‹ Œuvres completes de W. Robertson precedees d'une notice (volume 2)Chapitre 42 sur 116 · N® XV · texte numérisé non relu

N® XV

Fragment d'une lettre du comte de B ko F os n cl de M. Tiosu tUMMimi aux lords du conseil d'Angleterre.

Dr BrrwM-k, >7 mors ilti.

[j quantité des choses que nous entendons, et la variété que nous apercevons dans le* chose* qui nou* sont rapportées, font que nous avons bien de la peine 5 distinguer le vrai. C’est par cette raison que nous avons été plus tardifs et moins |M>rlé* 5 vous écrire , parce que nous ne voulons point que vos grandeurs, et d’après vous, sa majesté la reine notre souverai ne, ne soyez point instruits de la plus exacte vérité, autant qu’il nous sera possible. A celte fin nous avons jugé 5 propos d’envoyer le capitaine Carewe , qui était 5 Edimbourg lors de la dernière entreprise, lequel a parlé 5 diverses personne* , et ensuite 5 la reine elle-même, et 5 son mari. En conformité de co que nous avons appris par son rapport , et de ce qui nous était déjà revenu par d’autres, nous vous envoyons le détail suivant, confirmé par les parties même présentes à l’action , et qui ont assisté ceux qui ont exécuté le complot.

Voici ce que nous savons avec certitude. Le mari de la reiue ayant conçu de violens soupçons contre David * et croyant que cet homme avait commis des choses tout-àfait contraires à l’honneur de la reine, cl qu’il ne pouvait point endurer, communiqua premièrement ses idées à George Douglas , lequel voyant que le chagrin du roi était porté à l’excès , chercha tous les moyens qu’il put inventer pour apporter quelque remède à la douleur de sa majesté. Il communiqua ces mêmes choses, par ordre du roi, à milord Rnthven, et ils ne trouvèrent point d’autre expédient que d’éloigner David. Remplis de cette idée, ils s’en occupèrent sérieusement ; ils faisaient tou* les jour* quelques pas vers leur but, et il* ne se donnèrent aucun repos jusqu’à l’entière exécution de leur projet. Us jugèrent à propos que le lord Morton et le lord Lindsay , en fussent prévenus, pour qu'ils pussent avoir leurs ainis sous la main en cas qu’il en fiU besoin. Ce* lords, en conséquence, rassemblèrent plusieurs personnes en nombre suffisant, vers le temps où le complot formé par Douglas et Ruthven devait être exécuté. Le jour fut indiqué au neuf du courant, trois jours avant que le parlement eût commencé ses séances : auquel temps lesdits lord* furent assurés que les comtes d’Argyll, de

• Rizio est appelé David dans celte plêrc. parce qu’il s’appelait David Rizio. Comme il est plus connu dans rhistoire sous le nom de Riz», je m’eu suis quelquefois servi uans U traduction

Murray , de Rotbes et leur* complices auraient été condamnés si le roi, par ce moven, n'avait été convaincu qu'ils étaient de leurs amis; et le roi désirait tant que ce projet fût exécuté tout d’un coup, qu’il ne fit point de difficulté de se livrer à ces seigneurs, à celte condition, qu'ils consentiraient qu’il eût la couronne matrimoniale, la: roi était si impatient de voir exécuter les choses dont il entendait parler tous les jours, qu'il pressait continuellement lediL lord Kulliven de ne plus différer : et pour faire connaître à tout le monde qu'il approuvait l'action, il consentit à se trouver en personne à l’exécution.

Un samedi, sur les huit heures du soir, le roi se rendit, lui , Rutbveti , George Doublas, cl deux autres, dans sa propre chambre; laquelle ayant traversée, il monta par un escalier dérobé dans la chambre de la reine, joignant laquelle est an cabinet d'environ douze pieds eu carré. Daus ce cabinet était uii petit lit de repos et une table, b laquelle étaient assis b souper, la reine, ladv Argyll, et David qui avait sou bonnet sur la télé. Le roi et le lord Rutbveti entrèrent daus ce cabinet , et dirent à David de sortir d'un endroit qui n ‘était point sa place. La reine dit que c’était sa volonté qu’il y fût. Son mari lui répondit que cela était déshonorant pour elle. I* lord Kulbveu dit b David qu'il devait mieux connaît rr son devoir, et voulant le saisir par le liras, David prit la robe de la reine, et alla rc meure derrière elle, qui avait grande envie de se sauver. Mais le roi ayant dégage la main de Rizio, et pris la reine entre ses bras, Kizio fut poussé hors du cabinet et traîné par la chambre b coucher dans la chambre de parade , ou étaieut le lord Morton et le lord Lindsay , qui comptaient le garder ce soir-là et le faire peudre le lendemain. Mais il y avait tant de gens qui lui voulaient du mal, que l'un d'eux lui Ayant donné un coup de poignard, celui-ci fut suivi de plusieurs autres, eu sorte qu'il fut eu un moment couvert de 1 blessures. Ou a dit pour certain, que le

poignard du roi même s'était trouvé enfoncé dans 1e corps de ce malheureux. Savoir si c'était le roi lui-même qyi l’avait frappé ou nou, c’est ce qu’on ne sait pas avec certitude. Il n’a |fes été tué en présence de la reine, comme on l’a dit , mais en descendant l’escalier de la chambre de parade.

