N° XX
l-cltre d'Angleterre au sujet du meurtre du roi Henri
DUUtNLY.
Trouvant l’occasion du départ de M. Clark , j’ai jugé à propos de vous écrire par lui ce peu de mots. J’ai reçu plusieurs lettres de vous, et j’en al vu dernièrement quelques-unes que vous avez écrites à d'autres , comme , par exemple, celle au comte de Bedford du 10 mai. J’en ai communiqué le contenu à ceux à qui j’ai cru qu’il était à propos d'en faire part ; c’est de quoi je puis très humblement vous assurer. Les bruits que les Françaisont répandus ici n’ont aucun fondement ; car il n’y a id ni papiste ni protestant qui ne consente, qu’avec l’aide et la protection de la reine ma souveraine , il ne soit fait justice de celui qui a méchamment commis ce meurtre abominable dans voire pays. Mais , à dire le vrai, le défaut d'action et la lenteur 11e viennent point de la part de ceux qui ont été appelés au conseil , mais de la part de ceux qui devaient donner la vie et l'exécution à cette affaire. Je puis, de plus , vous assurer que je n’ai jamais vu d’affaire d’état sur le tapis à laquelle des gens de touies les nations aient pris plus d’iutérét qu’à celle-ci. Je vous dirai même que personne n’a poussé l'affaire avec plus de chaleur que l’ambassadeur d’Kspagne ; et je suis sûr que qui que ce soit n'oserait avouer qu’il fût d’un autre sentiment; mais que tout homme serait forcé de convenir que quiconque est coupable ou complice de ce crime, est indigne de vivre. Il n’est pas nécessaire de vous dire les cmpécbemens et les délais qu’on apporte à tout le bien qu'on pourrait faire ici. Vous les connaissez aussi bien
1 1-a Taule de la dale est ainsi corrigée de ta main de Cecil. VIH® At>n lu.
que moi. Je suis néanmoins forcé d'avouer que, qnowne nous négligions de répandre des bienfaits, de suivre le chemin de l’honneur et de la sûreté , il est avantageux pour tout le corps de votre noblesse, et nommément pour ceux qui , devant et après le meurtre, ont été soupçonnés de favoriser Boihwell , de poursuivre avec le glaive et la justice la punition de ces actions abominables. Quoique nous ne vous donnions que de faibles secours, et quoique vous el plusieurs autres gens, honorables et honnêtes, soyez bien connus de moi et de plusieurs autres ici, pour être irréprochables rn tous vos fait* et gestes, cependant nous ne pensons pas autre chose , si re n’est que votre nation tout entière est notée d'infamie, et déshonorée par re* choses qui se sout dernièrement passées parmi vous. Je ne sais point ce que nous ferons, et je ne puis vous rien écrire sur cela d’assuré, car nous sommes sujets à une infinité de variations. Cependant je crois, ou que nous vous aiderons, ou que nous continuerons de veiller à la défense et sûreté de votre prince , autant que nous apercevrons que vous désirez effectivement la sûreté de ce prince, et que vous ne voulez pas vous livrer aux impulsions de la France , qui entraînera votre propre destruction , si vous n’v prenez garde. Je ne connais pas une seule personne en re paysci, pas un seul homme , de quelque qualité et condition qu’il soit, qui approuve la reine votre souveraine , et qui ne fût charmé que le monde fût débarrassé de cette femme , et que la chose ne se fit point sur des calomnie* et de* médisances , c’est-à-dire qu’on désirerait que cela se fil par les voie* de la justice ordinaire. J’envoie ceci le 23 de mai.
N° XXI
Fragment d’une lettre du chevalier Nicolas Tiirochorto*
à dm.
Brrwirk. it JuilM iSfij.
Monsieur,
.... J’ai reçu le 10 de juillet à Benvick voire lettre du 6 de ce mois. Je suis fâché de voir que les dispositions de la reine envers le» lord* «oient changée* 1 l'occasion de tout ce qui a été fait. Il en certain que ce» lord» peuvent Cire piu» mile* a su majesté que la reine «a cousine, et qu’il» mut de» in»trumeri» plu» propre» J procurer quelque» avantage et tranquillité à sa majesté et à son royaume , que la reine d'Ecosse , qui eu mal famée.
la-Ilrc du chevalier Mc: ou s Tttaoc.MtTwt iCectt.
Dr FéUCMlJe, Il juillet 1V67.
Monsieur,
Vous avez vu. par ma lettre du 11 juillet, que j’ai couché celte même nuit à Faslcastle, accompagné du lord Hume , du lord Lidingtoti et de Jacques Melvin : j’y ai été fort bien reçu , autant que ce lieu peut le permettre. La place est plus propre à loger des prisonniers que de* gen.5 en liberté ; et comme elle est tort petite , elle est très forte. Par la conversation que j’ai eue avec re lord Lidinglon , je vois que lui et le* lords se* associés n’ont point négligé de porter leurs attentions sur tout re qui pouvait ou tourner à leur préjudice, ou contribuer à leur sûreté. Ils n’ont point oublié, en conséquence , de peser le bien el le mal que la France petit leur faire, et il* ont
fait U» même* observation* par rapport à l'Angleterre. , Mai*, autant que j'ai pu l'apercevoir, je vous dirai fran- i cheinriil qu'il* trouvent plu* de danger au progrès des ! négociations entamée* chez eux par sa majesté la reine, i qu’au succès de* menée* de la France ou de celles de toute autre faction contraire formée parmi eux. Ils regardent comme une clmsr assurée que s'ils courent la fortune de j la reine, elle ne manquera pas de 1rs laisser dans l'eiiibar- J ras. Ils reconnaissent toute l'utilité de la conduite de la j reine b Leitta, tant pour eux -mêmes que pour le royaume d'Angleterre ; et ils cou vint tient tous que sa majesté et le* deux royaumes eu ont retiré de grands avantages. Mais b l’occasion d’autre* évéuemens postérieurs , ils ont i observé des circonstances dans 1rs procédés de la reine , qui ont mis en danger ceux qui s’y sont prélés , qui ont I même renversé vos propres desseins, et qui ont peu contribué b la sûreté d'aucun parti. D’après res considéra- I lions et% de longs propos b ce sujet, je crois qu’ils sout , dans la disposition ou de conclure leur marché avec la France , ou bien de ne s'attacher ni b la France ni b vous ; de faire ce qu’ils jugeront le plus convenable pour j leur état et pour leur sûreté , et d'appliquer les remèdes ainsi que l'occasion pourra le* y déterminer, ne voulait! 