‹ Œuvres completes de W. Robertson precedees d'une notice (volume 2)Chapitre 40 sur 116 · N°XI · texte numérisé non relu

N°XI

iUsDOLpa au comte de Leicxster.

D'Edimbourg , c« Il J»IIM iVM.

J’ai l’honneur d’informer votre seigneurie , que la lettre qu’elle m’a écrite tn’a été remise par mon domestique. Elle renferme des témoignages bien satisfaisans de la bienveillance de votre seigneurie à mon égard , faveur dont je me crois tellement assuré que, quand il in’arrij vrrail d’ailleurs quelque mésaventure , elle me procure- I rait toujours des motifs suffisans de consolation. Quoi-

que je n’aie, en même temps, m;u aucun ordre relatif au besoin dan* lequel je me trouve et au courant de* affaires dont je suis chargé, j'aime mieux souffrir patiemment cette privation, que d'imporluner votre seigneurie rt de lui demander sa protection sur cela , pendant que je vois qu’il y a si peu d'espérance qu’on me fasse du bien. Je ne doute point que voire seigneurie ne soit au fait de l’état présent de ce pays-ci, par les informations que j’en ai donnée*. Mlle sait que la reine d'Écosse est actuellement uuc femme mariée, et que le jour même du mariage tou mari a été fait roi. Tout s’est (tassé jusqu’ici au gré de leurs désirs et à leur plus grande satisfaction, et si daos tout le reste ils oui d’aussi bons succès et autant de prospérité, ils doivent se trouver bien plus heureux qu’on n’avait eu lieu de le croire , attendu la fermentation des esprits et la quantité de sujets inéconlens de tout ce qui a été réglé , et de la manière dont ces choses se sont passées. On u’a jamais entendu parler, de mémoire d’hoinmes , d'aucun mariage qui ail présenté moins d’espérance* et de consolation , et je u’en ai , en même temps, jamais vu où les hommes eussent été plus disposés à des démonstrations de joie si la reine avait eu , pour son propre lionueur et pour son pays , les attentions convenables dans une affaire de celte importance. Ce que ces méconleus craignent actuellement , c’est le renversement de la religion , la rupture de la bonne amitié avec sa majesté la reine , et la destruction de tous les uobles que la reiuç d'Écosse mettrait au nombre des mécontens, ou bien à qui elle voudrait chercher querelle. A l'aspect de tous ces mcouvéuicns qui menacent de si près il y a un grand nombre de ces gens-ci qui sont plus propres à se lamenter et plaindre leurs voisins, que capables de trouver les remèdes qu'il conviendrait d’y apporter. Quelques-uns voudraient y employer toutes leurs forces, mais ils sont trop faibles pour rien faire de bon. Votre seigneurie sait ce qui a d'ailleurs été demandé et les moyens qui ont été employés. (Sous sommes fort embarrassés de savoir ce qu’il convient de répondre ou ce qu'il est à propos de faire; et quoique vos intentions ne puisseut pas être meilleures qu’elles le sont à notre égard, cependant nous craignons infiniment les délais , et que notre ruine ne prévienne le» secours que vous pourrez nous donner lorsque vous vous y serez déterminé. Rien n’est plus nécessaire qu'une prompte exécution. (Vous fondons nos espérances sur sa majesté ta reine. Nous sommes entre ses mains ; il dépend d’elle de nous sauver la vie ou de nous laisser jiérir. Rien ne peut être plus honorable pour sa majesté que ce qu’il est en son pouvoir de faire pour nous. Nous ne demandons point de grosses sommes d’argent , nous ne désirons point des troupes nombreuses. On trouve des hommes partout, quoique ce fût une charge pour nous. Il en croit tous les jours , et je crois d’ailleurs que, dans le moment présent, la reine en perdrait fort peu ; et si elle perdait les ainis qu’elle a ici, où sa majesté pourrait-elle en trouver de pareils? Je ne parle point de ce qui fait, à ce que je crois, le principal objet des intentions de la reine d'Écosse et de son mari. Celui-ci disait dernièrement qu’il faisait plus de cas des papistes d’Angleterre que des protestant d’Écosse. Or, s’il a tant de confiance aux papistes d’Angleterre, je laisse à juger à votre seigneurie de ce qu’il pense des protestaus qui y sont Si ce prince , élevé et nourri en Angleterre, et qui.a l'honneur d'appartenir à la reine ma

