‹ Œuvres completes de W. Robertson precedees d'une notice (volume 2)Chapitre 65 sur 116 · LI418J · texte numérisé non relu

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par ses vertus personnelles. Sa probité, son affabilité , son respect pour la religion et son zèle pour la gloire de son pays engagèrent des personnes de tous les rangs à donner des applaudissemens à son projet et à en favoriser l'exécution. Scs compatriotes voyaient que ses vues n’étaient dirigées ni par l’ambition ni par le désir des richesses, mais par la bienveillance active d'une Ame ardente A concourir au bonheur des hommes, et qui justibait la devise qu'il avait prise pour désigner la seule ambition de son âme : Le désir de faire le bien.

L'effet de sa première tentative ne fut pas d'une grande importance ; c’est liysort de toute entreprise nouvelle. Il équipa uiReul vaisseau dunt il donna le commandement à Jean Gonsales Zarco et à Tristan Vaz, deux gentilshommes de sa maison , qui s’offrirent volontairement à diriger l’expédition : il leur recommanda d'employer tous leurs efforts pour doubler le cap Boyador, et de gouverner de là vers le sud. Fidèles à la manière de naviguer généralement adoptée, ils brent route en longeant la côte, et en suivant cette direction ils durent rencontrer des difficultés presque insurmontables pour doubler le cap; mais la fortune vint au secours de leur inexpérience et empêcha leur voyage d'étre entièrement infructueux. Un coup de vent qui s’éleva tout à coup les jeta en pleine mer, et tandis qu’ils s'attendaient à tout moment à périr, ils touchèrent A une Ile inconnue qu'ils nommèrent Porto Santo en mémoire de l’heureuse délivrance du danger qu'ils venaient de courir. Dans l'état où était la navigation, la découverte de cette petite tic parut une affaire si importante qu’ils retournèrent sur-le-champ en Portugal pour en porter la nouvelle A Henri , de qui ils reçurent les applaudissemens et les distinct ions que méritait une expédition heureuse. L'ardeur avec laquelle ce prince suivait son objet favori lui bl trouver dans ce petit succès les motifs les plus encourageans [tour en espérer de plus considérables et pour faire de nouveaux efforts. L’année suivante Henri équipa trois vaisseaux sous le commandement des mêmes officiers auxquels il associa Barthélemi Pereslrello,el il leurordonna de prendre possession de l’ile qu’ils avaient découverte. A peine commcncaient-ils A s’établira Porto-Santo qu’ils observèrent A l’horizon vers le sud une espèce de tache bxe semblable A un

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petit nuage noir. Ils parvinrent peu à peu à conjecturer que ce pouvait bien être une terre ; ils se remirent en mer pour s'en assurer, et ils arrivèrent à une grande Ile, inhabitée et couverte de bois, à laquelle ils donnèrent par celte raison le nom de Madeira '. Comme le principal objet de Henri était de rendre ses découvertes utiles à sa nation, il équipa sur-le-champ une flotte pour aller établir une colonie portugaise dans ces deux Iles. Il eut soin d’y faire porteries semences, les plantes et les animaux domestiques communs en Europe; mais comme il prévit que la chaleur du climat et la fertilité du sol ne pouvaient manquer d'être favorables à d'autres productions, il se procura des plants de vigne de l’Ile de Chypre dont les vins étaient alors très renommés, et des cannes à sucre qu'il lira de Sicile où l'on en avait introduit depuis peu. Ces précieux végétaux prospérèrent rapidement dans les deux nouvelles Iles; on ne tarda pas à reconnaître les grands avantages de leur culture; et le sucre et le vin de Madère devinrent bientôt des articles considérables du commerce du Portugal 1.

Dès qu’on eut commencé Asentir les avantages qui résultaient de ce premier établissement pour les parties occidentales de l'Europe, l’esprit de découverte parut moins chimérique et augmenta d’audace et d’activité. Les Portugais , en continuant leurs voyages A Madère , s’étaient accoutumés par degrés à une navigation plus hardie, et au lieu de se traîner timidement le long de la côte, ils ne craignirent pas de se lancer en pleine mer. Gilianez, qui commandait un des vaisseaux du prince Henri , doubla par cette nouvelle route le cap Bojador, qui pendant plus de vingt ans avait arrêté la navigation portugaise et était regardé comme une barrière impossible à franchir. Cet heureux voyage , que l’ignorance du siècle comparait aux plus fameux exploits transmis par l’histoire, ouvrit une nouvelle sphère aux navigateurs, parce qu’il leur découvrit le vaste continent de l’Afrique , qui baigné par l’océan Atlantique s'étendait au loin vers le sud. On eut bientôt reconnu une partie de ce conti-

1 ffistoriral relation ofthe fir\t discovery of Madrira , translated from the Portugutse of Franc. Jlcafarana , p. t fi, etc.

