‹ Œuvres completes de W. Robertson precedees d'une notice (volume 2)Chapitre 54 sur 116 · N° XXXIII · texte numérisé non relu

N° XXXIII

Fragment d’une lettre du comte de Mirray à L B. (vraisemblablement le lord Burleigr )

D’autant que je vois qu’on a su tirer de grands

avantages de quelques circonstances peu importantes; qu’il a été, depuis quelque temps, fait très souvent mention , dans les deux royaumes, du mariage entre la reine, mère de mon souverain , et le duc de Norfolk; que ménip on a dit de moi que j’en étais le promoteur, ce que je sais être, à la fin, parvenu aux oreilles de sa majesté; je veux pour la satisfaction de son altesse , et pour m’acquitter de mon devoir envers sa majesté, vous déclarer la part que j'ai prise en cette affaire depuis ses premiers cotninenreineus , et les démarches que j’y ai faites; sachant bien que tout ce qui serait préjudiciable à son altesse ne pourrait être que pernicieux pour le roi, mon souverain , pour ce royaume et pour moi. Je ne puis pas dire quelles ont été les conférences que tous ceux qui ont été avec moi en Angleterre ont eu avec le duc de Norfolk , mais je n'ai absolument rien oublié de ce qui s'est passé entre lui et moi , soit dans ce temps- là , soit depuis. Et afin que sa majesté puisse savoir de quelle manière on en a agi avec moi en cette affaire, je suis obligé de dire un mot de quelques circonstances advenues avant qu’il fût question du mariage de 1a reine, à Yorck, lors de l’assemblée de tous les commissaires; je trouvai une très

et impartiale manière de procéder de la part du duc et des autres commissaires de son altesse, pour en entamer l’affaire et engager les autres à agir sincèrement, et à continuer sur le même ton. Cependant je jetai quelques propos tendant à notre juste défense . sur les choses qui nous étaient reprochées par lesdirs commissaires de la reine, ne songeant certainement à rien autre chose qu’à donner une connaissance sommaire de l’objet de la contestation , et pensant qu’il ne s’ensuivrait qu’une espèce de déclaration en termes généraux. Un certain jour, le secrétaire du lord Lidington alla avec le duc à Howard ; je ne puis pas dire quel était leur dessein : mais ce même soir, Lidington étant de retour, et entrant en conversation avec moi sur l’étal de notre affaire, il me conseilla de passer chez le duc, et de lui proposer un entretien en particulier, dans lequel je pourrais pressentir quelle serait l'issue de notre affaire. Je profitai de cet avis; je trouvai le temps et le lieu convenables dans la galerie de la maison où le duc était logé Après avoir renouvelé la connaissance que nous avions faite à Benvick avant les assises de Leilh , et quelques propos que nous avions tenus entre nous , il se mil à me dire , que comme il avait en Angleterre beaucoup de faveur cl de crédit, et que moi j'avais en Écosse la bienveillance et l'amitié de bien des gens , il y avait lieu de croire qu’il ne pourrait point y avoir d’instruinens plus propres que nous deux , pour travailler à la continuation de la bonne intelligence entre les deux royaumes. Et en discourant ainsi sur notre situation présente de l'un et de l'autre, et sur la manière dont je m'étais engagé en cette affaire, qui tendait si fort au déshonneur de la reine, il ine pria de peser les conséquences de la chose , de considérer les marques de bienveillance que j'avais reçues de la reine, et les inconvémcns que la diffamation de la reine daus les chefs d'accusation formés contre elle, pourrait

avoir pour sa postérité, a La reine , ajouta-t-il , mérite ««des égards par rapport A la couronne d'Angleterre, en ««étant regardée comme la seule héritière. Les Hamilton,

«< vos ennemis, sont ensuite ses plus proches héritiers, et « vous devez croire que la postérité de la reine, procréée «(de son corps, vous sera bien plus affectionnée à vous «et aux vôtres, que tous les autres qui peuvent parvenir «à la couronne : et ainsi il serait bien plus A propos que «la reine confirmât sa démission faite à Locbletin, et «que nous, nous supprimions les lettres écrites de sa «main, afin quelle ne soit pas diffamée en Angleterre.»