1 irriter ni la France ni l'Angleterre jusqu'à ce qu’il* puissent faire avec l’une ou l’autre un marché stable et permanent , et prnxaut qu'il est à propos de marcher, pendant quelque temps, d’un pas égal entre vous deux : ce sont les propres termes de milord Lidingiou. Je me suis aperçu qu'ils ont supporté impatiemment de u’avoir pas reçu une réponse plus favorable b la lettre que les lords ont adressée à sa majesté , et de n’avoir pas obtenu plus de satisfaction de votre part. Je leur ai répoiidu de mon mieux ; je leur ai représenté l’ambiguité de leurs procédés envers la reine , et que leurs incertitudes avaient occashmé ce qui arrivait aujourd'hui ; que sa majesté j m’avait envoyé pour que je pusse l’informer en détail du véritable état des choses, et que sur la déclaration qu’ils me feraient de leurs intentions et senliincns sur ce que j'avais b leur proposer pour l’avantage de leurs majestés, ils recevraient une réponse raisonnable ci décisive. Le lord Udiugton se mit à rire , et branlant la tête , il me dit : « Si ce que vous avez b nous proposer est si avauta- « geux pour nous, vous deviez nous le dire b nous seuls,
« plutôt que de ne faire du bien ni à nous ni b vous, ainsi « que je crains bien que cela n’arrive. » Monsieur, si ccs gens-ci ont quelque confiance en Lidington , du Crocq est venu ici pour y préparer l'arrivée de Rambouillet ou de quelque aulre homme aussi qualifié , et pour les délivrer pour jamais de leur reine , qui passera le reste de scs jours en France renfermée dans une abbaye. Le prince sera au pouvoir des Français , le royaume gouverné par un cou«eil national choisi et nommé par les Français ; les forteresse* seront confiée* b la garde de ceux qui seront choisis parmi la nation : aussi vois-je peu d'apparence que je puisse avoir accès auprès de la reine, lis me disent qu’ils ne veulent point ainsi déplaire au mi de France , à mo us qu'ils ne soient assurés de trouver en la reine d'Angleterre un ami véritable : a et lorsqu 'eu a vous donnant accès auprès de la reine nous aurons of- « fensé la France , alors , disent- ils , vous saurez eu faire « votre profil eu uous perdant. i> ÿuanl b la liberté de la reine d’Écussc , qui est le premier point que j'ai proposé, ils disent qu’ils voient bien par-fa que la reine voudrait
les perdre . puisque mettant en préalable la liberté de la reine , ce serait une folie de parler des affaires qui s'ensuivraient. v Eh ! disent - ils , si vous ne voulez pas nous « faire du bien, ne nous faites point de mal , et nous avi- « serons bien nous-mêmes à ce qui nous convient.» Enfin ils disent qu'ils nous mettront dans le cas de refuser notre propre avantage , avant que de traiter avec aucun autre. C’est ce que je verrai lorsque je serai arrivé à Edimbourg. Je compte , par ma première, vous envoyer la conclusion de la ligue des llamiiton , d’ArgvIl , Huutly, et autres de cette faction , et qui ne sera pas autant au désavantage des lords d'Fdiinbourg que celle qui a été envoyée en France. Le temps me manque : on me presse de monter b cheval avec les lords pour aller & Edimbourg. Je prends humblement coogé de vous.
A KastcaMir, le 12 juillet ISH7.
La reine b Nicolas TtiROcatORTO» , étant en Leouc.
MjllIIWt ■*?.
Féal et bien amé , salut. Bien que nous tachions que les affaires peuvent souvent changer de face par le concours de divers événemens, cependant nous pensons par plusieurs considérations qu’il n’est point hors de propos de vous dire, qu’ayant commission de traiter arec les lords qui sout chargé* du jeune prince pour les engager b nous le confier dans notre royaume , vous feriez bien aussi , en traitant avec la reine.de lui représenter que son royaume paraissant , de temps 5 autre , sujet b diverses révolutions , et que son fils ne pouvant pas ( comme on le voit clairement ) y être eu liberté; si elle consent que wf» fils jouisse de la sûreté et de la tranquillité en notre royaume , qui , comme elle le sait , est si voisin , nous ne manquerons pas de lui donner dans nos états , pour son fils, des assurances aussi fortes qu’on pourrait les désirer pour notre fils , né de notre propre corps, et que nous serons bien aises de lui faire voir eu cette occasion 1rs véritables effets de la nature ; et sur ce , vous aurez soin de lui rappeler combien il serait avantageux pour son fils d'élre nourri et connu dans notre pays ; et que , par conséquent , tout bien considéré , celte heureuse occurrence pour son fils devrait plutôt être recherchée par elle et par les amis de son fils que proposée par nous ; et b cette fin , nous pensons que vous devez négocier avec elle de maniéré à la détourner de se prêter effectivement aux projets de la France, qui sont, comme nous le savons, de la transporter en France, elle et son fils; comme aussi de manière b prévenir qu’elle ne se croie justement offensée, comme cela pourrait dans la suite arriver, si elle apprenait ce que nous devons négocier avec le* lords par rapport au prince son fils.
Le chevalier Nicolas Tisoomostok à la reine Élisabsti.
A Edimbourg , l( Jaillrt iSSj.
Votre majesté est sans doute informée de ce que j’ai mandé b M. le secrétaire par mes lettres des 11 et 12 juillet, du jour de mon entrée en Écosse, des raisons de mon retardement, de inon logement b Faricastle, place appartenant au lord llume, lequel est venu m’y trouver avec le lord Lidington , et de ce qui s’est pas*? dan* la conférence que j’ai eue avec eux pendant le séjour que j’ai fait audit Kastcaslle. Depuis re lemps-fa, je me suis
rendu 5 Édinibourft , le 12 dn courant, en la compagnie de* lords susdit*, el escorté par quatre cents chevaux qu’ils ma v aient donnés pour ma sûreté. \jt 13, qui était un samedi, jour indiqué pour une communion solennelle en cette ville, et le jeûne solennel ayant en conséquence été publié, je n’ai pu avoir conférence avec les lords assemblés en cette ville, ainsi que je l'aurais désiré , c'est-àdire avec les comtes d'Athol ,dc Morton, le lord Hume, le lord Lidinglnn, le chevalier Jacques Ralfour, capitaine du château. M. Jacques Macgiltel le président de la session.
