‹ Œuvres completes de W. Robertson precedees d'une notice (volume 2)Chapitre 66 sur 116 · IH86J LIVRE · texte numérisé non relu

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le cours de navigation qu'on pourrait suivre pour y pénétrer

Tandis que Jean faisait celte tentative par terre pour obtenir quelque connaissance d’un pays qu'il désirait si ardemment découvrir , il s'occupait en même temps des moyens de suivre par mer ce grand dessein. La conduite de cette expédition, la plus difficile et la plus importante que les Portugais eussent encore projetée, fut confiée à Barthélemi Diaz, officier qui avait toute la sagacité, l'expérience et le courage qu'exigeait une pareille entreprise. 11 s'avança hardiment vers le sud, et franchissant les limites où jusqu’alors ses compatriotes avaient arrêté leur course, il découvrit plus de neuf cent milles de terres nouvelles. Ni les dangers auxquels il se vit exposé par une suite de tempêtes violentes dans des mers inconnues et par les fréquentes mutineries de son équipage, ni les détresses de la famine où il fut réduit, par la perte du vaisseau qui portait ses provisions, ne purent l'empêcher de poursuivre son entreprise. Pour fruit de ses travaux et de sa persévérance il reconnut enfin le promontoire élevé qui borne l'Afrique vers le sud ; mais tout ce qu'il put faire fut de le reconnaître. La violence des vents . le délabrement de ses vaisseaux et l’esprit turbulent de son équipage le forcèrent à revenir sur ses pas après un voyage de seize mois , dans lequel il découvrit une étendue de pays beaucoup plus considérable que ce qu’avait découvert avant lui aucun autre navigateur. Diaz avait appelé le promontoire qui terminait son voyage ccibo Tormentoso , le cap des Tempêtes ; mais le roi son maître, ne doutant plus qu'il n’eût enfin trouvé la route qu’il cherchait depuis si long-temps pour passer dans l’Inde, donna à ce cap un nom plus encourageant et de meilleur augure, il l’appela le cap de Bonne-Espérance 5.

Ces espérances de succès se trouvèrent confirmées par les nouvelles que le roi de Portugal reçut des députés qu’il avait envoyés par terre en Abyssinie. Covillam et Pay va, se conformant aux instructions de leur maître, se rendirent d'abord au Grand-Caire, d'où ils se mirent en route avec une caravane de marchands Égyptiens, et arrivèrent à Aden sur la mer Rouge.

1 Far» y Sou» , Port. Asia , vol. 1 , pafj. 28. Lafitau , Ptcouv. des Port., lit. zlvl

* Faria y Sou», Port. Asia, vol. I , pag 26.

Là ils se séparèrent ; Payva cingla directement vers l’Abyssinie; Covillam s'embarqua pour les Indes orientales, et après avoir visité Calicut, Goa et d'autres villes sur la côte de Malabar, il retourna à Sofala sur la cûte orientale d'Afrique et de là au Grand-Caire , où les deux députés s'étaient donné rendez-vous pour se rejoindre. Malheureusement Payva avait été assassiné en Abyssinie ; mais Covillam trouva au Caire deux juifs portugais qui y avaient été envoyés par Jean, dont la sagacité prévoyante ne négligeait aucun moyen propre à faciliter l’exécution de ses desseins: il avait chargé ces deux juifs de recevoir des deux ambassadeurs le détail de leurs opérations et de leur remettre de nouvelles instructions. Covillam envoya en Portugal par un de ces juifs un journal de ses voyages par mer et par terre, et ses remarques sur le commerce de l’Inde, avec les plans exacts des eûtes où il avait touefié. D'après ses propres observations , ainsi que d'après les éclaircissemens que lui avaient donnés d’habiles marins en différens pays, il concluait qu’en tournant l'Afrique par mer, on devait trouver un passage aux Indes orientales1.

L’heureuse conformité de l'opinion et du récit de Covillam avec les découvertes que Diaz venait de foire , ne laissait presque plus d'incertitude sur la possibilité d'aller par mer de l’Europe dans l’Inde; mais l’énorme longueur du voyage et les tempêtes furieuses que Diaz avait essuyées près du cap de Bonne - Espérance , avaient extrêmement intimidé les Portugais, quoique une longe expérience en eût déjà fait alors d’habiles et hardis navigateurs; il fallut quelque temps pour rassurer leur esprit et >es préparer à cette dangereuse et extraordinaire expédition. L'autorité et la fermeté du monarque dissipèrent cependant par degrés les vaines terreurs de scs sujets ou les força à les cacher. Jean se voyant à la veille d'accomplir le grand dessein qui avait été le principal objet de son règne, l'ardeur qu’il mit à en poursuivre l’exécution fut si vive que cette idée absorbait ses pensées pendant le jour et le privait du sommeil pendant la nuit. Tandis qu'il était occupé à prendretoutes les mesures que ses lumières et l’expérience pouvaient lui suggérer, pour assurer i’effet d'une expédition qui devait décider

' Far» y Souu, Port. Asia, vol. I , pag. 27. Lafitau, Picouv. , tom. I , page 4s.

du destin de son projet favori, la renommée des grandes découvertes que les Portugais avaient déjà faites, le détail des instructions extraordinaires qu'ils avaient reçues de l'orient, et les préparatifs du voyage qu'ils méditaient alors , attirèrent l'attention de toute l'Europe et tinrent les autres peuples dans l’attente et dans l’incertitude. Les uns exaltaient l'habileté et les cxpéditionsdes Portugais, fort au-dessus dccelles des Phéniciens et des Carthaginois, hs autres formaient des conjectures sur les révolutions que le succès de ces entreprises pouvait occasioner dans le cours du commerce cl dans l’état politi-

que de l'Europe. Les Vénitiens commençaient à craindre de perdre le commerce de l'Inde, dont le monopole était la principale ressource de leur puissance ainsi que de leur richesse; et les Portugais jouissaient déjà en idée de tous les trésors de l'orient. Mais pendant cet intervalle qui donnait un si libre essor aux mouvemens divers de la curiosité, de l’espérance et de la crainte, le bruit d'un autre événement aussi extraordinaire qu'il était inattendu se répandit en Europe; c'était la découverte d'un nouveau monde situé à l'occident du globe, et ce grand objet attira surle-champ les yeux et l'admiration de l’univers.

HISTOIRE D'AMERIQUE

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