* Lud. Gutcciarilini Descriz . de'paesi bassi , p. 180,

nent; les Portugais sVoiicèrrnt dans les tropiques, et dans l’espace de quelques années ils découvrirent la rivière de Sénégal et toute la côte qui s'étend du cap Blanc au cap Vert.

Jusque- IA les Portugais avaient été guidés et encouragés dans leurs découvertes par les lumières et les instructions qu’ils avaient trouvées dans les ouvrages des mathématiciens et géographes anciens. Mais lorsqu’ils commencèrent A entrer sous la zone torride, le préjugé reçu chez les anciens, que la chaleur excessive et perpétuelle qui réiynait dans cette zone la rendait inhabitable A l’espèce humaine, leur ôta le courage d’aller plus avant. Les observations qu’ils firent eux-mêmes, lorsqu’ils approchèrent pour la première fois de cette région inconnue et redoutable , tendaient A confirmer l’opinion des anciens sur l'action violente des rayons directs du soleil. Jusqu’A la rivière de Sénégal, les Portugais avaient trouvé la côte d’Afrique habitée par des peuples A peu près semblables aux Maures de Barbarie; mais lorsqu’ils s'avancèrent au sud de cette rivière, l’espèce humaine se présenta A eux sous une nouvelle forme; ils virent des hommes qui avaient la peau noire comme de l’ébène, avec des cheveux courts et bouclés , des nez aplatis, des lèvres épaisses et tous les traits particuliers qui distinguent la race des nègres. Ils durent naturellement attribuer ce changement extraordinaire A l'influence de la chaleur, et ils commencèrent A craindre qu’en avançant plus près de la ligne ils n’en ressentissent des effets encore plus terribles. Des grands du royaume, qui, par ignorance, par envie, ou par cette froide et timide prudence qui rejette tout ce qui a l’air de nouveauté , avaient jusqu’alors condamné les projets du prince Henri, exagérèrent les dangers qu’on courrait A porter ces recherches plus loin, et proposèrent d’autres objections contre l’idée de tenter de nouvelles découvertes. Ils représentèrent qu’il était absolument chimérique d’espérer quelque avantage de la recherche de pays situés dans une partie du monde que la sagesse et l’expérience des anciens leur avaient fait reconnaître pour inhabitable; que leurs ancêtres, contcns de cultiver le territoire qui leur avait été assigné par la Providence, ne songeaient pas A prodiguer les forces du royaume en vains projets pour chercher de nouveaux établissemrns; que le Portugal était

déjà épuisé par les frais des tentatives qu'on avait Faites pour découvrir des terres qui désistaient pas, ou que la nature avait destinées A rester inconnues; enfin que ces tentatives avaient déjà causé la perte d'un grand nombre d'Iiommcs qui auraient pu être employés A des entreprises dont le succès beaucoup plus Facile aurait produit de plus grands avantages. Mais ni ces réclamations en Faveur de l'autorité des anciens, ni ces raisonnemens sur les intérêts du Portugal, ne purent faire aucune impression sur l'Ame courageuse et vraiment philosophique du prince Henri. Les découvertes qu'il avait déjA faites lui prouvaient que les anciens u'avaient guère qu'une connaissance conjecturale de la zone torride ; et il savait que les frivoles argumens de ses adversaires , relativement aux intérêts politiques du Portugal , n'avaient |>our motifs que la malveillance et la jalousie. Il fut puissamment secondé dans ces dispositions par don Pèdre, son frère, qui gouvernait le royaume en qualité de tuteur de son neveu , Alphonse V, lequel avait succédé A la couronne étant mineur, loin de se relAchcr de scs efforts , Henri continua donc A poursuivre avec une nouvelle ardeur l’exécution de ses projets.

