‹ Œuvres completes de W. Robertson precedees d'une notice (volume 2)Chapitre 56 sur 116 · N° XXXV · texte numérisé non relu

N° XXXV

la reine Marie 4 la mur £uja»ktr.

Madame,

Rien que la nécessité de ma cause , qui fait que je vous suis importune, puisse vous faire juger que je suis hors du bon chemin , néanmoins ceux qui ne sont point irrité» contre moi, et qui n’ont point fait les réflexions qui vous ont persuadée , penseront que j’agis ainsi parce que ma cause le requiert Madame, je ne vous ai point accusée, ni en paroles ni en pensée, de vous être comportée méchamment à mon égard , et je crois que vous ue manquez point de l’intelligence nécessaire pour vous préserver d’une persuasion contraire à votre bon naturel et à vos bonnes inclinations. Cependant je ne puis pas, étant dans mon bon sens, m’empêcher d'apercevoir le retardement fâcheux de mes affaires depuis mon arrivée ici. Je pense que je vous ai suffisamment entretenue des incommodités que ce délai me cause, et spécialement de ce qu’ils sc proposent , en ce mois d’août prochain, de tenir un parlement contre moi et tous mes serviteurs ; et pendant ce lemps-14 , je suis arrêtée ici, et vous voulez néanmoins que je me mette moi-même plus avant dans votre pays, sans vous voir, et que je m’écarte plus loin du mien ; et me faire ici ce déshonneur, 4 la requête de mes sujets rebelles, d’envoyer des commissaires pour les entendre contre moi comme vous le pourriez faire 4 un simple sujet, et de ne me point entendre de bouche. Or, madame, je vous ai promis d’aller vers vous, et 14 de répondre, après vous avoir faitmes gémissemenset mes complaintes de ces rebelles et de leur arrivée ici, non comme pos sesseurs, mais comme sujets. Je voudrais vous supplier d’enleudre ma justification de ce qu’ils ont faussement avancé contre moi ; et si je ne puis pas m’en justifier moimême, vous pourriez alors vous délurrasser de mes affaires, et me laisser en aller comme je suis. Mais pour ce qui est de faire ce que vous me dites, si j’étais coupable, je voudrais être mieux avisée : mais, n’étant point coupable, je ne puis pas consentir à ce déshonneur de leur pfrt ; qu’étant en possession , ils viennent, et qu’ils m’acrusent devant vos commissaires, cl c’est ce que je ne puis approuver. Et voyant que vous pensez qu’il serait contre

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votre honneur et voire paremage fie faire autrement, je vous supplie que vous ne noyez point mon ennemie, jusqu'à ce que. vou* voyiez si je pui* me justifier moi- même par quelque voie. Et quant à permettre que j’aille en France, où j'ai mon douaire à maintenir, ou bien au moins d’aller en Écosse avec assurance que, s’il y vient aucuns étrangers , je m’engagerai à les faire en aller, sans qu’ils vous aient fait aucun préjudice ; ou bien , s’il ne vous plaît pas que ccta soit ainsi , je proteste que je ne veux point qu’on m'impute à fausseté si je reçois des étrangers chez moi sans vous faire pour cela aucune autre justification. Faites de mon corps ce que vous voudrez, l'honneur ou le blâme en sera pour vous; car, j’aimerais mieux mourir ici, et que me* fidèle* serviteurs puissent être secourus par des étrangers , quoique vou* ne vouliez pas que cela soit ainsi, que de souffrir qu’ils soient totalement perdus sur l'espérance de recevoir, dan* le temps à venir, quelque avantage particulier. Il y a ici plusieurs choses qui me portent à craindre que je n’aie afFaire en ce pays-ci avec d’autres plutôt qu'avec vous. Mais d’autant qu’il ne s'en est rien ensuivi de mes derniers gémissemens , je me liens en paix , quelque chose qui puisse arriver. J’aime autant endurer ma mauvaise fortune que de chercher la bonne et ne la point trouver. En outre, il vous a plu de donner permission à mes sujet* d’aller et venir. Cela m’a été refusé par milord Scroop et M. Knolls, et, à ce qu'ils disent, par votre commandement , parce que je ne voulais point partir d’ici à vos frais, jusqu’à ce que j’eusse reçu réponse à cette lettre, quoique je leur aie fait voir que vous me demandiez ma réponse sur deux points contenus en votre lettre.