ISTOIRE D'ÉCOSSE. [1666

maîtresse, fait ainsi connaître , en donnant la préférence aux plus mauvais sujets de sa majesté, les sentiment qu’il a pour sa majesté elle-même ; on peut dire qu’il reconnaît mal les soins qu’un a pris de lui, et qu’il manque aux devoirs de la parenté. Il paraît fort indifférent pour le» deux religions , que la reine d'Écosse aille à la messe et que Darnly aille souvent au prêche. Ils ont été marié» avec toute* les cérémonies du papisme, excepté la célébration de b messe. Scs paroles et se* discours font voir ce qu’il a dans lame. Cependant il voudrait bien passer dans le monde pour être de quelque religion. Les parole* qu’il profère contre ceux pour lesquels il a conçu de la haiue, quelque mal fondée qu’elle puisse être , sont tellement remplies d'orgueil et de dépit , qu’on le prendrait plutôt pour le monarque du momie entier, que pour cet homme que nous avons vu pendant si long temps lord Damly. Il atteud actuellement des hommages de la part de gens qui n’ont guère envie de lui eu rendre; et ceux qui lui en rendent croient qu’il en est très peu digue. Il est au comble de tous le* honneur» qu’une femme peut communiquer h un homme. La reine ne désire pas pour elleméine tous les éloges qu’on donne à Daruly, toutes le» dignités quelle a pu accumuler sur sa télé , et qui lui sont déjà données et accordées : on ne plaît point à la reine, lorsqu'on ne réussit point â le contenter; et je puis dire encore qu'elle a concentré en lui toute* ses volontés pour être conduites et dirigées suivant le bon plaisir de ce lord; enfin (Je n’a pas plus de crédit sur lui pour l'engager à ce qu’il ne voudrait pas faire, que votre seigneurie n'en aurait sur moi pour me persuader de me pendre moi-méme. Il a été proclamé roi aussitôt après le mariane. On aurait dû demander auparavant l'agrément du parlement, ou du moins attendre que ce lord eût vingt et un aus , afin de donner plus de poids et d’autorité aux choses qui seraient faites en son nom. U n’a pas voulu que cela fût différé d'un seul jour ; il a voulu que cela se fit actuellement ou jamais. Sur quoi ce doute s’est élevé parmi nos gens de loi : savoir si la reine, étant en puissance de mari, et ce mari n’ayant pas vingt et un ans, tout ce qui s’était fait entre eux , sans l’intervention du parlement, pouvait être vabble. Le samedi après-midi celle question a été mise sur le lapis, et a donné lieu à de longs déliât* ; et à neuf heures du soir, avant qu'il y eût rien de déterminé sur ce point, le lord Darnly a été proclamé roi par trois hérauts, au son des trompettes. Cela se fit la veille du mariage. Aujourd’hui lundi, à midi, tous les lords qui sont dans la ville ont assisté à une nouvelle proclamation du roi lienri Darnly, sans qu’un seul homme ail dit seulement uu amen : excepté le duc de Lrntiox , père du roi , qui s'écria à haute voix : Dieu veuille conserver la reine !

Voici de quelle manière le mariage s'est fait. Le dimanche malin , entre cinq et six , b reine fut conduite i sa chapelle par plusieurs de se* noble*. Kfie avait une grande robe uoire de deuil , et un fort grand chaperon de deuil , peu différent de celui qu'elle portait au triste jour de* funérailles du roi François II , son premier mari. Elle fut conduite à la chapelle par les comtes de Lennox et d'Alhol , qui la laissèrent là pour aller chercher son mari, lequel fut accompagné par ces mêmes lords. Ils furent reçus par le prêtre-ministre. Lé* bans furent pu bliés pour la troisième fois, et il fut pris acte par un notaire comme quoi personne n’avait rien dit contre il

