ut que le temps de donner l’alarme avant que de tomber morte d'un coup qu'elle reçut sur la tète. Les officiers et les soldats de la garnison couraient tout nus et sans armes, plus occupés à chercher leur salut dans la fuite que capables de faire aucune résistance. Les assaillans. jetant de grands cris, s’élancèrent dans la place, pri-

rent possession du magasin, s'emparèrent du canon, et le pointèrent conlre l'ennemi, la; lord Fleming monta dans une petite barque, et s'enfuit tout seul dans la province d'Argyil. Crawford , par sa valeur et sa bonne conduite , resta maître du château sans avoir perdu un seul liomme, et avec la joie pure et sans mélange de son heureux succès. Parmi les prisonniers qu'on fit dans cette occasion, les plus distingués étaient lady Fleming , Vérac, ambassadeur de France, et Hamilton, archevêque de Saint- André1.

Le respect dû au caractère d'ambassadeur empêdia qu'on ne fit subir à Vérac le traitement qu'il méritait par son caractère à susciter des ennemis au roi. Le régent traita lady Fleming avec beaucoup de politesse et d'humanité. Mais on préparait à l'archevêque un sort bien différent. Il fut conduit sous bonne garde i Stirling, et comme il avait été anciennement proscrit par un acte de parlement , il fut, sans autre forme de procès, condamné à être pendu, et quatre jours après la sentence fut exécutée. On voulait essayer de le convaincre d’avoir partici|>é au meurtre du roi et à celui du régent , mais on ne put produire aucune preuve de ces accusations. Nos historiens observent que l'archevêque de Saint-André fot le premier dans l'ordre de l'épiscopat qui périt en Écosse par la main du bourreau. Les places distinguées qu'il avait occupées tant dans l'église que dans l’état auraient dû le garantir d'un supplice qui n’est ordinairement destiné qu'aux plus vils criminels. Mais son zèle pour la reine, scs talcns et sa profession, le rendaient également odieux et formidable au parti du roi. Lennox, en particulier, le haïssait comme un homme qui , par scs conseils , soutenait la réputation et le pouvoir de la maison d'Hamillon. On voit ainsi que cette sentence indécente et barbare fut dictée par la rage de parti , et par des inimitiés personnelles, et qu'on avait voulu lui donner quelque apparence de justice en imputant des crimes atroces à cet infortuné prélat.

La perte du château de Dunbarton et le cruel traitement fait à l'archevêque de Saint-André portèrent ta rage dans le cœur des partisans de

1 Buchan.,391.

fa reine et les jetèrent dans de grandes perplexités. Les hostilités recommencèrent avec toute la fureur que les malheurs et l'indignation peuvent inspirer. Kirkaldy, qui. pendant la trêve, avait eu soin de renforcer sa garnison et de se pourvoir de toutes les choses nécessaires pour une bonne défense, publia une proclamation par laquelle il déclarait l'autorité de Lcnnox illégitime et usurpée, et ordonnait à tous les hahilans qui favorisaient sa cause de sortir d’Édirobourg dans six heures. 11 désarma ensuite les habitaos , il plaça une batterie sur le clocher de 1 église de Saint-Gilles , il répara les remparts, il fortifia les portes de la ville; et malgré les affections contraires des Édimbourgeois, il tint ferme contre le régent dans cette capitale. Le ducdcGiatellorault, Huntly, Home, llerreis, et les autres chefs du parti de la reine , se rendirent âÊdimbourg avec toute leur suite, munis d'un léger subside et quelques munitions qu'ils reçurent de France ; ils formèrent dans ers remparts une armée qui n’était point à mépriser. D’un autre côté, Morton s'empara de i-eilh 1 , et le fit fortifier, et le régent vint l’y joindre avec un gros corpsde troupes. La proximité des armées donnait lieu A des escarmouches continuelles, où la fortune favorisait alternativement l'un et l'autre parti. Celui de la reine n’était point assez fort pour tenir la campagne contre le régent, et ce dernier n’avait point une assez grande supériorité pour entreprendre le siège du château ou de la ville ].

Le régent avait convoqué un parlement à Edimbourg quelque temps avant que les ennemis s'en fussent emparés. Pour prévenir toute objection contre la légitimité de cette assemblée, les membres qui devaient la composer se rendirent dans une maison à l'entrée du faubourg de Canongate, situé hors des remparts de la ville, et qui en faisait partie par rapport aux privilèges et immunités. Kirkaldy entreprit de rompre cette assemblée ; mais on y avait mis une si bonne garde que tous ses efforts furent inutiles. On y passa un acte de proscription contre Maitland et quelques autres qui forent ajournés au 28 août 3.

L'autre parti , pour donner de son côté un

’ Bourg situé S mille pas d'Édimbourg , à l’embouchure de la rivière de Leilb.

> CaM. . Il, 333, etc. — • Crawf , Kim. , 177.

pareil air de régularité à ses procédés, tint aussitôt après un parlement. On produisit dans cette assemblée un acte par lequel la reine déclarait l’invalidité de la résignation qu’elle avait faite de la couronne, et du consentement qu’elle avait donné au couronnement de son fils. En conséquence de cette déclaration , le parlement rendit un statut, portant que la résignation avait été extorquée par la crainte, qu’elle était nulle en elle-même et dans toutes ses conséquences , et par lequel il était enjoint à tous les bons sujets de reconnaître la reine seule comme leur légitime souveraine , et de soutenir tous ceux qui agissaient en son nom. On confirmait par un autre statut l’établissement actuel de la religion protestante, et à l’imitation du parti contraire, on indiqua un autre parlement pour le 26 août *.

Cependant le royaume restait en proie à toutes les calamités , à toutes les horreurs de la guerre civile. Des compatriotes, des amis , des frères attachés A des factions différentes, allaient deux-mêmes se ranger sous les étendards des divers partis. Dans chaque comté , dans presque toutes les villes ou villages, l'homme du roi , l’homme de la reine , étaient des noms distinctifs. la haine politique avait rompu tous les liens de la nature , avait éteint cette bienveillance réciproque , cette confiance , qui entretiennent l’union parmi les hommes , qui sont l’âme de la société. Le zèle de religion se mêlait A la fureur des factions, nourrissait le feu de la discorde , et formait un embrasement général.

Il n’y avait en apparence que deux partis dans le royaume. Mais les personnes qui les composaient avaient entre elles des vues et des principes si différens, qu’elles formaient encore des subdivisions. Les uns, principalement occupés de l’objet de la religion, étaient partagés en deux classes ; l’une de ceux qui étaient attachés au parti de la reine, dans l’espérance qu’ils pourraient par son moyen rétablir le papisme, et l'autre de ceux qui soutenaient l’autorité du roi, comme le plus fort appui de la religion protestante: l’opposition entre eux était si forte qu’elle ne laissait aucune apparence de conciliation. Les autres ne regardaient les affaires que du côté politique, ou n'étaient entraînés que

1 Crswr , Kim , 177.

par dos vues d'intérêt. Ix- but du régent était de n'unir cos drrniers ; il ne désespérait pas d'en gagner plusieurs par de bons traitemens , et de les porter à reconnaître l'autorité du roi. Maitlaud et Kirkaldy formaient le même plan de réunion ; mais ils voulaient qu'on donnât à la reine une portion d'autorité dans le gouvernement , et que le royaume fût délivré du joug de l'Angleterre. Morton , le plus habile, le plus ambitieux et le plus puissant de ceux qui tenaient le parti du roi, suivait une route particulière. Uniquement conduit par les impulsions de la cour d’Angleterre , il ne songeait qu'â rompre toutes les mesures qui tendaient à la réconciliation des partis; et comme il servait Élisabeth avec la plus grande fidélité, tout son crédit et son autorité étaient uniquement appuyés sur la protection déclarée que cette princesse lui accordait.