L’un est de vous faire promptement connaître que je suis venue vers vous pour vous faire mes doléances ; lesquelles étant entendues, je vou* déclarerai mon innocence et demanderai alors votre secours ; et faute de ce, je ne puis qu’adresser à Dieu mes plaintes et mes doléances de ce que je n’ai point été écoutée dans ma juste querelle, et d'en appeler à d'autres princes pour qu'on y ait égard , ainsi que mon cas le requiert ; et à vous, madame, toute la première, lorsque vous aurez examiné votre conscience devant Dieu , et que vous l'aurez pour

témoin ; et l’autre, qui est de m’avancer dans votre

pays cl de ne point paraître en votre présence. Je ne regarderai point cela comme une faveur, mais je le prendrai pour tout le contraire, et je ne m’y soumettrai que comme à une chose à laquelle je serai forcée.

Cependant , je vous supplie de me renvoyer milord Herries , car je ne saurais me passer de lui , n’ayant ici personne de mon conseil ; comme aussi de me permettre, s’il vous plaît , sans aucun délai , de partir d’ici pour aller eu quelque endroit que ce soit hors de ce pays. Je sois assurée que, pour votre honneur, vous ne me refuserez pas celte simple requête, voyant, si elle ne vous plaisait l»as , à user autrement de votre bon naturel envers moi ; et voyant que c’est de mon propre mouvement que je suis venue ici , vous m’en laisserez partir aussi de votre propre consentement : et si Dieu permet que mes affaire* tournent à bien , je vous serai redevable de ce bienfait ; et s’il en arrive autrement, je ne pourrai vous faire aucun reproche. Quant à milord Fleming, puisque, sur ma parole, vous lui avez permis d’aller chez lui, en sa maison, je vous suis garante qu’il n’ira pas plus loin, et qu'il

reviendra quand vou* le voudrez. Fiez-vous à moi sur cela ; je ne voudrais pas, au péril de nu vie, vous tromper. Mais, quant à Dumbarlon, je n’en réponds point lorsque milord Fleeming sera dans la Tour : car je ne veux point empêcher ceux qui sont dan* Dumbarton de recevoir des secours, si je ne puis pas les assurer des vôires. Non , je ne le veux point , quand vous voudriez tout faire retomber sur moi ; car je les ai chargés d’avoir plut égard à mes serviteurs et & mes états qu’à ma propre vie. Ma bonne sœur, prenez d’autres sentiment; attachezvous à gagner les cœurs : ils seront tous à vous ; tous seront à votre commandement. Je ne songerais qu’à vous satisfaire pleinement si je pouvais vou* voir. Hélas ! ne faites pas comme le serpent qui se bouche les oreilles, car je ne suis point une enchanteresse : je suis votre sœur, votre cousine naturelle. Si César n’avait pas dédaigné d’écouter et de lire la plainte d'un homme qui lui donnait un avis, il ne serait pas mort , comme on le sait. Pourquoi les oreilles des princes sont-elles bouchées , puisqu’elles sont faites pour recevoir tant de choses? Qu’ils pensent qu’ils doivent tout écouter, et être bien avisés avant que de répondre. Je ne suis point de la nature du basilic , encore uioius de celle du caméléon , pour vous attirer à mes volontés : et quand je serai* aussi dan gereuse , aussi maudite qu’on le dit , vous êtes suffisamment armée de constance et de justice, et je prie le Seigneur de vou* faire la grâce d’eu bien user, avec une longue et beureuse vie.

De Carliste, le 15 juillet 1568.

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