Cependant je fis des démarches auprès du lord Lidington pour que mon audience ne fût point différée , et j’en fis de pareilles auprès du comle de Morton, que je rencontrai par hasard, l/un et l'autre me répondirent que, bien .que ce jour fût destiné à des exercices de piété, ceux du conseil qui étaient en ce lieu délibéreraient sur les moyens de me procurer mon audience et la conférence avec eux : el ils m’ajoutèrent que. dans l'aprèsmidi , ou bien ils viendraient chez moi , ou que j'entendrais parler d’eux. Le même jour 13 juillet , vers les quatre heures après-midi, le lord Lldingfon vint à mon logis, et me dit de la part des lords et autres, qu’ils me priaient de trouver bon que ma conférence avec eux fût différée, ce qui était principalement occasioné par l'absence des comtes de Mar el Glencàirn, des Irtrds Sent pie. Crighton, et autres du conseil. 11 m’ajouta qu'ils regardaient 1rs matières que j'avais à traiter avec eux de la part de sa majesté, comme étant d'une telle importance, qu'ils ne pourraient ni me satisfaire, ni traiter convenablement avec mol, ni me donner une réponse, sans l'avis des lords et de leurs autres associés. Le lord Lidington me dit aussi . qu’il s'était aperçu dans notre conversation particulière en venant ici, que je pressais fortement pour avoir promptement accès auprès de la reine leur souveraine, et qu'il voyait que les lords et autres qui étaient ici feraient de grandes difficultés sur ce point , par plusieurs considérations , mais principalement parce qu’ils avaient refusé cette même chose à l'ambassadeur de France, et qbr, si on me l’accordait, la France en serait grandement offensée; ce qu'ils voulaient absolument éviter, attendu que par la conduite que votre majesté avait tenue aèec eux jusqu’à présent, ils ne voyaient point qu’il leur fût avantageux d'irriter le roi de France, et de perdre sa faveur et sa bienveillaiire. Je lui répondis, par rapport au refus fait à l'ambassadeur de France , que M.de Villeroi, ambassadeur de France, avait été dépêché avant que toutes ces choses fussent arrivées, et que le principal but de celle ambassade était d’attaquer le mariage de la reine avec Rotbwell ; que depuis mon arrivée ici , j’avais été bien informé que c’était l'objet de la commission de cct ambassadeur, et de proposer un autre mariage; quant à M. du Crocq, qu’il n'était pas possible qu’il eût reçu des ordres de France par rapport à ct-s choses depuis qu’elles étaient arrivées ; que par conséquent ils avaient de fort bonnes raisons de s'en méfier, et de leur interdire des conférences avec la reine, de peur qu’ils n’allassent traiter des affaires du temps sans avoir d’instructions à ce sujet, et qu'il* ne fissent plus de mal que de bien : mais que votre majesté, ayant été instruite de toutes les chose* qui étaient arrivées, m'avait envoyé r< pour traiter avec eux relativement au bien du royaume à la conservation de leur honneur et de leur crédit, et à leur propre sûreté , el que je pouvais hardiment lui dire
que votre majesté avait mieux agi que la France à leur égard. Il me dit que, pour ce qui était de lui , il avait de grandes obligations à votre majesté, et qu’il avait toujours trouvé en Angleterre faveur et honnêteté, a Mais « pour votts parler franchement, monsieur, m'ajouta- « t-il, il n’y a pas beaucoup de gens dans cette assemblée « qui croient avoir à la reine votre souveraine autant « d'obligations qu'au roi de France. Les comtes de Morn ion et de Glencairn sont les seul* qui aient profité du « secours de la reine à Lehb, les autres seigneurs n’éu taient point à cette affaire ; et nous pensons, dit-il, « que sa majesté la reine votre souveraine, de l’avis de « son propre conseil et de celui de tout le momie, a re- « tiré plus d'avantages de cette affaire que le royaume a dfrosse en général , ni aucune personne en particu- « lier. Mais pour ne vous plus parler comme à l’ambasa sadcitr, mai* comme au chevalier [Nicolas Throkmorn Ion , milord Morton et tous ceux qui se sont trouvés « dans la peine à l’occasion de la mort de David Rizio « n’ont reçu que de faibles offices de votre reine lorsqu'ils n ont été bannis de leur propre pays. Je voudrais rue « toute notre compagnie fût aussi bien disposée que je le « suis de mon cûlé à suivre les intention* et à répondre a aux désirs de la reine votre souveraine : mais je ne « suis que seul ; je ne suis pas des plus considérables, et « il y a un grand nombre d’autres seigneurs qui ont un a intérêt très fort en celte affaire. Je puis bien voosas- « sure r que je m’y emploierai moi-méme et tout tnon « crédit , que je ferai tout ce qui est en moi pour donner « satisfaction à la reine votre maîtresse autant qu'il me « sera possible ; mais vous avez vous-même, me dit-il, a beaucoup d’amis dans cette assemblée ; » et il huit par plusieurs autres bonnes paroles. Pour conclusion, il faut que je prenne ceci pour une réponse jusqu'à l’arrivée des autres lords, et sur ce, j’ai cru devoir donner avis à votre majesté de ce qui s’est passé ici, et du progrès de mes démarches, pour répondre au désir qu’elle a de savoir ce qui se passe ici.
Ür, pour que votre majesté soit pleinement instruitede l’état des choses ainsi que je les ai apprises depuis mou arrivée ici, je la supplie d’agréer les détails suivans :
La reine d’Écoxse est en bonne santé dans le château de Lochleven , gardée par le lord Lindsay , et Lorbleven, propriétaire de ce lieu. Le lord Ruthvcn a été employé à une autre commission , parce qu'il commençait à moulrer beaucoup d’attachement pour la reine, et qu’il lui donnait avis de ce qui se passait. Flic est accompagnée de cinq ou six daines, quatre ou ciuq demoiselles, et de deux femmes de chambre, dont l'une est française. Le comte de Bucban et le frère du comte de Murray ont aussi la liberté de voir la reine autant qu'ils le veulent. Les lords susdits, qui l’ont en garde, la tiennent fort étroitement resserrée ; et autant que je puis l'apercevoir, la rigueur est exercée par l’ordre de ces messieurs, parce que la reine ne veut point , à quelque prix que ce soit , accorder son autorité pour poursuivre le meurtrier, ni cousenlir, quelque chose qu'on puisse lui représenter, à abandonner Bothwell et à le renoncer pour son mari ; qu’elle déclare constamment qu’elle veut vivre et mourir avec lui ; qu’elle dit que s’il était à sou choix d’abandonner la couronne et ton royaume, ou le lord Bothwell, elle abandonnerait son royaume et sa di- Gnité pour vivre avec lui comme uue simple demoiselle,
A P P F. N D I C F, DF l.’HISTOIRF D’RCOSSF.
rl qu elle ne consent ira jamais qu'il éprouve de mauvais traite mm*, ni qu'il ail plus de mal qu’elle-même.
