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accordait alors ouvertement sa protection. Elle leur avait envoyé un gros corpsde trou[H-s ; elle leur avait donné le comte de Leiccster pour commander leurs armées ; elle avait la plus grande influence dans le gouvernement civil de la république, qui lui avait remis ses principales forteresses. Les flottes d'Élisabeth avaient insulté les côtes d’Espagne, avaient intercepté les galions des Indes occidentales , et elles en avaient menace les colonies. Philippe, irrité par tant d’injures, attiré par des vurs d'ambition, animé par le zèle superstitieux de la propagation de la foi romaine, entreprit non-seulement d’envahir l’Angleterre, mais même de conquérir ce royaume auquel il prétendait avoir un double droit, tant comme descendant de la maison de Lancastrc qu’en vertu de la donation du pape Pie V.
Élisabeth aperçut sans s’émouvoir les approches du danger , et elle fit avec un courage intrépide tous les préparatifs nécessaires pour le repousser. Elle délibéra sur les mesures convenables pour mettre' le royaume en état de défense, et elle les suivit avec cette sagesse et cette vigueur qui, pendant tout le cours de son règne, ont caractérisé son administration. Son premier soin fut de s’assurer de l’amitié du roi d’Ecosse. Elle avait traité sa mère avec une rigueur inouïe entre des princes ; elle lui avait montré souvent de la dureté et même du mépris. Jacques avait jusqu'alors, par prudence, étouffe tous scs ressentimens, mais Élisabeth pouvait croire qu'ils n'étaient pas entièrement éteints. Si dans ces conjonctures ils venaient â se rallumer , ils pouvaient éclater avec plus de violence , et porter â la reine un coup fatal. Philippe , qui apercevait combien une alliance avec l'Êcosse lui serait avantageuse, et les facilités qu’elle lui donnerait pour son entreprise, recherchait avec beaucoup de soin l'amitié du roi d’Écosse II l'exhortait â venger les malheurs de sa mère; il le flattait de l’espérance de partager avec lui ses conquêtes, et il lui offrait l'infante Isabelle, sa fille, en mariage. Dans le mèmetemps l’Êcosse était inondée de prêtres émissaires de l’Espagne , qui convertirent quelques nobles au papisme , et qui en corrompirent d'autres par des promesses et par des présens. Iluntly, Errol, Crawford, furent les chefs d’une faction qui se déclara ouvertement pour l'Espagne. Le lord
Maxwell, arrivant de la cour de Madrid , commença à rassembler ses vassaux, et prit les armes pour se tenir prêt i joindre les Espagnols à leur descente. Élisabeth, pour contre-balancer ces menées, faisait au roi d'Écosse les plus grandes protestations d'amitié Asliby, ambassadeur anglais , entretenait Jacques des plus magnifiques promesses, des plus belles espérances. Il l'assurait que son droit à la couronne d'Angleterre serait publiquement reconnu dans ce royaume; qu’il serait fait duc en Angleterre; qu'on lui donnerait quelque part dans l’administration du gouvernement , et qu'il recevrait tous les ans une somme considérable par forme de pension. Jacques, selon toutes les apparences, connaissait trop bien le caractère d’Élisabeth pour avoir une entière confiance en ses promesses; mais il connut ses propres intérêts, et il agit en conséquence avec beaucoup de fermeté. Il vit le danger de l'alliance avec l’Espagne, et il la rejeta. U refusa de donner audience à un nonce du pape. Il fit arrêter le colonel Scmple, agent du prince de Parme. Il chassa du royaume plusieurs prêtres qui y faisaient le commerce. Il marcha précipitamment à Dumfries, il dispersa les vassaux de Maxwel , et il le prit lui-même prisonnier. Il déclara dans une assemblée extraordinaire des nobles , la résolution où il était de maintenir inviolablcment la ligue avec l'Angleterre , et sans écouter les désirs de vengeance qu'on voulait lui suggérer, il se détermina à agir de concert avec Élisabeth contre l’ennemi commun de la religion protestante. II mit le royaume en état de défense , et il leva des troupes pour s'opposer à la descente des Espagnols1. Il offrit d’envoyer une armée au secours d'Élisabeth , et il dit à l’ambassadeur d’Angleterre qu’il n'attendait aucune autre faveur du roi d’Espagne que celle que Polyphème accorda â Ulysse, de le manger le dernier lorsqu'il aurait dévoré ses compagnons.