Cependant le temps où les deux partis devaient tenir leurs parlemcns s’approchait. 11 ne se trouva que trois pairs et deux évêques â celui qui avait été convoqué au nom de la reine à Edimbourg; et cette assemblée, si peu recommandable par le nombre, osa passer un acte qui proscrivait plus de deux cents personnes du parti contraire. 1,'asscmblée , à Stirling, était brillante et plus nombreuse. Le régent avait gagné les comtes d'Argylf, d'Eglinton, de Cassils, et le lord Boyd; et ces seigneurs avaient reconnu l'autorilc du roi. Les trois comtes étaient les seigneurs du royaume les plus pufssans, et ils avaient jusqu'alors été partisans Télés de la reine. Ijc lord Boyd était un des commissaires de la reine aux assemblées d'Yorek et de Westminster, et il avait toujours depuis été admis dans les conseils les plus secrets de sa majesté. Mais, dans ccs temps d’aifiLationset de (roubles, la conduite des particuliers et le système des factions variait si souvent, qu’on ne connaissait plus les sentimens d'honneur, partie la plus essentielle pour entretenir la consistance et l’égalité dans le caractère. Sans égard pour les bienséances, des hommes abandonnaient tout d'un coop un parti, passaient dans un autre, et en adoptaient toutes les passions, la défection d'un si grand nombre de personnes de la première distinction affaiblit considérablement le parti de la reine, et donna beaucoup de réputation à celui de ses adversaires.

Le parlement de Stirling , i l'exemple de celui d’Édintbourg , commença à prononcer des sentences de proscription contre la faction opposée. Les scigueurs qui le couiposaicut, se confiant en leur nombre, et croyant le danger fort éloigné, vivaient dans ta plus grande sécurité, lorsqu'un jour, de grand matin, ils furent éveillés par les acclamations des ennemis qui avaient pénétré dans le cirur de la ville. En un moment toutes les maisons des personnes les plus distinguées furent investies, et avant qu'on pùt savoir ce que c'était que cet étrange événement, le régent, les comtes d’Argyll, de Morton, de Glcncairn , de Gassils, d'Eglinton, de Montruse et de Buchan, et les lords Sempit, Cathcart et Ogilvie, furent faits prisonniers, et mis en croupe derrière des cavaliers tout prêts à les conduire à Edimbourg. Kirkaldy était l’auteur de cette entreprise hardie; et s’il ne s'était pas rendu aux sollicitations de ses amis, qui, par des inquiétudes déplacées, l'empêchèrent de marcher en personne à l’expédition, ce jour aurait peutêtre terminé toutes les querelles entre les deux factions, et rétabli la paix dans le royaume. Par ses ordres quatre cents hommes étaient sortis d’Édimbourg,sous!c commandement de llunlly, du lord Claude Uamilton, et de Scott de Buccleugh. Pour mieux cacher leur dessein ils marchèrent d'abord vers le midi, puis tournant tout court sur la droite, et ayant fait monter l'infanterie sur des chevaux dont on avait eu soin de se |KHirvoir, ils prirent en diligence la route de Stirling. Ils y arrivèrent à quatre heures du malin. La garnison, les habituas étaient tous ensevelis daas un profond .sommeil ; pas une sentinelle sur les remparts. Ils firent presque tous leurs prisonniers sans aucune résistance. Morton seul détendit sa maison avec un courage intrépide. Ils y mirent le feu; Morton, gagné par les flammes, fut à la fin obligé de se rendre. Cet incident les retarda pendant quelque temps. Leurs soldats, |K*u accoutumés â la discipline militaire , se débandèrent et se mirent à piller les maisons des particuliers cl les boutiques des marchands. Les cris et la rumeur donnèrent l’alerte au château. Le comte de Mar sortit avec trente soldats et fit feu brusquement sur l’ennemi, réduit aux seuls officiers qui tenaient ferme , rassemblés en un peloton. Les habitons prirent les armes pour secourir leur gouverneur.

Une terreur panique saisit les assaillaos; quel- soutenir que le droit d'aucun autre fût meilleur ques-uns prirent la fuite , d’autres se rendirent que le sien ; ou d'avancer que le parlement n'ait ceux même qu’ils venaient de faire prison- vait pas le pouvoir dérégler ou de limiier l'ordre niers; et si les habitons des frontières, com- de succession. Ce statut remarquable fut fait mandés par Scott, n'avaient pas eu la précaution pour la sûreté d'Élisabeth, et pour tenir en bride d'emmener tous les chevaux hors de la ville , il ( les esprits inquiets et intrigans de la reine dïin'en serait pas réchappé un seul homme. La cosse et de ses adhérens *.

perte du côté du parti du roi aurait été aussi peu Dans ce même temps on négociait le mariage considérable que l’alarme avait été forte, si le de la reine d’Angleterre avec le due d’Anjou, régent n’avait pas malheureusement été tué. Les frère du roi de France, et l’affaire était déjà fort soldats de la reine avaient pris pour root dn avancée. Les deux cours paraissaient la souhaiter

guet , pense à l'archevêque de Saint- André , avec un égal empressement , et elles étaient en

et ils immolèrent Lcnnox aux mènes de cet in- | apparence assurées que ce mariage ne |>ouvail fortuné prélat. L’officier à qui Lennox s'était rendu , perdit la vie en voulant le défendre. On crut généralement que le régent avait été tué par l'ordre du lord Claude Hamilton. Kirkaldy eut l'avantage d’avoir concerté cette entreprise avec une prudence consommée et dans le plus grand secret. Le défaut de discipline dans les troupes de la reine, la fortune qui ne se lassait point de favoriser Morton, dérobèrent à Kirkaldy la gloire du succès. Cela seul manquait à ce coup comme la protectrice de ce parti ; en cédant

de main , pour mériter d’être placé parmi les quelques points sur le fait de la religion , et

faits de guerre de cette espèce qui ont reçu le marquant de l’indifférence pour les autres, elle

plus d’applaudissemcns *. espérait d’amuser tous les protestans de l'Eu-

1.08 nobles, assemblés en si grand nombre, rope, et d’endormir les huguenots dans une

procédèrent aussitôt à l’élection d’un régent, fausse sécurité. Élisabeth se flattait de retirer

Argy 11, Morton et Mar forent les candidats qui de cette négociation des avantages d’une espèce

parurent sur les rangs pour remplir cet office, différente. Pendant que ce ma iage se traitait,

Mar fut cltoisi à la pluralité des voix. Parmi les 1rs Français ne pouvaient pas avec bienséance

cruelles dissensions qui avaient pendant si long- donner ouvertement des secours à la reine d’É-

temps déchiré l'Écusse, il s’était distingué par cosse; ils devaient même ne s’intéresser pour

sa modération, par son bumauité et son désin- elle que faiblement, s’ils avaient quelque espé-

téressement. Il était bien moins puissant qu'Ar- rance de voir réussir cette négociation. Marie

gyll , il n’avait pas ces grands talens de Morton , devait de son côté être consternée de la perte

et par ces considérations il était bien moins d’unalliéqu’elleavaitregardéjusqu’alorscomme

redouté des autres nobles. Mais il dut aussi en son plus puissant protecteur. En interrompant

partie son élévation au service signalé qu’il ve- la correspondance de la reine d'Écosse avec la

nait de rendre aux cliefs du parti, en les retirant France, on pouvait au moins tarir la source des

du plus grand péril. cabalesetdesintriguesquiagitaientleroyaume.