Alors le roi cl le lord Ruthvcn restèrent long-temps avec la reine. Elle fit , pendant qu’ils étaicul là , plusieurs instances pour que Rizio n'eût aucun mal, et elle blâma fortement son mari d’avoir été l'un des acteurs de cet infâme complot. Ou prétend que U: roi lui répondit, que depuis deux mois David Rizio avait eueompaguiedu corps de la reine bien plus que lui même son mari, et que par ruuséquent pour son honneur à elle, et pour sou propre contentement à lui, il avait donné sou consentement à l'éloignement de Rizio. « Ce n’est point, dit la « reine, le rôle d’une femme d'aller chercher un mari, « et par conséquent la faute en retombe entièrement sur « vous. » Le roi lui répondit : «Que lorsqu il venait la o trouver, ou elle le refusait, ou elle faisait la malade, à — fort bien , dit-elle ; vous ne m'approcherez plus, et je o vous dis adieu pour toujours — Quelle pitié, madame, o dit le lord Rtubven; il est le mari de votre majesté : a vous êtes tenus de \ ou» rendre le devoir l’un b l'autre.

1 Celle lacune est ainsi dam le texte.

« — Kh pourquoi ne pourrais-je pas. dit la reine, quitter « le roi com.iie voire femme a quitté son premier mari? « bien d’autres en out fait autant •Uuthven. répondit que sa femme avait élé légitimement séparée de son mari, et que ce n'était pas pour la mémr cause qui faisait le mécontentement du roi. De plus, que cet homme était de liasse extraction, ennemi de la noblesse, qu'il lui faisait honte, et qu’il paraissait ne pour destruction à elle-même ei pour celle de son pays, u Kon bien, dit la « reine : mats si ce sang est répandu , il coûtera cher b « quelques-uns d'entre vous. — A Dieu lie plaise, dit « KtithTcn , car plus voire majesté fera paraître son mé « cou lentement, plus le public sera disposé à mal juger « d’elle.»

Cependant le roi parlait peu, et la reine ne cessait de. répandre des larmes. Le lord RutUven se trouva mal, et près de tomber en faiblesse, il demanda à boire. « Vos « majestés, dit-il, voudront bien m’excuser si j’en agis « ainsi. » Ht il continua à exhorter de son mieux la reine à s’apaiser, sans que tout ce qu’il put lui dire fût au gré de sa majesté.

Cependant plusieurs gens formèrent une émeute dans la cour. !.e lord Ruthvcn descendit pour les apaiser, et il alla droit aux comtes de Huntly, Bothwell et Athol, pour les tranquilliser en les assurant . de la part du roi . qu'on n’avait aucune mauvaise intention contre eux : malgré cela la peur les prit lorsqu'ils apprirent que te lendemain Murray serait dans ce l:eu , et qu'Argill irait les joindre. Huntly et Rotbwcll sautèrent par une fenêtre et se sauvèrent. Athol , avec Klisb, et Glandores , cîdevaul appelé Deysley, iiiiuiMre d'Owne, eurent la permission du roi d aller où ils voudraient. Ils sortirent ensemble de la cour, joignirent le lord Lidiugton, et celle même nuit ils arrivèrent daus les places où ils se crurent en sûreté.

Ayant que le roi eût cessé de parler à la reine , elle dit en présence du lord Ruthvcn , quelle consentait que le roi passât celle nuil-là avec elle. Nous ne savons point, ce que le roi devint, mais il n’y alla point, et dit à ses amis, pour son excuse, qu'i| était si accablé de sommeil qu’il n'avait pas pu se réveiller.

Il y avait là , dans celte compagnie , deux hommes qui y étaient venus avec le roi. L'un était André Kar de Kawdenside, que la reiqe accusait d’avoir voulu la frapper avec u n poignard, et un nommé Patrick Balentine^ frère du clerc de justice, que sa majesté accusait aussi de lui avoir présenté le poignard sur le ventre, avec un pistolet bandé. Nous avons beaucoup questionné le lord Rutbveti pour savoir la vérité de res faits, mais il nous a assuré le rnntraire. Il y avait dans la chambre de la reine, le lord Robert, Arthur Ar&kin, et un ou deux autres. Os hommes ayant fait mine de se mettre en défeuse, le lord Ruibven tira son poignard , et leurs armes ne furent ni tirées ni montrées en présence de la reine, ainsi que ce lord nous l'a assuré.