ilüBâJ

APPE.NDICK DE LU

mariage, ni allégué aucune chose qui pôl empêcher d*y procéder. Les paroles furent prononcées ; on mil les anneaux au doigt de la reine. Il y en avait trois , el celui du milieu était orné d'un diamant de grand prix, ils se mirent ensemble à genoux. On Ht sur eux plusieurs prières, ta reine attendit qu’on dit la messe. Le lord lui donna un baiser et la laissa là. Il s’en alla à la chambre de la reine , où elle vint le joindre quelque temps après. Oo supplia la reine d'oublier, dans ce jour de soletintté , scs peines et ses chagrins , de quitter ces hahillemens lugubres, et de se prêter à un train de vie plus agréable. Elle fil quelque difficulté de sc rendre à ces représentations; mais après une faible résistance , qui était plutôt , à ce que je crois, une affectation qu'une vraie douleur ; tous ceux qui étaient présens et qui purent l’approcher eurent la permission de lui ôter chacun une épingle. Elle fut remise à scs dames ; elle changea d’habillemeus ; mais elle n'alla pas se coucher, pour faire connaître à tout le monde que la volupté n’était point le motif de son mariage , mais seulement le bien de son pays, et le désir, s’il plaisait au Seigueur, de ne le pas laisser plus longtemps sans un héritier. Des gens méfia ns , et ceux qui sont portés à donner à tout une mauvaise interprétation , prétendent qu’ils sc connaissaient déjà avant que d’en venir au mariage. Mou intention n’est pas de faire croire une pareille chose à votre seigneurie. Les apparences y sont tellement contraires que , s’il était possible qu’il y eilt des témoins d’une pareille chose , je ne voudrais pas moi -même le croire. Après le mariage , il s’ensuit ordinairement grande chère et des danses. Toute la noblesse les suivit à leur dîner. Les trompettes sonnaient. On annonça des largesses. On jeta beaucoup d’argent aux environs du palais, et ceux qui purent en attraper en profilèrent. ta roi et la reine dînèrent à la même table ; la reine était au haut bout, el était servie par les comtes Atbol , Sewcr, Morton , Carrer, et Crawford , érhanson. tas comtes Egiiugion , Cassils et Ülencairn rendirent les mêmes offices au roi. Après le dîner, ils dansèrent pendaut quelque temps, et ensuite ils se retirèrent jusqu’à l’heure du souper. Le souper se passa comme le dîner, et fut suivi de quelques danses ; après quoi ils allèrent se coucher. Je n’ai point élé témoin oculaire de loul ce que j’écris à voire seigneurie ; mais elle ne doit avoir sur ceci aucun doute, attendu les voies par lesquelles ces choses me sont parvenues. Je fus mandé pour me trouver au souper; mais je refusai d'y aller, au risque de passer pour un homme grossier et peu courtois. Au reste, milord, pour avouer à votre «igut urie ce qui m’a le plus engagé à ine conduire ainsi , c’çat que je n’ai pas eu la vue de ma maîtresse depuis Uix-lmit jours de compte fait, el que je suis regardé par tous ces gens- là comme un mauvais personnage , chose dont je conviens dans mon cœur, el qui satisfait beaucoup plus mon aiuour-proprc , parce que jusqu’à présent je ne trouve personne de bon et d’honnête qui approuve leurs actions. Je n'importunerai pas aujourd'hui plus long -temps votre seigneurie, et je la prie d’excuser mou long silence. J'ai beaucoup plus de peines que de commodités à m'acquitter de tna commission. Je sors atluctlcmeni plus souvent la nuit que le jour , et le jour est trop court pour rendre compte de ce que j’ai imaginé ou appris pendant la nuit. Comme je suis persuadé que votre seigneurie aura eu communication des lettres que j'ai écrites à M. le secrétaire, j’espère qu’elle

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voudra bien m'épargner la peine de lui écrire el répéter le* uiêines choses. Je prends très humblement congé de voire seigneurie.

A Édunbourg , le dernier jour de juillet 1585.

N° XII

taure du comte «le I immun à m grandeur, M. (.iiuju dr l i'Çii- . chevalier, principal «erréiairc de sa majesté , et l’ua des conseiller* prnés de sou aJ lisse.