Pendant que ces choses se passaient en Écosse, Les deux reines parvinrent à leurs fins. Les arti

le cours des événemens en Angleterre n’était ni fices de Catherine en imposèrent à Élisabeth et

moins intéressant pour Marie ni moins fatal à aveuglèrent les huguenots. Les Français mon-

son parti. Le parlement , qui s'assembla dans le trèrent la plus grande indifférence pour les in-

mois d’avril , passa un acte par lequel on décla- térêts de la reine d'Écosse, qui , croyant déjà la

rait crime de haute trahison de prétendre aucun cour de France dans une étroite union avec sa

' Md vil, 220. Gnwrf... lUim., 201. I 1 Cauid , 130.

pas manquer de réussir. Cependant ni l’une ni l'autre n’en désirait le succès, et elles ne suivaient cette négociation que pour la faire servir à cacher et à favoriser leurs desseins particuliers. Toute la politique de Catherine de Médicis se portait vers l’accomplissement de ce projet détestable du massacre des chefs du parti huguenot. En traitant du mariage de son fils avec une princesse qui était avec raison regardée

rechercha la protection de Philippe '. Ce prince, naturellement sombre et mélancolique, avait un goût particulier pour les intrigues, se plaisait aux mystères de la politique. Il avait pendant quelque temps entretenu avec Marie une correspondance secrète par l'entremise de l'évéque de Ross, et il avait donné quelques subsides en argent à la reine et à ses adhérons en Écosse. Ridolphi , gentilhomme florentin , qui faisait à Londres le métier de banquier, et qui y était agent secret du pape , fut chargé par l’évéque de cette négociation avec l’Espagne. Marie jugea à propos de mettre aussi dans le secret le duc de Norfolk , à qui Élisabeth venait de rendre la liberté, sous la promesse solennelle de n’avoir plus aucune correspondance avec la reiue d’Écosse. Mais ce seigneur avait été si peu fidèle à ses engagemens, que Marie ne faisait rien sans prendre ses avis. Elle lui écrivit une lettre fort longue en chiffres, dans laquelle elle se plaignait amèrement de la cour de France, qui l'avait, disait-elle, lâchement abandonnée; elle y déclarait l’intention où elle était d’implorer '.'assistance du roi d’Espagne, qui était actuellement son unique ressource, et elle y recommandait Ridolphi comme un homme en qui le duc devait mettre sa confiance, et qui était le plus capable de développer le projet et d’en avancer l’exécution. Le duc ordonna à llickford, son secrétaire, de déchiffrer la lettre et de la brûler tout de suite. Soit que ce secrétaire eût déjà été gagné par la cour, soit qu'il fût déjà déterminé à trahir son maître, il n’exécuta que la pre mière partie de l'ordre qu’il avait reçu, il désobéit à la seconde, et il cacha la lettre sous le lit même du duc, avec quelques autres papiers relatifs à sa trahison.

Ridolphi, dans une conférence qu’il eut avec le duc, s'étendit sur les lieux communs, prodigua toutes les.bellcs promesses qu'on ne manque jamais d’employer, et souvent avec succès, lorsqu’on veut allumer le fou de la rébellion. « Le

• pape, lui disait-il, a mis à part une somme «considérable pour le soutien de la bonne cause.

• Le duc d’Âlbea formé le projet de venir abor- «der à quelque distance de Londres avec mille «hommes de débarquement : tous les catholi- « ques courront aux armes : la plupart des nobles

> Disc», IM, 1«. Carnet. , 234.

«sont prêts à se révolter, il ne leur manque «qu’un chef. la moitié de la nation a les yeux «sur vous : ou vous exhorte à vous venger de « tant d’injures que vous avez souffertes sans les «avoir méritées. On vous regarde comme le «libérateur de cette reine infortunée, qui, pour « récompense de vos entreprises et de vos succès, « vous offre sou trône et sa personne. » Norfolk approuva le plan de Ridolphi , il refusa néanmoins de lui donner aucune lettre de créance , mais il lui permit de se servir de son nom dans les négociations avec le pape et le duc d'Albe L’évéque de Ross, homme violent et emporté, capable d’un coup de désespoir, toujours prêt à s'embarquer dans les entreprises les plus téméraires pour donner de prompts secours à la reine sa maîtresse, conseilla au duc de rassembler secrètement quelques-uns de ses vassaux, et de se saisir tout d'un coup de la personne d'Élisabeth, l-e duc rejeta ce projet comme également hasardeux et extravagant. Cependant la cour d'Angleterre avait surpris un agent de Ridolphi , et cet homme avait donné quelque connaissance imparfaite du complot. Un autre événement dévoila toute l’intrigue, et fournit le détail de toutes les circonstances. Le duc avait chargé llickford ne faire passer au lord Hcrreis quelque argent, qui devait être distribué aux adhérons de Marie en Écosse. On donna la commission à un homme qui n'était point dans le secret, et on lui dit que le paquet renfermait quelque argeut. Mais comme à la pesanteur il jugea que c’était de l’or, il le porta directement au conseil privé. On fit aussitôt arrêter le duc, ses domestiques, tous ceux qui étaient du complot , ou qu’on pouvait soupçonner d'eu avoir quelque connaissance. Jamais, dans une conspiration, les complices ne montrèrent moins de fermeté, jamais des valets ne trahirent un bon maître avec tant de lâcheté. Chacun avoua tout ce qu’il savait, llickford enseigna l’endroit où l'on trouverait les papiers qu'il avait cachés. Le duc, se confiant sur la fidélité de ses associés, et croyant que tous les papiers de conséquence avaient été supprimés , soutint d’abord hautement son innocence. Mais lorsqu'il vit les dépositions, lorsqu’on lui représenta les papiers , frappé de la trahison de ses adhérens , il reconnut lui-même

1 Audcr* ,111,767.

ton crime , et il implora la clémence de la reine. Mais l'injure était atroce, l’offense trop grave et trop souvent répétée pour mériter le pardon. Élisabeth jugea qu'il était nécessaire de faire un exemple, et d'en imposer à ses sujets par la punition de Norfolk , et de les détourner d'entretenir désormais aucune correspondance avec la reined'Écosse et ses émissaires. Le duc, jugé par ses pairs, fut déclaré coupable de haute trahison, et après quelque délais il subit la peine portée contre ce crime*.

La découverte de cette conspiration Hit fatale à la cause de Marie , et eut des suites infiniment dangereuses pour le sort de cette princesse. On fil arrêter L'évêque de Ross , qui , suivant les dépositions de toutes les personnes impliquées dans cette intrigue, paraissait être le premier moteur de toutes les cabales qui se formaient contre Élisabeth. On visita les papiers de l'évêque, on l’envoya ensuite à la Tour, on l'y traita avec la plus grande rigueur ; on le menaça de peine capitale, et après une longue captivité, on ne lui rendit sa liberté qu’à condition qu’il sortirait du royaume. Marie fut ainsi privée d'un serviteur également recommandable par son lèle et par ses talens. On refusa en même temps <1 la reine d’Écosse le privilège d’entretenir un ambassadeur à la cour d’Angleterre. L'ambassadeur d’Espagne fut préservé, par la puissance et la dignité du prince qu'il représentait , des traitemens injurieux faits à l'évêque de Ross, mais oolui ordonna de sortir de l’Angleterre a. Marie fut veillée de plus près qu’auparavant , on diminua le nombre de ses domestiques , et personne n'eut la permission de la voir qu'en la présence de scs gardiens 3.

Cependant Élisabeth, apercevant dans le continent un orage qui se formait contre son royaume, commença à désirer que la tranquillité fût rétablie dans le royaume d’Écosse. Irritée des dernières entreprises que Marie avait formées contre son gouvernement , elle se déterminait agir désormais sans feinte ni déguisement en faveur du parti du roi. Elle fit signifier cette résolution aux chefs des deux filetions. « Marie , leur disait-elle, a entretenu des correspondances criminelles avec mes ennemis déclarés, elle

’Andert. , III, 149. Slnle TiiaU, 1, 85. — * Dio&eii,163. — * Slrjpe, Ann. , Il , 50.

a extilé des conspirations si dangereuses contre ma vie et contre ma couronne , que je dois désormais la regarder comme indigne de ma protection. Je ne consentirai jamais J lui rendre la liberté, encore moins à la rétablir sur son trùne. Je vous exhorte donc J vous réunir pour reconnaître l’autorité du roi. J'offre ma médiation pour procurer des conditions raisonnables à ceux qui jusqu'à présent s’y sont opposés; mais s’ils persistent dans leur refus d’obéir au roi , j'emploierai tout mon pouvoir pour les forcer à se soumettre 1 . «Cette déclaration ne fit pas dans le moment tout son effet. Les hostilités se continuèrent aux environs d'Édimbourg: le chevalier Adam Gordon, frère de Huntly, par sa bravoure et sa bonne conduite , avait remporté dans le nord plusieurs avantages contre les adhérons du roi. Cependant cette déclaration claire et précise des sentimens d’Élisabeth contribua infiniment à ranimer le parti du roi , et à abattre le courage et les espérances de celui de la reine *.