Ma réponse à cela fut que, comme la chose avait passé dans le parlement, et que plusieurs personnes avaient vu les lettres, la soustraction de ces mêmes lettres ne serait pour ta reine d'aucune utilité pendant que nous, par celte démarche , ferions retomber sur nous toute l'ignominie de la chose, en iffirmanl que nous avions manqué de franchise et de sincérité dans notre manière d'agir, puisque sa majesté la reine d'Angleterre u’atiraii pas été informée de la chose ainsi qu’elle devait l’être, et l’étre d’autant plus que nous étions venus déterminéinent en Angleterre à cet effet , et pour le .... comme faisant le gain de notre cause.

La réponse du duc fut, qu’il voulait se rendre le garant de la cour par rapport â ces affaires. Ensuite de ceci, à l'occasion de certains articles dont on demandait la solution , avant que nous en vinssions A la déclaration précise des vrais fondrmensde notre affaire , nous vînmes à la cour, où quelques nouveaux commissaires furent joints aux premiers, fl oit il fut ordonné que l’affaire serait entendue dans la chambre du parlement A Westminster, en présence de laquelle les commissaires de ladite reine et .... par le .... en dépit des commissaires de la reine d'Angleterre; nous exposâmes l'affaire avec toutes ses circonstances , et nous produisîmes tous les témoins, lettres cl procédures que nous avions, et qui pouvaient disposer sa majesté la reine à penser favorablement de notre cause. Sur quoi, attendant la déclaration de son altesse, ci voyant qu’il y avait peu d’apparence qu’elle nous fût donnée promptement , attendu qu'on faisait journellement des menées pour en venir à un accord avec la«lite reine, pendant que nos affaires courantes en Écosse étaient en grand hasard et danger, nous donnions la torture à notre esprit pour imaginer à quoi tout cela aboutirait , puisque, bien que nous n’eussions rien omis pour la justification de nos démarches, nous n’en apercevions point la définition , mais des menées continuelles pour en venir A quelque accord avec la reine, et la rétablir en tout ou en partie dans son royaume. Je n’avais point d'autre réponse A leur donner, si ce n'est que je n'agirais jamais contre ma conscience et contre mon honneur en celle affaire. Voyant néanmoins que cette réponse, si franche de ma part, n’opérait ni la fin de notre affaire, ni le congé de no» personnes, et étant informé que le duc commençait A se méfier et mal parler de moi. disant que j’avais tenu, sur le compte de ladite reine, des propos peu respectueux, l’appelant 1 .... et homicide, on me conseilla d’aller le trouver, de lui donner de bonnes paroles, et de me justifier des choses qu'on me reprochait , afin de ne point tout d’un coup encourir u disgrâce, et de ne nous en point faire un ennemi ...

