‹ Œuvres completes de W. Robertson precedees d'une notice (volume 2)Chapitre 28 sur 116 · VIL · texte numérisé non relu

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chambre étoilée. U fut condamné à dix mille livres d’amende et à garder prison jusqu’à ce qu’il plût à la reine de lui rendre la liberté. Il y resta pendant plusieurs années , et ne reprit jamais depuis aucun degré de faveur et d’autorité. Les craintes et les jalousies d’Élisabeth avaient coûté la vie à la reine d’Écosse; le désir de pallier ce crime fit le malheur de Davison. Élisabeth , pour justifier sa conduite et se laver de ce forfait , ne se fit aucun scrupule de sacrifier l’honneur et la réputation de l’homme de son royaume le plus liabile et le plus vertueux *.

Cette espèce de farce ( car quel autre nom plus honnête pourrait-on donner â ces intrigues?) fournit cependant à Élisabeth des moyens apparens pour se justifier auprès du roi d'Écosse *. Jacques , â l’aspect du danger dont sa mère était menacée, avait ressenti toutes les peines et toutes les inquiétudes que la tendresse d’un fils peut inspirer. A la nouvelle de sa mort , il fut pénétré de douleur et transporté de rage. Ses sujets furent indignés de l'affront qu'on faisait au roi et â la nation. Élisabeth , pour les apaiser, dépêcha aussitôt en Écosse Robert Carey, un des enfans du lord Hunsdane, avec une lettre dans laquelle elle exprimait l’extrême affliction qu'elle ressentait de ce triste événement , si contraire â scs ordres et â ses intentions. Jacques ne voulut point permettre â l’envoyé anglais d’entrer en Écosse, et on eut bien de la peine à engager le roi à recevoir un mémoire qui lui fut envoyé de Berwick. Il contenait la fable inventée sur le compte de Davison , ornée de toutes les circonstances qui tendaient â justifier Élisabeth et â rejeter tout le blâme sur la précipitation et l’infidélité de ce ministre. Celte Excuse ne parut point satisfaisante et fut regardée comme une raillerie ajoutée â l’insulte. La plupart des nobles, ainsi que le roi d'Écosse, ne respiraient que la veugeance. Élisabeth était fort empressée de les apaiser, et elle ne manqua ni de moyens pour cela , ni d’instrumens pour les mettre en œuvre. Leicester écrivit au roi et Walsingham au secrétaire Maitland; ils représentaient que

■Camé., 536. Strype, 111,370.

1 Voyez dans l'Appendice qui luit, 0° u, les objections contre M. Davison dam l’affaire de la feue reine d'Écosse, la plupart concernant Ici rboiei qui te innt faitei : l°avant le jugement de la reine d'Éeoue a Éoiberingay,- 2° pendant celte leisioii ; 3° apn-s ladite icimou

Jacques s’exposait ,1 sa perte certaine , si , avec les seules forces de l’Écossc , il voulait attaquer un royaume d’une puissance bien supérieure; que l’histoire des siècles passés et la malheureuse expérience de sa mère devaient le convaincre que rien n’était plus dangereux et plus trompeur que d’élre dans la dépendance d’un secours étranger ; que le roi de France ne désirerait jamais de voir les royaumes de la Bretagne réunis sous un même monarque, et ne voudrait jamais contribuer à rassembler une puissance aussi formidable sur la tète d’un prince proche [tarent de la maison de Guise; que Philippe pourrait lui donner des secours plus réels, mais qu'il serait un allié bien plus dangereux , et que sous prétexte de l’assister, il chercherait à foire valoir des prétentions à la couronne d’Angleterre, qu’il avait déjà réclamées ouvertement ; que le même statut qui avait fait le fondement de la sentence de mort rendue contre Marie servirait à donner à son flls l'exclusion de la succession à la couronne d'Angleterre, et que les Anglais, qui redoutaient la domination d’un prince étranger, ne manqueraient pas de donner cette interprétation au statut , surtout s’ils étaient aigris par les hostilités; qu’Élisabeth était disposée à réparer les malheurs de la mère par sa tendresse et par son affection pour le fils, et que Jacques , en s'engageant dans une guerre inutile, perdrait ce noble héritage qu'il était assuré d'obtenir s’il cultivait l’amitié d'Élisabeth. Jacques, touché de ces représentations, convaincu de sa propre faiblesse, considérant la médiocrité de ses revenus, l'esprit séditieux de quelques nobles , la fidélité douteuse des autres , et d’ailleurs séduit par les artifices d'une faction entièrement dévouée à Élisabeth, se laissa enfin persuader que, dans les circonstances présentes, une guerre, quoique juste, avec l'Angleterre, serait absolument contraire aux règles d’une bonne conduite. Par ces considérations il jugea à propos d’étouffer son ressentiment , de paraître satisfait de la punition de Davison et de conserver les apparences de la bonne amitié avec la cour d’Angleterre *. Ce fut ainsi que se dissipa ce nuage épais qui paraissait annoncer une tempête. La mort de Marie n’eut pas d'autre suite que celle d’un criminel ordinaire ; aucun

t Spouur., Strype, lit, 357.