Comme Morton , qui commandait les troupes du régent , était posté à Leith , et que Kirkatdy tenait toujours ferme dans le château et la ville d'Édimbourg, il ne se passait guère de jour qu’il n’y eût entre eux quelque escarmouche. Les deux partis évitaient d'en venir à une action décisive, mais ils se harcelaient sans cesse par délachcmcns, ils s'enlevaient des quartiers, ils interceptaient des convois; et ccs faits de guerre, quoique peu mémorables en eux-mêmes, ne laissaient pas de nourrir l'animosité des factions, et de tenir leurs passions dans une agitation continuelle. La fureur les transporta au point de ne plus connaître les lois de la guerre , ni même les principes de l’humanité. Ce n’était pas seulement en pleine campagne et dans la chaleur du combat que leur rage s'exerçait ; de sang froid ils faisaient pendre sans miséricorde, et sans autre forme de procès, tous les prisonniers qu'ils faisaient de part et d'autre, de quelque rang et qualités qu’ils fussent. Il en périt un grand nombre de ce supplice infâme. On conduisait par cinquantaine ces malheureuses victimes au lieu de l'exécution: & la fin les deux partis, matés par ces excès de cruauté , aban-

1 Jppeiut , n* IV. — • Cald. , 11, 282. 284. Strype, 11,70.

donnèrent ces procédés barbares et si déshonorai)» pour la nation *. Cependant ceux de la ville et du château commençaient A manquer de vivres et de provisions, malgré les secours d'argent que le duc d'Albc leur avait donnés2. Morton avait fait détruire tous les moulins , et avait jeté quelques troupes dans les petits forts des euvirons d’Éd imbourg; et la disette s'y faisait toujours de plus en plus ressentir. Ils éprouvèrent A la fin toutes les horreurs de la famine, et bientôt réduits A la dernière extrémité, ils allaient être forcés de capituler, lorsque, par l’entremise des ambassadeurs de France et d'Angleterre, on convint d'une suspension d’armes entre les deux partis 3.

la négociation du mariage d'Élisabeth avec le duc d'Anjou venait d'ètre rompue; cependant la reine cl Charles désiraient également de conclure une alliance défensive entre les deux couronnes. Charles y trouvait de grands avantages. Im conspiration contre les huguenots était prèle A éclore; il regardait ce traité comme le moyen le plus propre A les aveugler sur le danger qui les menaçait ; de plus il y trouvait lui- même des sûretés contre les suites dangereuses auxquelles ce procédé atroce pouvait l'exposer. Élisabeth avait régné jusqu'alors sans avoir un seul allié. Elle voyait son royaume menacé de troubles au dedans, ou exposé A des invasions du dehors , et elle était fort empressée de s'assurer l'assis! 3 nce d'un voisin puissant. Les difficultés qui survinrent par rapport A la situation actuelle de la reine d’Écosse , retardèrent un peu la conclusion de l'alliance. Charles voulait y stipuler quelques avantages pour Marie et pour ceux de son parti Elisabeth ne voulait écouter aucune proposition sur cet article. L'obstination de la reine sur ce point l'emporta sur les efforts dissimulés du monarque français. la reine d'Écosse ne fut pas seulement nommée dans le traité; et quant aux affaires de l’Écosse, on n'en fit mention que dans un article fort court et conçu en termes généraux et ambigus. Il portail «que les parties «contractantes ne feraient aucune innovation en «Écosse, et qu’elles ne permettraient A aucun «étranger d'y entrer et d'y fomenter des fàc-

' Crawf., Mém , 218,2». — *Cald., 11,3 ii.—'JbiJ., 1, 310.

« lions: mais qu’il serait permis A la reine d'An- «gle terre de châtier par la force des armes les «Écossais qui continueraient A donner retraite «en Écosse aux rebelles d'Angleterre1.» En conséquence de ce traité, la France et l'Angleterre affectèrent d’agir de concert au sujet des affaires de l'Ecosse. Du Croc et le chevalier Guillaume Drury y parurent au nom de leurs maîtres respectifs. On convint par leur médiation d’une trêve de deux mois, pendant laquelle les chefs des facl ions opposées devaient s'assembler pour accommoder leurs différends , et rétablir la paix dans le royaume. Cette trêve procura un intervalle de tranquillité avantageux aux adhérons de Marie, dans la parjie méridionale de l'Écosse ; mais elle porta un grand préjudice aux affaires de la reine dans la partie septentrionale. Le chevalier Adam Gordon, partisan zélé de Marie, avait toujours maintenu, dans cette dernière partie de l'Écosse, sa réputation et sa supériorité. On avait envoyé contre lui plusieurs détachemens commandés par divers officiers. Il attaquait les un» en pleine campagne, il usait de stratagème envers les autres; et comme il avait autant de conduite que de bravoure, il réussissait dans toutes ses entreprises. Il pratiquait en même temps l'humanité, vertu qui caractérise la véritable valeur , et par IA il faisait autant de progrès que par la terreur de ses armes. Si la trêve ne l'avait pas obligé de suspendre les opérations , il aurait, selon toutes les apparences , forcé loule celle partie du royaume A se soumettre entièrement à l'autorité de la reine 2.

Malgré la valeur et les succès de Gordon , les affaires de Marie étaient en mauvais état tant en Angleterre que dans son propre royaume. Rien ne pouvait être plus offensant pour la nation anglaise , jalouse des étrangers , et effrayée A l'aspect du joug espagnol, que les négociations de Marie avec le duc d'Albc. Le parlement, qui s'assembla au mois de mai , procéda contre la reine d'Écosse comme contre l’ennemi le plus dangereux du royaume d’Angleterre; et dans une conférence solennelle qui se tint entre la chambre des seigneurs et la chambre des communes , les deux chambres passèrent un bill qui déclarait Marie coupable de liante trahison, rt

’ üiuçe», 170, tOI. Cane). , 44 t. — * Crawl., Mtm.

qui la privait «le (mit droit de succession à la couronne. Cette grande affaire, nom qu’on lui donnait alors, occupa toute la séance du parlement , et fut décidée tout d'une voix. Élisabeth , contente du zélé de son parlement , et approuvant la tournure qu'il avait donnée à celle affaire, se contenta néanmoins pour lors d’avoir fait sentir è Marie ce qu'elle avait à craindre du ressentiment de la nation anglaise; et comme elle ne voulait point encore porter les choses à la dernière extrémité , elle prorogea le parlement

Ces procédés rigoureux du parlement anglais ne furent pas plus humilions (tour Marie que la froideur et l'indifférence de ses alliés de France. Le duc de Montmorency qui vint pour la ratification du traité entre la France et l'Angleterre , parut à la vérité prendre quelque intérêt à la reine d'Éeosse; mais au lieu de solliciter sa liberté ou son rétablissement sur le trône, il se contenta de demander quelque adoucissement b la rigueur de sa captivité, et cette faible proimsition fut encore appuyée si froidement et si peu suivie, qu'Élisabeth n’y fit aucune attention *.