Amant que j'rn puia juger, la principale cause de la détention de la reine vient de ce que les lord» voient cette vive affection de la reine pour ftolhwcH dans l'état où elle est actuellement , et qu'ils seraient obligés d'étre continuellement vous les armes , et souvent dans l'occasion de donner des batailles, attendu qu'on a découvert, et qu'il est notoire et évident , que Bolhwel! est le principal auteur du meurire, et que Irsdits lords ont intention de poursuivre Bothwell en justice , ainsi qu'il le mérite.
Les lords pciisrut aussi que le divorce entre la reine et lui, ainsi que le mariage, ne peuvent point être soufferts par plusieurs considérations, et querelle séparation ne pourrait plus avoir lieu si la reine éiail eu liberté, et si elle avait eu inain le pouvoir.
Ils ne peuvent pas non plus oublier leur propre péril, joint avec le danger de la vie du prince. Mais, autant que jVn puis juger, ils ne sont point dans rinteniion d'alicnier à rhonneur ni à la sûreté de la reine , car ils parlent toujours d’elle avec respect et vénération ; et je pourrais bien aftinner, ainsi que d’ailleurs cela m'est revenu, que les conditions ci -dessus une fois accomplies ils la remettraient en liberté, et qu’ils la rétabliraient en son étal.
Ces lords ont pour la garde de leur ville quatre cent cinquante arquebusiers , qui sont en fort bon état ; et pour l'entretien de celle compagnie jusqu’à ce que toutes les affaires soient arrangées, ils supplient votre majesté de les aider d’une somme d'argent, telle qu'elle a été mentionnée dans la lettre du lord Lidington à M. le secrétaire, et qui se monte, à ce que je vois, à dix ou doute raille écus.
Ils ont eu dernièrement avis que le roi de Frsnee était dans l'intention d'envoyer ici M. de Lachapelle des tlrsiiis , chevalier de l’ordre de France , homme fort attaché à la maison de Guise ; et bien que la Forent, Yillcroi et du Crocq aient parlé à votre majesté en faveur de la reine et au désavantage de ces lords-ci , du Crocq ne rapportera ici que des choses peu avantageuses pour la reine ; si bien qu'on croit même que lorsque du Crocq sera arrivé près du roi son maître, ce prince aimera mieux satisfaire les lord* que de complaire à la reine ; car la partie de* tords est si bien liée que la France fera plus de profil par leur moyen que par aucune autre voie.
J’cmoie ci -joint, à votre majesté, la dernière convention accordée et signée par les Hamiltoii , le comte d’Argyll , ilunlly et plusieurs autres, à Duinbarton.
Cependant, depuis mon arrivée en celle ville, le* Hamillon m’ont envoyé un gentilhomme de leur nom , appelé Robert ilamilion, avec une lettre de l’arrhevêqoe de Saint-André et de l’ab!»é d’Arbrothe.dont j’envoie copie à voire majesté, ainsi que de la réponse que je leur ai faite, laissant au porteur à lui rendre compte de certaines choses qui mont été dites par ce gentilhomme.
1^ comte d’Argyll m’a pareillement dépéché un homme avec une lettre de créance. Jeu ai usé avec lui comme avec les autres, et j’envoie à votre majesté la copie des lettres respectives. Le lord Ilarries a envoyé vers moi, nuis sans écrire . et j’en ai usé de même envers lui.
Vers le 20 de ce mois . il y aura une assemblée de toutes le* églises, provinces et bourgade ce royaume, particulièrement de ceux qui désiraient de venir joindre Us lords en celle ville, où l’on pense que tou:e celle af-
faire sera traitée; et je crains bien que ce ne soit au désavantage et grand danger de la reine , h moins que le lord Lidington et quelques autres qui sont les plus affectionnés à la reine n’y apportent quelque remède ; car je m’aperçois que le plus grand nombre, pour ainsi dire tous , et surtout la populace , témoins de ces événemeus, parlent hautement du déshonneur de la reine , et qu'ils sont fort occupés ou de la déposséder ou de la perdre. Considérant la fureur qui a saisi ici tous les esprits, j’ai employé tous les moyens que j’ai cru les plus propres à faire proroger cette assemblée, car ce remède m’a paru le plus convenable dans celte occurrence. Je ne pouvais pas parler de la dissolution de l’assemblée , car on ne l'aurait pas souffert ; je me serais fait détester , et je me serais mis en graud danger. La plupart des lords qui sont ici seraient , à ce que je crois, portés à prendre les voies de douceur à l’égard de la reine , mais ils rraigueut la nage du peuple. Les femmes sont les plus effrontées et les plus furieuses contre la reine ; cependant le* hommes, de leurcoté, sont assez fous pour qu'un étranger qui voudrait trop s’en mêler pût, en un moment, en devenir la victime.
On disait fortement ici que, vers le 21 de ce mois, les llamilton et leurs adbéren* devaient mettre leurs troupes en campagne ; mais je ue trouve pas que cela soit aussi vrai que le bruit en court.
Le comte d’Argyll est dans les montagnes, où il y a de la discorde entre ses propres gens.
Iæ corn le de leimox est fort désiré ici par les lords qui y sont, cl je crois que votre majesté pourrait l’employer utilement et diriger se* démarches, ainsi qu’elle le jugera à propos, pour l'accomplissement de ses vues, vis-i vis de ces gens-ci.
Le comte d’Argyll , les Hamillon et lui sont incompatibles. . . . Je vois dans les Hamillon , Argyll et ses associés, une contrariété et variété de passions.