Pour imposer silence aux murmures de l’opposition, ce prince chercha A obtenir la sanction d'une autorité respectable en faveur de scs opérations. Dans cette vue, il s'adressa au pape , et lui exposa en termes magnifiques le pieux et infatigable zèle avec lequel il s'occupait depuis vingt ans A découvrir des pays inconnus dont les malheureux habitans, privés des lumières de la véritable religion, étaient ensevelis dans les ténèbres du paganisme ou séduits par les impostures de Mahomet. Il suppliait le saint père, A qui, comme au vicaire du Christ, tous les royaumes de la terre étaient soumis, de conférer A la couronne de Portugal un droit sur tous les pays appartenant aux infidèles, qui seraient découverts par l'industrie de scs sujets ou subjugués par la force de ses armes. Il le conjurait de défendre sous les peines les plus sévères, A toutes les puissances chrétiennes, de molester 1rs Portugais, tandis qu'ils seraient engagés dans cette louable entreprise, et de s'établir dans aucun des pays qu'ils auraient découverts. Henri promettait que le priucipal objet des Portugais, dans toutes leurs expéditions, serait de répandre

la connaissance de la religion chrétienne, d'établir l’autorité du saint siège, et d’aceroilrc le troupeau du pasteur universel. Comme c'était en profitant avec adresse de toutes les conjonctures favorables pour acquérir de nouvelles forces, que la cour de Rome avait par degrés étendu ses usurpations, le pape Eugène IV, A qui Henri s'adressa, saisit avidement l'occasion qui s’offrait A lui. 11 sentit promptement qu'en accordant une pareille demande il exercerait une prérogative très flatteuse par elle-même, et dont les suites pouvaient devenir fort avantageuses au saint siège. Il fit en conséquence expédier une bulle dans laquelle , après avoir applaudi dans les termes les plus énergiques aux tentatives des Portugais et les avoir exhortés à poursuivre la glorieuse carrière où ils s’étaient engagés, il leur accordait un droit exclusif sur tous les pays qu’ils découvriraient depuis le cap Mon jusqu'au continent de l'Inde.

Quelque extravagante qu'une telle donation , qui comprenait une si grande portion du globe, puisse paraître aujourd'hui, même dans tes pays catholiques , il n’y avait personne dans le quinzième siècle qui doutât que le pape n’eût droit de la faire par la plénitude de son pouvoir apostolique. Le prince Henri sentit bientôt tous les avantages qu'il pouvait en retirer : ses projets se trouvaient autorisés et sanctifiés par la bulle qui les approuvait ; et l'esprit de découverte se liait ainsi avec le zèle pour la religion , zèle qui alors était un principe puissant dont l'activité influait sans cesse sur la conduite des nations. D'ailleurs tous les princes chrétiens auraient craint de disputer aux Portugais les pays que ceux-ci avaient découvert , et de troublerles progrès de leur navigation et de leur conquête (10).

Le bruit des expéditions des Portugais ne tarda pas A se répandre dans toute l'Europe. Les peuples, accoutumés dès long-temps A circonscrire l'activité et les lumières de l'esprit humain dans les limites où elles avaient été jusque-IA renfermées, furent étonnés de voir la sphère de la navigation s'agrandir ainsi tout i coup, et eu même temps naître l'espérance de connaître des régions dont l'existence n'était [>as même soupçonnée auparavant. Les savans et les i philosophes formaient des raisonnemens et coin- I binaient des théories sur ces découvertes inal- ' tendues, tandis que le vulgaire faisait des

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questions et s'étonnait. Des aventuriers hardis vinrent en foule de toutes les parties de l’Europe pour solliciter le prince Henri de les employer à ce service honorable. Les Vénitiens et les Cénois, qui surpassaient tous les autres peuples dans la connaissance et la pratique de la marine, fournirent surtout un grand nombre de marins qui entrèrent à bord des vaisseaux portugais, et acquircul à cette nouvelle école de navigation une connaissance de leur art plus exacte et plus étendue. I-es Portugais, animés par l’exemple de ces étrangers, s’empressèrent d’exercer leurs propres talens et leur activité. La nation seconda les desseins du prince. Des négocia» formèrent des associations pour concourir à la recherche des pays inconnus. On découvrit les Iles du cap Vert qui gisent à la hauteur du cap dont elles portent le nom, et peu de temps après celles qu'on a nommées Açores. Comme les premières sont à plus de trois ccnt milles de la cèle d'Afrique, et les dernières, à neuf ccnt milles de tout continent, il est évident que les Portugais n’avaient pu s’abandonner ainsi dans les hautes mers sans avoir déjà fait des progrès surprenans dans fart de la navigation.