1 Apparemment adultère.

1STOIRE D’ECOSSE. [15691

attendu sa grandeur. De plus, on disait tout bas, et l’on tne fit voir, que si je partais pendant que le duc était mécontent, et sans qu’il fût satisfait, je pourrais trouver des obstacles en mon chemin, et que peut-être on me couperait la gorge avant que j'arrivasse A Berwick ; et qu’ainsi , puisqu’il y avait quelque apparence à son mariage, je ne devais point le jeter dans le désespoir, et lui persuader qu'il ne pourrait jamais avoir mon approbation sur ce point. J’allai donc, peu de jours avant mon départ, au parc à Haptoncourt , où nous nous rencontrâmes le duc et moi , et IA je lui déclarai qu’il m’était revenu qu’on lui avait fait de moi de mauvais rapports , comme ayant parlé inconsidérément et avec irrévérence de ladite reine, mère de mon souverain , et ayant proféré à son sujet les mots susdits, en sorte qu’il pourrait par- IA ' .... que j'aurais perdu toute affection pour ladite reine , que je ne l'aimerais point , cl que je ne serais point content de son élévation et prospérité, pendant qu’il devait lui-méme être persuadé du contraire, puisque la reine était la personne du monde que j’aimais le mieux , ayant cet honneur de lui appartenir d'aussi près; et que lui étant redevable de ma fortune et de mes honneurs, je n'étais point assez ingrat et dénaturé pour souhaiter le mal de son corps , ou pour parler d'elle en ces termes qu'on lui avait faussement rapportés { quelle que pût en être en soi-même la vérité ) ; et que comme la conservation de son fils, actuellement mon souverain ,* m’avait porté A m’engager en cette affaire, et que les sollicitations de la reine elle-même avaient donné occasion A ce qui avait été proféré A son * .... lorsque Dieu lui aurait touché le cœur, et lui aurait inspiré le repentir de sa conduite et de sa vie passées , lorsqu'elle aurait donné des marques publiques de son repentir, et qu’elle se serait départie de ce mariage impie et illégitime dan* lequel elle s’était engagée ; et qu’ensuite elle se serait unie avec un personnage honorable et pieux , affectionné A la vraie religion , et A qui l’ou pût se fier : je trouverais dans inon propre cœur de la pente A l’aimer, A lui donner des preuves de satisfaction , de bienveillance et de bonne volonté, aussi fortes que j'avais jamais fait dans tout le cours de ma vie : et que dans le cas où il serait lui-même le personnage, il n’y aurait personne qui me fût plus agréable, la reine. .. dans.... d’Angleterre étant instruite de la chose, et y donnant son approbation; ce qui étant fait, je ferais en tous points tout ce qu’il me serait possible pour son honneur et satisfaction, et qui ne serait pas préjudiciable A l’état du roi mon souverain ; et que je le priais de ne point penser autrement de moi , d'autant que mon affection pour La relue était plutôt renfermée et concentrée en moi, en attendant qu’il plût au seigneur de la porter â se reconnaître elle-même, qu'en lièrement aliénée et totalement perdue pour elle : ce que le duc me parut prendre en très bonne part, me disant ; « Comte a de Murray, puisque tu penses de moi ces choses, je ne « ferai part de ceci à qui que ce soit , ni en Angleterre ni « en Écosse, et la femme de Norfolk est en tes mains.»

Je le quittai ainsi, et je m’eu allai en mon logis. Dans le chemin et pendant toute la nuit, je fus dans une agitation continuelle, réfléchissant sur la manière dont je me conduirais dans une afFaire de cette importaucc. Je

4 Apparemment soupçonner.

* \|'jwrcmnK ut déshonneur.

songeai d'abord à quoi tout ceci aboutirait, si la chose était entreprise sans le consentement et la participation de sa majesté la reine d'Angleterre, peudanl que ce royaume et mot-même avions reçu, de la part de son altesse , tant de consolations et de marques de bienveillance; cl que toute l'Ile était dans une telle paix et tranquillité depuis que le Seigneur avait mis sa majesté en possession de la couronne. D'un autre côté , voyant que le duc s'était ouvert A moi, en nie protestant qu'aucun autre n'avait eu ou n’aurait connaissance de ce qui s’élail dit eutre nous, je pensais que je ne pourrais jamais prendre sur moi de proférer aucune chose qui pût l’exposer A quelques dangers : agité A l'excès par ces réflexions, et n’ayant aucune envie de dormir, je me mis A prier Dieu de m’envoyer quelque consolation et bon expédient pour la décharge de ma conscience, et le soulagement de mon Ame troublée ; ce qq’en effet je trouvai : car sur le matin, ou bien un ou deux jours après , j'entrai en conversation avec milord de Leicester , dans sa chambre à la cour; lequel commença A me dire qu'il trouvait fort étrange qu’en cette affaire j’uesse tant fait le difficile avec lui , étant précisément pour cela eu conférence avec lui , et que j’eusse été si loin dans ma communication avec le duc .... et il me tint alors quelques propos sur ce qui s’était dit entre nous. Alors apercevant que le duc avait 1 .... la chose A milord de Leicester, et pensant que j’étais par- IA déchargé envers le duc, en conséquence je répétai la même communication de point en point à milord de leicester . lequel me demanda de faire savoir ces mêmes choses A sa majesté la reine; ce que je refusai de faire, en lui disant, que s'il pensait que cela pût intéresser son altesse en aucune manière, que lui étant un .... par sa majesté, et pour une infinité de bienfaits reçus de la pari de son altesse, étant obligé de lui souhaiter du bien . il devait faire déclaration de ces choses à sa majesté; ce qu’ii fit, ainsi que je m’en aperçus par quelques discours que sou altesse me tint. Cette mienne déclaration au duc fui la seule chose qui empêcha que la violence et les mauvais traitemeus qu’on me préparait ne Fussent exécutés, ainsi que je l’ai appris de divqrs endroits. Je fus obligé de renouveler la même déclaration dans des écrits de .... envoyés à mon domestique Jean Wood. De toutes lesquelles choses , je compte qu il a fait part au duc, ainsi que de quelques autres choses que je lui arais écrites, A lui Wood; car on pensait que cela nous ferait gagner du temps, et empêcherait le duc de se déclarer tout d’un coup notre ennemi; car on m’entretenait souvent de sa grandeur et de l’amitié que les principaux de la noblesse d'Angleterre avaient pour lut, en sorte que sa majesté la reine d’Angleterre put apercevoir que .... si froid envers nous, et ne faisant rien en public qui pût nous être favorable, nous avions quelque raison de soupçonner que son altesse ne serait point contraire A ce mariage lorsqu'on lui en ferait ta proposition.