Les Hamillon font semblant de vouloir la liberté de la reine et de travailler sérieusement à la lui procurer, parce qu’ils aimeraient mieux voir succomber la reine aux efforts de rcs lords, que de la voir enlever par force de leurs mains. D'autres fois ils paraissent désirer sa liberté et la destruction de Bolhwell , parce qu’ils voudraient arranger un mariage entre la reine et le lordd’Arbrothe.
l-e comte d’Argyl! parait vouloir la liberté de la reine et la destruction de Bolhwell , parce qu’il voudrait que son frère épousât la reine.
Malgré les liaisons déclarées de ces seigneurs, comme il apparaît par leur convention, aucun d’eux ne découvre ses idées h un autre , et ne veut tendre au même but. Knox n'est point ici, il est dans la partie occidentale. Lui et le* autres ministres doivent se rendre ici à In grande assemblée. Je crains la sévérité de cet homme pour la reine, autant que celle de qui que ce soit.
Par dre conversations que j’ai eues avec quelques personnes de ce conseil d’ici , il me parait qu'ils ont eu avis que la reine d’Écosse était dans la disposition de sortir de ce royaume , cl de sc retirer, soit en Angleterre , soit en France , mais plus volontiers en Angleterre , à cause du mauvais vouloir qu’elle sait être contre elle, et qui existe encore en France. File laissera , dit - on , la régence à un certain nombre de personnes par elle déléguées et autorisées, soit à une seule personne, soit à plusieurs.
Je supplie votre majesté de m'excuser si je crois ne devoir point omcltrc de lui rappeler, que si la reius
3ca
d'Ecosse passe en Angleterre par votre permission et sans le consentement du roi de France, elle perdra le douaire qu'on lui fait en F rance , et qu'elle n'aura d’ici que peu de chose pour son entretien ; et que si elle passe en France avec le consentement du roi , et si elle reprend son crédit ( sa disgrâce pouvant être effacée par le laps de temps), elle pourra , soit en faisant un mariage avec un homme de sa qualité , soit par d’autres voies , devenfc un instrument dont on saura foire usage pour susciter de nouveaux troubles dans son propre pays, et, par conséquent, dans les étals de votre majesté.
En conséquence votre majesté voudra bien foire ses réflexions sur ce point , et me foire connaître , le plus tôt qu’il se pourra, ses volontés, et comment je dois répondre en cette occurrence si la chose m’était proposée, soit par la reine , soit par le conseil , comme une voie pour concilier les esprits et pour terminer les querelles. J'ai appris dernièrement , et je suis sûr qu’elle parait désirer fortement que les choses se passent de manière qu’elle puisse aller en Angleterre en se retenant sou état et son autorité, quoiqu'elle ne l’exerce point. J’ai pareillement ouï dire que quelques-uns du conseil, et qui sont moins occupés de sa sûreté, pensent qu’il n'y a point d'autre voie pour la sauver. Je prie le Tout - Puissant de conserver la santé , la gloire et la prospérité de votre majesté.
A Edimbourg , 14 juillet 1567.
Le chevalier Nicolas Throkjioston à (a reine Elisabeth.
A Edimbourg, le 18 Juillet 1M7,
Votre majesté aura vu par mes lettres du 14 de ce mois , les démarches que j'ai faites auprès des lords qui sont ici, et les réponses que j’en ai reçue*. Depuis ce temps-là j’ai parlé en particulier au comte de Morton, au lord Lidinglon, et au chevalier Jacques Balfour, capitaine de ce château ; je n’aperçois pas que , par leur moyen , je puisse jamais obtenir accès auprès de la reine à Lochlcven, attendu qu’ils m’objectent toujours l’absence des lords et autres leurs associés, lesquels , disentils , Us attendent dans deux jours ; et comme je pense , autant que je puis le conjecturer, que l’accès auprès de la reine me sera difficilement accordé , j’ai cru que je ne devais point faire partir cette dépêche , jusqu’à ce que j’eusse une réponse décisive sur ce point.
Je supplie en conséquence votre majesté d’entendre Robert Melvin, revenu de chez la reine à Lochlcven , en reue ville, le 6 de juillet, et qui a apporté une lettre de la reine , et écrite de sa propre main, aux lords qui sont ici, et qui contient, à ce que j'entends, les choses suivantes :
Elle demande aux lords d’avoir quelque égard pour sa santé , et que s’ils ne veulent pas lui rendre sa liberté , ils consentent au moins à changer le lieu de sa détention, et à la transférer au château de Stirling, pour qu’elle puisse avoir son fils avec elle et en recevoir quelque consolation ; que s’ils ne veulent point l’ôter de Locbleven , elle demande d'avoir quelques autres dames avec elle , mais saus eu nommer aucune ; d’avoir son apothicaire ; d’avoir un ministre modéré; .... d'avoir un brodeur pour dessiner un ouvrage auquel elle veut
travailler , et d'avoir un valet de chambre Par rap-
|M>rt à l’administration de ce royaume , elle offre deux choses, qui ne sont mentionnées dans sa lettre qu'en termes généraux , sans entrer daus aucun détail , el qui
ISTOIRE D’ÉCOSSE
sont référées à la créance donnée à Robert Melvin : les unes, pour n’étre confiées qu’au comte de Murray seule ment et uniquement ; les autres, pour être communiquées aux lords dont les noms s’ensuivent , assistés de tels autres qu’ils jugeront à propos d’y appeler , comme le duc de Châtellerault, les comtes de Morton, de Murray, de Mar et Glcncairn.
Elle leur mande , que je puis avoir accès auprès d’elle.... Elle leur demande, au surplus, que s’ils ne veulent point la regarder et la traiter comme leur reine, ils en usent au moins avec elle comme avec la fille de leur souveraitt ( que plusieurs d’entre eux ont connu ) et comme avec la mère de leur prince.... Elle ne veut points à quelque prix que ce soit, cesser de regarder Rothwell comme son inari, ni l'atandonncr; chose qui, plus que tout, contribue à son malheur, et qui endurcit les lords à une plus grande sévérité à son égard.
Elle consent, en paroles seulement, à la poursuite du meurtre.
J’ai les moyens de lui foire savoir que votre majesté m’a envoyé ici pour la secourir.