Cette passion pour les nouvelles découvertes était au plus haut degré de chaleur et d’activité lorsqu’elle éprouva un revers funeste par la mort du prince Henri , qui avait jusque-là dirigé les entreprises des navigateurs par ses grandes connaissances , et qui les avait encouragées et soutenues par son pouvoir et son crédit. Il est vrai que pendant sa vie les Portugais, dans leurs courses les plus avancées vers le sud , n’avaient pénétré qu'à cinq degrés de la ligne équinoxiale, et qu’après une suit} d’expéditions * continuées pendant un demi-siècle, à peine avaient-ils découvert quinze cent milles de la côte d'Afrique. Ces essais de l'art naissant doivent paraître bien faibles et bien timides aux hommes qui connaissent les progrès que la navigation a faits dans son état de maturité; mais quelque peu considérables que fussent ces premiers efforts, c’en était assez pour diriger la curiosité des nations de l'Europe vers de nouveaux objets, pour exciter le goût des entreprises, et pour frayer la route à d’autres découvertes.

Alphonse, qui occupait le trône à la mort du

prince Henri , était alors fort occupé à soutenir ses prétentions à la couronne de Castille et à poursuivre ses expéditions contre les Maures de Barbarie. Les forces du royaume étant employées à d’autres opérations, ce prince ne put pas mettre beaucoup d'ardeur à suivre les découvertes en Afrique. Il en laissa la conduite à Fernand Gomez, négociant de Lisbonne, à qui il accorda le droit exclusif de commercer avec tous les pays dont le prince Henri avait pris possession. Les entraves et l'oppression de ce mono|Kile ne pouvaient manquer de ralentir l'esprit de découverte ; parce que cessant d'ètre un objet national, ce n’était plus que l'affaire d'un particulier, plus occupé de l’intérêt de sa fortune que de la gloire de son pays. On fit cependant quelques nouveaux progrès. Les Portugais se hasardèrent enfin à traverser la ligne , et, à leur grand étonnement , ils trouvèrent que cette région de la zone torride, qu’on supposait embrasée d'une chaleur intolérable, était non-seulement habitée, mais encore très peuplée et très fertile.

Jean 11, qui succéda à son père Alphonse, avait tous les talens nécessaires pour former et pour exécuter de grands desseins. Comme une partie de scs revenus, tandis qu’il était prince royal , provenait des droits établis sur le commerce qu’on faisait avec les pays nouvellement découverts, son attention se tourna naturellement vers cet objet : il en sentit bientôt l'importance, et à mesure qu’il acquit plus de connaissances sur ces nouvelles contrées, la possession lui en parut d’une plus grande importance. Tant que les Portugais côtoyèrent les bords de l’Afrique, depuis le cap Non jusqu'à la rivière de Sénégal, ils ne trouvèrent sur cette longue côte qu’un terrain sablonneux, stérile, habité par des peuples misérables et très peu nombreux , professant la religion mahométane et soumis au vaste empire de Maroc; mais au sud de celle même rivière, la puissance et la religion des mahométans n’étaient plus connues. Le pays était divisé en petites principautés indépendantes; la population y était considérable, et le sol fertile 1 , et les Portugais reconnurent bientôt qu’il produisait de l’ivoire, de la gomme, de l'or et d'autres denrées précieuses. Cette découverte, en

1 P/arigatio Aloysü Cadamusli tiputl novum orbs-n Ornai , pan. 2, 18- NavigtU. ail Isola dl San- Tome per un pitolto Portugh.; muni»», 1. 1 , p. IIS.

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étendant le commerce, encourageait à de nouvelles tentatives;et des hommes dont le courage et l'activité étaient excités par la perspective d’un bénéfice certain , durent poursuivre leurs recherches avec plus d'ardeur que lorsqu'ils n'étaient animés que par l'espérance et la curiosité.