Le zèle du peuple en cette occasion ne fut pas moins ardent que celui du roi. On était menacé d'un danger très éminent . on chercha des moyens extraordinaires pour le prévenir et pour assurer la tranquillité. On forma une ligue pour le maintien de la véritable religion, pour la défense delà personne du roi et du gouvernement,
1 Camd., 5il. .lultnsl 130. Spottw. , 300.
et pour s'opposer à tous les ennemis étrangers et domestiques. L'acte d'association contenait une profession de foi de la religion protestante, une abjuration particulière des erreurs du papisme, et les promesses les plus solennelles, an nom et avec la grâce de Dieu, d’employer les derniers efforts pour soutenir la religion réiormée , et pour combattre la religion romaine le roi , les nobles , le clergé et le peuple , signèrent cette association avec le plus grand empressement. Une confédération de cette espèce pourrait aujourd'hui paraître une chose rare et singulière. Mais alors plusieurs circonstances contribuaient â la rendre recommandable , et res sortes d’idées étaient d'ailleurs familières aux Écossais. Les Israélites , dans des cas extraordinaires, lorsque la nation était menacée de quelques grands dangers , se liguaient entre eux par une confédération solennelle pour le soutien de cette religion qu'ils tenaient immédiatement du Tout - Puissant. Les Écossais faisaient gloircde suivre un usage qu’ils regardaient comme consacré par l'exemple du peuple de Dieu. De plus , dans ce siècle, on ne formait en Écosse aucune entreprise considérable sans faire une ligue de défense mutuelle , que tous les intéressés regardaient comme nécessaire pour leur sûreté. La forme de ces confédérations , pour le fait de la religion , était modelée entièrement sur celles qui avaient pour objet des intérêts politiques, et dont on avait une infinité d'exemples. Les articles, les stipulations, le style même, étaient . dans les unes et dans les autres, exactement semblables. Presque tous les princes papistes les plus puissans s'étaient ligués pour extirper la religion réformée : rien n’était plus naturel, rien ne paraissait plus efficace qu'une contre-association pour arrêter les progrès de celte formidable conspiration. Telle fiit l'origine de ce fameux Covenant, si célèbre dans l'histoire. Il fut renouvelé en différens temps sous le règne de Jacques 2. Ou le fil revivre avec beaucoup de solennité en l'année 1638 , mais avec des changemens considérables. Il fut adopté par les Anglais eu 1643, cl soutenu dans les deux royaumes par les autorités civile et ecclésiastique. Quant aux vues politiques auxquelles.
1 Duntop’s entier!, of Confess., vo'. U, 108.
* raid., IV, 139.
on le fit servir, aux mesures violentes et si contraires aux constitutions qui furent alors employées pour accréditer et fortifierce Covenant, n'en treprendrai point d'en porter mon jugement. Mais je crois pouvoir prononcer que lors de son premier établissement, il était justifié par les circonstances, que ce procédé était louable, qu’il était fondé sur les règles de la prudence, et qu’il n’y avait point de voie plus assurée pour la défense de la religion et des privilèges de la nation. Au reste les termes dans lesquels il fin conçu n’étaient que les expressions des gens alarmés à la vue du papisme , et menacés d’une invasion prochaine de la part du prince de l’Europe le plus puissant et le plus superstitieux.
Le désir ardent que Philippe avait conçu de conquérir l'Angleterre ne lui donna pas néanmoins toute la vigueur et toute l’activité nécessaires pour assurer le succès de cette entreprise importante. Sa flotte, qui devait être sortie au mois d’avril, n'entra dans le canal de la Manche qu’à la roi-juillet. Elle louvoya pendant plusieurs jours le long des côtes, en attendant la jonction du prince de Panne, qui, de son côté, était bloqué dans les ports de Flandre par une escadre hollandaise. Cependant les Espagnols éprouvèrent une suite de désastres-, des tempêtes continuelles , des combats malheureux parurent concourir avec leur mauvaise conduite pour déconcerter leur entreprise. La Providence parut veiller avec un soin particuliers la conservation de la religion protestante et de la liberté de la Bretagne, la valeur anglaise dispersaet détruisit cette flotte A laquelle on avait donné insolemment le nom d'invincible. Les ennemis . chassés des mers d'Angleterre, furent obligés de reprendre la route d’Espagne, en tournant l’Êcosse et l’Irlande. Plusicursde leurs vaisseaux firent naufrage sur ces côtes dangereuses, et qui leur étaient inconnues. Jacques tenait ses sujets armés , pour observer les mouvemens des Espagnols et les empêcher de prendre terre en Écosse et d’y commettre des hostilités. Cependant il reçut avec humanité sept cents Espagnols qui y furent jetés par la tempête; il leur fit donner tous les secours qui leur étaient nécessaires, et il leur permit de s’en retourner dans leur pays.