Élisabeth ressentait la plus grande satisfaction de l'alliance qu'elle venait de contracter avec la France, et elle se voyait par-là assurée plus que jamais de sa tranquillité. Elle porta alors toutes ses attentions aux affaires de l'Écosse; mais l’animosité des factions était parvenue à un tel point , les intérêts des différons partis étaient si difficiles à concilier, que la pacification générale de ce royaume paraissait encore fort éloignée. Élisabeth était occupée à chercher quelques voies de conciliation, lorsqu'un événement affreux, et tel qu’on n'en voit point d’exemple dans l’histoire du genre humain , vint frapper d’étonnement toute l’Europe et la saisir d'horreur. Jamais entreprise ne fut conduite avec tant de dissimulation et ne fut exécutée avec tant de cruauté et de barbarie, que le massacre de Paris. Les chefs des protestons furent attirés à la cour, sur les promesses les plus solennelles de sûreté et de bienveillance. Dévoués à la mort, ils y furent accablés de caresses , comblés d'honneurs, et traités pendant sept mois avre toute sorte de marques de familiarité et de confiance. Ils se reposaient sur la parole de leur souverain, ils

1 D'F.wes Journ., 200, etc. — 1 Jcbb. , II, 512.

vivaient dams la plus parfaite sécurité. le rot donne l’ordre pour leur destruction, et il n’est que trop fidèlement obéi. Des compatriotes, des concitoyens, s’égorgent et trempent leurs mains dans le sang de leurs frères et de leurs amis. Dix mille protestai» furent massacrés dans Paris, sans distinction d'Agc, de sexe ni de condition. Les mêmes ordres furent envoyés dans toutes les provinces, et ils y furent exécutés avec la même barbarie. Cette infâme boucherie, dont les historiens papistes ne parlent encore aujourd'hui qu'avec indignation , fut alors applaudie en Espagne; et à Rome on en rendit à Dieu de* actions de grâces solennelles. Mais elle fut détestée, comme elle le méritait, dans toutes 1rs cours protestantes. On en voit une preuve frappante dans une dépêche de l'ambassadeur de France qui rend compte de la première audience qu’il reçut à la cour d'Angleterre après le massacre. « La douleur , disait-il , et la consternation a étaient peintes sur tous les visages ; un silence a profond régnait comme en pleine nuit , dans «toutes les chambres de l’appartement royal; «les dames et les courtisans, tous habillés dans «le plus grand deuil , étaient rangés en haie des «deux côtés; et lorsque je passai au travers, au- «cun ne jeta sur moi un regard de civilité, pas « un ne répondit à mes salutations '. »

Mais l'horreur dont les prutestans furent saisis à la vue de cc spectacle inouï était en même temps mêlée de terreur. Ils regardaient cette barbare exécution comme le prélude d’un autre prujet plus vaste et plus étendu. Ils croyaient , et avec assez de vraisemblance, que tous les princes papistes avaient conjuré la destruction entière de leur secte. Ces idées firent beaucoup de tort aux affaires de Marie en Écosse. La plupart des adhérons de la reine étaient protestait*, ils désiraient son rétablissement , mais ils ne voulaient point l'acheter au prix de la religion qu'ils professaient. Ils redoutaient l'attachement de Marie pour la religion romaine, qui permettait, disaient-ils, à ses sectateurs de violer les engagemens les plus solennels, et qui les précipitait dans le crime et la barbarie. Une confédération générale de tout le corps protestant leur paraissait le seul moyen de soutenir la réformation contre la ligue qui sciait formée pour

• Carte, lit , 522.

,li72i

chcvèché Doublas, recteur de l'université de Saint-André; il lui donna une pension modique, assignée sur les revenus du bénéfice, et il garda le reste. Les nobles, qui apercevaient combien cette méthode leur serait avantageuse, soutinrent l'arrangement de Morton. Mais le clergé protestant en fut extrêmement offensé. Il voyait avec chagrin perpétuer un ordre dont le nom et le pouvoir lui étaient extrêmement odieux, rl il aurait désiré que les revenus qui avaient appartenu à l'ordre épiscopal fussent employés à établir des pasteurs dans un grand nombre de paroisses qui en étaient toujours dépourvues. Le dergé protestant craignait en même temps d’irriter les nobles, qui faisaient le véritable soutien de l'église réformée en Écosse. D'un autre côté Morton conduisit son projet avec tant d’adresse , et il sut ménager les esprits avec tant d'art, que, dans une convention , composée des chefs du clergé et d’un comité du conseil privé, on convint «que les noms et offices d'arche- « véques et évéques seraient coutinués pendant « la minorité du roi , et que ces dignités seraient « conférées aux ministres protestans qui auraient • les qualités requises; mais que , par rapport à « la juridiction spirituelle, ils seraient soumis A « l'assemblée générale de l'église. » On y spécifiait aussi en particulier les règles qui devaient être observées lors de leur élection , ainsi que les personnes qui devaient suppléer A l'office de doyen du chapitre, et jouir des privilèges qui y étaient attachés dans le temps du papisme *. Cet arrêté de la convention fut porté devant l'assemblée générale du clergé protestant , qui y donna son approbation, après y avoir fait quelques exceptions au sujet de noms à' archevêque, de doyen , de chapitre , etc. , avec protestation que le tout devait être regardé comme une constitution séculière, jusqu'A ce qu'on pût faire un règlement plus parfait3. Knox, qui n'avait pas pu se trouver A l’assemblée A cause du mauvais état de sa santé, déclama ouvertement contre le pacte simoniaque sur lequel était fondée l’élection de Douglas : il blâmait la promotion d’un homme chargé d'Age et d’infirmités A un office qui demandait la plus grande vigueur de corps et d’esprit ; cependant il parait qu'il ne condamna point les procédés de la convention ,

■Catd.,11, 305 — 'Ibid., 351 U.

et daus une lettre qu’il écrivit A l'assemblée du clergé, il approuva quelques-uns de ees règlrmens au sujet de lélcclion des évéques, et il dit que ces statuts méritaient d'être soigneusement observés1. En conséquence du consentement donné par l'assemblée générale au plan arrêté dans la convention, Douglas fut installé dans son office d'archevêque de Saint-André , et on choisit en même temps dans le clergé protestant des sujets pour l’archevêché de Glasgow et l’évêché de Dunkeld. On leur assigna A tous, dans le parlement , les places destinées A l’ordre ecclésiastique. Mais , A l’exempte de Morton , les nobles firent avec enx des traités , en vertu desquels on ne leur laissait qu’une très petite partie des revenus attachés A leurs sièges.

Peu de temps après la séparation de l’assemblée du clergé, Knox termina sa carrière, Agé de soixante-sept ans. Il avait contribué plus qu’aucun autre A l’établissement et à la propagation de la réforme en Écosse. Plein de zèle, intrépide, désintéressé, il posséda ces vertus dans le plus haut degré. Il avait des connaissances qui , pour le siècle où il vivait , étaient recommandables ; il excellait surtout dans celle sorte d’éloquence mâle qui entraîne tuut un auditoire et qui enflamme les esprits. Ses maximes, A la vérité, étaient souvent trop sévères , et son impétuosité était excessive. Rigide et peu indulgent pour lui-même, il n’avait point assez de condescendance pour les faiblesses des autres. Sans égard pour le rang et la qualité des personnes, il faisait ses remontrances avec une aigreur et une véhémence plus propres A irriter qu’A corriger. 11 se laissa ainsi souvent emporter à des expressions peu respectueuses et même indécentes, en parlant de la personne de la rrine et de sa conduite. Cependant ce caractère âpre et difficile qui paraissait ternir l'éclat de ses vertus, remplissait les vues de la Providence, qui le destinait A être l’instrument des progrès de la réforme chez un peuple féroce. Il affronta des dangers, il surmonta des obstacles qui auraient fait perdre courage A tout homme d'un esprit plus liant que le sien. Son application continuelle A l'étude et aux affaires publiques , les discours qu'il faisait fréquemment devant le peuple, et toujours avec chaleur, avaient usé

' A ppenitire , n" V

ion tempérament , naturellement fort et robuste. Attaqué d’une maladie de langueur, il montra toujours une fermeté d'âme à toute épreuve. Il vit les approches de la mort avec ce courage inhérent à son caractère; ne s'occupant plus <|ue d’actes de piété , se consolant lui-même à la vue de l’immortalité, spectacle qui, dans ses derniers montras, soutient le juste, et livre son ante aux transports de la joie la plus pure. la1 comte de Morton, qui assistait aux funérailles de Knox, fit son panégyrique en peu de mots : * Ci-gU « celai que jamais face d'homme ne fil trem- «Wer1.» Éloge d’autant plus flatteur, qu’il sortait de la bouche d’un homme A qui Knox avait fait souvent des réprimandes très sévères.

