‹ Œuvres completes de W. Robertson precedees d'une notice (volume 2)Chapitre 58 sur 116 · N» XXXVII · texte numérisé non relu

N» XXXVII

Ul'iiaauue Maitlaxu iie I.ediscto* à milord w. Leicestes.

De l.id.ngton , w iyn

La grande désolation dont tout ce royaume est menacé par le* factions dangereuse» qui le divisent m'oblige de rédiger mes lettre* à votre seigneurie d'une autre manière qu’il ne serait nécessaire pour moi de le faire, si je u’avais d'autre but que de soutenir mon crédit particulier. En conséquence, je suis dan* la nécessité de remplir mes lettres de choses qui, je le sais, ne seront point approuvées, parce qu’en interprétant mal ma façon de penser, quelques-uns pourront ici en prendre occasion de s’offenser, pensant que je cherche plutôt à exprimer mes propres passions, qu’à parvenir à instruire votre seigneurie du véritable état dé choses. Mais j’ai confiance que la franchise de ma conduite portera témoignage de la sincérité de mes intentions. Pour rendre la chose plu* sensible , je mettrai sous les yeux de votre seigneurie le tableau de ce pays , qui premièrement est divisé en deux fartions, l’une qui prétend le inaiullcn du règne du roi, l'autre qui soutient que la reine a été e'n tous points cruellement traitée , et privée injustement de son étal. La première est composée d’un grand nombre de noblesse, de gentilshommes, et des principaux bourgs du royaume : et suivant ce qui nous est rapporté par M. Randolph, elle doit avoir aveu et protectiou de sa majesté la reine, votre souveraine. L'autre comprend quelques-uns des plus distingués de la noblesse, et avec eux un bon nombre de gens d’une classe inférieure, dans toute l’étendue du royaume, et ils sont dans la confiance que tous les rois approuvent leur querelle , et qu’ils leur donneaonl des secours en conséquence. «Savoir quelles seront les suites que cette division pourra entraîner après elle ; c’est ce que j’abandonne aux réflexions de votre seigneurie. Il s’est formé accidentellement uncautre division parla mort de milord régeut, laquelle tend à changer l’état des deux autres fartions, 2 augmenter l’une et diminuer l'autre, et qui a pour objet le gouvernement du royaume. Lin certain nombre de nobles aspire au gouvernement, prétendant y avoir droit par la raison de la démission de la reine et de son abdication de la couronne, et de la commission qu'elle a accordée pour le gouvernement pendant la minorité du roi. L’autre faction s’élève hauletneni contre cette division, pensant qu’il n’est ni convenable ni soutenable que trois ou quatre comtes de la moindre classe aient la présomption de prétendre régler par eux-inémes tout le royaume, pendant que les plus proches du sang, le* premiers pour le rang, le* plus grands en tout temps, soit pour l'ancienneté de leur* maisons, soit pour leur élévaiiou et leur* forces, seraient négligé*. Il* pensent que r'csi mit i vciiir l'ordre, que la

moindre classe soit placée dans les fonctions publiques pour commander, et que la plus haute soit tcuue continuellement dans l’obéissance comme des particuliers. Outre cela, ils pensent que si dans le commandement, la commission était valable (ce dont la plupart ne veulent point convenir ) , elle ne peut pas néanmoins s’étendre au moment présent , parce que les conditions qui y étaient attachées ont cessé, et qu’ainsi l'effet devient nul en tous points. La dernière partie de cette division a beaucoup de prétentions-, car outre la faction de la reine, qui est toute pour eux, un grand nombre de ceux qui avaient ci-devant embrassé ouvertement l’obéissance au roi, sont portés d’inclination pour ce parti ; et ils ne veulent point se soumettre au gouvernement de l’autre, dont ils craignent l’avancement, pour de certaines raisons, lorsque la faction de la reine sera fortifiée par l’accession d’une partie de celle du roi, et d’une partie qui n'est pas de la moindre espèce : et vous pouvez juger quel en sera vraisemblablement le résultat.