J’ai essayé aussi de lui persuader de se prêter à ce qu’on exigeait d’elle, savoir, de renoncer à regarder Rothwell comme son mari , et de consentir que le divorce soit fait entre eux. Elle m'a fait dire qu’elle n'y consentirait jamais, et qu’elle aimerait mieux mourir. Elle se fonde sur cette raison, qu'elle se croit grosse de six semaines, et qu’en renonçant à Rothwell, elle se reconnaîtrait grosse d’un bâtard , et avoir forfait â son honneur, ce qu’elle ne voudrait jamais foire au péril de sa vie. Je l’ai exhortée à sauver sa propre vie et celle de son fils, et à choisir la condition la moins dure.
M. Knox est arrivé en cette ville le 6 de ce mois; j’ai eu quelques conversations avec lui, ainsi qu'avec M. Craig, l'autre ministre de cette ville.
Je les ai exhortés à prêcher, et persuader les voies de douceur. Je n’ai trouvé en eux , dans cette conversation f qu’austérités ; je ne sais pas ce qu’ils feront dans la suite, lis sont munis de force argumens, les uns tirés de l’Ecriture, les autres puisés dans l'histoire, quelques-uns appuyés, disent-ils, sur les lois de ce royaume, d'autres sur les usages reçus, et quelques autres sur les conditions stipulées et le serment fait par leur prince lors de son couronnement.
L’évêque de Galloway, oncle du comte de Huntley , a mandé aux lords qui sont ici que le comte son neveu, et quelques autres de ce parti , avaient eu quelques pourparlers â Linlithgow ou à Stirling avec quelques lords de l’autre parti, et qu'ils les avaient assurés que les lords de leur parti étaient dans la disposition de se concerter avec ceux-ci, leur promettant de plus, qu’il n’y aurait point de division entre eux pour des bagatelles ou des choses inutiles et, suivant ce qu’on m’a donné à entendre, ils consentiront à la continuation de la détention de la reine jusqu’à ce que le meurtre soit poursuivi contre toutes sortes de personnes, ce qui embrasse la séparation de la reine et de Bolhwell, la conservation des jours du prince, la sûreté de tous les citoyens, le bon ordre établi dans le gouvernement , et la tranquillité daus le royaume.
l-e capitaine Clerk , qui a servi pendant si long-temps en Danemark , et qui a été employé à Newhaven , a tué, le lf( de ce mois, un nommé Wilson, marinier. Llerk était accompagné d'un de scs soldats; et le bruit général
mt que c’est le soldat qui a fait le coup. Ce Wilson était fort estimé par les lords qui sont ici , tant pour son habileté que pour sa hardiesse, sa probité et sa bouue volonté dans les occurrences présentes. Sur quoi Clerk a pris le parti de se cacher. La querelle est venue sur un vaisseau qui a pris Blarkeler, lequel vaisseau était envoyé par ces lords d’ici pour aller, dans la partie septentrionale de l’Écosse, barrer le chemin au comte de Bothwell , en cas qu’il voulût passer aux Iles, ou en quelqu’autre endroit. La mort de cet homme Fait échouer ce projet.
L’évé iue de Galloway est venu à Linlilbgow , et a demandé à parler au lord Lidington.
L’abbé de Killwinuing a envoyé chercher le chevalier Jacques Balfour, commandant du château, pour conférer avec lui.
Ainsi que je l'ai écrit à votre majesté dans ma dernière le ttre, les llamihon ne cherchent point actuellement à désunir les nobles et à semer parmi eux la division; ils veulent , au contraire, concourir en tout avec les nobles, et même à se porter aux dernières extrémités cuvers la reine, en sorte qu’ils puissent être assurés que si le prince d'Ecosse est couroaué roi, et qu’il vienne à mourir sans postérité, le fils du comte de Lennox n'héritera point de la couronne de ce royaume comme le plus proche héritier de son neveu.
Et quoique les lords et les conseillers parlent de leur reine avec respect, avec douceur et avec charité , en sorte que je ne puis apercevoir dans leurs discours aucune intention de se porter à la violence et à la cruauté, cependant je vois par mes correspondances que la reine est dans un grand danger de la vie, parce que le peuple rassemblé ici & celte convention est fortement entêté de la perle de la reine.
On dit hautement parmi le peuple et parmi les gens de tous les états, à l’exception des conseillers, que la reine n’a pas plus de droit de commettre un meurtre ou un adultère, qu’aucun particulier, et qu'elle est également soumise en ces points aux lots divines et humaines.
Le comte de Bothwell et tous ses adbérens et associés ont été trompeilés par ordre de la justice ordinaire de cette ville, nommés les lords de session , et Tordre a été donné à tous les shérifs et autres officiers, de le prendre, lui, et tous autres ses associés et recéleurs.... Le portier du comte de Bothwell , et un autre de ses serviteurs. ont été pris, et ont avoué diverses circonstances qui prouvent évidemment que ledit comte était un des principaux exécuteurs du meurtre, y ayant assisté en personne, accompagné de plusieurs autres, dont je n’ai pas pu juaqu’iri savoir le nombre ni les noms , à l’exception de trois , savoir deux des Ormiston de Tivotdall , et un flayborn de Boltoo. U* lords seraient bien aises qu’aucun des meurtriers ne pût trouver accueil ni retraite en Angleterre, et ils demandent que les officiers des frontières aient des ordres en conséquence. Bothwell se lient toujours dans la partie septentrionale; mais le lord Seaton et Fleming, qui y avaient été avec lui , l’ont entièrement abandonné , et sont en chemin pour venir de ce cdté-cL... La bonne intelligence s'affermit de jour en jour entre ces lords-ci et ceux qui ne voulaient pas se joindre à eux. Cependant ces lords ont envoyé cent cinquante arquebusiers à Stirling pour garantir 1a ville et le passage de toute surprise. Ils en ont fait autant à Saint- Johnston , qui sont les deux endroits où Ton passe en
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venant de la partie septentrionale et de la partie occidentale en cette ville. J’apprends que le commandant de Dumbar est fort occupé à fortifier cette place. Je suis étonné que les voitures ne soient pas interceptées autrement qu’elles ne le sont.
Dernièrement la reine a écrit au commandant dudit château. La lettre a été interceptée, et Ton y a découvert des choses qui sont peu à l'avantage de la reine.
Je n’ai rien appris de plus qui mérite dVtre mandé 5 votre majesté, parlant je prie le Seigneur d’accorder à voire majesté une longue vie, une santé parfaite cl uuc félicité sans nuages. •
Ce 18 juillet 1567.
Lettre du chevalier Nicoi.u Throkmosiok, au très honorable
comte de Leicesti h , chevalier de l'ordre , et l’un de* lord*
du conneil privé de sa majesté.