Cette disposition ne pouvait manquer d'acquérir de nouvelles forces par la protection d'un monarque tel que Jean 11 : il encouragea hautement toutes les entreprises qui avaient pour but quelque découverte et en favorisa l'exécution avec tout le zélé de son grand-oncle le prince Henri, mais avec un degré supérieur de puissance. Les effets de ses soins ne tardèrent pas à se foire sentir. Les Portugais équipèrent une flotte puissante qui , après avoir découvert les royaumes de Bénin et de Congo, s'avança de plus de quinze cent millesau-delà de l’équateur, et les navigateurs européens, ponr la première lois, virent un nouveau ciel et observèrent les étoiles d’un autre hémisphère. Jean était nonseulcment jaloux de découvrir des terres nouvelles; il s'occupait aussi â s'en assurer la possession. Il bâtit des forts sur la côte de Guinée et y envoya des colonies; il établit une correspondance de commerce avec les états les plus puissans, et tâcha de rendre tributaires de sa couronne ceux qui étaient faibles ou divisés. Plusieurs petits princes d’Afrique se reconnurent volontairement vassaux du roi de Portugal; d'autres y furent contraints par la force des armes. Il se forma un système régulier et bien réfléchi relativement à ce nouvel intérêt de politique, et les Portugais, en t'observant invariablement, parvinrent à établir sur un fondement solide leur puissance et leur commerce en Afrique.

Une communication suivie avec les peuples de l'Afrique procura par degrés aux Portugais quelque connaissance des parties de ce continent qu'ils n'avaient pas visitées. Les instructionsqu'ils reçurent des habitans, jointes â ce qu’ils avaient observé eux-mèmes dans leurs voyages , commencèrent à leur offrir des vues plus étendues et à leur suggérer l’idée d’entreprises plus importantes que celles qui les avaient occupés jusque-lâ. Ils avaient reconnu l’erreur des anciens sur l’état de la zone torride. En avançant plus avant vers le sud , ils trouvèrent que le continent de l’Afrique, au lieu de s'étendre en

largeur selon la doctrine de Plolémée *, qui était alors l’oracle et le guide des géographes , paraissait se resserrer sensiblement et se courber vers l’est. Celte observation leur inspira quelque confiance dans les récits des voyages que les Phéniciens faisaient anciennement autour de l’Afrique et qu'on avait regardés long-temps comme fabuleux ; ils conçurent l’espérance qu'en suivant la route des Phéniciens ils pourraient arriver aux Indes orientales et s’emparer du commerce qui a toujours été la source de la richesse et du pouvoir des nations qui en ont joui. Le vaste génie du prince Henri, autant qu'on peut le conjecturer par la teneur de la bulle du pape , avait conçu de bonne heure l'idée de cette navigation. Tous les pilotes et mathématiciens portugais s'accordèrent alors à la regarder comme praticable. Le roi entra avec chaleur dans leurs idées et commença à concerter les mesures nécessaires pour cette grande et importante entreprise.

Avant que les préparatifs de cette expédition fussent achevés, on apprit d'Afrique que différentes nations établies le long de la côte avaient indiqué un royaume puissant, situé â une grande distance vers l'est de leur continent, et dont le souverain, suivant les détails qu'on en eut, professait la religion chrétienne. I,e roi de Portugal en conclut sur-le-champ que ce devait être l’empereur d’Abyssinie, auquel les Européens, trompés par une méprise de Rubruquis, de Marco Polo et de quelques autres voyageurs, avaient ridiculement donné le nom de Prêtre- Jean; et, comme il espérait recevoir des lumières et des secours d'un prince chrétien pour le succès d'un plan qui tendait à propager leur doctrine commune , il résolut d’établir, s’il élaiç possible, une correspondance avec cet empire. , U choisit pour cet objet Pedro de Covillam et Alphonse de Payva qui entendaient parfaitement la langue arabe; il les envoya à l’est du continent de l’Afrique pour chercher la résidence de ce potentat inconnu et lui faire des propositions d'alliance et d'amitié. Les deux députés étaient chargés aussi de se procurer dans les pays qu'ils visiteraient tous les éclaircisscmcns qu'on pourrait leur donner sur le commerce de l’Inde et sur

1 Voyez Nov. orbis labut. grogr. secund. Plolenu A au:., 1730.

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