D’ÉCOSSK. 11587]

prince n’entreprit d’entirervengeance. Élisabeth en fut quitte pour la note d’infamie que méritait son indigne procédé, et elle ne fut d’ailleurs exposée pour ce forfait à aucun autre danger.

La mort de Marie ne fut fatale qu'à Gray, favori depuis quelque temps du roi d'Écosse, et qui fut perdu entièrement dans l’esprit de son maître. Il était déjà devenu odieux à la nation , ainsi que tous les favoris sans mérite , ordinairement présomptueux, et qui usent de leur autorité sans aucune discrétion. Ic n’ile de traître qu'il avait joué pendant sa dernière ambassade n'était plus un secret. Le roi, qui en fut à la fin instruit , ne pouvait revenir de son étonnement. Les courtisans s’aperçurent que Jacques prenait du dégoût pour son favori, et ses ennemis ne manquèrent pas de saisir ce moment. Le chevalier Guillaume Stuart cherchait depuis longtemps l’occasion de venger le capitaine Jacques Stuart , son frère , que Gray avait indignement trahi. 11 dénonça Gray à l'assemblée des nobles, et il l'accusa publiquement d'avoir contribué, par ses avis et par scs suggestions , à faire perdre la vie à la reine, et d’avoir même entretenu des correspondances avec des princes papistes, dans le dessein de renverser la religion établie dans le royaume. Gray, qui n'était plus soutenu par le roi, sans aucun autre appui, et tourmenté par le témoignage intérieur de sa conscience, se défendit faiblement. Il fut condamné à un bannissement perpétuel, punition bien douce par rapport à l'énormité de scs crimes. Mais le roi ne voulut point livrer à toute la rigueur de la justice un homme qu'il avait élevé à un si haut degré de faveur. Le lord Hamilton , proche parent de Gray, intercéda pour lui, et d'autres nobles qui venaient d'être rappelés de leur exil voulurent lui donner des marques de leur reconnaissance du zèle avec lequel il les avait servis.

Le capitaine Jacques Stuart, après être ainsi venu à bout de perdre un de ses ennemis, crut l’occasion favorable pour se défaire de tous les autres. 11 attaqua le secrétaire Maitland, également redoutable par l’étendue de ses connaissances, et par l’inimitié implacable qu’il lui avait jurée. 11 offrit de prouver que Maitland n'avait pas eu moins de part que Gray à la mort de la reine, et qu’il avait même formé le complot de livrer la personne du roi entre les mains de*

Anglais. Mais le temps et l'absence avaient effacé heureusement les suites de cette réconciliation

dans le coeur du roi l'affection qu’il avait eue solennelle ne répondirent ni aux bonnes in-

pour un favori qui lui avait d’ailleurs rendu de tentions du roi ni aux vœux empressés de la

faibles services. Tous les courtisans se réunirent nation.

contre leur ennemi commun. Stuart , au lieu de Les premières délibérations du parlement réussir dans son entreprise, eut la mortification { eurent pour objet la sûreté de la religion prodevoir donner l’office de chancelier A. Maitland, testante. Toutes les lois passées depuis la ré-

qui joignit à cette dignité tout le crédit et tout formation, en faveur de cette religion, furent le pouvoir d’un premier ministre. ratifiées. On en fit de nouvelles et de très sé-

II se tint cette année une assemblée du clergé, vères contre les jésuites et les missionnaires, qui,

dans laquelle on vit régner la même haine contre par leur activité et par leur industrie , faisaient

l'ordre des évêques, les mêmes jalousies et les alors beaucoup de prosélytes en Écosse. Deux

mêmes appréhensions de ses entreprises. Mais actes de ce parlement méritent une attention et

comme le roi était parvenu à sa majorité, et qu i un détail particuliers par rapport aux événe-

cette occasion le parlement fut convoqué, le mens auxquels ils donnèrent occasion,

clergé se contenta de nommer quelques per- L'un regardait les terres de l'église. Les resonnes de son corps pour représenter ces griefs venus publics n'étaient point suffisans pour

à cette auguste assemblée, sur laquelle il fondait défrayer le roi des charges ordinaires L'admises plus grandes espérances. nistralion du gouvernement devenait plus com-