Après vous avoir fail mes plus affectueuses recommandations , je vous dirai qu’aujourd'hui à midi le capitaine Brick vell est arrivé ici el a apporté des lettres de sa majesté la reine , lesquelles contiennent ses détermination et bon plaisir sur toutes les choses dont ce capitaine avait eu charge de rendre compte à sa majesté, à l’exception néanmoins qu’il ri’y a rien de déterminé ni d’expriiné dans ces mêmes lettres sur le secours qui doit être donné aux lords de la congrégation. J’ai reçu ce malin à ce sujet une lettre signée du duc , du comte de Murray, de Gleucairn el autres, qui demandent un détachement de trois cents arquebusiers de cette garnison pour être mieux en état de se défendre. Bien que je connaisse la bonté de leur cause, l'intérêt que sa majesté la reine notre souveraine prend à eux et scs Imuiiics internions à leur égard ; quoique je sache aussi qu'il est toul-à-fait nécessaire de les secourir, el que cela décidera absolument de leur sort , étant à la veille de leur défaite et perte totale , attendu que le parti de la reine d 'Écosse a au moins cinq mille hommes, et qu’ils n’eu ont pas plus de mille; de plus, que la reine a des arquebusiers et qu’ils n’en ont point , et que le secours que le comte d’Argyll doit leur amener n’est point encore arrivé , cependant j’ai cru devoir m’adrexKer à vous pour vous prier de me faire savoir les in tentions de sa majesté par rapport à ce secours qu’on me demande , de quelle manière je dois me conduire en cette occasion , et ce que je dois répondre à ces gens -là , qui sont réduits à la dernière extrémité. D’un côté , il s’agit en ce moment de la ruine entière de ces lords et du bonleuTscmrnt déplorable de la religion en ce pays ; d'mi autre côté, quoiqu’il ne s’agisse ici que d'un petit nombre de soldais et pour un court espace de temps , doit - on se hasarder, sans de bon* garans , dans une affaire de celle importance? Irons-nous, de gailé de cœur, nous attirer des guerres , pendant que cette place sera dégarnie , car il n'y a en tout que huit cents hommes, sans qu'on en» oie un renfort pour la mettre en étal de défense Ptabweronsnous les frontières exposées aux incursions , pendant qu’on préparera ces nouveaux secours? J’avoue que je ne sais sur ceci ni que dire ni que faire , et je suis fort étonné de ce qu’avant tant de fois écrit sur ce point, je n'aie encore reçu aucune décision sur cette affaire, ta temps se passe à écrire et à attendre la réponse , el cependant les choses vont toujours leur train , el il est impossible qu’elles uc fassent des progrès et qu’elles ne réussissent. Oue tout arrive pour la plus grande gloire de Dieu ; mais assurément tous les gens raisonnables apercevront des motifs d’appréhensiou très bien fondés, tas choses «ont disposées de manière que ce petit secours tournerait à la gloire de Dieu , ferait chérir à perpétuité la mémoire de sa majesté parmi ces gens-ci , el procurerait la conservation d’une infinité de nobles et de gentilshommes. S’il» ne sont point a< loetlrmeut secourus, ils

«•ni perdus pour jamab. Je ne doute point en ceci de votre affection et bonne volonté, et je prendrai de mon côté le* meilleurs conseil» que je pourrai me procurer. J'ai reçu de ce* lord* le* deux papier* ci-joint*. Vous verrez de quoi U est question; je vou* répondrai par ma première *ur le* points qui m'ont été apporté* par le capitaine Rrickwell, et je join* ici deux lettres que j’ai reçue* aujourd'hui de M. Randolpb. Vou* apprendrez par lui que le* protestan* se sont encore retiré* plus loin d’Édimbourg. Ainsi j’espère que votre résolution au sujet du secours que vous jugerez à propos de leur donner pourra venir A temps, pourvu qu’il vienne promptement, car ils n’en ont pas absolument besoin dans le moment présent. Et sur ce, je vou* recommaude de tout mou amiraux soins de la Providence.

De Berwick , ce 2 septembre 1

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