N° XXXVI
Lettre de milord Uixrirs à milord Scroop, et au cbevalier F. Kkou.1*.
3 Kplnabn i S64.
Milords,
Plaise à vos honorable* seigneurie* d’apprendre que j’ai été informé par Jacque* Bortliwick , arrivé dernièrement d’auprès de sa majesté la reine, voire souveraine, qu’on a averti son altesse que , depuis mon arrivée en ce royaume, j’avais clé hostilement dans le Crawfurdmure contre les vassaux du comte de Murray, et que j’ai été la cause, ou donné rouseil , que des Écossais soient allés en Angleterre pour tuer ou dépouiller les sujets de sa majesté.
Milords, attendu que vos seigneuries sont, par votre souveraine, commandé* pour attendre les ordre* de sa majesté la reine ma maîtresse , et que vous avez tous les jours accès auprès de votre souveraine pour ces affaires , j'ai cru qu’il était nécessaire de vou* déclarer sur ce la vérité; demandant humblement que vas seigneuries, pour la cause de Dieu, certifient ladite vérité à la reine votre souveraine.
Comme Dieu existe, je n’ai jamais consenti, ni en aucune manière eu connaissance d’aucun Écossais allant en Angleterre pour faire mal aux sujets de ce royaume en leurs corps ou biens , depuis le siège de Leith ; et ainsi que j’entends qu’il sera trouvé véritable que si aucun mal a clé fait ouvertement, ce n’est que par les sujets désobéissait* de la reine ina souveraine, et que je n’ai ni fait dom mage ni ordonné qu’ou fit aucun mal à aucun Écossais
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et depuis que j’ai quitté sa majesté la reine d'Angleterre, il est notoire qu’aucune personne ne pourra se plaindre de moi.
J'ai fait plus de bien 5 Crawfurdmure que jamais le comte de Murray n’en a fait , et je serai» aussi fiche que lui de leur faire du mal. A moins que la reine d’Angleterre ne fasse examiner ces faux bruits , dont ceci e*t un mensonge inventé, sa grâce sera tourmentée, et elle perdra les cœurs des hommes fidèles sur lesquels ce* faux bruits ont été répandu* , et qui sont plus en volonté et en état de la servir qu’aucun de ces indignes menteurs.
Milords , j’entends dire que sa majesté la reine, votre souveraine, n’est point contente du bruit qui s’est répandu que quelques Français devaient venir en ce royaume avec le duc de (hatclleraiill. La vérité est que je n’ai, en façon quelconque , été le conseil de leur arrivée , et que la seule certitude que j’ai sur cela est le rapport de Borthwick , de la part de sa majesté la reiue votre souveraine; et si je pouvais aussi bien le dire , comme il est vrai en effet, sa grâce elle-même est cause de tout , et le conseil, qui ne voudra jamais la laisser prendre soin de la cause de ma mattresse. D'autant que notre souveraine ayant la promesse de sa majesté par écrit , d'amour, d'amitié , et d’3*sistanre si le besoin le requérait ainsi , entra dan» ce royaume le seizième jour de mai , depuis lequel temps sa majesté la reine m’a commandé plusieurs fois de déclarer qu’elle prendrait en main la cause de la reine d'Ëcosse , qu'elle agirait pour elle , et qu’elle la mettrait en paisible possession de ce royaume ; et lorsque je demandai à sa majesté la reine d’Angleterre, au nom de ma maltresse , que son altesse voulût agir pour elle ( ainsi quelle avait une confiance particulière que sou altesse le voudrait ) , suivant les précédentes promesses, ou bien autrement lui donner ses conseils , son altesse lie voulut point consentir ( sur quoi je montrai à sa grâce que je trouvais diverses contradictions ) , ou bien qu'elle voulût lui permettre de passer en France , ou chez quelque autre prince, pour chercher du secours ; ou bien en cas de re fus de tout cela (ce qui serait contre toute raison), qu'elle lui permit de retourner dans son propre pays, en telle et aussi simple manière qu'elle en était sortie, ht lorsque je dis â sa majesté la reine d'Angleterre que, pour son honneur, l'une de ces choses ne devait pas être refusée , attendu que ma maîtresse était venue dans son royaume