Mes précédentes dépêches envoyées à sa majesté et J M le secrétaire, depuis le 12 de juillet, auront suffisamment instruit votre seigneurie de l’état de ce pays-ci et du train qu’y prennent les affaires; ainsi je croirais inutile d'importuner votre seigneurie par de lonjpi détails. La reine est sur le point d'être privée de la dignité royale ; son fils va être couronné roi. Elle est détenue en prison dans son royaume , lequel va être gouverné, au nom du jeune roi, par titi conseil composé d’un certain nombre de nobles et autres homme* expérimentés de ce royaume. Ainsi , il est aisé d’apercevoir que tout ce qui pourra se faire à l’avantage de sa majesté la reine et du royaume d'Angleterre, dépendra principalement, et en quelque aorte, entièrement des lords d’ici, et autres leurs associés qui sont assemblés à Edimbourg. Or, si sa majesté la reine persiste dans les mêmes sentimens par rapport i la reine d’Ecosse (de quoi il ne peut jamais revenir aucun bien i sa majrsté ), je vois clairement que ces lords-ci et tous leurs adnérens deviendront aussi bons Français que le roi de France peut le désirer, relativement à ses vues et à scs desseins. Quant aux Hamidou , aux comtes <y Argyll, deHuulley cl leur faction, ils sont tellement entêté* sur ce point, qu’il ne sera pas besoin de grandes négociations pour le* attirer entièrement à la dévolion.dc la France; car les choses sont, en ce pays-ci. disposées de manière que la France tient aujourd'hui plus que jamais l'Ecosse dan* son union et sa dépendance pour l'accomplissement de tocs scs desseins : savoir de quelle manière on pourra se servir du jeuue prince pour inquiéter l’Angleterre, je m’en rapporte aux lumières et à la sagesse de votre seigneurie, qui apercevra toute l'importance de la chose, et qui en pèsera toutes les cir constances. Je suis persuadé que votre seigneurie saura, daus le temps, et ce temps est fort prochain, donner conseil à sa majesté de ne rien négliger pour avoir le prince d'Ecosse en sa possession , ou du moins à sa dévotion. Quant au premier point j'imagine, entre autres choses , que rien ne serait plus propre à produire cet effet que de caresser les lords et autres qui sont rassemblés, et de tourner leurs affection* vers sa majesté. J’ai eu quelques conversations avec le lord Udingion à ce sujet; et à en juger par quelques propos qu’il m a tenus, je vois que lorsque sa majesté aura gagné ces homme* et les aura mis dans ses intérêts , la principale chose qui pourra les engager à envoyer leur prince en Angleterre ,
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dépendra de la déclaration que la reine et les royaumes feraient pour rendre le prince habile à succéder à la couronne d'Angleterre , faute d’héritiers de sa majesté , procréés de son corps. On pourrait encore demander quelque autre chose, comme, par exemple, que l'entretien du prince et de sa suite fût à la charge de l’Angleterre. Ce que j’aperçois très bien , c’est qu’on ne pourra jamais engager ces hommes à donner leur prince en Angleterre, sans la première condition par rapport à la succession au trône d’Angleterre: car, dit Lidington, cette condition étant une fois stipulée, le prince dépendra aussi cher aux peuples d’Angleterre qu'aux peuples de l’Écosse; les uns et les autres seront également intéressés à sa conservation. Autrement, dit-il, tout bien considéré, on pourra dire que les Écossais, pour mettre leur prince en sûreté , ont fait comme des gens qui donneraient les brebis à garder aux loups. Enfin, votre seigneurie pourra apercevoir où l’on en veut venir et quel est le but daus toute celte affaire. Four ce qui est de donner leur prince eu recevant des otages pour sa sû reté : a Pie pensez pas, dit-il, que la coudilion qui re- « garde la succession , n'étant point encore accomplie , la « noblesse cl la nation consentent jamais à se voir privés m de leur souverain , quelques otages qu'on pût leur don- « lier, sou» quelques promesses qu'on pût leur faire, quel- « que* avantages apparens qu’on pût leur présenter pour « l’avenir. Il ne serait pas même avantageux pour vous «autres, me dit-il , que cela se passât ainsi, car vous « hasarderiez alors toute votre fortune dans un seul vais- « seau , ce qui pourrait avoir des conséquences dauge- « mises, attendu l’éloignement de la reine votre souveu raine, à consentir à l'établissement d’aucun successeur « â la couronne. Et serait-il convenable , en aucune mate niere, que sa majesté, qui a déjà en sa possession tant « d’autres personne* qui peuvent prétendre à la cou- « ronne d’Angleterre, ou en hériter , ait ainsi notre « prince confié à sa garde? Sans de bonne* capitulations, « une pareille démarche pourrait avoir des suite* étranges cr et dangereuses, quoique la reine votre maîtresse croie o que de pareilles idées ne peuvent provenir que de cer- « veaux creux, ainsi que vous nous l'avez déclaré de sa v part, o
Huant à ce qui t'est passé depuis ma dernière dépêche , et au point où les affaires «ont parvenues, votre seigneurie eu sera informée par le* lettre* que j'ai adressée* dans le temps à la reine. Et sur ce, je prie le Tout-Fuissant «le porter votre seigneurie au comble des honneurs et de la prospérité.
^ A ÉdiiTi bourg , ce 24 Juillet 1567.
Yo.re seigneurie aura pour agréable de faire part de celte lettre â milord Stuart.
