‹ Œuvres completes de W. Robertson precedees d'une notice (volume 2)Chapitre 37 sur 116 · K° VI · texte numérisé non relu

K° VI

Lettre de la reine Émsabeto à la reine Maris.

A la très excellente , très haute et puissante princesse , notre chère et bien-aintée sœur et cousine ta reine d'Ecosse.

Très excellente, très haute et puissante princesse, notre très chère et bien -aimée sœur et cousine , salut. Le lord Saint -Lomé nous a apporté vos lettres , datées du 8 de ce mois à Abbeville, par lesquelles vous nous déclarez que bien que par la réponse qui vous a été remise par M. Doyzell, vous puissiez avoir lieu de douter en quelque manière de notre amitié ; cependant , après une certaine conversation que vous avez eue avec notre ambassadeur, vous voulez nous assurer de l'intention nu vous êtes de vivre avec nous en bonne amitié ; et à cet effet , vous nous demandez d'ajouter foi à ce que ledit Saint -Côme nous dira de votre parL Nous avons en conséquence jugé à propos de vous répondre ainsi qu’il s'ensuit. Le même Saini-Côme nous a aussi fait une déclaration de votre part pour vous excuser de ratifier le traité, ainsi que vous l’aviez déclaré vous-même à notre ambassadeur, et nous lui avons répondu sommairement sur tous les points, ainsi qu’il a pu vous le faire voir; et s’il ne l’avait pas fait , de peur que cependant vous ne soyez disposée à croire que nous avons été satisfaite de vos raisons , nous vous déclarons absolument que votre réponse à noire demande ne peut point du tout être, par nous, regardée comme une chose satisfaisante. Car ce u'est point un bienfait que nous vous demandons , mais que vous exécutiez la promesse que vous avez faite , à laquelle vous vous êtes engagée par l’apposition de votre sceau et de votre signature, et nous ne voyons point que vous puissiez donner de bonnes raisons pour excuser ce refus ; et nous ue vous demandons poiut autre chose que ce qu'il

est en votre pouToir de faire, comme reine d’Écosse, ce que vous-même avez avoué par vos paroles et par vos discours ; ce que les ambassadeurs de votre défunt mari , notre bon frère , et vous , avez conclu ; ce qui a été communiqué à vos nobles cl à votre peuple , ce qui mettra réellement la paix et la tranquillité entre nous ; et sans quoi une amitié parfaite ne peut pas subsister entre nous : ce que nous ne doutons pas que vous n’aperceviez si vous examinez la chose sans partialité, et qu'en conséquence vous ne le fassiez et accomplissiez. Néanmoins , apercevant, parla relation du porteur, quaussitùt que vousscrcz arrivée chez vous, votre inieutiou est deprendre sur ce l’avis de votre conseil dtcone, nous voulons bien suspendre toute idée de malveillance de notre part , et nous vous assurons que nous sommes dans la terme résolution, aussitôt que ceci sera accompli, de nous lier avec vous de l'amitié la plus étroite , de vivre avec vous en bons voisins , aussi tranquillement, aussi amicalement, et même aussi fermement unis par les senti mens du cœur que nous le sonunps par les liens du sauf; et de la nature; et nous sommes sur ce point tellement déterminée, que si le contraire arrivait, ce qu’à Dieu ne plaise, tout le monde pourra voir que cela viendrait de vous et nou pas de nous. L’histoire nous fournit l'exemple d’une pareille chose de la part du roi votre père, notre oncle, avec lequel notre père cherchait & lier une uuion perpétuelle en l’invitant à venir à Yorck , dans ce royaume Ce fait est , je crois , également connu de nous et de vous. Nous avous encore plusieurs témoins des bonnes intentions de notre père, et de la faute en laquelle votre père fut entraîné par de mauvais conseils. ' F.iitin , comine il nous parait qu’un vous a rapporté que nous avions envoyé notre amiral en mer avec notre flotte pour empêcher votre passage, vos serviteurs peu ven? bien savoir à quel point cela est faux , sachant que dans le vrai nous n’avons dans ce* mers que deux ou trois pe tiies barques pour prendre certaios pirates qui rédenL dans ces parafes ; y ayant été engagée et presque forcée par les plaintes que l'ambassadeur de notre bon frère le roi d'Espagne nous a portées de certains Écossais , qui , sous prétexte de lettres de marque , infestaient nos mers et y exerçaient la piraterie : ce que nous vous demandons aussi très sérieusement de prendre en considération , lorsque vous serez arrivée en votre royaume , et cela , eu égard à ce qui doit être observé entre votre royaume et nos pays, ceux de France, ceux d'Espagne et ceux de la maison de Bourgogne. Et sur ce, très excellente , très haute et puissante princesse, nous nous recommandons à vous, et vous prions très sérieusement de ne point négliger nos offres d’une amitié intime et fraternelle, que nous sommes, devant Dieu , dans l’intention de cimenter et d'entretenir. Donné, sous notre sceau privé, ce IG août, la troisième armée de notre règne.

n° vu.

