N° XXXII
Le dm aller Nicolas Tvroknmiton au très honorable le lord de Limscton.
J’ai reçu, le 15 de juillet, voire lettre du 3 du même mois. Pour réponse, je vous dirai que les amis du lord régent et les vôtres, qui sont ici , désirent que dans toutes les affaires il y ail un tel concert, qu’il ne s’élève aucun démêlé tant pour le fonds que pour le» circonstances, ou du moins qu'il n’y en ait ni plus ni aucun autre que ceux que la différence de* pays doit nécessairement exiger. Nous pensons ici qu'il est à propos qu’on apporte le moins de délais qu’il sera possible pour la consommation de l’affaire en qucs.ion , pour (l’avancement de laquelle votre approbation , vos démarches et votre activité en Écosse, sont principalement requises : car vous êtes sage et prudent, vous conuaissez le monde, vous êtes au fait de nos humeurs et fantaisies, et vous savez que quelquesuns approuveront ou désapprouveront , avec raison , ‘quelques autres par respect pour la multitude, d'autres, par égard pour les personnes, et qu'ainsi l’affaire n’ira en avant qu’aulaut que les hommes voudront la pousser en avant. Il n’est pas nécessaire de vous dire que les uns se tiennent sur la réserve , que les autres affectent la neutralité, que d’autres apportent des délais, et que quelques-uns sont ouvertement opposans. Cependant il est certain que ces gens-là , tous en général et chacuu en particulier, changeront de méthode lorsqu'ils verront le régent et ses favoris s’accorder ici avec le plu* graud nombre et la plus saine partie de la nation , et agir de concert avec le parti le plus sage et le plus fort. Quoique l'affaire ail pris commencement en ce pays-ci, par de bonnes et fortes considérations, pour l'avantage présent et à venir des deux princes et de leurs royaumes, cepen dant ou juge qu'il est fort à propos que, par votre entremise, le régent et le royaume d'Écosse proposent l’affaire à la reine notre souveraine, si vous êtes dans l'intention d’agir en régie et convenablement, si vous voulez cicatriser vos plaies et remédier efficacement à vos maux passés. Je serais bien aise que ma lettre vou* parvint avant la tenue de l’assemblée, où il parait que le rétablissement de votre reine, et sou mariage avec le duc de Norfolk doivent être proposés, pour avoir sur ces points permission ou refus. Puisque vous me priée de vou* écrire franchement ce que je pense au sujet de ces procédés, voici quels sont mon idée et mon raisonnement. Il me parait que votre marche est inconsidérée , de demander le consentement de telles personnes et en de telles affaires, lorsque leurs esprits sont plutôt pressentis que préparés pour amener ces choses à une bonne fin : et par conséquent, il s’ensuivra nécessairement . ou un refus général, ou des factiuus et divisious cuire vous; au
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moyen de quoi , ce fracas et celle mésintelligence feront tans faute parvenir aux oreilles d'Élisabeth le mariage projeté; lequel aurait dû être proposé à son altesse, secrètement et avec des précautions. Vous voyez par- là que, dans ce procédé, l'intention est que sa majesté devienne inexorable , et de porter les choses à un tel point , que ce qui devait opérer la sûreté, la tranquillité et un calme pour les deux reines et leurs royaumes, augmente nos malheurs, et nous entraîne, nous, vos meilleurs ami* , à rompre avec vous , et en des divisions funestes entre nous-mêmes ; car vous ne devez pas penser que la chose soit encore actuellement en délibération : on n’altend qu’une occasion favorable pour l’exécuter. Je suis persuadé que vous ne pensez pas assez mal de nos manœuvres en cette afFaire pour ci oire que nous n’ayons pas fait les plus grands efforts, et que nous ayons été si avant sans l'assistance de la noblesse la plus habile, la plus sage et la plus puissante de ce royaume, à l'exception de la reine Élisabeth , à laquelle ceci a été caché, jusqu’à ce que vous, le ministre le plus propre à cela, lui en ayez fait la proposition de la part du régent et de la uoblesse d’Ecosse. Savoir jusqu’à quel point les calomnies de JH. YVood leur auront concilié les affections de la reine Élisabeth et de monsieur le secrétaire, et auront porté la reine et le secrétaire à assister le régent , et à traverser la reine d'Éeosse, c’est ce que jlgoore, et ce n’est pas* là de quoi il est question. Mais je pourrais bien assurer que sa majesté préférera sa propre sûreté, la tranquillité de son règne, et la conservation de son peuple, à tous les expédient qui ne seraient fondés que sur de vains propos, sur le tumulte des passions et sur des affections inconsidérées, yuant à monsieur le secrétaire, je ne compte pas vous apprendre que, comme il n'aime pas à se mettre trop en avant, il ue cherche pas non plus à reculer , surtout lorsqu’il n'en résulte pour lui aucune augmentation de richesses ou d'importance. Si je pouvais vous garantir sa magnanimité et sa constance, comme je puis vous assurer de ses dispositions actuelles, je vous dirais avec assurance que vous pouvez, en cette affaire, autant compter sur lui que sur le duc de Norfolk, sur les comtes d'Arundel , de Peinbrokc, de Leicester, de Bedford, de Sbmvsbury, et sur le reste de la noblesse, qui tous ont embrassé et protesté l'accomplissement de cette affaire. Je viens d’écrire , suivant voire avis, à milord régent, avec tout le zèle et l’intérét que je dois à sa bonne conduite, lui que j'aime et honore. Monsieur le secrétaire l’a assuré de la bienveillance et estime de la reine d’Écos.se , et il parait en être satisfait. Si vous avez autant de crédit que je l’espère, h.ltcz-vous de venir ici, car votre présence ici est absolument nécessaire. La reine Élisabeth a écrit à milord régent de manière à lui faire connaître le peu de fonds des discours de M. Wood au sujet de la bienveillance de sa majesté, et que les dispositions de monsieur le secrétaire ne sont pas conformes aux conjectures du régent. La lettre de milord Leicester, que vous recevrez par cet ordinaire , vous instruira sur ce point, et de l’effet qu'aura produit la lettre de sa majesté.
A 1a cour, 20 juillet 1569.