Après la retraite des Espagnols , Élisabeth envoya un ambassadeur au roi d’Écosee pour le féliciter et le complimenter sur la grandeur
d'âme et la fermeté dont il avait donné des preuves dans des conjonctures aussi dangereuses; mais il ne fut fait aucune mention des promesses d’Ashby. Ce ministre fut même accusé d’avoir excédé ses pouvoirs en faisant des offres aussi étendues; et soit qu’il se sentit coupable , soit qu'il ne pût soutenir la honte d’être désavoué par sa cour, il partit précipitamment d’Écosse et sans prendre congé *.
Philippe, convaincu par une fatale expérience que le projet qu'it avait formé de conquérir l’Angleterre par mer était une entreprise téméraire, et qu'une flotte équipée à une si grande distance était, dans toutes ses opérât ions, sujette à des délais, â une infinité de périls, à l'inconstance des flots et des vents , résolut de former un autre plan d’attaque, et de suivre celui que les princes lorrains avaient tracé depuis si longtemps, d'envahir l'Angleterre par l’Écosse. Il imagina qu’un corps de scs troupes pouvait facilement être transporté en Écosse par les Pays-Bas , et que s'il pouvait mettre le pied dans ce royaume et s’y procurerquelque secours, il trouverait les frontières de l’Angleterre ouvertes et sans défense , et qu'un grand nombre de catholiques romains , habitant les comtés du nord, l’y recevraient à bras ouverts , pendant qu'on menacerait d’une descente sur les côtes méridionales de l'Angleterre , pour diviser les forces de ce royaume, pour mettre le trouble dans ses conseils, et pour jeter cet état dans de terribles convulsions. Pour préparer les voies et faire toutes les dispositions nécessaires i l’exécution de ce dessein, il fit remettre une somme d’3rgeut considérable â Bruce, prêtre d'un séminaired’Écosse, et il lechargca, conjointement avec May, Creighton et Tyrie, jésuites écossais , de gagner et de mettre dans ses intérêts le plus de personnes de distinct ion qu'il leur serait possible, la: zèle outré pour le papisme, et les insinuations artificieuses de ces émissaires , entraînèrent plusieurs nobles dans le parti de l’Espagne , et les engagèrent â favoriser des mesures qui tendaient si visiblement à la destruction de leur pays. Huntly , â qui le roi venait de faire épouser la fille du duc de Lrnnox , son favori , persévérait néanmoins dans son zèle ardent pour la religion romaine. Crawford et Errol avaient
’ Johusl.,131. Cjiiid., 3J8.
la ferveur des nouveaux convertis. Ils entrèrent tous en correspondance avec le prince de l’arme, et daus les lettres qu'ils lui écrivaient, ils offraient leurs services au roi d'Espagne ; ils s'engageaient à le rendre maître de l'Écosse , moyennant un secours de six mille hommes , et à faire armer leurs vassaux en assez grand nombre pour le mettre en état d'entrer en Anglcterreavec unearmée nombreuse. FrançoisSluarl, petit-fils de Jacques V , et que le roi avait créé comte de Bothwell , sans être poussé par aucun motif de religion, et étant au contraire toujours fortement attaché il la communion protestante , fut entraîné dans le complot , et s'engagea dans cette correspondance criminelle par un pur caprice et par ses inquiétudes naturelles.