Morton désirait la paix et travaillait sincèrement A la rétablir ; mais il u’élait point en cela conduit , ainsi que son prédécesseur , par des motifs de pure générosité. I.es troubles de l’Kcossc et les calamités publiques soutenaient le pouvoir et l’importance de Morton lorsqu'il n'était que la seconde personne du royaume : parvenu au rang suprême , ils lui étaient extrêmement préjudiciables. Tantde nobles, toujours armés contre lui , donnaient à sa régence un air de parti, la rendaient faible et préeaire. Élisabeth ne souhaitait pas avec moins d'empressement d’éteindre l'incendie qu’elle avait elle -même allumé , et qu'elle avait entretenu pendant si long-temps en Ecosse Elle apercevait quelle ne pouvait pas fonder la tranquillité de son royaume sur le traité quelle avait fait avec la France , et dont elle s'était flattée de retirer tant d’avantages. Les apparences de la bonne amitié subsistaient néanmoins toujours entre les deux cours, et Charles renouvelait de jour en jour ses protestations de rester inviolablcnicnl attaché A l'alliance formée avec l’Angleterre. Mais la reine avait sous ses yeux ce fatal événement qui lai annonçait le peu de fond qu’elle devait faire sur les promesses et sur les sermens de ce monarque insidieux et perfide. L’ambassadeur anglais à la cour de France donnait avis A la reine sa maltresse que Charles entretenait des correspondances secrètes avec les adhérens de Marie en Écosse , et qu’il les encourageait A persister dans leurs entreprises 3. D’un autre

• Spot*» . , 2Mi. Cald. , 11, 273.— 1 l)i|;firs, sOT. — 'Ibid., 296,111, 312.

D’ECOSSE. [IMS]

côté le duc d'Alhc conduisait ses intrigues en Écosse avec moins d'art et de déguisement. Élisabeth était persuadée que les tours de France et d’Es|iagne saisiraient le premier moment de i tranquillité que les troubles de France et des Pays-Bas pourraient leur laisser, pour entreprendre ouvertement d'aborder en Écosse. Elle résolut en conséquence de prévenir leurs des- | seins, de leur fermer les abords de Ijlc, et de leur Oter toute espérance d'y trouver des adltérens, en réunissant les factions qui divisaient ce royaume.

La situation actuelle des partisans de Marie donnait sur eux beaucoup davantage au régent dans les négociations. Ils étaient alors partagés en deux factions. Chatellerault et Huntly étaient à la tête de l'une : les chefs de l'autre étaient Maitland et kirkaldy. Le haut rang des premiers, l'étendue de leurs possessions et le nombre de leurs vassaux , rendaient leur parti fort considérable; les autres étaient redevables de leur importance à leurs talens personnels, et à la force du château d'Edimbourg , dont ils étaient les maîtres. Le régent ne voulait |aiint comprendre ccs deux partis dans un même traité. Il craignait que si le parti de la reine était rassemblé , il ne fût en état de troubler et de traverser son administration. Il voulait les diviser et les affaiblir, en négociant séparément avec les deux factions. Il fil les premières ouvertures à Kirkaldy et A ses associés, et illAchadc renouer avec eux une négociation entamée du vivant de son prédécesseur, et que Morton lui-même avait rompue par ses artifices. Mais Kirkaldy savait que les vues de Morton et son système de gouvernement étaient fort opposés A ceux du régent son prédécesseur, et Maitland le regardait comme un ennemi personnel et implacable. Ils recevaient continuellement de nouvelles assurances de protection de la part de la France. Ils savaient que Charles était alors occupé au siège de I j Rochelle : cependant ils se laissaient amuser par ces mêmes espérances qui avaient tant de fois trompé le parti ; ils comptaient que le roi de France aurait bientôt dompté les huguenots, et qu’alors il serait en pleine liberté d'agir avec vigueur en Écosse. En attendant ils recevaient quelque argent de France , et on leur promettait des secours plus réels et plus considérables s’ils pouvaient sc maintenir jusqu’à la

tgiuzea Dy

Pentecôte dans le château d'Édimbourg •. Maitland avait un génie porté naturellement aux entreprises hasardeuses, et Kirkaldy était doué de toute l'intrépidité nécessaire pour les mettre en exécution. Ils savaient que le cliâteau , par l’avantage de sa situation , pouvait tenir contre toutes les forces du régent. Ils espéraient qu’Élisabeth ne se déterminerait point à lui envoyer des secours, et à violer ainsi le traité qu’elle avait fait avec la France. Si les Français se déclaraient pour eux et prenaient terre en Écosse avec un corps de troupes considérable , on pouvait espérer de tirer la reine de sa captivité, ou bien contre-balancer au moins les influences de l’Angleterre par celles de la France , et délivrer PÉcosse du joug honteux que l’Angleterre lui avait imposé. Maitland et Kirkaldy préférèrent ce projet brillant , mais chimérique , à l’amitié de Morton. Ils soutinrent néanmoins la négociation , pour gagner du temps ; et , dans cette même vue, ils demandèrent que tout le parti de la reine fût compris dans l’accommodement, et que Kirkaldy gardât le commandement du château six mois après la signature du traité. L’intérêt du régent ne lui permettait point d'accepter la première proposition; sa pénétration lui fit apercevoir le danger d’accorder la seconde, et toutes les espérances de conciliation s'évanouirent 2. ,

Aussitôt que la trêve fut expirée. Kirkaldy recommença à faire tirer sur la villed’Édimbourg, qui, depuis le retour des habitans qu’il en avait chassés, était plus affectionnée et plus dévouée que jamais au parti du roi. Mais comme le régent venait d'entamer un traité avec Iluntly et Chatcllerault , la suspensiou d’armes se continua avec eux.

Ils avaient été moins difficiles que ceux de la faction de Maitland et Kirkaldy , et ils avaient reçu avec empressement les ouvertures du régent. Le duc de Chatellerault était d’un caractère léger. I,es approches de la vieillesse augmentaient son irrésolution naturelle , et lui donnaient de l’éloignement pour la vie agissante et entreprenante. Il y avait près de cinq ans que la guerre civile désolait t’Écosse, et il n’y en avait point eu encore d’une aussi longue durée, la reine n'en avait tiré aucun avantage, et

1 Disse* , an.— 1 Mcltil , 233.

ses affaires en avaient même souffert; les divers partisy avaient acquis peu d’honneur, les pertes de part et d’autre avaient été fort considérables, et chactm épuisait ses propres pays en dévastant ceux de ses adversaires. Le peuple, réduit au comble de la misère, soupirait après la paix, et souhaitait ardemment la fin d’une guerre destructive, et dont on ne retirait aucun fruit.