Lettre de Ranooi ph a sa grandeur le chevalier Gi.illacuc Ckcil , chevalier, premier secrétaire de sa majesté la renie.

Depuis ma dernière jusqu'à l’arrivée de !V!. La Croche je n’ai rien eu qui méritât d'être mandé à votre grandeur. Avant sa venue nous avons eu si peu de choses qui méritassent attention, que nous avons passé

tout notre temps en fêles, en. festins, mascarades, courses de bagues, et autres choses pareilles. Croch a apporté un si grand uombre de lettres , une telle abondance de nouvelles, que pendant (rois jours nous n’avons fait que lire des écrits et entendre des contes, et la plupart si fidèlement rendus, qu'on peut les comparer à tout ce que Lucien a écrit de Feris narrai U) ni bus. Parmi toutes ces nouvelles, ce qui est le plus certain, et que je mande à votre grandeur comme mi fait indubitable, c est que le cardinal de lorraine, étant chez l’empereur, a parlé du mariage entre le duc d'Autriche, le plus jeune des fils de l'empereur, et la reine d’Ecosse. Le cardinal a si bien manœuvré, qu'il en est déjà venu à ce point, que si la reiue approuve la chose, le duc enverra sur-le-champ son ambassadeur , et procédera à la consommation de celte affaire avec toute la diligence possible. Et pour que les intentions de la rciuc soient mieux connues, La Croch est envoyé vent elle de la part du cardinal , qui a promis à l'empereur d'avoir la réponse avant la fin de mai. La Croch, par cette raison, se tient prêt à partir, et on écrit ses dépêches jour et nuit. La reine, avertie d’avance des dispositions du duc d'Autriche , a cherché de loin à connaître le sentiment de milord de Murray sur cette affaire ; mais elle n’a jamais été traitée ouvertement avec lui et de manière à lui faire connaître ce qu'elle pense et quelles sont ses inclinations. Elle n'a pris conseil de personne, que de cet homme qui est arrivé dernièrement. 11 est certain que jusqu’au retour de lord Lidingtou, elle fera ce qu’elle pourra pour garder le secret; et comme en l'absence de ce lord on ne peut pas prendre de résolution sur ce point , elle renverra cependant La Croch avec une demande pour avoir plus de temps pour délibérer. Ensuite elle se propose déierininément de donner avis de se# intentions ail cardinal son oncle. Cette affaire a été communiquée au lord Lidington. Je ne sais point si cette communication s’est faite par des intelligences avant son départ pour la France ou depuis son arrivée en ce royaume. La reine et lui se sont écrit plusieurs lettres. Les moins importantes ont été montrées à quelques personnes. Ce qui était en chiffre est resté entre eux deux. Savoir si le lord Lidington a été en conférence sur celte affaire avec l’ambassadeur d'Espagne en Angleterre, je m’en rapporte aux moyens que votre grandeur jugera à propos d’employer pour avoir exactement connaissance de ce fait. Dans une matière de cette importance , je me reprocherais de vous donner pour des vérités, des conjectures et des présomptions. Votre grandeur peut regarder comme cerlaiu que l’empereur, en offrant son fils , a proposé pour le douaire de la reine le comté de Tyrol, qui rapporte, à ce qu'on dit, trente mille livres par an. Le Rhingrave a aussi écrit, il n’y a pas long temps, une lettre de France à la reine sur cette affaire. C'est tout ce que je puis écrire présentement à ce sujet à votre grandeur : si d'autres choses venaient à ma connaissance votre grandeur eu sera informée.

J’ai reçu des lettres de votre grandeur par un Écossais qui est venu dernièrement dans ces cantons. Il a apporté aussi des lettres de lord Lidington pour la reine d’Éco&se. Elles étaient d'ancienne date, et ne contenaient que des nouvelles de France. J’apprends de divers endroits que Neubaven est serré de près. Mais je suis zu fait du caractère de ces gcns-là , et je sais qu’ils ne se

vanteront que de ce qu'il* pourront faire , et je me donnerai bien de garde de leur appliquer le proverbe : Cauis limidus furtiùs latrat. Eu conséquence je les assure, que quelque mesures qu’ils prenneut , quelque pitoyables que soient leurs gémisseraens, ils recevront peu de consolation de tous leurs alliés Nous sommes nous-mêmes tous les jours dans le doute de ceux de l'amitié desquels nous pourrions avoir besoin . à moins que nous ne mettions plus d’ordre que nous n'avons fait parmi nos papistes mal morigénés, ou que nous ne trouvions le moyen de nous débarrasser d’eux.

Ce matin, 15 de ce mois, la reine est partie de cette ville et s’est acheminée ver* Édimbmirg. tii j’ai quelque bonheur, vous entendrez bieutot parler de quelque plai ■ soute aventure de l'archevêque de Saint-André. Mercredi prochain il doit être assigné , et cinq autres prêtres, pour avoir dit la messe aux dernières fêles de l’àqucs. Sur ce, je prends très humblement congé de vous.