Avant que le parlement s'assemblât, Jacques pliquée, et engageait à de plus grandes dépenses,

forma un projet véritablement digne d'un roi. Les Jacques était naturellement prodigue, et n’avait

inimitiés irréconciliables qui subsistaient entre aucune idée de l'économie. Par toutes ces consi-

la plupart des grandes familles, et qui se trans- dérations il était nécessaire de procurer au roi

mettaient de générations en générations, dimi- des fonds proportionnés à ses besoins. On ne

nuaient considérablement les forces de l'état , pouvait |>as lever des sommes considérables sur

contribuaient plus que tout à entretenir parmi les communes qui n’avaient pas les ressources

les nobles l'esprit de barbarie et de férocité, et d'un commerce fort étendu. Les nobles n'étaient

enfantaient des catastrophes également funestes point accoutumés à supporter des impositions

aux nobles et à la patrie. Le roi, après avoir pré- trop fortes. Les revenus de l’église étaient la

paré l'exécution de son dessein par quelques seule source où l’on pût puiser les secours néces-

négociations, invita tous les nobles qui avaient saires. Malgrélesdéprédalionsdeslaïques depuis

entre eux de ces sortes de querelles héréditaires, la réfdrmation , malgré tous les expédiens qu’ils

à se trouver à un festin royal dans le palais avaient inventés pour s'emparer des biens de

d’Holyroodhousc. Il parla aux uns avec auto- l’église, il en restait toujours une portion con-

rité, il employa les prières auprès de quelques sidérable qui n’avait point été aliénée, et qui

autres, et luus lui promirent d'ensevelir leurs était entre les mains des évêques possesseurs des

démêlés dans un éternel oubli. De là il les con- bénéfices, ou bien en celles de quelques laïques à

duisit en procession dans les rues d'Edimbourg, quj 0n les avait donnés à temps seulement et par

marchant deux à deux , et chacun tenant par la forme de gratification. On fit dans ce parlement

main son ennemi. Ils trouvèrent à la croix pu- une loi générale 1 qui réunissait toutes ces

blique une superbe collation composée de con- terres à la couronne, et qui autorisait le roi à en

fiturcs et de vins de toute espèce. Ils burent appliquer les revenus à son usage particulier,

tous à la santé les uns des autres, et ils se don- On en réserva seulement le dixième pour l’en-

nèrent réciproquement des marques de l'oubli [retien de ceux qui desservaient les cures et

de toutes les injures et de l'amitié la plus cons- autres bénéfices à charge d'âmes, et le principal

tante. Le peuple, frappé de ce spectacle nou- manoir avec quelques arpens de terre leur furent

veau, conçut les plus vives espérances de voir assignés par forme de glèbe *, pour établir le

enfin l'union et la tranquillité rétablies dans

toutes les parties du royaume, et marqua sa sa- i par|., ||, Jacq. VI, C. 29 — ’ On appelle alun en lisfarlion jwr des acclamations redoublées. Mal- Angleterre te terrain qui dépend d une cure.

Googl

lieu de leur résidence. U serait naturel de penser qu'un accroissement de possessions aussi considérable devait étendre infiniment la puissance et l'autorité du roi, et resserrer dans la même proportion le crédit et les influences des nobles. Cependant on vit ce nouvel arrangement produire des effets bien différens. Presque toutes les donations de biens d'église antérieures à cette loi y furent confirmées ; et des titres qui étaient auparavant regardés comme précaires, furent revêtus de l’autorité du parlement , et prirent force de loi. Le roi fut aussi autorisé à faire, pendant un certain temps limité, de nouvelles aliénations. Mais Jacques était d'un caractère facile, toujours prêt à céder aux importunités de ses serviteurs, et à leur accorder les demandes les plus extravagantes. H ne cessa de distribuer aux nobles des concessions de cette espèce non - seulement dans le temps qui lui était prescrit , mais même pendant tout le cours de son règne , et le parlement était continuellement occupé à ratifier ces nouveaux dons. La couronne retira ainsi fort peu d’avantages de ce qui devait en apparence faire une augmentation considérable à ses revenus. Toute la rigueur de cette loi tomba sur l’ordre des évêques. Mais dans ces conjonctures, le roi et ses ministres ne s’embarrassèrent pas beaucoup de ménager des gens odieux au peuple et persécutés par le clergé, leurs ennemis favorisèrent cette loi et s'employèrent avec chaleur pour la faire passer. L'espérance de partager de si riches dépouilles entraîna le consentement de tous les partis; et après avoir franchi un pas aussi décisif, et qni renversait les possessions et l’autorité du haut clergé, il ne fut pas difficile d'introduire les changemcns qu’on vit arriver bientôt après dans le gouvernement de l’église.

Les cbangemens occas innés dans le gouvernement civil par l’autre statnt ne furent pas moins remarquables. Suivant le système féodal , chaque libre-tenancier ou vassal de la couronne avait le droit d’assister en personne au parlement. Ces libres -tenanciers étaient anciennement en petit nombre, mais ils avaient des possessions fort étendues. Par succession de temps, ces vastes possessions furent divisées ou par des partages de famille entre les propriétaires, on par l'autorité du prince, ou par d’autres accideus. Le nombre des vassaux augmenta , et leurs

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