On s'achemina vers ce bien si désirable en mettant la dernière main à la négociation que le régent suivait toujours avec Chatellerault et Huntly. Le traité fiit conclu entre eux à Perth , le 23 février, sous la médiation de Killegrew , ambassadeur d’Élisabeth ; événement important et qui fil bientôt changer la face des affaires ’. Les principaux articles du traité portaient : «Que toutes les parties contractantes dédare- « raient publiquement qu’elles approuvaient la «religion reformée actuellement établie dans le

• royaume; qu’elles se soumettraient au gouver- «nement du roi , qu’elles reconnaîtraient l’auto- «rité de Morton comme régent; et que tout ce «qui avait été fait contre le roi depuis son cou-

• ronnement serait regardé comme illégitime; «que les prisonniers faits de part et d'autre pen- «dant la guerre seraient mis en liberté, et que «les terres seraient rendues aux propriétaires «respectifs; que les proscriptions prononcées «contre les adhérens de la reine seraient révo- «quées; qu’il y aurait une amnistie générale « pour tous les crimes commis depuis le 15 juin «1567, et que le traité serait ratifié en parle- « ment , du consentement des parties J. »

Kirkaldy, abandonné par ses associés , ne mon tra aucune inquiétude, ne prit aucune précaution pour sa sûreté, et ne voulut se prêter à aucune voie d’accommodement 3. Pendant que toute

1 App. , n* VI. — • Crawf. . Mini., 251.

* Melril , dont le frère , Robert Melvll , était associé de Kirkaldy dan* la défense du château d'Edimbourg , et qui était lui-métne fort attaché à ce parti , assure que Kirkaldy offrit de «'accommoder à de* condition* raisonnable* , mai» que ses offres furent rejetée* par le régenl. (Melv., 240.) Cependant, comine El Uabelh désirait beaucoup alor* le rétablissement de la paix en Écosse, et que Killegrew, ambassadeur d’Angleterre, fil, de concert avec le comte de Rothes . tous se* efforts pour engager Kirkaldy à accéder au traité de Perlb, il parait que la continuation de* hostilités ne peut être attribuée, avec vraisemblance , qu’à l’opiniâtreté de Kirkaldy , au peu de confiance qu’il avait en Morton , et aux espérance* qu’il avaii de quelque secours étranger : cette opinion

LIVRK VI.

l'Ecosse était soumise au roi , Kirkaldy entreprit de défendre le château d'Edimbourg au nom de la reine , et d’attendre l’arrivée des secours qu'on lui avait promis. Le régent n’avait rien alors de ce qui lui était nécessaire pour former le siège du château. Mais Elisabeth, qui avait résolu de mettre fin d’un seul coup aux troubles de l’Ecosse, sans donner le temps aux Français de prendre part à ces querelles, fournit bientôt au régent des secours suffisans. Le chevalier Guillaume Henry marcha en Ecosse avec quinze cents hommes d’infanterie et une artillerie considérable. Le régent le joignit avec toutes ses forces : on ouvrit la tranchée, et les approches de la place se firent dans toutes les régies. Kirkaldy, découragé par la perte d’une grosse somme d’argent qu’on lui envoyait de France , et qui était tombée entre les mains du régent , par la trahison du chevalier Jacques Balfour, l'homme le plus dépravé de ce siècle, ne se laissa [tas néanmoins abattre par ce contre-temps. Son chagrin se tourna en désespoir, et réchauffa encore sa bravoure naturelle. Il tint pendant trente-trois jours contre tous les efforts des Ecossais et des Anglais qui poussaient leurs attaques avec courage et émulation ; et lorsqu'il demanda à parlementer, les forlifirationsétaient écroulées, undes puilsdu château était desséché, et l'autre était comblé par des débris. Dans celle situation, il conservait encore une intrépidité que rien ne pouvait ébranler. 11 était déterminé à périr glorieusement au pied du dernier retranchement , plutôt que de se rendre à des ennemis pour qui il avait une haine invétérée. Mais sa garnison , qui n’était point animée de ces mêmes sentimens d'héroïsme et de désespoir, se mutina et le força de capituler. Il se rendit à Drury qui lui promit , au nom de la reine d'Angleterre , qu’il serait traité favorablement. Jacques Kirkaldy son frère, le lord Home, Maitland, le chevalier Robert Mdvil, quelques citoyens d’Edimbourg, et environ cent soixante soldats furent faits prisonniers en même temps que luit.

est d’aillmrt appuyée et mise dans la dernière évidence par le témoifsnaue positif de Spouw , 269, 270; de farad., 118 ; de Johnu. . Hiit., III, 1 ; de Di|;ncs, îif , ft de tirawf., qui s'accorde avec eux sur ce point. Mcm., 2i n.

1 Cald. , VOS Met*. , 2 10. Craxt r. , y/m , 265.

Plusieurs officiers , qui avaient été appointés pendant la guerre , engagèrent leurs soldats à les suivre dans les Pays-Bas. Ils entrèrent au service des états généraux des Provinces Unies; et par la manière dont ils s'y comportèrent , ils ajoutèrent encore à la réputation des talens militaires qui avaient toujours été le caractère distinctif de la nation écossaise.

1* traité du régent avec Chatellerault et Huntly, et la prise du château d’Edimbourg, terminèrent ainsi les guerres civiles en Ecosse, lorsqu'on examine l'état nô la nation était alors, et que l'on compare la force des deux factions , on voit que les adhérens de Marie , parmi les nobles, étaient bien supérieurs en nombre et en puissance. Mats leurs adversaires avaient d’autres avantages, et qui leur donnaient bien de la supériorité. La science politique, l'expérience militaire et tous les talens qui se forment parmi les factions , ou qui y paraissent dans tout leur jour, brillaient particulièrement dans le parti du roi. Celui de la reine ne pouvait pas se vanter d’avoir un seul homme qui fôt égal à Murray pour l'intrépidité tempérée par la prudence ; â Morton , pour la pénétration et la sagacité ; â Maitland, pour l'esprit délié, adroit et insinuant ; â Drury, pour la valeur, toujours favorisée par des succès. Tous ces grands per sonnages furent employés dans les commencemens à jeter les fondemens de l'autorité du roi. D'un côté , les mesures étaient concertées avec prudence , et exécutées avec vigueur. De l’autre côté, des résolutions précipitées étaient suivies faiblement. Le peuple, animé du zèle de la religion , rempli de l’indignation qu'on lui avait inspirée contre la reine , soutenait avec chaleur le parti du roi. Le clergé mrttait dans la balance tout l'ascendant qu'il avait pris sur le peuple. Ce fut par ces moyens et par l'entremise prépondérante de l'Angleterre que le gouvernement du roi prit enfin le dessus et fut solidement établi. Marie perdit jusqu'à cette ombre de souveraineté qu’elle avait conservée au milieu de ses souffrances sur une partie de scs sujets; et comme elle n'avait plus la permission d'avoir un ambassadeur à la cour d'Angleterre, la seule marque de dignité dont elle avait joui pendant quelque temps, elle n'y fut plus désormais considérée que comme une exilée, dépourvue de tous les attributs de la royauté, entièrement ou-

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bliée dans son propre royaume, gardée étroitement dans un autre avec inquiétude et jalousie.

Kirkaldy et les compagnons de son infortune restèrent, jusqu'à ce que la reine d’Angleterre, dont ils étaient prisonniers , eflt décidé de leur sort , A la garde de Drury, qui les traita avec beaucoup d’humanité. Morton insistait pour qu'on leur fit subir la peine due à leur rébellion et à leur opiniâtreté , et il déclarait que, tant qu'ils resteraient en vie, la sûreté de sa personne serait eontinuellrmrni exposée, et son autorité compromise. Sans égard pour l'engagement d’Iionneur que Drury avait pris, ni à la parole qu'il avait donnée au nom de la reine sa maîtresse, les prisonniers furent livrés par Élisabeth à la discrétion do régent. Il commença par les envoyer dans des prisons séparées: et après avoir pris le consentement d'Élisabeth, il condamna aussitôt Kirkaldy cl sou frère à être pendus 0 la croix d'Edimbourg. Maitland , qui n'avait pas lieu de s'attendre à un meilleur traitement , prévint l'ipnominic d'une exécution publique par une mort volontaire , et « termina

• ses jours , dit Melvil , A la vieille mode des

• Romains. »

fendant que le répent exerçait sa venpeance sur les restes infortunés du parti de la reine . cette princesse, hors d’état de secourir scs serviteurs, leur donnait, du fond de sa prison, de vains reprets et des larmes inutiles. Sa saolé commençait b s'altérer considérablement , soit par le défaut d'exercice, soit par les rigueurs de sa prison. Sur les instances de l'ambassadeur de K rance , le lord Slircwsbury, pardieu de Marie , eut permission de la conduire A Buxton- Wells, peu éloipné dcTutlibury, lieude sa détention. Ceeil , qui venait d’ètre créé baron de liurleiph, et lord prand-lrésorier d’Anpleterre, se trouva par hasard alors dans ce mèmeendroit. Jamais ministre n’était entré avec plus de zèle que ce {p-and homme dans toutes les vues de sa maîtresse, et ne lui avait donné plus de preuves de fidélité et d'attachement. Cependant Élisabeth entrait dans une telle méfiance contre tous ceux qui approchaient de la reine d'Ecosse , que ses sou|>çons s'étendirent même jusqu'à Ceeil ; et pendant que Marie le repardait avec raison lomuie son ennemi le plusdanpereux , il eut bien de la peine b persuader A sa maîtresse

qu'il ne s’intéressait point aux malheurs de la reine captive '.