Le message fAcheux envoyé par sa majesté, par le lord Boyd , lequel avait, de la part du duc , une pareille commission dont il voulut faire sa cour A ladite reine , d'aulanl que les conditions proposées par l’une et par l'autre étaient tes mêmes, nous donna A penser que sou altesse avait été prévenue des desseins du duc, et qu’elle avait été engagée à y donner son consentement. Mais bien qu’on

' Apparemment découvert-

eût imaginé en Angleterre, que le lord Ledington viendrait comme de ma part et ferait l’ouverture de la chose à son altesse, ainsi que sa majesté avait déclaré dans une lettre , qu’elle attendait sa venue, cependant cette idée n’était jamais venue de moi ; et les nobles, dans la convention, n’avaient jamais donné leur consentement A l’envoi de ce lord, ni approuvé l’affaire en question; mais ils la désapprouvaient entièrement , comme étant sujette A de grands inconvéniens pour la sûreté et tranquillité de toute cette Ile : car nos procédés avaient dès le commencement manifesté notre désaveu et mécontentement du projet ; et si nous l'avions voulu , le lord était prêt A faire le voyage. Et pareillement , on avait imaginé de consentir A ce qu’il fût permis de procéder en

ce royaume au 1 entre la reine et Bothwell , ainsi que

le demandait ledit Boyd, par la raison que nous ne pouvions pas savoir quelle était la volonté de sa majesté la reine en cette affaire.... et si , au contraire, vous pensée que son altesse n’a point eu participation de ce projet , ce n’était pointma faute, les premières démarebesayant été, comme je l’ai écrit, annoncées à milord de Leicester, et communiquées A sa majesté, autant que je pus l’apercevoir par quelques discours que son altesse me tint avant mon départ. J’ai ainsi pleinement déclaré de quelle manière j’ai été compromis dans l’affaire de remariage, et comment une juste nécessité m’a porté A ne pas requérir

directement que ce qui paraissait au duc si en ceci. F.t

quant A mes promesses de consentir A cette chose, j’ai exposé la manière dont cela s’est passé. Les personnes qui portèrent l’affaire devant moi étaient dp ma propre compagnie. Mais le duc a dit depuis, que c’était mon écrit qui m’avait alors sauvé la vie. Four conclusion, je vous prie de persuader A sa majesté , que les discours tenus, ni aucune autre chose qui se soit passée, et qui ait été alléguée A mon préjudice, ne portent point sa majesté A

diminuer sa bienveillance A mon égard, ou bien A

douter de ma constance assurée envers son altesse; car en toutes les choses qui pourront tendre A son honneur et sûreté , je veux m’employer moi-méme et tout ce qui dépendra de moi , nonobstant les hasards et dangers que je pourrais encourir , ainsi que l’expérience le prouvera lorsque sa majesté jugera A pro;x» de m’employer.

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