Toutes les lettres des conjurés furent interceptées en Angleterre. Élisabeth, alarmée du danger qui menaçait son royaume, envoya aussitôt faire des reproches au roi d’ Écosse de la douceur avec laquelle il traitait le parti papiste, et elle l’exhorta à employer la sévérité convenable pour réprimer cette formidable conspiration. Jacques était fermement attaclié à la religion protestante , il était même versé dans les matières de controverse, il avait étudié à fond les points qui divisent les réformés d’avcc l'église de Rome; dans les premiers temps de sa jeunesse, il avait composé un ouvrage sur les révélations, où il s'était attaché à prouver que le pape était I'antechrist. Mais pour ce qui concernait le traitement des catholiques romains en Écosse , ce prince avait dés lors adopté des maximes auxquelles il resta attaché pendant tout le cours de sa vie. Les catholiques romains formaient alors en Angleterre un parti puissant et toujours en action; ils n'étaient guère moins formidables en Écosse. Le pape et le roi d'Espagne étaient toujours disposés à prendre part à leurs intrigues, et à seconder les efforts de leur zèle fanatique. Si un corps aussi puissant venait à traverser les prétentions de Jacques à la couronne d’Angleterre , cette opposition, jointe à l'aversion naturelle des Anglais pour toute domination étrangère , pouvait jeter le roi dans de grands embarras. Pour les prévenir , Jacques jugeait qu’il était plus ô propos d'adoucir les catholiques romains que de les irriter; et il espérait de les réconcilier avec l'idée de son avènement au trône d'Angleterre . en leur faisant envisager les
espérances d'étre traités avec plus d'humanité, et d'obtenir quelque adoucissement aux lois pénales qui s’exerçaient alors contre eux avec tant de rigueur Ce projet de gagner un parti par des promesses et par des actes de clémence , pendant qu'il adliérait avec tout l'entêtement d'un conlroversisle aux dogmes et aux opinions de l'autre parti, donnait à la conduite du roi sur ce point, un air de mystère et même une apparence de contradiction. Les papistes , dans cette confiance que le désir d'envahir l’autorité peut inspirer à une secte ambitieuse , croyaient déjà que le roi dans le cœur leur était tout dévoué. Les protestans, livrés aux craintes naturelles à ceux qui sont en possession, regardaient tous les actes de clémence du roi envers les catholiques romains, comme autant de marques d'indifférence pour le parti protestant, et même comme des symptômes d'apostasie. Jacques, pour se rendre agréable aux uns et aux autres, se livrait souvent à cette dissimulation qu'il regardait comme une partie essentielle de l'art de régner.
La conduite du roi d'Écosse fut dans celle occasion entièrement conforme à ces maximes générales qu'il avait adoptées. Malgré 1rs sollicitations de la reine d'Angleterre , soutenues par les vives remontrances du clergé écossais, Huntly et ses associés en furent quittes pour garder prison pendant un temps très court. Le roi ne leur imposa pas d’autre punition : mais il eut bientôt sujet de se repentir de cet acte de clémence incompatible avec la dignité du gouvernement. Le premier usage que les conjurés firent de leur liberté fut de rassembler leurs vassaux , de publier qu’ils voulaient éloigner des conseils de Jacques et de sa présence le chancelier Maitland, ministre habile, mais partisan zélé des intérêts de l'Angleterre. Sous ce prétexte , leur dessein était de se saisir de la personne du roi. Ce projet audacieux fut déconcerté, tant par la vigilance de Maitland que par la mauvaise conduite des conjurés. Forcés de se retirer dans les parties du nord , ils y levèrent ouvertement l'étendard de la rébellion. Mais comme le gouvernement du roi était assez populaire et que ses ministres ne s’étaient point rendus odieux . les vassaux des conjurés furent long-temps ô se rassembler,et montrèrent assez d’indifférence pour cette entreprise. Le roi marcha contre eux en
personne avec les forces qu’il put rassembler à la hâte. Les conjuras , bien supérieurs en nombre , mais peu assurés de la fidélité de ceux qui les suivaient, n'osèrent risquer la bataille, laissèrent disperser leurs troupes , et vinrent se jeter aux pieds du roi, et se remettre à sa miséricorde. On fit publiquement le procès â Huntly, à Krrol, à Crawford et à Bothwell. Il fut aisé de prouver qu'ils étaient coupables d’actes répétés de trahison. Cependant le roi ne permit point qu’on prononçât contre eux aucune sentence; et après les avoir tenus en prison pendant quelques mois , il leur rendit la liberté à l'occasion des foies et des réjouissances qui se firent aux approches de son mariage *.
Jacques était le seul descendant en droite ligne des anciens monarques d’Écossc : l’espérance de réunir les deux couronnes d’Angleterre et d'Ecosse était fondée sur lui seul, et mourait avec lui : le comte d’Arran , héritier présomptif du trône, était en démence : par toutes ces considérations, le mariagedu roi était un événement attendu avec impatience et désiré ardemment par la nation. Le roi lui-même le souhaitait avec un égal empressement ; et il avait déjà fait quelques ouvertures pour demander la fille aînée de Frédéric 11 , roi de Danemark ; mais Élisabeth, jalouse de tout ce qui pouvait rendre l'avéncment de la maison de Stuart au trône d’Angleterre plus agréable à la nation anglaise, cherchait à traverser les desseins de Jacques, ainsi qu’elle avait fait en pareil cas par rapport à la reine Marie, et employait toutes sortes d’artifices pour empêcher ou retarder le mariage duroi. Les ministres de Jacques , gagnés par des présens et par des promesses, secondaient les intentions d’Élisabeth , et plusieurs ambassadeurs, envoyés d'Écosse en Danemark, avaient montré des pouvoirs si limités , ou bien avait insisté sur des demandes si extravagantes, que Frédéric ne pouvait pas croire que la demande du roi d’Écosse fût sérieuse , et que, soupçonnant qu’on avait dessein de l’amuser ou de le tromper, il donna sa fille au duc de Brunswick. Jacques ne se laissa point déconcerter par ce mauvais succès qu’il attribuait aux manoeuvres de ses ministres, et il adressa ses vœux à la princesse Anne, seconde fille de Frédéric. Élisabeth essaya de détourner Jacques
* Spotavr. , 373. Cald., IV. 103.