d'Angleterre en conséquence de ses écrits et promesses d’amitié; et pareillement je dis â sou altesse, que si la reiue ina maîtresse avait eu une pareille promesse de la noblesse et des états d’Angleterre comme elle l'avait de son altesse même, je les aurais condamnés hautement s’ils n'avaient pas consenti à l’un de ces trois points; et ainsi je le dis et ainsi je l’écris, qu'aux yeux de tout l'univers cela serait des plus répréhensibles, si ces promesses n’avaient pas d’autres meilleurs effets qu’elles n’en ont eu jusqu'à présent. Nonobstant la bonne réponse que j'obtins de ces promesses d'amitié faites à ma souveraiuc, et qu'on mettrait paisiblement sa grâce en son propre pays, nous avons éprouvé de* actions toutes contraires de la part de M. Middlemore, envoyé par son altesse pour arrêter l'année qui a renversé nos maisons. El aussi dans les procédures de ce dernier prétendu parlement , on me promit â moi-même , vingt jours auparavant , qu'ou avait fait en sorte que ce parlement serait dissous,
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et néanmoins, à l’encontre de celle promesse . ils ont fait leur prétendue manière de confiscation de trente-un bomtnes de bonne réputation, évêques, abbés et barons, sujets obéissans â notre souveraine, et seulement pour la cause de ladite reine notre souveraine.
C’est ainsi que. depuis que la cause de notre souveraine a été prise en main par sa majesté la reine de ce royaume, ils ont disposé de la valeur de cent mille livres d’Érossc des biens des fidèles sujets de notre souveraine , sous le prétexte de leurs lois , fondées sur une autorité fausse , iraditoire et furtive.
Cependant les meurtres, les oporessions, les incendies, le ravissement des femmes , la destruction de la police tant ecclésiastique que séculière, ainsi que je l’ai dit dans mes précéder» écrits, étaient un sp* clacle lamentable pour tout chrétien qui en entendait parler ; et si Dieu ne nous avait pas fait la grâce qu'on donnât plus d’attention au culte de la religion de l'évangile de Jésus Christ, professée par votre prince, votre conseil et votre royaume , qu’à l'ancienne inimitié qui subsiste entre les drux royaumes, la plupart de mes ronciloycns auraient conçu des doutes sur cet article, et ces procédés m’auraient mis moi -même dans le cas de la foi de saint Thomas.
Or, milords, si sa majesté la reine de ce royaume, sur la promesse et l'honneur de laquelle ma maîtresse est venue ici comme je l’ai dit, veut laisser lâ les écrits français et les phrases françaises dans les écrits, lesquelle*, entre nous, sont, de part et d'autre, tout-à fait messéantes; et suivant l’ancienne véritable coutume de l'Angleterre et de l'Écossc, où la vérité promise par un seul mot était observée, promettre francbemcul , au nom du Dieu éternel , et sur le haut honneur de ce sang noble et princier des rois d’Angleterre dont elle descend, et dont elle porte actuellement le diadcinc, quelle veut remettre ina maîtresse dans son propre pays, et faire en sorte que comme reine d'icelui f elle y soit obéie en sa force et autorité, et que pour exécuter celle sienne volonté, elle fixe un certain jour entre ci et deux mois au plus tard ; comme nous entendons que ce serait notre bien , aussi voulons-nous , ou la plu|>art d'entre nous, nous y rou former, abandonnant les Français, et ensemble leur* mauvaises phrases françaises. Et en conséquence, et pour la véritable et perpétuelle amitié de ce royaume , on stipulerait , et avec la grâce de Dieu le Tout-Puissant , ou olfterverait des article* et conditions d'accommodement tels que des hommes nobles et sages peuvent les agréer pour le bien de toute celle Ile. C’est ainsi que j’ai â peu près déclaré â la reine votre souveraine ce que j’ai exposé â vos seigneuries mêmes, tant pour remplir un devoir de religion en ptiuissant le comte de Bothwcll pour le meurtre du dernier mari de la reine, que pour établir entre nous un lien d’amitié perpétuelle.