Celte même année le duc d'Albe fin rappelé du pouvemement des Pays-Bas. I .humeur altière de ce seigneur , la dureté de sou administration avaient soulevé tous les esprits. L'Espagne avait fait d'inutiles efforts pour réduire ses sujets rebelles. Elle avait épuisé tous ses trésors dans celle entreprise, elle y avait ruiné ses années, et perdu toute sa ploire. Le duc d'Albe fut A la fia sacrifié aux ressentimetis des peuples ; et pour essayer de les ramener , on donna le pouvemement de ces pays a Requesens, homme d’un caractère plus doux et d'un génie moins entreprenant que leduc d'Albe. Élisabeth, qui savait que le due, partisan zélé delà reine d’Ecosse, entretenait toujours avec cette princesse des correspondances secrètes , fut ainsi délivrée d’un objet perpétuel d'inquiétudes.

Le royaume était alors dans une paix profonde ; cependant il ressentait encore les malheurs qui marchent toujours à la suite de la guerre civile. Los lois, peu respectées dans des temps de troubles chez les nations même les plus civilisées, étaient totalement méprisées par un peuple barbare, qui ne pouvait soutenir la contrainte d’un gouvernement régulier. Les désordres se multipliaient A un point insupportable dans toutes les parties du royaume, et sous l'appui de l'une ou l'autre faction on commettait impunément des crimes de toute espèce. Le répent entreprit de remédier A ces abus , et par son adresse et sa fermeté il vint A bout de rétablir l’ordre et la tranquillité. Mais l'avarice sordide dont il donna des marques dans le cours de ses opérations lui fit perdre le mérite et la gloire de ce service important, les exactions du répent devinrent plus fatales A la nation que tous les désordres qu’il avait réprimés 3. Tout était rempli d'espions et de délateurs ; on faisait revivre d'anciennes offenses, on inventait des crimes imaginaires; on exagérait les transgreir sions les plus légères, et les délinquans étaient forcés de composer pour leur vie, en payant des , sommes exorbitantes. On altéra dans le même temps la monnaie courante 3 ; on donna A prix

1 Slrype. Il, 218, W*.—' Jpprnt!., il” Vit.

* L’altération des monnaies sous la réjjenee de Morton fut très ronsidéralde. Le titre et la finesse de la monnaie avaient été altérés par les derniers princes, mais Uis-

d’argent des privilèges pour des branches de commerce prohibé ; on imposa des taxes extraordinaires sur les commodités de la vie; enfin , on épuisa toutes les ressources de la finance ; tous les raffinemens de ce genre d'oppression dont les nations aussi peu policées que les Écossais l'étaient alors sont ordinairement affranchies. De toutes les vexations du régent, celles dont on se plaignit le plus hautement et avec le plus de raison furent ses injustices envers l'église. Le tiers des bénéfices assigné pour la subsistance du clergé avait toujours été payé lentement et avec peu d'exactitude aux collecteurs nommés par l'assemblée générale du clergé ; et (tendant les guerres civiles, on n'avait pu obtenir aucun paiement dans plusieurs endroits du royaume. Le régeut, sous prétexte de redresser ccs griefs et avec promesse d'assigner des honoraires & chaque ministre dans sa paroisse, extorqua du clergé le tiers de ce que la loi lui attribuait. Mais , au lieu de retirer aucun avantage de cette complaisance , on vit que le paiement devenait encore plus lent et moins exact. Un ministre ordinairement chargé du soin de quatre ou cinq paraisses recevait un salaire très modique; et l'avarice insatiable du régent absorbait le reste '.

la mort de Charles IX, arrivée pendant le tours de cette même année , fut une nouvelle infortune pour la reine d'Écosse. Henri III, successeur de Charles, n'avait point le même attachement pour Marie. La jalousie de Henri contre la maison de Guise, et la condescendance de ce prince pour la reine sa mère lui donnaient beaucoup d’éloignement pour les intérêts de la reine d'Écosse.

La mort du duc de Chalellerault peut encore être considérée comme une perte véritable pour Marie. Le parlement avait plusieurs fois déclaré le duc héritier présomptif de la couronne, ce qui lui avait donné une grande considération parmi ses concitoyens, et l'avait mis plus qu’au-

ration n'arait pan été fort considérable. Morton mêla un quart d'alliage sur chaque livre d'argent. Ku l'année l.r»81, toute la monnaie qu’il avait fait frapper fut décriée et retlree, pour être frappée de nouveau , et le litre de la monnaie fut remis à son ancien taux. (Raddiu., Prtf. d' A nder 5. , Diplom. , 74.

1 (Irawf., Mém.t 272. Spotew., 273. Cald., Il, 420,

cun autre en état de contre-balancer l'autorité du

régent.

l,es gardiens des marches d'Écosse et d'Angleterre étaient dans l'usage d’avoir entre eux des conférences en de certains temps. Une de ces entrevues fut un jour suivie d’une querelle fort vive, dans laquelle les Anglais eurent le désavantage. Quelques-uns furent tués sur la place, et le chevalier Jacques Forester, gardien des frontières, avec quelques gentilshommes qui l'accompagnaient, furent pris prisonniers; mais Élisabeth et le régent , touchés des avantages qui résultaient de la bonne intelligence établie entre les deux royaumes, prirent les mesures nécessaires pour empêcher qu’elle ne fût interrompue |>arcet accident, d'ailteurs peu considérable.

la tranquillité intérieure du royaume pensa être troublée par un autre événement. Les personnes élevées à la dignité d’évêques avaient de très faibles revenus et une autorité fort bornée; cependant le clergé, indisposé contre toutes les opérations du régent, qui s’était rendu odieux par ses procédés, commençait à concevoir de la jalousie contre l’ordre épiscopal. Le clergé savait que la corruption se glissait par degrés dans l’église, à l'appui des titres honorables et sous des prétextes de bienséance, et il craignait que de ces faibles comrocnccmens la hiérarchie ne reprit avec le temps son ancienne puissance et toute sa tyrannie. Celui qui le premier fit naître ces soupçons fut André Melvil, homme d'un mérite rare, d'une vaste érudition, et recommandable par l'austérité de ses meeurs et par son intrépidité; mais, élevé dans le fond d'une université, il ignorait entièrement la science du monde. Tout occupé de ses vues, il ne savait point faire le discernement des moyens les plus convenables pour les faire réussir, et souvent il détruisait ses meilleurs projets par son imprudence et son impétuosité. Il proposa dans l'assemblée du clergé cette question, savoir : Si l'office d’évêque, tel qu'il était «alors exercé « dans le royaume, était conforme à la parole de «Dieu? « Les tribunaux ecclésiastiques retentissaient alors de plaintes formées sans cesse contre les évêques. On les accusait de peu d'attention pour leurs devoirs, et la négligence de plusieurs d'entre eux n'était que trop connue. L'évéque tic Dunkeld, accusé d'avoir dissipé les revenus «le son bénéfice, fut condamné par l'assemblée. Le

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