de ce mariage, en Itti proposant Githerine, sœur du roi de Navarre, comme un parti bien plus avantageux : elle gagna même le conseil privé d’Écosse, qui sc déclara contre l’alliance avec le Danemark; mais le roi persista dans son choix , et , désespérant de vaincre l’opiniâtreté de ses ministres en aucune autre manière , il encouragea secrètement les citoyens d’Édimbourg à prendre les armes. Ils menacèrent de mettre en pièces le chancelier, qu’ils accusaient d’être celui qui jusqu'alors avait . par ses artifices , déconcerté les mesures du roi et les espérances des peuples. Le grand-maréchal fut ensuite envoyé en Danemark , i la tète d’une pompeuse ambassade, et muni de pouvoirs et d'instructions très amples, écrits de la propre main du roi. Les articles du mariage furent bientôt arrêtés , et la jeune reine fit voile pour l’Écosse. Jacques fit de grands préparatifs pour la recevoir, et attendait son arrivée avec toute l’impatience que peu donner l’amour, lorsqu’il reçut la fâcheuse nouvelle qu’une tempête violente avait poussé sa flotte sur les côtes de Norwége , et qu’elle était tellement délabrée, qu’il y avait peu d’apparence qu’elle pût se mettre en mer avant le printemps. Le roi fut vivement touché de ce contre-temps imprévu. Il fit aussitôt équiper quelques vaisseaux , et sans rien communiquer de ses intentions à ceux de son conseil , il s'embarqua , accompagné du chancelier, de quelques nobles , et d’une suite de trois cents personnes , pour aller lui-même chercher la princesse son épouse. Il arriva heureusement au petit port près d'Opso1, oû la nouvelle reine était alors, et le mariage y fut célébré. Comme il aurait été imprudent de se fier pendant l’hiver à ces mers orageuses, Jacques accepta l’invitation de la cour de Danemark, et se rendit à Copenhague, où il passa quelques mois au milieu des fêtes et des divertissemens continuels auxquels il prit , ainsi que la reine , un plaisir singulier *.
Cette saillie imprévue de Jacques est un des événemens de son règne qui parait le plus opposé à son caractère. Charles Ier, son fils, princené avec un cœur tendre, avec du goût et de la délicatesse,
1 Vîllede la Norwéfje, appelée auMi Anulo. Analovoet Chrisliana : ce dernier nom lui a été donne lorsque apres un incendie, elle fut rebâtie en !61â par Christian IV, rot de Danemark.
* Melr., 342. Spoltw.,377.
était capable de cette excessive admiration , de cet emportement pour le beau sexe. Jacques, qui avait toujours marqué beaucoup de mépris pour les femme» , né sans goût , sans politesse, et livré entièrement à uce érudition pédantesque , ne paraissait point capable de ce raffinement de galanterie; mais il fut piqué des obstacles qu'il rencontra dans l’exécution de son projet. Il était principalement occupé des avantages politiques qu'il comptait retirer de ce mariage. 11 pensa qu'un délai pourrait fournir à ses ministres et à la reine d’Angleterre l’occasion de tramer de nouvelles intrigues; il prit tout d’un coup la résolution de les prévenir , en entrepre-
nant un voyage qui, dans son idée, ne devait être que de quelques semaines. La nation applaudit à sa conduite , cl parut charmée d'apercevoir dans un jeune prince ces apparences d'un transport amoureux. Pendant une absence prolongée bien au-dela du terme qu’il s'était proposé , les nobles, le clergé et le peuple se disputèrent à l'cnvi à qui lui donnerait le plus de marques de fidélité et d'obéissance ; cette époque du règne de Jacques fut plus remarquable qu’aucune autre pour la tranquillité. On ne vit point alors dans le royaume ces troubles, ces factions , ces soulèvemens subits dont il fut tant de fois agité.