Il est certain , milords, que sans cela nous pourrions trouver des circonstances et office» d'amitié qui nous donneraient occasion d’oublier et Middlemore et ce dernier prétendu parlement. Nous prendrions une autre route en laissant, contre notre gré , notre souveraine demeurer où elle est , sous la promesse d'amitié faite, comme je l'ai déjà dit et comme je l'affirmerai toujours , par voire souveraine, laquelle promesse est la seule raison pour laquelle sa grâce est venue en ce royaume, et en cherchant des secours et de» moyens en France et en Espagne, jusqu’à ce que nous ayons exécuté cette iraditoire, et faut
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sèment prétendue auioriié qui s'imagine de régner sur nous.
Milords , je souhaite que vos seigneuries considèrent , que rrlui qui écrit ceci est celui qui désire le plus la continuation de l'amitié entre l'Angleterre et l'Écowe, et qui, quelque pauvre que je sois , ai les meilleures raisons pour la désirer.
Mon frère le laird ’deStkirling m’a informé que dans la communication de vos seigneuries avec lui, il lui avait paru que votre avis était que nous devions souffrir que le comte de Murray agit . quoique cela fût pour nous contraire à la raison , et que nous pourrions ensuite porter nos plaintes â sa majesté la reine , et que sou altesse aurait soin que cela fût réformé. Milords , sa majesté aurait trop A faire de réformer les injustices que nous avons déjà souffertes ; car je suis sûr que si ta raison et la justice peuvent avoir lieu , notre maîtresse, et nous ses su jets, avons reçu des injustices réelles bien au-delà de deux cent mille livres sterling, dans le temps de ce malheureux gouvernement, vu que la réformatiou de choses aussi importantes vient, en ces jours-ci , si lentement, et que la loi impie de l’oubli est en de telles choses si fort pratiquée. Je pense aussi, que ni pour l'honneur de la reine , ni pour notre bien, vos seigneuries ne doivent pas penser ainsi , et qu’il ne serait point avantageux pour nous de suivre ce chemin . et que vous donnerez sur ce, à votre souveraine, les avis que vous jugerez convenables en cette affaire. Ce sera une oeuvre siucère et amicale |*)ur nous en effet, et uon pas le* phrases françaises , ni les vanleries, ni telle autre chose qu'on pourrait inventer, qui nous engageront à éloigner de nous les Français. Ceci est écrit franchement , et je désire que vos seigneuries me répondent franchement , car c’est dans la vérité et la franchise que la bonne amitié dure plus long-temps; ce que , en cette affaire , je prie Dieu de continuer longuement , et remets vos seigneuries en sa garde.
De Dumfries , le 3* jour de septembre 1568.
Que vos seigneuries me commandent légitimement ce qui est en mon pouvoir. IIerrie*.
La reine Marie à la reine Éi-isareth *.
Madame ma bonne sœur,
J’ay resceu de vos lettres, d'une mesrne dete. l'une, où vous faites mention de l’excuse de M. de Murra pour tenir son prétendu parlement , qui inc semble bien froid . pour obtenir plus de tollérance que je m’eslois persuadée n’avoir par voMre promesse, quant à n'oser donner commission de venir sans un parlement pour leur peu de noblesse, alors je vous rrspons, qu'ils n’ont que trois ou quatre d’avantage, qui eussent aussi bien dit leur opinion hors de parlement ; qu’il n'a esté tenu tant pour cette etfect, mais pour faire ce qu'exprcsséuient nous avions requis estre einpeschés, qui est la fbrFaiture de mes subjecia pour m'avoir esiés fidelles, ce que je m'assurais, jusque* à hier, avoir eu promesse de vous, par la lettre
• AV Uf du Traducteur, l/iird signifie , en écossais , seigneur d'un endroit.
* Ce lle piére est ainsi en français dans le texte, à l’exception de quelques lignes marquées avec des guillemets , qui sont une citation de la lettre d’&lisabctb, qui, dans l'original, est en auglais.