La muse au chevalier Nicolas Throkmouton. n Oc par la reine,
« Féal et bien amé , salut. Considérant qu’il y a déjà «i long-temps que vous êtes en ce pays sans avoir obtenu « d’expédition en la charge qui vous a été commise, et « voyant que nos bonnes intentions envers cet étal n'ont « poiut eu le bon accueil et le succès qui leur étaient dus « par de très bonnes raisons, nous pensons qu'il n'est * point conveuable que vous restiez plus long temps en
«ce pays. Partant, notre intention est, qu'aussilot la « présente reçue, vous envoyiez Middlemorc, voire do- « mesiique, vers les lords et états de ce royaume, qui « sont assemblés, en le chargeant de leur déclarer qu’il a nous parait tout-à-fait étrange que, vous ayant été en- « voyé par nous à de si bonnes intentions, pour traiter a avec eux sur des choses qui teqdent si manifestement « à leur propre tranquillité et au bien générai de leur a état et pays, ils aient négligé à un tel poiut leurs pro- « près intérêts, et qu’ils nous aient regardés, nous et « nos bonnes intentions, avec autant d'indifférence, non- « seulement en différant de vous entendre et de vous « donner accès auprès de la reine leur souveraine, mais « aussi, ce qui est le plus étrange, eu ne daignant pas « nous faire aucune réponse. Et, bien qu’en effet ces ac- « lions soient telles que nous ne devions pas nous y at « tendre de leur part, toutefois nous trouvons que leurs « comporteniena et procédés envers leur reine et souve- « raine surpassent tout le reste et sont si extraordinaires, « que nous ne pouvons pas nous empêcher de penser, et « tout l'univers sans doute avec nous, qu’ils ont en ceci a été bien au-delà du devoir de sujet*, et qu'il doit ué- « cessairement en résulter sur eux une tache perpétuelle « et ineffaçable. El , en conséquence , il leur dira que , « pour ne pas faire plus long-temps des démarches inu- « tiles, nous avons jugé à propos de vous rappeler auprès « de nous . les requérant de vous donner congé cl passeci port pour ce faire : et voulons qu’aussitût que vous les u aurez obtenus, vous vous rendiez ici près de nous avec « toute la diligence qui vous sera possible. Donné, etc. . » Et sur le dos est écrit , 6 août 1567.
TüROKMorroN au très honorable sir tiiiLUiuse Crm, l’un
des conseillers de sa majesté en son conseil privé et son
premier secrétaire.
Monsieur ,
Vous avez su par la lettre que j'ai écrite dans le temps à sa majesté , ce que j'ai appris depuis l’arrivée de milord de Murray et de M. de Linnerd. Les Français sont dans leurs négociations comme dans leur boisson : ils melleiii de l’eau dans leur vin. Autant que je puis pénétrer leurs menées, ils ne s'embarrassent pas beaucoup de savoir si la. reine a bien dormi , ni elle vit ou si elle meurt, si elle est en liberté ou en prison. Le point où iis visent est le renouvellement de leur ancienne alliance, et ils seront également conteus de faire ce renouvellement avec ce jeune roi , quel que soit son titre, et par l’ordre de ces lords-ci ou autrement. Ly nere II n’est arrivé que d'hier, et je crois qu’il ne fera pas un long séjour. Vous pouvez penser si le* Français ont cherché à déplaire à ces lords-ci, lorsqu’ils ont changé I^chapelle des (Irons pour cet bumme, parce qu'ils se sont doutés que Lachapelle, étant papiste , ne leur serait point agréable.
Monsieur , pour vous parler plus clairement que je ne le ferais avec un autre , je crois que le comte de Murray suivra la même roule que ces gens-ci , et qu’il partagera leur fortune. Je n'ai entendu personne parier avec autant d'aigreur que lui contre cette tragédie et les acteurs qui y ont eu des rôles, tant il a d'éloignement pour ces horreurs J’ai eu vent que Lidington devait aller eu France, ce que je regarde comme une des choses les plus coo •
traire* à ro* desseins. Je puis vous assurer que tous les pruiesians de France veulent vivre et mourir dans la querelle de ces gens-ci; et je ne sais d’où peut venir le bruit qui a couru chez vous, qu’on devait envoyer des secours à la partie adverse, et que Martigues devait venir ici avec quelques troupes. M. Haudelot m’a assuré, sur son honneur, que bien loin que Martigues vint contre eux , il arrivait au contraire avec un bon renfort pour les secourir, et s’il n’est envoyé qu'avec une faible escorte, Robert Stuart doit venir avec un plus grand nombre pour le renforcer. Mais le connétable a assuré ces seigneurs que le roi de France n’a aucun dessein de les offenser. Monsieur , je vous prie d’agréer mon rappel, et de ine l’expédier promptement , car je ne peux rieu faire ici, qu'animer de plus eu plus les lords contre nous. Sur ce, je prends humblement congé de vous.
D’idimbourg . ce 12 août 15G7.
A votre service et à vos ordres.
La fUUNR A Nicoias Tkkok morton.
Féal et bien amé, salut. Nous avons, depuis deux jours, reçu trois de vos lettres, des 20, 22 et 23 de ce mois. Nous avions été précédemment sept jours sans en recevoir. Nous voyons par vos lettres, que vous nous avez avertis, avec beaucoup de soin et dans un grand détail, de tous les procédés violens et téméraires de ces gens-là , lesquels nous n’approuvons aucunement, et espérons avec le temps de les voir plus calmes, et qu’ils pourront se modérer ; car nous ne pouvons pas concevoir que ceux avec lesquels vous avez traité puissent répondre aux doutes proposés par les Oamilton. Ce qu’ils ont dit peut avoir lieu pour quelqu’un d’eux en particulier ; mais les choses proposées par les Hamilton doivent être agréées par toutes personnes raisonnables : car si , étant les nobles du royaume, ils ne peuvent pas soutenir d’entendre la reine leur souveraine déclarer s es intentions au sujet des bruits qui ont été répandus sur son compte par ceux qui ta tiennent en captivité, comment peuvent-ils ajouter foi à ces mêmes bruits, et obéir à ceux qui les répandent? Far conséquent, notre intention est que vous fassiez oien entendre aux Hamitton , que nous approuvons leurs procédés (en ce qui concerne la reine leur souveraine, par rapport à sa délivrance), et que nous sommes disposée à faire sur ce point tout ce qu’il nous paraîtra raisonnable de faire pour la reine notre sœur. Et si l’on vous dit, qu'avant votre départ, on désire que le lord Scroop se concerte avec le lord Herreis pour nous faire part de leurs intentions et savoir les nôtres, nous voulons bien y consentir, et vous ordonnons d’en donner avis par lettres au lord Scroop, et de vous montrer favorable à eux dans leurs actions, lorsqu’elles paraîtront clairement tendre à la délivrance de la reine et au maintien de son autorité. Et comme nous avons ordonné à notre secrétaire de vous écrire de revenir après votre message fait au comte de Murray , notre intention est que vous vous conformiez à ce qu’il vous écrira à ce sujet : et si vous êtes en chemin lorsque nos lettres vous parviendront, vous aurez toujours soin de foire savoir nos intentions au lord Scroop, et aux Hamilton
Et ail dos est écrit . 2!) août 1567.