Ce 15 mai I5G3.

N"Vltl.

Vitre de n vM>oi.ru à u grandeur le chevalier Ci ili.vi jmk Ct&iL, chevalier, premier secrétaire de sa majesté ta reine.

Votre grandeur saura que le 7 du courant, Rowlet, secrétaire de la reine d'Ecosse, est arrivé ici. Il parle fort honnêtement de la bonne réception qu’on lui a faite, et il a apporté à la reine sa maîtresse, plusieurs lettres de F rance pleines de regrets et de lamentations. La reine d’Ecosse a reçu de la reine-mère (de France) deux lettres; l’une qui ne contient que la répétition de ses griefs, l’autre expose l’étal où la France était alors , de quelle manière les choses se sont arrangées, les moyens dont on a intention de se servir dans la suite pour apaiser la discorde qui y règne , et la persuasion ou l’on est , que si l’on ne peut pas avoir raison de la reine d’Angleterre, ou trouvera la reiue d’Ecosse prèle et disposée à soutenir et défendre les droits de la Frauce , ainsi qu’elle y est obligée par l'amitie et l’ancienne alliance établie entre les deux royaumes.

Votre grandeur apercevra le rapport de ces mots de la reine-mere avec sa conduite ; et celle reine érrivanl en ces termes à la reine d’Ecosse (ce que je puis certifier à votre grandeur ) , vous connaîtrez avec certitude que la reine d’Écusse n omettra rien de ce qui pourra susciter des disputes et des démêlé* eutre cette reine et sa majesté notre souveraine.

La reine d’Ecosse elle-même a beaucoup réfléchi sur ces uouveaux témoignages d’affection de la part de la reine sa belle-mcrc. et sur ces deux longues lettre* écrites de sa propre main , qu'elle a reçues : disant que depuis son retour en ce pays, elle n’a jamais reçu la moitié autant de lignes qu’il y en a dans uue seule de res lettres. C’est ce que je puis attester, le sachant de la reme elleinêmc, et par d’autres relations assurées , et qui jusqu’ici ne m’ont poiut trompé. Je puis encore certifier à votre grandeur que la reine d’Ecosse a dit qu’elle voyait à présent que l’amitié de sa majesté la reine , ma souveraine, pourrait lui être plus utile que celle de la reine sa bellemere en France ; et que comme clic désirait de se les conserver toutes les deux, elle ne voulait point perdre l’une pour l’antre. J'ajouterai encore à vo:re grandeur, somme une chose 1res assurée, que toutes les fois que

l'occasion se présentera que la reine ait dans le cœur des sentimens qui éclateraient dans le temps, et qui feraient connaître qu'il y a eu quelque brouilleriez entre elles, cela ne sera poiut atsémeut oublié. Dans les conversai ions que j'ai quelquefois avec elle, elle me dit, que la reinemère aurait dû ne conduire différemment quelle ne l’a fait, et qu'elle doute fort du succès de ce grand désir , qu'a la reine-mère de gouverner seule, et que sa volonté 1 soit faite en toutes choses. Voyant donc que ces deux reines sont en ce* termes-là l’une avec l’autre, je pense I qu’il est plus à propos d’entretenir la reine d’Ecosse dans ers idées, que de dire un seul mot qui puisse lui en faire concevoir de meilleures de l'autre reine. Cependant je 1 suis assuré que cette dernière recevra de la reine d’É cosse des effusions de cmir, des lettres aussi amicales et sur le même ton que celles qu’elle lui a écrites. Savoir si la reine mère aura dit quelque chose au lord Lidingioti de ; ce qu’elle a écrit à celte reine-ci ; c’est ce que j’ignore.

I Mais si cela est, je crots qu’il sera difficile que votre grandeur n’en découvre quelque chose au retour du lord, ou que peut-être je n’en aie quelque connaissance. La ; reine-mère se contentera peut-être d’écrire à celle-ci pour voir la réponse qu’elle lui fera, ou pour connaître • quels sont ses sentiinen* par rapport à ta majesté la reine notre souveraine. La reine sait actuellement que le comte de Bothwell a eu ordre de sc rendre à Londres. Elle m'a envoyé un de ses gentilshommes pour rn'en demander la raison. J’ai répondu que je n'en savais rien , si ce n'est que ceux qui l’avaient pris , avaient été en disi pute pour savoir par qui il avait été pris, et que cela aej. rail décidé là-bas. Je sais qu'elle est fâchée de ce qu’il I n’a pas été envoyé en Écosse. Cependant s’il était ici , on ' est fortement persuadé qu’il y serait réserve pour de mauvaises manœuvres. Si le lord Lidinglon n’a pas été droit avec votre grandeur en ceci, il aura fait tort à tous ses amis d’ici, et bien plus encore à lui -même. Si jamais cet homme1 reprend son crédit, ce sera un vautour dans ce royaume.

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