écrite à milord Scrup et matslre Knoleis , vous induire h ire contre ettlx , voire, à les t*tt fayre ressentir ; toutefois je vois que je l'ay mal pris. J'en suis plu» marrie, pour ce que sur votre lettre qu’ils me montrèrent, et leur parole, je l’ay sidivulguementassurayquc, pourvengeancequejVu désirasse , si non mettre différence entre les faux deporteraens, et les miens sincères. Dans voslre lettre, aussi datée du lü d'aoust , vous metliés ces mois : «Je pense «que votre adverse partie, suivant tue* divers précédons «avis , ne tiendra point de parlement du tout ; et s’ils le «font, ce sera seulement en forme d’une assemblée, « pour convenir de celui qu'ils doivent envoyer en ce «royaume, et de quelle sorte; car autrement, s’ils pro- « cédaient en forme de parlement , je ne l’approuverais «en aucune manière : et s’il* étaient aveuglés h cc point, «alors vous pouvés penser que la chose ne serait pas de «plus d'importance que les précédentes procédures: et «par cette leur téméraire façon de procéder, ils se fe- « raient le plus grand préjudice A eux- mêmes : et soyés «assurée qu'ils me trouveront disposée à les condamner «dans leurs actions.» Sur quov, j’ay contrcmandé mes serviteurs, le* faisant retirer, souffrant selon rostre commandement d'étre faussement nommés traîtres par ceulx qui le sont vray , et encore d’être provoqués par escarmonsdies, et par prinses de mes gens et lettres; et au contraire vous estes informée que mes subjets ont évahis les vostres. Madame, qui a fait ce rapport n’est pas homme de bien, car laird de Ses’ford et son fils sont et ont esté mes rebelle* depuis le commencement ; enquirésvous, s’ils n'ettoient à Donfris aveques eulx. J’avois offri respondre de la frontière , ce qui me fut refusé, ce qui m’en derroit assés descharger. Néanmoins, pour vous faire preuve àe ma fidélité, et de leur falsité, si vous me fayte donner le nom des coulpables , et inc fortifier, je commandera)' mes subjedt les poursuivre, ou si vous voûtés que ce soit le* vostres, le* miens leur ayderont ; je vous prie m’en mander rostre volonté. Au reste mes subjects fidelles seront responsables à tout ce que leur sera mis su les contre vous, ni le* vostres, ni les rebelles, despuis que me conseillâtes les faire retirer. Quant aux François, j’escrivis que l’on n’en fit nulle poursuite, car
j’espérois tant en vous, que je n’en aurais besoign;
je ne sceu si le dict aura eu mes lettres, mais je vous jure devant Dieu que je ne scay chose du monde de leur venue , que cc que m’eu avés manday, ni n’en ai oui de France mot du inonde; et ne puis le croire pour cest occasion , et si ils si sont, c'est sans mon sreu ni consentement. Pourquoy je vous suplie ne me condamner sans m’ouire, car je nuis prest de tenir tout ce que j’ay offert à inester Knoleis, et vous assure que votre amitié, qu’il vous plest m’offrir, sera resceuo avant loulrs les chose* du monde, quant France servoil la pour presser leur retour à cesle condition , que preniés mes affaires en inein , en sœur, et bonne ami, comme ma France est en vous. Mais une chose scole me rende confuse : j’ay tant d’enemi* qu’ont voire oreille, laquelle ne pouvant avoir par parollc , toutes mes actions vous sont desguisées et falsetncul reportée* , par quoi il m’est impossible de m’assurer de vous, pour les manlerie* qu’on vous a fait, pou desiruire voslre bonne volonté de moy ; par quoy je désirerais bien avoir ce bien, vous faire entendre ma sincère et bonne affection , laquelle je ne puis si bien descrire, que mes eoemis à tort ne la décoloré. Ma bouus
sœur, gagnés moy; envoyé*- moy quérir, n’entré* en jcalousie pour faulx reports de celle qui ne dc*ire que votre bonne grâce ; je me rcmettray *ur mexlcr Knoleis, à qui je me suis librement découverte , et après vou* avoir baisé les mains, je prieray Dieu vous donner eu santé, longue et heureuse vie. De Boion, où je vou* promets , je n’espêrc partir , qu’aveques vostre bonne grâce, quoyque les menteurs mentent.
Ce *26 d’aou&l.