O surplus de la lettre rend compte de la fuite au château de Dunbar, où se rendirent les lords Uuutley et Bolbxvell : comme quoi le comte de Morton et le lord Ruthvcn furent abandonnés par le roi , qui ne tint aucune de ses belles promesses, et qui manqua à tous ses engagement et signatures , comme quoi le roi protesta, meme devant le conseil , qu’il n'avait jamais consenti à la mort du David Rizio» cl que cela sciait fait contre sa voloutc.

u Comme quoi ou avait beaucoup parlé des grands biens «de David, que quelques-uns évaluaient, en or, à la « nomme de onze mille livres sterling ; que sa gardernbe • était considérable, et qu'il avait vingt-huit paires de « culottes en velours; que sa chambre était bien meu- « blée, qu'il y avait beaucoup d'armes, des poignards, a des pistolets , des arquebuses, et vingt -deux épées; que « rien de tout cela ne fut pillé et ne se trouva de manque, a â l'exception de deux ou trois poignards; qu'il avait en « garde toutes le» lettres de la reiue, qui furent toutes « remises sans qu'on les examinât. Nous avons entendu « parler d’un joyau de prix qu’il avait pendu à son cou , a mais on ne sait ce qu'il est devenu. Il avait sur sou « corps, lorsqu'il a été tué, une robe de chambre de a damas fourrée, une veste de salin et une culotte de vec tours rougeâtre. •

N° XVI

Fragment d'une lettre de Rasdoi.ph à Cecil

iG janvtrr iSW.

..... Il y a eu depuis peu de grands démêlés entre la reiue dlicosse et son mari, et tels que je ne puis vous dire sur quoi ils sont fondés. Le roi demande avec empressement la couronne matrimoniale , et la reine a beaucoup de répugnance â l'accorder. Elle veut le tenir en respect pendant quelque temps , et attendre qu'elle sache bien jusqu'à quel point il peut être digne des honneurs de la souveraineté. On croit que le parlement sera prorogé à cet effet ; mais je ne puis vous rien dire sur cela de bien assuré.

Extrait d'une lettre de Ranpolpn au secrétaire Cirn.

On parle mal du clerc de justice , plutôt b cause de son frère que par aucune prévarication de ce clerc, et j'entends dire qu’on parle encore plus mal du roi que d'aucun autre. La reine n'a pas bonne opinion de lui, voyant qu'il entreprend toutes les choses auxquelles elle est opposée : et Je peuple n'en a pas meilleure opinion, en le voyant nier une chose qui est aussi claire, puisqu’il est prouvé que le tout a été toit par ton ordre, et se porter lui-même pour accusateur et persécuteur de ceux qui n’ont rien fait que ce qu’il a exigé d’eux. O Scott, qui a été exécuté, et Murray, qui a été assigné hier, sont l'un et l’autre accusés par le roi. Une personne qui a parlé, lundi dernier, b la reine, m’a mandé comme une chose assurée, que la reine avait résolu de rendre la maison de Lenoox en Écosse aussi pauvre qu’elle l’a jamais été. Le comte est toujours malade et a l'âme agitée ; il se tient â l'abbaye. Sun fils a été le voir une fois, et lui, il a été une fois chez la reine depuis qu'elle est arrivée au château. La reine a vu les actes de toutes les ligues et associations formées eutre le roi et les lords, et elle voit â présent la fausseté des déclarations que le roi a faites devant elle et le conseil , en assurant qu'il était innocent de la mort de David ; et elle est fortement offensée de ce que le roi cherche , par le moyen de ces lords , à obtenir la couronne matrimoniale.

Fragment d'une lettre de Rasuûlph â Oxil.

De Bfmrt , >] avril i W.

On ne parle ici que de la mésintelligence entre la

reine et sou mari ; elle fait le sujet de tous les entretiens;

elle est portée, de la part du tnari, & un tel point, qu'on dit et qu’on croit généralement que M. Jacques Thorntoti est allé â Rome pour solliciter un divorce entre eux. Il est très certain que MauvÎMiere u’a point parlé au roi r»s trois derniers jours. Le roi n'est ni accompagné ni con sidéré par aucun des nobles. Tout son train consiste en un certain nombre de scs propres domestiques, ct*aix ou sept hommes de sa garde. Il a la liberté de faire ce qui lui plaît, d'aller où il veut, mais il n’y aaucune espérance de voir le calme rétabli entre eux.

I Jt frère de David , nommé Joseph , qui est venu

Ici avec Mau vissière, et qui n’y est connu de personue, est devenu secrétaire en la place de son frère.

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