Un autre incident propre à engager les gens à tenir bien d’autres propos, c’est ce qu’on a mandé ici d’Ecosse, que sa majesté la reine est sur le point d’envoyer quelques troupes vers les frontières ; que ces troupes doivent entrer dans le royaume pour soutenir ceux qui aspirent au gouvernement, et anéantir la faction contraire; et des bruits se sont répandus que ces troupes seraient ici inl cessamment. Ceux-ci , qui se croient chez eux en forces égales avec la faction qui leur est opposée , et qui s’attribuent même la supériorité sur le parti contraire, mais qui néanmoins ne sont pas capables de tenir la campagne contre les troupes d'un autre prince , plutôt que de céder à leurs inférieurs, voudront, à ce que je crains, prendre avis de la nécessité, suivre de mauvais conseils . et rechercher aussi l’assistance de quelque prince étranger, ce qui eutralnera sa majesté dans des frais excessifs (sans néanmoins qu’il y eût d’autre inconvénient à craindre) , et il paraîtra que tous tes élémens aient ici tout à la fois conspiré pour nous mettre aux prises ; car actuellement, aussitôt que le bruit s’est répaudu au dehors de la marche de vos troupes vers les frontières, dans le même instant est arrivé à Dumbarton un gallion avec un messager envoyé tout exprès de la part du roi de France , vers cette partie de la noblesse qui favorise la reine, pour s’instruire de l’étal du pays, et savoir de quels secours ils ont désir ou besoin , soit pour l’avancement de se* affaire* , soit pour leur propre sûreté. Il est certain que ee message sera bien reçu et approuvé : tel est actuellement l’état de l’Ecosse. Or, si votre seigneurie veut aussi savoir quelle est mon opinion , et quel serait , selon moi , le meilleur parti i prendre dan* l’état où les choses sont actuellement , je suis très disposé à satisfaire en cela votre seigneurie. Ces gens-ci exigent de moi que j’agisse franchement : votre seigneurie jugera si je l’ai fait ou non; car je compte agir franchement lorsque j’exposi* simplement ce que je pense, et que je ne cherche point de détours pour déguiser mes intentions. J’ai confiance que sa majesté la reine aura le désir de conserver à sa dévotion le royaume d’Ecosse , qu’elle a cherché 2 ohteuir en accordant de grandes charges et la perte de quelques-uns de ses gens. Ce désir est honorable pour son altesse, et avantageux pour les deux royaumes; et il ne peut être désapprouvé par personne , surtout si son intention est , comme je le rrois , d'avoir l’amitié de tout

le royaume : car ce ne sera point une partie de l’Écosae qui ia mènera à son but ; et elle éprouvera qu’il ne serait pas avantageux pour elle de gagner l’amitié d’une seule faction en Écosse ; car en ce faisant et gagnant la meilleure partie , elle pourrait perdre le plus grand nombre , et cette conduite nous serait suspecte et nous mettrait en garde contre ses actions si elle entreprenait de fomenter parmi nous le* faction* ; idée qui n’a , j’en suis sûr . jamais été conçue dans le coeur de *a majesté. Or , si c’est l’amitié de tou* qu’elle désire , qu’elle n’aille pas , pour faire plaisir à une partie , entreprendre de perdre le reste , ce qui ne serait pas aus*i aisé que quelques-uns ont voulu le lui faire entendre : mai* qu'elle s'attache plutôt à pacifier tout l’état par la voie d’un traité , à porter tous le* partis à uo accord , à nous ramener tou* par de bons moyens à l’uniformité : alors elle nous donnera lieu à tou* de bien penser de ses action* , de croire qu'elles tendent à notre bonheur , et elle nous engagera tous à souhaiter à sa majesté une longue suite de prospérités. Si , au contraire , pour faire plaisir à uu petit nombre , elle envoie des troupes pour perdre ceux du parti opposé , et qu’elle offense ainsi le plus grand nombre , ces hommes ne sont point de* lâches et ils ont assez de courage pour pourvoir 1 leur propre sûreté , en embrassant non - seulement le* moyen* qui leur sont offerts , mais en cherchant même à se procurer dans la suite des secours de la part d'autres prince*. J’ai, en mon particulier , cet expédient en horreur, et je prote*te que je voudrais ne jamais voir de forces étrangères mettre le pied dans cette Ile. J’avoue même que je ne connais point d’extrémité qui puisse engager de* homme* à chercher de pareille* ressource*. Je le* compare à de* homme* qui , étant en pleine mer, dan* un vai*seau où le feu aurait pri* subitement , se précipiteraient dans la mer de peur d’être brûlés , et que la crainte d’être noyés ramènerait , le moment d’après , dans le vaisseau embrasé. C’est ainsi que , pour éviter un danger présent , des hommes sont quelquefois obligé* d’avoir recours à d’autre* moyens qui ne sont pas moins dangereux. Fiez-vous à moi ; sa majesté ne retirera aucun fruit , aucun avantage de l’envoi de se* troupes. Un traité , par quelque voie que ce soit , lui sera bien fil us utile pour l'accomplissement de ses desseins, et votre seigneurie aura déjà vu , par mes lettre* précédente* , quel est sur cela mon sentiment. Vous voyez avec quelle franchise je vous écris, sans considérer si mes lettres seront pris» en bonne ou mauvaise part. Cependant j’espère que ceux qui voudront les interpréter favorablement penseront que j'ai d'aussi bonnes intentions pour sa majesté et pour ce royaume, que ceux qui voudront tenir un autre langage. Je fais des vœux pour la continuation de la bonne amitié entre les deux pays. Je n’ai point d’autre motif, et je ne veux cacher à sa majesté aucune de* choses que je sais et qui tendraient à détruire cette bonne intelligence. Si je m’aperçois que sa majesté prenne ma franchise en mauvaise part , je me tiendrai désormais sur la réserve. Cependant je ne cesserai point d’importuner votre seigneurie, lorsque j'aurai matière à écrire : et sur ce , je prend» congé de votre seigneurie.

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